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Full text of "Charles de Sainte-Marthe (1512-1555) : étude sur les premières années de la Renaissance française"

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K':m:- 


U  dVof  OTTAWA 


3900300253-1203 


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in  2010  with  funding  from 

University  of  Ottawa 


littp://www.archive.org/details/charlesdesaintemOOruut 


CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

(1512-15.55) 


J'IS  m  SAIi\TK-IIAIÎ'llllî 


(i  5 1 2-1 555) 
ÉTUDE   SUIl   LES    l'HEMIÈHES   ANNÉES 

DE    LA     HKNAISSANCK    FRANÇAISE 

l'A  U 

C  .     I\  u  L  1  Z  -  R  E  E  S 

Duclcur  en  Pliilusuijlde  de  l'iiiivcisité  de  Columbia,  New-York 

TKADUIT  PAR 

MARCEL    BONNET 

Anricii    Elève    de    l'Ecole  des    Cliarles 


Préface  de  ABEL  LEP'RA>C,  professeur  au  Collège  de  France 


(iraviiro  sur  Ijois  de  Jacques  Heltrand 


PARIS 

LIBRAIRIE    ANCIENNE    HONORÉ    CHAMPION,    ÉDITEUR 
EDOUARD  CHAMPION 

5  ,      O  u  A  I      MA  L  A  QUAIS,      5 


Pu 


?/r 


PREFACE 


En  arrivant  d'Amérique,  où  je  viens,  pour  la  seconde 
fois,  de  passer  quelques  mois  inoubliables,  je  trouve  les 
bonnes  feuilles  du  livre  de  Mademoiselle  liuutz-Rees,  et  je 
ne  résiste  pas  au  plaisir  de  dire  aux  lecteurs  français  de 
cette  savante  étude  sur  Charles  de  Sainte-Marthe  à  quel 
point  un  tel  ouvrage  peut  être  regardé  comme  un  heureux- 
témoignage  du  sérieux  de  la  haute  culture  féminine  aux 
Etats-Unis  en  même  temps  que  des  belles  espérances 
que  celle-ci  nous  donne  le  droit  de  concevoir.  Quand  un 
jour,  jeune  auditrice  des  conférences  d'Histoire  littéraire 
de  la  Renaissance,  à  l'école  des  Hautes-Etudes,  Mademoi- 
selle Ruutz-Rees  se  déclara  prête  à  entreprendre  le  volume 
que  je  souhaitais  voir  paraître  sur  Tune  des  figures  les  plus 
attachantes  de  la  poésie  française  de  la  Renaissance,  j'éprou- 
vai, je  l'avoue,  quelque  hésitation.  H  fallait,  pour  mener  à 
bien  une  telle  entreprise,  une  connaissance  approfondie  du 
latin,  quelque  pratique  du  grec  et  même  de  l'hébreu,  et  sur- 
tout une  entente  parfaite  des  recherches  à  poursuivre  à 
travers  nos  dépôts  d'archives,  nos  bibliothèques  et  les  col- 
lections particulières.  Mais  mon  incertitude  fut  de  courte 
durée  et  je  ne  tardai  pas  à  me  convaincre  que  l'air  de  réso- 
lution de  l'étudiante  américaine  correspondait  à  une  culture 
singulièrement  ample  et  aussi  à  une  volonté  tenace  qu'au- 
cun obstacle  ne  ferait  fléchir.  A  l'une  de  nos  séances  des 
Hautes-Etudes,  un  passage  fort  difficile  d'un  texte  latin  du 
xvi*^  siècle  qui  avait  fait  hésiter,  un  moment,  les  meilleurs 
élèves  du  cours,  docteurs  et  agrégés,  fut  expliqué  par  elle 
avec  une  aisance  et  une  clarté  surprenantes.  Dès  lors,  je 
n'eus  plus  de  crainte  et  je  suivis  avec  une  curiosité  crois- 
sante les  étapes  du  livre  projeté.  L'obstination  américaine 


VlII  PREFACE 

se  révéla  en  plus  d'une  circonstance.  Un  ouvrage  de 
Sainte-Marthe  demeurait,  malgré  toutes  les  investigations, 
introuvable  ;  enfin  notre  biographe  réussit  à  apprendre 
qu'un  collectionneur  de  Châtellerault  en  possédait  un 
exemplaire.  Ayant  reçu  la  confidence  de  sa  découverte  et 
voulant  lui  éviter  un  assez  long  voyage,  au  cours  d'une 
saison  peu  favorable,  j'écrivis  aussitôt  à  l'heureux  détenteur 
du  livre  pour  lui  demander  de  s'en  dessaisir  pendant  quel- 
ques jours  en  faveur  de  mon  élève.  Par  le  courrier  suivant, 
le  précieux  volume  arriva  à  Paris,  mais,  pendant  ce  temps, 
impatiente  de  le  consulter.  Mademoiselle  Ruutz-Rees  à  qui 
j'avais  laissé  ignorer  ma  démarche,  dans  la  crainte  d'un 
échec,  était  partie  pour  Châtellerault,  et  là  elle  apprenait 
que  le  livre  tant  désiré  avait  été  déjà  expédié  dans  la  capi- 
tale. Ainsi  chacun  avait  obéi  aux  suggestions  de  son  tem- 
pérament national  :  le  Français  bibliophile  s'était  démuni 
galamment,  sur  l'heure,  de  son  cher  volume,  et  l'érudite 
Américaine  n'avait  pu  contenir  sa  hâte  de  voir  son  ardente 
poursuite  couronnée  d'un  succès  rapide.  Peu  de  jours 
après,  un  second  exemplaire  fut,  d'ailleurs,  retrouvé  par 
elle  à  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève. 

Grâce  à  ses  recherclies  intelligentes,  Mademoiselle  Ruutz- 
Rees  a  réussi  à  faire  revivre  la  physionomie  vraiment  inté- 
ressante, de  son  héros,  dont  la  carrière  était  jusqu'à  pré- 
sent pres(|ue  totalement  ignorée  ;  elle  a  reconstitué  avec  tout 
le  détail  désirable  l'ambiance  et  les  amitiés  du  poète  qui 
tinrent  une  grande  place  dans  sa  vie,  puisque  son  principal 
recueil  de  vers  est  intitulé  :  Le  Livre  de  ses  Amys.  Des  docu- 
ments nouveaux  ont  été  produits  touchant  l'histoire  de 
cette  extraordinaire  famille  de  Sainte-Marthe  qui  occupe 
dans  l'histoire  des  lettres  et  des  études  savantes  des  xvi"  et 
XVII''  siècles  une  place  si  caractéristique.  Les  idées  reli- 
gieuses et  philosophiques  de  notre  auteur,  son  activité  de 
professeur,  ses  travaux  philologiques  et  érudits,  les 
influences  qu'il  a  subies  ont  été  étudiées  avec  une  atten- 
tion toute  spéciale.  11  faut  souhaiter  que  nous  ayons  bientôt 
des  monographies  de  ce  genre  sur  toutes  les  figures  de 
second  plan  do  notre  xvi"  siècle  littéraire.  L'histoire  de  la 
Renaissance  française  en  deviendra  alors  beaucoup  plus 
aisée  à  écrire.  Mais  ce  qu'il  importe  peut-être  davantage  de 


PREFACE  1:^ 

retenir^,  c'est  la  valeur  certaine^  trop  loni^lemps  inéconnuc 
de  Charles  de  Sainte-iMarthe  comme  écrivain  en  prose.  Son 
Oraison  funèbre  do  rincomparable  Marguerite,  lloyne  de 
Navarre,  Duchesse  d'Alençon  (1550),  est  une  œuvre  vraiment 
supérieure  au  point  de  vue  du  fond  comme  à  celui  delà  Ibr- 
mc^  Il  me  parait  impossible  d'étudier  les  origines  de  l'élo- 
quence française  pendant  la  première  moitié  du  xvi''  siècle, 
sans  en  tenir  un  grand  compte.  J'avais  été  frappé  des 
hautes  qualités  de  cette  œuvre  chaque  fois  que  j'avais 
eu  l'occasion  de  la  relire  au  cours  de  mes  études  sur  Margue- 
rite de  Navarre  ;  maintenant,  après  l'examen  approfondi 
poursuivi  par  Mademoiselle  Rnutz-Iiees,  les  futurs  histo- 
riens de  la  littérature  auront  le  devoir  de  lui  attribuer 
une  place  dans  l'histoire  de  notre  prose  oratoire  et  philo- 
sophique. Les  pages  dignes  de  figurer  dans  les  Antho- 
logies n'y  sont  pas  rares,  et  celles-ci  feraient  peut-être 
aussi  bonne  figure  dans  nos  recueils  de  morceaux  choisis 
que  tels  autres  extraits  qu'il  est  de  règle  d'y  introduire.  Au 
reste,  en  ce  qui  touche  les  cinquante  premières  années  du 
xvi"  siècle,  Calvin,  avec  son  Institution  chrétienne,  est  en 
général  presque  seul  admis  à  figurer  dans  les  publications 
consacrées,  sous  une  forme  quelconque,  à  l'histoire  de  l'élo- 
quence française. 

Il  est  curieux  de  constater,  à  ce  propos,  que  l'écrivain  qui, 
après  le  Réformateur  picard,  a  su  donner  un  si  remar- 
quable élan  à  notre  prose  oratoire,  fut,  lui  aussi,  un  adepte, 
au  moins  pendant  quelque  temps,  des  nouvelles  doctrines 
religieuses  et  qu'il  subit  même  de  ce  chet  d'assez  rudes 
épreuves  et,  notamment,  un  emprisonnement  de  plus 
d'une  année.  Une  qualité  qui  frappe  à  un  haut  degré  dans 
l'examen  de  son  style,  c'est  l'aisance  et,  si  j'ose  dire,  la  flui- 
dité de  sa  syntaxe.  Charles  se  rapproche,  à  cet  égard,  de  sa 
grande  protectrice,  Marguerite  de  Navarre,  dont  les  Nou- 
velies,  aussi  bien  que  les  moralités  qui  terminent  celles-ci, 
sont  rédigées  en  une  langue  si  facile  et  si  «  fluente  », 
suivant  l'expression   de  IJayle,  qu'on  a  peine  à  imaginer 

1.  On  la  trouvera  reproduite  au  tome  P''  de  l'édition  de  VHcpta- 
méron,  donnée  par  Anatole  de  Montaig-lon  (Paris,  Eudes,  1880,  8°), 
t.  I"'',  p.  23-130.  Nous  renvoyons  plus  bas  aux  pages  de  cette  réim- 
pression. 


X  PREFACE 

que  son  recueil  puisse  être  contemporain  de  tant  d'écrits 
dont  la  syntaxe  demeure  étonnamment  pénible  et  compli- 
quée. Il  y  a,  en  outre,  dans  la  période  de  Sainte-Marthe  une 
ampleur  et  une  harmonie  relative  qui  méritent  également  de 
retenir  l'attention  du  critique.  Peut-être  les  devait-il  à  son 
commerce  assidu  avec  les  écrivains  grecs,  et  spécialement 
avec  Platon,  le  maître  entre  tous  de  sa  pensée  philoso- 
phique. Observons  encore  que,  comme  il  arriva  pour  l'Insti- 
tution chrétienne,  VOraison  funèbre  de  Marguerite  a  été  tra- 
duite par  son  auteur  sur  un  premier  texte  rédigé  en  latin. 
D'un  côté  comme  de  l'autre,  l'influence  de  la  langue 
ancienne,  de  son  nombre  et  en  quelque  sorte  de  son 
rythme,  est  sensible  sur  ces  premières  productions  de 
l'éloquence  française.  Ajoutons,  en  ce  qui  concerne  le 
fond,  que  l'auteur  de  ce  beau  discours  a  su  faire  entrer  dans 
son  cadre  quantité  de  souvenirs  émouvants,  de  notations 
concrètes,  de  descriptions  précises  et  de  récits  empreints 
d'une  réalité  parfois  saisissante  (par  ex.  l'épisode  de  Bourg- 
la-Ptcine,  celui  de  la  mort  du  roi,  etc.)  qui  confèrent  à  son 
œuvre  une  singulière  valeur  documentaire.  Celle-ci  est  ins- 
pirée, d'un  bout  à  l'autre,  par  la  tendresse  et  l'admiration 
les  plus  pures.  Les  allusions  et  citations  empruntées 
en  assez  grand  nombre  à  l'antiquité  classique  ne  figurent 
dans  ces  pages  qu'autant  qu'elles  rencontrent  une  appli- 
cation plausible  à  des  faits  ou  à  des  particidarités  de 
la  vie  morale  et  intellectuelle  de  la  reine  de  Navarre  ; 
elles  ne  constituent  pas,  comme  il  arrive  souvent  à  cette 
époque,  un  simple  placage  ;  habilement  fusionnées  avec 
la  matière  historique  et  psychologique  que  l'auteur  avait 
à  traiter,  elles  ne  donnent  nullement  l'impression  d'un 
vain  étalage  d'érudition.  Les  plus  beaux  enseignements 
de  la  morale  et  de  la  philosophie  anciennes  se  trouvent 
ainsi  heureusement  évoqués,  fraternisant,  si  j'ose  dire, 
avec  ceux  de  la  morale  chrétienne,  suivant  l'habitude 
chère  aux  platoniciens  de  la  Renaissance. 

On  pourrait  établir  des  comparaisons  curieuses  entre 
certaines  des  conceptions  présentées  en  belle  place  par 
Sainte-Marthe  et  celles  que  Rabelais  s'est  plu  à  dévelop- 
per vers  le  même  temps  !  Il  y  aurait  également  des  don- 
nées d'un  grand  intérêt  à  prendre  dans  VOraison  de  Mar- 


PREFACE  XI 

guérite  en  ce  qui  touche  l'histoire  des  idées  féministes  au 
xvi'"  siècle.  Aucun  texte  ne  nous  permet  de  faire  revivre 
avec  plus  de  vérité  la  vie  intellectuelle  et  même  religieuse 
de  la  cour  de  Navarre,  avec  les  doctes  et  aimables  entretiens 
et  les  discussions  d'un  tour  si  élevé  que  la  reine  inaugurait 
au  milieu  de  son  noble  entourage  de  femmes  cultivées^  de 
lettrés,  d'érudits  et  do  théologiens,  contribuant  ainsi  à  créer 
ce  qu'on  a  pu  appeler  le  grand  train  de  la  conversation 
française  ^ 

Quelques  courts  extraits  du  remarquable  portrait  de  la 
Perle  des  Valois  tracé  par  Sainte-Marthe,  montreront  tout 
ce  qu'il  a  su  mettre  dans  cet  ouvrage  de  charme  et  de  sensi- 
bilité vrais  :  :    • 

«  Marguerite  sçavoit  tout  cela  et,  pour  ce,  ne  refu- 
soit  sa  parole  à  personne;  non  qu'elle  n'eust  bien  égard 
aux  qualités  de  ceuls  qui  parloient  à  elle,  mais  encores 
qu'elle  portast  communément  plus  d'honneur  aux  gens 
honorables,  toutefois  elle  ne  dédaignoit  les  infirmes  et  de 
basse  condition,  mais  elle  escoutoit  humainement  tous 
ceuls  qui  s'adressoient  à  elle  ;  et,  si  elle  en  veoioit  d'aulcuns 
qui  eussent  voluntiers  parlé  à  elle,  mais  ne  s'y  osoient 
adventurer,  retardés  de  craincte  et  de  honte,  elle  les  appel- 
loit  et  leur  donnoit  courage  de  luy  dire  franchement  ce 
qu'ils  vouldroient,  et  escoutoit  un  chascun  de  telle  doulceur 
et  humilité  qu'à  la  veoir  l'on  ne  l'eust  prise  pour  une  Royne, 
ains  pour  une  simple  Damoiselle  ;  et,  après  qu'elle  avoit 
entendu  des  affaires  de  tous,  elle  conseilloit  ceuls  qui,  à 
son  jugement,  avoient  besoing  de  son  conseil  ;  consoloit 
les  aultres  qu'elle  veoioit  en  adversité  ;  elle  donnoit  espé- 
rance aux  ennuies,  tristes  et  souciés,  et  à  ceuls  qui  luy 
demandoient  quelque  chose,  ne  refusoit  rien....  (p.  61). 

«  Mais  s'il  estoit  possible  que  tous  ceuls  à  qui  Marguerite  a 
aydé  et  fait  du  bien  fussent  assemblés  en  une  place,  oncques, 
du  temps  de  nos  pères  et  du  nostre,  ne  fut  veue  plus  grande 
armée  que  seroit  leur  compaignie.  Tous  les  malades  de 
griefves  maladies,  tous  ceuls  qui  souffroient  nécessité  et 
indigence,  tous  ceuls  qui  avoient  perdu  leurs  biens  et  aban- 


1.  E.  Bourciez,  Les  mœurs  polies  et  la  littérature  de  Cour  (1886, 
8"),  p.  395. 


Xil  PREFACE 

donné  leur  patrie,  tous  ceulx  qui  i'uioient  la  persécution 
de  la  mort,  bref,  tous  ceuls  qui  estoicnt  en  ([uel({ue  adver- 
sité, fust  du  corps  ou  de  l'esprit,  se  retiroicnt  à  la  Roync  de 
Navarre  comme  à  leur  ancre  sacré  et  extrême  refuge  de 
salut  en  ce  monde.  Tu  les  eusses  veus,  à  ce  port,  les  uns 
lever  la  teste  hors  de  mendicité,  les  aultres,  comme  après 
le  naufrage,  embrasser  la  tranquillité  tant  désirée,  les  aul- 
tres se  couvrir  de  sa  faveur,  comme  d'un  second  bouclier 
d'Ajax  contre  ceuls  qui  les  pcrsécutoient.  ISomme,  les 
veoiant  à  l'entour  cestc  bonne  Dame,  tu  eusses  dit  d'elle 
que  c'estoit  une  poulie  qui  soigneusement  appelle  et 
assemble  ses  petits  poulets  et  les  couvre  de  ses  aèles. 

«  Où  est  celuy,  si  ce  n'est  un  homme  du  tout  aliéné 
d'humanité,  qui  ne  prise,  qui  n'aime,  qui  ne  révère  la  can- 
deur, la  charité,  la  piété  de  ceste  tant  libérale,  tant  magni- 
fique et  tant  vertueuse  Royne  ?  (p.  88-89). 

«  Elle  estoit  la  plus  humaine  et  la  plus  libérale  femme  du 
monde  ;  elle  escoutcoit  parler  tous  estats  et  toutes  nations 
d'hommes  ;  elle  ne  rcfusoit  sa  maison  à  personne  ;  elle  ne 
vouloit,  quand  on  la  prioit  de  quelque  chose,  que  celuy  qui 
demandoit  s'en  allast  refusé.  Est  ce  merveille,  si,  entre 
tant  de  gents  différents  de  nations,  d'estat,  de  profession, 
on  a  veu  dissimilitude  de  mœurs  et  d'opinions  ?  Mais  toute- 
fois, elle  n'en  aimoit  d'aultres  plus  affectueusement  que  les 
gens  de  lettres,  et  ceuls  principalement  qui  à  leur  érudition 
avoient  conjoinct  la  piété  et  intégrité  de  religion.  Elle  faisoit 
essay  du  sçavoir  et  de  la  doctrine  de  tous,  mais,  avec 
l'Apostre,  elle  retenoit  ce  qui  en  estoit  le  meilleur,  et, 
quand  elle  avoit  examiné  les  esprits  des  hommes,  elle 
embrassoit  d'une  maternelle  affection  ceuls  qui  apparois- 
soient  estre  de  Dieu...  (p.  101). 

«  Encorvousdirayjcune  autre  chose,  ô  Alençonnais,  qui 
pourra  fort  confirmer  le  sainct  Esprit  n'avoir  failly  à  Mar- 
guerite. Car  lors  estoit  Marguerite  à  Thusson  quand 
François,  son  frère,  décéda,  la  mort  duquel  personne  ne 
lui  osoit  adnoncer,  car  ilsestoient  ensemblement  conjoincts 
d'un  si  estroict  et  si  ferme  lien  d'amour  fraternel  que,  ne 
de  la  mémoire  de  nos  prédécesseurs,  ne  de  la  nostre,  onc 
n'en  fut  ne  veu  ne  ouy  de  second.  Son  frère  tant  de  fois 
l'avoit  priée  par  lettres,  un  peu  devant  qu'il  mourust,  qu'elle 


PREFACE  XIII 

seretirast  à  la  Court  alliii  (|uo  rinclissolublc  lien  de  leurs 
cœurs  et  voluniés  ne  soulTrist  que  les  corps  fussent 
séparés,  et  connue  ils  avoient  esté  enseinblement  nourris  et 
institués  en  ce  Monde,  ainsi  départissent  ensemble  de  ce 
Monde.  »  (p.  103-104).  Suit  le  dramatique  récit  des  circons- 
tances dans  lesquelles  Marguerite  apprit  la  mort  de  son 
frère. 

Ce  qu'il  faut  souhaiter,  c'est  (ju'après  son  excellente  bio- 
graphie de  Sainte-Marthe,  Mademoiselle  Ruutz-Rees  nous 
donne  une  réimpression  de  l'œuvre  principale  de  cet  auteur; 
une  telle  publication  prouvera  mieux  que  toute  démons- 
tration, la  valeur  et  la  portée  de  ce  discours  qui,  étant 
donnée  sa  natr.re,  n'a  probablement  pas  son  équivalent 
dans  la  littérature  française  de  la  Renaissance. 

Il  est  bon  de  dire,  en  terminant,  que  le  livre  qu'on  va 
lire  ne  représente  qu'un  seul  aspect  de  l'activité  de  son 
auteur.  En  même  temps  que  ses  savants  travaux  d'histoire 
littéraire,  Mademoiselle  Ruutz-Rees  poursuit  une  tâche 
d'un  autre  genre  qui  réclame  la  plus  large  partie  de  son 
labeur  et  de  son  dévouement  :  je  veux  parler  de  ses  fonc- 
tions de  directrice  du  collège  de  Rosemary,  à  Greenwich 
(Connecticut),  dans  les  environs  de  New  York.  C'est  là  une 
maison  modèle,  hautement  appréciée  dans  tous  les  Etats- 
Unis,  et  qui  vaut  à  sa  présidente  la  réputation  la  plus  flat- 
teuse, de  l'autre  côté  de  l'Atlantique.  U  m'a  été  donné 
d'avoir  une  preuve  de  cette  renoauuée,  il  y  a  quelques 
années,  lorsque,  au  cours  d'un  séjour  à  Boston,  j'ai  eu 
l'occasion  d'apprendre  qu'il  avait  été  question  de  lui  con- 
fier la  direction  d'un  des  établissements  d'éducation  fémi- 
nine les  plus  importants  de  toute  l'Union.  J'ai  fait  connais- 
sance, il  y  a  deux  mois,  avec  cette  belle  institution  de  Rose- 
mary et  j'ai  vu  Mademoiselle  Ruulz-Rees  dans  le  cadre  fami- 
lier qui  lui  est  si  cher.  Une  telle  visite  ne  saurait  être  oubliée. 
Tout  ce  qu'il  m'a  été  permis  de  connaître,  d'ailleurs,  aux 
Etats-Unis,  touchant  l'instruction  et  l'éducation  des  jeunes 
filles,  aussi  bien  dans  les  Universités  que  dans  ces  magni- 
fiques collèges  qui  sont  l'une  des  plus  prospères  et  des 
plus  séduisantes  organisations  de  la  grande  république 
américaine,  m'a  singulièrement  charmé  et  instruit.  Quelle 
vie  nouvelle,  aimable  et  variée  !  Que  de  promesses  à  enre- 


XIV  PREFACE 

gistrerde  ce  côté!  Déjà  la  moisson  lève...  Notre  école  des 
Hautes-Etudes  a  reçu,  depuis  quelque  dix  ans,  toute  une 
pléiade  déjeunes  Américaines  qui  lui  font  honneur,  comme 
aussi  à  leurs  premiers  maîtres  d'outre-mer.  Après  Made- 
moiselle Ruutz-Rees,  élève  de  l'Université  Columbia,  sont 
venues  Mademoiselle  Laigle,  Mademoiselle  Rudolph,  Made- 
moiselle Harvitt  et  d'autres  encore  ^  Souhaitons  que  leur 
exemple  soit  suivi  et  que  les  rapports  entre  les  étudiantes 
des  Etats-Unis  et  nos  grandes  institutions  d'enseignement 
supérieur  deviennent  de  plus  en  plus  fréquents.  A  cet  égard, 
je  le  répète  en  achevant  ces  pages,  l'ouvrage  de  Made- 
moiselle Ruutz-Rees  vient  bien  à  son  heure  :  il  attestera 
que  les  femmes  américaines  peuvent  s'associer  avec  succès 
au  labeur  scientifique  de  notre  époque,  même  dans  un 
domaine  historique  qui,  par  sa  date  déjà  lointaine  et  par 
la  pratique  des  langues  anciennes  qu'il  exige,  semblait 
devoir  leur  demeurer  fermé.  C'est  le  cas  de  redire  le  mot 
de  notre  grand  Rabelais,  magnifiant  les  conquêtes  de  la 
Renaissance:  «  Que  dirai-je?  Les  femmes  et  les  filles  ont 
aspiré  à  ceste  louange  et  manne  céleste  de  bonne  doctrine.  » 

Abel  Lefranc. 
Paris,  le  10  juin  1914. 


1.  Mademoiselle  Laigle  a  publié  un  livre  sur  Christine  de  Pisan  ; 
Mademoiselle  Rudolph  a  achevé  une  thèse  sur  Jean  de  Paris  ;  celle 
de  Mademoiselle  Harvitt,  consacrée  à  Eustorg  de  Beaulieu,  est  prête 
à  voir  le  jour.  J'ajoute  qu'un  ancien  élève  de  la  conférence  d'Histoire 
littéraire,  M.  Hawkins,  de  Harvard,  a  terminé  sa  thèse  sur  Charles 
Fontaine.  Trois  monographies  relatives  à  des  poètes  français  de  la 
première  moitié  du  xyi"  siècle  nous  viennent  ainsi  d'Amérique, 
presque  au  même  moment. 


AVERTISSEMENT 


J'ai  essaj^é  de  faire  connaître,  dans  ce  livre,  la  vie  d'un 
homme  de  lettres  des  premières  années  de  la  Renaissance,  d'ana- 
lyser son  œuvre  et  d'en  déterminer  la  valeur.  Une  telle  étude 
devait,  incidemment,  éclairer  certains  aspects  d'une  période 
importante,  et  j'espère  également  avoir  atteint  ce  résultat. 

La  bibliographie  d'un  tel  sujet  est  assez  malaisée  à  préparer. 
Son  extrême  pauvreté  prêterait  à  une  fausse  interprétation  si 
l'on  se  bornait  à  y  comprendre  les  ouvrages  se  rapportant 
exclusivement  au  sujet  de  la  biographie  et,  si  l'on  voulait 
l'étendre  à  la  période  entière  sur  laquelle  porte  celle-ci,  elle 
devrait  pratiquement  comprendre  les  ouvrages  de  tous  les  con- 
temporains, e*  toutes  les  études  modernes  faites  sur  chacun 
d'eux.  J'ai  eu  recours  à  un  moyen  terme,  qui,  je  l'espère,  sera 
jugé  généralement  satisfaisant.  Sans  avoir  l'ambition  de  dresser 
la  bibliographie  complète  de  la  période  étudiée  — -  1530  envi- 
ron à  1550  —  j'ai  choisi  les  ouvrages  des  contemporains  et 
des  modernes  que  j'ai  moi-même  trouvé  utiles  pour  comprendre 
l'état  des  lettres,  du  goût  et  des  opinions  qui  prévalurent  pen- 
dant ces  vingt  ans. 

Une  autre  difficulté  arrête  l'étudiant,  quand  il  s'agit  d'une 
étude  portant  sur  la  première  moitié  du  x\t;^  siècle  :  elle  pro- 
vient de  l'orthographe,  de  l'accentuation  et  de  la  ponctuation 
de  l'auteur  dont  il  est  question.  Là  j'ai  quelque  peu  sacrifié 
l'exactitude  à  la  commodité.  J'ai  généralement  respecté  l'or- 
thographe latine  et  française  de  Sainte-Marthe  développant 
seulement  les  abréviations  de  ses  citations  latines  et  françaises. 
Quant  aux  signes  diacritiques,  je  ne  les  ai  changés  que  pour 
rectifier  des  erreurs  évidentes,  ou  pour  rétablir  l'unité  dans  un 
même  ouvrage,  au  cas  de  répétition  fréquente  d'un  même  mot 


XVI  AVERTISSEMENT 

(comme  d'à  préposition  ou  verbe  ou  du  participe  passé  féminin 
en  ée).  Je  n'ai  pas  relevé  les  irrégularités  moins  choquantes. 
J'ai  moins  respecté  ce  qui  concerne  la  ponctuation  et  j'ai  opéré 
quelques  changements,  lorsque  le  sens  me  paraissait  l'exiger. 
Dans  l'Appendice,  je  ne  me  suis  cru  autorisée  à  faire  aucun? 
modification  aux  textss  cités  :  J'ai  reproduit  pour  l'oraison 
funèbre  de  la  Reine  de  Navarre,  la  réimpression  de  Leroux  de 
Lincy  et  Montaiglon  en  suivant  ces  deux  éditeurs.  Malgré 
tous  mes  soins,  je  n'ai  sans  doute  pas  réussi  à  éviter  toute 
inexactitude  dans  mes  citations  et  mes  références.  J'espère  que 
mon  éloignement  des  documents  et,  par  suite,  la  nécessité  de 
m'en  rapporter  à  d'autres  pour  les  vérifications  et  les  références 
me  gagneront  l'indulgence  de  mes  lecteurs  lorsqu'ils  découvriront 
quelque  légère  erreur. 

Mon  ouvrage,  entrepris  comme  une  des  conditions  exigées 
pour  l'obtention  du  Doctorat  de  Philosophie  de  l'Université  de 
Columbia,  a  été  composé  sous  la  surveillance  de  M.  Adolphe 
Cohn,  professeur  à  cette  Université  qui  m'a  secourue  et  encou- 
ragée et  à  qui  je  ne  pourrai  jamais  assez  exprimer  ma  recon- 
naissance, autant  pour  les  conseils  patients  et  féconds  qu'il  me 
donna  sur  les  questions  de  style  et  de  méthode,  que  pour  cet 
éveil  de  l'esprit  à  la  véritable  valeur  de  l'érudition  qui  doit 
inspirer  à  un  discipb  les  sentiments  reconnaissants  les  plus 
profonds  qu'il  puisse  éprouver.  Je  ne  suis  guère  moins  rede- 
vable à  M.  Abel  Lefranc,  professeur  au  Collège  de  France,  pour 
le  sujet  même  de  cette  étude.  Je  tiens  à  lui  exprimer  ma  gra- 
titude, non  seulement  pour  ce  que  lui  doit  tout  étudiant  qui 
s'occupe  des  débuts  de  la  Renaissance  française,  comme  à  l'au- 
torité la  plus  considérable  en  ces  matières,  mais  encore  pour 
d'utiles  indications  de  sources  et,  de  plus,  pour  l'intérêt  per- 
sonnel qu'il  m'a  manifesté  par  les  encouragements  qu'il  n'a  cessé 
de  me  donner,  dès  que  j'ai  entrepris  ce  présent  travail,  alors 
que  je  suivais  ses  cours  sur  l'Histoire  littéraire  de  la  Renais- 
sance à  l'Ecole  des  Hautes-Etudes. 

Je  veux  encore  reconnaître  mes  obligations  envers  M.  H.  A. 
Todd,  et  M.  C.  H.  Page,  professeurs  à  l'Uni v^ersité  de  Columbia, 
pour  leur  aimable  concours  et  leurs  critiques;  envers  mon 
amie,  Miss  M.  E.  Lowndes,  auteur  de  Michel  de  Montaigne, 
pour  son  aide  précieuse  ;  envers  M.  John  L.  Gerig,  profes- 
seur à  l'Université    de    Columbia,    qui  mit    à    ma    disposition 


AVERTISSEMENT  XVII 

une  lettre  inédite  très  importante  pour  mon  étude  ;  envers 
M.  Arthur  Labbé,  de  Châtellerault,  qui  a  généreusement  mis 
à  ma  disposition  un  livre  précieux  de  sa  bibliothèque  et  envers 
mes  camarades  de  l'Ecole  des  Hautes-Etudes,  en  l'année 
1906-7,  pour  leurs  utiles  avis.  Je  voudrais  rendre  hom- 
mage aux  bontés  de  M.  N.  Weiss,  directeur  de  la  Biblio- 
thèque de  la  Société  du  Protestantisme  français,  qui  m'a 
personnellement  aidée  dans  les  recherches  que  j'ai  faites  dans 
cette  bibliothèque,  ainsi  qu'à  la  courtoisie  et  aux  bons  offices 
des  fonctionnaires  des  autres  bibliothèques  où  fut  préparée  la 
plus  grande  partie  de  mon  travail  :  La  Bibliothèque  Nationale,  la 
Bibhothèque  Mazarine,  la  Bibliothèque  de  l'Arsenal,  la  Biblio- 
thèque de  l'Institut  et  la  Bibliothèque  de  l'Université  de  Co- 
lumbia,  à  New-York. 

J'adresse  enfin  un  hommage  ému  à  la  mémoire  du  regretté 
M.  Honoré  Champion  qui  a  tant  de  droits  à  ma  reconneàs- 
sance,  do  même  que  son  fils,  M.  Edouard  Champion  :  ayant 
égard  aux  difficultés  qu'une  étrangère  pouvait  rencontrer  au 
cours  de  la  publication  d'un  semblable  travail,  alors  surtout 
que  l':-.  responsabilité  de  Ir,  correction  des  épreuves  retombait 
sur  moi  par  suite  de  l'absence  du  traducteur,  ils  se  sont 
chargés,  p.vec  une  amabilité  extrême,  du  soin  d'un  gr^.nd 
nombre  de  détails,  qui  n'incombent  généralement  paj  à  un 
éditeur,  si  affable  et  obligeant  qu'il  puisse  être. 

Je  tiens  de  même  à  remercier  M.  Paillart,  l'imprimeur  de  ce 
livre,  de  son  concours  dévoué  comme  de  son  inlassable  patience. 

C.  R.-R. 


INTRODUCTION 


Le  nom  de  Charles  de  Sainte-Marthe  est  peu  connu  des  étu- 
diants de  la  littérature  française,  peu  connu  même  des  étudiants 
de  la  Renaissance  française.  Un  auteur,  s'occupant  de  ce  sujet, 
reconnaît  en  Sainte-Marthe  «  un  érudit  et  un  réformateur  reli- 
gieux de  quelque  importance  »,  mais  le  juge  «  mauvais  poète 
et  ennuyeux  prosateur  »  ^.  La  première  de  ces  opinions  est 
indéniablement  justifiée  ;  la  seconde  est  plus  discutable,  et 
l'objet  de  cette  étude  sera,  en  partie,  de  montrer  que  les 
deux  oraisons  funèbres  de  Sainte-Marthe,  celle  de  la  Reine  de 
Navarre  et  celle  de  la  duchesse  de  Beaumont  valent,  à  un  certain 
degré,  que  l'on  considère  leur  auteur  comme  ayant  élégamment 
contribué  à  la  formation  de  la  prose  française.  Il  n'est  cepen- 
dant pas  certain  que  ses  efforts  en  ce  sens,  ou  que  ses  para- 
phrases latines  des  Psaumes,  un  peu  surchargées,  aient  une 
assez  grande  valeur  pour  mériter  une  étude  détaillée  de  la 
vie  et  des  œuvres  de  Sainte-Marthe.  Son  biographe  en  trouvera 
plutôt  la  justification  dans  la  place  que  cet  écrivain  occupe 
dans  l'histoire  des  genres  littéraires. 

Disciple  dévoué  de  Marot,  Sainte-Marthe  précéda  pourtant 
les  poètes  de  la  Pléiade  à  plusieurs  points  de  vue,  particuliè- 
rement en  réagissant  sous  l'influence  de  Pétrarque,  dont  il  fut 
l'un  des  premiers  interprètes.  S'il  devança  par  là  la  Pléiade,  on 
peut  encore  dire  qu'il  précéda  l'école  de  Lyon  en  donnant  une 
expression  au  Platonisme  qu'il  partageait  avec  elle  et  qui 
formait  une  partie  si  essentielle  du  Pétrarquisme,  pendant  les 
dix  premières  années  de  son  existence  en  France.  Comme  sa 
Poésie  Françoise  fut  publiée  en  1540  et  que  la  Délie  de  Scève, 

1.  Tilley,  The  literature  of  the  Prench  Renaissance,  vol.  I,  p.  92. 


XX  INTRODUCTION 

qu'on  regarde  généralement  comme  la  primeur  de  l'école  de 
Lyon  et  du  Platonisme  en  France,  circulait  encore  en  manus- 
crit parmi  les  amis  de  l'auteur,  à  cette  date,  on  peut  le  con- 
sidérer plutôt  comme  précurseur  que  comme  membre  de  ce 
groupe  poétique,  qui  donna  à  Lyon  sa  place  particulière  dans 
l'histoire  littéraire  de  la  Renaissance  Française.  Tels  sont, 
brièvement  énoncés,  les  titres  particuliers  que  possède  Sainte- 
Marthe  à  une  place  spéciale  dans  l'histoire  de  la  littérature 
française. 

Les  principales  sources  de  sa  biographie  sont,  outre  les 
propres  ouvrages  de  Sainte-Marthe,  une  généalogie  de  sa 
famille  faite  au  xvii®  siècle  (la  Généalogie  de  la  Maison  de  Sainte- 
Marthe)  et  les  Gallorum Doctrina  illustrimn...  Elogia  ^,  de  Scévole 
de  Sainte-Marthe.  Le  manuscrit  de  Colletet,  les  Vies  des  poètes 
français,  contient  une  «  vie  »  qui  ne  nous  éclaire  pas  beaucoup. 
La  Bihliothèque  française  de  Goujet  lui  accorde  quelques  pages 
et  les  dictionnaires  de  Du  Verdier  et  La  Croix  du  Maine,  de 
Moreri  et  de  Lelong  renferment  des  notices  qui  ne  nous  ren- 
seignent guère  sur  son  compte.  Nicéron,  Odolant  Desnos,  Dreux 
du  Radier  et  Bréghot  du  Lut  ont  composé  de  brèves  biogra- 
phies d'inégale  exactitude.  La  Biographie  Universelle,  la  Noii- 
velle  Biographie  générale  et,  surtout,  La  Fraîice  Protestante 
des  frères  Haag  renferment  d'utiles  notices.  On  trouvera  dans 
un  livre  récent  de  P.  de  Longuemare,  —  Une  famille  d'auteurs 
au  XF/e,  ZF//e  et  XVI 11^  siècles  :  Les  Sainte- Marthe,  — 
une  biographie  plus  étendue,  sinon  digne  d'une  entière  créance. 
Le  Sébastien  Castellion,  de  Buisson,  contient  des  notes  précieuses. 
U Histoire  du  Collège  de  Guyeyme,  de  E.  Gaullieur,  nous  fournit 
quelques  renseignements  et  l'on  peut  trouver,  çà  et  là,  quelques 
brèves  notices,  dans  des  ouvrages  traitant  de  cette  période, 
par  exemple  dans  Viollet-le-Duc  :  Catalogue  de  sa  Bihliothèque 
poétique.  On  trouvera  encore  des  données  éparses  dans  les 
archives  municipales  de  Bordeaux,  de  Grenoble  et  de  Lyon  ; 
dans  un  plaidoyer  conservé  au  Mans  ;  dans  le  brevet  qui  créa 
Sainte-Marthe  Procureur  général  du  duché  de  Beaumont  ;  dans 
les  poèmes  de  plusieurs  contemporains,  de  Vulteius,  de  Gilbert 
Ducher,   de   Habert,    de  Robert  Breton  et   de  Denis  Faucher; 


2.  Pour  la  bibliograpliio  complète  de  ces  sources  et  des  suivantes,  cf.  p.  360 
et  seq. 


INTRODUCTION  XXl 

dans  les  lettres  des  deux  derniers  et  d'Antoine  Arlier  (inédites) 
et  tians  d'autres  comprises  dans  la  Correspondance  des  Réforma- 
teurs d'Herniinjard.  Enfin  VHistoire  Ecclésiastique  des  églises 
réformées,  de  Théodore  de  Bèze,  et  le  résumé  fait  par  La  Ferrière- 
Percy  du  livre  de  comptes  tenu  par  Frotté  pour  la  Reine  de 
Navarre,  entre  1540  et  1548,  donnent  d'intéressantes  indica- 
tions. 


TABLE    DES    MATIERES 


Pages. 
Préface  de  Abel  Lefranc vu 

Avertissement xv 

Introduction  xix 

PREMIÈRE  PARTIE 

CHAPITRE  I 

Naissance  ;  premières  années  ;  vie  a  l'Université 1 

CHAPITRE  II 

Professorat     de     Sainte  -  Mabthe  ;     ses     disgrâces.  ;     ses 

voyages  dans  le  Midi 21 

CHAPITRE  III 

Tribulations  a  Grenoble  ;  vie    a  Lyon  ;   «  la  Poésie  Fran- 
çoise » 47 

CHAPITRE  IV 
1541  ;  la  persécution  de  Grenoble 75 

CHAPITRE  V 

Au   SERVICE   DE   LA  DUCHESSE   DE  BeAUMONT  ET  DE  LA  REINE   DE 

Navarre  93 

CHAPITRE  VI 
Dernières   années 111 


XXIV  TABLE    DES    MATIERES 


DEUXIÈME  PARTIE 


CHAPITRE  I 


(1  La    Poésie    Françoise   »  ;    l'imitation    de    Marot    et    le 

PÉTRARQUISME \2i 


CHAPITRE  II 

«  La  Poésie  Françoise  »  ;   influences   Platoniciennes 169 

CHAPITRE  III 
Les  oraisons  funèbres 205 

CHAPITRE  IV 
Les  œuvres  latines 248 

CHAPITRE  V 
Conclusion ^, , , 'LU 


Appendice 281 

Pièces  justificatives 317 

Bibliographie 351 

Index  des  noms  propre;- 375 


ERRATA 


Page  17<S.  —  6e  ligne, 
-lu  lieu  de  :  et  de  ce  Cijrnbalum  Mitiidi,  lire:  el  ce  Cymbalum  Mmidi. 

Page  180.  —  2Ue  ligne, 
.lu  lieu  de:  avant  que  n'aient  paru,  lire:  avant  que  n'ait  paru. 

Page  370.  —  17^  ligne. 
Au  lieu  de  :  Moreri,  Louis,  lire:  Moréri,  Louis. 

Page  371.  —  l'e  ligne. 
Au  lieu  de  :  Parnaso,  Italiano,  lire  :  Parnaso  Italiano. 

Même  page.  —  15*^  ligue. 
Au  lieu  de:  Petrarch,  lire:  Pétrarque. 

Page  373.  —  25^  ligne. 
Au  lieu  de  :  Liri  Antichi,  lire  :  Lirichi  Antichi. 

Page  383.  —  Colonne  2,  11^  nom. 
Au  lieu  de  :  Plettion,  lire  :  Pléthon. 


CHAULES  DE  SAINTE -MARTHE 

(1512-1555) 


PREMIERE    PARTIE 


CHAPITRE  PREMIER 

NAISSANCE 

ET  PREMIÈRES   ANNEES   DE    CHARLES   DE   SAINTE-MARTHE  ; 

SA    VIE    A    l'université 

Charles  de  Sainte-Marthe  appartenait  à  une  famille  qui,  déjà 
distinguée,  était  destinée  à  le  devenir  encore  davantage  après  lui. 
Des  guerriers  remarquables  avaient  rendu  illustre  le  nom  de  ses 
ancêtres,  entre  autres  Louis,  son  grand-père,  qui  avait  suivi 
Charles  VIII  en  Italie  i.  Charles,  qui  mourut  sans  enfants,  tient 
la  tête  d'une  série  de  brillants  personnages  qui  portèrent  son 
nom  et  méritèrent  de  figurer  en  bonne  place  dans  les  annales  de 
la  France,  surtout  dans  ses  annales  religieuses  et  littéraires.  Jus- 
qu'au moment  où  leur  nom  s'éteignit  par  la  mort  du  dernier  des 
Sainte-Marthe  en  1779  2,  chacune  de  leurs  générations  eut  un 
représentant  remarquable  et  il  ne  manque  point  d'hommages 
rendus  à  leur  grandeur  : 

Si  Samarthana;  quœris  insignia  gentis 
Qualia  sint,  Fusos  ipsa  Minerva  dédit. 

1.  Cf.  Longuemare,  Une  famille  d'auteurs...  Les  Sainte- 31  arthe,  pp.  10-19. 

2.  Cf.  ibid.,  p.  244. 


2  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1512 

Ces  vers,  écrits  au  milieu  du  xvii^  siècle  par  René,  Michel  de 
la  Roche-Maillet,  font  allusion  au  second  motif  des  armes  des 
Sainte-Marthe  ^.  Au  xyiii^  siècle,  la  lecture  de  Nicéron  ^  suggé- 
rait à  Voltaire  ces  paroles  par  lesquelles  il  exprima  l'estime  qu'il 
avait  pour  eux  :  «  Cette  famille  a  été  pendant  plus  de  cent  années 
féconde  en  savants  ^.  » 

Gaucher  de  Sainte-Marthe,  père  de  Charles,  «  écuyer  seigneur 
de  Villedan,  de  La  Rivière,  de  la  Baste-en-Coursai,  de  Lerné,  de 
Chapeau  et  des  Landes-en-Aunis  "*  »,  ne  fut  pas  le  moins  remar- 
quable des  membres  de  cette  illustre  famille.  Il  avait  été  soldat, 
mais  il  avait  quitté  «  les  employs  de  Mars  pour  s'adonner  entière- 
ment à  la  Docte  Minerve  »  ^;  c'est-à-dire  qu'il  s'était  mis  à  étudier 
la  médecine  et,  en  1506,  il  reçut  le  titre  de  médecin  ordinaire  de 
l'abbesse  et  du  couvent  de  Fontevrault  *'.  En  1512,  lors  de  la 
naissance  de  son  second  fils,  Charles,  il  était  de  plus  conseiller 
et  médecin  ordinaire  du  Roi,  et  ses  contemporains  le  regardaient 
comme  «  un  oracle  de  la  médecine  et  un  titulaire  Esculape  '  », 
Il  jouait  à  l'abbaye  le  double  rôle  de  fonctionnaire  de  confiance 
et  d'ami  :  L'abbesse  avait  souvent  recours  à  lui,  en  des  cir- 
constances graves,  et  lui  confiait  des  missions  sans  rapport  avec 
sa  profession.  Par  exemple,  lorsque  Louise  de  Bourbon,  qui  avait 
pris  le  voile  à  Fontevrault,  fut  élue  abbesse  de  Sainte-Croix  de 
Poitiers,  il  reçut  en  son  nom  cette  dignité.  Quand  Renée  mou- 
rante confia  la  direction  de  son  abbaye  de  Fontevrault  à  cette 
même  Louise  de  Bourbon,  il  assistait  à  la  scène  comme  témoin 
et  c'est  lui  qui  fut  chargé  d'annoncer  la  nouvelle  de  cette  mort 

1.  In  fuf:OS  Satnarthanœ  Symbolum,  Renati  MichœUs  Rupemellel  Poemata, 
p.  60. 

2.  Cf.  Mémoires  pour  servir  à  Vhisloire  des  hommes  illustres  dans  la  République 
des  Lettres,  vol.  VII,  p.  11. 

3.  Siècle  de  Louis  XIV,  éd.  Moland,  vol.  XIV,  p.  127.  Voltaire  a  confondu 
Charles  avec  son  père  Gaucher. 

4.  Cf.  Dreux  du  Radier,  Bibliothèque  hist.  et  crit.  de  Poitou,  vol.  II.  art. 
Sainte  Marthe  (  Gaucher). 

5.  Généalogie  de  la  Maison  de  Sainte -Marthe,  fol.  7  v^'. 

6.  Son  brevet,  daté  du  29  mars,  se  trouve  dans  la  Généalogie  de  la  Maison  de 
Sainte-Marthe.  Dans  le  Cartid.  Monasterii  Fontis  Ebraldi,  le  nom  de  Gaucher  est 
suivi  des  titres  de  «  Docteur  en  Médecine  ordre  (je  lad.  Dame  Abbesse  de  Céans 
et  de  son  Monastère  «  (vol.  II,  p.  359).  La  généalogie  de  la  famille  remarque 
qu'  «  il  estoit  premièrement  au  service  de  Charles  Connestable  de  Bourbon  qui 
l'aymait  fort  »  (fol.  8  v°)  ;  mais  il  doit  être  entré  plus  tard  à  son  service,  car  1(^ 
Connétable  naquit  en  1490. 

7.  Généalogie  de  la  Maison  de  Sainte-Marthe,  fol.  8  r". 


\.'}\-2]  l'K k:\iikres  ANNKICS  ;  Vl!':  a  i/univi'^rsttk  3 

au  Roi,  lequel  le  noinina  aussitôt  médecin  de  la  nouvelle  abbesse^. 
Ses  biens  de  Lerné  et  de  La  Mare,  dons  du  couvent  et  de  l'ab- 
besse  ^,  sont  autant  de  preuves  de  l'estime  que  lui  portait  la 
commiuiauté  ;  enfin  on  lui  rendit  Thonneur  d'être  inhumé  dans 
le  chœur  de  la  chapelle  de  Tabbaye,  privilège  jusqu'alors  réservé 
aux  rois,  aux  princes  et  aux  grands  seigneurs  ^. 

Bien  que  l'abbesse  et  ses  religieuses  aient  pu  avoir  d'amples 
raisons  de  reconnaître  en  lui  le  (c  sens,  scavoir,  expérience  et 
loyaulté  »  mentionnés,  suivant  la  formule  accoutumée,  dans  le 
brevet  de  leur  médecin,  son  caractère  présentait  d'autres  traits 
moins  agréables.  Un  intérêt  tout  spécial  s'attache  à  lui,  comme 
ayant  servi  de  modèle  à  Rabelais,  pour  son  Picrochole  "*.  Il 
semble  qu'il  ait  été  d'humeur  irascible  et  désagréable  ^  : 
«  fort  cholère  »,  dit  ce  quelque  peu  mystérieux  «  Sieur  Bou- 
chereau  ^  »,  qui  affirme  que  Sainte-Marthe  leva  la  main  sur 
Rabelais,  un  jour  que  celui-ci  le  consultait,  et  ce  travers  devait 
avoir  une  fâcheuse  influence  sur  la  vie  de  son  fils  Charles. 
Deux  ans  après  avoir  été  attaché  à  la  maison  de  Fontevrault, 
Gaucher  avait  épousé  Marie  Marquet,  fille  de  Michel  Marquet, 
receveur  général  en  Touraine  ;  ce  mariage  l'avait  apparenté 
aux  Budé,  ainsi  qu'à  d'autres  familles  distinguées,  et  il  semble 
qu'il  ait  amené  sa  femme  à  vivre  sur  les  terres  de  l'abbave.  qui, 
à  part  quelques  rares  séjours  à  Lerné  ou  au  Chapeau,  devinrent 
à  partir  de  ce  moment  la  résidence  ordinaire  et  le  centre  de  sa 
vie  de  famille.  En  tout  cas,  c'est  à  Fontevrault  que  naquit 
Charles,  le  second  de  ses  douze  enfants.  Foucaud  Mônier,  pro- 
cureur de  Fontevrault  '^,  le  tint  sur  les  fonts. 

Le  caractère  de  Charles  de  Sainte-Marthe  laisse  facilement 
apercevoir  l'influence  qu'eut  sur  sa  première  jeunesse  un  milieu 
aussi  singuHer  que  celui  de  l'abbaye  royale.  La  simple  beauté  et 

1.  Cf.  Cartul.  Fontis  Ehraldi  ;  éd.  de  A.  Parrot,  Mémorial  des  Ahbesses  de 
Fontevrault,  pp.  33,  45  et  47. 

2.  Cf.  Généalogie,  fol.  9  v". 

3.  Cf.  Ibid.,  fol.  19  vo. 

4.  Cf.  Abel  Lefranc,  Picrochole  et  Gauclier  de  Sainte -Marthe,  Rev.  des  Etudes 
Rabelaisiennes,  vol.  III,  p.  241. 

5.  Cf.  -ibid.,  p.  244  ;  et  Henri  Cliizot,  Les  Amitiés  de  Rabelai.f  en  Orléanais, 
ibid.,  p.  169. 

0.  H.  C,  Les  notes  de  Bouchereau  dans  la  collection  Dupuy  ;  ibid,  p.  405. 

7.  Sainte-Marthe  lui  fit  une  épitaphe  :  «  Epitaphe  de  feu  Monsieur  nmistre 
Foucauld  Mosnier,  procureur  de  Fontevrault  et  son  parrain,  parlant  en  sa  per- 
sonne »,  Poésie  française,  ]}.  53. 


4  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1512 

l'ancienneté  des  grands  bâtiments  de  l'abbaye,  situés  dans  une 
fraîche  vallée  toute  entourée  par  la  forêt,  étaient  d'elles-mêmes 
capables  de  produire  une  forte  impression.  A  l'étrange  tour 
d'Evraud  étaient  attachés  de  sinistres  souvenirs  de  meurtre  et 
de  trahison  et  le  transept  de  la  grande  église,  le  «  cimetière 
des  rois  »,  consacré  aux  statues  et  aux  tombeaux  des  Planta- 
genets,  pouvait,  aussi  vivement  que  les  traditions  de  Fonte- 
vrault,  impressionner  l'imagination. 

La  règle  singulière  du  couvent,  qui  commandait  la  soumission 
de  l'homme  à  la  femme  ^,  la  noblesse  du  sang  royal  de  ses  abbesses, 
l'exercice  de  l'autorité  sur  de  nombreses  abbayes,  qui  dépen- 
daient d'elle  et  lui  permettaient  de  communiquer  avec  l'Angle- 
terre, l'Espagne  et  la  Flandre,  toutes  ces  conditions  lui  créaient 
une  situation  exceptionnelle  au  point  de  vue  monastique. 

Toutefois,  pendant  les  premières  années  de  la  vie  de  Sainte- 
Marthe,  ce  n'était  pas  ces  privilèges  qui  constituaient  les  plus 
grands  charmes  du  couvent  :  L'âme  d'une  grande  personnalité, 
en  effet,  brillait  au  milieu  de  sa  monotonie. 

L'enfant  dut  voir  souvent,  malgré  la  règle  de  réclusion, 
Renée  de  Bourbon  ^,  vêtue  d'un  voile  noir  et  d'un  habit  blanc, 
déhcate  et  chétive,  d'une  taille  ne  dépassant  pas  celle  d'im 
enfant  de  dix  ans  et  qui  contrastait  avec  son  visage  et  son 
attitude,  empreints  d'une  grâce  et  d'une  douceur  «  toute  spiri- 
tuelle, toute  céleste  ».  H  dut  être  frappé  de  la  vivacité  de  sa 
parole,  qui  révélait  un  esprit  puissant,  en  apparence  déjà  dégagé  de 
son  corps,  mais  qui  n'exprimait  jamais  «  rien  de  léger  ni  d'irré- 
fléchi, ni  d'immodeste  »,  de  même  que  celle  qui  la  prononçait  ne 
fit  jamais  «  rien  inconsidérément,  rien  à  la  hâte,  rien  imprudem- 
ment ^  ».  Nul  doute  que  ce  jeune  observateur  ait  été  frappé  de 
l'histoire  de  la  vigoureuse  réforme  opérée  par  Renée  dans  ses 


1.  «  Nous  avons  déjà  dit  que  la  soumission  des  hommes  envers  une  fille  est  le 
sceau,  l'esprit,  la  mai'que  et  la  distinction  essentielle  de  l'ordre  de  Fontevrault.  » 
Honorât  Nicquet,  Histoire  de  Vordre  de  Fontevrauld,  p.  318.  En  1534,  au  moment 
de  sa  mort.  Renée  commandait  à  trente-quatre  «  couvents  réformés  ».  Bosse- 
bœuf,  Fontevrauld,  son  histoire  et  ses  monuments.  Tours,  1890,  pp.  13  et  21. 

2.  Vingt-troisième  abbesse  de  Fontevrault  (1491-1534),  fille  de  Jean  II  de 
Bourbon,  comte  de  Vendôme  et  descendante  directe  de  Louis  IX.  Son  frère, 
François  de  Bom-bon,  comte  de  Vendôme,  épousa  Marie  de  Luxembourg  et 
eut  pom*  fils  Charles  de  Bourbon,  premier  duc  de  Vendôme,  qui  épousa  Fz-an- 
çoise  d'Alençon  et  fut  le  grand-père  d'Henri  IV. 

3.  Cartul.  Fontis  Ehraldi,  vol.  II,  p.  141. 


1533]  TREMIÈRES   ANNEES  ;    VIE    A   l'uNIVERSITÉ  5 

couvents  et  ses  monastères,  —  réforme  accomplie  en  pleine  rébel- 
lion, en  dépit  du  découragement,  et  qui  ne  put  être  parfaitement 
menée  à  bien  qu'après  dix-sept  années  d'efforts,  à  l'époque  où 
('harles  atteignait  l'âge  d'homme.  Ce  qui  dut  surtout  le  toucher, 
c'est  l'histoire  des  vœux,  prononcés  solennellement  quelques 
années  avant  qu'il  ne  fut  né,  et  celle  de  la  vente  de  ses  trésors 
pour  la  construction  de  la  maison,  construction  qui  fut  pour- 
suivie pendant  toute  son  enfance  :  «  Cum  décore  multo  ac  non 
vulgata  magnificentia  edificavit  »,  disent  les  chartes  de  l'abbaj^e  ^. 
Il  ne  serait  peut-être  pas  téméraire  de  supposer  que  l'enthou- 
siasme moral,  la  forte  spiritualité  et,  même,  les  tendances  fémi- 
nistes qui  caractérisèrent  plus  tard  la  vie  de  Sainte-Marthe  pri- 
rent naissance  en  lui  grâce  à  l'influence  de  Renée  de  Bourbon. 

Sainte-Marthe,  par  les  dons  naturels  de  son  âme  et  de  son 
esprit,  était  bien  fait  pour  se  laisser  pénétrer  par  l'atmosphère 
où  il  fut  placé  dès  sa  première  jeunesse.  Il  parle  lui-même,  non 
sans  une  certaine  naïveté,  de  ses  dons  intellectuels  :  «  Dieu  me 
doua,  en  outre  »  écrit-il,  «  dès  mon  enfance,  d'une  inteUigence 
si  prompte,  et  si  habile  à  comprendre  toute  science,  qu'il  n'en 
est  presque  aucune  à  laquelle  je  ne  paraisse,  aux  yeux  même  de 
ses  professeurs,  avoir  consacré  la  plus  grande  part  de  mon  temps... 
Je  ne  prétends  pas  posséder  la  science  complète  et  absolue  de 
toutes  les  langues;  mais,  pour  le  peu  que  j'en  possède,  je  me 
trouve,  pour  ma  part,  devoir  à  Dieu,  qui  me  l'a  donné,  les  remer- 
ciements d'un  débiteur  reconnaissant  '^.  » 

H  est  probable  que,  malgré  les  charmes  de  ce  miheu  et  l'activité 
de  son  esprit,  Sainte-Marthe  n'eut  pas  une  enfance  complète- 
ment heureuse  ;  car  il  se  sentit  plus  tard  reconnaissant  envers 
Dieu  des  accidents  et  des  déboires  par  lesquels  il  avait  éprouvé 
sa  patience  dès  sa  jeunesse.  Ces  «  déboires  »  peuvent  avoir  eu 
pour  cause  le  caractère  irritable  de  son  père;  mais,  quels  qu'aient 
pu  être  les  désagréments  qu'attira  sur  sa  famille  l'humeur  de 
Gaucher  de  Sainte-Marthe,  au  moins  l'éducation  de  ses  enfants 
ne  fut  pas  négligée.  Il  envoya  Louis,  son  fils  aîné,  à  Loudun, 
pour  qu'il  y  étudiât  les  humanités,  puis  à  Poitiers,  pour  la  philo- 
sophie et  le  droit  ^.  Charles  étudia  le  Droit  à  Poitiers,  mais  on  ne 


1.  Cartul.  Fontis  Ebraldi,  vol.  II,  p.  140. 

2.  In...  Paalmum  XXXIII  Paraphrasia,  p.  146. 

3.  Cf.  Longuemare,  op.  cit.,  p.  29. 


6  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1512 

sait  OÙ  il  reçut  son  instruction  préparatoire.  «  Après  avoir  fini  ses 
Humanités,  il  étudia  le  Droit  à  Poitiers  »  ^,  telle  est  l'expression 
assez  vague  dont  se  sert  Dreux  du  Radier.  Avant  1533  il  avait 
obtenu  le  grade  de  bachelier  2,  soit  dans  cette  Université,  soit 
dans  une  autre  ;  probablement  un  an  ou  deux  avant,  puisqu'en 
1550  il  se  dit  avoir  été  «  distraict  presque  l'espace  de  20  ans  de  la 
mamelle  des  bonnes  lettres  ^n.  Pour  lui,  dans  les  «  bonnes  lettres  » 
était  compris  le  grec,  dont  l'étude  était  encore  chose  très  rare 
à  cette  époque.  Colletet  rapporte  en  ces  termes  ce  qu'il  trouva, 
au  sujet  de  Charles  et  de  son  frère  Jacques,  dans  le  livre  de 
leur  célèbre  neveu  Scévole  :  «  Si  est  ce  que  tous  deux  ils  furent 
ensemble  sur  ce  point,  qu'ils  se  rendirent  excellens  dans  la  langue 
grecque  et  que  tous  deux  ils  s'appliquèrent  profondément  à  la 
philosophie  et  à  la  cognoissance  de  tous  les  aultres  arts  libé- 
raux *.  » 

L'étude  du  grec,  qui  était  encore  une  nouveauté  en  France, 
devait  paraître  sans  doute  encore  plus  nouvelle  loin  de  Paris. 
Lascaris  venait  juste  de  quitter  le  royaume  —  en  1528  ou  1529. 
Le  cercle  formé  par  ses  premiers  élèves  et  ceux  de  son  incapable 
prédécesseur  Hermonymus  ^  était  distingué,  sinon  très  étendu, 
et  Budé,  sa  plus  brillante  étoile,  venait  seulement  de  persuader 
au  Roi  d'instituer  à  Paris  l'ordre  des  professeurs  ou  lecteurs 
royaux  ^.  L'impression  du  grec  était  plus  jeune  que  le  siècle  '  ;  la 
fonte  des  caractères  était  encore  limitée,  et  Budé,  qui  n'avait 
pas  seulement  écrit,  mais  encore  imprimé  ses  traductions  tout 
à  fait  au  début  du  mouvement  helléniste  ^,  ne  paraît  pas  avoir 

1.  Bibliothèque...  de  Poitou,  art.  Sainte- Marthe.  Le  petit  nombre  des  biogra- 
phes de  Sainte-Marthe  a  accepté  les  données  de  du  Radier  et  son  intimité  avec 
le  «  Chevalier  de  Sainte-Marthe  »,  à  qui  il  les  doit,  pourrait  inspirer  quelque 
confiance  en  ses  indications. 

2.  Engagé  cette  année  même  comme  professeur  par  Jean  de  Tartas,  il  avait 
déjà  reçu  ce  grade. 

3.  Oraison  funèbre...  de...  Marguerite,  Royne  de  Navarre,  etc.,  p.  28. 

4.  Eloges  des  hommes  illustres,  p.  372.  Sur  Scévole  de  Sainte-Marthe, 
cf.  Auguste  Hamon,  De  Scœvolœ  Samarthanœ  vita  et  latine  scriptis  operibus. 
Paris,  1901. 

5.  Pour  l'histoire  de  Hermonymus,  cf.  L.  Delaruelle,  Guillaume  Budé,  pp.  69- 
73. 

6.  Fondé  en  1530.  —  Les  professeurs  entrèrent  en  fonction  en  mars.  Cf.  Le- 
franc,  Histoire  du  Collège  de  France,  pp.  101-113,  et  principalement  p.  109. 

7.  Le  premier  livre  imprimé  en  grec  est  de  1507. 

8.  C'est  à  savoir  en  1503,  1505,  etc.  Cf.  la  bibliographie  de  L.  Delaruelle,  op. 
cit.,  pp.  xviii  et  XIX. 


I53.'f|  l'REMiÈRES    ANNEES  ;    VIK    A    l'uNIVKRSITE  7 

été  imité  avant  plus  de  vingt-ans  i.  Dans  ces  conditions,  il  serait 
intéressant  de  savoir  ce  qui  orienta  l'attention  de  Sainte-Marthe 
vers  des  études  qu'on  ne  pouvait  poursuivre  qu'avec  beau- 
coup de  difficultés.  Fut-ce  l'influence  de  Budé  ^,  son  illustre 
parent,  ou  l'exemple  d'un  homme  contre  qui  la  famille  de  Sainte- 
Marthe  nourrissait,  ou  devait  plus  tard  nourrir  cramers  ressenti- 
ments 3  ?  Rabelais,  qui  eut  à  surmonter  de  plus  grandes  diffi- 
cultés pour  apprendre  cette  langue,  a  pu  être  présent  à  Poitiers, 
peu  d'années  seulement  avant  que  Sainte-Marthe  n'entrât  à 
l'école  de  Droit  de  cette  viUe  ^  — ^  et  il  est  cUfficile  de  croire  que  la 
nouveauté  de  cette  science,  jointe  à  son  rare  génie,  n'ait  incité 
personne  à  poursuivre  la  même  étude. 

Quand  Sainte-Marthe,  après  avoir  fait  ses  Humanités,  fut 
entré  à  l'école  de  Droit  de  Poitiers,  cette  «  aultre  ville  d'Athènes  », 
—  comme  l'appelait  plus  tard  un  de  ses  étudiants,  Jacques  de 
Hillerin  ^,  —  était  le  siège  d'une  des  plus  célèbres  Universités 
de  France  ^  et  la  foule  assiégeait  les  portes  de  ses  écoles,  surtout 
de  celle  de  Droit. 

La  discipline  n'était  pas  trop  sévère  et,  parmi  les  étudiants, 
un  bon  nombre  d'oisifs,  «  fliiteurs  et  joueurs  de  paume  de  Poi- 
tiers ))  ',  avaient  toujours  assez  de  temps  pour  banqueter 

K  à  force  flaccons,  jambons  et  pastez  ». 


1.  Claude  de  Seyssel,  Thucydides,  1527  ;  VAnabase  de  Xénophon,  1529;  Les 
livres  XVIII-XX  de  Diodore,  1530,  etc.  Cf.  Tilley,  Literature  of  the  French 
Renaissance,  vol.  I,  p.  35. 

2.  Quoique  le  généalogiste  de  la  famille  ait  affirmé  que  Budé  s'exprimait  sur 
le  compte  de  Sainte -Marthe  d'une  manière  élogieuse,  je  n'ai  pu  vérifier  cette 
assertion.  Quoiqu'il  en  soit,  il  semble  que  Budé  ait  été  lié  avec  la  famille  de  Gau- 
cher, svu'tout  avec  Jacques,  le  jeune  frère  de  Charles,  qui  écrivit  son  oraison 
funèbre.  Cf.  Longuemare,  op.  cit.,  p.  56. 

3.  Pour  l'histoire  de  cette  haine  de  famille,  cf.  Lefranc,  Picrochole  et  Gaticher 
de  Sainte-Marthe,  loc,  cit.,  p.  244  et  séq. 

4.  i.  e.  (Selon  la  conjecture  de  M.  Arthur  ïilley)  pendant  qu'il  remplit 
l'office  de  secrétaire  auprès  de   Geoffroy  d'Estissac.  Rabelais,  p.  35. 

5.  1578-1 663.  Le  chariot  chrestien  à  quatre  roues  menant  à  salut  dans  le  souvenir  de 
la  mort,  du  jugement,  de  Venfer,  et  du  Paradis.  Paris,  1552.  Cit.  (sans  lieu  cité).  Au- 
ber,  Jacques  de  Hillerin,  Bulletin  de  la  Soc.  des  Antiquaires  de  l'Ouest,  1850,  p.  72. 

6.  Cf.  Théodore  de  Bèze,  Hist.  EccL,  pp.  1-63.  Cf.  pour  l'histoire  générale  de 
l'Université,  Auber,  op.  cit.,  E.  Pilotelle,  Essai  historique  sur  V ancienne  Université 
de  Poitiers  ;  Mémoires  de  la  Soc.  des  Antiquaires  de  l'Ouest,  1862  ;  Dartige, 
Notes  sur  l'Université  de  Poitiers.  Niort,  1840. 

7.  Chasseneux,  Catalogus  gloriœ  mundi,  pars  décima,  cit.  Plattard,  L'œuvre  de 
Rabelais,  p.  53,  n.  1. 


8  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1533 

Ils  se  plaisaient,  par  exemple,  aux  jeux  des  mystères,  à  faire  des 
plaisanteries  mal  placées  et  à  pousser  des  cris  indécents  ^,  comme 
Sainte-Marthe  put  sans  doute  s'en  assurer  par  lui-même  quand, 
au  moment  où  il  y  était,  on  joua  à  Poitiers  ^  le  mystère  de  la 
Passion.  Pourtant  le  spectacle  de  la  mort,  presque  subite,  dût 
fréquemment  réfréner  cette  exubérance,  puisque  pendant  le 
séjour  de  Sainte-Marthe  la  peste  dévastait  la  ville  et  l'Uni- 
versité, en  faisant  beaucoup  de  victimes  parmi  les  jeunes  gens^. 

Sainte-Marthe,  lui,  était  un  des  étudiants  les  plus  sérieux, 
comme  Hillerin  qui,  «  en  sortant  des  grandes  écoles  pour  retourner 
à  son  logis,  prit  son  chemin  par  le  palais  pour  se  divertir  à  enten- 
dre plaider  des  causes  »  ^.  Il  trouva  même  le  temps  de  joindre 
l'étude  de  la  Théologie  à  celle  du  Droit,  achevant  sans  doute,  à 
l'école  de  Théologie  de  l'Université,  ou  au  couvent  des  Domini- 
cains ^,  dont  les  cours  institués  depuis  plus  longtemps  avaient 
plus  de  prestige,  le  quinquennium  de  Théologie  dont  les  deux 
premières  années  conféraient  le  grade  de  bachelier  ^. 

Il  nous  a  fait  connaître  les  raisons  pour  lesquelles  il  poursuivit 
ces  deux  études  à  la  fois  :  «  On  pourrait  demander,  écrit-il,  quel 
rapport  il  existe  entre  la  Jurisprudence  et  la  Théologie.  Je  répon- 
drais que  je  ne  désire  pas  moins  être  théologien  que  juriste  ; 
d'abord,  parce  que  j'ai  à  une  certaine  époque  consacré  toute  mon 
attention  à  la  Théologie  et,  ensuite,  parce  qu'elle  est  semblable 
à  l'Opale,  en  laquelle  brillent  les  couleurs  de  nombreuses  pierres  : 
le  feu  délicat  de  l'Escarboucle,  la  Pourpre  de  l'Améthyste,  la 
lumière  verte  de  l'Émeraude,  qui  toutes  s'y  mêlent  d'une  façon 
incroyable.  Ainsi  l'on  y  trouve  du  même  coup  tout  ce  qui  peut 
plaire  dans  les  auteurs  «  ethniques  ».  En  outre,  bien  que  la  Juris- 
prudence soit  une  étude  fort  louable,  elle  ravit  la  santé  de  l'esprit 

1.  Cf.  Pilotelle,  op.  cit.,  p.  303. 

2.  Le  5  juillet  1533.  Cf.  Bouchet,  Annales  d'Aquitaine,  p.  474. 

3.  1531-1532.  «  Ces  fièvres  estoient  mortelles  inêmement  en  jeunes  gens  de 
l'âge  de  vingt  à  trente  ans  dont  moururent  plus  de  riches  que  de  pauvres.  » 
Bouchet,  Annales  d'Aquitaine,  p.  469. 

4.  Auber,  op.  cit.,  p.  73. 

5.  Ce  couvent  était  étroitement  lié  à  l'Université  et  ses  cours  permettaient  aux 
élèves  de  passer  les  examens  et  de  recevoir  les  gi-ades  universitaires. 

6.  De  ces  cinq  années,  la  première  était  consacrée  à  l'étude  de  la  logique,  de 
la  métaphysique  et  de  la  morale  ;  la  seconde  aux  mathématiques  et  à  la  physique. 
L'accomplissement  du  (j'um^MienniMTO  conférait  le  droit  d'entrer  dans  la  carrière 
ecclésiastique  ou  d'obtenir  des  bénéfices  sans  charge  d'âmes.  Cf.  E.  Pilotelle, 
op.  cit.,  pp.  310  et  311. 


1533]  PREMIÈRES    ANNÉES  ;    VIE    A   l'uNIVERSITÉ  9 

à  celui  qui  s'y  consacre  entièrement  et  nous  aveugle,  en  nous 
inspirant  une  ambition  immodérée  pour  la  vaine  gloire,  et  une 
cupidité  démesurée  i.  » 

Les  études  de  Sainte-Marthe  doivent  avoir  été  laissées  ina- 
chevées ;  car,  avant  d'avoir  été  reçu  docteur  en  Droit,  il  fut  invité 
en  1533,  par  Jean  de  Tartas,  à  entrer  au  Collège  de  Guyenne, 
nouvellement  établi  à  Bordeaux,  «  pour  faire  classe  et  règle  à 
composer  et  prononcer  oraisons,  dialogues,  comédies,  et  lire 
publiquement  »  ^.  Quoique  son  contrat  avec  Tartas  ^  soit  daté  du 
4  décembre,  il  est  probable  qu'en  réahté  il  entra  en  charge  un 
peu  plus  tôt  ;  car  ce  document  le  désigne  comme  «  à  présent 
demeurant  à  Bordeaux»,  et  il  est  possible  qu'il  ait  été  au  nombre 
des  vingt  professeurs,  qui  accompagnèrent  le  nouveau  principal 
à  Bordeaux  et  furent  présents  à  l'inauguration  du  collège,  le 
24  mai  de  la  même  année  *.  Sainte-Marthe  se  mit  au  travail  sous 
les  plus  favorables  auspices.  La  ville  de  Bordeaux,  impatiente  de 
participer  à  cette  nouvelle  science,  était  pleine  d'un  espoir 
enthousiaste  en  la  direction  du  collège  qu'elle  avait  si  vigoureu- 
sement réorganisé  ^,  et  d'ailleurs  la  réputation  de  Tartas, 
«  omnium  Parisinorum  gymnasiarcharum  facile  princeps  »  ^, 
légitimait  les  plus  brillants  espoirs. 

La  plupart  des  professeurs  qui  l'accompagnèrent  étaient  des 
jeunes  gens  pleins  de  talent  et  d'ambition,  qui  sortaient  de  leur 
collège  '.  Plusieurs,  comme  Matthias  Itterius  ^,  étaient  de  véri- 
tables érudits  et  l'un  d'eux,  Gentian  Hervet,  qui  fut  par  la 
suite  un  abondant  controversiste  du  parti  orthodoxe,  parta- 
geait avec  Sainte-Marthe  la  connaissance  de  la  langue  grecque  ^ 

1.  Dédicace  à  Jean  Galbert,  In  Psalmum  septimum  et  Psalmiim  XXXIII 
Paraphrasis,  p.  15,  cf.  p.  325  et  seq. 

2.  Cf.  infra,  p.  335. 

3.  Sur  Tartas,  cf.  Ernest  Gaullieixr,  Hist.  du  Col.  de  Guyenne,  chap.  ii-iv, 
pp.  25-76  et  passim. 

4.  Cf.  Nie.  Clenardi  Epist.  libri  duo,  etc.,  Lib.  II,  p.  130.  Cit.  Gaullieur,  pp.  41 
et  51. 

5.  Pour  les  conditions  primitives  du  Collège  de  Guyenne,  cf.  Gaullieur,  op.  cit., 
et  M.  E.  Lowndes,  Michel  de  Montagne.  Cambridge,  1898,  pp.  16-20. 

6.  Hervetus,  De  amore  in  patriam  oratiuncula,  Orationes,  p.  88. 

7.  Cf.  pom-  les  autres  professeurs  engagés  par  Tartas,  Gaullieur,  op.  it., 
pp.  52-58  et  86. 

8.  Ainsi  pensaient  Scaliger  et  Breton,  cit.  Gaullieur,  ibid.,  p.  56. 

9.  «  Perhumanus  erat  et  literis  grsecis  juxta  ac  latinis  eruditus.  »  Roberti 
Britanni  Epist.  libri  très,  fol.  39  v»,  cit.  Gaullieur,  p.  53.  Sur  Hervet  (1509-1594), 
cf.  Gaullieur,  op.  cit.,  p.  118  n.  ;  et  le  Nouveau  Dict.  Hist.,  vol.  IV,  p.  423.  Cet 


10  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [15:]:} 

comme  peut-être  Jean  Visagier  ^  qui,  plus  connu  sous  le  nom  de 
Vulteius,  acquit  plus  tard  une  assez  belle  réputation  de  poète 
latin. 

Outre  le  plaisir  de  se  trouver  avec  de  tels  collègues  et  sous  la 
direction  d'un  homme  très  célèbre,  fSainte-Marthe  avait  encore 
la  satisfaction  de  se  sentir  fort  considéré.  Le  fait  que  ses  hono- 
raires de  trente-cinq  livres  tournois  lui  furent  entièrement  payés 
d'avance,  avant  même  la  signature  du  contrat,  ((  tant  en  robbes 
et  habillements  que  en  or  ^  »,  semble  indiquer  que  le  jeune  savant 
en  avait  un  pressant  besoin.  Ses  honoraires  étaient  pourtant  plus 
élevés  que  ceux  de  tous  ses  collègues,  Visagier  excepté  ^.  Ce 
dernier,  qui  eut  un  sort  malheureux  ^.  Sainte-Marthe,  puis 
Nicholas  Roillet  et  Robert  Breton  ^  se  lièrent  d'amitié  ;  Breton, 
le  plus  brillant,  devint  plus  tard  très  connu  comme  Cicéronien, 
comme  épistolier  et  auteur  abondant. 

Un  égal  amour  de  l'étude  fut  Forigine  des  rapports  qui  s'éta- 
blirent entre  Breton  et  Sainte-Marthe.  S'il  ne  connaissait  pas  de 
grec  à  cette  époque,  Breton  s'y  intéressa  bientôt,  grâce  peut-être 
à  l'exemple  de  Sainte-Marthe  et  d'Hervet,  et  il  s'appliqua  bientôt 
à  le  savoir  à  fond  ^.  Son  affection  pour  Sainte-Marthe  était 
évidemment  durable.  Tout  en  correspondant  activement  avec 
Bembo,  Scaliger,  Guillaume  du  Bellay,  Sadolet,  Arnold  le  Ferron, 
Matthieu  Pac,  Dolet,  Guillaume  Postel  et  d'autres  personnages 
non  moins  distingués  '',  il  trouvait  le  temps  d'écrire  d'affectueuses 

ouvrage  le  fait  assister  «  avec  éclat  »  au  Concile  de  Trente  avant  son  professorat 
à  Bordeaux,  ce  qui  est  évidemment  impossible.  La  liste  de  ses  nombreux  ouvra- 
ges, consistant  principalement  en  controverses  et  en  traductions,  se  trouve  dans 
Nicéron,  op.  cit.,  pp.  190-200. 

1.  C'est  ce  que  suppose  Richard  Copley  Christie,  mais  en  s'appuyant  sur  des 
raisons  qui  semblent  cejDendant  légères.  Etienne  Dolet.  p.  299.  Quant  à  l'identi- 
fication de  Vulteius  avec  Visagier,  nommé  généralement  Voulté  et  parfois 
Faciot,  cf.  Gaullieur,  op.  cit.,  p.  57  ;  Cliristie,  op.  cit.,  p.  298,  et  M.  B.,  Réponse, 
Quel  est  le  véritable  nom  du  poète  Rémois  Joannes,  Vulteius  ?  Rev.  d'Hist.  Litt. 
(1894),  p.  530. 

2.  Cf.  infra,  p.  336. 

3.  Cf.  Gaullieur,  op.  cit.,  pp.  53-57. 

1.  Il  fut  en  effet  assassiné  le  30  décembre  1542  par  son  adversaire  dans  un 
procès. 

5.  Je  n'ai  pas  trouvé  de  données  satisfaisantes  sur  Breton.  L'histoii-e  de  Gaul- 
lieur (op.  cit.,  pp.  84-86)  ne  nous  renseigne  pas.  Consulter,  povu'  la  liste  étendue 
de  ses  œuvres  le  catalogue  de  la  Bibliothèque  nationale. 

6.  Cf.  infra,  p.  28. 

7.  Cf.  ses  deux  volumes  de  lettres  :  Epist.  libri  très,  1536  ;  et  Epist.  lihri  duo, 
1540. 


ir);}4|  l'l{K.MIIOKES    années;    ViK    A    l'uNI VEKSITK  II 

lettres  à  Sainte-Marthe  et  le  souvenir  de  leurs  relations  à  Bor- 
deaux lui  resta  longteinj)s  cher  :  «  Le  souvenir  que  j'ai  gardé  de 
Fabrice,  de  Duchêne,  de  Borsale,  de  Bolonne  et  de  Sainte-Marthe 
est  encore  fort  et  vif  ;  —  écrivait-il  plusieurs  années  plus  tard  à 
son  ami  Pierre  Cocaud  ^  —  Sainte-Marthe  fut  pour  moi  à  Bor- 
deaux un  collègue  et  un  ami  >>. 

Breton  entra  au  collège  après  Sainte-Marthe,  peut-être  pour 
y  occuper  une  place  vacante,  comme  y  entrèrent  un  ou  deux 
autres  professeurs,  parmi  lesquels  André  Zébédée,  personnage 
querelleur,  violent,  vain,  intraitable,  dénué  de  tact,  qui,  devenu 
plus  tard  protestant,  fut  une  épine  au  pied  de  Calvin  2.  Selon 
toute  apparence,  lui  aussi  entra  en  relations  avec  Sainte-Marthe^, 
dont  les  rapports  avec  ses  amis  de  Bordeaux  ne  devaient  cepen- 
dant pas  durer  longtemps. 

L'œuvre  du  nouvel  état-major  du  collège  de  Guyenne  fut 
bientôt  interrompue  par  des  querelles  avec  le  Principal  ;  car 
Tartas,  quelles  qu'aient  été  son  expérience  et  sa  réputation, 
manquait  des  dons  nécessaires  au  succès  de  sa  direction  '*.  Son 
caractère  déraisonnable  et  chicaneur  fut  cause  d'ime  constante 
mésintelligence  entre  lui  et  ses  subordonnés  et,  finalement,  de 
son  départ  volontaire,  le  11  avril  1534.  Cet  abandon  soudain  de 
ses  fonctions  entraîna  la  dispersion,  au  moins  partielle,  des  pro- 
fesseurs engagés  par  lui  :  Visagier  alla  à  Toulouse,  pour  étu- 
dier le  Droit  et  y  faire  des  cours  ;  Hervet  à  Orléans,  pour  y 
occuper  une  chaire,  pendant  que,  selon  toute  probabilité,  Sainte- 
Marthe  passait  un  an  en  différentes  villes  de  Guyenne.  Pour- 
tant ni  le  Principal  ni  les  professeurs  ne  semblent  avoir  quitté 
Bordeaux  sur-le-champ.  Tartas,  en  effet,  tarda  plusieurs  mois 
et  continua  même,  comme  membre  du  Collège,  à  exercer  cer- 
taines fonctions  après  l'arrivée  et  l'entrée  en  service  de  son  suc- 


1.  C'est-à-dire  entre  1536  et  1540,  dates  de  publication  des  deux  volumes  de 
lettres  de  Breton.  Epist.  libri  duo,  fol.  19  v°. 

2.  Sur  Zébedée,  cf.  Herminjard,  Correspondance  des  Réformateurs,  vol.  V, 
p.  98  et  vols  V-IX  passim,  et  F.  Buisson,  Sébastien  Castellion,  vol.  I,  p.  235.  En 
1542,  étant  pasteui-  d'Orbe,  il  était  capable  de  prêcher  de  sept  heures  à  onze 
heiu-es,  dans  le  seul  but  d'ennuyer  le  prêtre  catholique  de  l'endroit  —  «  et  tous- 
jours  eust  sermonné  si  ne  fust  que  le  gouverneur  de  la  ville  le  fist  à  descendi"e 
de  la  chaize.  » 

3.  Cf.  la  lettre  de  Breton,  infra,  p.  29,  bien  qu'elle  ne  soit  jDas  une  preuve 
définitive. 

4.  Pour  ces  détails  et  les  suivants,  cf.  Caullicur,  op.  cil.,  chap.  v  et  vi. 


12  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1534 

cesseur  en  juillet  ^.  Le  départ  de  Sainte-Marthe,  dont  la  date 
exacte  reste  aussi  inconnue,  ne  fut  pas  plus  hâtif.  Il  resta  à  Bor- 
deaux au  moins  jusqu'au  16  mai  1534  ;  car  il  reçut  officiellement, 
ce  jour  là,  les  officiers  venus  pour  publier  une  ordonnance  muni- 
cipale défendant  aux  collégiens  de  porter  des  armes  dans  la  ville  2, 
injonction  qui  permet  de  supposer  que  le  désordre  régnait  au 
Collège. 

Quoiqu'il  ne  fût  pas,  comme  ses  amis  Breton  et  Zébédée,  au 
nombre  des  huit  professeurs  retenus  officiellement  par  la 
nouvelle  administration,  son  contrat  avec  Tartas  le  conservait  à 
la  disposition  du  Collège  jusqu'au  4  décembre  1534  ;  il  est  donc 
probable  qu'il  ne  quitta  pas  la  ville  avant  une  date  avancée  de 
cette  année  après  avoir  été  témoin  des  débuts  d'un  meilleur 
régime,  et  fait  la  connaissance  d'André  de  Gouvea  ^,  le  nouveau 
Principal,  celui-là  même  qui  fut  l'objet  de  l'admiration  de  Mon- 
taigne. Il  semble  aussi  qu'il  connut  l'humaniste  Maturin  Cordier, 
professeur  dévoué  *  dont  la  vie  était  aussi  pure  et  modeste  que 
la  science  était  grande.  Ce  dernier  était  l'ami  de  Vulteius,  qui 
célébra  en  ces  vers  latins  la  beauté  de  son  caractère  : 

Te  docuit  Cliristus  veruinque  fidemque  docere  ; 

Te  docuit  Cliristus  spernere  divitias; 

Te  docuit  Cliristus  teneram  forniare  luventam  ; 

Te  docuit  Cliristus  nioribus  esse  bonis  ; 

Te  docuit  Christus,  nulla  niercede  parata, 

Viva  literulas  voce  docere  bonas  ; 

Te  docuit  Cliristus  cœluiii  vitanique  beatarn 

A  se  imniortali,  non  aliunde,  dari,  etc. 

Cit.  Buisson,  vol.  I,  p.   126,  n.  4. 
Cordier,  beaucoup  plus  âgé  que  ses  collègues,  s'était  enfui  de 

1.  Roberti  Britanni  epist.  libri  très,  fol.  70  r°,  cit.  Gaullieur,  p.  118. 

2.  «  Est  faicte  inhibition  aux  escholiers,  parlant  à  maistre  Charles  de  Sainte 
Marthe,  de  ne  aller  par  ville  avec  armes  sous  poyne  d'amende  ».  Archives  de 
Bordeaux,  BB  Registres  de  la  Jurade  (1534),  vol.  VI,  p.  312;  cii.  Gaullieiu", 
p.  76. 

3.  Sur  Gouvea,  cf.  Gaullieur,  p.  72  et  chaps.  v  et  xiv.  Quicherat,  Hist.  de  Sainte 
Barbe,  Paris,  1860,  pp.  130-218,  222,  228  et  seq.,  et  Braga,  Historia  de  Univer- 
sidade  de  Coimbra,  etc.  Lisbonne,  1892,  vol.  I,  p.  484  et  seq. 

4.  Stir  Cordier,  cf.  Lefranc,  Hist.  du  Collège  de  France,  pp.  140  et  141.  Buisson, 
op.  cit.,  vol.  I,  pp.  125-129  et  passim  ;  Herminjard,  op.  cit.,  passim  ;  Massebieau, 
Les  colloques  scolaires  du  XVI^  siècle,  pp.  204  et  seq.,  cit.  Lowndes,  op.  cit., 
p.  236  n.  ;  Weiss,  Le  Collège  de  Nevers  et  Maturin  Cordier,  Revue  Pédagogique, 
1891,  pp.  400-411. 


1535]  PREMIÈRES   ANNEES  ;    VIE    A   l'uNIVERSITÉ  13 

Paris  vers  Bordeaux,  pour  rester  fidèle  à  ses  opinions  religieuses  ^  ; 
c'est  en  qualité  de  régent,  au  nombre  des  cinq  que  Gouvea  avait 
été  chercher  à  Paris  tout  à  la  fin  de  l'année,  qu'il  fit  ce  voyage. 
Si  i:>ainte-Marthe  resta  jusqu'à  son  arrivée,  il  doit  avoir  connu 
aussi  Jacques  de  Teyve  '^,  Grouchy  et  Fabrice  ^,  et  il  lui  a  été 
de  même  possible  do  faire  la  connaissance  d'Antoine  de  Gouvea, 
le  brillant  frère  cadet  du  Principal,  pour  qui  ses  contemporains 
avaient  une  immense  estime  *.  Antoine  lui  a  adressé  un  couplet 

latin  : 

Carolo  Marthano. 

Dicunt  pastores,  dicunt  me,  Carole  vateui, 
Dicunt  pastores  :  sed  non  ego  credulus  illis  5. 

Pourtant  il  semble  qu'il  n'ait  connu  Antoine  que  plusieurs 
années  plus  tard  ^  ;  il  se  pourrait  donc  que  celui-ci  soit  arrivé 
à  une  date  postérieure  à  celle  qu'on  accepte  généralement. 

Quoiqu'il  en  soit,  après  avoir  quitté  Bordeaux,  Sainte-Marthe 
doit  avoir  passé  mi  an  en  province.  Il  séjourna  quelque  temps  à 
Bazas,  d'où  il  repartit  pour  Marmande,  où,  pendant  une  courte 
période  —  «  ahquot  dies  »,  dit  Breton  '  —  il  fut  maître  à  l'Ecole 

1.  Cf.  la  Préface  de  ses  Colloques,  cit.  Weiss,  op.  cit.,  p.  401,  et  la  France  Prot., 
2e  éd.,  vol.  V,  col.  881. 

2.  C'est  la  conclusion  de  Théophile  Braga  ;  mais  il  se  base  siu-  des  données  tout 
à  fait  incorrectes.  Il  identifie  San  Martinho,  mentionné  par  Diogo  de  Teive  à 
l'occasion  de  son  procès  en  1550,  avec  Charles  de  Sainte-Marthe,  et  croit  que  c'est 
de  son  nom  (Samarthaniis)  que  dérive  celui  de  San  Martinho.  Op.  cit.,  vol.  I, 
p.  546,  n.  1.  Mais,  pour  ne  retenir  qu'une  objection,  le  San  Martinho  de  De 
Teive  était  docteur  en  médecine,  marié  et  établi  à  Paris,  et  fut  un  moment 
tuteur  des  fiils  de  deux  nobles  Gascons.  Ibid.,  jjp.  538,  542,  545. 

3.  Sur  Nicolas  de  Grouchy,  cf.  Sainte-Marthe,  Elogia,  La  Croix  du  Maine, 
Bih.  Franc.  ;  De  Thou,  Historia  sui  temporis,  livre  LIV,  pp.  715-716;  Hallam. 
Literature  of  Europe,  vol.  II,  p.  44,  cit.  Lowndes,  op.  cit.,  p.  236.  Quant  à  Fabrice, 
le  titre  même  de  son  volume  de  lettres  prouve  sa  distinction  .•  Arnoldi  Fahricii 
Vasatensis  Pelluhetani,  viri  Latinitatis  purioris,  in  primis  studiosi  doctique, 
Epistolœ  aliquot. 

4.  Cf.  ce  qu'a  dit  de  lui  De  Thou,  op.  cit.,  livre  XXXVIII,  cit.  Lowndes,  op. 
cit.,  p.  236  et  Quicherat,  op.  cit.,  vol.  I,  pp.  131-133. 

5.  Ant.  Gouveani  opéra...  éd.  Jacobus  van  Vaasen.  Rotterdam,  MDCCLXVI, 
p.  699. 

6.  Cf.  infra,  p.  29,  la  lettre  de  Breton.  II  pourrait  sans  doute  n'être  question 
que  d'un  autre  frère,  Mai'tial  de  Gouvea,  qui  fut  un  certain  temps  professeur  à 
Poitiers  ;  mais  il  resterait  à  expliquer  pom-quoi  Sainte-Marthe  emploj^ait  le 
singulier  «  nostri  Gouveani  ».  GauUieur  n'indique  pas  de  soiu'ces  relatives  t\ 
l'arrivée  d'Antoine. 

7.  «  Reliquit  Basacum  Samartanus,  Marmandae  aliquot  dies  egit,  et  praefuit 
academiae,  nunc  vero  se  ad  sucs  recepit.  »  Lettre  à  Antoine  Gerot,  datée  de 


14  CHARLES    DE    SAINTE -MARTHE  [1535 

municipale.  Cette  vie  errante  paraissait  dure  à  Sainte-Marthe  et 
il  n'avait  d'autre  consolation  que  sa  muse,  comme  il  le  dit,  bien 
que  ce  ne  fût  peut-être  pas  à  cette  occasion  : 

Et  oultre  plus  qu'est  ce  qui  nie  soubliève 
L'adversité  que  je  porte  si  griefve. 
Allant  ainsi  par  pays  tant  divers, 
Que  le  plaisir  que  me  donnent  mes  vers  ? 
Si  le  dur  sort  au  penser  me  désole 
Soubdainement  ma  muse  me  console, 
A  mon  esprit  donnant  tant  de  jDlaisir, 
Qu'elle  met  hors  soubdain  tant  desplaisir. 

Poésie  Françoise,  p.    150. 

Il  trouva  d'autres  consolations  dans  l'amitié.  Il  resta  en  effet 

en  relations  avec  son  ami  Breton.  Ce  dernier  passa  l'été  de  1535 

à  voyager,  pour  retrouver  la  santé  dans  les  eaux  des  Pyrénées. 

Malade  et  moralement  abattu,  il  finit  par  ne  plus  trouver  de 

consolations   dans   la   poésie,  qui    ne    s'adresse    qu'aux    cœurs 

joyeux,  et,  à  ce  sujet,  il  dédia  à  Sainte-Marthe  l'amer  quatrain 

suivant  : 

Ad  Carolum  Samartanum. 

Carole  cur  laudas  mea  carmina,  cm"  tua  damnas  ? 
Hic  vester  fimdvis,  podia  vestra  jacent  ; 
Jampridem  ista  gravis  solatia  maeror  ademit. 
Vis  apte  carmen  scribere  ?  scribe  hilaris. 

Carm.   liber  unus,   fol.    15   v°. 

En  septembre,  Breton  était  arrivé  à  Toulouse,  sa  santé  s'étant 
un  peu  améhorée  ;  il  y  fit  un  séjour  assez  long  et  y  rencontra 
Visagier  ;  c'est  de  cette  ville  qu'il  envoya  ses  félicitations  à 
Sainte-Marthe,  quand  celui-ci  résolut  enfin  de  retourner  dans  sa 
famille  et  se  dirigea  vers  le  nord,  pendant  l'hiver  de   1535  ^. 


Toulouse,  le  18  décembre,  Epist.  libri  très,  fol.  96  v".  GauUieur  (op.  cit.,  p.  76)  dit 
que  Sainte-Marthe  séjo\irna  plus  d'un  au  à  Bazas  et  Buisson  se  range  à  son  avis 
(op.  cit.,  p.  180).  Il  ne  donne  que  la  lettre  de  Breton  poui"  justifier  son  assertion, 
mais  elle  ne  semble  pas  constituer  une  garantie  suffisante. 

I.  M.  Gaullieur  (op.  cit.,  p.  77)  donne,  comme  date  d'arrivée  de  Sainte-Marthe 
dans  sa  famille,  la  fin  de  l'année  1530  ;  de  même,  pour  l'arrivée  de  Breton  à 
Toulouse,  le  mois  de  septembre  de  la  même  année,  au  contraire  de  Copley 
Christie  qui  donne  comme  date  de  cet  événement  1535  (op.  cit.,  p.  299).  Comme 
les  lettres  adressées  par  Breton  à  Sainte-Marthe  et  à  Gerot  (cf.  siipra)  sont 
datées  de  Toulouse,  la  date  de  son  arrivée  en  cette  ville  fixe  celle  des  voyages  de 
Sainte-Marthe.  Malheureusement  Breton,  en  vrai  Cicéronien,  laisse  l'année  de 
côté  et  on  se  trouve  réduit  aux  conjectures  entre  certaines  limites.  C.  R.  Clii'is- 


1535]  PREMIÈRES    ANNÉES  ;    VTE    A    l'uNIVERSITÉ  15 

«  Vous  êtes  revenu  vers  les  vôtres  ;  —  dit-il  dans  sa  lettre  datée 
(lu  7  décembre  —  je  vous  approuve  et  souhaiter  de  tout  mon 
cœur  en  faire  autant.  .Fai  pourtant  décidé  de  commencer 
par  essayer  de  tout  et  je  vous  imiterais,  si  je  recherchais  un 
plan  assuré  plutôt  que  les  honneurs.  Ecrivez-moi  et  ménagez 
votre  santé.  »  i 

A  son  retour,  Sainte-Marthe  constata  différents  changements 
chez  lui  et  au  couvent.  Une  de  ses  sœurs  avait  pris  le  voile  à 
Fonte vrault,  une  autre  à  Tusson  ^.  Deux  de  ses  frères,  René  et 
Louis,  s'étaient  mariés  et  ce  dernier  ^  avait  quitté  Fontevrault 
pour  s'établir  à  Loudun.  Le  mariage  de  Louis  avec  Nicole 
Lefèvre,  principalement,  aUia  les  Sainte-Marthe  aux  familles  les 
plus  distinguées  de  France,  entre  autres  à  celles  des  Briçonnets 
et  des  de  Thou.  Mais,  en  cette  même  année,  où  s'agrandissait 
ainsi  le  prestige  de  leur  famille,  ils  furent  plongés  dans  le  deuil 
d'une  inestimable  amie  :  Renée  de  Bourbon  mourut  le  même  mois* 
où  avait  été  célébré  le  brillant  mariage  et  rendit  «  son  bienheu- 
reux esprit  entre  les  paroles  d'oraison^  ».  Sa  nièce,  Louise  de 
Bourbon,  qui  lui  succédait,  n'était  pas  moins  favorablement 
disposée  qu'elle  envers  Gaucher,  qui  resta  le  médecin  de  l'abbaye. 

On  ne  sait  pas  exactement  combien  de  temps  Sainte-Marthe 
resta  chez  les  siens,  avant  de  retourner  à  Poitiers,  afin  d'y  acqué- 
rir les  dernières  connaissances  indispensables  pour  être  reçu  doc- 
treur  en  Droit.  A  son  arrivée,  l'Université  était  vivement  inté- 
ressée par  une  récente  visite  de  Calvin  ^.  Si  l'éloquence  et  le  talent 


tie  est  justifié  par  l'achevé  d'imprimer  des  Epistolarum  lihri  très,  1536,  d'où 
sont  tirées  les  deux  lettres  en  question  :  «  Impressum  Tholosse  per  Nico- 
laum  Vieillardum  X  Calend.  Januarii  Anno  a  Nativitate  Dei  millesimo  quingen- 
tesimo  trigesimo  sexto  ».  Puisque  la  lettre  adressée  à  Gerot  est  datée  du  18  dé- 
cembre, son  insertion  dans  un  livi-e  achevé  le  22  décembre  de  la  même  année 
semble  tout  à  fait  improbable.  Je  pense  donc  que  ces  lettres  fm-ent  écrites 
en  1535. 

1.  Cf.  infra  p.  343. 

2.  Cf.  Longuemare,  op.  cit.,  p.  27. 

3.  Sainte-Marthe  a  dédié  à  son  frère  Louis  une  épigramme  intitulée  :  A 
Louys  de  Saincte  Marthe,  son  frère,  que  vertu  n'est  contaminée  par  détraction 
des  meschants,  P.  F.,  p.  11. 

4.  Le  9  octobre  1534. 

5.  Lettre  de  faire-part  envoyée  par  le  couvent  de  Fontevrault  aux  autres  cou- 
vents ;  Bouchet,  Epistres,  Elégies,  Epigrammes,  etc.  Fol.  Hiij. 

6.  La  date  du  séjour-  de  Calvin  à  Poitiers  est  incertaine,  mais  doit  être  entre 
le  mois  de  novembre  1533  et  mai  1534,  période  pendant  laquelle  ses  actes  nous 
sont  mal  connus.  Cf.  A.  Lefranc,  La  jeunesse  de  Calvin,  p.  1  i(J. 


16  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE  [1536 

de  persuasion  de  celui-ci  n'étaient  pas  parfaits,  son  vigoureux 
génie  ne  pouvait  manquer  de  produire  son  effet  sur  une  ville 
comme  Poitiers,  où  les  penseurs  et  les  controversistes  avaient 
depuis  longtemps  élu  domicile.  En  effet,  comme  le  dit  un  histo- 
rien, qui  n'est  pas,  tant  s'en  faut,  partisan  de  Calvin  :  «  la 
science  tout  ainsi  que  la  vertu  fait  bientost  aimer  et  chérir,  et  les 
excellens  esprits,  soit  au  mal,  soit  au  bien,  disoit  Philon,  pa- 
roissent  incontinent,  et  n'ont  besoin  du  temps  pour  estre 
cogneus.  C'est  un  commerce  qui  unit  et  ralie  les  personnes  les  , 
plus  estrangères.  Elle  fut  cause  que  Calvin  ayant  donné  quelques 
mois  à  avancer  ses  cognoissances,  eust  en  peu  de  temps  fait  pro- 
vision d'amis  ^  ».  Les  amis  et  les  convertis  du  jeune  apôtre  avaient 
été  principalement  des  universitaires,  «  hommes  de  lettres  »,«  gens 
d'eschole  »  ;  mais,  parmi  eux,  se  trouvaient  aussi  quelques  person- 
nages de  rang  plus  élevé,  entre  autres  le  lieutenant  général  Ré- 
gnier, dans  le  jardin  de  qui  Calvin  avait  cessé  de  parler  «  à  demi- 
mot  »,  comme  auparavant,  et  avait  exposé  ouvertement  sa 
doctrine  :  «  Comme  nos  premiers  pères  furent  premièrement 
enchantez  et  deceus  dans  un  jardin,  aussi  dans  ce  jardin  du 
lieutenant  à  la  rue  des  Bassestreilles,  cette  poignée  d'hommes 
fut  enjollée  et  coiffée  par  Calvin  »  ~.  Il  est  facile  de  se  repré- 
senter l'effet  que  produisirent  sur  mi  étudiant  du  caractère  de 
Sainte-Marthe  les  rumeurs  répandues  au  sujet  de  Calvin. 

Nous  avons  vu  combien  était  austère  le  milieu  religieux  dans 
lequel  s'était  écoulée  sa  jeunesse.  Si,  depuis  son  enfance,  son  esprit 
était  familiarisé  avec  le  terme  de  ((  réforme  »,  pris  dans  son  sens 
général  seulement,  la  chose  elle-même  préoccupait  les  gens  qui 
l'entouraient  depuis  ses  premières  années.  En  outre,  les  faits  ne 
manquent  pas  pour  prouver  que  le  collège  de  Guyenne,  s'il 
n'était  pas  encore  ce  «  foyer  de  la  propagande  »  dont  on  a  parlé  ^, 
éprouvait  déjà  à  l'époque  où  il  y  séjournait,  cette  inquiétude 
rehgieuse  ^,  qui  caractérise  le  commencement  de  ce  siècle  pen- 

1.  Florimond  de  Rsemond,  Histoire...  de  Vhérésie  de  ce  siècle...,  livre  VII, 
pp.   890-891. 

2.  Ibid.,  p.  892. 

3.  Buisson,  Sébastien  Castellion,  vol.  I,  p.  127. 

4.  Quelques-uns  des  premiers  règlements  de  Gouvea  semblent  indiquer  qu'elle 
se  faisait  sentir  même  avant  son  arrivée  :  «  Premièrement  les  escholiers  seront 
religieux  et  craignant  Dieu.  Ils  ne  sentiront  ou  ne  parleront  mal  de  la  religion 
Catholique  ou  orthodoxe.  »  Règle  affichée  par  Gouvea  dans  la  salle  principale  du 
Collège.  Gaullieur,  op.  cit.,  p.  106. 


1530]  PREMIÈRES    ANNÉES  ;    VIE    A    l'uNIVERSITÉ  17 

dant  lequel  «  tout  se  désunit  et  devisa  en  schismes  et  hérésies  »  ^. 
!Sainte-]\larthe  se  trouvait  donc  disposé,  par  les  circonstances 
mêmes,  à  la  méditation  des  questions  religieuses  et  sa  nature 
favorisait  encore  cette  disposition.  «  Homme  de  gaillard  esprit  », 
ainsi  l'appelle  Théodore  de  ]>èze  ^,  il  aspirait  vers  une  vie  spiri- 
tuelle et  pure,  ce  qui  devait  à  coup  sûr  diriger  son  attention  vers 
les  réformes  que  Calvin  venait  de  prêcher  à  Poitiers  •"*. 

Le  miheu  particulier  dans  lequel  se  trouva  le  jeune  poète 
devait  présenter  des  opinions  très  variées  sur  la  nouvelle  doc- 
trine. Un  dizain  obscur,  dédié  par  Sainte-Marthe  à  Gabriel  de 
Pontoise,  qui  épousa  sa  sœur  Louise,  se  rapporte  peut-être  à  ces 
différends  "*.  LTn  intérêt  commun  pour  l'abbaye  de  Fontevrault 
doit  avoir  été  l'origine  des  relations  qui  s'établirent  entre  Sainte- 
Marthe  et  l'infatigable  rinieur  Jean  Bouchet.  le  procureur  de  la 
ville,  dont  les  opinions  étaient  d'une  orthodoxie  absolue,  quoique 
ses  relations  avec  Rabelais  aient  pu  élargir  ses  vues.  Telles 
étaient  probablement  celles  de  René  Lefèvre  ^,  doyen  de  la 
cathédrale  et  professeur  à  l'Université,  et  celles  d'un  autre 
régent,  Charles  de  la  Ruelle  '^,  docteur  en  Droit,  père  de  Louis  de 
la  Ruelle,  qui  est  mieux  connu,  tous  deux  alliés  à  Sainte-Marthe. 
D'autre  part,  celui-ci  semble  avoir  pu  compter  sur  la  sympathie 
de  son  cousin,  Jean  de  Sainte-Marthe  '.  En  outre  Roillet  (ou 
Roullet)  ^  et   Fabrice  ^,   l'infatigable  rat  de  bibliothèque,   tous 


1.  Floriniond  de  Raeraond,  op.  cit.,  livre  VII,  p.  (i. 

2.  Hist.  Ecd.,  p.  63. 

3.  Gaullieur  (op.  cit.,  p.  77),  dit  que  Sainte-Marthe  était  rentré  en  relations 
avec  Vernou,  que  Calvin  avait  laissé  là  «  pour  gaigner  le  plus  qu'il  pouvait 
d'escholiers  dans  sa  ville  de  Poitiers  »,  mais  je  n'ai  pas  trouvé  de  données  sur 
lesquelles  puisse  s'appuyer  cette  assertion. 

4.  P.  F.,  p.  15,  cf.  mfra  p.  294. 

5.  Sur  Lefèvre  (1502-1569),  cf.  Dreux  du  Radier,  Bib.  de  Poitou  et  la  Gallia 
christiana,  vol.  II,  col.  1218  D.  Pour  l'éiDigramme  que  lui  dédia  Sainte-Marthe, 
cf.  mfra,  p.  294. 

6.  Sur  De  la  Ruelle,  cf.  Du  Radier,  op.  cit.  ;  Bouchet,  Annales  d'Aquitaine, 
p.  68,  et  Actes  de  François  /<'''.  Il  fut  répétiteiu-  à  l'Université  de  Poitiers,  con- 
seiller en  la  sénéchaussé  de  Poitou  et  une  fois  maire  de  Poitiers.  Il  épousa 
Isabelle  Lefèvre,  sœm-  de  René  Lefèvre.  Sainte-Marthe  lui  dédia  un  poème  : 
A  Charles  de  la  Ruelle,  que  toute  amytié  doibt  estre  fondée  sur  vertu,  P.  F.,  p.  12. 

7.  Cf.  les  vers  que  Sainte-Marthe  lui  adressa,  infra  p.  294. 

8.  Sur  Roillet,  cf.  la  lettre  de  Breton,  infra,  p.  20.  Je  supjîose  que  Roulletus  et 
Roillet  ne  font  qu'un.  C'est  peut-être  celui  que  visait  l'épigiamme  de  Marot, 
intitulée  «  A  Roullet  »,  Œuvres,  vol.  III,  p.  93. 

9.  Fabritius  (ut  audio)  agit  Pictavi  :  et  totos  dios  cum  libris,  needum  ab  iUo 

2 


18  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1536 

deux,  selon  toute  apparence,  habitant  alors  à  Poitiers,  doivent 
avoir  été  pour  le  moins  d'esprit  libéral  ;  tandis  que  l'ami  de 
Calvin,  Laurent  de  Normandie  ^,  et  ce  membre  de  la  famille 
Etienne  —  peut-être  était-ce  Robert  lui-même  ^  —  que  Sainte- 
Marthe  comptait  parmi  ses  amis,  penchaient  déjà  aussi  forte- 
ment du  côté  de  la  «  Réforme  )>  que  le  peu  recommandable  Jean 
Ferron  ^.  L'intimité  de  Sainte-Marthe  avec  un  homme  de  l'espèce 
de  ce  dernier  n'est  explicable  que  par  le  fait  que  sa  nature  le  por- 
tait vers  d'ardentes,  mais  parfois  peu  clairvoyantes  amitiés.  Per- 
ron était  un  hypocrite  coquin,  capable  de  précipiter  les  troubles 
naissants  et  dont,  au  moins,  l'atmosphère  était  agitée.  Par  la 
situation  qu'occupait  sa  famille  dans  la  province,  Sainte-Marthe 
était  un  personnage  en  vue  dans  cette  petite  ville  universitaire 
et,  vu  les  sympathies  qu'il  manifestait,  il  ne  pouvait  éviter  les 
attaques  envieuses  des  détracteurs  ^.  Il  se  refusa  à  leur  répondre, 
autant  par  fierté  que  par  piété,  comme  il  le  dit  lui-même  à  Ferron  : 

On  s'ébahist  que  je  n'ay  respondu 

Par  mes  escripts  à  tous  mes  Envieux  : 

Et  je  responds  que  Dieu  a  défendu, 

Pour  se  venger,  dicts  contumelieux. 

Quand  l'eust  permis,  encore  j'ayme  mieux 

Ne  faire  d'eulx  aulcune  mention. 

Et,  en  cela,  c'est  mon  intention, 

Les  mesprisant,  mainteiair  ma  coustume. 

Je  sens  aussi  que  telle  nation 

Est  en  tout  cas  indigne  de  ma  plunie. 

.4  Jean  Ferron,  pourquoi/  na  respondu  à  ses  adversaires.  P.  F.,  p.  15. 
Les   rumeurs   hostiles   n'empêchèrent  pas   Sainte-Marthe   de 

inexhaiisto,  nec  injucundo  sibi  legendi,  et  scribendi  labore  diseessit  ».   Rob. 
Brit.  Epist.  libri  duo,  fol.  14  v". 

1.  Sur  Laurent  de  Normandie  —  Norniandius  — ■  cf.  Lefranc,  La  jeunesse  de 
Calvin,  pp.  106,  127,  seq.  et  passini. 

2.  Cf.  infra,  p.  24. 

3.  Sainte-Marthe  lui  écrivit  une  épitre  en  vers  en  forme  de  coq-à-l'âne  : 
«  A  Jean  Ferron.  Coq  à  Lasne  »,  P.  F.,  p.  141.  Je  suppose  qu'il  ne  fait  qu'un 
avec  le  Jean  Ferron  de  Poitiers  qui,  appelé  à  Genève  en  1548,  fut  renvoyé 
l'année  suivante  à  cause  de  sa  scandaleuse  conduite.  Il  était  un  de  ces 
espions  qui  rapportèrent  les  conversations  de  la  Mare  qui  servirent  à  prouver 
son  hostilité  envers  Calvin,  ce  qui  eut  pour  résultat  les  efforts  de  celui-ci  pour 
le  faire  exclure  du  sacerdoce,  cf.  La  France  Prot.,  2^  édition,  vol.  VII,  p.  238. 
Buisson  semble  croire  que  Ferron  était  à  Genève  en  1544  ;  il  rapporte  aussi  sa 
déposition,  op.  cit.,  vol.  I,  pp.  212  et  218. 

4.  Cf.  la  lettre  de  Breton  «  Moi  aussi  »,  infra,  p.  1 9. 


\~)'M]  PREMIÈRES    années;    VTE    A    l'uNIVERSITÉ  10 

passer  avec  succès  son  exanu'ii  de  ThéoIogi(\  })r()bablemcnt  au 
commencement  de  1537  ^,  et  il  fut  encore  reçu  docteur  en  Droit, 
après  s'être  brillamment  distingué  dans  ces  argumentations  pu- 
bliques qui  précédaient  l'obtention  de  ce  grade  ^.  Robert  Breton 
lui  écrivit,  pour  le  féliciter  de  cet  honneur,  et  renoua  avec  lui  ses 
relations.  Il  semble  que  Sainte-Marthe  adressa  à  son  ami  quelque 
avertissement,  ou  remontrance,  au  sujet  de  ceux  de  ses  cours 
que  l'on  blâmait  vivement.  «  Il  n'est  pas  étonnant,  dit  Breton 
dans  sa  réponse  à  cette  lettre,  que  je  n'aie  pu  vous  oublier, 
puisqu'à  Bordeaux  nous  avons  vécu  ensemble  d'une  manière 
parfaitement  agréable.  La  chose  dont  je  ne  puis  assez  m'étonner 
est  que  vous  ayez  jamais  pu  craindre  que  cela  n'arrive.  Ce  doute 
est  excusable  parce  que  »  —  ceci  semble  répondre  à  une  exagé- 
ration affectueuse  de  la  part  de  Breton  —  «  vous  ignoriez 
depuis  de  nombreuses  années  où  j'étais,  de  même  que  je  n'étais 
pas  moi-même  certain  de  votre  adresse.  Je  me  soucie  peu  des 
blâmes  nombreux  que  m'attirent  mes  actes,  et  dont  vous  me 
parlez  dans  votre  lettre.  Je  puis  les  supporter  sans  m'en  affecter  ; 
n'est-il  pas  difficile  «  de  désarmer  Momus  ?  »  Moi  aussi,  j'ai  eu 
les  oreilles  rebattues  des  insolences  de  détracteurs,  qui  chaque 
jour  essayent  d'inspirer  la  crainte,  non  seulement  par  leur  mali- 
gnité, mais  aussi  par  leur  force,  leur  nombre,  la  puissance  de 
leurs  moyens.  Je  suis  résolu  cependant  à  supporter  tout  ce  qu'il 
est  possible  de  supporter  ;  mais  s'ils  me  débordent  et  m'acca- 
blent de  plus  graves  outrages,  je  recueillerai  mes  forces,  et  leur 
répondrai,  dans  les  limites  compatibles  avec  ma  dignité,  d'une 
manière  qui  leur  suffira  ! 

Ce  fut  naturellement  une  joie  pour  moi  d'apprendre  que  vous 
avez  été  élu  au  nombre  des  théologiens.  Il  me  serait  encore 
plus  agréable  de  voir  votre  travail,  par  l'explication  de  cette 
science  divine  et  excellente,  recueillir  des  fruits  abondants,  et 
non  seulement  d'autres  choses  louables  et  dignes  de  recherche, 
mais  encore  l'honneur  et  la  gloire. 


1.  Si  la  lettre  de  Breton  qui  fait  allusion  à  ce  succès  avait  été  écrite  en  1536, 
elle  am'ait  été  probablement  comprise  dans  le  volume  publié  cette  année,  à 
moins  qu'elle  ne  date  que  des  derniers  mois.  En  outre  les  termes  «  midtis  annis  » 
qu'il  applique  à  la  période  pendant  laquelle  il  perdit  de  vue  Sainte-Marthe, 
semblent  se  rapporter  au  moins  à  plus  d'une  partie  de  l'année.  Ils  s'étaient  rap- 
prochés en  décembre  1535. 

2.  Dreux  du  Radier,  loc  cit. 


20  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1537 

«  Que  VOUS  dirai- je  de  moi  ?  Vous  m'avez  inspiré  mi  grand 
désir  d'imiter  votre  départ  dans  votre  pays.  Je  ne  sais  pourquoi, 
je  ne  cesse  d'y  penser,  perdant  de  vue  les  intérêts  très  considé- 
rable qui  m'occupaient  auparavant.  Et  je  suis  en  quelque  sorte 
heureux  de  penser  que  «  rien  n'est  plus  doux  pour  l'homme  que 
son  propre  pays,  son  père  et  sa  mère  ».  J'espère  cependant  vous 
revoir  bientôt.  Si  Roullet  se  trouvait  par  hasard  à  Poitiers, 
saluez-le  de  ma  part  ;  je  lui  aurais  écrit  si  j'avais  été  certain 
qu'il  s'y  trouvât.  Adieu  ^.  » 

1.  Voir  le  texte,  infra,  p.  343  et  acq. 


1537J 


CHAPITRE  II 

PROFESSORAT  DE  SAINTE-MARTHE.  SA  DISGRACE  ; 

SES    VOYAGES    DANS    LE    MIDI 

Le  souhait  qu'exprimait  Breton  devait  être  réalisé  presque 
immédiatement  :  Sainte-Marthe  obtint,  peu  de  temps  après,  le 
poste  de  «  Professeur  royal  »  de  Théologie  à  l'Université,  à  la 
suite  d'un  entretien  flatteur  qu'il  eut  avec  François  I^^"  et  sa 
sœur.  Il  avait  vu,  étant  enfant,  le  Roi  et  Marguerite,  alors  qu'ils 
faisaient  une  visite  à  l'abbaye  de  Fontevraud.  En  1517,  Fran- 
çois I^r,  accompagné  de  la  Reine  de  Navarre  et  de  son  mari,  de 
Louise  de  Savoie  et  de  la  Reine,  y  avait  emmené  sa  sœur  illégi- 
time, Magdeleine  d'Orléans,  abbesse  de  Jouarre,  afin  qu'elle 
tirât  son  profit  des  réformes  qui  y  avaient  été  accomplies  ^.  Or 
voici  qu'au  début  de  sa  carrière,  Sainte-Marthe  était  de  nou- 
veau l'objet  de  l'attention  de  la  Reine,  qui  exerça  sur  sa  vie 
une  si  puissante  influence  et  dont  il  a  laissé  un  si  vivant  por- 
trait. C'est  vers  la  même  époque  qu'il  captiva  l'intérêt  de  la 
fille  du  Roi,  Marguerite  de  France  ;  car  en  1540  il  publia  les  vers 
suivants,  écrits  pour  lui  rappeler  ce  qu'elle  lui  avait  promis 
quatre  ans  auparavant  : 

Je  ne  scay  point,  Madame,  si  depuis 
Qu'en  ceste  croix  (quatre  ans  a)  tunibé  suis 
Si  grand  malheur  m'est  bien  peu  advenir 
De  n'estre  plus  en  vostre  soubvenir. 
Il  est  possible  (ainsi  qu'un  long  espace 
Communément  nostre  mémoire  efface) 
Possible  est  (dy  je)  aussi,  que  ne  scavez 
Le  serviteur  que  retenu  avez. 
A  Madame  Marguerite,  fille  unique  du  Roy.  P.  F.,  p.    123. 

Il  est  vrai  qu'il  ne  vit  pas  se  réaliser  les  espérances  qu'il  avait 
pu  fonder  sur  l'intérêt  qu'il  lui  avait  inspiré  : 

1.  Cart.  Fontis  Ehraldi,  cit.  supra,  fol.  355  r". 


22  CHARLES    Dïï    SAINTE-MARTHE  [1537 

...  ce  grand  heur  ne  m'est  onq'  advenu 
Que  j'ays  esté  des  vostres  retenvi. 

Ihid.,  p.   124. 

Mais  Marguerite  lui  prouva  du  moins  quelle  était  la  générosité 
de   son   cœur  : 

Qu  il  n'y  a  rien  dans  vostre  noble  cœur 
Qu'humanité  et  toute  grande  douceur. 

Ihid.,  p.  123. 

Et  il  est  très  possible  que  l'intérêt  qu'elle  lui  portait  ait  été 
une  des  causes  qui  disposèrent  son  père  en  faveur  du  jeune  étu- 
diant. 

Ni  la  date  précise  de  sa  nomination,  ni  le  lieu  de  l'entrevue 
ne  sont  sûrement  connus.  Peut-être  eurent-elles  lieu  à  Amiens,  ou 
dans  ses  environs,  en  mars  1537,  car  le  Roi  était  alors  dans  ces 
parages  et  sa  sœur,  selon  toute  probabilité,  l'y  rejoignit  dans  le 
courant  du  même  mois  ^. 

Possédant  une  chaire  et  «  cuirassé  pour  s'acquitter  des  devoirs 
de  sa  vocation  )>,  Sainte-Marthe  s'adonna  à  la  composition  d'un 
ouvrage  de  Théologie,  et  commença  de  plus  ses  cours.  Puis, 
encouragé  par  le  caractère  libéral  de  la  pensée  à  l'Université 
et  les  inclinations  religieuses  de  quelques-uns  de  ses  professeurs, 
ou  confiant,  sans  doute,  en  la  sécurité  de  la  position  qui  lui  avait 
été  directement  assurée  par  le  Roi,  il  renonça  à  toute  discrétion 
et  donna  de  justes  sujets  de  plainte  à  des  âmes  qui  déjà  étaient 
exaspérées  contre  lui.  C'est  ce  que  nous  apprend  la  lettre  ^  qu'il 
écrivit  à  Calvin  au  mois  d'avril,  au  sujet  de  la  publication  de  la 

1.  Cf.  Catalogue  des  Actes  de  François  I^''  ;  Génin,  Nouvelles  lettres  de  la  Reine 
de  Navarre,  n<"*  80  et  81  ;  et  Lettres  de  Marguerite  d' Angoulênie,  n°^  132  et  133. 
Toutefois,  on  ne  peut  se  fier  entièrement  aux  dates  des  lettres,  qui  leur  ont  été 
données  par  l'éditeur.  Il  est  possible  que  Sainte-Marthe  ait  reçu  sa  nomination 
en  1536  ;  mais,  entre  autres  choses,  le  fait  que  les  trois  lettres  de  félicitations  de 
Breton  (cj.  supra  pp.  19,  et  infra,  27)  ne  se  trouvent  pas  dans  son  volume  de 
1536,  mais  dans  celui  de  1540  semble  prouver  le  contraire.  En  ce  cas,  l'entrevus 
aurait  eu  lieu  dans  le  Midi,  où  le  Roi  fit  campagne  toute  l'année  et  où  sa  sœur 
le  rejoignit  plus  d'une  fois,  comme  par  exemple  à  Lyon  au  mois  de  juillet. 
Archives  de  la  ville  de  Lyon,  BB,  Reg.  55,  cit.  La  Ferrière-Percy,  Marguerite 
d^Angoulênie,  etc.,  p.  5,  et  Génin,  Lettres  de  Marguerite  d^Angoulêtne,  n°^  115, 
116,  121,  127. 

2.  Garolus  Sammarthanus  sacrarum  Uterarum  in  Pictaviensi  Achadeinia  regius 
professor,  D.  Joanni  Galvino  Lausanensi  Ecclesiastœ  vivo  pio  juxta  et  erudito. 
Herminjard,  Correspondance  des  Réformateurs,  vol.  IV,  n°  625. 


1537]  PROFESSORAT  ;    EXIL  23 

Religionis  Christianœ  Institutio  ^.  Rien  ne  pourrait  mieux  que  ce 
document  prouver  son  absolue  témérité  : 

«  De  nombreuvses  considérations,  savant  Calvin,  —  écrit-il  — 
pourraient  m'arrêter,  au  moment  où  je  me  prépare  à  vous  écrire, 
et  m'en  dissuader  complètement.  Si  je  vous  les  énumérais,  vous 
trouveriez  peut-être  qu'elles  sont  communes  et  régulièrement 
alléguées  en  ces  sortes  d'accusations  ;  elles  ont  pourtant  à  mes 
3"eux  une  grande  importance,  car  les  comprenant  profondément, 
je  sens  bien  que  ceux  qui  osent  correspondre  pour  bavarder 
avec  des  hommes  tels  que  vous,  si  intelligents,  si  perspicaces, 
si  parfaits  en  tous  leurs  travaux,  interrompre  leurs  sérieuses 
études  et  importuner  de  cette  manière  de  si  sensibles  oreilles, 
trafiquent  de  leur  réputation.  Car,  outre  que  je  ne  vous  suis 
connu  ni  de  nom,  ni  de  vue,  je  sens  que  je  manque  de  tout  ce 
qui  est  nécessaire  pour  écrire  ou  parler.  Et  pourtant,  je  suis  si 
audacieux  qu'il  n'y  a  rien  dont  je  doute  moins  que  de  la  réalisa- 
tion de  mes  désirs,  puisque  notre  ami  commun.  Normand,  qui 
est  responsable  de  mon  audace,  m'en  assure,  en  comptant  sur 
votre  rare  humanité.  J'espère  que  l'intérêt  des  lettres,  le  lien 
plus  étroit  encore  que  créent  entre  nous  des  études  semblables, 
enfin  le  zèle  ardent  pour  la  piété  que  nous  partageons  la  dispose- 
ront en  ma  faveur. 

«  Et  il  est  peu  probable  qu'un  homme  bienveillant  et  très 
humain  refuse  ce  que  ne  défendent  pas  les  lois  de  l'amitié  chré- 
tienne. D'ailleurs,  en  vous  faisant  la  prière  suivante,  je  ne  pen-e 
qu'au  Christ  et  à  la  majesté  de  sa  parole  :  C'est  que  vous  daigniez 
inscrire  Sainte-Marthe  au  nombre  de  vos  amis,  puisque  la  même 
profession  implique  la  même  volonté  et  l'alliance  des  esprits  ; 
ce  sera  là  un  remède  qui  adoucira  sa  maladie. 

«  Je  ne  chercherai  pas  maintenant,  à  la  manière  des  hommes 
du  siècle,  à  conquérir  directement  votre  amitié  en  faisant  l'éloge 
de  votre  divine  piété  et  de  vos  divines  vertus,  qui  vous  firent 
compter  pour  rien  votre  famille,  votre  patrie  et  vos  richesses  et 
vous  dépouiller  afin  d'enrichir  autrui,  le  tout  au  péril  de  votre 
vie.  Et,  bien  que  je  ne  puisse  douter  que  cela  ne  réussisse  à  tous 
ceux  qui  vous  ressemblent,  comme  à  vous-même,  je  souhaite 
pour  ma  part  qu'il  y  ait  beaucoup  de  Calvin,  beaucoup  d'hom- 
mes doués  de  vos  talents,  et  même  beaucoup  qui  soient  prêts 

3.  La  première  édition  latine  avait  paru  à  Bâle  en  mars  1536. 


24  CHARLES    DE    SAINTS-MARTHE  [1537 

à  accueillir  aussi  bien  les  imitateurs  de  Calvin.  Je  ne  vous  envie 
rien,  et  cependant  je  suis  affligé  de  ce  que  vous  nous  a^^ez  été 
enlevé  ^,  et  de  ce  que  cet  autre  Calvin,  VInstitutio  Christiana 
ne  nous  soit  pas  parvenue.  J'envie  rAlleniagne,  qui  peut  obtenir 
ce  que  nous  ne  pouvons.  Ici,  nous  avons  peut-être  cet  agrément 
d'appartenir  à  une  Université  libre  et  fréquentée  par  des  hommes 
pieux  et  savants  ;  mais  de  temps  à  autre,  l'hydre  renaît  pour- 
tant et  se  dresse  la  nuit  pour  semer  l'ivraie,  bien  que  par  la  grâce 
du  Christ  je  me  cuirasse  pour  m'acquitter  des  devoirs  de  ma  pro- 
fession. Tout  cela,  à  cause  de  ma  nouvelle  dignité  et  de  ma  jeu- 
nesse et  aussi  de  mon  zèle  pour  l'étude,  a  suscité  contre  moi  une 
foule  de  délateurs,  races  possédées  d'un  génie  malfaisant,  et 
monstres  de  la  pire  espèce  ;  mais  il  s'en  faut  que  je  leur  cède, 
et  j'opposerai  ma  vie  même  à  l'émotion  de  l'esprit,  si  Dieu  le 
permet.  Nous  prions  Dieu  qu'il  fasse  avancer  rapidement  vos 
affaires,  commencées  sous  de  très  heureuses  auspices.  De  votre 
côté  demandez-lui  pour  nous  que  l'esprit  du  Christ  nous  soit 
donné,  afin  que  nous  prêchions  l'Evangile  avec  dignité  et  sans 
crainte  au  milieu  même  des  flammes  et  de  nos  ennemis.  Estienne-, 
le  porteur  de  ces  lettres  —  savant  en  grec  et  en  latin,  modeste, 
éloquent  et  ami  de  la  vérité  —  s'en  va  vers  vous  afin  de  pouvoir 
apprendre  et  parler  librement  ;  il  vous  dira  quels  progrès  fait 
l'Evangile  en  ces  lieus.  Je  vous  recommande  pieusement  cet 
homme,  au  nom  de  la  patrie  et  de  la  piété  évangélique.  Conciliez- 
nous  où  vous  êtes  de  semblables  amis,  et  approuvez  notre  audace. 
Que  Jésus,  notre  Seigneur  et  notre  Dieu  favorise  vos  entreprises, 
et  vous  conserve  longtemps,  remph  de  sa  grâce,  pour  la  propaga- 
tion de  son  Evangile!  Poitiers.  En  hâte,  ce  10  Avril,  1537.  Votre 
frère  dans  le  Christ,  C.  Sam.  » 

Cette  lettre  ne  laisse  aucun  cloute  sur  les  sympathies  de  Sainte- 
Marthe.  Les  derniers  mots  prouvent  que  son  auteur  avait  prévu 
les  conséquences  de  ses  propres  procédés  et  était  prêt  à  les 

1.  Herminjard  considère  que  le  silence  de  Sainte-Marthe  sur  le  sujet  prouve 
que  Florimond  de  Rœmond,  Merle  d'Aubigné  et  Bonnet  ont  exagéré  l'impor- 
tance des  rapports  précédents  de  Calvin  avec  les  Evangéliques  de  Poitiers.  Op. 
cit.,  vol.  IV,  p.  223. 

2.  Si  une  autorité  aussi  digne  de  confiance  qu'Herniinjard  ne  déclarait  pas 
que  ce  Stephanus  n'a  pu  être  identifié,  on  serait  tenté  de  supposer  que  Robert 
Estienne  se  disposait  à  se  retirer  à  Genève  dès  cette  époque,  treize  ans  avant  de 
le  faù-e  réellement.  Il  est  au  moins  singulier  de  voir  ce  nom  associé  à  l'érudition 
classique  et  aux  tendances  evangéliques. 


15.') 7]  PROFESSORAT  ;    EXIL  25 

affronter.  Cependant  tel  n'était  pas  on  vérité  le  cas,  comme  nous 
le  verrons  en  suivant  le  cours  de  sa  vie.  Enthousiaste  et  impulsif, 
de  plus  faisant  partie  de  ces  «  Nicodemites  »  méprisés  de  Calvin, 
qui  «  convertissent  à  demy  la  clirestienté  en  philosophie  »  et 
((  imaginent  des  idées  platoniques  en  leurs  têtes  ^  »,  Sainte- 
Marthe  se  préoccupait  avant  tout  de  la  vie  spirituelle  et,  sans 
doute,  ne  saisit-il  pas,  ce  qui  fut  aussi  le  cas  pour  certains  autres, 
toute  la  signification,  ni  même  la  tendance  générale  de  l'enseigne- 
ment de  Calvin.  Comme  nous  l'apprend  la  lettre  de  ce  dernier,  la 
Religionis  Christianœ  Institutio  n'était  pas  encore  en  grande  cir- 
culation ;  les  éditions  en  avaient  été  presque  immédiatement 
épuisées  ^  et  on  ne  pouvait  pas  facilement  se  la  procurer. 

Un  certain  vague  pouvait  encore  subsister  à  ce  moment,  puis- 
que c'est  à  l'aide  de  cet  ouvrage  que  le  «  Lycurgue  du  Christia- 
nisme ))  ^  devait  le  dissiper  à  jamais,  et,  même  parmi  ceux  qui 
en  avaient  saisi  le  sens,  pour  beaucoup  il  n'était  question  que 
d'un  retour  aux  vraies  sources,  en  religion  comme  en  littérature. 
A  ceux  qui  s'y  étaient  engagés,  la  lutte  religieuse  doit  avoir  paru 
un  combat,  moins  entre  les  réformateurs  et  l'Autorité  déjà 
établie,  qu'entre  deux  partis  de  l'Église  catholique.  Les  «  Évangé- 
liques  »,  en  effet,  comptaient  parmi  eux  beaucoup  d'autorités 
ecclésiastiques  et  poh tiques.  De  temps  à  autre,  il  est  vrai,  ceux 
qui  voyaient  la  Réforme  d'un  œil  favorable  étaient  victimes  des 
persécutions  périodiques  qui  ne  devinrent  le  régime  constant  que 
pendant  les  dix  ans  qui  précédèrent  la  mort  de  François  I^^'  ^. 
Mais  cela  parut  aux  innovateurs  n'être  que  la  conséquence 
d'un  malentendu,  l'œuvre  d'  «  ennemis  »  et  non  pas  celle  d'une 
autorité  active  réagissant  contre  des  rebelles.  En  1535,  Calvin 
pouvait  encore  faire  appel  au  Roi  contre  les  fureurs  d'  «  aucuns 
iniques  »,  pouvait  encore  croire  que  François  I^r  ne  se  montre- 
rait pas  sévère,  une  fois  qu'il  l'aurait  comprise,  envers  «  la  doc- 
trine, laquelle  ils  estiment  devoir  estre  punie  par  prison,  bannisse- 


1.  Excuse...  à  Messieurs  les  Nicodemites,  col.  600. 

2.  Au  sujet  du  rapide  épuisement  des  éditions  de  la  Chris.  Rel.  InsL,  rf.  Her- 
ihinjard,  op.  cit.,  vol.  IV,  p.  223,  note  5. 

3.  «  Le  cliristianisme  eut  son  Lycurgue  »,  Lerminier,  Rev.  des  Deux  Mondes, 
1842,  p.  515. 

4.  C'est-à-dire  après  l'entrevue  d'Aigues-Mortes  de  juillet  1538.  Pour  la  i)oIi- 
tique  générale  du  Roi  envers  la  situation  religieuse,  cf.  Buisson,  op.  cit.,  vol.  I, 
pp.  66-77. 


26  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1537 

ment,  proscription  et  feu  »  i.  Cela,  il  l'exprimait  dans  la  dédi- 
cace de  ce  même  livre  qui  devait  définir  la  nouvelle  doctrine, 
avec  une  clarté  telle  qu'aucun  lecteur  ne  pouvait  se  demander  si, 
oui  ou  non,  ses  opinions  s'accordaient  bien  avec  celles  de  la  nou- 
velle «  Réforme  ».  Au  moment  où  Sainte-Marthe  faisait  ses  cours 
à  Poitiers,  on  avait  encore  gardé  un  vif  souvenir  de  «  l'affaire  des 
placards  »  ^•,  mais,  quoique  des  victimes  innocentes  aient  été 
punies,  il  y  avait  eu,  même  aux  yeux  des  «  évangéliques  »  ^,  une 
grave  provocation  et,  depuis  lors,  le  cruel  édit  de  janvier  1535 
avait  été  annulé  *  et  une  période  d'apaisement  s'en  était  suivie. 
C'est  pendant  celle-ci  que  fut  envoyée  la  lettre  à  Mélanchton  ^, 
que  Marot  fut  rappelé  d'exil  et  que  furent  publiés  des  édits 
conciliants  concernant  les  hérétiques  **.  La  défiance  était  alors 
endormie  et  il  est  probable,  en  outre,  que  Sainte-Marthe  avait  été 
lancé  plus  loin  qu'il  ne  l'avait  prévu,  par  son  enthousiasme  pour 
la  question  et  par  l'exaltation  dans  laquelle  l'avaient  mis  les 
applaudissements  suscités  par  ses  talents  de  rhétoricien  ;  car  il 
était,  suivant  son  neveu  Scévole,  «  aurae  popularis  avidior  »  '. 

En  tous  cas,  le  jeune  professeur  put  jouir  d'une  tranquillité 
parfaite  pendant  plusieurs  mois.  En  octobre,  il  reçut  une  autre 
lettre,  que  Breton  lui  écrivit  de  Bordeaux.  Il  semble  que  celui-ci 
lui  avait  écrit  dans  l'intervalle,  pour  lui  demander  aide  ou  conseil. 
Il  avait  maintenant  appris  la  nouvelle  de  la  nomination  de  son 
ami  et  lui  envoya  ses  félicitations  : 

«  Bien  que,  en  attendant  que  vous  me  donniez  votre  opinion 
sur  ces  matières,  comme  je  vous  en  ai  prié  dans  ma  dernière 


1.  Au  Boy  de  France  très  chrestien,  etc.  ;  Institution  de  la  Religion  Chrétienne, 
col.  9  et  10.  La  première  édition  latine  fut  publiée  en  1536.  La  lettre  de  dédicace, 
imprimée  en  tête  de  la  traduction  française  de  1541  (basée  sur  une  édition 
latine  de  1539),  conserve  la  date  de  1535.  En  effet  il  y  a  une  différence  de  trois 
semaines  entre  sa  date  «  le  premier  jovir  d'aoust  »  et  celle  de  l'original  «  X  calen- 
das  septembres  ». 

2.  Du  22  janvier  1535.  Cf.  sur  ce  sujet,  le  Journal  d'un  Bourgeois  de  Paris, 
pp.  441-447.  Le  même  jour,  le  Roi  jDublia  un  édit  contre  les  hérétiques  qui  con- 
damnait ceux  qui  leiu-  donnait  asile  à  la  même  peine  que  ceux-ci  et  promettait 
aux  dénonciateurs  le  quart  des  possessions  confisquées.  Actes  de  François  I^^, 
no  7486. 

3.  Sturm  qualifie  de  «  furiosi  »  et  «  stultissimi  homines  »  les  auteurs  de  ces 
violences.  Cit.  Chastel,  Histoire  du  Christianisme,  vol.  IV,  p.  107. 

4.  Par  l'édit  de  Coucy,  16  juillet  1535.  Actes  de  François  I^^,  n°  7990. 

5.  Du  23  juin  1535.  Cf.  Herminjard,  op.  cit.,  vol.  III,  p.  301. 

6.  Du  31  mai  et  du  30  juin  1536.  Actes  de  François  /er,  n^s  8476  et  21077. 

7.  Gallorum...  illustrium...  Elogia.  Cf.  p.  283. 


15.*n]  PROFESSORAT  ;    EXIL  27 

lettre,  je  ne  doive  pas  vous  importuner  en  vous  en  envoyant  une 
autre,  je  ne  puis  nie  résoudre  à  ne  pas  vous  envoyer  quelques 
lignes,  puisqu'un  de  nos  amis,  qui  nous  est  dévoué  et  a  surtout 
pour  vous  beaucoup  d'afïection,  va  faire  route  dans  votre  direc- 
tion. Vous  prendrez  vous-même  une  décision  au  sujet  de  mes 
affaires,  comme  je  vous  l'ai  écrit  récemment.  Je  serai  satisfait 
de  ce  que  vous  ferez  :  quoi  que  ce  soit,  je  penserai  que  cela  est 
pour  le  mieux.  Je  vous  félicite  de  votre  nouvelle  dignité  de 
professeur.  Je  me  réjouis  chaque  jour  davantage  de  ce  que  ce 
brillant  honneur  vous  ait  été  décerné.  Adieu.  Bordeaux,  12  octo- 
bre ^.  » 

Quel  est  l'ami  qui  se  chargea  de  cette  lettre  ?  Il  est  permis  de 
hasarder  que  ce  fut  Visagier,  car  il  pouvait  s'être  déjà  mis  en 
route  pour  Paris,  afin  de  s'occuper  de  la  pubUcation  de  son 
volume  d'épigrammes,  qui  y  parut  en  1538  '^.  Une  d'entre  elles, 
adressée  à  Sainte-Marthe,  fait  allusion  aux  avantages  de  sa 
situation  et  à  l'affection  de  l'auteur  pour  lui.  L'auteur  assure 
que  ce  serait  porter  de  l'eau  à'ia  rivière  que  de  donner  de  l'argent 
à  Sainte-Marthe,  dont  les  doigts  sont  alourdis  de  pierres  pré- 
cieuses, tandis  qu'aux  siens  nuUe  ne  brille. 

Quant  aux  livres,  sa  bibliothèque  n'en  contient  que  peu,  et  il 
n'en  possède  aucun  que  son  ami  n'ait  pas  lui-même.  Pour  ce  qui 
est  des  costumes,  il  n'en  a  qu'un,  qui  n'irait  d'aiUeurs  pas  à 
Sainte-Marthe.  Son  cœur  même  appartient  déjà  à  son  ami.  Il 
ne  peut  donner  que  l'assurance  qu'il  n'a  rien  qu'il  puisse  lui 
offrir  ^. 

En  attendant,  Sainte-Marthe  avait  répondu  à  la  première 
lettre  de  Breton,  lui  donnant,  à  ce  qu'il  semble,  le  conseil  qui  lui 
avait  été  demandé,  plus  des  détails  relatifs  à  sa  situation  et  à 
son  travail  de  Théologie.  La  réponse  de  Breton,  non  datée  *,  lui 
fut  portée  par  une  personne  non  moins  remarquable  que  le  plus 
jeune  des  Gouvea.  «  Vous  m'écrivez,  dit-il,  que  vous  avez  été 
reçu  avec  des  honneurs  et  une  cordialité  incroyables  par  le  Roi 

1.  Cf.  texte,  infra,  p.  344. 

2.  Tout  ce  qu'on  sait  de  cette  période  de  la  vie  de  Visagier,  c'est  qu'il  fut  présent 
au  banquet  offert  à  Dolet  en  luars  1537,  à  Paris,  et  qu'il  fut  probablement  à 
Lyon  vers  le  milieu  de  l'année,  où  il  publia  son  second  livre  d'épigrammes. 
(Christie,  op.  cit.,  p.  314).  On  peut  également  supposer  pour  la  même  raison 
qu'il  était  à  Paris  en  1538. 

3.  Texte  mfra,  p.  349  et  seq. 

4.  Texte  infra,  p.  344. 


28  CHARLES    DE    SAINTE-MAKTHE  [1537 

et  sa  sœur,  cette  femme  si  admirée  et  distinguée.  J'ai  reçu  ces 
nouvelles  avec  beaucoup  de  plaisir,  non  seulement  parce  que  je 
pense  que  vous  en  êtes  digne  par  la  grandeur  de  votre  intelli- 
gence, mais  encore  parce  que.  considérant  vos  mœurs,  votre  vie, 
la  perfection  de  votre  style,  je  suis  pour  ainsi  dire  réjoui  et  en- 
couragé en  apprenant  que  vous  avez  eu  la  récompense  que  l'on 
s'accorde  à  décerner  à  la  constance  et  à  la  vertu  des  hommes 
excellents  et  modestes.  Cela  donc  m'a  fait  grand  plaisir,  ce  qui 
n'est  que  naturel  ;  mais  j'ai  été  encore  plus  heureux  d'apprendre 
que  le  même  Roi  vous  a  appelé  avec  autant  d'honneur  que  de 
mansuétude  à  la  profession  des  lettres  sacrées,  en  vous  offrant 
des  honoraires  très  suffisants  et  très  honorables  pour  vous  récom- 
penser de  vos  glorieux  travaux.  C'est  une  profession  qui  rapporte 
à  celui  qui  l'embrasse  beaucoup  de  considération,  de  crédit,  et 
d'honneurs  et  nous  rend  favorable,  non  seulement  les  hommes, 
ce  qui  toutefois  a  une  grand :^  importance,  mais  la  Providence 
divine,  ce  qui  en  a  une  bien  plus  grande.  Je  suis  en  train  de  me 
mettre  sérieusement  à  cette  étude,   ainsi   que  vous  me  priez 
instamment  de  le  faire.  Mais  j'y  mettrai  encore  plus  de  zèle  et 
de  soin,  quand  je  penserai  avoir  fait  assez  de  progrès  dans  les 
lettres  grecques.  «  Pourtant,  dites- vous,  il  n'est  pas  raisonnable 
de  négliger  cette  étude  si  facile  pour  cette  autre  si  difficile  et  si 
longue.  »  Ce  n'est  pas  du  tout  mon  intention  d'abandonner  l'une 
pour  l'autre,  et  je  ne  pourrais  en  admettre  l'idée.  Mais,  puisque 
je  vois  que  j'aurai  plus  de  facilité  à  exceller  en  la  première  si  je 
connais  l'autre,  j'ai  décidé  de  lui  consacrer  un  peu  plus  de  temps. 
Cela  fait,  je  me  tournerai  de  nouveau  vers  la  Théologie,  comme 
vers  le  plus  sûr  et  le  meilleur  abri  contre  les  soucis  et  les  anxiétés 
de  toute  sorte.  J'approuve  ce  que  vous  m'écrivez  au  sujet  de  mes 
affaires,  car  je  désirais  ardemment  qu'elles  puissent  ainsi  tourner, 
et  cela  semblait   avoir  la  plus   grande  importance  pour  mes 
intérêts.  Cependant  je  vous  prie  et  vous  supplie  de  ne  rien  né- 
ghger.  Peut-être  pousserai-je  bientôt,  si  cela  m'est  possible,  une 
rapide  pointe  jusqu'à  vous,  en  me  rendant  à  Paris.  Alors  nous 
pourrons  librement  discuter  de  toutes  ces  choses.  Quant  à  l'ou- 
vrage de  Théologie  dont  vous  me  parlez  en  même  temps,  je  désire 
vivement  que  vous  me  le  donniez  aussitôt  qu'il  sera  reproduit 
et  publié.  Je  n'ai  rien  à  vous  apprendre  sur  mon  compte  de  plus 
que  ce  que  je  viens  de  dire  ;  je  pense  chaque  jour  à  Paris,  mais 
différents  bruits  de  guerre  m'ont  effraj'é,  de  sorte  que  j'ai  à  peine 


1537]  PROFESSORAT  ;    EXIL  29 

pu  faire  ce  que  je  m'étais  proposé  ;  mais  tout  cela  viendra  en  son 
temps. 

((  Enfin,  voici  ce  que  vous  vouliez  savoir  au  sujet  de  l'exacti- 
tude des  bruits  qui  couraient  sur  la  mort  de  Durasius.  Sachez 
qu'il  est  à  Bordeaux  et  n'a  jamais  été  mieux  portant  ;  mais  je 
crois  que  des  gens  assez  habiles  et  assez  lettrés  ont  fait  courir 
le  bruit  de  sa  mort,  parce  qu'il  vient  de  perdre  un  procès  qu'il 
avait  au  sujet  de  sa  femme  et,  comme  il  a  maintenant  perdu 
l'espoir  qu'il  avait  tant  caressé,  ils  le  font  passer  pour  mort. 
Je  crois  que  vous  connaissez  comme  moi  cette  parole  de  Caton 
que  l'âme  de  l'amant  vit  dans  le  corps  d'un  autre.  Je  vous 
recommanderais  le  porteur  de  cette  lettre,  si  sa  science  et  son 
talent  et  même,  par  Hercule,  cette  élégance  qu'il  possède  au  plus 
haut  point  n'étaient  suffisantes  à  le  recommander  d'elles-mêmes. 
C'est  le  frère  de  notre  Gouvea.  J'ai  fait  parvenir  votre  lettre  à 
Cordier  et  à  Zébédée.  J'espère  que  vous  m'écrirez  aussi  souvent 
que  possible  :  Quant  à  moi,  si  je  reste,  —  et  jusqu'à  présent  je 
ne  puis  rien  vous  dire  de  certain  —  je  vous  importunerai  par  le 
nombre  et  la  prolixité  de  mes  lettres.  Adieu.  » 

Il  est  probable  que  les  deux  amis  ne  se  rencontrèrent  pas  ; 
car  ce  doit  être  peu  après  que  la  conduite  de  Sainte-Marthe  devint 
provocante  au  point  de  lasser  la  patience  des  autorités.  Peut- 
être,  voyant  quelle  tempête  il  avait  déchaîné,  fit-il  quelques 
efforts  pour  se  rétracter,  ou  tout  au  moins  se  dérober.  Ces  paroles 
de  Bèze  le  laissent  supposer  :  «  Et  par  ces  moiens  l'ardeur  de 
quelques-mis  creut  tellement  que  l'an  1537  un  jeune  homme 
nommé  Sainte-Marthe,  l'un  des  fils  du  premier  médecin  du  Roy, 
homme  de  gaillard  esprit,  commença  à  faire  des  lectures  en  Théo- 
logie, mais  pource  qu'il  n'avoit  point  de  fond  et  qu'a  la  vérité 
y  avoit  en  luy  plus  de  légèreté  que  de  vray  zèle,  il  y  eut  en  son 
faict  plus  de  fumée  que  de  feu  ^.  »  En  tous  cas,  il  n'eut  pas  à 
souffrir  de  plus  grave  punition  que  l'obligation  «  de  quitter  sa 
patrie  et  se  retirer  au  pays  étranger  »  ^,  événement  qu'un  de  ses 
amis,  A.  de  Villeneuve  ^,  déplore  en  ces  vers  : 


1.  Hist.  ecc,  vol.  I,  p.  G3. 

2.  Généalogie,  fol.  21  vo. 

3.  Je  n'ai  pas  pu  l'identifier.  A  de  ViUeneulve,  à  la  Ville  de  Poictiers,  sur  le 
département  de  S.  Marthe.  Livre  de  ses  Amys.  Poésie  Françoise,  p.  23(). 


30  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1538 

Si  tu  scavois,  o  Ville  de  Poictiers 
Ce  que  tu  as  en  un  moment  perdu  : 
Tu  te  mettrois  en  effort  voluntiers 
A  celle  fin  que  te  fust  tost  rendu. 
Ton  Honnevir  as,  et  ton  salut  vendu. 
Changeant  le  tien  à  un  sot  estranger  : 
Si  tu  avois  ton  vray  bien  entendu, 
Helas.  qu'aniair  te  seroit  le  changer. 

Chassé  de  Poitiers,  Sainte-Marthe  voyagea  un  an  ou  deux  en 
«  maintes  Keux  »  où  il  souffrit,  d'après  son  ami  le  duc  de  Mon- 
tausier,  «  plusieurs  adverses  fortunes  »  i.  Ces  divers  lieux  doivent 
avoir  été  le  Dauphiné,  la  Provence  et  le  Languedoc  ;  car  il  avait, 
en  1540,  année  où  il  publia  son  volume  de  vers,  de  nombreuses 
relations  en  ces  régions.  Il  est  possible  qu'il  se  soit  trouvé  à 
Lyon  en  1530  avec  Marot^.  C'est  à  Vienne  qu'il  dut  entrer  en 
relations  intimes  avec  les  trois  frères  Grolée-Mévouillon,  d'une 
famille  ancienne  et  distinguée,  dont  le  grand-père  avait  été 
lieutenant-général  du  Dauphiné,  le  père,  Aimar  Antoine,  bailli 
de  ses  montagnes  et  qui,  tous  trois,  se  distinguèrent  pendant 
les  premières  guerres  du  règne  de  François  I^^a  ^  Antoine,  le 
plus  âgé,  baron  de  Bressieux  et  d'Argilliers,  Sainte-Marthe 
adressa  plusieurs  poèmes;  l'un  faisant  l'apologie  de  l'amitié,  en 
général  et  demandant  la  sienne,  en  particulier  : 

...  araytié  telle  que  veoyons  estre 

Entre  mi  Valet  et  son  Seigneur  et  Maistre  4. 

Il  exprima  ses  sentiments  envers  François,  le  second  des  trois 
frères,  en  un  poème  intitulé  :  A  nohle  Seigneur,  Monsieur  Fran- 

1.  Cj.  injra,  p.  342. 

2.  Les  nombreux  et  intimes  amis  qu'il  comptait  à  Lyon,  et  sm'tout  la  familia- 
rité des  i^oèmes  qu'il  adi-essa  en  1540  à  Dolet,  Dalechamps,  aux  Scève,  et  sur- 
tout à  Maïuùce,  son  «  très  cher  ami  Scève  »,  à  Tolet  son  «  singulier  amy  »,  etc.. 
indiquent  que  Sainte -Marthe  avait  déjà  été  à  Lyon  avant  le  court  séjour  qu'il 
y  fit  en  1540. 

3.  Cf.  Dict.  de  la  Noblesse,  vol.  IX,  p.  893.  Bull,  de  la  Soc.  d'Archéologie  de  la 
Drôme,  vol.  XXIV,  p.  284.  Guy  Allard,  Bibliothèque  du  Dauphiné,  I,  p.  199. 
Gallia  Christiana,  vol.  XVI,  col.  160.  D.  Bull,  de  la  Soc.  de  Statistique  de  l'Isère, 
vol.  XXVI,  p.  7.  Guy  AUavd,  Hist.  généalogique  de  la  Maison  de  Grolée,  Grenoble, 
1688,  pp.  12  et  29.  Mermet,  Hist.  de  Vienne,  Vienne,  1853,  passim. 

4.  P.  F.,  pp.  170-172.  Les  autres  sont  :  De  quoy  nous  sommes  au  monde  débi- 
teurs, P.  F.,  p.  72  ;  D'îin  qui  médisait  de  luy  en  son  absence,  P.  F.,  p.  59  ;  De  la 
misère  de  procès,  P.  F.,  p.  29.  Egalement  seigneur  de  Serres,  Neyrieu,  Juis, 
Cornillon,  Antoine  de  Grolée  mourut  sans  héritiers,  léguant  ses  possessions, 
par  testament  daté  du  4  septembre  1544,  à  son  frère  Aimar-François. 


1530]  PROFESSORAT;    EXIL  31 

cois  de  Muiïlîon,  seigneur  de  Rihhiers^,  en  le  remerciant  des  biens 
qu'il  luy  a  faictz  et  dans  une  longue  épître  pleine  d'une  affection 
sincère  :  A  Monsieur  de  Rihbiers^.  Le  troisième^,  Anne  ou  Annet, 
qui   devint   abbé   du   monastère  de  Saint-Pierre   de  Vienne  ^  : 

Abbé  très  vénérable, 

Sur  tous  Prélats  la  flœur  incomparable, 

fut  le  troisième  Grolée  détenteur  de  cette  dignité.  De  même  que 
son  frère,  il  eut  d'innombrables  bontés  pour  Sainte-Marthe,  assez 
au  moins  pour  donner  naissance  à  d'envieux  commentaires  dans 
la  région  ;  c'est  à  quoi  font  allusion  ces  vers  de  son  protégé  : 

J'ay  tant  receu  que  la  main  libérale 

En  a  esmeu.  la  nation  ruralle. 

Car  quelques  Sots,  ne  cognoissants  j^ourquoy 

Il  vous  plaisait  faire  estime  de  nioy. 

Et  me  jugeants,  par  leiu*  trop  grosse  teste, 

Qu'estre  debvois  (conune  un  chaseun  d'eulx)  boste, 

Ont  contre  moy  à  la  fin  machiné,  etc. 

A  R.  Père  en  Dieu,  Monseigneur  Anne  de  Grolée,  abbé  de  S.  Pierre  de 
Vienne.  P.  F.,  pp.  167  et  168. 

Sainte-Marthe  eut  aussi  pour  amis  d'autres  parents  des  Grolée  : 
leur  grand'tante,  Antoinette  de  Bressieux,  rehgieuse  qui  fut 
plus  tard  abbesse  de  Vemaison  ^  ;  Exupère  ^  et  Louis  de  C'ia- 


1.  Egalement  seigneur  de  Laiiris,  Puget,  Baume,  Falevaux,  Cordon,  Ruinât, 
Sainte-Colombe,  Pinet  et  Barrât,  chevalier  de  l'ordre  du  Roy,  et  gentilhomme 
de  la  Chambre  du  Roi.  Il  épousa  Catherine  d'Oraison,  et  laissa  cinq  enfants. 
Une  de  ses  lettres,  écrite  en  1553  au  duc  de  Guise,  existe  encore.  Elle  est  signée 
'(  Bressieux  »  et  annonce  au  duc  que  Grolée  a  fait  connaître  à  la  Coiu*  de  Gre- 
noble le  vœu  qu'il  émit  pour  que  les  hérétiques  soient  sévèrement  punis. 

2.  P.  F.,  pp.  34  et  188.  Il  lui  dédia  aussi  le  huitain  :  Qu'il  fautesprouvcr  l'amy, 
P.  F.,  p.  73. 

3.  Les  Grolée  avaient  un  autre  frère,  Laui-ent,  et  trois  sœurs. 

4.  Il  fut  abbé  jusqu'en  1660.  En  1547,  Henri  II  ayant  décidé,  pour  récompen- 
ser la  ville  de  sa  loyauté,  que  le  cœur  du  Dauphin  serait  enterré  à  Vienne,  Anne 
de  Grolée  reçut  la  mission  d'aller  le  chercher  à  Toiu'iion.  Il  se  trouve  des  vers 
latins  d'Ennemond  Daviolet  à  son  adresse  dans  le  Dictionarium  Ciceronianuin 
d'Hubert  Sussannée  (Paris,  1536),  fol.  78  r°.  Enemondus  Davioletus  Grationo- 
poliianus  ad  reverendissimum  Dominuni  D.  An.  netu  Groleanû  divl  Pétri  Vien- 
nen.  Ahhatem. 

5.  Sainte-Marthe  lui  écrivit  un  rondeau,  .4  Madame  V Abbesse  de  Vemaison. 
P.  F.,  p.  100.  Cf.  Gallia  Christiana,  vol.  XVI,  p.  354  ;  Dictionnaire  de  la  Noblesse, 
vol.  IX,  p.  892,  art.  Grolée. 

6.  Sainte-Marthe  écrivit  pour  lui  quatre  poèmes  :  Au  Seigneur  de  Parnans. 
De  quelcun  qui  disoit  qu'il  aymoit  trop  s'Amye,  P  .F.,  p.  31  ;  Au  Seigneur  de  Par- 


32  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1538 

veyson,  respectivement  seigneur  et  prieur  ^  de  Parnans  ;  l'abbesse 
de  Laval,  couvent  cistercien  fondé  par  les  Bressieux^.  Sainte- 
Marthe  adressa  à  cette  dernière  le  poëme  intitulé  :  A  Madame 
VAhhesse  de  la  val  en  Daulphiné,  estant  malade^,  dans  lequel  il 
insiste  de  façon  curieuse  sur  le  pouvoir  de  la  volonté  sur  la 
maladie.  Citons  encore,  parmi  ses  autres  amis,  Anne  d'Arbigny, 
dame  de  Laval'*,  et  son  maître  d'hôtel,  le  Seigneur  de  la  Rivière  ^. 
A  Vienne,  Sainte-Marthe  se  lia  de  plus  avec  Pierre  de  Marillac, 
abbé  de  Pontigny  ^,  frère  du  célèbre  Charles  de  Marillac,  qui 
devint  archevêque  de  Vienne  '.  C'est  là  aussi,  probablement, 
qu'il  fit  la  connaissance  du  chevalier  Grenet,  son  «  frère  et  amy 
perfaict  »  ^. 

Il  se  rendit  cher  à  d'autres  Dauphinois  :  à  Paule  de  Fay  d'Es- 


nans.  Qu'mijourd'huy  on  est  plus  obéissant  à  Vice  qu'à  Vertu,  P.  F.,  p.  87  ;  Au 
Seignenr  de  Parnans.  Quoy  que  deux  Amys  se  séparent  Vun  de  Vaultre,  que  toute- 
fuy,  sont  tousjours  présents,  P.  F.,  p.  35  ;  ^  noble  Exupère  de  Claveyson,  Seigneur 
de  Parnans,  responce  à  son  Dixain,  P.  F.,  p.  24.  Le  dixain  en  question  fut  incor- 
poré au  Livre  de  ses  Amys,  P.  F.,  p.  223,  par  son  auteur,  Claveyson.  A  propos 
d'une  curieuse  controverse  sur  l'existence  de  ce  personnage,  cf.  La  Croix  du 
Maine,  Bib.  Franc,  et  la  note  de  La  Monnoye  ;  Rochas,  Biog.  du  Dauphiné  ; 
AUard,  Bib.  du  Dauphiné  ;  J.  Vossier,  Bull,  de  la  Soc.  d'Arch.  de  la  Drôme, 
vol.  XV,  p.  63  ;  et  A.  Lacroix,  Exupère  de  Claveyson  et  Biaise  Volet,  ibid.  , 
vol.  XXVIII,  p.  166.  Exupère  de  Claveyson  était  en  effet  fils  de  Guillaume  de  Cla- 
veysoii.  Sa  mère,  Phillipine  de  Bressieux,  dame  de  Parnans,  porta  le  nom  et  les 
armes  de  son  père  et  les  légua  par  son  testament  à  son  fils  Exupère,  qui  prit  le 
nom  de  Bressieux.  Il  se  maria  deux  fois  et  son  testament  est  daté  du  12  fé- 
vrier 1561. 

1.  Sainte-Marthe  lui  adi-essa  l'épigramme  intitulé  :  A  Frère  L.  de  Claveyson, 
prieur  de  Parnans.  Que  l'habit  ne  fait  pas  le  moyne,  P.  F.,  p.  60. 

2.  Cf.  Gallia  Christiana,  vol.  XV,  p.  212,  et  Guy  Allard,  Dict.  du  DaupJiiné. 

3.  P.  F.,  p.  28. 

4.  Le  rondeau  de  Sainte-Mai'the,  dont  le  thème  est  le  noin  même  de  cette  dame, 
A  Madame  Anne  d'Arbigny,  Dame  de  La  Val  en  Datdphiné,  P.  F.,  p.  89,  permet 
de  supposer  que  celle-ci  et  l'abbesse  de  Laval  étaient  une  seule  et  même  personne. 
Le  ton  de  l'épigramme  adressée  à  cette  dame  par  Marot  rend  pourtant  cette 
hypothèse  douteuse.  Cf.  Œuvres,  vol.  IV,  p.  58. 

5.  Au  Seigneur  de  la  Rivière,  maistre  d'hôtel  de  Madame  de  la  Val.  Comment  on 
doibt  estre  cault  à  faire  un  Amy,  P.  F.,  p.  96. 

6.  A  P.  de  Marillac.  Comment  on  doibt  prendre  ce  terme  Fortune,  P.  F.,  p.  30. 
Il  se  convertit  au  protestantisme  à  quarante  ans,  puis  se  retii'a  à  Genève. 

7.  Après  1557.  Sur  les  frères  Marillac,  cf.  La  France  Protestante  ;  Aigueperse, 
Biog.  d' Auvergne  ;  Dict.  de  la  Noblesse.  La  Généalogie  de  la  Maison  de  Sainte- 
Marthe,  cit.  supra,  mentionne  les  Marillac  dans  la  Table  des  Maisons  alliées  à 
celle  de  Sainte-Marthe. 

8.  Non  identifié.  Je  suppose  que  ce  nom  est  le  même  que  celui  de  Granet,  porté 
par  une  famille  vivant  aux  environs  de  Vienne.  Cf.  Bull,  de  la  Soc.  d'Arch.  de 
la  Drôme,  vol.  XXVII,  p.  250. 


I  r)3!)  I  PROFESSORAT  ;    EXIL  33 

table  et  à  sa  sœur  ^  ;  à  Frère  I.  Marron,  «  Amy  Marron  ^  »  ;  à 
Madame  de  Molans  et  à  Mademoiselle  Beconne  ^,  —  grande 
dame  selon  toute  apparence,  —  qui  admirait  ses  talents  et  à  qui 
il  offrit  le  platonique  hommage  de  ses  vers.  Il  visita  Vaucluse  ^ 
et  fréquenta  l*ierre  Pasclial  à  Avignon  ^.  On  ne  sait  pas  de 
manière  si  certaine  où  il  rencontra  Guillaume  Bigot  •',  homme  que 
tout  le  monde  lettré  de  cette  époque  se  plaisait  à  honorer.  Bigot 
publia  son  Somnium  à  Paris  en  1537  et,  depuis  ce  moment 
jusqu'à  la  fin  de  l'année  1540,  date  à  laquelle  il  se  fixa  à  Nîmes, 
il  voyagea  sans  relâche  dans  le  Lyonnais,  le  Dauphiné,  le  Pié- 
mont et  en  Italie.  Son  amitié  pour  Sainte-Marthe  était  en 
quelque  sorte  assez  pointilleuse.  Il  ne  manifesta  aucun  intérêt 
pour  les  vers  composés  par  un  homme  qui,  d'après  lui,  aurait 
mieux  fait  de  se  consacrer 

...  aux  Sciences, 

Oesqvielles  as  du  Seigneur  les  semences. 

P.  F.,  p.  229. 

Cependant  Sainte-Marthe  avait  la  plus  grande  admiration  pour 
Bigot,  le  considérait  comme  «  très  consommé  en  Philosophie  », 
et  lui  donnait  les  noms  de  «  Vray  Philosophe  et  de  filtre  et 
de  faicf  ».   Léon  de  Saint-Maur,  le    vieux    Duc    de    Montau- 


1.  A  Noble  Paule  de  Fay,  Seigneur  d'Estahles,  P.  F.,  p.  79.  A  Mademoiselle 
d'Estahle,  sa  seur  d' aliénée,  P.  F.,  p.  159.  Cf.  Guy  AUard,  Nobiliaire  du  Dau- 
phiné, art.  Fay  et  Bib.  du  Dauphiné,  vol.  II,  p.  455. 

2.  A  F.  I.  Marron.  Pourquoy  le  vray  bien  est  interdit,  P.  F.,  p.  56.  Sur  Marron, 
rf.  La  France  Prot.,  2^  éd.,  vol.  VII,  p.  316  a. 

3.  A  Mademoiselle  de  Beconne,  P.  F.,  p.  193.  Un  certain  de  Beconne,  \Taisem- 
blablement  le  père  ou  le  grand-j^ère  de  cette  dame,  était  en  1485  capitaine  de 
ôOO  hommes,  gouverneur  de  Dun-le-Roi  et  de  Crest,  et,  en  1503,  maître  des  eaux 
et  forêts  de  Dauphiné.  Bull,  de  la  Soc.  d'Arch.  de  la  Drôme,  vol.  VII,  p.  13  et 
vol.  VIII,  p.  36. 

4.  C'est  ce  qu'on  peut  conchu-e  de  son  poème  :  Sur  la  fontaine  de  Vaucluse. 
près  laquelle  jadis  habita  Petrarche,  P.  F.,  p.  21.  Cf.  infra  p.  297. 

5.  «  Audii  Petrum  Paschalium  virum  eruditissimum  et  mihi  aliquando  Ave- 
nione  cognitum,  statuisse  Regina^  vitam  litteris  mandare.  »  Sainte-Marthe  in 
obitum...  Margaritœ...  oratio  funebris.  Candido  lectori,  p.  4.  Cf.  infra,  p.  334. 

6.  Cf.  au  sujet  de  Bigot,  M.  J.  Gaufrés,  Claude  Baduel  et  la  Réforme  des  études 
au  XVI^  siècle.  Bayle,  Dict.  Hist.  et  Critique,  remarque  que  «  On  imprima  quel- 
ques-uns de  ses  vers  françois  avec  la  poésie  de  Charles  de  Sainte-Marthe,  oncle 
de  Scévole  ».  Ces  «  quelques-uns  »  se  réduisent  à  un  seul  long  poème  :  Epistre 
de  Bigotius  à  Saincte  Marthe,  dans  le  Livre  de  ses  Amys,  P.  F.,  j).  229.  Il  fut 
réédité  par  Gaufrés,  op.  cit.  p.  313. 

7.  Dans  le  rondeau  A  Gaillaume  Bigot  homme  très  consoinmé  en  philosophie, 
avec  pour  refrain  «  Vray  Philosophe  <>,  P.  F.,  p.  93. 

3 


34  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1538 

sier  1,  était  aussi  de  ses  amis  et  cela  peut  être  l'indice  d'un 
voyage  de  Sainte-Marthe  à  Hyères,  d'où  Saint-Maur  datera  plus 
tard  une  lettre  amicale  qui  lui  sera  destinée  ^. 

C'est  pourtant  à  Arles  que  Sainte-Marthe  forma  les  amitiés 
les  plus  durables,  probablement  dans  le  courant  de  1538.  Sans 
compter  son  intime  amitié  avec  Antoine  Arlier^,  lieutenant  à 
Arles  du  sénéchal  de  Provence,  ses  relations  amicales  avec 
Michel  de  Saint- Jean,  «  jeune  homme  de  grand  jugement  sans 
lettres  *  »  et  avec  au  moins  un  membre  de  la  famille  de  la  Tour  ^, 
Sainte-Marthe  fît  la  connaissance,  par  lettres  sinon  autrement, 
de  ((  noble  Loys  de  Sainct-Martin  ^  ».  Ce  dernier  l'avait  profon- 
dément obligé,  en  lui  offrant  sa  vive  et  agréable  sympathie,  à 
l'occasion  de  ses  malheurs,  et  Sainte-Marthe  lui  exprima  ses 
sentiments  reconnaissants  en  ces  vers  : 

A  vous  je  suis  débitevir  d'une  debte 
De  tant  hault  pris  qui  si  c'estoit  recepte 
D'or  ou  d'argent,  voire  et  encores  plus, 
Je  le  confesse,  or  il  reste  au  surplus. 


Vu  avez  sceu  ce  qui  m'est  survenu 
Et,  par  pitié  de  mon  grand  infortune, 
Ma  passion  vous  a  esté  commune. 


A  noble  Loys  de  Sainct  Martin  d'Arles,  luy  estant  malade,  P.  F.,  p.  139. 

Il  fit  aussi  la  connaissance  à  Arles  de  deux  hommes  qui  jouèrent 
dans  sa  vie  un  rôle  plus  important  :  Jacques  de  Raynaud,  sieur 


1.  Second  duc  du  nom.  Il  prêta  hommage  poiu-  ses  terres  en  1479.  Cf.  Dict.  de 
la  Noblesse,  vol.  XVIII,  p.  201  et  Moreri,  Le  grand  Dict.  historique.  Dans  sa 
lettre  à  Sainte-Marthe,  on  le  voit  nommé  Léon  de  Saint-More,  dit  de  Montho- 
zier  ;  c'est  là  vraisemblablement  une  faute  d'impression,  car  on  n'a  aucun  doute 
sur  son  identité.  Miu-et  a  composé  pour  lui  une  épigramme  Pro  Carolo  Montau- 
serio  ad  Margaritam  reginam  Navarrœ,  Juvenilia  (Paris,  1553),  p.  80. 

2.  Cf.  infra,  pp.  53  et  342. 

3.  Au  sujet  d'Arlier,  cf.  Picot,  Rabelais  à  Aiguës -Mortes,  Rev.  des  Et.  Rab., 
1905,  pp.  333-335,  et  J.  L.  Gerig,  Notes  sur  Paulin  Séguier,...  et  sur  Antoine 
Arlier,  Annales  du  Midi,  octobre  1909,  p.  488. 

4.  A  Michel  de  Sainct  Jhean  d'Arles,  jeune  homme  de  grand  jugement  sans 
lettres,  P.  F.,  p.  27. 

5.  A  Madame  Magdaleine  de  la  Tour,  sa  sa^ur  d'alliance,  P.  F.,  p.  70.  A  Arles 
\i\'ait  une  famille  de  ce  nom. 

(>.  Peut-être  est-ce  le  même  que  le  Sanctus  iMartiiius  qui  correspondit  avec 
Breton.  C].  Rob.  Britanni  Epist.  libri  très,  fol.  83  r". 


1539]  professorat;  exil  35 

d'Alein  i,  et  le  savant  moine  Denis  Faucher  2.  Alcin,  citoyen 
distingué,  «  bien  instruict  aux  Sainctes  Ecritures  et  docte  en 
Droit  civil  »,  d'après  le  témoignage  de  Théodore  de  Bèze,  et  qui 
avait  pour  amis  les  gens  les  plus  en  vue  s'il  n'était  pas  lui-même 
très  connu  en  France,  avait  au  moins  des  tendances  libérales  en 
religion  et  sympathisait  évidemment  avec  Sainte-Marthe  au 
sujet  de  la  fameuse  question  féministe,  qui  préoccupait  divers 
lettrés  de  cette  époque  ^.  L'influence  que  pouvait  exercer  Alein 
en  faveur  de  la  nouvelle  Réforme  fut  certainement  compensée 
par  celle  de  l'humaniste  *  Denis  Faucher,  dont  la  fidélité  à 
l'Église  était  d'un  caractère  sévère  et  détermmé.  Occupé  à 
l'achèvement  de  ses  réformes  monastiques  à  Tarascon,  Faucher 
doit  être  allé  de  temps  en  temps  rendre  visite  à  la  ville  voisine 
d'Arles,  où  il  était  né,  et  c'est  probablement  à  cette  époque  que 
Sainte-Marthe  conçut  pour  son  aîné  cette  admiration  affec- 
tueuse ^,  qui  gênait  presque  celui  qui  en  était  l'objet. 

L'amour  non  moins  que  l'amitié  embellit  Arles  aux  yeux  de 
Sainte-Marthe.  Nous  ne  savons  de  l'objet  de  sa  passion.  Mademoi- 
selle Beringue,  ou  Beringue  de  Loytaulde,  que  ce  que  son  amant 
nous  en  a  dit.  Elle  était  pauvre  et  parut,  aux  yeux  de  Sainte- 
Marthe,  belle  de  sa  «  tendre  et  première  jemiesse  »  et,  d'un  sourire, 
elle  s'empara  de  son  cœur  : 

1 .  Ce  nom  fut  orthographié  différemment  :  Alein,  Allein,  Alen,  Alenc.  Pour  la 
part  qui  lui  revient  dans  la  résistance  de  Chasseneux  à  exécuter  le  décret  de 
1550  contre  les  Vaudois,  cf.  Crespin,  Histoire  des  Martyrs  persécutez  et  tuis  à  mort 
pour  la  vérité  de  V Evangile,  etc.,  Théodore  de  Bèze,  Hist.  Ecc,  vol.  I,  p.  38  ;  La 
France  Prot.,  art.  Raynaud  (Guillaume)  et  Masson  (Pierre)  ;  cf.  aussi  Gaufrés, 
op.  cit.,  p.  197  et  seq.  et  222-225. 

2.  Originaire  d'une  honorable  famille  d'Arles,  Faucher  prononça  ses  vœux  à 
à  Saint-Benedict  de  Padolinore,  à  Mantoue,  en  1508.  Envoyé  à  l'île  de  Lérins, 
quand  le  monastère  de  l'île  fut  réformé  et  réuni  au  sacré  Collège  de  Saint-Justin 
de  Padoue,  il  se  voua  à  l'étude  des  œuvres  de  saint  Paul.  Il  avait  la  réputation 
d'être  aussi  érudit  humaniste  que  théologien,  et  peignait  avec  habileté.  A 
l'instigation  du  Cardinal  du  Bellay,  il  entreprit  la  réforme  du  monastère  de 
Saint-Nicholas  de  Tarascon,  qui  dépendait  de  la  congi'égation  de  Lérins.  Il 
est  l'auteur  de  traités  religieux,  de  poèmes,  d'hymnes,  de  sermons  et  d'ouvrages 
concernant  les  réformes  monastiques.  Il  moiu-ut  en  1562,  à  l'âge  de  70  ans. 
Cf.  Chronoloyia  Sanctorum...  Sacrœ  Insulœ  Lerinensis,  p.  222.  Cotnpendium 
vitœ  Reverendi  Patris  Domini  Dionisii  Faucherii,  auctoris  prœsentis  operis  et 
monachi  Lerinensis. 

3.  A  monsieur  d'Alein  d'Arles.  Que  Vltomme  médisant  de  la  femme  médict  de 
soy-mesme,  P.  F.,  p.  14. 

4.  Parmi  ses  correspondants,  on  compte  les  cardinaux  du  Bellay.  Charles  de 
Lorraine  et  Sadolet,  Bigot,  Vulteius,  Macrin,  Dampierre. 

5.  Cf.  infra  pp.  51  et  347. 


36  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1538 

Par  un  soubris,  qui  rien  ne  me  senibloit 
Et  seulement  entour  la  bouche  aloit. 
Qui  m'eust  prédit  que  j'eusse  cette  peine  ? 
Un  Ris  a  il  puissance  si  haultaine 
De  captiver  celuy  là  c^ui  le  veoit  ? 

A  Madamoiselle  GacineUe  Luytauldc,  Mère  de  Beringue  s'Amye.  P.  F., 
p.   88. 

Il  a  laissé  une  vivante  description  de  ses  charmes  : 

Vostre  Beaulté,  en  ce  n'y  a  rien  fait, 

Quoy  qu'Œuvre  soit  de  Natiu-e  perfaict. 

Œuvre  divin,  et  splendeiu"  Angélique, 

Encore  moins  Désir  qui  fust  lubrique. 

Vostre  vertu  seule  m'y  a  induit, 

Et  par  Amovir  très  honneste  conduit. 

Une  doulceiu"  en  vous  tresgenuine. 

Une  Bonté  traicte  en  face  bénigne. 

Et  (qui  a  fait  plus  ferme  le  lyen) 

Un  sentiment  du  tout  semblable  au  mien. 

A  Madamoiselle  Beringue,  De  leur  honneste  et  irrépréhensible  Amour. 
P.  F.,  p.  147. 

Ils  rencontrèrent  des  rivaux  et  des  ennemis,  mais  l'affection 
mutuelle  des  deux  amants  resta  constante  : 

Puisque  m'aymez,  et  aymer  je  vous  veulx. 
Nos  deux  vouloirs,  (au  plaisir  des  haults  Dieux) 
Ensemble  joincts,  aviront  toute  puissance. 
Or  poursuivons  d'une  grande  constance 
Quoyque  sur  nous  machinent  Envieux 
C'est  pour  néant. 

A  Madamoiselle  Beringue,  Que  leur  Am,our  ne  se  pourra  ininucr  pour 
les  mesdisants.  P.  F.,  p.  86. 

Les  bavards  ne  gardèrent  pas  non  plus  le  silence  sur  la  médio- 
crité des  biens  que  Mademoiselle  Beringue  pourrait  apporter 
en  mariage   : 

Les  mesdisans  m'ont  souvent  fait  reproche 
Qu'elle  ne  peut  me  donner  le  grand  bien. 

En  dépit  de  tout,  il  maintint  sa  détermination  «  Jasent  leur 
saoul  »,  s'écrie-t-il, 

leur  parler  ne  me  touche. 

Elle  me  plaist,  je  m'en  contente  bien. 
Il  ne  faut  donc  qu'ilz  estiment  combien 


I. ").•{!» I  professorat;  exil  37 

Qn'ollo  n'ait  pus  grand  rento  et  grand  uAoir, 
Que  je  délaisse  en  faire  mon  debvoir 
De  mettre  fin  à  ma  première  attente. 

D'aulcuns  mesdisauti,  luy  faifians  reproche  de  la  pauvreté  de  .s'Amye. 
r.  F.,  p.  33. 

Le  dernier  biographe  de  Sainte-Marthe,  M.  de  Longuemare, 
suppose  que  Mademoiselle  Beringue  n'avait  pas  grand  pouvoir 
sur  l'affection  du  poète  et  qu'il  ne  la  célébrait  que  pour  suivre  la 
mode  poétique  ;  mais,  quoiqu'il  soit  vrai  que  Sainte-Marthe  ait 
réahsé,  à  l'égard  de  sa  maîtresse,  ses  théories  poétiques,  il  est 
impossible  de  lire  ses  poèmes  attentivement  sans  y  percevoir 
la  sincérité  de  sa  passion.  Elle  apparaît  surtout  dans  la  prière 
pour  la  guérison  de  Mademoiselle  Beringue,  qui  souffrait  des 
«  fiebvres  ».  Le  passage  suivant  pourrait  difficilement  n'être 
qu'mi  développement  délibéré  de  sensibilité  poétique. 

O  doulx  Seigneur... 


Ta  gTand'  doulcem'  icy  venir  m'appreste. 

Pour  humblement  te  faire  une  requeste, 

C'est  de  donner  par  ta  grâce  secours 

A  celle  là  qui  prend  vers  toy  recours. 

Qui  maintenant  est  au  lict  en  malaise 

Pour  une  Fiebvre  aspre,  longue  et  maulvaise 

De  laquelle  est  son  corps  fort  tourmenté, 

Si  des  siens  est  le  dur  mal  lamenté. 

Si  ses  Amys  en  ont  grande  tristesse. 

J'en  ay  (sur  tous)  la  mortelle  destressc, 

Je  suis  celuy  qui,  avec  le  tovu'ment, 

Ne  puis  avoir  aultre  contentement 

Que  par  sa  Mort,  une  Mort  qui  m'est  seiire, 

Prenant  santé  de  la  mesme  morsure. 

A    Jésu   Christ.   Supplication   pour   obtenir   guarison   à   Madamoiselle 
Beringue,  estant  malade  des  Fiebvres.  P.  F.,  p.  184. 

L'amour  et  l'amitié  ne  furent  pas  les  seuls  sentiments  que 
Sainte-Marthe  éprouva  à  Arles.  Il  eut  à  y  souffrir  non  seulement 
une  blessure,  mais  encore  d'obscures  persécutions,  auxquelles 
fait  sans  doute  allusion  son  poème  à  Saint-Martin.  C'est  d'une 
façon  extrêmement  vague  qu'il  parle  de  ses  mésaventures  en 
s'adressant  à  la  ville  d'Arles  : 


38  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1538 

Tu  a  voulu  me  priver  de  la  \ie 
Du  coup  mortel  de  ma  senestre  Main. 
Persécuté  fus  après  par  Envie 
D'aulcuns  des  tiens. 

^4  la  Ville  d' Arles  en  Provence,  d'où  est  natilve  Madamoisclle  Bcrin<iue, 
s' Amie.  En  forme  de  complainte.  P.  F.,  p.  25. 

Et  il  ne  nous  éclairera  plus  davantage  ni  sur  la  cause  de  la 
persécution,  ni  sur  la  nature  de  sa  blessure.  Comme  il  n'est  fait 
allusion  à  la  perte  d'une  main  ni  dans  les  ouvrages  postérieurs 
de  Sainte-Marthe  ni  dans  l'histoire  écrite  par  son  neveu  ^,  il  est 
permis  de  croire  que  l'accident  —  s'il  y  eut  accident  —  n'eut 
pas  de  conséquences  plus  graves  que  n'en  eut  la  perséciition,  qui 
finit  dans  la  confusion  de  ses  auteurs  : 

Mais  l'effort  inhumain 

A  (Dieu  mercy)  à  la  fin  esté  vain. 

Donc  chascvin  d'eulx  Faultre  en  honte  regarde. 

Ibld. 

Les  autres  pérégrinations  de  Sainte-Marthe  dans  le  Sud  de  la 
France  peuvent  l'avoir  conduit  jusqu'à  Chambéry,  car  il  adressa 
des  vers  à  Boy  sonné  ^,  nommé  juge  au  Parlement  et  à  la  Cour  du 
Roi  de  cette  ville  dans  le  courant  de  1538  ^  ;  jusqu'à  Grenoble 
aussi,  où  il  eut  certainement  des  amis,  entre  autres  Saint-Romans, 
Jean  Galbert  et  Jean  d'Avanson  ^,  personnages  ayant  tous  un 
office  public  dans  la  ville  ou  au  Parlement  ;  outre  ceux-ci, 
Maurice  Chausson,  membre  d'une  famille  qui  s'était  signalée 
dans  les  affaires  municipales  de  cette  ville,  voua  à  Sainte-Marthe 
une  ardente  amitié,  que  celui-ci  lui  rendait  bien  ^.  Durant  cette 
période  il  éprouva  des  difficultés  budgétaires  et  peut-être  même 

1.  Il  est  possible  que  ceci  soit  simplement  une  allusion  obscure  au  père  du 
poète  qui  donna  peut-être  l'exemple,  suivi  par  son  plus  célèbre  neveu,  de  tra- 
duire en  latin  son  nom  de  Gaucher  poiu"  en  faire  Scévole. 

2.  Cf.  infra. 

3.  Sur  Boysonné,  cf.  Georges  Guibal,  De  Joannis  Boysonnei  vita  ;  F.  Mu- 
gnier,  La  vie  et  les  poésies  de  Jean  Boysonné  ;  R.  C.  Cliristie,  op.  cit.,  passim. 

4.  Cf.  infra,  pp.  51,  53  et  passim. 

5.  Sainte-Marthe  lui  adressa  un  dixain  intitulé  :  A  Maurice  Chausson,  vers 
Alexandrins,  P.  F.,  p.  66.  Sa  contribution  au  Livre  de  ses  Amys,  de  Sainte-Marthe, 
consiste  en  un  huitain  complimenteur  :  Maurice  Chausson  à  Sainte-Marthe, 
P.  P.,  p.  234.  Un  des  membres  de  la  famille,  l'apothicaii'e  Louis,  fut  membre 
du  Conseil  municipal  en  1554  et  Consul  en  1555.  Les  documents  en  nomment 
un  autre,  Jean,  jiarmi  les  jjersonnages  présents  aux  assemblées  municipales. 


If),'}!»]  PROFESSORAT  ;    EXIL  39 

s'adressa-t-il  eu  vain  au  lichc  Boys(3Uué.  Cette  hypothèse  uous 
est  suggérée  par  le  ton  des  vers  que  Sainte-Marthe  lui  adressa  ; 
ils  semblent  quelque  peu  aigres,  si  l'on  songe  que  ses  amis 
étaient  nombreux  : 

A  Monsieur  Boissonné,  Conseiller  a  Chambcrif.  Qu'on  se  doibl 
fier  au  seul  Seignevr,  non  aux  Hommes. 

J"ay  veu  beaucoup  et  jay  beaucoup  souffert, 

Et  au  besoing  j'ay  trouvé  peu  d'Ainys, 

Tel  s'est  à  moi  de  paroUes  offert 

Qui  à  l'effect  ne  m'avoit  rien  promis, 

Mais  le  Seigneur  a  tout  ceci  permis, 

Voulant  qu'en  luy,  non  aultre,  me  confye. 

Malheureux  est  qui  en  FHomme  se  fye. 

P.  F.,  p.  57. 

Qu'il  ait  fait  ou  non  une  demande  d'argent  à  Boyssoné,  il  est 
sûr  qu'il  en  fit  à  d'autres.  Il  écrivit  à  Louis  de  Saint-Remy, 
habitant  de  Grenoble  ^,  ou  de  Lyon,  alors  qu'il  était  à  Vincentz, 
aux  alentours  de  la  ville  ^,  et  dans  la  nécessité  ;  sur  un  ton  plai- 
sant il  lui  demande  cent  écus,  et  François  de  Grolée  poussa  cer- 
tainement ses  bontés  envers  Sainte-Marthe  jusqu'à  l'aider  de  sa 
bourse. 

Une  lettre  d'Antoine  Arlier,  reçue  au  mois  de  janvier  de 
l'année  précédente  (1539),  en  est  encore  une  preuve^.  «  J'ap- 
prends par  votre  lettre,  écrit-il,  quels  mauvais  coups  la  fortune 
vous  porte,  quoique  vous  ayez  pratiqué  la  charité  en  paroles  et 
aux  dépens  de  votre  patrimoine.  Si  cette  vertu  est  particulière 
à  ceux  qui  s'occupent  de  philosophie,  soyez  assuré  qu'elle  vous 
conduira  droit  et  sûrement  au  port.  Moi-même,  mon  cher  Sainte- 


1.  A  Monsieur  de  S.  Remy  luy  estant  en  nécessité  à  Vincence,  P.  F.,  p.  92.  Ces 
vers  furent  plus  tard  attribués  à  Marot  ;  cf.  infra,  p.  135,  n.  4.  C'est  probable- 
ment le  même  personnage  que  Louis  de  Saint-Remy,  conseiller  à  Grenoble,  qui 
fut  plus  tard,  en  1555,  citoyen  de  Genève.  (Cf.  La  France  Protestante)  ;  peut-être 
est-il  aussi  le  même  que  M.  de  Saint-Remy  «  qu'on  dit  estre  fort  expert  quant 
aux  réparations  et  fortifications  des  villes  »,  qui  se  trouvait  à  Lyon,  entre  1542 
et  1544,  et  fut  consulté  par  les  autorités  au  sujet  des  défenses  de  la  ville.  Ai-chives 
de  la  ville  de  Lyon,  Actes  consulaires,  BB,  61,  Registre. 

2.  Seule  explication  du  nom  de  Vincence  qui  se  présente  à  l'esprit. 

3.  Arlerius  Carolo  Samarthano.  Pom-  le  texte,  cf.  infra  ji.  346.  Je  dois  cette 
lettre  à  l'obligeance  de  M.  John  L.  Gerig,  professem-  à  l'Université  de  Colum- 
bia,  qui  doit  publier  les  lettres  d'Ai-lier  en  collaboration  avec  M.  Emile  Picot. 
La  date  de  celle-ci  se  trouve  fixée  par  la  mention  qu'Arlier  fait  de  sa  récente 
nomination  (14  déc.  1538).  Cf.  E.  Picot,  loc.  cit.,  p.  335. 


40  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [158!) 

Marthe,  je  vous  offrirais  de  vous  aider,  si  je  n'étais  contraint  de 
partir  dans  un  court  délai,  pour  la  Cour,  où  je  dois  porter  mes 
remerciements  au  Roi  très-chrétien  qui  m'a  —  peut-être  ne  le 
savez-vous  pas  —  confié  l'office  de  Sénateur  à  Turin.  De  plus  il  a 
l'intention  de  me  donner  pour  toujours  la  charge  de  Lieutenant 
du  Sénéchal  à  Arles.  J'ai  besoin  pour  ce  voyage  d'emprunter  de 
l'argent  pour  payer  les  chevaux,  les  vêtements  et  les  serviteurs, 
car  je  n'en  ai  pas  suffisamment.  Jugez  en  quelle  malheureuse 
situation  je  me  trouve,  forcé  de  partir  pour  la  Cour,  avec  les 
apparences  de  la  prospérité  et  obligé  d'importuner  mes  amis  et 
de  vous  répondre  à  vous,  le  plus  cher  de  tous,  en  vous  refusant 
ce  que  d'autre  part  je  devrai  rendre  à  d'autres.  Adieu  ;  comptez 
que  je  vous  écrirai  de  Valence  à  la  première  occasion.  Je  suis 
fort  heureux  de  la  célébrité  que  vos  savants  écrits  confèrent  à 
mon  nom.  Je  prendrai  garde  dorénavant  que  vous  ne  vous  repen- 
tiez pas  d'avoir  ainsi  travaillé.  Arles,  l^""  janvier  (1539).  » 

Quels  qu'aient  été  les  dates  et  l'ordre  de  son  itinéraire  dans  le 
Midi,  Sainte-Marthe  était  arrivé  à  Romans  vers  la  fin  d'octobre 
1539.  Là  aussi,  il  se  lia  avec  de  puissants  amis,  parmi  lesquels 
André  Tardivon,  «  Courrier  »  de  l'endroit,  à  qui  il  adressa  le 
rondeau  :  A  André  Tardivon,  Courrier  de  Romans.  Aulcune  fois 
mal  sur  mal  estre  santé  ^. 

Il  avait  encore  pour  amis  les  Rocoules  ^,  alliés  aux  Tardivon  ; 
le  savant  Jean  Merlin  ^,  à  qui  Sainte-Marthe  dédia  le  dizain 
intitulé  :  A  Jean  Merlin.  Que  yious  sommes  Aveugles  en  nos  faicts^ 
et,  peut-être,  faudrait-il  ajouter  à  cette  liste  Edmond  Odde  de 
Triors  ^,  personnage  d'importance  dans  la  région.  Les  vers  que 


1.  P.  F.,  p.  98.  Cet  Andi-é,  originaire  d'une  famille  très  connue  à  Valence  et 
à  Romans  dès  1426,  était  fils  de  Guillaume  de  Tardivon,  également  courrier  de 
Romans.  Il  épousa  Françoise  de  Galbert  de  Rocoules  et  eut  un  fils,  Exupère, 
qui  embrassa  la  religion  réformée  et  partit  dans  le  Vivarais  pour  y  vivre.  Cf. 
Bull,  de  la  Soc.  d'Arch.  de  la  Drôme,  vol.  XXVI,  p.  352. 

2.  Sainte-Marthe  dédia  deux  poèmes  à  Jeanne  de  Rocoules  :  A  Madamoi- 
selle  Jeanne,  de  Rocoulles.  Que  la  cognoissance  de  Dieu  oïdtrepasse  tous  autres 
dons,  P.  F.,  p.  36,  et  A  Mademoiselle  Jeanne  de  Roucoulles,  P.  F.,  p.  153. 

3.  Sur  Jean-Raymond  Merlin,  son  i^rotestantisme  et  sa  «  mission  »  en  France' 
cf.  La  France  Protestante,  et  Rochas,  Biog.  du  Dauphiné.  Né  à  Romans,  il  quitta 
la  France  «  dans  sa  jeunesse  »  pour  s'établir  à  Lausanne,  oîi  il  fut  professeur 
d'hébreu  à  partir  de  1 53 1 ,  ou  1 548.  Cette  dernière  date  paraît  plus  probable  à 
cause  de  ses  relations  avec  Sainte-Marthe. 

4.  P.  F.,  p.  68. 

5.  Sur  Edmond  Odde,  seigneur  de  Triors  (mort  on  1572),  «  voisin  et  singulier 


Iô3!»]  PROFESSORAT  ;    EXIL  4Ï 

Sainte-Marthe  lui  adressa  povin'aient  bien  renfermer  une  inten- 
tion satirique.  Si  ce  n'est  pas  le  cas,  l'emploi  de  son  nom  consti- 
tue tout  seul  un  compliment  : 

De  quoy  sert-il  avoir  maison  sans  porte  ? 
De  quoy  sert-il  quand  belle  Bovu-ce  on  porto 
Plaine  d'Argent,  si  na  point  de  lien  ? 
Cela  bien  peu  proflfite  ou  du  tout  rien. 
Et  moins  la  langue,  encor  que  soit  diserte 
S'a  tous  propos  sans  closture  est  ouverte. 

A   noble  Edmond  Odde,  Seigneur  de  Triors.  Du  cloistre  de  la  Langue. 

P.  F.,  p.  72. 

Il  se  fit  aussi  des  ennemis,  peut-être  Edmond  Bourel,  Canon 
de  Romans  ^  et,  sûrement,  le  maître  de  l'école  municipale,  Hon- 
dremar  2.  Cet  homme  s'était  rendu  coupable  de  méfaits  aux- 
quels ces  vers  de  Sainte-Marthe  font  allusion  : 

Tu  le  scais  bien  que  tu  m'as  irrité. 

Et  fait  des  tourts  lesquels  je  ne  racompte. 

Tu  le  scais  bien  que  je  dy  Vérité. 

Tu  le  scais  bien,  ce  qu'en  as  mérité. 

Ton  propre  faict,  Houdremarc,  te  fait  honte. 

De  me  venger  par  escript  ne  tiens  compte, 

Laisser  debvrons  à  Dieu  toute  vengeance, 

Combien  que  j'ay  de  ce  faire  puissance. 

A  Antoine  Hondremarc,  maistre  d'Escholle  à  Romans.  P.  F.,  p.  69. 

Hondremar,  ou  Hondremarc,  d'après  Sainte-Marthe,  était  un 
savant  et  un  professeur  expérimenté  ^.  Il  n'est  pas  douteux  que 

amy  de  la  communauté  >-,  cf.  Biotj.  Univ.  et  Bull,  de  la  Soc.  d'Arcli.  de  la  Diômc, 
vol'.  XXIV,    135-145. 

1.  La  ballade  adressée  à  Bourel  laisse  au  lecteur  les  mêmes  doutes  que  ses  vers 
à  Odde  de  Triors,  J.  Edmond  Bourel,  chanoine  de  Romans  en  Daulphiné.  Que 
(suivant  Vordonnance  de  Dieu)  mieulx  vault  se  marier  que  d'entretenir  Palliardes, 
P.  F.,  p.  57.  En  1556,  Bourel,  en  tant  que  membre  du  chapitre  de  Saint-Bernard 
de  Romans,  fut  choisi  pour  garder  les  sceaux  jusqu'à  la  nomination  et  l'instal- 
lation du  nouvel  évêque,  Charles  de  Marillac.  Cf.  Bull,  de  la  Soc.  d'Arch.  de  la 
Drôme,  vol.  XVIII,  pp.  22  et  24. 

2.  Le  nom  est  ainsi  orthogi-aphié  dans  les  archives  municipales  de  Romans. 
Dans  celles  de  Grenoble  il  est  orthogi-aphié  Oudremare. 

3.  Il  avait  été,  peu  avant,  maître  d'école  à  Avignon.  ('/.  Archives  municipales 
de  Grenoble,  15  juillet  1532.  Hondremar  apparaît  dans  les  Archives  de  Romans 
comme  remplaçant  Josias,  le  titulaire  précédent,  en  1538.  Le  9  avril  1541,  fut 
enregistré  dans  ces  mêmes  archives  un  article  relatif  au  maintien  d'un  maître 
d'école  célibataire.  La  veuve  du  maître  d'école  décédé  —  sans  doute  Hondre- 
mar —  est  chargée  d'entretenir  ses  commensaux.  Archives  de  Romans, 
registre  BB  5  et  BB  G. 


42  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  110.']!) 

la  réputation  d'hétérodoxie  qui  s'attachait  à  Sainte-Marthe 
n'ait  suffi  à  le  mal  disposer  contre  lui,  car  il  avait  justement  été 
mis  à  la  place  d'mi  hérétique  notoire  ^  et  on  comprend  facile- 
ment que  ce  fut  bien  pis  quand,  à  la  fin  d'octobre,  les  Autorités 
municipales  de  Grenoble  proposèrent  à  Sainte-Marthe  de  venir 
enseigner  à  l'école  municipale  ^,  Hondremarc  avant  lui-même 
demandé  sans  succès,  quelques  années  plus  tôt,  semblable  poste 
en  cette  ville  ^. 

La  situation  à  laquelle  Sainte-Marthe  était  appelé  était  celle 


1.  Josias,  un  des  premiers  prédicateurs  protestants  du  Dauphiné.  Je  dois  cette 
information  à  l'obligeance  de  M.  Jules  Chevalier,  de  Romans. 

2.  Année  1539,  Ai-chives  municipales  de  Grenoble,  BB  12,  f"  267.  Dimenche 
XXVI™e  jour  d'octobre,  dans  la  maison  de  Monsieur  le  premier  Cosse  a  este 
appelé  le  conseil,  auquel  se  sont  trouvés  : 

Noble  Guigo-Coct  et  maistre  Lam-en  Bozon,  consulz  ;  maistre  François  Ber- 
nard, sire  Jehan  Verdonay,  Pierre  Audeyard  et  Jehan  Desuellis,  conseilliers  ; 
Monsieur  Guillaume  de  Puteo,  médecin  ;  sii-es  Jehan  Maximi,  Anthoyne  Cons- 
tantin et  maistre  Anthoyne  Ruffi  :  Proposé  que  tmg  maistre  Charles,  maistre 
d'escoUe,  auquel  l'on  avoit  parlé  pour  venir  demourer  et  régenter  aux  escolles 
de  ceste  ville  a  envoie  de  lettres  despuis  Romans  pour  en  avoir  nouvelles 
assevires,  desquelles  lettres  a  este  fecte  lectxire,  et  demandé  que  sera  defferé. 

Conclu  que  maistre  Adam  baille  requeste  au  Conseil  de  la  ville,  par  laquelle 
il  declaire  ce  que  il  demande  à  l'occasion  du  dict  maistre  Charles,  et  puis  l'on 
luy  fera  reponce  au  premier  Conseil. 

Fo  268.  ('  Mardi  28  d'octobre  dans  la  Tour  de  l'Isle  a  esté  appelle  le  Conseil 
auquel  se  sont  trouvés  :  Noble  Guigs  Coct  et  Jehan  de  Fabro,  consulz,  despuis 
maistre  Jehan  Matéreni,  vénérable  home  messire  Anthoyne  Guiffrey,  Chanoyne 
de  l'église  Nostre-Dame  de  Grenoble,  égrégie  personne  George  Fiquel  advocat, 
maistre  Jacques  Pillosii,  Jeham  Sernandi,  Pierre  Audeyard,  Claude  Reynaud, 
Jeham  du  Port  et  maistre  Jeham  Jouvencel,  noble  Pierre  Chappellain,  cappi- 
taine  de  Porte  Freyne,  et  sire  Jeham  Verdonay,  despuis  Aymo  Repellin  et  mon- 
sieur Pou  Actuher,  advocat. 

Poiu"  les  escolles  et  maistre  Charles  Saincte-Marthe.  —  Proposé  :  Quant  aux 
affaires  des  escolles  de  la  présente  cité  et  de  ce  que  maistre  Adam,  moderne  pré- 
cepteur des  dites  escolles  n'a  tenu  ni  observé  le  contenu  de  l'instrument  sur  ce 
faict  et  que  de  nouveau  avons  heu  novivelles  d'ung  nommé  maistre  Charles  de 
Saincte-Marthe,  lequel  c'est  offert  vouloir  venir  servir  ausdites  escolles,  par  quoy 
demande  que  sera  defferré.  Conclu  que  l'on  envoie  au  dit  Charles  Saincte- 
Marthe,  à  Romans,  une  lettre  au  nom  de  la  ville  pour  scavoir  de  luy  le  partir 
qui  veult  avoir  pour  servir  aux  escolles  de  la  présente  cité  ;  et  quant  l'augment 
que  demande  le  dit  maistre  Adam  ;  que  entresi  et  la  Tousainctz  prochein  l'on 
appellera  le  Conseil  Général  pour  le  mettre  en  délibéracion.  »  L'inventaire  des 
Archives  induit  en  erreur.  Vol.  I,  p.  34.  «  On  écrira  à  M^  Chai-les  Sainte-Marthe, 
maître  de  l'école  à  Romans,  pour  savoir  s'il  veut  venir  remplacer  le  précepteur 
de  l'école  de  Grenoble  qui  ne  s'acquitte  pas  convenablement  de  ses  fonctions.  » 
On  observera  que  le  document  lui-même  n'indique  pas  que  Sainte-Marthe 
devait  remplacer  Adam  ni  qu'il  eut  aucune  fonction  bien  définitive  à  Romans. 

3.   Cf.  Arch.  de  Grenoble,  5  juillet  1532. 


153!' I  PROFESSORAT  ;    EXIL  Ali 

de  «  baclielior  »  ;  doux  de  ceux-ci  ctaiciit  les  assistants  ordinaires 
du  directeur,  Adam  Primet,  qui  semble  avoir  désigné  Sainte- 
Marthe  comme  capable  de  devenir  son  collègue.  Le  Conseil  poussa 
les  négociations  jusqu'à  s'informer  des  honoraires  que  deman- 
derait Sainte-Marthe  ^.  Ce  fut  son  entretien  qu'il  demanda  et 
celui  d'un  domestique,  plus  trois  couronnes  par  mois.  A  ce  propos, 
on  découvre,  en  étudiant  les  archives  municipales,  la  fin  d'un 
état  de  choses  litigieux  qui  divisait  le  maître  d'école  et  le  Conseil 
municipal,  au  sujet  du  paiement  des  émoluments  de  l'assistant. 
Primet,  qui  s'était  en  fait  engagé  par  son  contrat  à  payer  deux 
bacheliers  compétents,  avait,  à  ce  qu'il  semble,  demandé  de  nou- 
veaux subsides  pour  payer  Sainte-Marthe,  et  le  Conseil,  qui  avait 
bien  cédé  jusque-là  à  ses  nombreuses  exigences,  avec  une  indul- 
gence remarquable  -  (car  c'était  un  excellent  maître  que  l'on 
souhaitait  garder),  perdit  cette  fois  patience  et  répondit  assez 
rudement  que,  si  Primet  n'observait  pas  les  termes  de  son  con- 
trat, il  veillerait  lui-même  à  l'engagement  de  deux  assistants 
capables  et  qu'en  tout  cas,  il  ne  fournirait  rien  de  plus,  ni 
pour  Primet,    ni  pour  Sainte-Marthe,    que  ce  qu'il  s'était  en- 


1.  Archives  de  Grenoble,  f'^  269  v".  Mardi  quatrième  joiu*  de  novembre  a  esté 
appelé  le  Conseil  dans  la  maison  de  la  ville,  auquel  ce  sont  trouvé  : 

Maistres  Laurens  Bozon,  sires  Jeham  de  Fabro  et  Jeham  Manein,  consulz  ; 
monsieur  Pons  Actuher,  advocat,  noble  Gaioct  de  Briansson  ;  inonsieur  Guil- 
laume de  Puteo,  médecin  ;  maistre  Henri  Matheron,  secrétaire  des  Comptes, 
Jeham  Sernandi,  Jeham  Chosson,  Anthoyne  Constantin,  Enymond  Claquin, 
Jeham  Desmellis,  Jeham  Mainni,  André  de  Vares,  maistre  Claude  Raynaudi  : 

Fol.  270.  Proposé  que  dernièrement  fust  conclu  envoler  une  lettre  à  maistre 
Charles  estant  à  Romans,  poiu*  sçavoir  de  luy  le  partir  qu'il  vouldi'oit  avoir  pour 
servir  aux  escolles  de  la  présente  cité,  qu'a  esté  fect  et  lequel  mande  une  lettre 
aux  consuls  de  la  présente  cité,  par  laquelle  il  mande  que  il  veust  estre  noiu'ri, 
luy  et  ung  serviteur  et  avoir  de  gages  tous  les  moys  troys  escus,  parquoy  de- 
mande si  l'on  doit  retenir  le  dist  maistre  Charles  et  luy  donner  les  ditz  gaiges 
qu'il  demande.  Les  voix  ouyes  et  aussi  avoir  ouy  la  teneur  de  la  dicte  lettre 
envoie  par  le  dict  maistre  Charles,  atandu  aussi  que  maistre  Adam,  moderne 
précepteur  des  dictes  escolles,  par  la  teneur  de  l'instrument  faict  avecque  la 
ville  est  tenu  fournir  aus  dictes  escolles  (sic)  de  deux  bacheilleurs  suffisans  à  ces 
despans,  conclu  avi  dict  maistre  Adam  faire  observer  de  que  par  la  teneiu*  du- 
dict  instrument  est  obtenu  faire,  aultrement  que  la  ville  y  poiu-voira,  et  audict 
maistre  Adam  et  maistre  Charles  ne  faire  aulcun  augment  de  gaiges  ne  sallaires 
oultre  ceulx  que  audict  maistre  Adam  ont  esté  promis. 

2.  Cf.  Archives  municipales  de  Grenoble,  année  1537,  BB  1 1,  fol.  282  (10  nov.), 
284  (27  nov.),  294  (7  déc),  295  v»,  298  (8  déc),  299  v»  (10  déc),  300  (11  déc), 
302  v"  (12  déc),  303  v»  (14  déc).  Année  1538,  BB  12,  fol.  14  (18  janv.),  22  v^ 
(1"  fév:r),  76  v"  (24  mai),  92  (12  juillet),  107  vo  (Aug.  30).  153-154  v»  (20  déc). 
Année  1539,  BB  12    fol.  211  (18  avril). 


44  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  |  lÔ.'Ji» 

gagé  à  fournir.  La  prudence  d'Adam  Primet  et  la  fermeté  du 
Conseil  firent,  pour  cette  fois,  échouer  les  négociations  entre- 
prises avec  Sainte-Marthe. 

Que  ces  négociations  indiquent  ou  non  qu'il  ait  professé   à 
Romans  ^,  à  quelque  titre  que  ce  soit,  peut-être  comme  un  des 
«  bachehers  »  d'Hondremar,   supposition   qui  expliquerait  ses 
mauvaises  relations  avec  le  maître  d'école  —  car  la  discorde 
régnait  partout  entre  les  maîtres  et  leurs  subordonnés  — ,  peut- 
être  encore  comme  un  de  ces  «  pédagogues  »,  qui  semblent  avoir 
été  les  précepteurs  privés  des  fils  de  certaines  familles  à  l'école 
même,  et  dont,  là  comme  ailleurs,  le  titulaire  officiel  se  plaignait 
sous  le  prétexte  qu'ils  «  luy  tondent  l'herbe  sous  les  pieds  «  ^,  il 
avait  au  moins  quelque  expérience  d'une  vocation  qui  doit  avoir 
présenté  beaucoup  d'attraits  à  un  homme  de  sa  nature.  Grâce  à 
l'ardent  intérêt  que  prenaient  les  hommes  de  ce  temps  aux 
études  et  à  l'éducation,  une  quantité  de  jeunes  lettrés  remar- 
quablement érudits  suivaient  la  carrière  du  professorat  ;  d'une 
renommée  plus  qu'ordinaire,  beaucoup  d'entre  eux  avaient  des 
opinions  libérales  et  regardaient  leur  situation  comme  un  poste 
privilégié  pour  la  propagation  des  nouvelles  idées  ;  car,  d'après 
la  sage  recommandation  de  Calvin  ^,  les  maîtres  d'école  étaient 
à  ce  moment  les  prosélytes  préférés  du  nouveau  mouvement. 
Un  goût  prédominant  pour  la  vie  errante,  surtout  parmi  les 
hommes  de  lettres,  rendu  plus  vif  par  les  chances  d'élévation 
qu'offrait  le  patronage  de  la  science,  avait  créé  l'habitude  des 
changements    constants    de    titulaires,    ce    qui    enlevait    toute 
monotonie  à  la  vie  des  maîtres  d'école  et  rendait  possibles  les 
voyages,  les  aventures  et  les  rapports  avec  les  hommes  de  goûts 
semblables.  Sans  doute,  après  avoir  pris  connaissance  des  docu- 
ments municipaux  de  cette  époque,  peut-on  se  demander  quel 
effet  durent  avoir  ces  changements  incessants  sur  cette  éducation, 


1.  Il  n'était  sûrement  pas  le  maître  d'école  officiel.  Les  archives  de  Romans 
ne  le  disent  pas  et  les  entrées  cit.  supra  ne  permettent  pas  de  le  supi^oser. 

2.  Archives  de  Romans,  Registre  BB  5,  15  avril  1530.  «  Plainte  d'Adam  contre 
certains  magisters  qui  tiennent  des  commensaulx  et  lui  ôtent  son  profit.  » 
23  avril  1527  :  «  Josias  se  plaint  de  certains  pédagogues  en  la  ville  qui  tiennent 
commensalité  et  lui  tondent  l'herbe  sous  les  pieds  >>,  etc. 

3.  «  Leur  addresse  première  estoit  tousjours  chez  les  régents  maistres  d'es- 
choles  selon  l'instruction  de  Calvin...  Calvin  et  ses  apostres,  lesquels  par  l'entre- 
mise de  ses  régents  fièrent  couler  leur  dangereuse  doctrine  dans  les  escholes 
principalement  de  Guienne.  »  Florimond  de  Rsemond,  op.  cit,  livre  VII,  p.  864. 


ir)3!i]  professorat;  exil  45 

alors  tant  recherchée.  Malheureusement,  l'amour  du  changement 
ne  fut  pas  la  seule  cause  du  manque  de  fixité  des  titulaires,  et 
les  archives  municipales  mentionnent  le  renvoi  des  maîtres 
d'école  pour  négligences,  pour  inattention,  ivrognerie,  rixes  ou 
dévergondage  ^  et,  aussi,  pour  hérésie.  Cette  dernière  accusation 
était  si  facile  à  porter  et  voilait  si  facilement  les  rancunes  per- 
sonnelles, que  les  maîtres  d'école  en  tombèrent  facilement  vic- 
times, en  raison  même  de  leur  distinction,  et  Sainte-Marthe 
lui-même  eut  à  se  plaindre  de  ce  que  les  impies  pouvaient 
accuser  d'hérésie  l'objet  de  leur  haine,  s'ils  ne  trouvaient  d'autres 
chefs  d'accusation  "-.  Jusque-là  cependant,  sa  réputation  d'ortho- 
doxie n'était  pas  assez  obscurcie  pour  qu'on  ne  pût  considérer 
Sainte-Marthe  comme  un  très  bon  candidat  au  poste  d'assistant 
du  maître  d'école  officiel  de  Grenoble. 


1.  Cj.  par  exemple  injra,  pp.  G3  rt  scq.  jjour  le  renvoi  d'un  pédagogue  bien 
connu. 

2.  Ea  est  hodie  impiorum  tanta  perversitas  ut  quem  ]3erdituin  ac  extinctiini 
esse  vêlent,  cuin  aliter  non  possunt  perdere,  hsereseos  accersant,  ac  eo  nomine 
non  principibus  solum  ac  potentibus  viris,  veruni  etiam  vulgo  ipsi  ac  rudibus 
idiotis  invisum  et  odiosum  reddant.  In  Psalmum  Septern...   Paraphrasis,  p.  20. 


irao] 


CHAPITRE  III 

TRIBULATIONS    A    GRENOBLE  ;  —    VIE    A  LYON. 

«    LA    POESIE   FRANÇOISE    ». 

Les  négociations  entre  Sainte-Marthe  et  les  Consuls  de  Gre- 
noble n'eurent  pas  de  résultat  immédiat  et  l'on  peut  deviner 
que  Primet  se  contenta  d'un  collaborateur  moins  précieux,  plus 
modestement  rémunéré,  puisque  la  ville  se  refusait  à  partager  ses 
frais.  Sainte-Marthe  resta  à  Romans,  on  ne  sait  trop  en  quelle 
qualité,  et  y  était  encore  au  mois  de  février  de  l'année  suivante. 
Le  9  de  ce  mois,  le  Conseil  municipal  de  Grenoble  se  réunit 
pour  déUbérer  sur  la  décision  à  prendre  au  sujet  de  l'école,  car 
Adam  Primet  venait  de  mourir  «  ces  jours  passés  »  et  sa  place 
se  trouvait  vacante  i,  bien  qu'il  remplaçât  temporairement  le 
titulaire  précédent,  Droin,  qui  ne  donnait  pas  satisfaction,  étant 
tombé  malade,  et  qui  avait  été  par  la  suite  complètement  éclipsé 
par  le  vigoureux  «  maistre  Adam  ».  Les  Consuls  délibérèrent, 

l.  Arcluves  municipales  de  Grenoble,  année  1540,  BB  12,  fol.  325  r"  et  v". 
9  Fév. 

«  Proposé  que  ces  joui'S  passés  maistre  Adam,  précepteur  des  escolles  de  la 
présente  cité,  est  aie  de  vie  à  trépas  et  a  laissé  les  escolles  de  la  présente  cité 
impourvues  de  preceptem",  et  pom*  ce  que  lediet  affaire  est  chose  préjudiciable 
à  la  chose  publicque  de  la  présente  cité,  et  que  est  chose  nécessaire  de  y  pour- 
voh-  activement  pour  obvier  au  debouchement  des  enfans  et  eschoUiers  de 
ladicte  cité  et  pur  ce  que  maistre  Susaneus,  home  sçavant  et  soufifisant  pour  le 
régime  desdictes  escolles,  est  en  la  présente  cité  qui  à  l'aventure  vouldroit 
prandre  en  charge  les  dictes  escholles,  aussi  a  l'on  ouy  parler  de  ung  inaistre 
Charles  de  Saincte  Marthe,  à  présent  estant  à  Romans,  est  home  sçavant,  et 
aussi  de  maistre  Droyn  estant  dans  la  présente  cité  sçavant,  lequel  d'iceulx  l'on 
pourra  avoir  et  retenir  pour  lesdictes  escolles,  l'ung  d'iceulx  ou  tous  troys,  et 
comment  l'on  y  procédera  le  plus  tost  et  le  meillem*. 

Conclu  que  l'on  retienne  maistre  Susaneus  in  capite  jusques  à  la  Sainct  Jehan 
prochien  avecque  faculté  à  messievu-s  les  cosses  de  eulx  despartir  des  conven- 
tions à  faii'e  avecque  luj^  s'il  y  a  chose  notable  à  dire  en  son  administra- 
tion, et  ce  à  la  seule  discrétion  de  messieiu's  les  cosses,  sans  aultre  procès. 
Item,  de  retenir  une  lesson  de  maistre  Droyn  do  matin  à  salaire  rayson- 
nable,  duquel  l'on  les  acordera.  Item,  on  acordera  aussi  do  maistre  Claude, 
qui  demeure  chie  le  secrétaire  Mathernon,  ainsi  qui  sera  avisé...  « 


48  CHARLES   DE    SAINTE  MARTHE  [1540 

après  la  mort  de  Primet,  pour  savoir  si  Droin  reprendrait  ses 
fonctions,  et  ils  avaient  encore  le  choix  entre  deux  candidats  : 
Sainte-Marthe,  «  à  présent  estant  à  Romans  »,  et  Hubert  Sussan- 
neau.  Celui-ci  était  un  jeune  homme  brillant,  dissipé  et  violent. 
Docteur  en  Droit  et  en  Médecine,  il  avait  déjà  acquis  une  certaine 
réputation  dans  le  monde  littéraire,  grâce  à  ses  nombreux  ouvra- 
ges d'érudition  ou  originaux  i  ;  mais  la  ville  de  Grenoble  le  con- 
naissait d'une  façon  plus  particulière,  car  il  y  avait  été,  quatre  ans 
auparavant,  l'assistant  de  Droin,  et,  s'étant  livré  à  certaines  vio- 
lences, il  avait  dû  abandonner  ce  poste  pour  s'enfuir  de  la 
ville  2. 

Pourtant,  sa  brillante  réputation  l'emportant  sur  le  souvenir 
que  l'on  avait  gardé  de  son  caractère,  le  choix  du  Conseil  se  fit  en 
sa  faveur  et  Sussanneau  fut  engagé  in  capite,  à  l'essai  seulement, 
mais  entouré  d'une  stricte  surveillance.  Il  était  convenu  qu'il 
engagerait  Droin  pour  donner  une  leçon  par  jour;  mais,  au  lieu 
de  Sainte-Marthe,  ce  fut  un  nommé  maistre  Claude  qui  fut  pris 
comme  second  assistant. 

Malgré  son  désappointement,  car  nous  pouvons  imaginer  qu'il 
était  au  courant  des  mesures  prises  par  le  Conseil,  Sainte-Marthe 
se  rendit  à  Grenoble,  ou  en  quelque  endroit  situé  dans  la  juri- 
diction de  son  Parlement,  dans  le  courant  du  printemps.  Qu'il 
y  ait  été  appelé  malgré  tout  pour  être  l'assistant  de  Sussanneau, 
ou  qu'il  ait  pris  ce  parti  de  sa  propre  initiative,  il  eut  de  bonnes 
raisons  de  le  regretter,  car  il  y  fut  emprisonné  à  cause  de  ses 
opinions.  Il  semble  qu'il  ait  fait  des  conférences,  ou  quelque  sorte 
de  leçons  ayant  pour  objet  la  conciliation  des  partis  religieux. 
«  Vous  en  êtes  témom  »,  déclare-t-il  dans  sa  Paraphrase  du 
Psaume  vu  :  «  je  n'ai  jamais  pensé  à  rien  moins  qu'à  troubler  la 
paix  publique,  mais  je  n'ai  reculé  devant  aucun  obstacle  qui  put 


1.  Pétri  Rosseti...  Christas.  Paris,  Colin,  1531  ;  Apologia  Pétri  Sutoris...  Paris, 
1531  ;  Dictionarium  Ciceronianujn  et  ejusdem  epigramm.  lihellus.  Paris,  Colin, 
1536;  P.  Rosseti...  Paulus...  Paris,  N.  Buffet,  1537;  Julii  Cœsaris  ScaUgerii 
adv.  Des.  Eras/ni  dialogum  Ciceron.  oratio  secunda.  Paris,  1537  ;  De  ratione 
componendarum  Versuum,  1538,  cit.  Biog.  Univ.  ;  Hub  Suss...  Ludorumlibri... 
Paris,  Colin,  1538  ;  Lamentatio  Europœ,  1538,  cit.  Biog.  Univ.  ;  P.  Virgilii 
Maronis  opéra  ornnia...  Paris,  Macé,  1540. 

2.  Archives  municipales  de  Grenoble,  année  1536,  BB.  10,  fol.  90  r° 
4  août.  «  Quia  dominus  Ymbertus  Suzaneus  hiis  novissimis  diebus  ad  certas 
\'iolencias  in  hujus  modi  civitate  processit,  propter  quas  ab  eadem  aufugit, 
dictus  nobilis  Hehardi,  etc.  » 


lr)40]  GRENOBLE  ;    LYON  49 

in"(Mn})ê('her  de  j)roelanier  la  vérité  sans  scandale,  afin  que  puisse 
être  rétablie  parmi  les  chrétiens  l'harmonie  qui  avait  été  anéan- 
tie ^.  )) 

Il  est  certain  que  Sainte-Marthe  montra  peu  de  discernement 
en  choisissant  Grenoble,  ou  ses  environs,  pour  y  étaler  ses  opinions. 
Le  Parlement,  qui  espérait  avoir  définitivement  frappé  les  Luthé- 
riens quatorze  ans  auparavant  ^,  n'était  pas  d'humeur  bienveil- 
lante pour  les  réformateurs,  d'autant  moins  que  la  torche  de  la 
persécution   venait   d'être   rallumée  ^,   et   que   des  instructions 
spéciales    pour    la    poursuite    des    hérétiques    venaient    d'être 
envoyées  *.  La  conséquence  fut  que  Sainte-Marthe  passa  quelque 
temps  en  prison  et  que  sa  vie  même  fut  menacée.  Il  est  probable 
qu'en  cette  occurence,  comme  en  d'autres  plus  tard,  les  instiga- 
teurs de  la  lutte  qu'il  eut  à  soutenir  furent  François  Faysan  et 
Théodore  Mulet,  juges  au  Parlement.  Faysan  et  Edmond  Mulet, 
frère  du  premier,  juge  également,  furent  les  promoteurs  d'une 
querelle  qui  avait  divisé  le  Parlement  et  le  Conseil  municipal, 
et  qui  durait  depuis  le  mois  de  janvier  de  l'année  précédente^; 
en  sorte  qu'un  candidat,  que  les  conseillers  considéraient  favo- 
rablement et  étaient  prêts  à  accepter,  risquait  d'encourir,  s'il  en 
fournissait  quelque  motif,  les  préventions  du  Parlement.  Théo- 
dore Mulet  menait  une  vie  dissolue,  étant  ignorant  et  vindicatif, 
s'il  faut  en  croire  Sainte-Marthe,  et,  d'après  la  même  source 
d'information,    Faysan  ^ ,    bien    qu'il   exerçât   les    attributions 
d'avocat  général,  non  seulement  n'avait  aucune  éducation,  mais 
encore  avait  l'esprit  affaibli  par  l'âge.  Leur  victime  était  d'avis 
que  tous  deux  ignoraient  tout  de  la  loi  et  étaient  aussi  inca- 


1.  In  Psalmum  Septimum...  Paraphrasis,  p.  58. 

2.  «  En  1526  les  Luthériens  commencèrent  d'y  paroître  et  d'y  enseigner  leurs 
dogmes.  Le  Parlement  les  en  chassa.  »  Guy  Allard,  Œuvres  diverses,  Grenoble, 
1869,  vol.  I,  p.  328. 

3.  Edits  du  10  décembre  L538  (rf.  Herminjard.  op.  cit.,  vol.  VI,  p.  60)  du 
1"  juin  1540  et  du  24  juin  1540,  Actes  de  François  7",  n"«  11509  et  1 1072. 

4.  Cf.  Actes  de  François  /«"f,  n»  11125. 

5.  Cf.  Archives  mvmicipales  de  Grenoble,  BB  12,  Registre  1539,  19,  22,  29  jan- 
vier et  1"  février  1539. 

6.  Sur  Mulet  et  Faysan,  cf.  Fleury  V^indi-y  :  Les  parlementaires  français  au 
XVI^  siècle,  vol.  I,  pp.  61,  67,  68,  74,  97.  Le  nom  de  Mulet  apparaît  dans  la  dédi- 
cace d'un  volume  d'Etienne  Forcadel  :  Stephani  Forcatuli  epigrammata  veris 
adventus,  ad  Augerium  Latanum  sanctœ  crucis  abbat.  et  Theodomm  Ahdetum  in 
magna  consil.,  éc  Fr.  de  Nuptiis  ac  P.  Pappum  Tholos.  senatores.  Ce  volume  con- 
tient aussi  (p.  131)  un  quatrain  Ad  Theodorum. 

4 


50  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1540 

pables  de  l'appliquer  que  des  ânes  de  jouer  de  la  l3^re  i.  L'inimitié 
de  ces  hommes,  qui  au  début  n'était  sans  doute  pas  un  sentiment 
personnel,  fut  exaspérée  —  c'est  du  moins  ce  que  pensait  Sainte- 
Marthe  —  par  l'antipathie  qu'éprouvent  naturellement  les 
ignorants  à  l'égard  des  gens  instruits. 

«  Comment  pourraient-ils  traiter  avec  bienveillance  et  selon 
leur  devoir,  s'écrie-t-il,  celui  qui  grâce  aux  bons  arts,  a  acquis 
quelque  science,  eux  qui  sont  tout  à  fait  étrangers  aux  Muses  et 
privés  des  bienfaits  des  bonnes  disciplines  ^  »  ? 

Quel  que  fût  le  rôle  qu'aient  joué  les  rancunes  privées  dans 
ce  premier  emprisonnement  de  Sainte-Marthe  à  Grenoble,  il  est 
certain  que  la  froideur  que  lui  montrèrent  sa  famiUe  et  certains 
de  ses  amis  aggrava  beaucoup  sa  détresse.  Il  était  sans  argent, 
((  la  meilleure  arme  des  accusés  à  notre  époque  »,  et  c'est  en 
vain  qu'il  fit  appel  à  sa  famille.  Les  poèmes  qu'il  publia  au  cours 
de  l'année  ^  contiennent  de  mordantes  épigrammes  contre  ses 
parents  et  leur  indifférence  ;  l'un  des  rondeaux  semble  prouver 
qu'à  leur  mauvaise  volonté  à  le  secourir,  ses  parents  ajoutèrent 
une  véritable  cruauté  : 

Grand  cruavilté  estre  aux  bêtes  trouvons, 
Quand  leurs  petits  dévorer  le  sçavons, 
Ou  (qui  moins  est)  leur  nier  nourriture, 
Car  par  l'instinct  de  la  seule  Natvire, 
Un  incredible  Amour  y  concepvons. 
Que  dirons  nous  si  nous  appercevons 
Ceulx  vers  lesquels  retirer  nous  debvons 
Encontre  nous  monstrer  en  toute  injure 

Grand  cruaulté  ? 
O  Pauvre  temps.  Monsieur,  que  nous  avons, 
O  le  forfaict,  qu'ainsi  nous  poiu-sviivons 
Sans  pieté  nostre  propre  facture. 
C'est  im  grand  cas,  c'est  une  chose  dure. 
Que,  contre  droict,  d'iceulx  nous  recevons 

Grand  cruaulté  ! 
A  Monsieur  le  chevalier  de  Monthozier.  P.   F.,  jj.    162. 

Quelques  années  plus  tard  Sainte-Marthe,  faisant  sans  doute 
allusion  à  cette  affaire  et  à  une  autre  semblable,  se  peignit  sous 

1.  Dédicace    adressée    à    Avanson.    In    Psalmum...    XXXIII   Paraphrasis, 
p.  140. 

2.  Ibid.,  p.    141. 

3.  A  aulcuns  de  ses  parenl/^,  P.  F.,r,.  IH,  D^Aulcuns  s^ens  parents,  mais  maul- 
vais  amys,  P.  F.,  i^.  53. 


1540]  GRENOBLli  ;    LYON  51 

les  traits  truii  pauvre,  dont  les  parents  et  les  amis,  bien  que 
très  riches,  ne  voulurent  pas  donner  un  sou  pour  soulager  sa 
misère  ^.  Il  s'en  plaignait  en  outre  à  la  Reine  de  Navarre,  dans 
une  épitre  composée  probablement  pendant  sa  captivité.  «  Ma- 
dame, n'est-ce  assés  »  s'écrie-t-il, 

Ne  veoir  aiilcun  qui  vexé  me  soiiHaoe, 

Que  (d'où  mon  mal  s'augmente  davantage) 

Infestément  ma  Nature  me  fuit  ? 

Me  destitue,  et  (qui  plus  est)  poursuit  ? 

A  la  Royne  de  Navarre.  P.  F.,  p.  120. 

Pourtant  Sainte-Marthe  trouva  au  moins  quelques  amis  qui  le 
soutinrent  mieux  que  sa  famille,  et  il  déclara  franchement  ce 
qu'il  en  pensait  : 

...  un  seul  Ainy  perfaict 

Vault  cent  fois  mieulx  que  mille  telz  Parents. 

P.  F.,  p.  53. 

Quand  il  s'aperçut  que  la  prison  le  guettait,  il  eut  l'impression 
qu'il  pourrait  demander  secours  à  Saint-Romans  -,  tout  en  s'en 
excusant  : 

Pardonnez  moi,  Monseigneiu*,  si  je  faulx 

Faulte  d'argent  fait  perdre  toute  honte.  • 

Si  nous  ignorons  le  résultat  de  cet  appel,  nous  savons  que  Je;n 
Galbert,  dont  il  fit  la  connaissance  grâce  à  ses  amis  les  Tardivons 
et  les  Rocoules  ^,  fournit  à  Sainte-Marthe  Tindispensable.  pen- 
dant qu'il  était  en  prison  et  presque  épuisé  par  la  faim  et  la 
maladie.  Une  lettre  de  Denis  Faucher  fait  mention  de  ce  fait. 
Celui-ci  semble  avoir  été  assez  ému,  par  le  récit  des  malheurs  de 
Sainte-Marthe  et  assez  inquiété  par  les  accusations  d'hérésie 
portées  contre  lui,  pour  s'enquérir  activement  de  son  état  auprès 
d'un  de  ses  neveux. 

Nous  apprenons,  d'après  ce  qu'il  dit  des  nouvelles  que  lui  donne 
ce  neveu,  que  Sainte-Marthe  enleva  une  feuille  du  livre  de 
Calvin,  en  faisant  appel,  pour  sa  justification,  à  l'autorité  des 

1.  In  Ps...  XXXIII  Paraph.,  p.  1()2.  Son  frère  Louis  avait  réceinment  été 
nommé  procurem*  du  roi  à  Loudun  (avril  L538). 

2.  A  Monsieur  de  Sainct-Ronians,  Conseiller  de  Grenoble,  P.  P.,  p.  30. 

3.  André  Tardivon  avait  épousé  Françoise  de  Galbert  de  Rocoules.  Sur  Gal- 
bert, cf.  Fleury  Vindry,  op.  cit.,  pp.  02  et  78. 


52  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1540 

Pères  :  «  Bien  que  ma  lettre  ne  puisse  vous  apporter  que  bien 
peu  de  consolation  )>,  écrit  Faucher,  «  puisque  mes  lettres  ne  sont 
pas  de  celles  qui  peuvent  le  faire  et  que  je  suis  moi-même  si 
touché  de  vos  malheurs  que  je  semble  plutôt  avoir  besoin  moi- 
même  de  consolation  que  de  pouvoir  en  donner,   cependant, 
comme  l'esprit  abattu  par  les  adversités  et  les  épreuves  est  moins 
bon  juge  de  ce  qui  le  concerne  que  de  ce  qui  ne  le  touche  pas, 
j'ai  voulu  vous  écrire  ces  quelques  mots,  afin  que  vous  voyez 
combien  je  vous  aime,  et  aussi  pour  que  mon  conseil  ne  vous 
manque  pas,  à  vous  qui  m'aimez  tant.  J'ai  été  consterné,  très 
cher  Sainte-Marthe,  d'apprendre  que  vous  êtes  tombé  en  un 
danger  si  grave  que  votre  vie  même  en  a  été  menacée  ;  surtout 
j'ai  été  accablé  de  douleur  en  entendant  dire  que  vous  pensiez 
mal  de  notre  religion  et  souteniez  obstinément  les  opinions  des 
hérétiques.   Mais   lorsque   mon  neveu   m'apporta  votre   lettre, 
j'eus  la  joie  d'apprendre  par  elle  et  de  sa  bouche  même  que  vous 
étiez   mieux  et  plus  libre   qu'auparavant  et  que,  la   calomnie 
s'étant   apaisée,    vous   seriez   remis   en   complète   liberté.    Car, 
lorsque  le  Parlement  apprendra  que  vous  vous  attachez  à  suivre 
les  pas  des  Saints-Pères   et   que  quelques-uns  de  ses  membres 
vous  ont  fourni  de  quoi  subvenir  aux  nécessités  de  l'existence 
alors  que  vous  luttiez  contre  la  maladie,  votre  innocence  sera 
vite  reconnue.  Enfin,  cher  Sainte-Marthe,  je  vous  exhorte  et 
vous  supplie,  au  nom  de  notre  mutuelle  affection,  de  vous  mon- 
trer tel  qu'aucune  opinion  mauvaise  ne  puisse  vous  écarter  de  la 
fermeté  et  de  la  sincérité  de  la  foi  catholique  et  de  ne  laisser 
aucune    tribulation    ébranler    votre    équanimité,  ou    amoindrir 
votre  dignité  d'homme  sage.  Je  vous  écris  ceci  non  dans  un  senti- 
ment de  doute  à  l'égard  de  votre  constance,  mais  avec  la  certi- 
tude que  vous  réfléchirez  à  ce  que  je  vous  ai  dit,  au  nom  de  notre 
amitié  et  de  notre  affection  mutuelle.  Que  Dieu,  le  consolateur 
de  ceux  qui  souffrent,  fasse  que  vous  nous  reveniez  bientôt  libre. 
Cependant,  efforcez- vous  de  recouvrer  votre  santé,  et  souvenez- 
vous  de  votre  Denis.  Tarascon,  21  juin  1540  ^.  » 

Avant  que  la  lettre  de  Faucher  ait  pu  parvenir  à  Sainte- 
Marthe,  son  espoir  s'était  déjà  réalisé  :  Son  ami  avait  été  remis 
en  liberté.  Si  c'est  à  cette  époque  que  Sainte-Marthe  envoya  deux 


1.  Dionysus  Carolo  Samniartano,  Clironologki  Sanctorum  Sacrce  Insulœ  Leri- 
ncnsis,  p.  273.  Texte  infrap.  316  et  seq. 


1540J  GRENOBLE  ;    LYON  53 

longues  épîtres  en  vers  à  Marguerite  de  Navarre  et  Marguerite 
de  France,  par  lesquelles  il  leur  rappelle  leurs  bontés  passées,  se 
plaint  de  son  emprisonnement  et  rappelle  assez  mystérieuse- 
ment quatre  années  de  souffrances  ^,  il  est  possible  que  la  reine 
et  la  princesse  soient  intervenues  en  sa  faveur.  Mais  l'influence 
d'un  puissant  membre»  du  Parlement,  Jean  Marcel  d'Avanson  ^, 
le  ((  Pliœbus  d'Avanson  »  de  Ronsard  ^,  fut  certainement  un  fac- 
teur plus  efficace  de  sa  délivrance.  «  Celuj^  lequel  au  besoing  (ou 
l'amj^tié  s'explique)  »  —  c'est  ainsi  que  Sainte-Marthe  le  nomme 
dans  une  lettre  de  dédicace  publiée  la  même  année  *  —  «  s'est 
monstre  par  efïect  mon  Amy  )).  Or  on  ne  pouvait  trouver  un 
meilleur  avocat  qu'Avanson  pour  la  défense  d'un  homme  accusé 
d'hérésie,  car  non  seulement  il  était  lui-même  très  connu,  mais 
encore  il  appartenait  à  une  famille  rigoureusement  orthodoxe  ''. 

Quelle  qu'ait  été  la  manière  dont  Sainte-Marthe  obtint  sa 
liberté,  le  collège  de  la  Trinité  de  Lyon,  de  tendances  libérales, 
lui  offrit  peu  après  une  chaire.  Une  lettre  que  Saint-Maur  lui 
écrivit  pour  le  féliciter  de  sa  nomination  porte  une  date  d'un  jour 
antérieure  à  celle  de  Faucher.  ((  Et  nonobstant  qu'as  soubtenu 
plusieurs  adverses  fortunes  »,  lui  écrivit  ce  dernier  le  20  juin  1540, 
«  es  paj^s  loingtains,  à  toy  toutefoy  prospères  ;  as  esté  dernière- 
ment bien  venu  et  mieulx  receu  en  ce  tant  honorable  Collège  de 
Lyon  :  estant  des  scavants  trouvés  capables  à  la  profession  publi- 
que des  quatre  tant  estimées  et  utiles  langues,  Hebraïcque, 
Grecque,  Latine  et  Gallicque  ^  ». 

L'allusion  de  Saint-Maur  à  l'hébreu  est  intéressante  :  car,  à 
cette  époque,  la  connaissance  de  cette  langue  était  exception- 

L  Publiées  en  1540.  ^4  la  Royne  de  Navarre  et  A  Madame  Marguerite,  fille 
unique  du  Roy,  P.  F.,  p.  119  et  122.  Cf.  supra,  pp.  21  et  50.  En  considération  des 
difficultés  qu'on  éprouve  à  dater  ces  poèmes,  j'ai  l'ejeté  les  conjectures  basées 
exclusivement  sur  eux. 

2.  Sur  Avanson,  cf.  Rochas,  Biographie  du  Dauphiné  ;  Bull,  de  la,  Soc.  Statis- 
tique de  l'Isère,  vol.  II,  p.  72  et  passim,  vol.  XXVI,  et  passim  ;  Fleury  Vindiy, 
op.  cit.,  pp.  63  et  81,  et  Ambassadeurs  franc,  au  XVI'^  siècle,  p.  38. 

3.  A  J.  d'Avanson,  Œuvres,  vol.  V,  p.  335,  cf.  aussi  ibid.,  volumes  I,  i^p.  423, 
425  ;  IV,  p.  87  et  V,  pp.  245-271,  la  dédicace  des  Regrets  de  du  Bellay,  Œuvres, 
vol.  II,  p.  163,  et  Regrets,  p.  157;  Utenhove,  Xenia,  dans  Georgii  Buchanani 
Scoti  pœtœ...  Pœmata,  p.  64. 

4.  Du  Livre  de  ses  Amys,  P.  F.,  p.  226,  cf.  infra  p.  320  et  seq. 

5.  Son  frère  François  et  son  fils  Guillaume  se  firent  remarquer  par  le  caractère 
belliqueux  de  leur  catholicisme. 

6.  Léon  de  Saincte-More,  dit  de  Monthozier,  chevalier  de  l'ordre  de  Sainct  Jean 
de  Jhérusalem,  A  Charles  de  Saincte-Marthe.  Cf.  infra  p.  342. 


54  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1540 

nelle  et  toutes  les  indications  sur  le  lieu  ou  l'époque  où  Sainte- 
Marthe  l'apprit  nous  font  défaut.  L'étude  de  l'hébreu  n'avait 
pas  cessé  d'être  traditionnelle  en  France  depuis  l'existence  du 
Collège  de  Constantiîiople,  c'est-à-dire  depuis  le  milieu  du  xm^  siè- 
cle, l'Eglise  ayant  des  raisons  d'ordre  pratique  pour  maintenir 
l'étude  des  langues  orientales  ^.  Or  cette  tradition  avait  été 
momentanément  interrompue  et  décidément  menacée  à  la  fin 
du  xv^  siècle  ;  mais,  depuis  le  recteur  de  l'Université  de  Paris, 
Aleandro,  et  les  cinq  années  de  professorat  d'Agostino  Giusti- 
niano,  cet  enseignement  se  frayait  un  chemin  étroit  mais  continu, 
en  dépit  de  l'opposition  de  la  Sorbonne.  Parmi  les  professeurs 
royaux  de  1530,  Vatable  et  Guidacerius  occupaient  avec  dis- 
tinction deux  chaires  d'hébreu.  Pourtant  c'était  Ljon  et  non 
Paris  qui  pouvait  se  glorifier  de  posséder  le  plus  grand  hébraïste 
du  siècle.  Sanctes  Pagnini  était  mort  depuis  un  an  ou  deux  ^ 
seulement,  quand  Sainte-Marthe,  d'après  nos  hypothèses,  par- 
courait le  Dauphiné  et  le  Lyonnais  et  tous  devaient  répéter  son 
nom,  surtout  dans  ces  provinces  dont  Lyon  constituait  le  centre 
intellectuel.  En  outre,  Gabriel  de  MariUac,  le  frère  de  l'abbé  de 
Pontigny,  que  Sainte-Marthe  connaissait,  s'était  fait  l'avocat 
des  professeurs  royaux,  en  1534  ^,  et  nous  pouvons  supposer  que 
par  suite  ce  prêtre,  s'il  ne  se  voua  pas  absolument  à  l'étude  du 
grec  et  de  l'hébreu,  s'y  intéressa  au  moins.  D'autre  part,  Merlin, 
l'ami  de  Sainte-Marthe,  était  considéré  comme  un  hébraïsant 
capable  d'occuper  une  chaire.  Il  est  donc  facile  de  concevoir  que 
Sainte-Marthe  se  trouva  stimulé  par  ces  exemples  et  se  mit  à 
étudier  l'hébreu  et  à  se  perfectionner  dans  cette  langue.  Sanctes 
Pagnini  devait  avoir  laissé  après  lui  des  élèves  capables  de 
continuer  son  enseignement  et  Sainte-Marthe,  spécialement 
doué  pour  les  langues,  n'aurait  eu  besoin  que  de  peu  de  temps  afin 
d'acquérir  le  fonds  nécessaire  pour  s'acquitter  de  ses  fonctions. 
Rien  de  plus  heureux  que  d'y  être  nommé  ne  pouvait  arriver 
à  l'mfortuné  érudit  et  l'on  ne  pouvait  rendre  un  plus  bel 
hommage  à  ses  capacités  et  à  sa  réputation.  Une  situation 
à  Lyon  était  en  outre  très  désirable  pour  un  homme  de  talent, 
exposé  par  ses  opinions  aux  persécutions.  Cette  ville  à  moitié 

1.  Pour  ce  passage  et  les  détails  qui  suivent,  cf.  A.  Lefranc,  Histoire  du  Collège 
de  France,  pp.  3-5  ;  6-15  e^  passim. 

2.  Il  mourut  en  1536. 

3.  Cf.  Lefranc,  op.  cit.,  pp.  145  et  146 


1040]  c.Ki<]N()nLE  ;  lyon  ^5 

italienne,  par  suite  à  moitié  païenne,  offrait  depuis  longtemps 
une  liberté  intellectuelle  relative  à  ceux  qui  avaient  des  opinions 
douteuses.  Les  idées  libérales  y  recevaient  un  accueil  favorable  ; 
non  pas  que  Lyon  ait  été  spécialement  prédisposée  en  faveur  de 
la  nouvelle  religion,  mais  parce  que  sa  véritable  religion,  comme 
on  Fa  justement  remarqué,  était  le  Platonisme  et  qu'en  somme, 
la  ville  avait  un  fonds  d'indifférence  sur  les  questions  de  doctrine. 
La  diffusion  des  opinions  non  orthodoxes  garantissait  la  protec- 
tion à  chacun  en  particulier,  et  les  autorités  restaient  au  moins 
inactives,  sinon  indifférentes.  Le  cardinal  de  Tournon  même  avait 
traité  Lyon  avec  indulgence,  pendant  quelque  temps,  et  les 
Trivulce  et  Jean  de  Peyret,  lieutenant  du  gouverneur,  em- 
ployèrent leur  activité  à  protéger  la  science  des  attaques  moti- 
vées par  les  questions  d'opinion  ^.  Pourtant  cet  état  de  choses 
venait  de  se  modifier  ;  car  le  changement  d'humeur,  qui  s'était 
produit  en  France  depuis  Tentrevue  d'Aigues-Mortes,  avait  eu 
sa  répercussion  jusqu'à  Lyon.  Les  édits  de  Lyon  et  de  Coucy 
avaient  été  rapportés  (10  décembre  1538),  des  lettres  patentes 
adressées  à  tous  les  Parlements,  pour  organiser  les  persécutions 
contre  les  hérétiques  (24  juin  1539),  et  le  sévère  édit  de  Fontai- 
nebleau venait  d'être  promulgué  précisément  le  premier  jour  du 
mois  où  Sainte-Marthe  arrivait  à  Lyon  ^.  Le  cardinal  de  Tournon, 
nommé  récemment  chancelier,  l'instigateur  même  de  l'édit  ^, 
pensa  sans  doute  que  le  moment  propice  était  venu  de  donner 
une  leçon  à  la  ville  de  Lyon  autant  qu'aux  autres.  Trois  Luthé- 
riens furent  brûlés  vifs  au  commencement  de  l'année  et  un  mar- 
chand d'Annonay,  venu  à  Lyon  pour  voir  la  foire,  subit  la  même 
peine  pour  avoir  refusé  de  s'agenouiller  devant  une  image  ^.  Tou- 
tefois, quelque  dure  qu'ait  été  la  leçon,  elle  ne  toucha  pas  le 
monde  lettré  de  Lyon.  Sans  doute  un  de  ses  membres,  Eustorg 
de  Beaulieu  ^,  avait-il  trouvé  prudent  de  s'enfuir  à  Genève  trois 
ans  auparavant,  mais  ses  imprudences  avaient  réellement  été 
extrêmes.  En  règle  générale,  les  savants  ne  furent  pas  inquiétés 
et,  s'ils  avaient  perdu  leur  plus  puissant  protecteur  en  la  personne 


1.  Cf.  R.  C.  Christie,  op.  cit.,  pp.  168,  238,  314  et  passim. 

2.  Actes  de  François  I",  n°^  11072  et  11509 

3.  Cf.  H.  Lutteroth,  La  Réformation  en  France,  p.  34. 

4.  Cf.  Buisson,  op.  cit.,  vol.  I,  p.  91. 

5.  Sur  Beaulieu,   cf.   La  France  Protestante,  2^   édit.    (1879).    Une   thèse  de 
Helen  J.  Harvitt  sur  co  personnage  paraîtra  bientôt  dans  le  Remanie  Remew. 


56  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1540 

de  Pompone  de  Trivulce  ^,  Jean  de  Peyrat  vivait  encore  pour  les 
soutenir.  Même  Dolet,  malgré  sa  conduite  imprudente,  n'avait 
pas  été  sérieusement  inquiété  jusqu'alors  ^.  Généralement,  on 
peut  dire  qu'un  hérétique  discret  pouvait  encore  trouver  à  Lyon, 
un  asile  sûr. 

Cette  ville  ne  se  distinguait  pas  moins  au  xvi^  siècle  par  l'in- 
tensité que  par  la  liberté  de  sa  vie  intellectuelle.  Sa  prospérité, 
son  luxe  et  son  éclat  n'émoussèrent  point,  mais  au  contraire 
stimulèrent  sa  vie  émotionnelle.  «  L'activité  pratique,  l'industrie, 
le  commerce,  les  intérêts  et  les  richesses  qu'ils  créent  »,  écrit 
un  auteur  de  nos  jours,  «  n'y  étouffent  pas  les  ardeurs  mystiques, 
les  exaltations  âpres  ou  tendres,  les  vibrations  profondes  ou 
sonores  de  la  sensibilité  tumultueuse...  Au  xvi^  siècle...  la  vie 
de  l'esprit  y  était  intense  :  Dans  ce  monde  inquiet  et  ardent,  les 
poètes  étaient  nombreux  et  les  poétesses  presque  autant  ^  ». 
Parmi  ceux-là,  deux  des  plus  admirés,  Maurice  Scève  et  Gilbert 
Ducher,  étaient  déjà  les  amis  de  Sainte-Marthe.  Il  avait  connu 
Ducher,  alors  son  collègue  au  Collège  de  la  Trinité  *,  presque 
depuis  son  adolescence  et  c'est  bien  à  la  manière  de  deux  jeunes 
gens  qu'ils  firent  connaissance  :  Par  admiration  pour  sa  science 
et  ses  vertus,  le  jeune  homme  fut  poussé  à  se  rapprocher  de 
Ducher,  à  «  s'offrir  entièrement  à  lui  »  en  des  vers  latins  que  ce 
dernier   publia    avec    ses  propres  épigrammes,  parmi  les  Epi- 
grammata  Amicorum,  en  1538  ^.  Ailleurs  Sainte-Marthe  le  place 
au  rang  des  poètes  illustres,  le  déclare  supérieur  à  Ovide  et 
l'égal  de  Virgile.  Ces  compliments  ne  sont  pas  parvenus  jusqu'à 
nous,  car  Ducher  se  refusa  modestement  à  les  publier,  peut-être 
parce  que,  comme  il  dit  avec  justesse,  il  jugeait  cette  apprécia- 
tion «  ridiculum  et  mehercule  falsum  )>.  Cela  ne  l'empêcha  pas 
toutefois  de  déclarer  les  vers  de  Sainte-Marthe  dignes  d'Apollon, 
dans  une  des  deux  épigrammes  qu'il  lui  adressa  en  réponse  ^. 


1.  Il  mourut  en  octobre  1539. 

2.  Cf.  R.  C.  Clii-istie,  op.  cit.,  pp.  390  et  392. 

3.  Gustave  Lanson,  Hist.  de  la  littérature  française,  éd. de  1909,  p.  276. 

4.  Cf.  L.  Gerig,  Le  Collège  de  la  Trinité,  p.  206.  Les  vers  que  Ducher  lui  adi-essa 
(texte  infra  p.  348)  doivent  avoii-  été  composés  au  plus  tard  en  1529,  date  du 
mariage  de  François  I''''  avec  la  sœur  de  l'Empereur.  Quoique  Ducher  soit  cons- 
tamment mentionné  dans  les  ouvrages  concernant  cette  période,  on  sait  en 
réalité  peu  de  chose  de  lui.  Cf.  Buisson,  op.  cit.,  vol.  I,  pp.  31  et  32. 

5.  E plgrammaton  libri  duo,  p.  160,  cf.  infra  p.  304. 

6.  Ibid.,  p.  117,  cf.  infra  p.  349. 


[lilU)  GRENOBLE;    LYON  57 

Scève,  ((  trescher  Amy  Scevc  »  i,  que  son  Arion,  sa  trcaduction 
(le  la  Déplorable  fin  de  Flamète  ^  de  Juan  de  Florès,  et,  par-dessus 
tout,  sa  découverte  supposée  de  \i\  tombe  de  Laun^  au  début 
de  1533,  avaient  déjà  rendu  célèbre,  était  l'objet  de  l'admiration 
sans  bornes  de  Sainte-Marthe.  Attiré  vers  le  poète  lyonnais, 
comme  l'acier  l'est  vers  l'aimant  —  ainsi  le  lui  déclare-t  il  en 
alexandrins,  forme  nouvelle  à  cette  époque  — ,  frappé  par  sa 
gravité  de  savant,  sa  profonde  éloquence,  son  admirable  carrière, 
Sainte-Marthe  se  demandait  si  Scève  n'était  pas  une  créature 
plus  divine  qu'humaine.  Il  le  cite  parmi  les  «  Poètes  Francoys, 
divins  et  trescrudits  ^  »  et  a  laissé  de  lui  «  petit  de  corps,  d'un 
grand  esprit  rassis  )>  un  portrait  agréable  dans  son  Temi^e  de 
France  *,  tandis  que  Scève  lui  répondait  par  un  dizain  destiné 
à  exprimer  son  admiration,  mais  remarquable  principalement 
par  son  obscurité  ^.  Sainte-Marthe  rendit  en  outre  un  poétique 
hommage  aux  vertus  et  à  la  renommée  de  la  femme  de  Mathieu 
de  Vauzelles,  Claudine  Scève,  cousine  ou  sœur  de  Maurice,  ((  de 
vertu  et  d'honneur  dame  pleine  »  ^,  et  il  s'adressa  aussi  à  une 
dame  de  Lyon  encore  plus  fameuse.  Marié  de  Pierre  vive,  la 
généreuse  et  hospitalière  Dame  du  Perron  ',  à  qui  il  fit  compli- 
ment sur 

...  le  los,  le  nom  et  bruit 

Duquel  chascvm  par  tout  en    honneur   bruit. 

Celle-ci  se  fit  la  patronne  zélée  des  lettres  et  des  arts  et  sa 
munificence  fut  célébrée  par  Eustorg  de  Beaulieu  ^,  poète  et 

1.  A  Maurice  Scève  Lyonnais,  homme  très  érudit.  Vers  Alexandrins,  P.  F.,  p.  50. 
Sainte -Marthe  lui  dédia  un  autre  poème  qui  porte  le  titre  :  A  Maurice  Scève 
Qu'il  vault  niieulx  donner  que  prendre,  P.  F.,  p.  80. 

2.  Pub.  Lyon.  Fr.  Juste,  1535. 

3.  P.  F.,  p.  226  ;  cf.  infra  p.  320. 

4.  Elégie  du  Tempe  de  France,  P.  F.,  p.  102,  cf.  infra  p.  301. 

5.  Livre  de  ses  Amys,  P.  F.,  p.  232. 

6.  A  Madame  Claude  Sceve,  femme  de  Monsieur  VAdvocat  du  Roy  à  Lyon, 
P.  F.,  p.  157.  Mathievi  de  Vauzelles  avait  été  juge-mage  à  Lyon  depuis  1517. 

7.  A  Madamoiselle  Marie  de  pierre  vive.  Dame  du  Peron,  P.  F.,  p.  137.  La  Croix 
du  Maine,  Bibl.  française.  Vol.  II,  p.  89,  s'en  rapporte,  sur  la  valeur  de  ses  efforts 
littéraires,  à  sa  réputation.  «J'ai  vu  plusieurs  louanges  de  cette  dame,  faites  par 
beaucoup  d'écrivains  de  son  tems,  mais  je  n'ai  pas  connoissance  de  ses  écrits.  » 
Cf.  le  Père  de  Colonia,  Hist.  litt.  de  Lyon,  pp.  4C2-464  et  Pernetti,  Recherches 
pour  servir  à  Vhistoire  de  Lyon,  vol.  1,  p.  435  II  faut  espérer  que  ce  que 
rapporte  Brantôme  n'est  que  pure  calomnie.  Œuvres,  vol.  VI,  p.  265. 

8.  Divers  Rapportz,  fol.  g.  VIII  v". 


58  CHARLES    DE    SAINTE  MARTHE  [1540 

musicien.  Italienne  de  naissance,  elle  s'était  mariée  avec  Antoine 
de  Gondi  et  était  devenue  la  confidente  de  Catherine  de  Médicis. 
Sans  doute  son  influence  encouragea-t-elle  puissamment  le 
charme,  la  liberté  d'esprit,  l'intérêt  pour  les  occupations  intel- 
lectuelles, qualités  des  dames  de  L\on,  qui  les  rendaient  sem- 
blables aux  Italiennes  de  ce  temps.  Outre  Claudine  Scève  et  sa 
sa  sœur  Sybille,  les  «  belles  et  bonnes  »  comme  les  nommait 
Marot  1,  le  groupe  des  brillantes  dames,  dont  la  renommée  était  une 
des  gloires  de  Lyon,  comprenait  Pernette  du  Guillet,  Clémence  de 
Bourges,  Jeanne  GaiUarde  et,  plus  tard,  la  plus  fameuse  de 
toutes,  Louise  Labbé,  qui  était  encore  une  toute  jeune  fille  à 
l'époque  où  Sainte-Marthe  arriva  dans  la  ville. 

Scève  et  Ducher,  Claudine  Scève  et  Marie  de  Pierrevive,  ne 
furent  pas  les  seuls  amis  influents  de  Sainte-Marthe.  Dolet,  qui 
y  était  établi  depuis  1534,  était  alors  au  comble  de  sa  célébrité 
et  la  querelle  qu'il  eut  avec  Ducher  ^  n'affaiblit  pas  son  amitié 
pour  Sainte-Marthe.  Celui-ci  avait  déjà  manifesté,  par  deux 
poèmes  de  tendance  féministe,  sa  sympathie  pour  lui  à  l'occa- 
sion de  son  attaque  sur  Gratian,  ou  Sébastien  du  Pont,  sieur 
de  Drusac.  L'un  de  ces  poèmes  s'adresse  personnellement  à  Dru- 
sac  :  A  Drusac,  détracteur  du  sexe  féminin  —  et  l'autre  qui,  l'on 
peut  le  supposer,  avait  circulé  plusieurs  amiées  sous  la  forme 
manuscrite,  portait  un  titre  plus  général  :  Aux  détracteurs  du  sexe 
féminin  ^. 

Sainte-Marthe  manifesta  encore  sa  fidéhté  à  Dolet,  à  l'occa- 
sion d'une  de  ses  innombrables  querelles,  en  lui  adressant  l'épi- 
gramme  :  A  Monsieur  Dolet,  d'un  détracteur  mesdisant  de  luy  ^ 
et  ne  tarda  pas  à  dire  ce  qu'il  pensait  du  dernier  livre  ^  du  grand 


1.  Cf.  son  heureuse  épigramme,  A  deux  sœurs  Lyonnaises,  œuvres  (Ed.  Jarmet) 
vol.  III,  p.  41. 

2.  Cf.  R.  C.  Cliristie,  op.  cit.,  pp.  274  n.,  et  495  n. 

3.  P.  F.,  pp.  94  et  82.  Réimprimé  par  Charles  Oulmont,  Gratian  du  Pont  et 
les  femmes,  Rev.  des  Etudes  Rabelaisienne,  vol.  IV,  p.  5.  Les  deux  poèmes 
datent  probablement  de  1534  (ou  suivant  R.  C.  Christie  de  1533),  l'année  même 
de  la  publication  des  Controverses  des  sexes  masculin  et  féminin  de  Du  Pont 
et  de  la  réplique  de  Dolet,  sous  forme  de  «  six  mauvaises  petites  odes  ».  (La  Croix 
du  Maine.)  Sur  cette  controverse,  cf.  Lefranc,  Le  tiers-livre  de  Pantagruel  et  la 
querelle  des  femmes.  Rev.  Et.  Rab.,  vol.  II,  jjp.  1-10  et  78-109.  Charles  Oulmont, 
op.  cit.,  pp.  1-28  et  135-151;  R.  C.  Cliristie,  op.  cit.,  pp.  113-117,  Cf.  infra, 
p.  295. 

4.  P.  F.,  p.  33,  cf.  infra,  p.  292. 

5.  La  manière  de  bien  traduire  d'une  langue  en  aultre  :  D'avantage,  de  la  punc- 


1040]  GRENOBLE  ;    LYON  ")!) 

iinpriineur  dans  un  autre  dizain,  Au  lecteur  Francoy,  ajouté  au 
volume,  en  guise  d'épilogue,  et  aussi  dans  un  poème  plus  long  et 
plus  prétentieux  :  Aux  Francoys,  en  recommandation  du  Livre  de 
Dolet  1.  Peut-être  son  admiration  de  Dolet  est-elle  encore  plus  for- 
tement exprimée  dans  les  alexandrins  par  lesquels  il  lui  reconnaît 
le  don  de  l'éloquence  au  suprême  degré  :  De  la  transportation 
d^ Eloquence  en  divers  régions,  par  divers  aiges  et  divers  person- 
naiges.  Vers  Alexandrins  ^.  Dolet  répondit  à  cette  marque  d'es- 
time en  faisant  un  éloge  un  peu  exagéré  de  son  style  français  : 
c'est  le  huitain  qui  a  pour  titre  :  Etienne  Dolet  à  S.  Marthe, 
que  ce  dernier  publia  av^ec  ses  propres  poèmes  ^. 

Lié  d'une  amitié  très  étroite  avec  Dolet,  si  étroite  que,  d'après 
Sainte-Marthe,  une  lettre  était  la  seule  différence  qui  les  dis- 
tinguât *,  le  médecin  Tolet  ^,  qui  exerçait  la  médecine  au  «  grand 
hospital  »,  était  aussi  le  «  singulier  Amy  »  de  Sainte-Marthe. 

n  aimait  et  était  aimé  d'une  dame  qui  était,  nous  dit  Sainte- 
Marthe,  l'un  des  beaux  esprits  de  Lyon  et  dont  les  écrits  étaient  : 

...  d'une  telle  facture 

Que  par  iceulx  on  cognoist  ta  nature. 

Escripts  spirants  lui  esprit  tout  divin 

Et  excédants  le  sexe  féminin  ; 

Escripts  perfaicts  en  tout,  sans  luie  faulte  ; 

Escripts  monstrants  ta  nature  estre  haulte  ; 

Escripts  qui  ont  ma  Muse  (à  bref  parler) 

Contraint  vers  toy,  malgré  qu'en  eust,  aller. 

A  la  Dame  et  bien  aymée  de  M.  P.  Tolet,  rnedicin  du   grand  Hospital 
de  Lyon,  son  singulier  Amy.  P.  F.,  p.  172. 

L'amour  qu'éprouvaient  l'un  pour  l'autre  Tolet  et  sa  maîtresse 


tuation  de  la  langue  Francoyse,  plus  des  accents  d'ycelle.  Cf.  R.  C.  Chi'istie, 
op.  cit.,  p.  354.  Sa  publication  précéda  de  quelques  mois  celle  de  la  Poésie 
Françoise.  Cf.  infra,  p.  142. 

1.  P.  F.,  p.  177,  cf.  infra,  pp.  142-145. 

2.  P.  F.,  p.  61,  R.  C.  Christie  cite  ce  poème  comme  «  ode  ». 

3.  Livre  de  ses  Amy  s,  P.  F.,  p.  232,  cf.  infra,  p.  303. 

4.  Sur  l'amitié  de  luy  et  de  Dolet,  P.  F.,  p.  11.  RéimiDrimé  par  Cliristie,  op.  cit., 
p.  346  et  cf.  C.  B.  (Breghot  du  Lut),  Mélanges,  p.  361. 

5.  Sur  Tolet  (cire.  1502,  post.  1582),  cf.  Biog.  Lyonnais  ;  La  Croix  du  Maine 
et  du  Verdier,  Bihs.  Franc,  et  Pernetti,  op.  cit.,  vol.  I,  p.  391.  Dolet  écrivit  pour 
lui  une  épigi-amme,  cf.  Carminum  libri  quatuor,  p.  55-  Rabelais  le  mentionne 
parmi  ses  amis  (Œuvres,  vol.  II,  p.  167)  Charles  Fontaine  dans  sa  Fontaine 
d'amotir  donne  les  surnoms  de  Phœbus,  Machaon  et  Podalyro  à  Canapé,  Vace 
et  Tolet  (fol.  Pij  ro). 


60  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1540 

contenait  un  élément  platonique  que  Sainte-Marthe  admirait 
et  exaltait,  tandis  qu'à  son  tour  Tolet  vantait  la  pureté  des  vers 
de  Sainte-Marthe,  dans  le  dizain  qu'il  dédia  aux  poètes  français 
de  son  époque  :  P.  Tolet,  medicin,  aux  Poètes  Francoys,  du  Livre 
de  S.  Marthe  i. 

Jacques  Dalechamps  ^,  qui  possédait,  d'après  Charles  Fon- 
taine ^,  une  science  remarquable  en  même  temps  que  la  grâce 
divine,  se  trouvait  aussi  parmi  les  amis  de  Sainte-Marthe.  Il  est 
probable  qu'il  visitait  seulement  pendant  les  loisirs  que  lui  lai- 
saient  les  études,  qu'il  faisait  à  Montpelher,  la  cité  dont  il  devait 
plus  tard  être  l'ornement.  Les  deux  jeunes  gens  paraissent  avoir 
eu  les  mêmes  ennemis,  qui  les  poursuivirent  avec  «  art  cault  et 
damnable  »  ^,  et  l'on  peut  sans  crainte  supposer  que  la  raison  de 
cette  poursuite  était  le  peu  d'orthodoxie  que  présentaient  leurs 
opinions. 

C'est  probablement  à  Lyon  aussi  que  Sainte-Marthe  rencontra 
un  autre  ami,  ou  protecteur  de  Charles  Fontaine,  François  Ver- 
iust,  canon  ou  doyen  de  Mâcon  '',  «  noble  de  sang  et  noble  de 
Vertu  »  à  qui  il  adressa  une  élégie  sur  la  vraie  noblesse  :  V Elé- 
gie à  Monsieur  Veriust,  Doyen  de  Maçon  :  De  la  vraye  Noblesse  ^. 

1.  P.  F.,  p.  234. 

2.  Sur  Dalechamps  (1513-1588),  cf.  Moreri,  La  France  Protestante,  Pernetti 
op.  cit.,  et  Brunet.  Son  portrait  se  trouve  dans  la  même  collection  que  celui  de 
Sainte-Marthe  (cf.  infra,  p.  124)  ;  il  porte  la  légende  :  «  Sieur  d'Alechamps, 
un  des  plus  doctes  et  rares  personnages  de  nostre  temps,  tant  en  sa  jDrofession 
qu'en  tout  genre  de  bonnes  lettres.  » 

3.  Charles  Fontaine  à  Jacques  Dalechamps,  Médecin. 

«  Tu  marche  avant  dedens  les  champs 

De  l'immortelle  Médecine, 

Chassant  maux  les  mortels  fauchans, 

Amy  et  voisin  Dalechamps  : 

Aussi  avec  science  insigne 

Tu  as  une  grâce  divine.  )> 

Odes,  Enigmes  et  Epigrammes,  p.  97. 

4.  Cf.  infra,  p.  293. 

5.  Cf.  Charles  Fontaine,  A  Monsieur  maistre  Francoys  Verius,  Chanoine  de 
Mascon.  La  Fontaine  d'Amours,  fol.  Lij  v°.  Il  est  possible  qu'il  soit  le  fils  de 
Thomas  Le  Conte,  dit  Verjust,  dont  le  décès  se  trovive  mentionné  dans  les 
Actes  de  François  I^^,  à  la  date  de  1519,  et  qui  laissa  un  enfant  en  bas  âge.  La 
Gallia  Christiana,  vol.  IV,  col.  1110  A,  parle  de  lui  en  ces  termes  :  N.  Verjust, 
«  quem  Carolus  Sammarthanus  a  generis  clai'itate  ingenio  virtutibus  laudavit 
carminibus  editis  anno  1540  ».  Dolet,  de  son  côté,  écrivit  une  épigramme  à 
Jacob mn  Veriusium,  Carmina,  p.  33. 

0.  P.  F.,  p.  210. 


ir)40]  GRENOBLE  ;    LYON  61 

C'est  peut-être  encore  en  cette  même  ville  qu'il  connut  Villiers,  ce 
«  musicien  très  perfaict  »,  en  faveur  duquel  il  écrivit  un  rondeau 
contre  les  ennemis  de  la  musique  ^,  et  qu'il  rencontra  Charles  du 
Pu3^  qui  semble  avoir  été  lieutenant  particulier  en  la  séné- 
chaussée de  Lj^on  ^.  Le  vieil  ami  de  kSamte-Marthe,  Visagier 
qui,  comme  Ducher,  venait  de  rompre  d'une  manière  pénible 
avec  Dolet  ^,  n'était  sans  doute  pas  à  Lyon,  non  plus  que  Marot, 
qui  n'y  était  pas  revenu  depuis  1538,  autant  que  nous  pouvons 
en  être  sûrs.  Il  est  d'ailleurs  difficile  de  préciser  l'endroit  où 
Sainte-Marthe  aurait  pu  avoir  noué  avec  ce  dernier  l'amitié 
intime  et  affectueuse  qui  paraît,  d'une  façon  si  évidente,  dans 
les  poèmes  qu'il  adresse  à  son  «  père  d'alliance  "*  »  et  qui  re- 
monte, selon  toute  probabihté,  à  l'époque  où  Sainte-Marthe 
était  étudiant  •^. 

De  tels  amis  doivent  avoir  facilité  à  Sainte-Marthe  la  connais- 

1.  A  Villiers,  musicien  très  perfect,  P.  F.,  p.  97.  Rabelais  le  cite  parmi  les 
musiciens  «  mignonnement  chantans  »  qu'entendit  Priapus.  Œuvres,  vol.  II, 
p.  263.  Cf.  Fetis,  Biographie  universelle  des  musiciens. 

2.  En  admettant  qu'il  ne  fasse  qu'un  avec  celui  à  qui  Charles  Fontaine 
adressa  un  poème,  dont  la  fin  est  pleine  de  préciosité  : 

«  Mais  je  crains,  car  tu  es  grand  Puys, 
Et  je  suis  petite  Fontaine.  » 

Il  est  dédié  :  A  Monsieur  du  Puys,  lieutenant  particulier  en  la  Sénéchaussée  de 
Lyon.  La  Fontaine  d^ Amour,  fol.  Lijro  ;  c/.  Ruisseaux  de  Fontaine,  p.  171.  Ce 
Charles  pourrait  être  le  fils  de  Guillaiime  Dupuy,  qui  fut  médecin  d'abord  à 
Grenoble,  puis  à  Romans,  et  dont  le  fils,  Louis,  fut  plus  tard  médecin  à  Poitiers. 
Dreux  dvi  Radier,  op.  cit.,  Bull,  de  la  Soc.  de  Stat.  d'Isère,  vol.  III,  p.  352.  Un 
Dupuy  de  Die  fut  reçu  docteur  en  droit  en  1536  à  l'Université  de  Ferrare. 
Picot,  Les  Français  à  V  Université  de  Ferrare  au  XV^  et  au  XVI'^  siècles.  Le 
Livre  de  ses  Amys  de  Sainte-Marthe  contient  im  poème  de  lui. 

3.  Cf.  Chi-istie,  op.  cit.,  pp.  314-317. 

4.  Pour  les  poèmes  adressés  à  Marot,  cj.  infra,  pp.  67,  131,  133  et  293. 

5.  Sainte-Marthe  écrivit  poiu*  Marot  le  poème  «  Du  faulx  bruict  de  sa  inort  » 
(cf.  infra,  p.  293).  Avec  celui  ci,  il  est  naturel  de  citer  le  poème  de  Marot  :  A 
Cravan,  sien  amy,  malade.  Œuvres,  vol.  III,  p.  63. 

«  Amy  Cravan,  on  t'a  faict  le  rapport 
Depuis  un  peu  que  j'estois  trespassé  ;    , 
Je  jDrie  à  Dieu  que  le  diable  m'emporte 
S'il  en  est  rien,  ne  si  j'y  ay  pensé. 
Quelque  ennemy  a  ce  bruyt  avancé  »,  etc. 

La  maladie  de  Marot,  était  en  effet  la  peste.  (Cf.  Guiffrey  :  Vie  de  Clément 
Marot,  Œuvres  de  Clément  Marot,  vol.  I,  p.  162)  qui  sévissait  en  1531,  époque 
à  laquelle  Sainte-Marthe  était  étudiant  à  Poitiers,  et  l'on  est  fortement  tenté 
de  croire  que  c'est  pour  lui  que  Marot  écrivit  :  A  un  jeune  escalier  docte, 
griefvement  malade,  ibid.,  vol.  III,  p.  78,  «  Charles  mon  filz  prenez  courage  »,  si 


62  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1540 

sance  des  autres  Lyonnais,  à  qui  la  ville  devait  sa  glorieuse  situa- 
tion de  centre  de  la  Renaissance  française  et  qui  formaient  une 
société  brillante,  au  milieu  de  laquelle  un  savant  à  ses  débuts 
avait  toutes  raisons  de  se  croire  en  bonne  posture.  Le  grand  rôle 
qu'y  jouaient  les  femmes  lettrées  garantissait  un  accueil  favo- 
rable aux  défenseurs  de  leur  sexe.  Or  c'est  précisément,  nous 
l'avons  vu,  le  rôle  que  Sainte-Marthe  avait  choisi.  Sa  réputation 
de  poète  et  d'étudiant  de  l'antiquité  classique  était  également 
bien  étabUe  à  ce  moment.  Dès  1538,  Ducher  le  tenait  pour 
K  docta  poeta  ».  Déjà,  pendant  son  séjour  à  Poitiers,  il  avait  composé 
un  ouvrage  de  Théologie  ;  Arlier  avait  parlé  de  ses  «  savants 
écrits  »,  Montausier  de  sa  «  bien  réputée  renommée  »  et  Sainte- 
Marthe,  lui-même,  fait,  avec  assez  de  naïveté,  allusion  à  sa 
propre  réputation,  dans  ces  vers  adressés  à  Claudine  Scève  : 

C'est  bien  grand  cas,  en  bruit  estre  nommé, 
Par  un  autlieur  lequel  soit  renommé. 

P.  F.,  p.  158. 

C'est  probablement  à  cette  époque  que  l'état  prospère  de  ses 
affaires  provoqua  l'animosité  d'Hubert  Sussanneau,  dissolu  et 
méchant,  malgré  sa  science,  et  bien  connu  pour  sa  mauvaise 
langue  ^.  Les  origines  des  mauvaises  dispositions  de  Sussanée 
ne  sont  pas  difficiles  à  trouver  :  Il  est  possible  que  le  méconten- 
tement qu'il  conçut  de  l'amitié  qui  unissait  Sainte-Marthe  à 
Dolet,  avec  qui  Sussanée  s'était  querellé,  y  soit  pour  quelque 
chose  ;  mais  elle  doivent  avoir  de  plus  profondes  racines  dans 
l'incident  de  Grenoble.  On  se  souvient,  en  effet,  que  Sussanée  était 
établi  dans  cette  ville  quand  Sainte-Marthe  y  fut  emprisonné  ; 
qu'il  peut  y  avoir  été  son  supérieur  hiérarchique  pendant  un 
court  laps  de  temps  ;  enfin  qu'il  peut  même  l'avoir  dénoncé  aux 


l'on  rapproche  cette  pièce  des  conclusions  de  deux  épigrammes  adressées  par 
Sainte-Marthe  à  Marot  : 

'(  Qui  reprendra  l'enfant  qui  suit  sou  Père  ?  «  (P.  F.,  p.  55,  cf.  infra, 
p.  131)  et  «  Ays  de  ton  tilz,  (o  Père)  souvenance  »  (P.  F.,  ihid.,  cf.  infra, 
p.  67). 

Le  généalogiste  de  la  fainille  dit  que  Marot  parlait  de  Sainte-Marthe  d'une 
manière  flatteuse  ;  cette  assertion  n'est  peut-être  fondée  que  siu*  la  tradition 
que  cette  épigramme  lui  était  destinée.  (Cf.  Généalogie  de  la  Maison  de  Sainte- 
Marthe,  fol.  30  vo.) 

1.  Pour  les  attaques  de  Sussanée  contre  Tartas,  par  exemple,  cf.  Gaullieur, 
op.  cit.,  p.  63  ;  poiu-  sa  riiptiu-e  avec  Dolet  et  ses  épigi-aiumes  contre  lui,  ci. 
11.  C.  Christie,  op.  cit.,  pjD.  37,  38  et  la  note. 


1540]  GRENOBLE  ;     LYON  03 

autorités,  car  l'orthodoxie  de  Sussanéc  était  d'une  espèce  vindica- 
tive. En  tout  cas,  s'il  eut  la  satisfaction  d'être  élu  maître  de  l'école 
de  Grenoble,  dignité  qu'avait  ambitionnée  Sainte-Marthe,  elle  dut 
être  écUpsée  par  la  jalousie  en  son  cœur  rancunier,  quand  son 
rival  obtint  le  poste  plus  élevé  de  professeur  au  collège  de  la 
Trinité.  On  recoiuiaît  la  voix  du  dépit  et  de  la  jalousie  dans 
répigramme  qu'il  adressa  à  Sainte-Marthe. 

C'est  en  1542  que  parut,  pour  la  première  fois,  cet  épigramme 
dans  une  édition  des  Quarditates  d'Alexandre  de  Villedieu  ^  ; 
mais,  comme  Sainte-Marthe  se  trouvait  alors  en  prison  ^,  il  est 
clair  que  cette  satire  fut  composée  à  une  époque  antérieure  et 
plus  heureuse  de  sa  vie.  L'amiée  même  de  sa  publication,  Sussa- 
née  fut  renvo3'é  par  les  Consuls  de  Grenoble  pour  ivrognerie, 
blasphème,  rixe  et  infidélité  à  ses  devoirs  ;  il  en  appela  au  Parle- 
ment ^  : 

In  Samarthem, 

Te  jactas  evangeliciun,  tibi  Christus  in  ore  est, 
Dicis  Apostolieo  vivere  dulce  modo. 
Dispieiamus  an  id  vere  falsone  loquaris  ; 
Subdola  nani  multis  vox  tua  verba  dédit. 
Pauperiem  Christus  cominendat.  Vives  ciir  te 
Lautius,  o  gurges,  spendidiusque  juvat  ? 
Tu  sublimis  equo  veheris,  servator  Jésus 
Hue  illuc  pedibus  conficiebat  iter. 
Non  tenuis  pannus,  sed  corpus  serica  vêlant, 
Mutua  sunipta  tibi  reddere  nosse  ferunt, 
Gloriosae  vanse  turpine  cupidine  flagras  ? 
Quam  credis  cœlo  vix  quoque  posse  capi, 
Cum  sis  tam  mollis,  tam  luxu  perditus  onini, 
Sin  an  Apostolieo  vivere  more  putas. 


L  Quantitates  Alexandri  Galli,  vulgo  de  villa  dei,  correctione  adhibita  ab  Hu- 
berto  Suasannœo  locupletatœ,  adjectis  utilUaitnis  adnotationibus,  minimeque  vul- 
garibus.  Accesserunt  Accentuum  regulœ  omnium  absolutissimœ,  ex  variis  doctissi- 
inis  que  autoribus  (sic)  collectée,  per  eundem  Sussannœum.  Additus  est  Elegiarum 
ejusdem  liber.  Paris,  1542,  fol.  70.  Je  dois  cette  indication  à  l'obligeance  de  M.  le 
professeur  Abel  Lefranc. 

2.  Cf.  infra,  p.  80. 

3.  Archives  municipales  de  Grenoble,  BB  13,  fol.  22-23.  On  se  plaignait  de  ce 
qu'il  était  «  homme  de  mauvays  exemple  et  tel  que  quant  il  a  commencé  d'ung 
livre  il  ne  continue,  sinon  deux  ou  trois  chappitres  et  puis  en  commence  ung 
aultre  et  puis  est  blasfémeur  de  Dieu  et  la  plupart  du  temps  yvre,  monstrant 
mauvais  exemple  aux  escolliors  pourtans  espéez,  se  bâtant  avecques  l'un  et 
avecques  l'aultre,  ne  continuant  la  lecture  et  plusieurs  aultros  insolences  et 


64  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1540 

Si  peu  justifiée  que  soit  cette  satire,  elle  constitue,  en  faveur  de 
la  situation  de  Sainte-Marthe,  un  témoignage  qui  n'est  pas  à 
négliger.  D'ailleurs,  la  prospérité  et  la  considération  dont  il  jouis- 
sait dans  la  capitale  du  Midi  lui  firent  penser  qu'il  était  assez 
Lyonnais  pour  essayer  d'apaiser  la  querelle  des  maîtres  impri- 
meurs et  des  ouvriers,  où  son  ami  Dolet  avait  épousé  la  cause 
des  ouvriers  ^,  et  c'est  à  ce  propos  que  Sainte-Marthe  composa 
le  rondeau  :  Aux  maistres  et  com'paignons  de  rimprimerie  de 
Lyon,  estant  ensemble  différents  ^. 

Mais  certains  troubles  qui  le  concernaient  plus  particulière- 
ment eurent  lieu  à  Lyon.  Les  affaires  du  Collège  de  la  Trinité^, 
où  il  occupait  une  nouvelle  chaire,  étaient  dans  un  état  alar- 
mant. Transformé  d'École  en  Collège,  en  1527,  et  placé  sous  le 
contrôle  de  la  municipalité,  il  avait  eu  au  nombre  de  ses  Prin- 
cipaux des  hommes  graves  et  de  grande  réputation.  Toutefois, 
sa  condition  présente  était  loin  d'être  satisfaisante  ;  car,  par  suite 
de  l'incapacité  de  son  directeur,  Claude  de  Cublize,  le  désordre 
s'y  était  introduit. 

Depuis  le  mois  d'avril  précédent,  les  régents  et  les  pédagogues 
étaient  sans  cesse  en  révolte  contre  celui-ci  et  avaient  cessé  de 
faire  leurs  cours.  «  Dissolutions  et  insolences  »  s'ensuivirent, 
assez  graves  pour  que  les  conseillers  municipaux  aient  eu  à 
à  craindre  pour  l'existence  même  du  Collège  ^.  Le  plus  distingué 
de  ses  régents,  Barthélémy  Aneau  ^,  qui  était  probablement 
arrivé  vers  1523  et  y  professait  la  rhétorique,  avait  préparé,  le 
29  avril,  le  plan  d'un  règlement  destiné  à  améliorer  la  disci- 
pline. Ses  idées,  pleines  de  bon  sens,  avaient  plu  aux  conseillers 
et  le  4  mai  il  parut  devant  eux,  leur  demanda  de  lui  confier  le 
poste  de  Principal  et  s'offrit  à  aller  à  Paris,  chercher  de  bons  pro- 
fesseurs ^.  La  candidature  du  futur  auteur  du  Quintil  Horatien 
avait  bien  des  raisons  de  plaire  au  Conseil.  On  avait  reconnu  en 


maiilvaj'S  exemple  qu'est  le  grand  dommaige,  pi-ejudice  et  interest  des  enfans 
escolliers  et  de  toute  la  ville  ». 

1.  Cf.  R.  C.  Christie,  op.  cit.,  jjp.   335,  398,  463. 

2.  P.  F.,  p.  104,  cf.  infra,  p.  296. 

3.  Sur  ce  collège,  cf.  J.  L.  Gerig,  Le  Collège  de  la  Trinité.  Paris,  Revue  de  la 
Renaissance,   1910. 

4.  Cf.  Ai-chives  de  la  ville  de  Lyon,  BB  58,  29  avril  1540. 

5.  Sur  Aneau,  cf.  J.  L.  Gerig,  Barthélémy  Aneau,  Revue  de  la  Renaissance, 
vol.  XI,  p.  182  ;  XII,  pp.  1  et  80  (à  sui\Te). 

6.  Cf.  Ai-chives  de  la  ville  de  Lyon,  BB  58,  fol.  01.  Le  4  mai  1540. 


1540]  ORENOBLK  ;    LYON  65 

lui  les  qualités  d'un  professeur  de  talent  et  la  publication  récente  de 
son  Chant  natal  ^  venait  de  donner  un  nouveau  prestige  au  Collège, 
Si  le  Conseil  jugea  nécessaire  de  délibérer  longuement,  nous  pou- 
vons avancer  que  ce  fut  la  conséquence  des  opinions  religieuses 
d'un  honiine  qui  avait  étudié  sous  la  direction  du  protestant 
Melchior  VVohnar,  opinions  dont,  finalement,  il  fut  lui-même 
martyr  '-.  La  délibération  s'acheva  toutefois  par  la  nomination 
d'Aneau  ^,  qui  partit  pour  Paris  à  la  recherche  de  ses  auxiliaires. 
Il  n'avait  pas  encore  terminé  sa  mission  quand  Sainte-Marthe 
entra  en  fonctions  au  Collège,  sous  les  ordres  de  Cublize,  son  chef 
nominal,  qui  n'avait  pas  encore  été  informé  de  son  remplace- 
ment. Il  est  même  possible  que  la  nomination  de  Sainte-Marthe 
ait  été  un  effort  de  sa  part  pour  sauver  la  situation  ;  mais  ce  fut 
peut-être  aussi  le  résultat  d'une  décision  du  Conseil,  ou  d'une  pro- 
position d'Aneau.  Celui-ci,  qu'une  vive  amitié  unissait  à  Dolet  *, 
était  ardent  admirateur  de  Marot,  dont  il  se  proposait  de  conti- 
nuer la  traduction  des  Métamorphoses  ^.  Il  partageait  donc  les 
sympathies  de  Sainte-Marthe,  tant  religieuses  que  littéraires,  et 
pourtant,  après  le  renvoi  de  Cublize  en  date  du  6  juillet,  renvoi 
qu'on  dût  lui  signifier  à  nouveau  le  20,  à  cause  de  sa  résistance^, 
nous  voyons  Sainte-Marthe  présenter  au  Conseil  municipal,  le 
4  août,  un  projet  de  règlement  pour  le  Collège,  que  l'on  mit  de 
côté  pour  le  comparer  avec  celui  d'Aneau  '.  Sans  doute  pensait-il 
que  ce  qu'il  avait  vu  jadis  à  Bordeaux  le  rendrait  utile,  dans  des 
circonstances  si  étrangement  identiques  à  celles  de  la  crise  du 
Collège   de  Guyenne.  En  même  temps,  cela  pourrait  bien  indi- 


1.  Gryphe,  Lyon,  1539. 

2.  Le  5  juin  156L 

3.  Cf.  John  L.  Gerig,  Barthélémy  Aneau  Rev.  de  la  Renaissance,  t.  XII, 
p.  17.  Selon  Charvet,  Etienne  Martellange,  pp.  216  et  217,  il  démissionna  en 
1550  et  ne  reprit  ses  fonctions  en  1558  que  pour  sauver  le  collège  de  la  ruine. 

4.  Cf.  sa  contribution  en  1539  à  la  traduction  du  Genethliacum  de  Dolet  : 
Uavant  naissance  de  Claude  Dolet,  fils  de  Estienne  Dolet,  etc.  R.  C.  Christie, 
pp.  342  et  345. 

5.  Trois  premiers  livres  de  la  Métamorphose  d'Ovide,  trad^^ictz  en  vers  français 
le  premier  et  le  second  par  Clément  Marot,  le  tiers  par  Barthélémy  Anrau,  etc. 
Lyon,  Guil.  Roville,  1556. 

6.  Archives  de  la  ville  de  Lyon,  BB  50,  fol.  81  et  84  v". 

7.  «  Le  mardy  quatriesme  jour  d'aoust  mil  cinq  cens  quarante.  Messire  Sa- 
martains,  régent  au  colliège  de  la  Trinité,  est  venu  au  présent  Consulat  exhiber 
certains  articles  contenans  la  forme  de  régir  et  gouverner  le  colliège  de  la  Trinité 
lequel  a  esté  veu  par  le  Consulat  et  ordonné  le  conférer  avec  les  articles  qu'a 
baillé  M.  Barthélémy  Aigne.  »  Ai-chives  de  la  ville  de  Lyon,  BB  58,  fol.  88. 

5 


66  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1540 

qiier  qu'il  n'était  pas  en  bons  termes  avec  Aneau  ;  ce  qui  est 
d'ailleurs  confirmé  par  ce  fait  que  le  volume  de  poèmes  qu'il 
publia  en  septembre  ne  contient  pas  la  moindre  mention  de  ce 
dernier.  Etant  donné  tout  cela,  il  ne  paraît  pas  improbable 
que  ce  fut  à  Aneau  qu'étaient  adressés  certains  vers  de  Sainte 
Marthe,  où  il  fait  crûment  allusion  à  la  rhétorique  : 

D'un  qui  reprenoit  ses  Œuvres. 
Pour  passe  temps,  en  François  et  Latin, 
J'ay  composé  quelqvi' Œuvre  poétique. 
Eslevé  s'est  un  glorieux  mutin, 
Qui  me  réprend.  O  Juge  tresinique. 
Qui  tant  scavant  te  dys  en  Rhétorique 
Ay  je  failly  ?  monstre  moy  mon  deffault, 
N'ay  je  failly  ?  qu'est  ce  donc  qu'il  te  fault, 
Pour  te  mesler  ainsy  de  mon  affaire  ? 
Cognois  un  peu  que  jugement  te  fault. 
Tu  me  reprends  et  n'en  sçaurois  tant  faire  i. 

Il  est  probable,  s'il  est  vrai  que  les  relations  de  Sainte-Marthe  et 
d' Aneau  n'étaient  pas  amicales,  que  l'entrée  en  fonctions  de  ce 
dernier  détermina  le  départ  du  poète.  Les  régents  étaient  déjà 
arrivés  avant  le  20  juillet  et  c'est,  peut-être,  pourquoi  le  délai 
accordé  à  Cublize  fut  diminué  du  l^^"  octobre  à  la  fin  d'août. 
On  perd  la  trace  de  Sainte-Marthe  à  Lyon  le  l^r  septembre.  C'est 
de  ce  jour  qu'est  datée  la  dédicace  à  la  Duchesse  d'Etampes  de 
son  premier  ouvrage  de  quelque  importance,  sa  Poésie  Françoise  '^. 
Cette  dédicace,  obtenue  de  lui  par  son  ami  le  duc  de  Montausier, 
fournit  à  Sainte-Marthe  le  moyen  de  plaire  à  Saint-Maur,  de  se 
faire  une  puissante  amie  dans  la  personne  de  la  Duchesse  et  de 
se  rendre  agréable  à  la  Reine  de  Navarre,  à  qui  Anne  de  Pisselieu 
était  liée  par  des  liens  d'intérêt  et  peut-être  d'affection  ^.  La 

1.  p.  F.,  p.  58  ;  voyez  aussi  A  un  qui  le  dehortoit  de  mettre  ses  Œuvres  en 
lumière,  P.  F.,  p.  52  ;  cf.  infra,  p.    296. 

2.  Il  est  probable  que  Sainte-Marthe  avait  songé  à  publier  quelques  années 
auparavant  ses  poèmes.  Il  adressa  un  huitain  à  Colin,  abbé  de  Saint-Ambroise 
près  de  Bourges  pour  lui  demander  son  jDatronage  :  A  Monsieur  l'Abbé  de 
Sainct-Ambroise,  il  luy  recommande  ses  Œuvres,  P.  F.,  p.  70.  Mais  Colin  cessa  en 
1537  d'être  en  faveur  à  la  cour.  (Cf.  A.  Heulhard,  Rabelais,  pp.  44,  222,  269  ; 
Guiffrey,  éd.  Marot,  vol.  II,  pp.  182  et  287,  notes,  et  vol.  III,  pp.  192  et  193, 
notes.  Guiffrey,  toutefois,  sans  s'occuper  de  la  différence  des  dates,  cite  une 
partie  du  poème  adressé  à  Colin  qui,  d'après  lui,  prouverait  qu'il  était  un 
protecteur  des  lettres.)  Le  volume  de  Sainte-Marthe  ne  contient  ni  privilège 
ni  achevé  d'imprimer  permettant  d'en  fixer  la  date  avec  plus  de  précision. 

3.  Cf.  Florimond  de  Rsemond,  Histoire  de  Vhérésie,  livre  VII,  p.  849. 


15401  GRENOBLE;    LYON  67 

haine  dont  on  ne  cessait  de  poursuivre  l'hérésie,  cause  même 
des  inimitiés  contre  Sainte-Marthe,  suffit  à  le  recommander  à  hi 
Duchesse  ^  et  il  attendit  dès  lors  beaucoup  de  l'intérêt  qu'il 
pourrait  inspirer  à  la  «  Perle  de  France  ^  ».  C'en  était  assez  pour 
soulager  toutes  ses  misères  et  il  pria  Marot  de  donner  son  appro- 
bation à  son  œuvre,  afin  d'obtenir  plus  sûrement  la  faveur  de 
la  Duchesse  : 

Tu  veois,  Marot,  quel  moyen  j'ay  trouvé 
Donnant  mon  Œuvre  à  la  Perle  de  France, 
De  me  tirer  hors  de  toute  soviffrance. 
Approuves  lé,  desjà  est  approuvé 
Reproues  lé,  desjà  est  reprouvé, 
Ays  de  ton  Filz  (o  Père)  souvenance. 
A  luy  rnesme,  luy  recommandant  ses  Œuvres,  vers  Madame  Içt,  Duchesse 
d''Esta7npes.  P.  F.,  p.  55. 

Ce  bon  conseil  relatif  à  la  dédicace  de  son  livre  ne  fut  pas  le 
seul  service  que  Saint-Maur  rendit  à  Sainte-Marthe.  Il  semble 
qu'il  ait  essayé  de  réconcilier  l'étudiant  vagabond  avec  sa 
famille  :  a  Si  ton  Père,  que  je  cogno}^  bien  estimé  par  ses  Vertus 
et  lettres,  peut  au  long  estre  adverty,  ta  pérégrination  avoir 
esté  exercée  en  scavoir  et  louable  vie,  aura  merveilleusement 
aggréable  ton  heureux  et  désiré  retour,  faisant  le  debvoir  pater- 
nel. De  tes  Frères,  ils  ne  fauldront  au  naturel  et  deu  commandé, 
et  te  peux  persuader  que  tu  en  as  aulcuns  desquels  useras  comme 
de  toy  ^.  » 

Quoique  Sainte-Marthe  semble,  dans  sa  réponse  en  vers  déjà 
citée,  '*  traiter  cette  idée  avec  une  indifférence  voulue,  l'insertion 

1.  Cf.  ibid.,  p.  847. 

2.  Outre  la  lettre  de  dédicace,  Sainte-Marthe  adressa,  ou  dédia  à  la  duchesse 
les  sept  poèmes  suivants  : 

1°  A  Madame  la  Duchesse  d'Estampes,  luy  présentant  ses  Œuvres.  P.  F.,  p.  9. 
Huitain  ; 

2°  De  Madame  la  Duchesse  d'Estampes,  P.  F.,  p.  20.  Huitain  ; 

3.  A  Madame  la  Duchesse  d'Estampes,  P.  F.,  p.  37.  Huitain  ; 

4"  A  Madame  la  Duchesse  d'Estampes,  P.  F.,  p.  62.  Dizain  potn-  la  ]-irier  de 
lui   accorder   son   patronage  ; 

5"  A  Madame  la  Duchesse  d'Estamjws,  luy  recommamlant  son  Œuvre,  P.  F., 
p.  82.  Rondeau  ; 

60  A  Madame  La  Duchesae  d'Estampes,  P.  F.,  p.  125.  Epitre  de  120  vers; 

7°  Elégie.  Du  Tempe  de  France,  en  l'honneur  de  Madame  la  Duchesse  d' Estampes, 
P.  F.,  p.  197,  cf.  infra,  p.  298  et  seq. 

3.  Cf.  infra,  p.  343. 

4.  Cf.  supra,  p.  50  et  seq. 


68  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1540 

dans  le  volume  du  poème  adressé  :  A  son  Seigneur  et  Père,  Medicin 
&  conseiller  ordinaire  du  Boy.  Il  luy  rend  raison  de  sa  Poésie 
Françoise  le  consolant  de  ses  adversités  ^,  donne  lieu  de  croire  à 
une  détente. 

La  lettre  que  Saint-Maur  lui  écrivit  à  ce  sujet,  datée  d'Hyères, 
du  20  juin,  fut  insérée  par  Sainte-Marthe  dans  le  Livre  de  ses 
Amys,  en  une  collection  terminant  son  ouvrage,  à  la  mode  de 
l'époque  2,  et  formée  des  compliments  en  vers  que  lui  adressèrent 
ses  amis  de  plus  grande  valeur.  Les  noms  de  ceux-ci  sont  inté- 
ressants :  Ceux  de  Bigot,  Dolet,  Scève,  parmi  les  plus  distingués, 
sont  placés  en  cet  ordre  au  premier  rang.  Puis  viennent  ceux  de 
Pierre  de  Marillac,  d'Exupère  de  Claveyson,  de  Tolet,  de  Maurice 
Chausson,  de  Jean  Roboam,  de  Jean  Benac,  d'A.  de  Villeneuve, 
de  Charles  du  Puy  ^,  du  chevalier  Grenet.  L'ensemble  du  recueil 
fut  dédié  par  Sainte-Marthe  à  Avanson,  par  reconnaissance  pour 
les  bontés  qu'il  avait  eues  pour  lui,  alors  qu'il  était  à  Grenoble  ^. 
Ses  poèmes  furent  publiés  quelques  mois  après  son  arrivée  à 
Lyon.  Ceci  semble  prouver  que  Sainte-Marthe  se  sentait  suffi- 
samment à  l'abri  des  attaques  dirigées  contre  ses  opinions  ;  car 
ce  volume,  bien  qu'il  contint  un  poème  ou  deux  destinés  à  effacer 
les  doutes  qu'on  pouvait  concevoir  sur  son  orthodoxie,  —  par 
exemple  :  A  tous  Chrestiens,  En  la  personne  de  la  vierge,  Mère  de 
Dieu  et  Qu'on  cognoist  la,  vive  &  vraye  Foy  par  les  Œuvres  ^  — ,  ne 
laissait  pas  de  présenter  des  points  capables  de  faire  naître  le 
soupçon.  Telle  était  par  exemple  son  insistance  à  interpréter 
certains  aspects  de  la  Foi  sur  lesquels  l'Eglise,  à  dessein,  ne  se 
prononçait  pas  à  cette  époque.  Cette  insistance  devenait  de  plus 
en  plus  caractéristique  chez  les  nouveaux  réformés.  La  doctrine 
de  la  Grâce,  par  exemple,  est  exposée  avec  intransigeance  dans 
le  poème  par  lequel  débute  le  livre  troisième  de  la  Poésie  Fran- 
çoise : 

A  Dieu,  Confession  de  son  infirmité,  et  Invocation  de  sa  Grâce. 
Je  scay  (Seigneur)  je  scay,  telle  est  ma  Foy, 
Que  les  Humains  ne  peuvent  rien  de  soy, 

1.  P.  F.,  p.  148. 

2.  Mode  suivie  par  exemple  par  Ducher,  Dolet,  Boiu-bon,  Duchesne,  Salet,  etc. 

3.  Charles  du  Puy,  a  Madamoiselle  Beringue,  l'Amye  de  Monsieur  de  S.  Marthe, 
Livre  de  ses  Amys,  P.  F.,  p.  236. 

4.  Cf.  infra,  p.  326  et  seq. 

5.  P.  F.,  pp.  45  et  62. 


154(11  GRENOBLE;    LYON  69 

Que  se  donner  aulciin  bien  ilz  no  peuvent 
Né  décliner  le  mal,  quand  ilz  le  treuvent, 
Si  telle  force  ilz  n'ont  par  ton  moyen. 
De  toy  (Seigneur)  vient  le  mal  et  le  bien,  etc.  i 

De  même,  le  salut  par  la  Foi  constitue  le  thème  dominant  de  la 
longue  Elégie  du  vray  bien  et  nourriture  de  F  Ame  ^  et  le  poète 
insiste  plus  d'une  fois  sur  la  Prédestination,  comme  par  exemple, 
dans  une  élégie  ^  où  il  célèbre  : 

Le  puissant  uueil 

De  celuy-là,  qui  sur  nous  seul  domine. 
Et  qui  les  maulx  augmente,  ou  bien  termine. 
Ainsi  qu'il  veult,  à  iceulx  mesmement. 
Qui  sont  Esleux,  des  leur  commencemœnt  ; 

ou  bien  encore  dans  certains  vers  de  V Elégie  de  VAme  parlant  au 
Corps  et  monstrante  le  proffit  de  la  Mort  ^  : 

Considérant  en  toy,  que  tous,  jeunes  et  vieulx, 
Ont  l'heiu-e  de  leur  mort  du  Seigneur  destinée, 
Pour  jouyr  de  la  gloire  aux  bons  prédestinée. 

Ces  sentiments,  déjà  assez  suspects,  le  devenaient  davantage 
par  l'omission  de  toute  allusion  aux  Saints  ou  à  toute  interces- 
sion autre  que  celle  du  Sauveur  ^.  Sa  paraphrase  imitée  de  Marot, 
du  psaume  cxx,  ^  que  le  grand  poète  n'avait  pas  composée,  n'était 
pas  faite  pour  recommander  Sainte-Marthe  aux  orthodoxes, 
non  plus  que  son  insistance  sur  la  nature  purement  spirituelle 
du  Sacrement  de  l'Eucharistie  dans  la  :  Balade  double,  contenant 
la  promesse  de  Christ,  sa  Nativité,  Passion,  Résurrection,  &  précieux 
sacrement  de  Son  Corps,  icy  à  nous  délaissé  pour  gaige  de  salut  "^  : 

1.  P.  F.,  p.  115  et  cf.  le  poème  entier,  p.  113  et  seq.  Cf.  aus^  le  di.tain  :  Qu'on 
ne  se  doibt  en  rien  trop  priser  nédepriser  et  A  Dieu,  Invocation  de  sa  grâce.  Ibid., 
pp.  65  et  81. 

2.  P.  F.,  p.  210. 

3.  Elégie  en  forme  d'Epistre,  à  Monsieur  le  Chevalier  de  Monthozier  Que  à  qui 
Jésus  ayde,  rien  ne  peut  nuyre,  P.  F.,  p.  207. 

4.  Vers  alexandrins,  P.  F.,  pp.  214-216. 

5.  Omission  qui  semble  surtout  remarquable  dans  la  Balade  du  protpt  de  la 
Mort  de  Jesu  Christ,  P.  F.,  pp.  108-110  et  dans  le  dizain  :  Jesu  Christ  estant  en 
Croix  parle  à  un  chascun  Chrestien,  ibid.,  p.  73,  qui  contient  ces  paroles  :  «  Seul 
suis  ton  Dieu,  seul  suis  ton  saulvement  »  et  «  Viens  droict  à  moy  sans  avoir 
deffiance  ». 

6.  P.  F.,  p.  48. 

7.  P.  F.,  pp.  110-112. 


70  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1540 

Car  il  luy  est  un  seur  et  riche  gaige. 
De  prendre  part  au  Céleste  héritaige, 
Si  par  Foy  veult  son  Cueur  y  arrester, 
Et  l'arrestant,  par  Foy  plus  le  gouster 
Que  Tpar  la  Chair,  qui  le  contraire  clame, 
Car  on  ne  peut  de  ceste  chair  taster 
Le  divin  j^ain,  nourriture  de  l'Ame. 

Ce  passage  de  Sainte-Marthe  frise,  pour  le  moins,  une  des  doc- 
trines de  Luther  qui  furent  solennellement  condamnées,  en  1521, 
par  la  Faculté  de  Théologie  de  Paris,  savoir  :  celle  qui  consiste 
à  croire  qu'en  la  Foi  réside  l'efficacité  des  Sacrements  ^.  Il  n'est 
pas  davantage  sur  un  terrain  plus  sûr  quand  il  parle  des  Ecritures 
comme  étant  le  pain  incorruptible  de  l'âme  : 

Nourrisez  la  du  pain  incorruptible  : 
C'est  l'escript  sainct,  c'est  la  sacrée  Bible  2. 

Le  jeune  poète  fit  preuve  d'encore  moins  de  discrétion  en 
attaquant  les  docteurs  en  Sorbonne,  les  traitant  de  «  Sophistes  » 
dans  un  rondeau  double  ^,  bien  qu'il  n'eût  pas  grand  chose  à 
craindre  en  s'attaquant  à  ces  ordres  religieux,  victimes  habi- 
tuelles des  satiristes.  Deux  de  ses  épigrammes  sur  les  Francis- 
cains ^  méritent  d'être  citées  pour  elles-mêmes  : 

Epitaphe  d'un  Cordelieb,  lequel  en  sa  vie  avoit  tousjoubs  pbesché 

QUE  SES  MERITES  ESTOIENT  SUFFISANTS  A  LE  SAULVER,  SANS  LA  GrACE 

DE  Dieu. 

Icy  repose  un  grand  religieux 

De  Sainct  François,  qui,  pour  porter  la  haire, 

Et  d'un  habit,  à  plusieurs  odieux. 

Par  le  dehors  l'homme  sainct  contrefaire, 

A  heu  pouvoir  par  ses  Œuvres  perfaire 

Ce  que  n'ont  peu  les  Apostres  jadis. 

O  benoist  froc,  qui  à  peu  le  bien  faire 

De  mériter  sans  Grâce,  Paradis. 


1.  Cf.  Jervis,  Hist.  of  the  church  of  France,  vol.  I,  p.  116. 

2.  Elégie  du  vray  bien  et  nourriture  de  l'Ame,  P.  F.,  p.  213. 

3.  Aux  Sophistes,  P.  F.,  p.  95.  Dans  son  oraison  funèbre  de  Marguerite  de 
Navarre,  neuf  ans  plus  tard,  Sainte-Marthe  écrivit  :  «  Le  nom  de  sophiste,  jadis 
tant  honorable,  est  aujoiird'huy  odieus  à  tous  bons  esprits  par  l'opiniastreté 
d'un  tas  de  babillards  questionnaires  »,  p.  42. 

4.  P.  F.,  p.  46. 


1")-1(»]  GRENOBLE;    LYON  71 

Du  MESME,  PARLANT  APRES  SA  MORT  A  SES  FreRES  1. 

Sus,  lisez  tous,  Frères,  diligemment 
Que  dit  l'Escot  du  mérite  condigne. 
Car  l'on  m'a  dit  icy  apertement 
A  me  saulver  mon  Mérite  ostro  indigne. 
Mais  j'ay  monstre  à  Jesu  Christ,  par  signe, 
Qu'il  ne  debvoit  me  faire  tel  excès. 
Lisez,  lisez,  en  ce  Docteiu-  tresdigne. 
Car  j'ay  espoir  d'en  gagner  mon  procès. 

L'impression  que  l'on  garde  de  l'étude  de  ces  poèmes,  impres- 
sion que  renforce  la  liste  des  personnages  dont  Sainte-Marthe 
escompte  la  protection,  c'est  qu'il  ne  penchait  pas  moins  qu'à 
Poitiers  vers  la  Réforme,  quoi  qu'il  ait  voulu  faire  croire  à  Fau- 
cher. La  protection  de  Marguerite  de  Navarre  et  de  la  Duchesse 
d'Etampes,  suffisamment  puissante  pour  défendre  un  hérétique, 
n'était  pas  faite  pour  donner  à  celui  qui  en  bénéficiait  une  grande 
réputation  d'orthodoxie.  Beaucoup  anathématisaient  encore  le 
nom  de  Marot  et  les  sympathies  de  Montausier  paraissent  suffi- 
samment dans  la  formule  finale  de  sa  lettre  :  «  Je  suppl}^  l'Eternel, 
nostre  justificateur  et  dateur  de  toutes  grâces,  nous  conduire  en 
spirituelle  vie  ». 

Bien  que  ses  relatives  hbertés  de  langage  montrent  qu'il  se 
sentait  en  sûreté,  la  situation  de  Sainte-Marthe  à  Lyon,  à  cause 
de  ces  hbertés  même  ou  pour  d'autres  raisons,  n'était  pas  si 
sûre  qu'il  le  croyait  sans  doute.  En  réalité,  nous  ne  connais- 
sons ni  les  raisons  majeures,  ni  la  date  de  son  départ.  Il  est  pro- 
bable, nous  l'avons  déjà  vu,  que  le  renvoi  de  Cublize  ne  fut  pas 
entièrement  étranger  à  l'événement  ;  peut-être  aussi,  son  vo- 
lume venant  d'être  publié,  avait-il  des  raisons  de  craindre  que, 
malgré  tout,  les  imprudences  de  la  Poésie  Françoise  ne  fussent 
dangereuses  à  mie  époque  où  les  persécutions  devenaient  tous 
les  jours  plus  graves  et  plus  nombreuses,  surtout  dans  le  Dau- 
phiné  et  en  Provence  ^.  Ses  poèmes  furent  assurément  «  receus 
du  publique  selon  les  divers  sentiments  des  personnes  de  ce 
temps  là  ^  »,  comme  le  remarque  sagement  le  généalogiste  de  la 
famille. 


L  Elle  est  suivie  de  l'épigramme  :  .4  un  du  pareil  ordre,  qui  en  preschant, 
donna  la  Foy  au  Diable. 

2.  Cf.  la  lettre  de  Viret,  cit.  infra. 

3.  Généalogie  de  la  Maison  de  Sainte-Marthe,  fol.  25  r". 


72  CHARLES    DE    SAINTE  MARTHE  [1540 

Il  semble  extrêmement  probable  que,  Sainte-Marthe  ayant 
quitté  Lyon  vers  cette  époque,  Marguerite  de  Navarre,  tou- 
jours prête  à  secourir  ceux  qui  étaient  «  persécutés  pour  la  jus- 
tice »,  le  prit  à  son  service.  Il  fit  sûrement  partie  de  sa  suite 
quand  en  décembre,  de  cette  année  sans  doute,  elle  quitta  Paris 
et  se  hâta  vers  Plessis-les-Tours,  pour  y  prendre  des  nouvelles  de 
la  santé  de  Jeanne  d'Albret.  Dans  son  oraison  funèbre  de  la 
Reine,  Sainte-Marthe  a  laissé  un  vivant  récit  de  ce  voyage, 
qui  ne  peut  être  l'œuvre  que  d'un  témoin  oculaire,  même  si  l'on 
veut  bien  tenir  compte  des  artifices  de  l'art  oratoire  ^ 

Le  caractère  particulier  de  son  récit  est  mis  en  lumière  par  le 
contraste  frappant  qu'il  présente  avec  le  passage  qui  le  précède 
immédiatement,  c'est-à-dire  celui  où  il  raconte  la  mort  du  fils 
de  Marguerite  et  dans  lequel  les  détails  sont  rapportés  d'une 
façon  beaucoup  plus  banale,  comme  l'est  l'expression  de  son 
émotion  2.  S'il  ne  s'était  appuyé  sur  ses  souvenirs  personnels, 
Sainte-Marthe  se  serait  exposé  à  de  sévères  critiques  de  la  part 
de  l'auditoire  pour  qui  l'oraison  était  composée,  c'est-à-dire  un 
auditoire  parfaitement  au  courant  des  faits  ;  car  de  nombreuses 
phrases  telles  que  celle-ci  :  «  Mais,  ô  Seigneur  Dieu,  de  quelle 
affection  d'esprit  et  de  quelle  ardente  foy  elle  parloit  à  toy  ^  !  » 
supposent  évidemment  sa  présence  aux  événements.  La  date 
du  voyage  en  question,  sujette  aux  conjectures,  peut  être 
fixée  avec  quelque  chance  de  probabilité,  grâce  aux  événements 
certains  de  la  biographie  de  Sainte-Marthe.  Génin  assigne  celle 
de  1537  à  ce  voyage,  ainsi  qu'à  la  lettre  de  Marguerite  sur  le 
même  sujet  ^  et  à  une  autre  lettre  qui  s'y  rattache  moins  directe- 
ment ^.   Il  suppose  que  les  deux    lettres    datent   du   mois   de 

1.  Or.  fun.  de  Marguerite  de  Navarre,  etc.,  pp.  52-55.  Cf.  infra,  pp.  241- 
244. 

2.  Or.  fun.,  pp.  50-51. 

3.  Ihid.,  pp.   54-55. 

4.  Lettres  de  Marguerite  d' Angoulême,  n°  146.  La  mention  faite  dans  cette 
lettre  du  fait  que  la  nouvelle  de  l'amélioration  de  la  santé  de  sa  fille  arriva  à 
Marguerite  après  minuit  et  de  ce  que  l'enfant  «  a  perdu  sa  fiesvre  et  fort  diminué 
son  flux  du  ventre  »  et  l'allusion  aux  fatigues  de  l'auteur  dues  à  la  «  vie 
que  j'ay  mené  despuis  que  je  partis  »  coïncident  bien  avec  la  description  de 
Sainte-Marthe  de  la  précipitation  du  voyage  et  de  l'arrivée  de  l'évêque  porteur 
des  nouvelles  de  l'enfant  «  que  la  fiebvre  l'avoit  laissée,  que  son  flux  de  sang 
estoit  arresté  »,  cela  seulement  après  que  la  Reine  eût  soupe  et  passé  quelque 
temps  à  prier  et  à  lire.  Cf.  infra,  pp.  241-243.  Cf.  aussi  Génin,  Notice  biogra- 
phique, ibid.,  p.  65. 

5.  Nouvelles  lettres  de  la  Reine  de  No.varre,  n"  102.  Cette  lettre  se  rapporte 


1540]  GRENOBLE  ;    LYON  73 

décembre,  en  s'appu\ant  sur  rassertion  de  Sainte-Marthe  que 
((  ce  fut  aux  plus  courts  jours  ».  Pourtant  la  date  de  1537  ne 
peut  être  bonne,  puisque  Tévêque  qui  vint  annoncer  à  Margue- 
rite, pendant  qu'elle  voyageait,  que  sa  fille  allait  mieux,  Ni- 
cholas  d'Angou,  que  Sainte-Marthe  appelle  «  Nicholas  d'An- 
gu\e,  lors  évêque  de  Saix,  maintenant  de  Mande  «,  ne  fut  pas 
évêque  de  S:iix  avant  le  mois  de  juin  1539.  Quant  à  Sainte- 
Marthe,  il  était,  nous  le  savons,  à  Romans  en  novembre  1539  ^ 
comme  aussi  en  février  de  l'année  suivante  et.  par  conséquent, 
il  est  vraisemblable  qu'il  y  resta  entre  ces  deux  dates  ^.  Vers  la 
fin  de  1541.  il  fut,  ainsi  que  nous  le  verrons  ^,  emprisonné  à 
Grenoble  et  y  resta  jusqu'au  printemps  de  1543.  En  1544  il 
entra  au  service  de  Françoise  d'Alençon  et  il  est  peu  probable, 
d'après  les  expressions  qu'il  emploie,  qu'il  ait  été  au  service  de  la 
Reine  de  Navarre  immédiatement  auparavant  ^.  Le  voyage  eut 
donc  lieu,  selon  toute  probabilité,  en  décembre  de  l'année  1540  5. 
C'est  sans  doute  grâce  à  l'intérêt  qu'il  avait  inspiré  à  Margue- 
rite, à  une  date  plus  reculée,  que  Sainte-Marthe  put  faire  connais- 
sance avec  un  des  Bénacs,  dont  la  famille  eut  pour  chef  le  premier 
baron  de  Béarn,  à  qui  il  adressa  le  poème  A  Jean  Benac,  de  soy  '^, 
lequel  à  son  tour  apporta,  comme  contribution  au  volume  de 
Sainte-Marthe  de  1540,  un  élogieux  huitain  ''.  Le  Bénac  dont  il 
s'agit  est  peut-être  Jean-Marc,  baron  de  Montault  et  de  Bénac, 
ou  plus  probablement,  comme  le  ferait  supposer  le  ton  de  la  dédi- 
cace, un  de  ses  fils,  ou  quelque  autre  parent  ^.  I!  est  aussi  très 
vraisemblablement  que,  grâce  au  même  intermédiaire,  Sainte- 
Marthe  se  lia  avec  Guillaume  de  Balzac  d'Entraigues^,  dont  le 

probablement  à  une  maladie  différente,  car  on  voit  cette  fois  ISIarguerite  assister 
elle-même  l'enfant.  «  A  ce  matin  elle  a  pris  de  la  reubarbe,  dont  je  la  trouve 
amendée.    » 

1.  Il  faut  noter  que  dans  l'utile  publication  de  MM.  Lefranc  et  Boulenger, 
Comptes  de  Louise  de  Savoie  et  de  Marguerite  d^ Angoulênie,  il  n'est  pas  fait  men- 
tion de  Sainte-Marthe  à  l'année  1540. 

2.  Cf.  supra,  p.  42  et  p.  46. 

3.  Cf.  infra,  p.  80,  n.  2. 

4.  Cf.  infra,  p.  93  et  p.   99. 

5.  On  doit  pourtant  remarquer  qu'il  n'est  pas  fait  mention  de  Sainte-Marthe 
pendant  cette  année  dans  le  livre  de  dépenses  de  Frotté,  1540-48,  ni,  à  \-rai  dire, 
jusqu'en  1548. 

6.  P.  F.,  p.  93. 

7.  Jean  Benac  A  Sainte- Marthe,  P.  F.,  p.  235. 

8.  Cf.  Moréri,  Dict.,  et  La  France  Prot.,  art.  Montault. 

9.  Sur  la  naissance  de  la  fille  de  Monsieur  le  Baron  d' Entrai (jues,  P.  F.,  p.  30. 


74  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1541 

le  père  fut  tellement  lié  avec  la  Reine  de  Navarre  qu'il  la  dési- 
gna comme  tutrice  de  son  fils,  et  qu'il  connût  Madame  de 
l'Estrange,  peut-être  cette  même  dame  de  la  Cour  qui  inspira 
les  deux  poèmes  de  Marot  :  A  Madame  de  l'Estrange. 

Sainte-Marthe  ne  resta  auprès  de  la  Reine  de  Navarre  que 
quelques  mois  ;  car  au  début  de  l'année  suivante  il  avait  pris 
une  décision  compromettante  :  Suivant  l'exemple  d'Eustorg  de 
Beaulieu,  de  Cordier  et  de  Zébédée  ^,  —  il  avait  été  chercher 
refuge  à  Genève.  Le  6  février  1541,  Viret  parle  de  lui,  dans  une 
lettre  qu'il  adresse  à  Calvin  ^  pour  le  pres.?er  de  retourner  à 
Genève,  où  tous  souhaitent  de  le  revoir  et  où  tout  réclame  sa 
«  main  guérisseuse  ».  «  Sainte-Marthe,  —  continue  Viret  —  homme 
de  grande  science,  dont  je  crois  que  vous  connaissez  bien  le 
nom,  est  arrivé  ici  aussitôt  qu'il  eut  appris  que  j'}^  étais  moi- 
même  et  que  vous  y  étiez  attendu. 

«  Nous  espérons  facilement  le  convaincre  de  se  fixer  ici,  aussitôt 
qu'il  aura  terminé  certaines  de  ses  affaires  et  spécialement  lors- 
qu'il se  sera  occupé  de  la  jeune  fille  à  laquelle  il  est  fiancé  depuis 
peu  de  temps...  » 

(1517-1555).  La  Reine  obtint  des  lettres  royales  la  relevant  de  sa  tutelle  en  1531. 
Plus  tard,  d'Entraigues  suivit  le  duc  de  Guise,  fut  blessé  sur  le  champ  de  ba- 
taille, en  1555,  et  mourut  au  bout  de  quelques  jours.  Il  était  le  père  du  «  bel 
Entraigues  ».  C'est  probablement  sa  sœur  cjui  est  citée  au  nombre  des  «  filles 
damoiselles  »  de  la  Reine  de  Navarre  en  1529-1530. 

1.  Maturin  Cordier  avait  atteint  Genève  en  1537;  mais,  depuis  son  bannisse- 
ment à  la  fin  de  1538,  il  avait  fait  partie  du  iDersonnel  du  collège  de  Neuchâtel. 
Cf.  Buisson,  op.  cit.,  pp.  127-129.  Zébédée  avait  été  pasteur  à  Orbe  depuis  1538. 
Il  était  encore  bien  vu  par  les  réformateiu'S,  qvioique  son  estime  pour  Zwingle 
ait  déjà  offensé  Calvin.  Cf.  Herminjard,  op.  cit.,  vol.  VI,  p.  191. 

2.  Herminjard,  op.  cit.,  n"  939,  vol.  VII,  p.  13. 


1541 


CHAPITRE  IV 

LA   PERSÉCUTION    DE    GRENOBLE 

C'était  le  sort  de  Sainte-Marthe  d'arriver  au  moment  des 
troubles  dans  chaque  collège  où  il  fut  appelé  à  professer.  Celui 
de  Genève,  réorganisé  par  le  même  Conseil  qui  avait  proclamé 
la  Réforme  en  1536,  avait  bénéficié  de  l'intérêt  que  lui  portait 
Calvin  jusqu'en  1538,  date  à  laquelle  celui-ci  en  fut  banni. 
Depuis  lors,  son  chef,  Saunier,  et  son  grand  collaborateur,  Cor- 
dier,  étant  en  exil,  il  avait  langui  sous  la  direction  de  professeurs 
de  hasard.  Il  était  à  ce  moment-là  régi  par  l'incapable  malade 
Agnet  Buissier  ^,  auquel  Sainte-Marthe,  proposé  au  Conseil  le 
14  février  ^^  par  Jacques  Bernard  et  Champereaulx,  «  Seigneurs 
prédicans  »,  fût  invité  à  succéder.  Dans  sa  lettre  à  Viret,  datée 
du  2  avril,  Calvin  donne  son  approbation  à  ce  choix,  en  même 
temps  que  les  raisons  pour  lesquelles  il  ne  voulait  pas  retourner 
à  Genève  ^. 

Plusieurs  semaines  avant  que  cette  lettre  ait  été  écrite,  Sainte- 
Marthe  s'était  de  nouveau  hasardé  en  France,  dans  l'espoir  d'ar- 
ranger ses  affaires  et  de  faire  venir  à  Genève  sa  fiancée,  Mademoi- 
selle Beringue  très  probablement.  En  fait,  il  s'aventura  non 
seulement  en  France,  mais  encore  dans  la  juridiction  même  du 
Parlement  de  Grenoble.  Il  avait  quitté  Genève  le  dernier  jour 
de  février  et  le  Conseil  l'attendait  encore  en  insistant  pour  que 
Buissier  restât  jusqu'à  son  retour^. 

1.  Cf.  Buisson,  op.  cit.,  vol.  I,  p.  129. 

2.  <t  Les  seigneurs  prédicans  Jaques  Bernard  et  Champereaulx  hont  exposé 
comment  ils  hont  entendus  que  maystre  Agnet,  régent  des  eschoUes  ne  peult 
satisfayre  az  son  office,  et  que  il  y  az  icy  ung  home  bien  propice  poiu"  exercy  ledit 
office,  nommé  Martanus,  priant  il  havoyer  ad\'^'s.  »  Registre  du  Conseil  de 
Genève,  lundi  4  fé\Tier,  1541.  Cit.  (partim),  Herminjard,  op.  cit.,  vol.  VII, 
p.  15,  n.  7. 

3.  «  De  Sammarthano  placet  quod  Senatus  ei  honam  spem  fecit  ».  Herminjard, 
op.  cit.,  vol.  VII,  n"  958,  cit.  Buisson,  op.  cit.,  vol.  I,  p.  132,  n»  3. 

4.  «  Pour  ce  que  maystre  Martanus  doybt  venjT  régenter  les  escholes,  ordonné 
que  maystre  Agnet  serve  jusquez  à  sa  venue  en  le  contenant  de  sa  poienne,  et 


76  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1541 

Ce  n'est  qu'en  avril  qu'on  reçut  à  Genève  de  tristes  nouvelles 
de  Sainte-Marthe.  Il  était  arrivé  en  France  au  moment  où  les 
persécutions,  augmentant  de  violence,  étaient  particulièrement 
graves  à  Romans  et  à  Grenoble  ^,  et  il  avait  encore  été  jeté  en  pri- 
son dans  cette  dernière  ville.  Viret  en  informa  les  pasteurs  de 
Zurich,  le  27  avril,  et  sa  lettre  indique  suffisamment  de  quelle 
considération  jouissait  Sainte-Martlie  : 

«  Il  n'est  personne  »,  dit-il,  «  quoique  tous  nous  soient  chers, 
dont  la  captivité  nous  ait  causé  autant  de  peine  que  celle  de 
Sainte-Marthe,  homme ,  d'une  grande  science  et  d'une  grande 
piété.  Nous  espérions  que  par  ses  soins  le  Collège  de  Genève, 
tombé  en  si  misérable  état,  pourrait  en  être  heureusement  relevé, 
que  les  Belles-lettres  retrouveraient  grâce  à  lui  leur  ancien  lustre, 
après  avoir  été,  à  la  suite  du  bannissement  de  nos  frères,  aban- 
données dans  la  poussière,  négligées  et  méprisées  ;  surtout  qu'à 
cette  époque  le  Seigneur  avait  eu  si  grande  pitié  de  cette  malheu- 
reuse Église  que  les  fruits  et  le  succès  de  l'Evangile  avaient 
dépassé  toutes  les  espérances.  Mais  le  Seigneur  en  a  jugé  diffé- 
remment, de  peur  que  la  félicité  s'étende  à  toutes  choses  ;  c'est 
Lui  qui  a  décidé  que  nous  ne  jouirions  pas  de  joies  parfaites  et 
sans  mélange  sur  cette  terre.  Les  affaires  des  Genevois  promet- 
taient de  devenir  très  heureuses  et  s'amélioraient  de  jour  en  jour  ; 
mais  ce  malheur  nuit  grandement  à  nos  efforts,  tout  dépend 
maintenant  de  nous  ;  le  moment  et  la  meilleure  occasion  sont 
venus  de  relever  tout  ce  qui  était  tombé  en  décadence.  Mais  les 
hommes  recommandables  par  leur  science  et  leur  piété,  capables 
de  le  faire,  font  défaut  ■^.  » 

On  conçoit  qu'un  homme  si  estimé  à  Genève  ait  été  une  proie 
agréable  à  l'élément  intolérant  du  Parlement  de  Grenoble.  Ce 
qui  est  remarquable,  c'est  que  Sainte-Marthe  n'ait  pas  de  lui- 
même  compris  le  danger  qu'il  courait.  Non  content  de  s'aventurer 
une  fois  de  plus  —  quelques  bonnes  raisons  qu'il  ait  eu  de  le 
faire  —  dans  la  juridiction  de  ce  Parlement,  il  n'hésita  pas  à 
attaquer  la  réputation  personnelle  de  ses  ennemis  et  à  s'efforcer 
de  les  faire  condamner.  Si,  pour  lui  ôter  la  vie,  ils  risquaient  leur 


puys  après,  qu'il  soyt  rnuys  az  Sategnyez  poiir  predicant  soub  le  salayre  de  deux 
cent  florins.  »  Registre  du  Conseil  de  Genève,  lungdi  dernier  februarii  1541,  cit. 
Buisson,  op.  cit.,  vol.  I,  p.  132,  n.  2,  et  Herminjard,  op.  cit.,  vol.  VII,  p.  15,  n.  7. 

1.  Cf.  Viret  aux  Pasteurs  de  Zurich,  Herminjard   op.  cit.,  vol.  VII,  n»  968. 

2.  Herminjard,  op.  cit.,  vol.  VII,  n"  968. 


1541]  PERSÉCUTION    DE   GRENOBLE  77 

fortuiK'  l'I  Unir  bien-être,  leur  grand  mobile,  comme  Ta  dit  leur 
victime,  était  la  crainte  qu'ils  avaient  «  d'être  traités  comme  ils  le 
méritaient  et  d'être  peints  sous  leur  vrai  jour  i,  par  son  activité 
et  celle  de  ses  amis  »  ;  «  ce  qui  leur  est  impossible  d'éviter  »,  ajoute 
Sainte-Marthe,  qui  a  laissé  d'eux,  en  effet,  un  portrait  bien 
vivant  :  Nous  y  revoyons  le  rancunier  hypocrite  Mulet,  admi- 
nistrateur ignorant,  époux  cruel  et  infidèle,  suborner  les  témoins, 
fausser  les  jugements,  avide  de  vengeance,  dévoré  de  haine  et  de 
méchanceté  ^  ;  tandis  que  Faysan,  honteux  et  illettré  radoteur, 
instrument  de  son  acol}i:e  plus  habile,  abuse  de  sa  charge  pour 
satisfaire  ses  passions  privées  ^.  Contre  de  tels  ennemis,  si  haut 
placés,  l'issue  de  la  lutte  n'était  pas  douteuse.  «  Je  sais,  ô  Sei- 
gneur »,  s'écrie  le  jeune  homme  dans  sa  paraphrase  du  psaume  vu, 
«  qu'on  subit  un  mauvais  sort  quand  on  tombe  entre  les  mains  de 
celui  avec  qui  on  est  engagé  dans  une  lutte  à  mort  *  ». 

Il  était  facile  d'attaquer  Sainte-Marthe.  Même  en  supposant 
qu'on  ait  oublié  en  partie  les  motifs  de  son  emprisonnement  pré- 
cédent, il  avait  cette  fois  ajouté  à  ses  offenses  la  publication  de 
ses  poèmes  et  sa  visite,  sinon  sa  fuite,  à  Genève.  Toutefois,  pour 
plus  de  sûreté  et  en  prévision  de  l'influence  de  ses  puissants 
amis,  on  donna  à  l'accusation  portée  contre  lui  une  couleur  poli- 
tique. «  On  me  traîne  comme  un  maKaiteur  »,  écrit  la  victime, 
<(  devant  les  conseils  des  puissants  et  l'on  m'amène  devant  les 
juges  comme  mi  scélérat  et  un  ennemi  de  l'ordre  public  '"  ». 
«  Je  les  entends  crier  »,  dit-il  encore,  «  qu'il  périsse,  qu'il  soit 
brûlé  vif  ;  c'est  un  agitateur  de  la  populace  ;  c'est  un  imposteur 
et  un  propagateur  d'impiété  et  de  fausses  doctrines.  Il  s'est 
détourné  de  la  Religion  Chrétienne  pour  rejoindre  les  hérétiques, 
et  s'est  si  bien  compromis  dans  leurs   factions  qu'il  ne  peut  se 


1.  Déd.  à  Avanson,  In  Psahnian  XXXIII...  Paraphrasis,  p.  141.  Cj.  injra, 
p.  329. 

2.  Professus  quidam  apud  Ecclesiam,  set  quid  juvat  Clu'istianum  nomen 
profiter!  et  non  Christiané  vivere  ?  Adulterio  thorum  maritalem  polluere  et 
loco  rep.udiatse  sine  caussa  uxoris  scortum  alere,  testes  corrumpere,  judicia 
invertere  vindictse  cupiditate  deflagi-are  et  innoxivim  sanguineni  sitire,  si  vera 
esset  Chi-istianismi  non  soripsisset  Paulus,  etc.  »  In  Psahnum  Se.ptimum... 
Paraphrasis,  pp.  112  et  113.  •  «-  Isti  cupiditatem  vindictse  ac  crudelitatis  suœ, 
nullo  sanguine  satiare  possiint.  «  In  Psalmum...  XXXIII  Paraplirasis,  p.  106. 

3.  Déd.  à  Avanson.  In  Psalmum...  XXXIII  Paraphrasis,  p.  140. 
•    4.  In  Psalmum  Septimum...  Paraphrasis,  p.  27. 

5.  Ibid.,  p.  70. 


78  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1541 

séparer  d'eux...  Il  pervertit  notre  nation  ;  il  méprise  nos  institu- 
tions, et  ne  répand  que  des  idées  directement  contraires  à  la  Foi 
catholique».  «  Ils  m'assourdissent,  moi  et  les  juges,  de  ces  outra- 
geantes accusations  ^  ».  «  Vous  pouvez  témoigner  »,  écrit-il  plus 
loin,  ((  de  l'injustice  d'une  accusation  capitale  dirigée  contre  moi, 
qui  n'ai  jamais  été  séditieux  et  n'ai  jamais  influencé,  ou  —  ce 
dont  on  m'accuse  —  séduit  le  peuple  par  mes  doctrines  ^  ». 

Il  était  facile  de  confondre  les  théories  politiques  avec  les  reli- 
gieuses dans  la  première  moitié  du  xvi^  siècle,  parce  que  les  doc- 
trines des  réformateurs  étaient  en  vérité  mal  comprises  par  beau- 
coup. Ceux  qui  les  soutenaient  et,  d'autre  part,  leurs  adversaires, 
avaient  sans  doute  conscience,  quoique  d'une  manière  vague,  de 
l'élément  dangereux  pour  le  pouvoir  établi  qu'elles  contenaient. 
Ceux  qu'on  pourrait  appeler  les  hérétiques  orthodoxes  parta- 
geaient avec  les  cathohques  orthodoxes  la  cramte  générale  de 
l'enseignement  anabaptiste  qui,  pour  eux,  mettait  trop  d'em- 
phase sur  ce  vague  élément  et  les  réformateurs  mettaient 
autant  de  soin  à  ne  pas  encourir  la  haine  du  nom  et  de  la  doctrine 
anabaptistes,  que  leurs  ennemis  en  mettaient  à  confondre  toutes 
les  opinions  orthodoxes. 

Poinct  ne  suis  Liitheriste, 

Ne  Zuinglien  et  moins  Anabaptiste. 

Ainsi  Marot  ^,  près  de  quinze  ans  auparavant,  désavouait-il 
les  trois  sectes  qui,  dans  l'opinion  générale,  composaient  toute 
l'hérésie.  «  On  ne  fait  pas  de  différence  »,  écrivait  Sturm,  de 
Paris,  dès  1535,  «  entre  un  Anabaptiste,  un  Erasmien  ou  un 
Luthérien.  —  Ils  sont  tous  sans  distinction  opprimés  et  livrés  à 
la  justice  ;  personne  n'est  sauf  que  le  Papiste  ^  ».  Cette  énumé- 
ration  de  Sturm  prouve  que  ce  que  les  humanistes  et  les  auteurs 
de  la  Réforme  avaient  d'idées  communes  tendait  précisément  à 
la  confusion  de  leurs  doctrines  avec  celle  des  Anabaptistes.  Le 
droit  au  libre  examen,  aussi  cher  aux  humanistes  qu'aux  réfor- 
mateurs, ne  menaçait  pas  que  l'autorité  de  l'Eglise  ;  elle  s'op- 
posait aussi  à  la  tendance  à  l'unité  qui  était  la  politique  de  l'épo- 

1.  In  Psaltnuni  Septinum...  Paraphrasis,  p.  24. 

2.  Ibid.,  p.  30. 

3.  Marot  à  monsieur  Bouchart,  docteur  en  théologie.  Œuvres,  vol.  I,  p.  153. 

4.  Sturm  à  Bucer,   10  mars  1535.  Herminjard,  op.  cit.,  vol.  III,  p.  273,  cit. 
Guiffrey,  Œuvres  de  Clétnent  Marot,  vol.  III,  p.  71,  n. 


1541]  PERSÉCUTION    DE    GRENOBLE  7!» 

que.  Ou  voit  aisciucnt  ce  que  les  bigots  foncièremcut  dénués  ch^ 
scrupules  ])ouvaient  tirer  do  la  méfiance  naturelle  des  princes 
ou  de  l'inquiétude  du  peuple  ignorant  à  l'égard  des  nouvelles 
doctrines.  Sainte-Marthe  s'en  plaint  très  vivement  :  «  Tantôt 
ils  nous  chargent  de  crimes  qui  pourront  facilement  irriter  la 
foule  frivole  ;  tantôt  de  méfaits  assez  graves  pour  enflammer 
contre  nous  le  cœur  des  princes  :  Ils  nous  accusent  de  soulever  le 
peuple  par  notre  doctrine  ^  «.  «  Combien  y  a-t-il  aujourd'hui  », 
s'écrie-t-il  plus  loin,  <(  de  satrapes  de  cour,  de  chasseurs  de  ri- 
chesses, d'hypocrites  de  toute  sorte,  qui  murmurent  aux  oreilles 
des  princes  et  des  magistrats  :  Que  les  prédicateurs  évangéliques 
enjoignent  la  communauté  des  biens  et,  conséquemment,  leur 
ravissent  le  gouvernement,  les  honneurs,  la  puissance,  l'épée 
même,  condamnent  le  bien  et  répandent  la  confusion  ^  ».  Quel- 
ques années  plus  tôt,  l'année  ou  Sturm  écrivit  sa  lettre,  un 
homme  bien  plus  célèbre  que  Sainte-Marthe  avait  élevé  la  même 
plainte  :  «  Tre-?  excellent  Roy  »,  écrivit  Calvin  dans  la  dédicace 
à  François  I^r,  de  son  grand  ouvrage,  «  par  combien  faulses 
calumnies  elle  [c'est-à-dire  la  nouvelle  doctrine]  est  tous  les 
jours  diffamée  envers  toy  ;  c'est  à  scavoir  qu'elle  ne  tend  à  autre 
fin  sinon  que  tous  règnes  et  police  soient  ruinés,  paix  soit  trou- 
blée, les  loix  abolies,  les  seigneuries  et  possessions  dissipées  ;  bref 
que  toutes  choses  soient  renversées  en  confusion^  ».  Ce  désaveu 
était  nécessaire  ;  car  le  roi  était  disposé  à  accepter  cette  concep- 
tion de  la  religion  de  Luther,  «  disant  qu'elle  »,  dit  Brantôme, 
«  et  toute  autre  nouvele  secte  tendoient  plus  à  la  destruction  des 
royaumes,  des  monarchies  et  dominations  nouvelles,  qu'à  l'édi- 
fication des  âmes  ^.  » 

La  Poésie  Françoise  contenait  bien  un  dizain  qu'un  critique 
sévère  aurait  pu  juger  favorable  à  l'une  des  doctrines  anabap- 
tistes; mais  nous  ne  savons  cependant  pas  qu'il  en  ait  été  ques- 
tion : 

FoY,  Espérance  et  Charité  n'estre  qu'un. 

Foy  sans  Amour  ne  peut  estre  Foy  vive, 
Car  vive  Foy  œuvre  par  Charité. 
Et  de  ces  deux.  Espérance  dérive 
Qui  nous  conduit  à  vivre  en  purité. 

1.  In  Psalmum  Septùnum...  Paraphrasis,  p.  40. 

2.  Ibid.,  pp.  127-128. 

3.  Institution  de  la  Relig.  chrest.,  p.  vu.  Cf.  supra,  p.  20,  n.  1. 

4.  Œuvres,  vol.  VIII,  p.  IIG. 


80  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1541 

Nous  espérons  ce  que  la  Vérité 
Nous  a  promis,  en  croyant,  par  ainsy 
Accomplissons  ce  qu'il  commande  aussy,  . 
C'est  d'avoir  tout  (comme  Frères)  commun 
Par  Charité.  Donc  je  metz  par  cecy. 
Foy,  Charité,  et  l'Espérance  en  un. 

P.  F.,  p.  44. 

Quoiqu'il  en  soit,  c'est  comme  Luthérien  et  fauteur  de  troubles 
que  Sainte-Marthe,  ainsi  sans  doute  que  beaucoup  d'autres  ^, 
fut  jeté  en  prison  sans  jugement  ^.  Il  a  laissé  vin  vivant  récit  des 

1.  Quand  il  fut  mis  en  liberté,  il  s'adressa  en  ces  termes  à  ses  compagnons  de 
prison  :  «  Vos  itaque,  qui  mecum  communem  habuistis  carceris  asperitatem 
et  persecutiones,  quam  tam  longo  tempore  sustulisti,  incredibilem  prope  mo- 
lestiani  ;  ostendite  vere  fratres  et  amicos  esse  vos,  et  mecum,  ob  consecutam  a 
Deo  libertatem,  gaudete  et  exultate.  »  In  Psalmum ...  XXXIII  Paraphrasis, 
p.    153. 

2.  Tous  les  biographes,  depuis  le  généalogiste  de  la  famille  jusqu'à  M.  de  Lon- 
gnemare,  placent  cette  persécution  et  cet  emprisonnement  de  Grenoble,  cjuand 
ils  en  parlent,  avant  l'entrée  de  Sainte-Marthe  au  Collège  de  la  Trinité  à  Lyon, 
et  la  publication  de  la  Poésie  Françoise.  Pourtant,  la  France  Protestante  émet  en 
note  l'hypothèse  que  le  séjour  de  Sainte-Marthe  à  Lyon  peut  avoh*  été  antérievu' 
aux  événements  de  Grenoble.  Même  Herminjard  (op.  cit.,  vol.  VII,  p.  91  n.) 
ajoute  dans  une  note  sm*  l'emprisonnement  de  Sainte-Marthe  :  «  On  ne  peut  pas 
concliu-e  que  ce  fut  en  1541  qu'il  fut  jeté  dans  un  affreux  cachot  à  Grenoble  et 
retenu  prisonnier  pendant  deux  ans  et  demi.  »  Voici  les  faits  : 

Faucher,  le  29  juin  1540,  et  Viz-et,  le  27  avril  1541,  parlent  de  Sainte-Marthe 
comme  s'il  était  présentement  en  prison  ;  mais  les  félicitations  que  Montausier 
lui  adressa,  sur  sa  nomination  à  Lyon,  arrivèrent  presque  en  même  temps  que 
la  lettre  de  Faucher,  ce  qui  montre  clairement  que  Sainte-Marthe  était  déjà  en 
liberté  à  l'époque  où  ce  dernier  écrivit  ses  condoléances.  Son  incarcération  à  cette 
époque  n'am'ait  donc  pu  durer  deux  ans  et  demi,  comme  le  dit  Sainte-Marthe, 
car  il  était  à  Romans  le   1 1  février  précédent.  Si  nous  supposons  que  Faucher 
eut  des  nouvelles  tardives  d'un  long  emprisonnement  à  Grenoble   que  Sainte- 
Marthe    aiuait    subi  avant    son    séjour    à  Romans,  il  faudrait    alors    que  cet 
emprisonnement  ait   commencé  dans  le  courant  de  trois  semaines  après  que 
Sainte-Marthe  ait  écrit  sa  lettre  de  1537  à  Calvin  (cf.  supra, -p.  22),  étant  alors 
professeur  à  Poitiers.  Outre  c^u'il  est  peu  probable  qu'il  ait  été  chassé  de  Poitiers, 
qu'il  ait  fait  dans  le  Dauphiné  les  connaissances  que  nous  savons  antérieiu-es  à 
1540,  qu'il  soit  arrivé  à  Grenoble  et  y  ait  subi  un  emprisonnement  de  deux  ans  et 
demi,  le  tout  dans  l'espace  de  temps  admissible,  il  serait  pour  le  naoins  extraordi- 
naire qu'il  ait  demandé  de  Romans  un  poste  à  Grenoble,  immédiatement  après 
s'en  être  échappé  banni  et  ruiné,  et  l'accueil  du  Conseil  serait  encore  plus  surpre- 
nant. De  plus  la  lettre  indignée  adressée  à  Dufoiu"  et  les  dédicaces  adressées  à 
Galbert  et  à  Avanson,   datées  respectivement  du    7  avi-il,  du    15  juin  et  du 
1er  juillet  1543  (cf.  infra),  ont  évidemment  rapport  à  des  malheurs  récents.  On 
s'en  rend  encore  plus  nettement  compte  quand  on  compare  les  généralités  de  la 
dédicace  à  Avanson  de  1540   avec  la  chaleur  et  l'indignation  de  celle  de  1543, 
dans  laquelle  il  prie  Avanson  de  défenche  sa  réputation,  certain  qu'il  est  d'être 
attaqué  par  des  ennemis  avides  de  son  sang  dont  ils  ont  été  frustrés  —  ce  qui 


1543]  PERSÉCUTION    DE    GRENOBLE  81 

souflraiiccs  qu'il  subit  pendant  son  incarcération.  «  Traité  plus 
cruellement  que  ne  le  sont  les  assassins,  les  voleurs,  les  meur- 
triers, ceux  qui  dérobent,  ravissent  et  s'acharnent  dans  le 
crime  »,  on  le  laissa  aux  prises  avec  la  vermine  dans  une  tour 
noire,  solitaire  et  fétide.  Il  avait  toutefois  une  consolation,  car  on 
lui  avait  laissé  un  exemplaire  des  Psaumes.  Ils  firent  mieux  que 
le  consoler.  En  réfléchissant  sur  le  Psaume  xxxiii  (le  trente- 
quatrième  dans  notre  version)  et  sur  les  circonstances  qui  l'ins- 
pirèrent, c'est-à-dire  la  fuite  de  David  de  chez  le  roi  de  Gath, 
il  pensa  à  employer  à  son  profit  le  stratagème  de  David.  Il  simula 
la  folie  et  on  lui  donna  à  l'instant  plus  de  liberté.  —  Il  put  du 
moins  circuler  dans  quelques  passages  de  la  prison  ^. 

Ce  privilège  le  consola  un  peu  et  lui  rendit  espoir.  «  Cette 
petite  liberté  »,  écrit-il  à  son  protecteur  Avanson,  «  m'inspira 
l'espoir  et  la  certitude  que  Celui  qui  avait  commencé  à  me  délivrer 
petit  à  petit  me  rendrait  enfin  quelque  jour  ma  complète  liberté. 
Toutefois  mes  ennemis  ne  le  désiraient  pas  et  ne  s'y  attendaient 
pas  non  plus  et,  même,  ceux-là  qui  souhaitaient  de  me  voir  libre, 
aussi  ardemment  que  s'il  s'agissait  d'eux,  commençaient  aussi 
à  désespérer.  Cet  homme  entêté  (dont  la  fonction  serait  plus 
digne  d'un  gardeur  de  porcs  ou  de  vaches  que  d'un  homme) 
a  remué  toutes  les  pierres  afin  de  me  faire  brûler  vif,  à  n'importe 
quel  prix  -  ».  Mulet  et  Faysan  firent  d'extraordinaires  efforts 
afin  d'obtenir  contre  lui  la  sentence  capitale  :  «  Grenoble  connaît 
assez  ces  deux  hommes  »,  continue  Sainte-Marthe,  «  Grenoble 
sait  qu'ils  ont  consacrés  toutes  les  forces  de  leur  esprit  à  ma  ruine 

serait  une  prière  bien  étrange,  si  elle  avait  été  écrite  trois  ans  après  les  événe- 
ments (Cf.  infra,  pp.  323  et  330).  Les  poèmes  de  1540,  dans  lesquels  il  se  plaint  de 
son  sort  offrent  encore  une  preuve  corroborative  ;  leur  ton  modéré  et  imprécis 
contraste  vivement  avec  les  dédicaces  des  Paraphrases,  qui  expriment  un 
amer  ressentiment.  Etant  donné  que  Sainte-Marthe  précise  qu'il  fut  emprisonné 
«  menses  propre  triginta  »  (Déd.  à  Galbert,  In  Psalmum  Septimum...  Para- 
phrasis,  p.  10.  cf.  infra,  p.  324),  on  i^eut  à  bon  di-oit  conclure  que  le  premier 
emprisonnement  ne  fut  qu'un  prélude  du  second,  qui  dura  au  plus  (en  supposant 
que  la  lettre  à  Dufovir,  cit.  infra,  p.  85  et  seq.,  fut  écrite  de  la  jarison)  du  14  à  la 
fin  de  février  1541  fc/.swprapiD.  75-76),  jusqu'au  15  juin  1543,  ou  quelques  jours 
avant  (cf.  infra  p.  91),  et  dura  au  moins,  en  supposant  que  Sainte-Marthe  était 
libre  quand  il  écrivit  à  Dufour,  du  27  avril  1541,  ou  peu  avant  (cf.  supra  p.  76), 
au  9  mars  1543,  ou  peu  avant  (cf.  infra  p.  86). 

1.  Pour  ces  détails,  cf.  la  Déd.  à  Avanson,  In  Psalmtmi...  XXXIIl  Paraphra- 
sis,  p.  139,  cf.  infra,  p.  328  et  In  Psalmum  Septimutn. .  .Paraphrasis,  p.  21. 

2.  Déd.  à  Avanson,  In  Psalmum...  XXXIIl  Paraphrasis,  pp.   139  et  140, 
cf.  infra,  p.  329. 

6 


82  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1541 

et  n'ont  négligé  aucun  stratagème  pour  éteindre  de  mon  sang  la 
soif  insatiable  de  leur  vengeance  )>.  «  Ils  ont  juré  ma  mort,  même 
s'il  leur  en  coûtait  leur  fortune,  même  s'il  leur  en  coûtait  leur 
sûreté  personnelle  ^.  »  «  Sauvez-moi  de  mes  ennemis  visibles  », 
s'écrie-t-il  dans  sa  Paraphrase  du  Psaume  vu,  «  qui  veulent  me 
voir  supplicié,  pour  la  fausse  accusation  qu'ils  portent  contre  moi, 
et  qui  se  sont  dressés  contre  moi  avec  toutes  leurs  forces.  Ils 
sont  hauts  et  puissants  et  je  suis  humble  ;  ils  sont  armés,  je 
suis  désarmé  ;  ils  sont  riches  et  moi  pauvre  ;  ils  sont  honorés  et 
moi  méprisé  ;  ils  sont  libres,  je  suis  captif  ;  ils  sont  les  vainqueurs, 
je  suis  le  vaincu  ;  ils  sont  heureux  en  ce  monde  et  moi,  abattu, 
le  plus  misérable  d'eux  tous,  si  toutefois  c'est  être  malheureux 
et  misérable  que  de  souffrir  le  mal  pour  Ton  nom  et  pour  la 
justice  2  ».  «  Il  n'est  pas  de  sang  »,  déclare-t-il  encore,  «  qui  puisse 
satisfaire  leurs  désirs  de  vengeance  et  de  cruauté  ^.  » 

Le  résultat  d'une  haine  si  vigoureuse  ne  semblait  pas  dou- 
teux. «  Qui  donc  ne  craindrait  pas  pour  sa  sûreté,  au  milieu  de 
dangers  si  nombreux  et  si  grands?  ^  »  C'est  Sainte-Marthe  qui  le 
dit.  Mulet  essaya  d'abord  par  persuasion  et  par  menace  d'amener 
les  amis  personnels  de  l'accusé  à  porter  témoignage  contre  lui. 
N'y  ayant  pas  réussi,  il  essaya  avec  plus  de  succès  de  suborner 
d'autres  témoins.  «  C'est  à  vous  mon  Ennemi,  que  je  m'adresse  », 
ainsi  s'exprime  Sainte-Marthe,  «  à  vous  qui  avez  remué  toutes 
les  pierres  afin  de  me  faire  condamner  pour  un  crime  capital 
et  qui,  lorsque  vous  avez  vu  que  mon  innocence  était  si  manifeste 
qu'elle  était  au-dessus  de  tout  soupçon,  avez  acquis  des  témoins, 
dont  vous  avez  acheté  à  prix  d'argent  les  faux  témoignages. 
Vous  brûliez  du  désir  de  me  voir  détruit,  et  ne  désiriez  rien  de 
plus  que  de  contempler  ce  misérable  corps  réduit  en  cendres  au 
milieu  des  flammes  ^.  »  Cependant  le  complice  de  Mulet,  que 
Sainte-Marthe  appelle  Sisamnis  —  c'est  presque  sûrement  un 
nom  qu'il  donne  à  Faysan  et  qui  renferme  quelque  allusion,  qui 
nous  échappe  aujourd'hui,  —  adoptait  ses  plans  «  comme  le 
couvercle  s'adapte  sur  le  pot  »,  et  jouait  simultanément  le  double 


1.  Déd.  à  Avanson,  In  Psalmuni...  XXXIII  Paraphrasis,  pp.  140  et  141. 

2.  In  Psalmum  Septinium...  Paraphrasis,  p.  21. 

3.  In  Psalmum...  XXXIII  Paraphrasis,  p.  166. 

4.  Ibid.,  Déd.  à  Avanson,  p.  141. 

5.  In  Psalmum  Septimum...  Paraphrasis,  p.  112. 


1543]  PERSÉCUTION    DE    GRENOBLE  83 

rôle  de  plaignant  et  de  juge  ^.  Ils  essayèrent  tous  deux  d'en 
imposer  à  Sainte-Marthe,  ou  peut-être  de  le  prendre  au  piège 
de  quelque  aveu,  ou  de  quelques  concession  compromettante, 
en  répandant  triomphalement  le  bruit  qu'il  était  pris  sans  espoir 
de  salut.  «  Les  lions  »,  dit-il  tristement,  <c  n'ont  que  des  dents  et 
des  griffes,  des  membres  visibles  dont  ils  se  servent  pour  attaquer  ; 
mais  ceux-là  ont  des  langues  aiguës  et  empoisonnées,  des  mem- 
bres cachés,  par  le  moyen  desquels  ils  me  chassent  de  mes 
retranchements  et  essayent  de  me  transpercer.  Plus  je  me  suis 
humilié,  plus  ils  se  sont  montrés  pleins  de  rage  ^.  » 

Cependant,  malgré  tous  leurs  efforts,  ils  ne  purent  persuader 
au  Parlement  de  Grenoble  de  le  condamner.  Galbert,  son  ancien 
ami,  juge  au  Parlement,  épousa  la  cause  de  Sainte-Marthe  avec 
ardeur,  même  au  risque  de  se  compromettre,  et  il  semble  qu'il 
ait  formellement  entrepris  de  le  défendre  ^.  Avanson,  qui  était 
même  à  cette  heure  un  patron  des  lettres,  —  Sainte-Marthe  parle 
de  sa  «  in  meliores  literas  propensissima  voluntas  ^  »  —  s'inté- 
ressa vivement  au  sort  d'un  érudit  à  qui  il  se  trouvait  déjà 
obligé  par  une  dédicace,  et  à  qui  il  avait  déjà  manifesté  ses 
bons  sentiments.  En  outre  cette  persécution,  si  visiblement  ins- 
pirée par  des  motifs  privés,  avait  provoqué  un  scandale  et 
ému  la  sympathie  publique.  «  Ceux  qui  n'étaient  pas  entière- 
ment pour  moi  »,  dit  Sainte-Marthe,  «  lorsque  je  fus  jeté  en 
prison,  devinrent  à  l'instant  mes  intimes  amis  et  les  plus  ar- 
dents défenseurs  de  ma  cause.  Ceux  qui  ne  me  connaissaient 
que  de  vue,  ou  ne  savaient  que  mon  nom,  et  même  ceux  à  qui 
j'étais  entièrement  inconnu  ont  pleuré  à  l'histoire  de  mes  mal- 
heurs, ont  plaint  ma  situation  et  mon  état,  voué  mes  ennemis  à  la 
perdition  et,  autant  qu'ils  l'ont  pu  (car  ce  ne  leur  était  pas  tou- 
jours permis),  m'ont  aidé  de  leurs  biens  ^.  »  Sainte-Marthe  se 
trouvant  appuyé  par  ces  forces,  son  procès  ne  pouvait  pas  facile- 
ment se  terminer  de  manière  hâtive  et  cruelle.  Il  traîna  deux  ans 
ou  davantage,  tandis  que  l'infortuné  savant  languissait  en  prison, 
attendant  à  toute  heure  une  mort  ignominieuse  et  cruelle,  bien 

1.  In  Psalmum  Septimurn...  Paraphrasis,  p.  40  et  Déd.  In  Psalmum... 
XXXIII  Paraphrasis,  p.  140,  cf.  infra,  p.  329. 

2.  In  Psalmum...  XXXIII  Paraphrasis,  p.  165. 

3.  Déd.  à  Galbert,  In  Psalmum  Septimurn...  Paraphrasis,  p.  13,  Cf.  infra, 
p.  325. 

4.  Ibid.,  p.  42. 

5.  In  Psalmum...  XXXIII  Paraphrasis,  p.  164. 


84  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1541 

décidée  depuis  longtemps,  pensait-il  ^.  Mais  le  Parlement  s'il  ne 
voulait  pas  le  condamner,  ne  voulait  pas  non  plus  le  relâcher. 
Comme  les  Parlements  de  Paris,  de  Bordeaux,  de  Dijon  et  de 
Rouen,  celui  de  Grenoble  reçut  précisément  pendant  l'empri- 
sonnement de  Sainte-Marthe,  des  instructions  spéciales,  lui 
enjoignant  d'exécuter  rigoureusement  les  ordonnances  contre 
les  hérétiques  ^,  et  Sainte-Marthe,  comme  d'autres  suspects, 
en  supporta  sans  doute  les  conséquences. 

Il  se  trouvait  déjà  dans  une  triste  situation.  Ruiné,  besogneux, 
délaissé  et  dépouillé  de  tous  ses  biens  ^,  attaqué  aussi  dans  sa 
réputation,  exilé  de  son  pays  dans  une  «  contrée  barbare  et 
Scythienne  »,  loin  de  ses  amis  et  de  ses  parents,  il  n'aurait  pu 
espérer  d'eux  aucun  secours  ^,  même  s'ils  avaient  été  disposé  à 
lui  en  donner,  ce  qui  n'était  pas  très  certain. 

«  Je  puis  garantir  que  beaucoup  de  parents  et  de  connais- 
sances »  écrit  plus  tard  Sainte-Marthe  <(  me  saluent  maintenant 
que  je  suis  libre,  qui  se  conduisirent  d'une  manière  indigne, 
tant  que  j'ai  langui  en  prison,  non  seulement  de  parents  et 
d'amis,  mais  même  de  simples  connaissances,  tant  ils  étaient 
loin  d'accomplir  leur  devoir  de  parents  et  d'amis  ^.  » 

Et  pourtant  —  s'il  eut  bien  des  peines  —  Sainte-Marthe, 
comme  nous  l'avons  vu,  ne  manquait  pas  d'amis  puissants,  et 
il  se  souvint  alors  d'un  autre,  capable  de  le  soutenir  effective- 
ment. Son  emprisonnement  lui  avait  donné  le  temps  d'écrire 
plusieurs  paraphrases  des  Psaumes,  une  du  septième,  la  plainte 
de  David  en  butte  à  la  même  calomnie  que  celle  dont  il  était 
victime,  et  mie  du  Psaume  cxviii,  qui  ne  nous  est  pas  par- 
venue. Il  envoya  la  première  de  ces  paraphrases  à  Louis  Dufour  ", 
un  des  moines  de  cet  Ordre  Dominicain  capables,  en  tant  qu'in- 


1.  In  Psalmum...  X.X^X.111  Paraphrasis,  p.  155. 

2.  Actes  de  François  I<^^,  no  12709. 

3.  «  Obscurus  vivo,  abjectus,  egens,  destitutus,  ac  meis  plane  rébus  omnibus 
spoliatus.  Ego  pauper,  adflictus  oppressas,  infamia  a  mundo  aspersus,  explosus, 
et  qui  tôt  sum  in  carcere  incommoda  perpessus.  »  In  Psalmum...  XXXIII  Para- 
phrasis, p.    162. 

4.  Atque  eripuit  (Deus)  ab  iis  (tribulationibus)  me  et  Parentum,  Amieorum 
atque  omnium  prope  hominum  ope  auxilio  destitutum.  »  Ihid.,  p.  147  et  Déd., 
p.  191.  C/.  infra  p.  329. 

5.  In  Psalmum...  XXXIII  Paraphrasis,  p.  190. 

().  Il  n'a  pas  été  mieux  identifié.  La  Généalogie  de  la  Maison  de  Sainte-Marthe 
traduit  ainsi  Furnœus.  On  pourrait  autrement  voir  en  lui  un  membre  de  la 
famille  Fom-nier  de  Lyon.  C'/.  R.  C.  Cliristie,  op.  cit.,  \i.  208  n. 


154o]  PERSÉCUTION    DE    GRENOBLE  85 

quisiteurs  officiels  de  la  Foi,  de  rendre  un  immense  service  à  un 
homme  dans  les  conditions  où  se  trouvait  Sainte-Marthe.  Peut- 
être  avait-il  connu  Dufour  quand  il  étudiait  la  Théologie  à  Poi- 
tiers ;  en  tous  cas  le  moine  approuva  la  Paraphrase,  après 
avoir  fait  quelques  réserves,  et  s'efforça  de  gagner  pour  son  ami 
l'approbation  de  son  Ordre. 

Sainte-Marthe  le  remercia  dans  une  lettre  datée  du  9  mars  1543  ; 
lettre  qui,  il  faut  l'avouer,  l'entraîna  dans  des  sentiments  regret- 
tables dus  à  son  impatience  d'écarter  de  lui  tout  soupçon  ^. 

«  Je  suis  heureux,  très  cher  Louis  »,  écrit-il,  «  de  savoir  que 
ma  Paraphrase  a  plu  aux  frères  de  votre  Ordre,  Cathohques 
savants  ;  non  seulement  parce  que  l'approbation  d'hommes 
excellents  doit  être  considérée  comme  le  plus  bel  éloge,  mais 
aussi  parce  qu'à  une  époque  aussi  tourmentée  que  la  nôtre,  c'est 
un  don  que  Dieu  n'a  pas  fait  à  beaucoup  que  de  plaire  aux  théo- 
logiens et  à  ceux  à  qui  l'inquisition  a  été  confiée.  Car  certains, 
fiers  de  leurs  titres  de  docteurs  et  de  théologiens,  éclatent  presque 
de  rage  si  un  homme,  remarquable  par  la  doctrine,  même  s'ils 
sont  sans  titre  ^,  émet  quoique  ce  soit  qui  ressemble  à  une 
méditation  théologique.  Cependant,  vous  m'écrivez  que  rien  dans 
ma  Paraphrase  n'a  paru  inadmissible  à  votre  Ordre,  mais  que 
l'on  craint  que  ce  que  j'ai  écrit  sur  les  mauvais  princes,  les  juges 
corrumpus,  les  impies  ^,  les  ennemis  de  la  vérité,  puisse  être 
interprété  dans  un  esprit  différent  du  mien  ;  c'est-à-dire  que  l'on 
prenne  le  tout  pour  des  attaques  contre  ceux  qui  poursuivent 
et  punissent  en  ce  moment  les  sectaires  séditieux  et  ceux  qui 
pensent  mal  de  notre  religion.  Je  déteste  si  bien  tous  les  héré- 
tiques, les  athées,  les  Anabaptistes,  les  ÉvangéHques  charnels  et 
tous  les  hommes  venimeux  et  turbulents  de  cette  espèce,  que  je 
voudrais  les  voir  déjà  tous  détruits,  tant  je  suis  loin  de  vouloir 
me  rebeller  contre  les  magistrats  qui  les  punissent  le  plus 
sévèrement. 


1.  Texte  mfra  p.  330  et  seq. 

2.  Sine  nomine. 

3.  Le  passage  en  question  est  dans  la  Paraphrase  du  psaume  vu,  pp.  128 
et  129.  «  Interea,  Principes  multi,  consiliis  hujusmodi  persuasi  ac  graviter  irritati 
Sedechile  sunt  in  Hieremias  saevientes,  et  misère  illos  ac  tyrannicé  in  carcerem 
conjiciontes  ;  sunt  Salomones,  à  vero  Dei  cultu  abducti  colentes  Deos  aliènes, 
et  iis  templa  construentes.  Sunt  Darii  mittentes  in  lacuni  Leonum  permultos 
Danieles.  Sunt  inquam  Herodes,  in  odium  veritatis,  Joannes  quam  pluiùmos 
ultime  supplicie  adficientes  »  etc. 


86  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE  [1543 

«  En  blâmant  les  Princes  qui,  après  avoir  écouté  les  mauvais 
conseils,  font  rage  contre  les  bons  et  les  hommes  pieux,  je  pen- 
sais à  ceux  dont  les  actes  montrent  assez  le  caractère  :  Tels  ceux 
qu'a  souvent  connu  l'Italie  et  l'Angleterre,  il  n'y  a  pas  si  long- 
temps 1.  Mais  je  n'ai  pas  jugé  bon  de  les  désigner  par  leur  nom, 
puisqu'il  est  dangereux  d'écrire  même  la  vérité  au  sujet  de  ces 
princes.  Quant  à  ce  que  j'ai  écrit  sur  les  mauvais  juges  et  les 
impies,  vous  savez  à  qui  cela  s'adresse.  C'est  à  ceux  qui,  sous  le 
faux  prétexte  que  j'étais  Luthérien,  ont  exercé  sur  moi,  un  inno- 
cent, leur  cruelle  vengeance  ;  j'affirme  qu'ils  privent,  par  leurs 
jugements,  l'innocent  du  commerce  des  hommes  et  l'excluent  du 
sein  même  de  l'Eglise.  Je  puis  en  parler  moi-même  qu'ils  se  sont 
efforcés  de  séquestrer  dans  un  sombre  lieu  et,  bien  plus,  ont  privé 
du  très-saint  Sacrement  de  l'Eucharistie,  comme  un  Juif  ou  un 
Turc,  bien  que  je  n'aie  été  convaincu  d'aucun  crime.  Quoi  ! 
N'est-ce  rien  de  chasser  quelqu'un  du  sein  de  l'Eglise  ?  N'est-ce 
rien  que  d'attaquer  la  vérité  ?  Car  il  l'attaque,  celui  qui  avance 
ce  qui  est  faux  et  n'admet  pas  ce  qui  est  vrai.  Quant  au  reste, 
je  sais  qu'il  s'est  toujours  trouvé  des  hommes  et  qu'il  s'en  trouve 
actuellement  pour  calomnier  tout  ce  qui  est  bien,  pour  ma] 
interpréter  tout  ce  qui  est  douteux,  pour  exagérer  de  petites 
choses  et  qui  sont,  en  tout,  juges  d'une  telle  inclémence  qu'ils 
aboutissent  plutôt  à  détruire  qu'à  guérir  celui  qui  par  hasard  a 
fait  un  faux  pas.  Mais  je  ne  doute  pas  que  les  vrais  théologiens» 
c'est-à-dire  les  justes,  les  bons  et  les  savants,  me  feront  justice; 
surtout  si  je  soumets  mes  œuvres,  quelles  qu'elles  soient,  au 
jugement  de  l'Eglise.  Je  vais  revoir  rapidement  mon  commen- 
taire du  Psaume  cent-dix-huit  et,  cela  fait,  je  vous  l'enverrai, 
ainsi  que  vous  me  le  demandez.  Adieu,  très-savant  Dufour. 
Encouragez  votre  Ordre  à  me  continuer  sa  faveur,  que  vous 
m'avez  déjà  obtenue,  de  telle  sorte  qu'elle  grandisse  chaque  jour. 
Grenoble,  le  9  mars  1543.  » 

Il  faut  bien  reconnaître  que  cette  lettre  n'éclaire  pas  le  lecteur 
sur  les  vrais  sentiments  de  Sainte-Marthe.  Il  est  probable  que 
l'on  en  trouverait  la  clef  dans  cette  allusion  à  «  celui  qui  a  fait 
un  faux  pas  »,  et  qu'on  pourrait  voir  ici  une  sorte  de  rétracta- 
tion ou  d'acte  de  soumission.  Plus  d'un  hérétique,  tel  que  l'ami 

1.  Allusion  évidente  à  la  mort  de  Sir  Thomas  More,  huit  ans  auparavant, 
(1535)  et  à  celle  de  Savonarole. 


154;}  1  PERSÉCUTION    DE    GRENOBLE  87 

de  Sainte-Marthe,  Boysonné  i,  avait  trouvé  la  coupe  de  la  persé- 
cution amèrc  à  boire,  et  Sainte-Marthe,  lui-même,  confessa  la 
faiblesse  de  son  cœur  :  «  Notre  chair  (je  l'avoue  et  le  confesse 
d'après  mon  expérience  personnelle),  )-  écrit-il  dans  sa  Paraphrase 
du  Psaume  trente-troisième,  «  est  en  elle-même  si  faible  et  chan- 
geante et  même  si  aveugle,  que  non  seulement  elle  refuse  de 
goûter  aux  fruits  de  la  Croix,  mais  ne  peut  être  convaincue  que 
les  tribulations  servent  à  notre  profit  ^  ».  Il  est,  en  réalité,  pro- 
bable que  les  irrégularités  religieuses  de  Sainte-Marthe  n'allèrent 
pas  jusqu'au  désir  de  se  séparer  de  l'Eglise  et,  à  l'idée  qu'il 
pourrait  être  excommunié,  il  manifeste  un  désespoir  que  l'on 
sent  sincère. 

Sept  ans  plus  tard,  il  affirma  solennellement  son  désir  de  rester 
dans  le  sein  de  l'Eglise  et  de  se  soumettre  à  son  autorité.  S'il 
s'était  jamais  attardé  à  la  pensée  d'un  schisme,  —  ce  qu'implique 
son  voj^age  à  Genève  —  il  avait  maintenant  reçu  une  leçon  dont 
il  avait  profité,  bien  que  sa  soumission  puisse  paraître  étonnante, 
de  la  part  d'mi  homme  qui  flétrissait  ceux  qui  «  connaissent  bien 
la  vérité,  mais  n'osent  la  confesser  ouvertement,  craignant  pour 
eux-mêmes  la  persécution,  la  prison,  l'exil,  la  perte  de  leurs 
biens,  la  diffamation  ou  la  mort  violente  ^  ».  Cependant  les  Para- 
phrases composées  pendant  qu'il  était  en  prison,  soutiennent 
les  idées  Augustiniennes,  peu  goûtées  à  cette  époque.  Si,  par  pru- 
dence, l'Eglise  évita  la  condamnation  et  aima  mieux  reconnaître, 
en  les  atténuant,  des  doctrines  dont  on  pouvait  retrouver  la 
source,  —  bien  que  ce  fût  à  travers  VInstitutio  —  chez  le  Père 
de  l'Eglise,  de  telles  vues  ne  pouvaient  en  la  circonstance  rendre 
Sainte-Marthe  persona  grata  aux  Autorités  qu'il  cherchait  à, 
apaiser  *. 

Ce  fatalisme  où  beaucoup  voient  le  fruit  naturel  de  la  doctrine 
de  la  Prédestination  y  est  exposé  avec  une  sorte  de  franchise 
surabondante.  «  Il  m'a  choisi  de  lui-même  avant  la  création  de 
ce    monde  ^   ».   s'accorde   naturellement    avec   tel  passage   que 


1.  Il  s'était  rétracté  publiquement,  environ  onze  ans  auparavant. 

2.  In  Psalmum...  XXXIII  Paraphrasis,  pp.  158  et  159. 

3.  In  Psalmum  Septimum...  Paraphrasis,  p.  26. 

4.  Les  Dominicains,  s'ils  avaient  examiné  la  Poésie  Françoise,  n'aïu'aient  pas 
goûté  non  plus  les  railleries  répétées  à  l'adresse  du  Frère  Dœmonique,  nom  qui 
semble  bien  être  un  calemboiu*  sur  celui  de  l'Ordre. 

5.  In  Psalmtim  XXXIIII...  Paraphrasis,  p.  146. 


88  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE  [1543 

celui-ci  :  «  Mais   quoi   que  les  tyrans  puissent  faire  soujffrir  à 
notre  corps,  c'est  par  la  Volonté  Divine  qu'ils  le  peuvent,  sans 
le  commandement  de  laquelle  rien  ne    peut  nous    arriver  de 
fâcheux.  C'est  pourquoi,  de  même  que  nous  ne  pouvons  changer 
l'heure  et  la  nature  de  la  mort  qui  nous  a  été  destinée  et  fixée 
par  lui,  ainsi  les  impies  ne  peuvent  sûrement  pas  nous  ôter  la 
vie  avant  notre  jour  ^.  »  Il  expose  la  doctrine  de  la  Grâce  avec 
non  moins  de  clarté.  :  «  Comment  notre  nature   si  corrompue 
aura-t-eUe  de  semblables  sentiments  et  obéira-t-elle  si  parfaite- 
ment sans  la  grâce  du  Saint-Esprit  ?  Certes,  certains  Pélagiens 
présomptueux  ont  osé  se  prévaloir  de  ce  pouvoir  et  de  cette 
liberté  et  enseigner  que  la  force  naturelle,  à  elle  seule,  peut  nous 
inspirer  de  tels  élans  intérieurs,  sans  le  secours  du  Saint-Esprit  ; 
mais  les  hommes  pieux  et  les  fidèles  n'en  furent  jamais  persuadés, 
car  cette  doctrine  tendrait  à  cacher  les  bienfaits  de  Jésus-Christ, 
notre  Sauveur.  Notre  instinct  naturel  nous  enseigne  l'existence 
de  Dieu,  mais  l'horrible  corruption  de  notre  nature  nous  a  si 
bien  voilé  cette  connaissance,  que  notre  esprit  ne  veut  plus  l'ad- 
mettre... Celui  qui  n'exerce  que  ses  facultés  naturelles,  c'est-à- 
dire  qui  vit  d'après  sa  raison  et  ses  sens  naturels,  ne  peut,  sans  le 
secours  du  Saint-Esprit,  croire  en  Dieu  et  le  craindre  ^.  »  Il 
n'insiste   pas   moins,    dans    ses    Paraphrases,  sur  l'importance 
qu'a  la  Bible  comme  source  de  doctrine,  qu'il  l'avait  déjà  fait 
dans  les  poèmes  de  trois  ans  antérieurs,  L'auteur  dénonce  «  nos 
Pharisiens,  qui,  pour  avoir  une  religion  qui  s'accorde  avec  leur 
sensualité,  défendent  la  lecture  de  ton  Evangile,  parce  qu'il  établit 
une  doctrine  contraire  à  leurs  actions  ^  ».  Et  son  apostrophe  à  Gal- 
bert  ne  sonne  d'une  manière  moins  suspecte  :  «  C'est  être  couronné 
que  d'être  outragé  pour  l'Evangile  ;  c'est  être  honoré  que  d'être 
bafoué  pour  l'Ecriture  ;  c'est  être  admis  au  nombre  des  citoj-ens 
du  ciel  que  d'être  chassé  de  son  pays  et  forcé  d'émigrer  pour 
l'Ecriture  ;  c'est  être  sauvé  que  d'être  détruit  pour  l'Ecriture  ; 
enfin,  souffrir  pour  l'Ecriture,  c'est  être  au  comble  du  bonheur. 
C'est  ce  que  veulent  dire  ces  paroles  du  Christ  :  —  Heureux  ceux 
qui  sont  persécutés  pour  la  justice,  car  le  royaume  des  cieux  est 
à  eux  *.  »  Sainte-Marthe  s'attaque  aussi  aux  abus  de  l'Eglise  qu'il 

1.  In  Psalmum  XXXIII...  Paraphrasis,  p.   197. 

2.  In  Psalmum  Septimum...  Paraphrasis,  pp.  118-119. 

3.  Ibid,  p.  67.  Cf.  aussi  Déd.,  ibid,  p.  9.  Cf.  infra,  p.  323  et  seq. 

4.  Déd.,  ibid.,  p.  6. 


1543]  TERSÉCUTION    DE   GRENOBLE  89 

suffisait  de  mentionner  pour  être  soupçonné  de  Luthéranisme. 
u  Que  quelqu'un  condamne  les  abus  »,  écrit-il  à  Galbert,  «  intro- 
duits dans  l'Eglise,  au  plus  grand  dommage  de  la  République 
chrétienne,  par  l'avarice  sans  bornes  de  certains  :  il  doit  être 
Luthérien.  D'autre  part,  qu'on  déclare  que  l'autorité  du  Pontife 
Romain  et  des  autres  ministres  de  l'Eglise  doit  être  confirmée  et 
qu'on  approuve  certaines  cérémonies  vénérables,  qui  refrènent 
et  pour  ainsi  dire  endiguent  les  désirs  humains  :  on  sera  ignomi- 
nieusement qualifié  de  Papiste  ^  ». 

En  somme,  il  est  probable  que  ce  dernier  passage  nous  instruit, 
sinon  des  sentiments  religieux  de  Samte-Marthe,  du  moins  de 
ceux  qu'il  désirait  se  faire  attribuer.  C'étaient  ceux  que  parta- 
geaient beaucoup  de  gens  aux  vues  larges,  parfaitement  ortho- 
doxes, qui  souhaitaient  ardemment  qu'une  réforme  fut  opérée 
au  sein  de  l'Eglise  et  qui,  tout  en  reconnaissant  l'autorité  du 
Pape,  étaient  trop  Gallicans  pour  aimer  le  nom  de  Papiste,  au 
moment  où  le  Concordat  venait  de  concentrer  à  nouveau  l'atten- 
tion sur  les  réclamations  d'indépendance  de  leur  Éghse  ^.  Il  est 
possible  que  l'expérience  brièvement  acquise  par  Sainte-Marthe  à 
Genève  ait  quelque  peu  modifié  ses  vues.  Ses  allusions  aux 
«  Evangélistes  charnels  »  donnent  l'impression  d'mie  certaine 
désillusion  sur  la  Réforme  ou  tout  au  moins  les  réformateurs. 
«  n  y  a  aujourd'hui  »,  écrit-il,  «  beaucoup  d' Evangélistes  de  cette 
espèce,  qui  n'ont  que  l'Evangile  à  la  bouche,  mais  dont  le  cœur 
ne  persévère  point  avec  vigueur  et  puissance  dans  la  Charité 
Evangéhque.  A  quoi  leur  sert-il  d'avoir  mie  doctrine  sincèrement 
pieuse,  si  elle  est  étoufi^ée  par  les  passions  mauvaises  et  si  leur  vie 
est  bornée  par  les  convoitises  de  ce  monde.  Mais  l'amour  de  la 
gloire,  l'amour  de  l'argent,  du  plaisir,  le  désir  de  la  vengeance,  la 
fausse  honte,  la  crainte  de  la  douleur  et  de  la  mort  les  possèdent 
si  bien  qu'ils  sont  non  seulement  incapables  d'instruire  la  foule 
des  sots  par  leur  exemple,  mais  qu'eux-mêmes  et,  avec  eux,  la 


1.  In  Psalmum  Septimum...  Paraphrasis,  pp.  6  et  7. 

2.  Pour  l'histoire  des  longs  débats  entre  l'église  de  France  et  le  Saint-Siège,  cf. 
Gervis,  Hist.  of  the  church  of  France,  vol.  1.  Imbart  de  la  Tour,  Les  Origines  de 
la  Réforme.  Vol.  II,  Livre  I,  chap.  ii  et  m,  Livre  IV,  chap.  i. 

«  La  Pragmatique,  disait  le  chancelier  du  Prat,  en  1517,  nous  a  isolés,  entre 
tous  les  peuples  Catholiejuos,  et  nous  a  fait  considérer  connue  enclins  à  l'héré- 
sie, peut-être  même  comme  attaints  déjà  par  ses  doctrines.  »  Le  marquis  du 
Prat,  Vie  d^ Antoine  du  Prat,  Paris,  1857,  p.  152,  cit.  Henri  Lutterotli,  La  Refor- 
mation en  France,  p.  2. 


90  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1543 

piété  évangélique  deviennent  un  objet  de  mépris,  puisqu'ils  ne 
pratiquent  pas  ce  qu'ils  enseignent.  Si  vous  les  exhortez,  d'une 
manière  toute  chrétienne  à  ne  pas  convertir  la  hberté  évangéli- 
que (la  vraie  liberté  de  l'esprit)  en  hberté  de  la  chair,  mais  à 
unir  aux  pieuses  doctrines  luie  pieuse  conduite  et  si  vous  les 
réprimandez  plus  vivement  devant  leur  obstination,  ils  vous 
flétriront  de  l'accusation  d'athéisme  ^.  » 

Quelque  peu  déçu  donc,  par  les  conséquences  qu'eut  le  nou- 
veau mouvement  religieux  chez  ses  partisans  et  par  son  éloigne- 
ment  de  ce  spiritualisme  philosophique  avec  lequel  il  s'était 
d'abord  confondu  2,  désabusé  par  son  dogmatisme  déjà  marqué, 
dompté  et  soumis  par  d'amères  expériences  et,  cependant, 
cherchant  ardemment  à  justifier  ses  vues  devant  les  Autorités,  " 
tout  en  désirant  sincèrement  garder  sa  place  au  bercail,  ainsi 
pouvons-nous  nous  représenter  Sainte-Marthe  à  la  fin  de  son 
emprisonnement . 

Sa  libération  ne  devait  pas  tarder.  Le  Parlement  mit  en  effet 
son  prisonnier  en  liberté  «  una  hora  et  verbo  uno  ^  »  et  non  pas, 
semble-t-il,  en  vertu  d'un  acquittement,  mais  d'un  jugement  qui 
le  condamnait  à  une  peine  moins  grave  que  celle  qu'espéraient 
obtenir  les  ennemis  du  jeune  savant  —  la  peine  capitale.  Sainte 
Marthe  fut  banni,  ses  biens  furent  confisqués  ;  mais  les  machina- 
tions de  son  ennemi  personnel  semblent  n'avoir  abouti  qu'à  sa 
confusion.  «  A  quoi  a-t-il  enfin  réussi,  sinon  à  m'avoir  fait  long 
temps  séquestrer  ?  «  dit  Sainte-Marthe.  «  Mais  un  bon  nombre  de 
princes  et  de  nobles,  en  vérité  le  Christ  lui-même  ont  été  empri- 
sonnés. Il  m'a  dépouillé  de  tous  mes  biens  ;  ce  qu'il  a  ravi,  ce 
n'est  pas  à  moi  qu'il  l'a  ôté,  mais  à  la  Fortune,  à  qui  appartenait 
ce  que  je  possédais.  Le  Seigneur  me  l'avait  donné,  le  Seigneur  me 
l'a  ôté.  Il  peut  me  rendre  de  meilleures  choses  et  en  plus  grand 
nombre.  Peut-être  m"a-t-il  déshonoré  ?  Il  l'a  essayé,  mais  il  n'a 
pas  réussi  ;  car,  de  même  que  lorsqu'on  mouille  ou  qu'on  immerge 
la  capillaire  elle  semble  rester  sèche,  de  même  la  calomnie  ne 
s'attache  pas  à  l'homme  de  bien,  ni  le  déshonneur,  quoiqu'on 
fasse  pour  cela.  Mais  il  prit  soin  de  me  déposséder  entièrement. 


1.  Déd.  In  Psalmum  Septimum...  Paraphrasis,  jîp.  7  et  8,  cf.  infra,  p.  322 
et  se-q. 

2.  Cf.  Abel  Lefranc,  Le  Platonisme  et  la   Littérature  en  France  (1500-1550), 
Kev.  d'Hist.  litt.,  1896,  pp.  9,  12-13. 

3.  Déd.  Ln  Psalmum  Septimum  ...Paraphrasis,  p.  13. 


154:}  I  PERSÉCUTION    ])E    GRENOBLE  91 

Eh  bien  ?  Me  croyait-il  semblable  à  la  fourmi,  ou  à  l'abeille,  qui 
émigrent  si  elles  sont  chassées  de  leur  fourmilière,  ou  de  leur 
ruche  ?  Mais  un  homme  brave  et  bon  vit  partout  avec  sérénité, 
comme  un  navire  à  Fancre  est  en  sûreté  dans  tous  les  ports  ^.  » 

L'influence  des  Dominicains,  sans  doute  aussi  la  défense  de 
Galbert  et  la  protection  d'Avanson  peuvent  avoir  joué  un  rôle 
dans  cette  décision  du  Parlement  ;  mais  sa  soudaineté  traduit  les 
efforts  d'une  influence  encore  plus  puissante.  Marguerite  de 
Navarre  ne  serait-elle  pas  intervenue  cette  fois,  sinon  dans  une 
précédente  occasion,  en  faveur  de  son  protégé,  comme  elle 
avait  si  souvent  fait  pour  d'autres  ?  Un  passage  introduit  par 
Sainte-Marthe,  plusieurs  années  après,  dans  sa  Paraphrase  du 
Psaume  xcix,  donne  quelque  force  à  cette  supposition  :  «  Si 
nous  avions  des  ennemis  appliqués  à  nous  détruire,  et  que  nous 
ne  puissions  leur  échapper  et  qu'mi  prince  nous  promît  son  appui 
et  la  liberté  par  lettre,  ou  par  message,  et  nous  prît  sous  sa  pro- 
tection, quelle  nouvelle  pourrait  mieux  que  celle-là  ranimer  notre 
courage  ^  ?   » 

Libre,  mais  misérable,  le  banni  retourna  à  Lyon,  son  premier 
refuge.  Il  y  était  déjà  le  15  juin,  car  la  dédicace  à  Galbert  de  sa 
Paraphrase  du  Psaume  vu  est  datée  de  ce  jour  et  de  ce  lieu.  Le 
l^^  juillet  il  dédia  à  Avanson  une  autre  paraphrase,  celle  du 
Psaume  xxxiii,  qui  l'avait  si  bien  inspiré.  Il  l'avait  composée 
à  Grenoble,  ou  à  Lyon,  immédiatement  après  avoir  recouvré  la 
liberté.  Cette  année  même  il  publia  à  Lj'on  les  deux  paraphrases 
avec  leurs  dédicaces  ^,  en  un  seul  volume  qui  comprenait  aussi  sa 
lettre  à  Dufour  et  une  intéressante  épigramme  dirigée  contre  ses 
ennemis.  Cette  épigramme  nous  donne  les  noms  de  ses  persécu- 
teurs et  constitue  mie  dénonciation  de  la  part  qu'ils  ont  prise  dans 
les  deux  condamnations  de  Sainte-Marthe  à  la  prison.  Etant 
donné  son  caractère  mordant,  l'épithète  de  «  gentil  épigramme^  » 
que  lui  donne  le  généalogiste  de  la  famille  est  amusante  : 

1.  Déd.  In  Psalmum  Septimum...  Paraphrasis,  p.  11. 

2.  In  Psalmum  XC...  pia  Meditatio,  fol.  17. 

3.  In  Psalmum  Septimum  et  Psalmum  XXXIII  Paraphrasis  per  Carolum 
Samarthanum.  Je  dois  à  l'obligeance  de  M.  Arthur  Labbé,  de  Châtellerault, 
d'avoir  vu  ce  volume.  Il  me  prêta  son  exemplaire  presque  unique  (reliure  en 
maroquin  rouge  par  Du  Senil,  aux  armes  de  Caumartin  Saint-Ange).  J'en  ai 
depuis  découvert  un  second  à  la  Bibliothèque  Sainte-Geneviève  (n"  B  1515). 
Texte  des  dédicaces,  cf.  infra  pp.  321-330.  Ce  volume  est  la  seule  source  d'in- 
formations dont  nous  disposions  pour  les  événements  de  Grenoble. 

4.  Généalogie  de  la  Maison  de  Sainte- Marthe,  fol.  22  r°. 


92  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1543 

Ad  F.  Faysanum  apud  gratianopolim  senatobem  et  Theod.  Mule- 

TUM  IN  EOD.  SeNATU  ADVOCATUM   BEGITJM  SaMARTHANUS. 

Me  volucris  rostro,  me  Bestia  calée  petivit, 

Nec  nocuit  Volucris,  Bestia  nec  nocuit. 

Iiiunerito  vinctum  Menses  vexasse  triginta\ 

Inque  meam  frustra  pervigilasse  necem, 

Ac  nudum  diu-o  eduxisse  e  carcere,  pulsuiu 

Ingrate,  Getico,  barbaricoque  Solo  ; 

Hsec  fecisse  (inquam)  fas  contra,  juraque  contra. 

Ni  insonti  graviter  sit  nocuisse  Reo  : 

Ut  potuere  igitur  solum  nocuere,  nec  ultra, 

Ut  voluere  etenini  non  nocuere,  sat  est  i. 

1.  In  Psalmum  Septinium  et  Psalmum  XXXIII  Paraphrasis,  p.  1-44. 


1544] 


CHAPITRE  V 

AU    SERVICE    DE    LA    DUCHESSE    DE    BEAUMONT 
ET    DE    LA    REINE    DE    NAVARRE 

Le  second  séjour  de  Sainte-Marthe  à  Lyon  fut  de  courte  durée. 
Il  n'y  était  pas  depuis  plus  d'un  an  quand,  en  1544,  il  entra  au 
service  de  Françoise,  Duchesse  douairière  de  Vendôme  et  de 
Longueville  ^,  qui  venait  d'être  dernièrement  créée  Duchesse 
de  Beaumont  ^.  Dans  l'oraison  funèbre  composée  en  1550  pour 
sa  patronne,  Sainte-Marthe  dit  de  lui-même  qu'il  fut  «  son 
domestique  serviteur  six  ans  continuels  ^  ».  En  réalité,  il  est  clair 
que  c'est  grâce  à  la  duchesse  et  non  pas,  comme  on  l'a  crû  géné- 
ralement, à  Marguerite  de  Navarre,  qu'il  vit  se  lever  l'aurore 
de  jours  plus  fortunés.  Quand  elle  mourut,  moins  d'un  an  après 
Marguerite,  Sainte-Marthe  pleura  en  ces  termes  la  mort  de  ses 
deux  protectrices  :  «  L'une  avoit  été  le  premier  fondement  de 
mon  avantage  sur  lequel  l'autre  avait  commencé  un  bastiment 
qui  eut  poeu  contenter  le  désir  de  mon  esprit  à  l'entretien  & 
continuation  de  mes  études.  L'une  decedee,  ce  commencement 
a  este  ruiné  et  ne  m'estoit  plus  demeuré  que  le  fondement  ;  mais  si 
tost  que  l'autre  a  délaissé  le  monde,  mon  fondement  s'est  crevé 
en  sorte  qu'il  ne  reste  plus  en  mo^^  de  ce  que  j'estoisles  deux 
vivantes,  sinon  une  triste  image  de  ma  ruine  ■*.  »  La  «  première 
pierre  »  des  succès  de  Sainte-Marthe  fut  le  poste  de  procureur 
général  du  nouveau  duché,  qu'il  obtint  dans  l'année  même  de 
son  entrée  au  service  de  la  Duchesse  ^. 

L  Fille  de  Renée  d'Alençon,  et  sœiir  de  Charles,  Duc  d'Alençon,  premier 
époux  de  Marguerite  de  Navarre,  elle  était  veuve  depuis  six  ans  de  Charles  de 
Bourbon,  Duc  de  Vendôme,  son  second  époux.  Le  premier  avait  été  François 
d'Orléans,  Duc  de  Longueville. 

2.  En  septembre  1543,  quand  lo  vicomte  de  Beaumont  et  les  baronnies  de  La 
Flèche,  Château-Gontier,  Sainte-Suzanne,  etc.,  furent  réunies  en  sa  faveur 
en  un  duché-pairie  sous  le  nom  de  Beaumont. 

3.  Oraison  funèbre...  de  Françoise  d'Alençon,  etc.,  fol.  13  v°. 

4.  Ibid.,  fol.  7  vo  et  8  r». 

5.  Odolant  Desnos,  Métnoîres  historiques  sur  la  ville  d'Alençon,  vol.  II,  p.  546, 


94  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1544 

A  ce  poste  était  attaché  le  titre  de  membre  du  Conseil  de  la 
Duchesse  ^.  Françoise  avait  probablement  vu  le  jeune  Sainte- 
Marthe  avant  qu'il  ne  quittât  son  foyer  pour  l'Université,  car 
elle  avait  assisté  à  Fontevrault,  en  1529,  à  la  réception  d'une  de 
ses  filles  comme  novice  ^  et  elle  avait,  en  tout  cas,  des  relations 
étroites  avec  le  couvent.  Ces  relations,  sans  doute,  suffisaient  à 
l'intéresser  en  faveur  de  Sainte-Marthe  ;  mais  il  est  aussi  possible 
que  les  Dominicains  aient  attiré  son  attention  sur  leur  remar- 
quable pénitent.  Le  confesseur  de  Françoise,  Frère  Simon  Ber- 
nard, était  un  Dominicain  et  il  est  fort  possible  qu'il  ait  rappelé 
Sainte-Marthe  à  son  souvenir  ^. 

La  sûreté  du  refuge  que  lui  offrait  le  service  de  la  Duchesse 
était  un  don  du  ciel  pour  Sainte-Marthe  ;  car,  bien  qu'il  eût  reçu 
l'approbation  des  Dominicains,  le  sévère  édit  de  Paris,  promulgué 
un  mois  ou  deux  après  son  arrivée  à  Lyon  *,  doit  Favoir  fait 
trembler  et  davantage  encore  celui  de  septembre  de  la  même 
année,  qui  définissait  clairement  la  doctrine  orthodoxe,  d'après 
la  Sorbonne,  et  énonçait  les  mesures  prises  contre  tous  ceux  qui 
prêchaient  contre  l'un  de  ses  vingt-six  articles^.  La  maison  de 
la  Duchesse  ne  lui  offrait  pas  qu'un  simple  refuge  :  Cette  pieuse 
maîtresse  —  dont  l'orthodoxie  était  au-dessus  de  tout  soupçon  — 
se  plaisait  à  la  lecture  des  Psaumes,  de  la  Bible  et  des  Hymnes 
et  le  tour  d'esprit  «  évangélique  »  de  Sainte-Marthe  fut  bien 
apte  à  conquérir  sa  sympathie. 

Le  protégé  de  Françoise  a  laissé  une  vivante  peinture  de  la 
personne  physique  et  des  qualités  de  sa  protectrice,  «  la  bonne 
entre  les  bonnes  et  la  humaine  entre  les  humaines  ».  Ses  yeux 
lui  refusaient  leur  service.  Elle  était  de  si  forte  corpulence  qu'elle 


si^écifie  que  les  lettres-patentes  lui  conférant  cet  office  sont  datées  du  14  mai 
1545.  M.  de  Longuemare,  op.  cit.,  p.  46,  donne  poiu"  date  le  18  mai,  mais  sans 
citer  de  sources.  Cf.  les  lettres -patentes  d'Antoine  datées  de  1550,  infra, 
p.  336  et  seq. 

1.  La  chronologie  de  l'histoire  des  relations  de  Sainte-Marthe  avec  la  Duchesse, 
donnée  dans  la  Généalogie  de  la  Maison  de  Sainte-Marthe,  fol.  26  v°,  est  erronée. 

2.  Magdaleine  de  Bourbon,  Cart.  Font.  Ehrald.,  fol  357  v°.  Sainte-Marthe, 
Or.  fun.  de  Françoise  d'Alençon ,  fol.  39  r",  donne  la  date  du  25  octobre.  Elle 
prononça  ses  vœux  le  14  octobre  1534. 

3."«  ...  frère  Simon  Bernard,  de  l'ordre  des  Jacobins,  son  pbre  confesseur  et 
ecclésiaste  ordinaire,  vertueuse  et  docte  personne.  »  Or.  fun...,  fol.  34  v°. 

4.  Le  30  juillet  1543.  Actes  de  François  I^^,  n»  13343. 

5.  Ibid.,  n"s  13353  et  13354.  Cf.  aussi  Lutteroth,  op.  cit.,  pp.  37  et  38, 


1548]  LA    DUCHESSE    ET    LA    REINE  95 

no  pouvait  prendre  part  aux  travaux  domestiques,  que  les  doc- 
teurs lui  avaient  interdit  le  repos  et  qu'ils  l'obligeaient  à  «  faire 
exercice  par  deambulations  »  ;  niais,  malgré  cela,  la  noblesse  de 
son  maintien  no  pouvait  échapper  à  personne. 

u  \'ergilo,  parlant  do  Vénus  »,  écrit  Sainte-Marthe,  «  dit  qu'au 
marcher  elle  se  monstra  estre  vraye  Déesse  ;  mais,  s'il  eust 
cogneu  Françoise,  il  eust  poeu  dire  que  sa  parole,  son  maintien, 
son  port,  son  marcher,  ses  gestes,  encore  qu'elle  eust  esté  dé- 
guisée et  couverte  d'autre  habit,  portoient  assés  de  tesmoignage 
quelle  estoit  Princesse  i.  »  Elle  qui  avait  une  intelligence  virile, 
cette  femme  «  qui  sçait  si  noblement  tenir  son  reng  entre  les 
Princesses  que  ses  vertus  souveraines  avoient  donné  à  nostre 
France  grande  occasion  de  se  complaindre  de  Nature  de  quoy  ne 
l'avoit  faicte  homme  ^  »,  se  montra  mère  tendre  et  dévouée  pour 
ses  treize  enfants.  Sainte-Marthe,  qui  en  fut  le  témoin  oculaire  3, 
fait  un  émouvant  récit  de  sa  conduite  pendant  la  longue  et  dou- 
loureuse maladie  de  son  fils  Antoine  :  «  La  mère  qui,  en  l'absence 
de  son  enfant,  de  pitié  et  compassion  de  ses  douleurs  arrousoit 
sa  chambre  de  larmes,  quand  retournoit  vers  luy,  ne  voulant  lu}- 
augmenter  sa  peine  par  sa  tristesse  et  désolation,  reprimoit 
ses  douleurs  et  le  consoloit  avec  un  visage  si  constant  qu'elle 
entretenoit  son  enfant  en  espoir  de  guarison,  encore  que  la 
maladie  fust  de  touts  déplorée.  Et  l'enfant  qui,  en  l'absence  de  sa 
mère,  par  les  doloreuses  plainctes  de  son  mal,  faisoit  fondre  les 
assistants  en  pleurs,  advertis  de  la  venue  de  la  débonnaire  Dame, 
se  contenoit  en  si  magnanime  courage  qu'il  sembloit  ne  sentir 
aucune  douleur  ^  ».  Pendant  que  son  fils  recouvrait  la  santé, 
sa  mère  recevait  la  nouvelle  de  la  mort  soudaine  de  son  second 
fils,  le  vainqueur  de  Cérisolles  ^.  Frappée  de  douleur,  elle  s'ap- 
pliqua à  le  cacher  au  jeune  malade  :  «  Qui  les  eust  veu  l'un  devant 
l'autre,  quand  elle  le  fut  reveoir,  en  n'eust  poeu  juger  qu'elle 
heust  aucune  fascherie  et  tristesse  ;  ne  luy  qu'il  souffrist  aucun 
mal  ^.  » 

L  Or.  fun.,  fol.  13  r"  et  14  v°. 

2.  Or.  fun...  de...  Marguerite  de  Navarre,  p.  44. 

3.  «  Nous  estions  lors  à  Chasteaui-egnauld.  "  Or.  fun...  de  Françoise  d'Alençon, 
fol.  34  r«. 

4.  Or.  fun...  de  Françoise  d'Alençon,  fol.  33  v". 

5.  Le  16  février  1546.  Il  fut  tué  par  un  coffre  de  linge  qui  tomba  d'une  fenêtre 
pendant  qu'il  jouait  avec  Je  Dauphin  et  quelques  seigneurs  de  sa  suite. 

0.  Or.  fun...  de  Françoise  d^Alençon,  fol.  35  r". 


96  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE  [1544 

La  Duchesse  maintenait  chez  elle  une  stricte  disciphne.  Elle 
s'occupait    minutieusement    du    costume,   de  la   tenue  et  des 
amusements  de  ses  dames  d'honneur.  «  Elle  faisoit  aussi  venir 
en  sa  chambre  toutes  les  Demoiselles,  et  (après)  les  avoir  regar- 
dées l'une  après  l'autre,  elle  reprenoit  celle  qui  luy  sembloit 
faire  contenance  et  maintien  rustique  ;  elle  blasmoit  celle  qui 
estoit  moins  que  proprement  et  modestement  parée  ;  elle  prenoit 
l'ouvrage  de  chascune,  s'il  y  avoit  faulte  l'amendoit,  si  le  peu 
d'avancement  portoit  tesmoignage  de  sa  négligence  et  paresse 
la  tenceoit...  Que  si  aucun  leur  vouloit  parler  d'amour,  falloit  que 
ce  fust  de  l'amour  permis...  car  oncques  Ullyxe  n'estouppa  si 
bien  ses  aureiUes  contre  le  deceptif  chant  des  Sirennes,  qu'elles 
estoient  sourdes  a  tels  propos  comme  filles  prudentes  et  rendantes 
bon  tesmoignage  de  leur  nourriture...  Ains  permettoit  qu'elles 
allassent  se  pourmener  &  esbastre  ou  aux  jardins,  ou  en  quelque 
honorable  maison,  ou  qu'elles  balassent,  ou  qu'elles  jouassent 
de  lues,   de  guitternes,   d'espinettes    &   autres  instruments  de 
musique  ^.  »  Profondément  religieuse,  elle  ne  leur  permettait 
d'autre  lecture  que  celle  de  la  Bible  ou  de  «  quelque  historio- 
graphe qui  ne  donnait  aucune  mauvaise  et  impudique  doctrine  », 
ni  d'autres  chants  que  les  Psaumes  ou  les  odes  de  la  Reine  de 
Navarre  ^.  Elle  imita  même  sa  belle-sœur,  en  faisant  adapter  des 
hymnes  à  des  airs  populaires,  «  tourna  les  lascives  chansons  de 
l'impudique  Venus  en  hymnes  et  cantiques  spirituelles  ^  ».  Ces 
compositions  étaient  généralement  l'œuvre  de  Charles  de  Bil- 
lon  ^,  son  maître  des  Requêtes,  mais  Sainte-Marthe  fut  quelque- 
fois chargé  de  leur  composition  :  «  Quelque  fois  me  faisoit  tant 
d'honneur  »,  écrit-il,  «  que  de  m'en  commander  autant  ;  &  quand 
j'avoie  escript  quelque  Elégie  qui  parloit  des  bénéfices  de  Jésus, 
de  la  bonté  &  miséricorde  de  Dieu  &  d'autre  telle  matière  chres- 
tienne,  me  la  faisoit  distinctement  lire  devant  elle  en  la  présence 
de  ses  Damoiselles,  pour  les  exciter  tousjours  ala  crainte  et  amour 
de  Dieu  et  leur  faire  gouster  le  fruict  de  pieté  ^  ».  Françoise  ne 
surveillait  pas  moins  vigoureusement  la  conduite  des  gentils- 


1.  Oraison  funèbre  de  François  cV  Alençon,  iol.  lér^elvo. 

2.  Ibid.,  fol.  15  i-o. 

3.  Ibid.,  fol.   15  vo. 

4.  «  Son  maistre  des  requestes,  homine  d'angelic  esprit  &  de  grande  érudi- 
tion. »  Or.  ftin...  de  Françoise  d'' Alençon,  fol.  16  r". 

5.  Ibid.,  fol.  15  v». 


1548]  LA    DUCHESSE    ET   LA    REINE  07 

hommes  de  la  maison.  Elle  considérait  qu'une  seule  réprimande 
devait  suffire,  tant  pour  «  les  mutins  joueurs,  blasphémateurs, 
oultrageus  »  que  pour  ceux  qui  «  entreprirent  sur  les  autres 
estats  &  offices  qu'elle  leur  avoit  distingués  »  ;  après  quoi  ils 
étaient  conduits  en  prison  pour  y  subir  «  bonne  justice  »  ^. 

Si  elle  avait  de  nombreuses  vertus,  elle  ne  manquait  pas  non 
plus  de  fautes.  Généreuse,  pardonnant  aussi  vite  qu'elle  se 
fâchait,  incapable  de  rancune,  affable,  facile  d'accès,  pieuse  et 
charitable,  —  la  Duchesse  avait  les  défauts  de  ses  qualités  -. 
La  présomption  l'irritait  autant  qu'un  véritable  vice  et  on  l'en- 
tendit déclarer  «  tout  hault  et  devant  touts  »  que  jamais 
serviteur  ne  la  gouvernerait  ^.  Elle  avait  toujours  de  lourdes 
dettes  et  certains  murmuraient  qu'elle  n'avait  jamais  de  sa 
vie  payé  ses  serviteurs  *.  Sainte-Marthe  a  tracé  un  curieux 
tableau  de  la  vie  au  jour  le  jour  que  menait  cette  Princesse 
ro3^ale.  Quand  elle  recevait  de  l'argent,  ceux  qui  avaient  la 
chance  de  l'apprendre  et  de  lui  réclamer  le  paiement  de  ce  qui 
leur  était  dû  n'essuyaient  jamais  de  refus  ^,  et  elle  s'arrangeait 
pour  donner  satisfaction  aux  gens  de  sa  maison  en  leur  donnant 
des  charges  aussitôt  qu'il  y  en  avait  de  vacantes.  Pourtant,  quels 
qu'aient  été  ses  défauts,  Françoise  d'Alençon  n'en  était  pas  moins 
capable  de  gagner  l'affection  de  ceux  qui  la  servaient,  et  fut 
sincèrement  regrettée  après  sa  mort.  «  O  franc  cœur  de  Fran- 
çoise »  s'écrie  Sainte-Marthe  ((  o  bonté  incroyable,  o  rare 
exemplaire  de  miséricordieuse  Princesse,  que  tu  as  aujourd'hui 
en  chrestiente  petit  nombre  de  Princes,  a  toy  en  cela  sem- 
blables ^  ». 

Après  une  période  qu'il  doit  avoir  passée  entre  Vendôme,  La 
Flèche  et  Beaumont,  Sainte-Marthe  fut  aussi  appelé  auprès  de 
Marguerite  de  Navarre,  à  titre  de  conseiller  et  de  maître  des 
requêtes,  tandis  qu'il  remplissait  aussi  les  fonctions  de  lieute- 
nant criminel  à  Alençon.  Comme  Sainte-Marthe  dit  lui-même 

L  Or.  fun.  de  Françoise  d'Alençon,  fol.  15  v°  et  16  r". 

2.  Cf.  ibid.,  fols.  30  ro,  26  v",  12  v°,  34  v". 

3.  Par  exemple  «  Et  encor  que  l'advis  et  opinion  de  son  conseil  luy  semblast 
bonne,  elle  la  reprouvoit,  non  pour  ne  la  vouloir  croire  (car,  après,  elle  la  niettoit 
a  exécution),  mais  pour  oster  toute  occasion  aux  gents  de  son  consei  de  se 
jacter  de  la  gouverner.  »  Ibid.,  fol.  16  r*"  et  17  r". 

4.  Ibid.,  fol.  29  r»  et  31  r». 

5.  Ibid.,  fol.  31  r»  et  v». 

6.  Ibid.,  fol.  23  r". 


98  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1548 

qu'il  était  «  et  leur  domestique  et  de  leur  conseil  ^  »,  on  peut 
deviner  qu'il  appartenait  simultanément  aux  hôtels  de  la  Du- 
chesse et  de  la  Reine,  ce  qui  est  une  autre  preuve  de  l'étroite 
affection  qui  jusqu'à  la  fin  unissait  les  deux  femmes,  malgré 
qu'elle  ait  été  menacée  par  le  refus  de  la  Reine  de  consentir 
à  marier  sa  fille  à  Antoine  de  Bourbon  ^  et,  plus  tôt,  par  le 
procès  qu'intentèrent  les  sœurs  de  Charles  d'Alençon,  après  la 
mort  de  ce  dernier,  pour  recouvrer  l'usufruit  du  duché  concédé 
à  sa  veuve  ^. 

Il  est  difficile  de  fixer  la  date  de  l'arrivée  ou  plutôt  du 
retour  de  Sainte-Marthe  chez  la  Reine,  puisque  nous  avons 
établi  la  supposition  qu'il  faisait  partie  de  sa  suite  en  1540.  Il 
n'est  pas  fait  mention  de  lui  avant  1548,  dans  ce  livre  des  dépenses 
de  la  Reine  que  tenait  Frotté  ^  entre  1540  et  1548  ^,  et  son  nom, 
suivi  des  titres  de  conseiller  et  de  maître  des  requêtes  *',  apparaît 
pour  la  première  fois  précisément  en  novembre  1548,  c'est-à-dire 
pendant  ce  mois  de  fêtes  données  à  l'occasion  de  la  visite  de 
Marguerite  à  Vendôme,  la  nouvelle  demeure  de  Jeanne  d'Al- 
bret  '  :  c'est  alors  que  «  Charles  de  Sainte-Marthe,  conseillier  et 
maître  des  requêtes  est  chargé  de  taxer  les  dépenses  de  la  séance 
de  l'échiquier  tenue  à  Alençon  au  mois  de  septembre  dernier  ». 
La  présence  probable  de  Samte-Marthe  à  Vendôme  et  chez 
Françoise  rend  donc  plausible  l'hjrpothèse  que  la  Reine  choisit  ce 
moment  pour  attacher  une  fois  de  plus  Sainte-Marthe  à  sa  per- 

1.  «  J'ay  donc  ample  matière  de  plorer  la  mort  de  mes  maîtresses  qui  les  ayant 
perdues  ay  tout  perdu  :  et  seray  tesmoing  croyable  à  la  prédication  de  leurs 
vertus,  qui  ay  esté,  et  leur  domestique  et  de  leur  conseil.  »  Or.  jun.  de  Françoise 
iV Alençon,  fol.  8  r°. 

2.  Cf.  Ruble,  Le  Mariage  de  Jeanne  d'Albret,  pp.  250-268.  A  Lefranc.  Les  Der- 
nières Poésies  de  Marguerite  de  Navarre,  préface,  pp.  xx-xxii  ;  F.  Frank,  Les 
Marguerites  de  la  Marguerite,  préface,  pp.  xvii  et  xviii. 

3.  En  1259.  Le  procès  fut  terminé  l'année  suivante.  Cf.  Anselme,  Histoire 
généalogique  et  chronologique  de  la  Maison  Royale  de  France  (Paris,  1726-1733), 
vol.  I,  p.  277  et  Génin,  Nouvelles  lettres,  p.  123. 

4.  Le  secrétaii-e  de  la  Reine.  Sainte-Marthe  en  parle  en  ces  termes  :  «  ...  son 
secrétaire  Jehan  Frotté  —  sien  le  dy  je  pource  qu'il  estoit  de  son  privé 
Conseil  comme  son  premier  et  trèseprové  Secrétaire,  homme  de  grande  expé- 
rience et  de  bon  esprit,  prudent  et  hayant  peu  de  semblables  au  debvoir  et  à  la 
diligence  de  son  office,  etc.  »  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  63. 

5.  Edité,  ou  plutôt  analysé,  d'une  manière  satisfaisante  par  le  comte  de  la 
Ferrière-Percy.  Marguerite  d'Angoidême,  son  livre  de  dépenses  (1540-1549). 

6.  Ibid.,  p.   131. 

7.  Cf.  Ruble,  Antoine  de  Bourbon  et  Jeanne  d'Albret,  vol.  I,  pp.  3-5;  La  Fer- 
rière-Percy, op.  cit.,  p.  131. 


1548]  LA    DUCHESSE    ET    LA    REINE  99 

sonne.  L'appui  qu'apporte  à  cette  supposition  l'oraison  funèbre  de 
la  Reine  est  presque  entièrement  négatif.  Sainte-Marthe  n'était 
pas  avec  Marguerite  quand  mourut  François  I^r,  le  31  mars  1547  : 
—  «  elle  mesmes  le  m'a  depuis  ainsi  dit  »  —  c'est  en  ces  termes 
qu'il  parle  du  rêve  que  fit  ce  jour-là  Marguerite  au  sujet 
de  son  frère  ^  ;  mais  il  n'est  pas  douteux  qu'après  être  entré  à  son 
service  il  n'ait  été  étroitement  attaché  à  la  personne  de  la  Reine 
de  Navarre.  «  Nous  estions  lors  au  monastère  de  Thusson  ^  », 
écrit-il,  en  racontant  un  incident  de  la  vie  de  la  Reine  comme  s'il 
faisait  réguhèrement  partie  de  sa  suite.  Il  se  peut  que  sa  nomina- 
tion comme  lieutenant  criminel  d'Alençon^  ait  eu  lieu  avant 
qu'il  soit  devenu  le  serviteur  de  confiance  de  Marguerite,  mais  ces 
fonctions  n'auraient  pu  lui  donner  de  fréquentes  occasions  de 
voir  la  Reine,  qui  passa  ses  dernières  années  à  Pau,  à  Mont-de- 
Marsan  et  à  Nérac,  sauf  quelques  exceptions  au  nombre  des- 
quelles nous  ne  pouvons  compter  aucun  voyage  à  Alençon 
après  1544.  Il  est  donc  probable  que  Sainte-Marthe  ne  devint 
un  intime  de  la  maison  qu'un  an  à  peine  avant  la  mort  de  la 
Reine.  Pour  Marguerite  ces  derniers  jours  furent  remplis  de 
chagrin,  de  désenchantements  et  de  désillusions,  et  la  gratitude 
d'une  âme  de  nature  semblable  à  la  sienne,  comme  l'était  celle 
de  Sainte-Marthe,  doit  avoir  été  pour  eUe  une  source  de  consola- 
tions. 

Sainte-Marthe  se  sentait  en  effet  redevable  d'une  dette  im- 

1.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  104. 

2.  Ibid.,  p.  70.  1.  La  mention  du  monastère  de  Tusson,  où  Marguerite 
chercha  une  retraite  aussitôt  après  la  mort  du  Roi,  ne  doit  pas  forcément 
indiquer  que  la  Reine  et  le  poète  étaient  déjà  en  relations  à  une  date  plus 
ancienne  que  nous  l'avions  supposé  ;  car  on  peut  raisonnablement  supposer 
que  Tusson  était  resté  un  des  endi'oits  où  la  Reine  séjoiu-nait  le,  plus  volon- 
tiers. 

3.  (i  Comme  ce  fut  par  sa  favexir  qu'il  obtint  la  charge  de  lieutenant  criminel 
de  la  ville  d'Alençon,  »  etc.  Scévole  de  Sainte-Marthe  (Colletet),  loc.  cit.  Scévole 
ne  parle  pas  de  la  charge  de  «  Conseillier  à  l'échiquier  et  au  conseil  d'Alençon  » 
qu'aurait  eu  Sainte-Marthe  d'après  Odolant  Desnos,  op.  cit.,  vol.  VII,  p.  646, 
qui  ajoute  «  après  l'extinction  de  l'échiquier,  il  fut  lieutenant  criminel  d'Alen- 
çon ».  On  ne  peut  pas  se  fier  à  Odolant  Desnos,  puisque  on  peut  voir  par 
son  assertion  que  Sainte-Marthe  était  encore  lieutenant  criminel  d'Alençon 
en  1562,  alors  qu'il  était  mort  depuis  sept  ans  à  cette  date.  La  généalogie  de  la 
famille  s'exprime  ainsi  (fol.  25  v")  :  «  Marguerite...  l'honnora  de  la  charge  de 
lieutenant  criminel  d'Alençon,  ou  selon  le  témoignage  de  l'histoire  de  Perche, 
de  l'office  de  lieutenant  général  en  cet  exchiquier.  »  Nous  pouvons,  il  me  semble, 
conclure  que  Scévole  n'aurait  pas  manqué  de  mentionner  aucvm  des  titres 
d'honneur  de  son  oncle. 


100  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1548 

mense  envers  celle  qui,  d'après  ses  propres  paroles,  «  de  sa  grâce 
m'a  fait  tant  de  bien  et  d'honneur  que  je  lui  de  vois  et  ce  qui 
est  à  moy  &  moi-mesmes,  tel  que  je  sois  ^  ».  Son  amour  et  son 
admiration  pour  cette  «  femme  incomparable  qui  n'eut  onc  rien 
en  ce  monde  sinon  le  corps  commun  avec  les  aultres  mortels  ^  », 
«  les  vertus  de  laquelle  quand  on  vouldroit  dignement  exprimer 
la  fertilité  d'Homère  en  deviendra  stérile,  le  torrent  de  Démos- 
thène  en  déseicheroit,  la  lumière  et  splendeur  de  l'éloquence 
Tulliane  en  seroit  estainte  ^  )>,  rendent  éloquente  l'oraison 
entière  ;  lui  inspirent  des  termes  affectueux  qui  —  s'ils  sont  moins 
forts  que  ceux  d'  «  Esprit  abstraict  ravy  et  exstatic  »  qu'emploie 
Rabelais,  ou  de  «  corps  féminin,  cœur  d'homme  et  teste  d'Ange  », 
ceux-ci  de  Marot  —  nous  dépeignent  très  bien  les  manières  et  les 
mœurs  de  la  Reine.  Sa  candeur,  «  ingénuité  de  franc  cœur  »,  sa 
((  force  et  magnanimité  »,  sa  «  gravité  tempérée  conjointe  avec 
l'humilité  et  doulceur  »,  sa  courtoisie,  sa  «  doulceur  et  bonté  », 
son  «  excellent  esprit  »,  sa  «  profonde  et  abstruse  érudition  »  et 
«  une  telle  mâle  majesté  que  celui  qui  avoit  offensé  eut  déjà 
voulu  estre  cent  pieds  soubs  terre  »  —  telles  sont  les  qualités 
que  Sainte-Marthe  aime  à  rappeler  ^.  Il  fait  aussi  remarquer  que 
la  Reine  mettait  en  pratique  dans  la  vie  ses  connaissances  philo- 
sophiques ;  qu'elle  protégeait  et  encourageait  les  lettres  ;  qu'elle 
distribuait  avec  désintéressement  les  charges  dont  elle  disposait, 
à  une  époque  où  leur  distribution  était  une  fertile  source  de 
revenus  ;  que,  constante  dans  l'infortune,  elle  pardonnait  géné- 
reusement les  injures  ;  que  la  discipline  qu'elle  avait  établi  sur 
sa  maison  était  raisonnable  et  douce  ;  qu'elle  payait  avec  promp- 
titude et  exactitude  «  le  salaire  du  serviteur  »  ;  qu'elle  se  montrait 
libérale  envers  tous,  même  les  méchants  et  les  vicieux  :  «  Elle 
estoit  le  plus  humaine  et  la  plus  libérale  femme  du  monde  », 
s'écrie-t-il,  «  elle  escouteoit  parler  tous  états  et  toutes  nations 
d'hommes  ;  elle  ne  refuseoit  sa  maison  à  personne  ;  elle  ne  vou- 
loit,  quand  on  la  prioit  de  quelque  chose,  que  celuy  qui  deman- 
deoit  s'en  allast  refusé  ^  »,  «  Tous  les  malades  de  grief ves  mala- 
dies »,  écrit-il  ailleurs,  enthousiasmé  pour  en  avoir  lui-même 

1.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  28. 

2.  Ibid.,  p.  26. 

3.  Ibid.,  p.  28. 

4.  Ibid.,  pp.  99,  64,  60,  80,  31,  84,  49-52,  56-59,  65-67,  83,  87,  88  et  passim. 

5.  Ibid.,  p.  101. 


154!)J  LA    DUCHESSE    ET    LA    REINE  101 

bénéficié,  «  tous  ceuls  qui  souffroient  nécessité  et  indigence,  tous 
ceuls  qui  avoient  pertlu  leurs  biens  et  abandonné  leur  patrie, 
tous  ceuls  qui  fuioient  la  persécution  de  la  mort,  bref  tous  ceuls 
qui  estoient  en  quelque  adversité,  fust  ce  du  corps  ou  de  l'esprit, 
se  retiroient  à  la  Royne  de  Navarre  comme  à  leur  ancre  sacré  et 
extrême  refuge  de  salut  en  ce  monde.  Tu  les  eusses  veus,  à  ce 
port,  les  uns  lever  la  teste  hors  de  mendicité,  les  aultres,  comme 
après  le  naufrage,  embrasser  la  tranquillité  tant  désirée,  les 
autres  se  couvrir  de  sa  faveur  comme  d'un  second  bouclier  d'Ajax, 
contre  ceuls  qui  les  persécutoient  ^  ». 

C'est  à  regret  que  Sainte-Marthe  reconnaît  une  seule  imper- 
fection en  Marguerite  :  Une  «  legierté  de  croire  »,  un  «  esprit  si 
muable  que  facilement  on  la  tourneoit  çà  et  là  »  et,  même  si 
c'était  vrai,  «  il  fault  havoir  égard  au  sexe  ».  Il  l'excuse  aussi, 
ainsi  qu'il  convenait  pour  son  auditoire,  d'avoir  accordé  sa  pro- 
tection à  des  hommes  ((  qui  sentoient  bien  peu  chrestiennement 
de  nostre  foy  et  religion  ^  ».  Il  s'agit  probablement  de  l'infortuné 
Des  Périers,  dont  la  disgrâce^  lui  fournit  une  preuve  de  l'ortho- 
doxie de  son  idole  :  «  Mais  ceuls  qui  n'estoient  de  Dieu,  je  dy 
ceuls  desquels  les  faicts  répugnoient  à  la  parolle,  ceuls  de  qui  la 
vie  estoit  scandaleuse,  ceuls  de  qui  la  doctrine  estoit  doctrine 
inspirée  des  Démons,  une  doctrine  impie,  sacrilègue  &  qui  deust 
estre  dégetée,  après  qu'elle  les  avoit  aigrement  tencés,  après  que 
leur  avoit  monstre  leur  faulte,  après  que  trèshumainement  les 
avoir  voulu  remettre  au  chemin  de  vérité,  s'ils  ne  vouloient  se 
recognoistre  et  amender,  selon  le  précepte  de  S.  Paul  qui  com- 
mande d'éviter  l'hérétique  après  la  première  ou  seconde  admoni- 
tion, incontinent  les  dechasseoit  de  sa  Maison,  de  sa  famille  et 
de  sa  compagnie  *  ». 

Il  était  naturel  que  Sainte-Marthe,  en  tant  qu'érudit  et  pro- 
fesseur, ait  eu  beaucoup  à  nous  dire  de  l'éducation  de  la  Reine, 
grand  sujet  de  souci  pour  son  père  et  pour  sa  mère,  «  mirouer  très 
lucide  de  prudence  et  matronale  gravité  ».  Soumise  à  une  disci- 
pline d'une  sévérité  persanne,  on  lui  inculqua  des  principes 
«  pudiques  et  humains,  sévères  toutefois  et  vraiment  Royaulx  » 

L  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  88-89. 

2.  Ibid.,  pp.  96-lOL 

3.  Sur  cet  incident,  cf.  La  Ferrière-Percy,  op.  cit.,  p.  41  et  seq  ;  L.  Lacoiir, 
Œuvres  Françaises  de  Bonaventure  des  Pericrs,  vol.  I,  p.  1  et  seq. 

4.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  101  et  102. 


102  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1549 

et  son  éducation  intellectuelle  fut  dirigée  par  des  hommes  «  bien 
expérimentés  en  maintes  bonnes  choses,  prudents  et  excellents 
en  toute  manière  de  science  i,  des  experts  et  sages  instructeurs  ». 
L'oraison  funèbre,   qui  diffère  peu  d'une  biographie,    donne 
des  détails  non  seulement  sur  l'éducation  de  Marguerite,  mais 
encore  sur  ses  ancêtres  et  les  principaux  événements    de   son 
existence  :  Ses  deux  mariages,  les  négociations  avec  l'Empereur 
qui  voulait  obtenir  sa  main,  la  naissance  de  ses  enfants,  sa  mis- 
sion en  Espagne,  l'activité  politique  qu'elle  déploya  chez  elle, 
la  mort  de  son  enfant,  «  ravy  devant  son  aige  par  l'envie  des 
fatales  Déesses  ^»,  y  sont  racontés  avec  exactitude  et  éloquence. 
Pourtant,  c'est    surtout  à  raconter,  puisant   dans    ses  propres 
souvenirs,  la  façon  dont  vivait  sa  maîtresse  adorée  qu'il  réussit 
le  mieux.  Il  ne  veut  pas  que  le  lecteur  suppose  que  Marguerite 
était  «  semblable  aux  Dames   de  court  qui  passent  le  jour  en 
oisiveté  et  vaines  paroUes,  ou  ne  s'empeschent  qu'aux  occupa- 
tions et  exercices  féminins.  Certes  il  n'est  pas  ainsi  »,  continue-t-il, 
«  car,  comme  elle  passeoit  toutes  celles  de  son  sexe  de  vivacité 
d'esprit,  et  havoit  en  un  corps  féminin  un  héroïque  et  virile 
cœur  ;  ainsi  vouloit  elle  passer  le  temps  aux  arts  dignes  de  l'oc- 
cupation de  l'homme  et  aux  honnestes  et  louables  exercices  ^  ». 
Dans  ces  pages  de  Sainte-Marthe,  elle  nous  apparaît  donc  acces- 
sible aux  grands  et  aux  petits,  écoutant  chacun  «  de  telle  doul- 
ceur  et  humilité  qu'à  la  veoir  on  ne  l'eust  prinse  pour  une  Royne 
ains  pour  une  simple  Damoiselle  »,  dictant  ou  même  écrivant  de 
sa  main  des  lettres  de  recommandation  pleines  de  douceur,  d'hu- 
manité et  d'affection,  en  recommandant  «  si  affectueusement 
ceulsàlafaveur  desquels  elle  escrivoit  qu'à  veoir  la  lettre  on  l'eust 
jugée  escrire  pour  son  affaire  propre  ».  Nous  la  voyons  qui  donnait 
des  conseils,  des  consolations,  des  encouragements  à  ceux  qui  en 
avaient  besoin  ;  et  «  après  qu'elle  avoit  ainsi  preste  l'aureille  à 
toutes  personnes  &  par  ordre,  elle  demeuroit  ancor  un  peu  là  & 
attendoit  s'il  y  en  avoit  d'aultres  qui  voulussent  parler  à  elle  ». 
Nous  la  voyons  tantôt  distribuer  ses  aumônes  «  secrètement 
&  sans  se  nommer...  afïin  qu'elle  ne  sembleast  vouloir  achapter 
la  faveur  du  peuple  »,  tantôt  recommander  le  soin  des  pauvres 


1.  Or.  jun...   de  M.  de  N.,  pp.  38-44. 

2.  Ibid.,  pp.  44-45. 

3.  Ibid.,  p.  76. 


1548]  LA    DUCHESSE    ET   LA   REINE  103 

à  ses  officiers  «  ...  à  joinctes  mains  &  la  larme  à  l'œil  »  ou,  si  mic 
réprimande  était  nécessaire,  mêler  «  du  miel  avec  cest  aloès  »  en 
parlant  doucement  et  familièrement  au  coupable  i. 

Sainte-jNIartlie  nous  a  aussi  représenté  la  Reine  engagée  en  des 
recherches  plus  intellectuelles,  seule  en  sa  chambre,  aux  mo- 
ments où  son  mari  était  absent,  tenant  «  entre  ses  mains  un  livre 
au  lieu  de  la  quenouille,  une  plume  au  lieu  du  fuseau,  la  touche 
de  ses  tablettes  au  heu  de  l'éguille  ».  EUe  excellait  toutefois  dans 
Fart  de  la  tapisserie  et  en  d'autres  travaux  d'aiguilles  et,  pen- 
dant qu'elle  s'y  livrait,  «  elle  havoit  près  d'elle  quelcun  qui  luy 
lisoit  ou  un  Historiographe,  ou  un  Poëte  ou  un  aultre  notable  & 
utile  auteur,  ou  elle  luy  dicteoit  quelque  méditation  ».  Son  élogieux 
historien  la  vit  lui-même  dicter  en  même  temps  à  deux  secré- 
taires, à  l'un  une  lettre,  à  l'autre  «  des  vers  françois,  qu'elle 
composoit  promptement.  mais  avec  une  érudition  &  gravité  admi- 
rable 2  ».  Pendant  les  repas,  bien  qu'elle  considérât  les  «  propos 
joj'eux  et  recréatifs  »  aussi  nécessaires  que  le  sel,  elle  bannissait 
cette  grossièreté  qui  plaisait  tant  aux  hommes  de  cette  époque, 
et  préférait  s'entretenir  de  médecine,  d'hygiène  «  et  des...  choses 
naturelles  »  avec  ses  médecins  Schyron  [Scuronis],  Cormier  et 
Esterpin  [Sterpin]  ;  d'histoire  et  des  préceptes  de  philosophie 
«  avec  d'autres  très  érudits  persoimages  dont  sa  maison  n'estoit 
jamais  dégarnie  »  ;  de  la  foi  et  de  la  rehgion  chrétienne  avec 
Gérard,  évêque  d'Oléron.  Samte-Marthe  rapporte  minutieuse- 
ment ime  telle  conversation  tenue  à  table,  à  Tusson.  Le  sujet  en 
était  la  parole  du  Christ  :  «  Si  vous  n'êtes  faicts  comme  les 
petits  enfants,  vous  n'entrerez  jamais  au  Royaulme  des  Cieuls.  » 
Après  que  Le  Roux,  le  chapelain  de  la  Reine  eut  cité  saint 
Augustin,  Régin  saint  Jérôme  et  que  Sainte-Marthe  lui-même  eut 
cité  saint  Jean  Chrysostome,  Théophylacte  et  Saint  Hilaire,  la 
savante  Reine  — ^  «  0  seigneur  Dieu  de  quelles  parolles  &  gravité 
de  sentences  !  »  —  développa  son  opinion  personnelle,  au  grand 
dépit  d'un  gentilhomme  espagnol  de  la  compagnie,  qui  se  plaignit 
par  la  suite  «  chez  un  Cardinal  »  d'avoir  entendu  Marguerite 
«  disputer  de  choses  frivolles  &  de  nulle  valleur  avec  je  ne  scay 
quels  bonnets  ronds,  sans  ha  voir  en  sa  compagnie  que  deus  ou 
trois  gentilshommes  »,  et  «  de  ce  qu'elle  ne  luy  dist  un  seul  mot  ». 


1.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  61-64. 

2.  Ibid.,  p.  76. 


lot  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1549 

«  O  complainte  digne  d'un  tel  personnage  !  »  ajoute  Sainte-Marthe, 
qui  traite  l'Espagnol  de  «  beste  &  homme  sans  aulcun  juge- 
ment »  ^. 

Sainte-Marthe  fait  un  touchant  tableau  des  vertus  conjugales 
de  Marguerite,  portrait  plus  heureux  de  sa  vie  d'épouse  que  ceux 
qu'on  a  coutume  de  présenter.  D'après  lui,  Henri  de  Navarre 
<(  aimeoit  la  Royne  sa  femme  d'amour  marital  ».  Il  n'était  pas 
non  plus  de  ceux  qui  s'opposent  à  ce  que  ((  les  femmes  se  meslent 
des  estudes  &  de  parler  des  lettres  ».  Au  contraire,  «.  il  a  tousjours 
révéré  l'esprit  &  l'érudition  de  Marguerite  &  a  fait  mesme  insti- 
tuer sa  fille  Jheanne  es  bonnes  disciplines  &  sciences  par  Nicolas 
Bourbon  ».  Henri  n'était  pas  pour  son  propre  compte  un  des  «  en- 
nemj^s  capitauls  des  Muses  &  de  sçavoir  »,  au  contraire,  ainsi  que 
sa  femme,  «  il  tint  souvent  propos  des  bonnes  Lettres  &  ayma 
grandement  les  gents  lettrés  ^  ».  L'éloge  n'est  pas  excessif  pour 
un  homme  comme  Sainte-Marthe  qui  maniait  aussi  habilement 
le  compliment  que  le   blâme  ;  mais  au  moins  ce  portrait  dif- 
fère-t-il  de  celui  auquel  on  est  accoutumé  et  qui  représente  le  roi 
de  Navarre,  non  seulement  comme  infidèle  à  sa  femme,  mais 
même  comme  la  maltraitant  ^  et  comme  étant  à  son  sujet  dans  les 
plus  mauvaises  dispositions  grâce  à  sa  jalousie  de  leur  fille  ^  ». 
Quant  à  Marguerite,  elle  se  conduisait  en  épouse  d'un  tact  par- 
fait. Elle  n'entamait  jamais  de  discussion  philosophique  ou  reli- 
gieuse en   sa  présence,  avant   que  lui-même  ne  l'eût  fait.  De 
même  que  Sara,  elle  «  le  recognoissait  comme  son  seigneur,  l'ho- 
noroit,  luy  obéiss^oit  comme  à  son  chef  ».   C'est  ainsi  qu'elle 
«  gagneoit  sa  grâce  &  s'i  entretenoit  par  toute  humilité  &  obéis- 
sance. Quand  il  commandeoit  quelque  chose  si  tost  ne  l'avoit 
dit,  qu'il  estoit  faict,  car  jamais  ne  lui  contredisoit  &  tant  l'ai- 
meoit  qu'elle  n'a  craint  d'entretenir  sa  grâce  à  son  détriment 
&  dommage  ^  ». 

Elle  poussa  si  loin  en  effet  son  dévouement  qu'elle  suivit 
Henri  en  Béarn,  alors  que  ses  médecins  lui  prédisaient  que  le 
changement  de  climat  mettrait  sa  vie  en  péril  •^.  En  effet,   s'il 

1.  Or.  fun...  de  M.  de  N.    pp.  68-71. 

2.  Ibid.,  p.  73. 

3.  Cf.  Ruble,  Mariage  de  Jeanne  d'Albrcl,  pp.  î)0-91  et  267  ;  F.  Frank,  op.  cit., 
p.  XVII.  Per  contra  Olhagaray  fait  un  vivant  portrait  du  désespoir  d'Henri  à  la 
mort  de  sa  femme.  Hist.  de  Foix,  de  Béarn  et  Navarre,  pp.  505-507. 

4.  Cf.  lettre  de  Henri  II  à  Montmorency,  cit.  A.  Lefranc,  op.  cit.,  p.  xxiii. 

5.  Or  .fun...  de  M.  de  N.,  pp.  73-74. 


I54!l|  LA    DUCHESSE    ET   LA    REINE  105 

faut  en  croire  Sainte-Marthe,  elle  paya  de  sa  vie  cet  acte  de 
dévouement.  Elle  mourut  le  21  décembre  1579  après  une  brève 
maladie  à  Odos  en  Bigorre  i. 

Quelques  jours  avant  sa  mort,  Marguerite  (à  qui  son  frère  était 
apparu  en  songe  le  jour  qu'il  mourut)  fût  elle-même  avertie  de 
sa  propre  mort  par  une  vision,  après  laquelle  son  activité  s'étei- 
gnit :  «  Elle  abandonna  tous  ses  biens  &  en  laissa  l'administration 
au  bon  plaisir  du  Roy  de  Navarre,  son  mari...  désista  de  passer  le 
temps  à  ses  accoustumées  compositions,  commença  s'ennuier 
de  toutes  choses,  &  de  ce  qu'elle  prévoieoit  devoir  arriver  après 
sa  mort  elle  en  escrivit  au  long  à  ceuls  ausquels  les  affaires  pour- 
roient  un  jour  toucher,  &  aiant  ainsi  donné  ordre  à  toutes 
choses,  tumba  en  sa  dernière  maladie,  où,  avoir  esté  vingt  jours 
fort  tourmentée...  sur  les  59  an  de  son  aige,  est  allée  de  vie 
à  trépas  ^  »,  a  Ceuls  qui  ouïrent  les  propos  qu'elle  tenoit  de  l'immor- 
talité de  l'Ame  &  de  la  béatitude  céleste  un  peu  devant  qu'elle 
départist  de  ce  monde  »,  dit  Sainte-Marthe,  «  sçavent  trèsbien 
qu'elle  craignoit  peu  la  mort,  ains  qu'elle  Fattendoit  à  visage 
riant,  comme  sentant  trèsbien  qu'elle  lui  était  fort  proche  ^  ». 
Trois  jours  avant  de  mourir  elle  perdit  l'usage  de  la  parole, 
n'interrompit  son  silence  que  pour  prononcer  trois  fois  le  nom  de 
Jésus  et  mourut  avec  ce  nom  sur  les  lèvres  ^. 

Les  funérailles  de  la  Reine  furent  célébrées  avec  grande  pompe 
à  l'église  de  Lescar  ^.  Ce  n'est  pas  en  vue  de  cette  cérémonie  que 
Sainte-Marthe  composa  l'oraison  que  nous  avons  citée.  Elle  avait 
été  préparée  pour  un  service  qui  devait  être  célébré  à  la  mémoire 
de  la  Reine  à  Alençon  ^,  et  il  est  douteux  qu'elle  ait  jamais  été 
prononcée,  bien  qu'elle  ait  pu  l'être  dans  le  courant  de  l'année 
suivante  '.  Sainte-Marthe  l'écrivit  en  latin  quinze  jours  seule- 

L  Sainte-Marthe  doit  être  mieux  renseigné  slit  ce  point  que  Brantôme  qui 
dit  qu'elle  mourut  au  château  d'Andaus  (Andaux,  Basses-Pyrénées).  Œuvres, 
vol.  VIII,  p.  123. 

2.  Or.  fun...  dp  M.  de  N.,  p.  108. 

3.  Ibid.,  p.   113. 

4.  Ibid.,  p.  103. 

5.  Cf.  Génin,  op.  cit.,  pièces  justificatives,  p.  457. 

6.  «  Ut  me  Alenconii  pronuntiaretur,  si  Reginse  nostrœ  funebris  pompa  cele- 
brata  fuisset  ».  Lectari  candido.  In  obitum...  Margarihe...  Navarrorum  Reginœ 
Oratio  funebris,  p.  4,  cf.  infra,  p.  334. 

7.  La  Généalogie  de  la  Maison  de  Sainte-Marthe,  à  laquelle  il  no  faut  pas  tou- 
jours accorder  créance,  déclare  (fol.  26  r")  qu'il  fut  prononcé  :  «  L'année  suivante, 
à  la  prière  des  citoiens  de  la  ville  d'Alençon,  qui  preparoient  de  célébrer  funé- 
railles pour  leur  Dame,  Charles  fut  invité  de  célébrer  la  mémoire  et  vertus  de  la 


106  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE  [1550 

ment  après  la  mort  de  la  Reine  ^,  mais  le  service  commémoratif 
fut  si  souvent  remis  que  presque  trois  mois  s'écoulèrent  sans 
qu'il  ait  eu  lieu  2.  Le  poète  céda  alors  aux  prières  de  ses  amis  et 
la  publia  non  seulement  en  latin,  mais  encore  en  ce  français 
pittoresque  et  vigoureux  qui  possède,  comme  l'observe  juste- 
ment Montaiglon.  «  un  tout  autre  accent  qui  ne  s'est  pas  éteint 
et  qui  vibre  encore  aujourd'hui  ^  ».  Les  deux  versions,  publiées 
simultanément  en  avril  ^,  furent,  suivant  Scévole  de  Sainte- 
Marthe,  accueillies  avec  «  un  grand  applaudissement  de  toute 
la  France  ».  Malgré  Scévole,  il  y  eut  des  exceptions  à  «  toute  la 
France  »,  de  l'aveu  même  de  Sainte-Marthe.  «  C'est  pitié  d'ouir 
faire  récit  »,  écrit-il,  dans  la  préface  de  son  oraison  funèbre  de 
la  Duchesse  de  Beaumont  ^,  «  de  combien  de  parts  ma  pauvre 
oraison  a  esté  assaillie,  blessée,  degetee,  voire  &  de  plusieurs 
qui  sont  plus  insipides  que  la  Bete  »,  parmi  lesquels  se  trou- 
vaient non  seulement  «  bab illardes  femmes  »,  mais  ((  un  tas 
d'envieus  qui  n'ont  pœu  souffrir  l'histoire  de  la  vie  de  la  de- 
functe  Royne  de  Navarre  estre  proposée  pour  exemplaire  de  ver- 
tueuse vie  ^  ». 

Sainte-Marthe  se  montre  étrangement  vindicatif  à  l'égard  de 

Royne  par  une  Oraison  funéraire  latine  qu'il  prononça  élégamment  avi  rapport 
d'un  très  fameux  historien,  Jacqvxes  Auguste,  président  de  Thou,  au  livre  ô™^.  » 
Le  simple  «  laudavit  »  de  de  Thou  se  trouve  ici  amplifié,  mais  donne  au  moins  à 
croire  que  l'oraison  fut  prononcée.  Cf.  injra,  p.  123,  note  3.  Longuemare,  op. 
cit.,  p.  46,  cite  de  Thou,  mais  évidemment  d'après  la  généalogie  sans  l'avoir 
vérifiée. 

L  «  Note,  lecteur,  que  ceste  Oraison  fut  faicte  XV  joiu's  après  la  mort  de  la 
Royne  de  Navarre,  pour  la  prononcer  à  Alençon.  »  Note  marginale.  Or.  fun.  de 
M.  de  N.  (Ed.  de  1550),  p.  122. 

2.  La  préface  candido  lectori  est  ainsi  datée  :  «  Alençonii,  idibus  Martiis,  1550  », 
In  ohitum...  Margaritœ...  Navarrorum  Reginœ  Oratio  Fvnebris,  p.  4. 

3.  Ed.  Heptameron,  vol.  I,  p.  3. 

4.  Le  privilège  de  la  version  latine  est  datée  «  du  XVIII  cal.  maii  »  ;  celui  de 
la  version  française  l'est  de  même,  «  le  XIIII  apvril  »  et  son  achevé  d'imprimer 
est  du  20  avril. 

5.  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  2  v°.  Cf.  aussi  un  autre  passage  «  Je  ne  fay  doubte 
que,  venue  ceste  mienne  oraison  funebi-e  en  lumière  &  cognoissance  des  hommes, 
elle  ne  soit  lardée,  dessiree,  blamee,  reprinse,  et  du  tout  (non  poiu-tant  de  touts) 
condamnée  ;  comme  a  esté  celle  du  trespas  de  la  Royne  de  Navarre,  mais  je 
n'ay  voulu  ressembler  au  j^ai-esseus  et  pusillanime  laboureur,  etc. 

...  Car  pour  la  crainte  des  Babillardes  femmes  qui  n'ont  trouvé  goust  en  la 
première  oraison  je  ne  laisseray  de  mettre  ceste  cy  en  lumière.  »  Une  note  en 
marge  dit  :  «  Icy  sont  notées  les  Babillardes  envieuses  de  la  louenge  de  la  Royne 
de  Navarre.  »  Ibid.,  fol.  8  r°  et  v°. 

6.  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  19  r°. 


1550J  LA    DUCHESSE    ET   LA   REINE  107 

ces  détracteurs.  Il  se  réjouit  à  l'idée  de  les  faire  éclater  de  dépit 
quand  ils  liront  l'apologie  des  vertus  dont  ils  manquent  complète- 
ment et  à  la  pensée  que  personne  ne  se  donnera  le  peine  après 
leur  mort  d'écrire  leur  oraison  funèbre,  a  si  l'orateur  ne  veult 
transgresser  le  commandement  de  la  loi  des  douze  tables  et  faire 
des  vices  vertus  ^  ». 

Dans  son  oraison  funèbre  de  la  Reine,  Sainte-Marthe  prend 
soin  de  faire  mention  élogieuse  de  plusieurs  fonctiomiaires  de 
son  administration  et  de  sa  maison.  Il  était  évidemment  en  rela- 
tions personnelles  avec  la  plupart  d'entre  eux  et  ce  fait  accuse 
la  différence  qui  se  manifeste  d'une  manière  si  frappante  dans 
l'oraison  funèbre,  entre  le  fonctionnaire  et  l'apologiste  de  la 
Reine  de  Navarre,  homme  d'importance  aux  yeux  de  ses  com- 
pagnons, et  le  poète-maître  d'école  persécuté,  que  fut  l'auteur 
des  Paraphrases.  Il  cite  Groslot  ^,  le  savant  chancelier  d'Alençon  ; 
ses  deux  prédécesseurs  dans  cet  office,  Brinon  et  le  grand  Olivier, 
ce  dernier  déjà  chancelier  de  France  ;  et  Habbot,  le  dernier  pré- 
sident du  Conseil  d'Alençon,  maintenant  conseiller  du  roi  à 
Paris,  qui  possédait  (c  une  trèsferme  sévérité  de  justice  conjoincte 
avec  mie  incredible  humanité  ».  Il  fait  l'éloge  de  la  «  courtoisie 
&  gracieuseté  joincte  avec  une  gravité  de  Sénateurs  »,  d'Antoine 
du  Lyon,  de  Jean  Prévost  et  de  François  BoiUeau,  juges  au 
Parlement  d'Alençon  et  perspicaces  protecteurs  des  lettres  ;  de 
la  prudence  et  de  l'expérience  de  René  de  SiU}^  gouverneur  de 
la  province,  le  Nestor  d'Alençon  ^.  Il  n'oublie  pas  les  noms 
de  ses  compagnons  et  collègues,  qu'il  hésite  à  complimenter 
ouvertement,  de  peur  de  passer  pour  un  flatteur  :  les  Moy- 
net  *,  père  et  fils,  Thomas  le  Coutelier  ^,  secrétaire  et  maître 
des   requêtes,    Bonm  **,    Dagues,    Thorel  7,     Pelletier,    Rouillé, 


L  Or.  fun...  de  Françoise  d'Alençon,  fol.  8  v». 

2.  Cf.  Lefranc  et  Boulanger,  Comptes  de  Louise  de  Savoie  et  de  Marguerite 
d'Angoulême,  pp.  71,  82,  89. 

3.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  70,  81,  82,  89.  Cf.  Lefranc  et  Boulanger,  op.  cit., 
pp.  24,  31,  39,  41,  42,  56. 

4.  Or.  fun.  de  M.  de  N.,  p.  83.  Cf.  Lefranc  et  Boulanger,  op.  cit.,  pp.  29,  32, 
34,  45,  46,  51,  59,  62,  82,  89. 

5.  Or.  fun.  de  M.  de  N.,  p.  83.  C'est  lui  à  qui  Marguerite  dicta  une  lettre  dans 
laquelle  elle  demandait  des  nouvelles  du  roi  quinze  jours  après  sa  mort,  juste 
avant  qu'elle  ne  l'eut  apprise  presque  par  accident.  Ibid.,  p.  104. 

6.  Peut-être  le  même  que  François  Bonjan,  qui  était  déjà  secrétaire  en  1512 
Cf.  Lefranc  et  Boulanger,  op.  cit.,  pp.  25-28,  33-46. 

7.  Abraham  ïhorel,  conseiller  depuis  1539.  Cf.  ibid..  pp.  71  et  89. 


108  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1550 

Hervé  ^,  Farcy,  Truchon,  membres  de  l'Echiquier  et  du  Conseil; 
mais  il  se  montre  particulièrement  éloquent  au  sujet  de  «  l'esprit, 
la  doctrine,  l'intégrité  »  de  Matthieu  du  Pac  ^,  président  du 
Parlement  de  Béarn. 

Matthieu  du  Pac  est  un  de  ceux  qui  apportèrent  leur  tribut 
à  la  collection  de  poèmes  que  Sainte-Marthe  publia  à  la  fin  des 
deux  versions  de  son  oraison  funèbre  ^  et  dont  un  bon  nombre 
sont  de  lui.  Rien  n'est  plus  frappant  que  le  nombre  et  la  variété 
de  ceux  des  amis  de  Sainte-Marthe  et  protégés  de  la  Reine  dont 
les  poèmes  furent  rassemblés  en  cette  collection.  Les  noms  de 
Pierre  duVal,  évêque  de  Seez,  qui  venait  de  traduire  le  Criton^, 
d'Heroet  «  le  subtil^  »,  platonicien  et  poète,  qui  devint  aussi 
évêque  ^,  du  distingué  Frotté  '  et  du  plus  distingué  encore 
Nicolas  Denisot  apparaissent  côte-à-côte  avec  celui  de  Pierre  des 
Mireurs,  étudiant  ou  docteur  en  Médecine  tout  frais  émoulu, 
le  gai  compagnon  de  Ronsard  ^,  et  de  Hubert  Sussanée,  le  maître 
d'école  débauché,  l'ancien  ennemi  de  >Sainte-Marthe,  qui  était 
malgré  tout  un  savant  et  l'ami  de  la  plupart  des  savants  de  son 
temps.  Les  autres  collaborateurs  étaient  :  Jacques  Goupil,  méde- 
cin et  helléniste  ^  ;  les  deux  frères  de  Sainte-Marthe,  René  et 
Louis  ;  Antoine  Armande  de  Marseille  i"  ;  Pierre  Martel  d'Alen- 
çon,  un  des  nombreux  secrétaires  de  Marguerite  ;  un  autre  secré- 


^1.  Probablement  ce  Jacques  Hervé  qui  en  1539  était  encore  écolier  pension- 
naire. Cf.  ibid.,  pp.  79  et  96. 

2.  Un  des  correspondants  de  Robert  Breton.  Soupçonné  d'hérésie  quand  il 
était  professeur  à  Toulouse,  il  avait  été  arrêté  en  1531. 

3.  Pour  ceux  de  Sainte-Marthe,  c/.  m/ra  pp.  305-313.  L'iui  d'eux,  un  quatrain 
français,  est  l'exacte  traduction  d'un  de  ses  distiques  latins. 

4.  Sa  traduction  fut  publiée  en  1547. 

5.  C'est  l'épithète  dont  se  sert  Sainte-Marthe  dans  le  Tempe  de  France. 

6.  Rappelons  que  sa  Parfaicte  Aniye  fut  publiée  en  1542.  Il  fut  nommé  évêque 
de  Digne  en  1552. 

7.  Cf.  supra,  p.  98.  On  suppose  que  c'est  lui  le  peu  aimable  héros  de  la 
28^  nouvelle  de  VHeptaméron. 

8.  Sur  Des  Mireurs,  cf.  P.  de  Nolhac,  Documents  nouveaux  sur  la  Pléiade, 
Rev.  d'Hist.  litt.,  1899,  pp.  356  et  scq.  ;  et  P.  Laumonier,  Ronsard,  poète  lyrique 
Ibid.,  p.  71.  Ronsard  le  nomme  au  nombre  des  joyeux  compagnons  du  «  fola- 
trissime  voyage  d'Hercueil  »  (1549),  Œuvres,  vol.  VI,  p.  362.11  écrivit  quelques 
vers  ajoutés  aux  Nœviœ  de  S.-Macrin  (1550),  un  poème  latin  Ad  lectoretn 
exhortatio  pour  la  méditation  In  Psalmum  XC  de  Sainte-Marthe,  et  une  épi- 
taphe  à  son  Oraison  funèbre...  de  Frnn':oise  d'Alencon.  Sa  devise  était  Ignoti 
nulla  cupido. 

9.  laxojSo;    rwTrJXo;    (sic).  Il  donna  deux  poèmes  grecs. 

10.  Je  n'ai  pas  pu  l'identifier. 


1550]  LA    DUCHESSE    ET   LA    REINE  109 

taire  anonyme,  plus  Jean  de  Morel  et  sa  femme  Antoinette  de 
Loynes,  dont  n'apparaissent  ici  que  les  initiales,  I.  M.  et  A.  D.  ^ 
((  Damoyselle  Parisienne  ».  Le  dernier  des  poèmes,  qu'écrivit  lui- 
même  Sainte-Marthe,  est  un  sonnet,  son  second  essai  en  ce  genre, 
adressé  à  Damoiselle  Renée  Laudier  d'Alençon,  à  qui  il  était 
probablement  déjà  marié. 

On  ne  voit  pas  ce  que  devint  Mademoiselle  Beringue.  Tout  ce 
qu'il  y  a  de  sûr,  c'est  que  son  amant  était  marié  en  1550  2.  Cette 
année  nous  le  voyons  parler  de  son  mariage  comme  d'une  sorte 
d'obstacle,  dans  une  lettre  de  dédicace  à  Gabriel  Puy-Herbault. 
Des  cinq  femmes  avec  qui  Sainte-Marthe  se  lia  intimement  dans 
le  cours  de  sa  vie,  son  épouse  est  la  seule  dont  nous  ne  connais- 
sions rien  que  le  nom  et  c'est  à  Odolant  Desnos,  qui  n'est  pas 
en  général  une  source  trop  exacte,  que  nous  devons  de  le  con- 
naître ^. 

L  Antoinette  de  Loynes  se  servait  des  initiales  A.  D.  ou  A.  D.  L.  (infra 
p.  113),  son  nom  étant  quelquefois  épelé  Deloïne.  Cf.  R.  L.  Hawkins,  Romanic 
Review,  vol.  II,  p.  225. 

2.  «  Set  nonnullis  iniquum  visum  est,  me  et  uxori  copulatum...  de  rébus 
sacris...  aliquid  mandare.  »  Ca.  Sanctomarthanus,  F.  Gab.  Putherbeo,  etc., 
In  Pa.  XC  Meditatio,  fol.  [gvij]  r"  des  feuillets  sans  pagination  qui  sont  à 
la  suite  des  51  imaginés.  Cj.  injra,  p.  114  et  seq. 

3.  Il  le  donne  pourtant  d'une  façon  très  positive  .  «  M.  l'abbé  Goujet  dit  qu'on 
ignore  s'il  a  été  marié  et  M.  Dreux  du  Radier  assure  qu'il  est  mort  garçon, 
(cette  dernière  affirmation  est  cejDendant  difficile  à  vérifier)  II  épousa  certaine- 
ment, à  Alençon,  Renée  Laudier,  d'une  très  bonne  famille  de  cette  ville  »  (op. 
cit.,  vol.  II,  p.  546).  La  Généalogie  de  la  Maison  de  Sainte-Marthe,  fol.  29  v°, 
nous  donne  les  éclaircissements  suivants  :  «  Charles  termina  enfin  le  cours  de  sa 
vie  en  l'âge  de  quarante-trois  ans  sans  enfans  en  la  ville  d'Alençon,  011  il  s'était 
marié.  »  Les  termes  dont  Sainte-Marthe  fait  usage  en  son  sonnet,  «  ma  sœur 
et  compaigne  »,  sont  bien  propres  à  faire  croire  qu'il  était  déjà  marié  en  1549. 


1660] 


CHAPITRE  VI 

SES    DERNIÈRES   AJSnSTÉES 

La  situation  de  Sainte-Marthe  était  devenue  très  différente  de 
celle  que  lui  faisait  sa  vie  d'étudiant  vagabond.  Il  avait  mainte- 
nant des  devoirs  bien  définis,  exerçait  des  fonctions  officielles 
et  importantes  dans  deux  duchés  ;  il  avait  de  plus  établi  sa  répu- 
tation de  poète  par  une  constante  production  très  goûtée  de  ses 
contemporains.  En  1549,  François  Habert,  qui  partageait  avec 
lui,  sans  être  connu  de  lui,  une  admiration  commune  pour  Marot  ^ 
et  une  conception  de  l'amour  très  anti-marotique,  lui  adressait 
ces  vers  : 

A  MONSIEUR  DE  SAINCTE  MaBTHE  POETE  FrANÇOYS. 

Par  lin  dixain  escrit  au  lieu  d'Amboyse  2, 
Que  m'envoyas  ne  nae  cognoissant  point 
D'un  stile  beau  le  goust  et  la  framboyse 
J'apperceu  lors,  qui  encores  me  poingt. 
Et  ne  me  doy  esbaliir  sur  ce  poinct 
De  tes  beaulx  vers  d'elegante  escriture, 
Car  des  long  temps  de  ta  fabricature 
Tant  de  poUs  ouvrages  sont  yssants. 
Qu'on  seroit  bien  d'ignorante  nature 
De  ne  louer  tes  labeurs  florissants. 

Temple  de  CJutsteté,  fol.  Hij. 

Sauf  la  Poésie  française,  peu  de  ces  «  pohs  ouvrages  »  nous 
ont  été  conservés.  Parmi  ceux-ci,  se  trouvaient  trois  dixains  sur 
l'amour,  publiés  en  1543,  dans  mie  collection  de  poèmes  qui  reçut 

1.  Cf.  son  épître  à  Marot,  cit.  Tilley,  op.  cit.,  vol.  I,  88. 

«  Mais  tel  qu'il  est  ton  liumble  serf  se  tient 
Et  des  Francoys  le  plus  grand  te  maintient 
Comme  Virgil  entre  Latins,  Homère 
Entre  les  Grecz  a  louenge  première.  » 

2.  Ce  poème  fut  probablement  écrit  entre  le  13  novembre  1548,  date  à  laquelle 
la  Reino  de  Navarre  était  à  Vendôme  et  le  16  janvier,  date  à  laquelle  elle  était 
à  Castel-Jaloux  (cf.  La  Feri-ière-Percy,  op.  cit.,  p.  131-133).  Pendant  l'intervalle 
elle  était  à  Toui's,  d'où  elle  aurait  aisément  pu  se  rendre  à  Amboise.  Sainto- 
Alartho  faisait  probablement  pai'tie  de  sa  suite  à  cette  époque. 


112  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1650 

son  nom  de  la  traduction  faite  par  Nicolas  Leonique  des  Quœs- 
tiones  amatoriœ  ^  de  Thomé. 

Ce  n'est  qu'au  commencement  de  1550  ^  que  Sainte-Marthe 
offrit  son  premier  essai  de  sonnet,  De  la  Paix  faicte  par  le  Roi  avec 
les  Anglais,  destiné  à  accompagner  YOde  de  la  Paix,  que  Ronsard 
publia  en  cette  même  année  ^.  Ce  volume  contenait  encore  des 
poèmes  de  Goupil,  Antoine  de  Baïf  et  Pierre  des  Mireurs.  «  Leur 
présence  seule  à  cette  place  »,  dit  M.  Laumonier,  parlant  des  con- 
tributions de  Des  Mireurs  et  de  Sainte-Marthe,  <(  nous  prouve 
les  liens  qui  l'unissaient  (Ronsard)  à  leurs  auteurs  ^  ». 

Il  n'y  avait  évidemment  pas  longtemps  que  Sainte-Marthe  avait 
fait  la  connaissance  de  Ronsard,  peut-être  par  l'intermédiaire 
de  Nicolas  Denisot,  leur  ami  commun.  En  mars  ou  avril  1551  ^, 
Denisot,  comte  d'Alsinois,  comme  il  se  nommait  lui-même  par 
fantaisie,  réédita  sous  le  titre  de  Tombeau  de  Marguerite  de 
Valois,  royne  de  Navarre  ^,  VHecatodistichon  —  élégie  des  trois 
filles  du  Protecteur  Somerset  sur  la  mort  de  Marguerite  '^,  qui 
avait  déjà  été  publiée  à  la  fin  du  mois  de  mai  précédent^.  Denisot 

1.  Quœstiones  aliquot  naturales  cum  amatoriis  probletnatibus  viginti.  Opuscula, 
Paris,  1530.  Cf.  Brunet  et  La  Croix  du  Maine,  art.  Nicolas  Léonique.  Quant  au 
titre  complet  de  la  traduction.  Les  questions  problématiques  du  pourquoy  d'A- 
mours, cf.  injra  p.  355.  Cinq  dizains  publiés  dans  ce  volume  ont  été  attribués  à 
Sainte-Marthe,  mais  deux  de  ceux-ci  sont  en  réalité  de  Salel,  et  on  peut  les 
trouver  dans  ses  Œuvres  (1539)  ;  l'un  est  traduit  de  Pétrarque,  sonnet  xcni, 
Sonetti  e  Canzoni.  L'autre,  De  luy  et  Venus,  {Œuvres,  pp.  49  et  54),  est  aussi 
composé,  selon  toute  probabilité,  d'après  un  prototype  italien.  Le  fait  que 
Salel  est  l'auteur  de  deux  d'entre  les  dizains  est  propre  à  inspirer  des  doutes 
siu"  les  trois  autres.  Mais  il  est  en  tout  cas  intéressant  de  savoir  qu'ils  ont  pu 
être  attribués  à  Sainte-Marthe.  Cf.  infra  pp.  201  et  202. 

2.  C'est-à-dire  après  le  24  mars,  lors  de  la  signatm-e  de  la  paix. 

3.  Ode  de  la  Paix,  par  Pierre  de  Ronsard,  Vendomois,  au  roi.  Cf.  injra 
p.  305.  Le  sonnet  de  Sainte-Marthe  fut  réimprimé  par  Laumonier,  Chronologie 
et  variantes  des  poésies  de  Pierre  de  Ronsart.  Rev.  d'Hist.  Litt.,  1904,  p.  436. 
M.  Laumonier  remarque  que  ce  sonnet  n'a  jamais  été  réimprimé,  du  moins  à  sa 
connaissance. 

4.  Ronsard,  poète  lyrique,  p.  71. 

5.  La  dédicace  de  Denisot  est  datée  du  25  mars  1551.  Le  privilège  n'est  pas 
daté,  et  il  n'y  a  pas  d'achevé  d'imprimer.  Cf.  Laumonier,  Ronsard,  p.  73. 

6.  Cf.  infra  p.  359. 

7.  Cf.  infra  p.  357  et  seq.  Denisot  avait  été  leur  professeui". 

8.  La  dédicace  de  cette  édition  est  datée  des  Calend.  maiis  1550  ;  mais  Sainte- 
Marthe  écrit  dans  le  poème  cit.  infra  : 

«  Jam  sextus  prope  mensis  est  tibi  ex  quo 
Sœva  Margaridem  abstulere  fata.  » 
Pour  que  l'emploi  du  mot  prope  se  justifie  à  peu  près,  il  faudrait  supposer 
que  l'ouvrage  fut  édité  à  la  fin  de  mai. 


1550]  DERNIÈRES    ANNEES  113 

y  ajouta  les  traductions  en  grec,  en  italien  et  en  français  des 
distiques  latins  composés  par  les  trois  sœurs  anglaises,  traduc- 
tions faites  respectivement  par  lui-même.  Daurat,  I.  P.  D.  M.,  — 
Jean-Pierre  de  Mesmes,  Du  Bellay,  Baïf  et  A.  D.  L.  —  Antoinette 
de  Loynes.  Dans  ce  volume  Sainte-Marthe,  en  rééditant  deux  de 
ses  propres  poèmes  latins,  collabore  une  fois  de  plus  avec  Ron- 
sard, qui  s'y  trouve  représenté  par  quatre  odes.  Ce  ne  fut  pour- 
tant pas  la  première  rencontre  de  Sainte-Marthe  avec  le  nouveau 
groupe  de  poètes.  Il  avait  déjà  collaboré  avec  Baïf  et  Daurat  pour 
ce  même  Hecatodistichon,  en  consacrant  cinq  poèmes  latins  au 
petit  recueil  de  vers  publié  à  la  suite  de  ce  dernier  poème  ;  Tun 
de  ces  cinq  poèmes  était  des  deux  qu'il  imprimait  dans  le  Tom- 
beau ^.  Dans  un  autre,  adressé  aux  poètes  de  France,  pour  leur 
reprocher  leur  manque  de  fidélité  à  la  mémoire  de  Marguerite  ^, 
et  auquel  ils  répondirent  en  apportant  leur  tribut  au  Tombeau  ^, 
Sainte-Marthe  exprime  son  admiration  pour  Ronsard,  ce  nou- 
veau poète  «  recens  scriptor  )>  en  des  vers  que  M.  Laumonier 
quaUfie  avec  justesse  de  dithyrambiques.  N'étant  lui-même 
qu'un  médiocre  poète,  Sainte-Marthe  reconnaît  immédiatement 
l'excellence  du  maître  et  s'empresse  de  lui  rendre  hommage. 
C'est  en  ces  termes  qu'il  s'adresse  à  lui  : 

Ronsardus  meus  ille,  queni  Minerva 
Sacravit  sibi  :  cm  suada  Pitho 
Dextro  Mercm'io  irrigavit  ora, 
Qm  (nolit,  velit  invidus)  poetas 
Inter,  conspicuus  locmn  tenebit^. 

Le  volume  de  V Hecatodistichoïi  contient  encore  des  vers 
adressés  à  Sainte-Marthe  par  son  frère  Louis,  procureur  du  Roi 
à  Loudun,  et  par  son  frère  René  ^,  qui  avaient  déjà  tous  deux 
participé  à  la  formation  du  recueil  de  poèmes  publiés  avec 
VOraison  funèbre.  Cette  collaboration  indique  sans  doute  que 
le  poète  était  maintenant  en  bons  termes  avec  sa  famille.  Nous 


1.  L'autre  avait  paru  avec  l'oraison  funèbre  en  latin. 

2.  Ad  Gallos.  Cur  tam  paiici  patœ  Galli  Reginam  Navarrœ  laitdant.  Op.  cit., 
p.  135.  Cf.  infra,  p.  315. 

3.  Cf.  Laumonier,  Ronsard,  pp.    72  et   73  ;  et  Henri  Chanuird,  .Joncliim  du 
Bellay,   pp.    242-243. 

4.  Hecatodistichon,  p.  136.  Cf.  infra  p.  314.  Cit.  Laumonier,  Ronsard,  p.  72. 

5.  In   Margaridem    Valesiam   Ren.    Sanc.  ;   Ludovici   Sanctomartiinni   apud 
Juliodunum  Procuratoris  Regii  ad  Carolum  fi-atrein, 

S 


114  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1550 

possédons  une  autre  preuve  de  ce  fait,  celle-là  assez  curieuse  : 
Dans  le  courant  de  1550,  Sainte-Marthe  se  rendit  à  Paris.  Comme 
il  était  non  seulement  l'admirateur  de  Ronsard,  mais  encore  le 
représentant  de  l'école  de  Marot  et  n'avait  pas  omis  Saint- 
Gelais  ^  dans  son  invocation  aux  poètes  de  France,  peut-être 
espérait-il  être  en  faveur  à  la  Cour.  Quel  qu'ait  été  son  but,  il  se 
trouvait  dans  la  capitale  vers  le  milieu  d'avril  ^  et  y  publia  ou 
réédita^  sa  méditation  latine  sur  le  Psaume  xc  dédiée  à  un 
ami  intime,  Gaston  Olivier  *,  seigneur  de  Manci,  cousin  du  chan- 
celier ^,  envers  qui  il  se  trouvait  fort  obligé.  A  cette  lettre  il  en 
joignit  une  seconde,  datée  du  19  juin  et  destinée  à  Gabriel  Pu- 
therbeus,  c'est-à-dire  Puj^  Herbault  ",  auteur  d'une  retentissante 
et  haineuse  attaque  contre  Rabelais,  qui  3^  répondit  en  comptant 
«  enragez  Putherbes  »  parmi  les  «  monstres  difformes  et  contre- 
faitz  »,  engendrés  par  Antiphysie  '.  Comme  l'a  remarqué  M.  Abel 
Lefranc,  la  comparaison  des  dates  rend  indubitable  le  fait  que 
c'est  précisément  pour  le  livre  qui  contient  cette  attaque  que 
Sainte-Marthe  félicite  le  moine  de  Fontevrault^.  Le  Theotimus^ 
de  Puy-Herbault  fut  publié  en  1549  et,  en  1550,  Sainte-Marthe 
s'adressait  en  ces  termes  à  son  auteur  :  «  Vous  pouvez  facilement 


1.  Cf.  infra  p.  314.  Il  est  ciu'ieux  de  voir  son  nom  voisiner  avec  celui  de  Ron- 
sard au  moment  où  il  s'efforçait  d'indisposer  la  Coiu*  contre  la  nouvelle  école. 
Cf,  Laumonier,  Ronsard,  p.  72. 

2.  C'est  de  là  et  du  12  avril  qu'il  date  sou  oraison  funèbre  de  la  Reine  do 
Navarre,  dans  la  dédicace  à  sa  fille  et  à  sa  nièce.  Cf.  infra  p.  311. 

3.  C'est  ce  que  la  remarque  suivante  nous  donne  à  croire  :  «  «  Id  sum  expertus 

in  œditioneni  meditationis  meœ  »,  etc Elle  se  trouve  dans  la  lettre  même 

insérée  dans  le  volume.  Cf.  Rev.  des  Et.  Rab.,  1900,  p.  347. 

4.  Cf.  infra  p.  331  la  fm  de  sa  dédicace. 

5.  Le  premier  cousin  de  François  Olivier.  Ses  titres  lui  viennent  de  sa  mère, 
Perrette  Lopin,  dame  de  Mançi  et  Morganis.  Cf.  Moreri,  Dict.  Hist.  ;  Nouvelle 
Biographie   générale. 

6.  Car.  Sanctomarthanus,  F.  Gab.  Putherheo  Sodali  Fontebraldensi,  S.  à  la 
fin  de  la  In  Psalnmm  XC...  Meditatio,  fol.  [gvij]  r".  Rev.  des  Et.  Rab.,  1906, 
pp.  347  et  seq.  Sur  Puy  Herbault  (1490-1566),  cf.  Honorât  Nicquet,  Hist.  de 
rOrdre  de  Fontevraud,  p.  343  et  seq.  ;  Carré  de  BusseroUe,  Dict.  d" Indre-et-Loire, 
vol.  V,  p.  238  et  seq.  ;  A.  Lefranc,  Rabelais,  les  Sainte-Marthe  et  «  Venraigé  » 
Putherbe,  Rev.  des  Et.  Rab.,  t.  IV,  pp.  335-348  et  A.  Heulhard,  Rabelais, 
ses  voyages  en  Italie,  son  exil  à  Metz,  p.  265  et  seq. 

7.  Œuvres,  vol.  II,  p.  385. 

8.  Loc.  cit.,  pp.  343-345. 

9.  Theotimus,  sive  de  tollendis  et  apugnendis  malis  libris,  iis'prœcipue,  quos  vix 
incolumi  fide  ac  pietate  plerique  légère  queant.  libri  très.  Paris,  Jean  Roigny, 
1549.  Le  passage  concernant  Rabelais  a  été  traduit  pas  ISl.  .A..  Lefranc,  loc.  cit., 
pp.  339-341. 


1550]  DERNIÈRES    ANNEES  115 

voir,  cV après  la  lettre  que  je  vous  ai  écrite,  ce  que  je  pense  de 
votre  livre,  très  humain  et  très  savant  Putherbeus  ;  et  je  n'ai 
rien  dit  de  plus  que  ce  qui  est  imprimé  et  fixé  dans  mon  esprit: 
J'ai  fait  l'éloge  de  votre  éloquence,  plus  rare,  parmi  les  hommes  de 
votre  ordre,  qu'un  merle  blanc  ;  j'ai  approuvé  le  sujet  de  l'ouvrage 
le  mieux  fait  pour  notre  temps  ;  j'ai  fait  l'éloge  de  sa  rare  érudi- 
tion, unie  à  un  clair  jugement  ;  enfin  j'ai  fait  l'éloge  de  la  piété 
chrétienne  et  du  zèle  pour  notre  religion,  qui,  par  la  grâce  de 
Dieu,  semble  vous  avoir  inspiré  ce  livre.  Je  ne  sais  s'il  vous 
vaudra  d'heureux  succès,  mais  je  puis  vous  déclarer  ceci,  sans 
vouloir  vous  flatter  :  je  n'ai  vu  jusqu'ici  personne  s'élever  contre 
le  jugement  général  que  l'on  porte  sur  vos  écrits.  Je  ne  doute  pas 
le  moins  du  monde  »,  poursuit-il,  «  que  vos  travaux  paraîtront 
inutiles  et  ridicules  à  ces  x4thées  et  Epicuriens  dont  vous  nommez 
quelques-uns,  tandis  que  vous  ne  nommez  pas  les  autres,  mais 
en  les  peignant  tels  qu'ils  sont,  avec  leurs  (couleurs)  caractéris- 
tiques, de  sorte  que  l'on  peut  facilement  les  reconnaître.  Mais 
vous  les  touchez  à  l'endroit  sensible,  de  sorte  qu'il  n'est  pas 
étonnant  qu'ils  abhorent  votre  doctrine,  qui  est  si  contraire  à 
leurs  goûts.  Puissent  tous  les  théologiens  et  les  hommes  de  votre 
profession  orner  comme  vous  cette  Sparte  qu'ils  ont  atteinte,  si 
bien  que  les  Diagoras  étant  réduits  au  désespoir,  il  ne  soit  plus 
permis  de  prononcer  librement,  pour  ne  pas  dire  avec  passion, 
soit  verbalement,  soit  par  écrit,  des  impiétés  venimeuses.  Je 
vous  avais  fait  part  de  ma  détermination  de  tendre  tous  les  nerfs 
de  mon  intelligence  contre  elles,  et  je  n'ai  pas  encore  été  détourné 
de  cette  intention,  quoique  mes  efforts,  bien  qu'homiêtes  et 
dignes  d'éloge  soient  condamnés  par  ceux  qui  devraient  les  encou- 
rager de  leurs  faveurs  et  de  leurs  remerciements  ^.  » 

Que  Sainte-Marthe  ait  tenu  mi  tel  langage  à  l'auteur  d'un 
ouvrage  d'une  inspiration  si  complètement  en  désaccord  avec 
ses  propres  tendances  —  le  Theotimus  est  surtout  une  attaque 
virulente  contre  toutes  les  promesses  de  la  Renaissance  ^  — 


1.  Cette  lettre  a  été  réimprimée  par  A.  Lefrane,  loc.  cit.,  pp.  347,  348,  et  par 
suite  n'a  pas  été  reproduite  dans  l'Appendice  du  présent  ouvrage. 

2.  Cf.  A.  Lefrane,  op.  cit.,  pp.  341-342.  Il  est  intéressant  de  connaître 
l'opinion  d'un  admirateur  de  ce  «  religieux...  enfroqué  jusqu'aux  moelles  ", 
comme  l'appelle  Heulhard  :  Honorât  Nicquet  le  qualifie  de  «  Lumière  de  l'Eglise 
et  Coloime  de  la  Foy  n,  et  de  «  Cicéron  de  France  pour  la  pureté  de  son  style  en 
la  langue  latine  ».  Op.  cit.,  p.  343  et  seq. 


116  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1550 

voilà  qui  ne  peut  s'expliquer  que  par  des  raisons  d'intérêt  per- 
sonnel et,  malgré  tout  le  regret  que  l'on  peut  éprouver  en  cons- 
tatant que  Sainte-Marthe  manquait  en  quelque  sorte  du  courage 
de  ses  opinions  religieuses  ou  littéraires,  on  peut  affirmer  qu'il 
rendit  hommage  à  l'exploit  du  champion  qui  avait  vengé  sa 
famille  du  ridicule  ineffaçable  dont  l'avait  couverte  Rabelais  ^. 
M.  Abel  Lefranc  remarque  que  Rabelais  est  le  seul  auteur 
«  Epicurien  »  de  l'époque  mentionné  dans  le  Theotimns  et  que 
les  épithètes  d'  «  Athées  et  Epicuriens  »  qu'emploie  Sainte-Marthe 
s'adressent  évidemment  à  lui.  Ce  n'est  pas  là  seulement,  d'ail- 
leurs, mais  dans  le  texte  même  de  la  Paraphrase  ^  et  dans  plu- 
sieurs poèmes  fugitifs  de  1550,  que  Sainte-Marthe  s'en  prend  aux 
«  Epicuriens  »  et  aux  doctrines  d'Epicure  ^.  Tout  spécialement 
une  violente  attaque  contre  les  Athées  et  les  Epicuriens  semble 
viser  Rabelais,  au  moins  en  j)artie  :  «  Porro,  quum  audit  vir 
pius,  blasphemam  Athei  vocem  :  Non  est  Deus  ;  quum  audit 
eum  Evangelio  illudentem,  divinas  promissiones  ridentem,  in 
Christum  invehentem,  Angelos,  Divos,  Reges,  Ecclesise  minis- 
tros,  Magistratus,  ac  cœlum  denique  et  terram  impudenter 
perstringentem,  idque  modo  aperte  facientem,  modo  clauculum, 
tincta  salibus  et  jocis,  velut  melle,  impietate  sua,  ut  incauti  lec- 
tores,  tanquam  Sardoam  ut  biberint  aut  ederint,  ridentes  insa- 
niant,  ac  tandem  misère  moriantur  ;  quumque  audit  epicurea, 
impia  et  pecunia  illius  verba  :  Ede,  bibe,  vive,  post  mortera 
nulla  voluptas  :  nec  audit  solum  verumetiam  et  scripta  egit, 
quasi  vero  non  satis  impium  sit,  epicureismum  in  animo  pro- 
fiteri,  nisi  etiam  scriptis  ad  profligatissimum  vivendi  morem 
Christiani  invitentur,  scriptis  dico,  adeo  effrenate  impudicis, 
ut  quantumlibet  prostitua  scorta  pudore  suffundant,  quis  credat, 
patientibus  cum  auribus  tantas  blasphemias  audire  ac  légère 
posse  *  ?  ».  Si,  comme  il  semble  probable,  les  termes  «  impietas  » 
«  salibus  et  jocis  tincta  »  ou  «  scripta  adeo  effrenata  impudicia  » 
indiquent  que  la  description  désignait  Rabelais,  ce  n'est  qu'une 
preuve  de  plus  que  Sainte-Marthe  se  fit  en  cette  occurrence  le 
porte-parole  de  sa  famille,  non  moins  en  attaquant  leur  ennemi 
qu'en  complimentant  leur  allié.  Nous  pouvons  donc  en  conclure 

1.  Cf.  A.  Lefranc,  op.  cit.,  jop.  344  et  345. 

2.  Fols.  16  v",  18  v»,  19  v»,  44  v«. 

3.  Cf.  infra  pp.  306,  307,  315. 

4.  In  Ps.  XC...  Médit.,  fol.  19  v". 


1550]  DERNIÈRES    ANNEES  117 

que,  si  amers  qu'aient  été  les  griefs  de  Sainte-Marthe  contre  eux 
à  une  époque  plus  ancienne,  il  avait  maintenant  l'esprit  tran- 
quille à  leur  égard. 

La  Méditation  et  les  lettres  qui  raccompagnent  versent  la 
lumière  sur  la  situation  de-  Sainte-Marthe  à  cette  époque,  sur  ses 
opinions  ou  du  moins  sur  celles  qu'il  entreprenait  de  défendre 
comme  siennes.  11  avait  évidemment  été  reconnu  par  les  Autorités 
sinon  comme  un  tiès  honnête  penseur,  du  moins  comme  pas 
trop  dangereux.  Il  n'était  plus  question  de  persécution.  Cette 
cruelle  épreuve  était  devenue  simplement  ((  quibusdam  Mona- 
chis,  in  materia  religionis  negocium  facessitum  ^  «  ;  mais  pour 
beaucoup  il  n'était  pas  encore  persona  grata. 

En  quoi  les  méditations  théologiques,  ou  simplement  les  entre- 
tiens sur  les  sujets  sacrés,  concernaient-ils  un  homme  marié  et 
un  simple  juriste  ?  Comment  pourra-t-il  alors,  répond  Sainte- 
Marthe,  donner  les  raisons  de  la  foi  qui  l'anime,  ainsi  que  l'or- 
donne Saint-Pierre  ?  Et  puisque  la  Loi  désigne  sous  le  nom  de 
sacerdotes  ceux  qui  étudient  la  Jurisprudence,  pourquoi  ne 
seraient-ils  pas  dignes  du  nom  de  théologien  ?  Il  désire,  déclare- 
t-il  fermement,  rester  dans  le  sein  de  notre  mère  l'Eglise  ^  et 
soumettre  tous  ses  écrits  à  son  jugement  et  à  son  autorité  ; 
mais  il  conjure  les  fidèles  de  recevoir  la  Vérité  et  de  repousser 
l'impiété,  d'où  qu'elle  provienne  ^.  Sainte-Marthe,  ainsi  qu'il  le 
dit  à  Olivier^,  se  sentait  attristé  de  l'affaiblissement  de  la  Foi, 
des  dissensions  existantes  au  cœur  même  de  l'Eglise,  des  progrès 
accomplis  par  l'esprit  sectaire,  qui  avait  failli  de  si  près  l'en 
arracher  lui-même,  La  sympathie  qu'il  éprouvait  pour  ceux  qui 
doutaient  et  hésitaient,  comme  pour  ceux  qui  n'étaient  pas 
encore  engagés  dans  I2  labyrinthe  des  opinions,  lui  inspira  le 
désir  de  leur  donner  un  médecin  pour  soutenir  les  faibles,  relever 
ceux  qui  étaient  tombés,  ramener  dans  la  vraie  voie  ceux  qui 
erraient  et  affermir  ceux  qui  n'étaient  pas  encore  tombés.  Quel 

1.  C'a.  Sanctomarthanus  F.  Gab.  Putherbeo,  etc.  In  Ps.  XC...  Médit.,  fol  [gvij] 
r».  Cit.  Rev.  des  Et.  Rab.,  1906,  p.  347. 

2.  Ihid.,  loc.  cit.,  p.  348.  .<  Adjiitorium  Altissimi  est  Ecclesia  »,  déclare-t-il 
dans  la  Méditation  elle-même,  fol.  14  r". 

3.  Ut  quse  catholica  et  vera  erunt,  etiam  si  olitor  ea  proférât,  sequantur  ; 
qufe  impia  erunt  etiam  si  ab  Angelo  nuntientur,  fugiant.  Lettre  à  Puy-Her- 
bault,  loc.  cit.,  p.  348. 

4.  Carolus  Sanctomarthanus  Gastono  Olivario  Mancii  Domino  S.  D.  In  Psal- 
mum  XG...  Meditatio,  fol.  2  r°-4  v". 


118  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1550 

devait  être  ce  médecin,  sinon  le  Saint-Esprit,  et  où  devait-on 
plus  sûrement  le  trouver,  sinon  dans  l'Ecriture  et,  plus  parti- 
culièrement, dans  les  Psaumes  ?  Ceux-ci  furent  pour  lui  ce  que 
Pline  avait  été  pour  Cicéron.  De  même  que  le  romain  jugeait 
de  la  science  d'un  homme  par  le  plaisir  qu'il  prenait  à  la  lec- 
ture de  Pline,  de  même  Sainte-Marthe  jugeait,  d'après  le 
plaisir  qu'un  homme  éprouvait  à  la  lecture  des  Psaumes,  s'il 
possédait  ou  non  la  Grâce  ^. 

Quant  à  la  méditation  même,  la  note  hétérodoxe  qu'un  cri- 
tique rigoureux  y  pourrait  découvrir  se  trouvait  contrebalancée 
par  les  protestations  de  fidélité  de  l'auteur.  «  Rien  n'est  si  dur 
ni  si  amer  »,  écrit-il,  «  que  d'être  accusé  d'abandonner  la  foi 
chrétienne  pour  passer  au  parti  des  hérétiques,  lorsqu'au  con- 
traire on  s'efforce  de  défendre  la  foi  contre  ces  derniers  ^  ». 
Une  insistance  excessive  sur  la  doctrine  de  la  Grâce  ^,  quelques 
réflexions  amères  sur  les  traditions  humaines,  et  le  recours  à  la 
Bible  comme  à  la  source  de  la  Religion  *,  des  allusions  quelque 
peu  suspectes,  quoiqu'exprimées  en  termes  généraux,  sur  les 
persécutions  du  monde  ^,  tout  cela  ne  suffisait  pas  pour  condam- 


1.  In  Psalmum  XC...  Meditatio,  fol.  3  r"  et  x°.  Cf.  infra  p.  332  et  scq. 

2.  Ibid.,  fol.  20  r". 

3.  Par  exemple,  au  sujet  de  saint  Pierre  :  «  Quod...  peccavit  Garnis  fuit,  Naturae 
fuit,  humanitatis  fuit...  quod  autem  Petrus,  agnita  culpa,  in  lachrymis  pro- 
rupit,  non  Petro  id  quideni,  sed  ei  dandum  est,  qui  Petrum  oculis  pietatis 
intuitus,  ejus  animum  ad  psenitentiam  excitavit.  Hsec  itaque  tua  sunt  opéra, 
Domine,  qui  quos  vis  induras,  quos  vis  emoUis,  quos  vis  eligis,  quos  non  vis 
reprobas  :  emollis  autem  et  elegis  eos  qui  te  ex  penitissimo  cordis  adfectu 
quœrunt  et  sese  ad  electionem  préparant  ;  induras  atitem  et  reprobas  quot- 
quot  se  a  te  subdiscunt  et  subtrahunt  )',  etc.  In  Psalmum  XC...  Meditatio, 
fol.  34  T°  et  v". 

4.  Par  exemple  :  «  Est  itaque  Dei  armatura,  non  Pharisaicse  et  Deo  contraria 
traditiones,  non  nostra  mérita  fidei  expertia,  set  verbum  Dei.  »  Ibid.,  fol.  23  v". 
Sainte-Marthe  prend  soin  de  définir  les  limites  de  se  répugnance  à  la  tradition  : 
«  Quum  vero,  pro  divinis  prseceptis  rudi  plaebeculœ  traditiones  nominum  reli- 
giose  servandse  obtruduntiu-  (de  illis  loquor  quse  verbo  Dei  répugnent  ;  quando- 
quidem  quse  cum  eo  conveniunt  non  humanœ  amplius  set  divinse  censendœ 
sunt)  quid  agitur  aliud,  quam  ut  a  fiducia  Dei  abducamur  ;  non  contempto 
solum  set  damnato  etiam  verbo  Dei  ?  »  Ibid.,  fol.  20  v". 

5.  Par  exemple  :  Quem  itaque  verbo  Dei  nitaris,  atque  jam  non  possis  amplius 
ex  traditionibus  hominum  eas  quœ  illi  adversantur  non  rijicere  nec  aspernari, 
nihil  a  Mundo  atqiie  mundanis  omnibus  expectare  debes,  quam  adversa  omnia. 
Te  igitur  Mundus  a  sinistra  parte  impetet  :  atque  ut  relicto  Dei  verbo  suis  placitis 
adhaereas,  carcerem,  infamiam,  vincula,  j>lagas,  exilium,  rerum  jacturam,  ac 
mortem  etiam  crudelissimam  interminabitur.  Quod  si  sese  videat  nihil  suis 
minis  officere  ac  consequi  posse,  atque  sis  animo  obfirmato,  non  te  prius  tollet  e 


1550]  DERNIÈRES   ANNEES  119 

lier  l'œuvre  d'un  liouiiiic  qui  déclarait  hautement  qu'il  n'y  avait 
point  de  salut  hors  de  l'Eglise  ^.  Sainte-Marthe,  d'ailleurs,  ne 
s'attendait  à  être  critiqué  que  par  ceux  qui  ont  l'habitude  de 
médire  de  toute  production  littéraire  «  qui  scripta  trahunt  in 
calumniam  omnia  ^  ». 

Sainte-Marthe,  comme  nous  l'apprenons  par  sa  lettre  dédica- 
toire  à  Olivier,  était  encore  à  Paris  au  commencement  de  juillet  ^; 
mais  il  en  était  parti  vers  le  mois  de  septembre,  quand  sa  pro- 
tectrice, la  Duchesse  de  Beaumont  mourut  à  La  Flèche  ■*.  Il  est 
évident  que  Sainte-Marthe  assista  à  ses  derniers  moments.  Il 
raconte  d'une  manière  précise  avec  quelle  sérénité  elle  mourut. 
Vers  minuit,  la  Duchesse  fit  quérir  tous  ses  officiers  et  ses  princi- 
paux serviteurs  et  s'adressa  à  eux  en  ces  termes  :  «  Mes  amis, 
dorénavant  n'y  aura  plus  de  différence  entre  vous  et  mo}^  ;  j'a}-- 
esté  grande,  je  ne  su3's  plus  que  la  plus  petite  de  vous.  Je  sens  que 
c'est  faict  de  moy  ;  je  vous  prie  me  pardonner  et  prier  Dieu  pour 
mo}^  ».  L'entrevue  terminée,  les  dernières  cérémonies  accomplies, 
Françoise  dit  à  ses  médecins,  dont  le  premier  était  Jacques 
Hibou,  de  qui  sans  doute  son  panégvriste  tient  cette  informa- 
tion, qu'ils  pouvaient  faire  ce  qu'ils  pourraient  faire  pour  le 
bien  de  son  corps  mais  que  son  âme  était  prête  à  le  quitter  et, 
se  tournant  de  côté,  elle  rendit  l'âme  en  s'endormant  d'un  doux 
sommeil  ^. 

Sainte-Marthe,  pour  cette  dernière  protectrice,  composa  une 
oraison  funèbre  qui,  malgré  ses  mérites,  est  inférieure  à  celle 
de  la  Reine  de  Navarre.  Il  avait  à  faire  absoudre  non  des  délits 
d'opinion,  mais  des  écarts  de  conduite  difficiles  à  pardonner. 
Le  caractère  de  la  Duchesse  était  très  différent  de  celui  de  la 
Reine  et  son  panégyrique  était  une  tâche  qui  convenait  beau- 
coup moins  au  caractère  de  Sainte-Marthe;  aussi  cette  dernière 


niedio  quain  tentaverit  blanditiis  ad  suas  partes  allicere.  Proponet  enini  honores 
tibi  ac  populi  applausus,  pingues  proventus,  atque  vitam  inter  prœstabiles 
paeificam.  Ac  simul  te  adscribet  in  niimerum  filiorum  seternse  vitse.  Addet  sese 
commodi  salutisque  tuae  adeo  studiosum  esse,  ut  te  a  tua  opinione  in  suam  per- 
trahere,  nisi  summo  tuo  bono  non  velit.  I71  Psalmum  XC...  Meditatio,  fol. 
29  r»  et  v». 

1.  Ihid.,  fol.   14  V. 

2.  Lettre  à  Olivier,  ihid.,  fols.  3  v°  et  4  r". 

3.  La  lettre  à  Olivier  est  datée  de  ce  lieu,  quarto  Idus  Julii. 

4.  Le  4  septembre,  cet  59. 

5.  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fols.  42  vo-43  v". 


120  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE  [1551 

oraison,  bien  que  savante,  vigoureuse  et  non  sans  relief,  manque 
tout  à  fait  de  cette  note  spiritualiste  et  presque  mystique,  qui 
caractérise  l'oraison  de  Marguerite.  Comme  celle-ci,  l'oraison  de 
la  Duchesse  de  Beaumont  ne  fut  probablement  jamais  pronon- 
cée ^,  mais  elle  fut  publiée  à  Paris  dans  le  courant  de  l'année. 

Sainte-Marthe  lui-même  alla  pourtant  à  Alençon  et  data  de 
cette  ville  VAvis  au  lecteur  du  12  octobre.  Après  la  mort  de  sa 
protectrice,  il  sentit  qu'il  avait  perdu  tout  espoir  de  voir  sa  situa- 
tion s'élever  «  veu  qu'Avarice  ha  ce  iourd'huy  tellement  occupé 
domination  au  cœur  d'aucuns  princes  que  les  lettres  ny  doivent 
plus  attendre  des  Mecœnes  ne  des  Augustes  ^  ».  Ces  sentiments 
étaient  injustes  à  l'égard  d'Antoine  de  Bourbon,  ((  la  fleur  de  la 
tresnoble  et  tresillustre  maison  de  Vendosme,  fleur  de  bonté, 
de  candeur,  de  libéralité,  d'humilité  et  de  toutes  les  vertus  qui 
sont  nécessaires  à  la  décoration  d'un  vray  Prince  »,  d'après 
Sainte-Marthe  qui  le  loue  sans  trop  de  désintéressement  ^.  Le 
jeune  Prince  avait  des  raisons  de  s'attacher  à  Sainte-Marthe,  non 
moins  à  cause  de  sa  femme  qu'à  cause  de  sa  mère  et,  malgré  la 
faiblesse  et  la  vanité  qui  avaient  poussé  la  Reine  de  Navarre  à 
se  montrer  hostile  au  mariage  de  sa  fille  avec  lui,  il  semble  avoir 
vraiment  aimé  la  société  des  hommes  de  lettres.  C'est  ce  qu'in- 
diquerait même  la  tradition  frivole  qui  le  représente  à  Prépa- 
tour  faisant  de  la  bonne  chère  avec  le  jeune  Ronsard  et  le  vieux 
Rabelais  ^.  C'est  peut-être  à  sa  bienveillance  que  Sainte-Marthe 
dût  d'être  maintenu  dans  son  office  de  lieutenant  criminel 
d' Alençon,  poste  qu'il  occupait  encore  en  1553,  quand  il  hérita 
des  biens  de  Chasserat,  de  l'Isle-B reniant  et  du  fief  de  Noguette, 
qui  constituaient  sa  part  des  propriétés  laissées  par  son  père. 
Gaucher,  mort  en  1551  ^.  C'est  certainement  à  Antoine  qu'il  dut 
sa  renomination  au  poste  de  Procureur  général  du  duché  de 
Beaumont,  d'un  rapport  de  cent  quarante-neuf  livres  par  an.  Le 


1.  La  Généalogie  de  la  Maison  de  Sainte-Marthe,  fol.  27  r",  en  parle  comme 
ayant  été  «  prononcée  en  la  ville  d'Alençon,  au  mois  d'octobre  1550  et  peu  après 
publiée  en  françois  par  nostre  Charles  ».  Ce  témoignage  doit  toutefois  n'être 
accepté  que  sous  caution. 

2.  Or.  fun...  de  Fr.  d\4.l.,  fol.  8  r». 

3.  Ibid.,  fol.  38  r". 

4.  Cf.  l'abbé  Simon,  Hisi.  de  Vendôme  et  ses  environs,  Vendôme,  1834,  vol.  I. 
p.  304. 

5.  Cf.  Généalogie  de  la  Maison  de  Sainte-Marthe,  fol.  41  v°  ;  A.  Lefranc,  loc. 
cit.,  pp.  346  et  347. 


1551  I  DERNIÈRES    ANNEES  121 

brevet  de  renoniination  de  Sainte-Marthe  à  ce  poste  est  du  mois 
de  janvier  qui  suivit  la  mort  de  la  Duchesse.  Il  lui  confère  en 
même  temps  le  titre  de  Conseiller  du  Duc  ^.  Cet  acte  ne  rappelle 
pas  seulement  la  «  bonne  et  entière  confiance  »  qu'Antoine  pla- 
çait en  Sainte-Marthe  et,  suivant  l'usage,  «  ses  sens,  suffisance, 
littérature,  fidellité  »,  mais  encore  les  services  rendus  à  sa  feue 
maîtresse . 

Un  exemplaire  d'un  des  premiers  actes  officiels  dressés  par  le 
Procureur  général  sous  son  nouveau  maître  nous  a  été  conservé. 
Pendant  l'été  de  1550,  Henri  II  avait  chargé  deux  commissaires 
de  vendre  les  «  landes  communes  et  terres  vacques  )>  d'Anjou  et 
du  Maine.  En  novembre,  ces  commissaires,  François  Boylève 
et  Julien  Teste,  «  dict  de  Bretagne  »,  s'acquittant  de  leur  mission, 
proclamèrent  la  vente  de  différentes  landes  situées  dans  la  juri- 
diction du  duché  de  Beaumont.  C'était  le  devoir  de  Sainte-Marthe 
de  s'en  plaindre  au  nom  du  Duc.  Il  prépara  un  bref,  afin  d'obte- 
nir l'arrêt  des  opérations  jusqu'à  ce  que  la  cause  pût  être  enten- 
due et  pour  enregistrer  l'opposition  faite  par  le  Duc  et  l'an- 
nonce de  son  appel  à  la  Cour. 

Il  essaya  de  plaider  la  cause  au  moment  même  où  les  commis- 
saires procédaient  au  lotissement  des  terrains  ;  mais  les  gens 
crièrent  si  fort  et  les  commissaires  étaient  si  impatients  qu'il  ne  put 
continuer.  Il  alla  donc  porter  le  bref  le  jour  suivant,  7  novembre, 
à  Boylève  et  à  Teste,  qui  venaient  de  déjeuner  à  l'hôtel  de  Fres- 
noy,  bien  qu'ils  objectassent  qu'il  contenait  plus  qu'il  n'avait 
plaidé.  Les  ventes  furent  achevées  le  jour  suivant,  quoique 
même  le  18  du  mois  Sainte-lMarthe  allât  encore  voir  Boylève 
pour  discuter  avec  lui  sur  des  questions  techniques  ^.  Au  bout  de 
cinq  ans  toutes  les  landes  du  Maine  étaient  inventoriées  et 
vendues  ^.  Encore  un  autre  acte  officiel  de  Sainte-Marthe, 
«  Une  procédure  qu'il  fit  sur  les  articles  de  la  vicomte  de  Dom- 
front  »  a  laissé  ses  traces  dans  la  biographie  de  la  famille,  mais 
on  n'a  pas  d'informations  sérieuses  à  ce  sujet  ^. 

1.  Il  est  daté  du  mois  de  janvier  1550,  1551  n.  s.  Cf.  infra  p.  336  et  seq. 

2.  Voir  pour  ces  détails,  infra  pp.  338  et  339. 

3.  «  Etat  des  Landes  du  Maine  appartenant  au  domaine,  1553-54.  »  n  Ventes 
des  Landes  du  Maine,  1554-55.  »  Ces  deux  documents  sont  cités  dans  le  catalogue 
d'Anjubault,  comme  étant  dans  les  Archives  municipales,  liasse  38. 

4.  Généalogie  de  la  Maison  de  Sainte-Marthe,  fol.  27  v".  Ce  doit  être  en  ce 
passage  que  M.  de  Longuemare  développe  de  cette  manière  :  «  Prenant  toujours 
avec  une  grande  ardeur  l'intérêt  do  son  prince  ainsi  que  nous  le  prouve  la  façon 


122  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1555 

Bien  que  ses  fonctions  officielles  l'aient  plus  ou  moins  retenu 
à  Beaumont,  Sainte-Marthe  passa  la  plus  grande  partie  de  ses 
dernières  années  à  Alençon.  Il  y  mourut  subitement  en  1555, 
prématurément,  car  il  n'était  âgé  que  de  quarante-trois  ans. 
<(  Mais  peu  de  temps  après  »,  dit  Colle tet,  brodant  sur  le  récit  de 
Scévole,  «  il  se  sentit  pressé  luy  mesme  de  suivre  sa  bonne  maî- 
tresse. Car,  comme  il  estoit  d'une  humeur  extrêmement  san- 
guine, une  abondance  de  sang  sortie  de  ses  veines  avec  violence 
et  impétuosité  malgré  les  vaisseaux  qui  le  contenoient  ayant 
esteint  sa  chaleur  naturelle,  il  en  fut  suffoqué  tout  à  coup  et  en 
mourut  en  la  fleur  de  son  aage  l'an  1555  ^  ».  Il  fut  enterré  à 
Alençon  ^.  Il  ne  laissait  pas  d'enfants  ^.  Sa  veuve,  demandée 
en  mariage  par  René  Rouxal,  sieur  de  Baville  et  d'Aubry,  laissa 
un  fils  qui,  sous  le  nom  de  capitaine  Jullien,  devint  un  soldat 
fameux.  La  légitimité  du  fils  fut  contestée  par  la  famille  de  Me- 
dav}^  et  l'une  des  raisons  qu'elle  allégua  est  intéressante,  en  ce 
qu'elle  montre  les  dispositions  de  l'entourage  de  Sainte-Marthe  : 
C'est  que  les  parents  avaient  été  mariés  à  «  l'église  protes- 
tante ■*  ».  La  femme  de  Sainte-Marthe  avait  donc  évidemment 
des  relations  mieux  définies  que  son  mari  avec  les  réforma- 
teurs. 

Quelle  qu'ait  été  sa  position  vis-à-vis  de  ceux-ci,  il  n'est  pas 
douteux  que  Sainte-Marthe  occupait  un  rang  honorable  parmi 
les  savants  de  son  temps.  Il  était,  comme  nous  l'avons  vu,  l'ami 
de  beaucoup  d'entre  eux.  Le  généalogiste  de  la  famille  nous  le 
représente  recevant  les  hommages  non  seulement  de  Scève,  de 
Dolet  et  de  Faucher,  comme  nous  le  savons  en  effet,  mais  encore 
de  Marot  (il  serait  plaisant  de  considérer  que  ce  dernier  expri- 
mait la  satisfaction  que  lui  causait  l'admiration  de  son  dis- 
ciple) et  aussi  de  Budé,  de  Faber  ^,  de  Vatable,  de  Tussaint,  de 

dont  il  s'occupa  de  certaines  difficultés  survenues  dans  le  vicomte  de  Domfront, 
difficultés  qui  ne  furent  résolues  c^ue  grâce  au  zèle  du  procureur  général  », 
op.  cit.,  p.  47. 

1.  Cf.  infra  p.  285. 

2.  La  Généalogie  de  la  Maison  de  Sainte-Marthe,  fol.  29  v"  ;  Dreux  du  Radier, 
op.  cit.,  et  la  Biographie  Universelle,  garantissent  qu'il  mourut  à  Alençon.  Seule 
la  Généalogie  rapporte  qu'il  y  fut  enterré. 

3.  D'après  Moreri,  loc.  cit.,  et  la  Généalogie  de  la  Maison  de  Sainte-Marthe, 
fol.  29  v". 

4.  Odolant  Desnos,  loc.  cit.,  est  toutefois  le  seul  gai'ant  de  ces  faits  et  son 
témoignage  doit  être  accepté  avec  défiance. 

5.  C'est  probablement  Louis  Lefèvre,  recteur  de  l'Université  de  Paris  en  1529, 


1555]  DERNIÈRES    ANNEES  123 

Pierre  Paschal  et  de  de  ïliou,  et  il  ajoute  qu'il  est  question  de 
lui  dans  THistoire  de  l'Université  de  Paris  ^.  Une  grande  partie 
de  tout  ceci  est  toutefois,  sinon  difficile  à  croire,  du  moins  diffi- 
cile à  vérifier  ^  et  probablement  exagérée.  Ce  que  dit  de  Thon 
au  sujet  de  Sainte-Marthe  est  trop  peu  significatif  pour  passer 
pour  un  «  éloge  »  ;  ce  que  dit  du  Boulay,  qui  est  pourtant  plus 
prolixe,  est  à  peine  important  ^.  La  réputation  de  Sainte-Marthe 
semble  donc,  somme  toute,  avoir  été  brillante  dans  certains 
cercles  étroits  sans  avoir  été  très  étendue.  Il  n'avait  pas  place  à 
la  Cour  comme  Colin,  Marot,  La  Maisonneuve,  Macault,  La  Bor- 
derie,  Salel,  Herberay  *.  Pasquier  ne  le  nomme  pas  parmi  cette 
«  infinité  de  bons  esprits  que  Texemple  de  François  I^r  excita  à 
bien  faire  »  ^,  ni  Sibilet  dans  son  Art  Poétique,  ni  encore  Des  Ma- 
sures dans  son  Ode  à  Joachim  du  Bellay",  ni  l'humble  Paul 
Angier  dans  sa  dédicace  à  ses  supérieurs,  ((  très  scientificques 
postes,  Marot,  Sainct-Gelais,  Heroet,  Sabel  ( sic ),Bordevie,  Rabe- 


l'ami  intime  de  Morin,  le  lieutenant  criminel  de  Paris  (v.  Bulaeus,  Hist.  Univer- 
selle de  Paris,  VI,  p.  960  ;  P.  Rosseii...  Paulus...  Ed.  Sussanaeus,  Paris,  Buffet, 
1537,  fol.  3  vo),  ou  bien  Denys  Lefèvre,  (cire.  1488-1538),  professeur  au  Collège 
de  Coqueret  et  au  Collège  d'Harcourt,  et,  après,  Célestin  de  Marcoussis,  auteur 
de  différents  poèmes  religieux.  Au  Collège  de  Coqueret,  il  expliquait  Théod. 
Gaza  (c  quse  prima  fere  fuit  atticae  linguse  in  Academia  Paris,  introductio. 
Bulaeus,  op.  cit.,  VI,  p.  928. 

1.  Op.  cit.,  fol.  30  ro. 

2.  Je  me  suis  efforcé  de  le  faire  sans  y  réussir,  excepté  pour  de  Thou  et  Du 
Boulay.  Le  généalogiste  a  iDrobablement  parlé  négligemment.  Pour  Marot,  cf. 
supra,  p.61,  note  5.  Dans  le  cas  de  Budé,  le  généalogiste  peut  avoir  confondu 
Charles  avec  son  frère  Jacques,  mais  quand  bien  même,  c'est  le  contraire  qui 
eut  lieu,  et  Jacques  qui  fit  l'éloge  de  Budé.  Cf.  p.  7,  n.  2.  M.  de  Longuemare, 
op.  cit.,  p.  48,  reproduit  la  même  liste  sans  l'avoir  vérifiée,  à  ce  qu'il  semble. 

3.  «  Mortuam  funebri  oratione  laudavit  Carolus  Sammarthanus.  »  C'est  ainsi 
que  s'exprime  de  Thou  (p.  209)  dans  l'édition  de  Londi-es  (1733)  de  son  Histoire, 
sans  variantes  de  ce  passage.  Il  ne  parle  même  pas  de  Sainte-Marthe  dans  le 
précédent,  qui  traite  de  V Hecatodistichon  «  quod  Joan.  Auratus,  Joachimus 
Bellaius,  Joan.  Antonius  Bai  fins,  Nie.  Denisot,  prseclara  Gallise  nostrœ  ingénia..., 
expresserimt.  »  Le  passage  est  identique  à  celui  de  l'édition  d'Orléans  de  ]()20 
(p.  177).  On  ne  le  trouve  pas  du  tout  dans  les  éditions  de  1604  et  1609. 

Du  Boulay  s'exprime  ainsi  :  «  Ex  eadem  Gente  Carolus  Sammarthanus,  Sce- 
volse  Patruus,  jm-isconsultus,  plurimas  laudationes  habuit  et  scripsit.  Edidit 
quoque  libres  très  de  Pœsi(a)  Gallica  et  floruit  ab  an...  cii'citer  1540.  »  Hist. 
Univ.  Paris,  vol.  VI,  p.  972. 

4.  Tous  mentionnés  par  Claude  Chappuis  dans  son  Discours  de  la  Cour. 

5.  Recherches  de  la  France,  chap.  v  et  vi. 

6.  A  Joachim  du  Bellay,  Ang.,  Œuvres,  pp.  15-21.  Saint-Gelais,  Herberay, 
Rabelais,  Jacques  Pelletier,  Salel,  Marot,  Macrin,  Caries,  Colin,  Jean  Martin, 
et  finalement  Ronsard  y  sont  nommés. 


124  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE  [1555] 

lais,  Scève,  Chapuy,  et  aultres  poètes  ^  »,  publiée  quatre  ans  seule- 
ment après  le  volume  de  Sainte-Marthe,  et  bien  que  l'auteur  y 
nomme  des  poètes  de  la  vieille  école  aussi  bien  que  de  la  nou- 
velle. Les  Etrennes  de  Fontaine  aux  poètes  ses  compagnons,  pour 
Tannée   1555   ^,  ne  l'admettent  pas  encore  dans  la  compagnie 
catholique  que   composaient  Saint-Gelais,  Scève,  Ronsard,   du 
Bellay,  Jodelle,  Pontus  de  Thyard,  Olivier  de   Magny,    Remy 
Belleau,  Claude  Chappuis,  Tahureau  et  Bonaventure  du  Tron- 
chet.  C'était  sans  doute  l'année  même  où  Sainte-Marthe  mourut 
subitement  ;  mais,  même  si  cela  arriva  avant  la  publication  du 
volume  de  Fontaine,  il  est  assez  singulier  qu'il  ait  complètement 
omis  d'en  parler.  D'autre  part  nous  trouvons  son  portrait  dans 
la  collection  de  gravures  de  Léonard  Gaultier,  bien  connue  sous 
le  nom  de  «  Chronologie  Collée  »  :  Portraitz  de  plusieurs  hommes 
illustres  qui  ont  flory  en  France  depuis  Van  1500  jusques  à  pré- 
sent. Ce  que  ce  portrait  nous  fait  saisir,  c'est  cette  austérité 
contemplative  qui,  malgré  toute  son  éloquence,  malgré  même  ce 
qu'il  y  avait  d'impulsif  dans  son  caractère,  doit  avoir  dominé 
constamment  l'esprit  de  Sainte-Marthe.  La  gravure,  extrême- 
ment petite,  nous  montre  un  homme  d'environ  quarante  ans, 
portant  une  barbe  taillée  en  pointe,  d'une  contenance  sévère, 
avec  un  long  nez,  un  front  haut  et  un  peu  chauve.  Parmi  les 
notes  marginales  explicatives  qui  accompagnent   les   portraits 
ou  Brief  éloges  des  hommes  illustres  desquels  les  pourtraits  sont 
icy  représentez.  Par  Gabriel  Michel  Angevin,  adv.  au  Parlement  ^, 
l'une  consacrée  à  Sainte-Marthe  nous  le  désigne  de  cette  ma- 
nière :  ((  Charles  de  Saincte-Marthe,  Poitevin,  oncle  de  ce  grand 
Scévole  de  Saincte-Marthe,  lumière  de  nostre  siècle,  fut  lieute- 
nant   criminel    d'Alençon,    poète    latin    et    françoys    beaucoup 
renommé,  qui  mourut  environ  l'aage  de  40  ans,  1555.  » 


1.  Le  niespris  de  la  Cour  (1544),  fol.  [hv]  v». 

2.  Les  Ruisseanx  de  Fontaine,  pp.  198-203. 

3.  Gabriel  Michel  de  la  Rochemaillet.  C'est  ainsi  que  le  nomment  Leiong  et  la 
Généalogie  de  la  Maison  de  Sainte-Marthe  (fol.  3).  Il  était  probablement  père  de 
René  Michel  de  la  Rochemaillet.  Cf.  suprap.  2.  L'édition  de  la  feuille  in-folio  qu'est 
la  clu'onologie  collée  qui  contient  les  brèves  biographies  de  Michel  fut  faite  par 
L.  Leclerc,  c^ui  dédia  son  ouvrage  à  Jacques  de  la  Guesle.  Bib.  Nat.,  La^^  b. 


DEUXIKMK    PARTIK 


CHAPITRE  I 

<(    LA   POESIE    FRANÇOISE    )) 
l'imitation  de  marot  et  le  PÉTRARQUISME 

Que  le  terme  de  «  précurseur»  doive  être  appliqué  avec  prudence, 
c'est  presque  un  lieu  commun.  On  a  dit  que  les  idées  appar- 
tiennent à  ceux  qui  les  développent  ;  pourtant  elles  flottent 
souvent  dans  les  esprits  de  toute  une  génération  avant  de  trouver 
leur  expression  convenable,  exacte,  frappante;  et  un  esprit 
incapable  de  les  faire  germer  peut  être  le  premier  à  rendre  témoi- 
gnage de  leur  influence.  «  Il  n'y  a  rien  de  plus  fréquent  que  cette 
espèce  d'inconscience  ou  d'ingénuité  »,  écrivit  un  grand  critique. 
«  Nous  en  verrons  de  nombreux  exemples  dans  l'histoire  de  la 
littérature  française,  même  classique  ;  et  tous  les  jours  mi  écri- 
vain effleure  en  passant  une  idée,  dont  ce  n'est  pas  lui  mais  un 
plus  heureux  ou  un  plus  habile  qui  verra  sortir  les  conséquences  ^.  » 
Sainte-Marthe  est  un  de  ceux-là.  Son  intelligence  n'était  sans  doute 
pas  de  premier  ordre  ;  son  talent  poétique  était  plus  que  médiocre  ; 
mais  il  trouva  dans  la  Poésie  Françoise,  des  idées  que  les  membres 
de  la  Pléiade  devaient  rendre  fameuses  et  les  exprima  de  la  manière 
dont  il  était  capable  '•^.  En  ce  qui  concerne  ces  théories,  il  n'est 
pas  difficile  de  prouver  que  Sainte-Marthe  fut,  en  plus  d'mi  point, 
un  véritable  précurseur  de  ce  groupe  qui  proposa  l'idéal  qui 
parut  si  nouveau  à   la  langue  et  à  la  littérature  française.  Du 

\.  F.  Brunetière,  Hist.  de  la  lltt.  française  class.,  vol.  I,  p.  185. 

2.  «  L'avènement  de  la  Pléiade,  succédant  à  l'école  de  Mai'ot,  ne  s'explique  que 
si  l'on  tient  compte  de  l'évolution  qui  s'était  accomplie  antérievi rement  dans  la 
manière  de  penser  et  de  sentii*  des  classes  éclairées.  »  A.  Lefranc,  Le  Platonisme 
et  la  Littérature  en  France  à  Vépoque  de  la  Renaissaxicc,  Rev.  d'Hist.  litt.,  janv. 
1891,  p.  2. 


126  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

Bellay  et  Ronsard  se  préoccupaient  d'enrichir  et  d'orner  leur 
langue  maternelle  ;  neuf  ans  avant  eux,  Sainte-Marthe  avait  le 
même  souci.  Les  poètes  de  la  Pléiade  durent  beaucoup  à  ce 
Platonisme  qui  laissa  des  traces  profondes  dans  leurs  œuvres, 
quoiqu'ils  l'aient  abandonné  et  renié  ^.  En  1540,  Sainte-Marthe 
réfléchissait  l'influence  du  Platonisme  à  ses  débuts  en  France  et, 
dix  ans  après,  produisit  ce  qu'on  put  appeler  un  magnifique 
monument  du  Platonisme  de  la  Renaissance  française  ^.  Le 
Pétrarchisme  était  un  élément  essentiel  de  la  nouvelle  poétique  ; 
en  1540,  Sainte-Marthe  était  déjà  un  pétrarquisant.  La  Pléiade 
s'enorgueiUissait  de  ses  nouveaux  mètres.  Dix  ans  auparavant, 
Sainte-Marthe  en  employait  au  moins  un  et  balbutiait  aussi  ses 
premiers  Alexandrins  ^.  Dans  la  Deffence,  Du  Bellay  rendit  hom- 
mage aux  industrieux  traducteurs  du  règne  précédent,  qui 
avaient  fait  de  la  langue  française  une  «  fidèle  interprète  de  toutes 
les  autres  »,  bien  qu'il  lui  semblât  que  la  traduction  ne  pourrait 
jamais  être  un  moyen  «  unique  et  suffisant  pour  élever  nostre 
vulgaire  à  l'égal  et  parangon  des  autres  plus  fameuses  langues  ^  ». 
Sainte-Marthe  avait  eu  avant  lui  ce  même  sentiment^.  Lui- 
même  avait  de  plus  été  traducteur  ;  car,  bien  que  son  ouvrage  n'ait 
pas  été  publié,  ou  ne  nous  ait  pas  été  conservé,  nous  savons  par  la 
dédicace  de  ses  poèmes  à  la  Duchesse  d'Etampes  qu'il  se  propo- 
sait de  publier  certaines  parties  de  Théocrite  qu'il  avait  traduites  *•. 
L'Humanisme,  dont  s'était  nourrie  la  Pléiade  et  qui  grandissait 
en  France  avec  le  siècle,  n'avait  pas  en  elïet  de  plus  ardent  dis- 
ciple que  Sainte-Marthe  : 


1.  W.  A.  R.  Kerr,  cherchant  à  retracer  l'infRienee  qu'eut  le  platonisme  de  la 
Renaissance  siu*  chaque  poète  de  la  Pléiade  (excepté  sur  Daiirat,  quantité 
négligeable),  a  montré  qu'il  ne  fut  pas  en  somme  goûté  par  Ronsard,  bien  qu'il 
lui  eut  fait  quelques  sacrifices,  ni  davantage  par  Belleau,  par  Baïf  et  par  Jodelle, 
alors  que  du  Bellay  l'avait  à  la  fin  absolument  repoussé,  et  que  l'intérêt  que 
Pontus  du  Thyard  avait  d'abord  éprouvé  n'avait  pas  dm-é  longtemps.  The 
Pléiade  and  Platonism,  Modem  Philology,  vol.  V,  pp.  407-421, 

2.  A.  Lefranc,  Marguerite  de  Navarre  et  le  Platonisme  de  la  Renaissance,  Bib. 
de  l'Ecole  des  Chartes,  vol.  LIX,  p.  754. 

3.  Cf.  injra,  pp.  130  et  n.  2. 

4.  Deffence  et  Illustration  de  la  Langue  Francoyse,  pp.  78  et  82. 

5.  Cf.  infra,  p.  144. 

6.  «  Auquel  si  aggreablement  elle  (i.  e.  «  ceste  mienne  vaine  et  jeune  fati- 
gue »)  se  veoit  quelque  foy  pervenue,  te  poiura  mettre  [hoi"S  ?]  pkis  haulte,  non 
toute  foy  sienne,  invention,  qui  est  partie  de  la  traduction  de  ce  Buccoliquain 
Théocrite,  élégante  imitation  de  nostre  Poète.  »  P.  F.,  p.  5,  Cf.  infra  p.  320. 


IMITATION    DE   MAROT  ;    PETRARQUISMB  127 

Homme  scavant  ostro  dire  no  m'ose. 
Mais  mon  esprit  sur  les  lettres  repose, 
Sa  vie  est  là,  là  est  tout  mon  soûlas. 
D'y  travailler  ne  sera  jamais  las. 

r.  F.,  p.   149. 

Telle  est  la  modestie  avec  laquelle  il  parle  de  sa  science  et  ce 
mot,  dans  la  bouche  de  Sainte-Marthe,  ne  pouvait  rien  signifier 
d'autre  que  la  connaissance  des  classiques.  Il  est  à  peine  besoin 
de  ces  exemples  pour  prouver  l'extraordinaire  réceptivité  de 
Sainte-Marthe  pour  les  mouvements  intellectuels  de  son  temps. 
Nous  avons  vu  avec  quelle  ardeur  il  prit  part  à  la  «  Querelle  des 
femmes  »,  avec  quelle  facilité  il  fut  attiré  par  les  doctrines  de  la 
nouvelle  Réforme  ;  il  n'est  donc  pas  surprenant  qu'il  ait  été  aussi 
vivement  influencé  par  les  tendances  qui,  dès  cette  date,  se 
faisaient  sentir  dans  la  littérature  française.  Si  cette  réceptivité 
s'était  dès  l'abord  manifestée  en  prose,  Sainte-Marthe  aurait  pu 
imprimer  une  trace  plus  profonde  sur  sa  génération,  car  il 
apparaît  doué  pour  la  prose,  même  à  un  degré  remarquable  ^  ;  mal- 
heureusement ce  sont  les  vers  qu'il  choisit  comme  sa  première 
expression  ;  or,  pour  ceux-ci,  ses  dons  étaient  lamentablement 
médiocres,  même  en  ne  le  jugeant  que  relativement  aux  pro- 
ductions de  ses  contemporains. 

Quoique  Sainte-Marthe  ait  produit  quelques  vers  latins  et, 
probablement  aussi,  quelques  vers  français  dispersés  avant  1540, 
le  volume  qu'il  présenta  cette  année-là,  La  Poésie  Françoise  de 
Cliarles  de  Saincte- Marthe,  fut  sa  première  pubhcation  soignée. 
Un  ami,  un  certain  chevalier  Grenet,  qui  la  trouvait  à  son  goût, 
exprime  en  ces  termes  son  admiration  : 

Le  vray  Poète  a  deux  conditions 

En  ses  escripts,  par  lesquels  il  est  rare  : 

C'est  de  n'viser  de  malédictions, 

Qui  monstrent  bien  que  de  meiu's  est  Barbare, 

Puis  de  n'avoir  invention  avare 

Sur  le  désir  de  la  Concupiscence. 

Avec  ces  deux,  une  grande  Science 

Rend  le  Poète  entièrement  facund, 

Si  nous  vo valons  les  escripts  fonder  en  ce 

En  France  n'a  Saincte -Marthe  second. 

Le  Chevalier   Grenet,  sur  la  Poésie  de  S.  Marthe.  Livre  de  ses  Amys. 
P.  F.,  p.  237. 


128  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

Toutefois  Grenet  —  dont  le  dizain  nous  donne  un  bon  exemple 
de  la  confusion  qui  existait,  dans  l'esprit  des  hommes  de  la  Re- 
naissance, entre  l'érudition  et  la  puissance  créative,  en  même 
temps  que  de  sa  conception  puriste  de  l'art  —  reconnaît  téméraire- 
ment qu'un  poète  est  débarrassé  de  «  malédictions  »,  quand  ses 
meilleurs  passages  sont  ceux  où  il  en  approche  ;  mais  il 
a  raison  sur  les  deux  autres  points.  La  pureté  des  vers  de 
Sainte-Marthe  est  remarquable,  —  pour  l'époque  singulière 
même,  —  et  l'on  ne  peut  mettre  sa  science  en  doute,  car  elle  est 
prouvée  par  sa  réputation  et  par  ses  autres  ouvrages,  s'il  n'en 
fait  pas  grand  étalage  dans  son  premier  essai.  Excepté  Pla- 
ton, dont  il  semble  déjà  avoir  bien  connu  les  idées,  la  liste  des 
auteurs  classiques  qu'il  paraît  connaître  se  termine  avec  les 
noms  de  Théocrite,  d'Ovide,  d'Horace,  d'Homère,  de  Plutarque, 
des  inestimables  Elien^  et  Stobée^,  peut-être  de  Pausanias  ou 
de  Strabon  ^. 

La  Poésie  Françoise  est  divisée  en  trois  livres.  Comme  l'in- 
dique son  titre,  le  premier  *  contient  des  épigrammes  —  titre 
qui,  s'il  peut  à  la  rigueur  s'appliquer  à  un  virelay,  A  un  usurier, 
Virlay  ;  à  des  triolets,  A  un  grand  'prometteur  sans  effect  ;  et  à  une 
Epitaphe  de  feu  Monsieur  maistre  Foulcaud  Mosnier,  procureur 
de  Fontevrault^,  est  un  peu  dévié  de  son  sens  par  l'insertion  d'une 
Paraphrase  du  Pseaulme  120,  composée  de  sept  strophes  de 
quatre  vers  ;  d'un  poème  de  quatorze  strophes  de  quatre 
vers  intitulé  Le  Philaléthe,  c'est  à  dire  Amy  de  vérité,  bla- 
zonne  son  Aniye  ;  et  d'un  autre  de  cinq  strophes  de  sept  vers,  qui 
aurait  bien  pu  être  rangé  parmi  les  élégies  :  A  la  ville  d'Arles  en 
Provence,    d'où   est  7iatifve  Mademoiselle  Beringue   s'Amye.  En 


1.  Des  extraits  traduits  d'Élien  avaient  paru  à  Lyon  sept  ans  plus  tôt,  et 
dans  une  seconde  édition,  en  1535.  Ex  x'E.  Historia  per  P.  Gyllium  Latine  facti, 
ite'inqiie  ex.  Porphyrio,  Heliodoro,  Oppiano...  Libri  XVI,  Lyon,  1533.  C'est  à  ce 
volume  que  Sainte-Marthe  est  principalement  redevable  (c'est  la  seule  édition 
d'^-Elien  alors  existante)  pour  sa  description  de  la  Vallée  de  Tempe.  P.  F.,  p.  197. 

2.  Edition  de  Trincavelli,  Venise,  1536.  Pour  les  derniers  emprunts  de  Sainte- 
Marthe  à  Stobaeus,  cf.  infra,  pjj.  209-212.  Les  références  faites  dans  la  P.  F. 
donnent  une  intéressante  preuve  de  la  rapidité  avec  laquelle  une  édition  ita- 
lienne pouvait  se  troiiver  à  la  disposition  des  étudiants  de  France,  ou  du  moins 
de  Lyon. 

3.  Cf.  P.  F.,  p.  24,  32,  61,  134,  200  et  passim. 

4.  Le  Premier  Livre  de  la  Poésie  Françoise  de  Charles  de  Sainctc-Marthe,  con- 
tenant les  Epigrammes,  P.  F.,  py).  7-80. 

5.  P.  F.,  pp.  53,  G3,  64. 


IMITATION    DE    MAROT  ;    PETRARQUISME  1  20 

forme  de  complainte  ^.  —  Le  second  livre  contient  des  rondeaux 
et  des  ballades  -,  parmi  lesquelles  une  Ballade  double  ^  et  des  Cou- 
plets unisonants,  avec  refrain,  en  manière  de  Balade  ^.  Le  troisième 
livre  ^,  qui  forme  la  partie  la  plus  importante  du  volume,  com- 
prend les  épîtres  (parmi  lesquelles  un  coq-à-l'âne'')  et  les  élégies, 
celles-ci  étant  nettement  séparées  des  épîtres  par  un  avis  par- 
ticulier ^  au  lecteur.  Le  volume  se  termine  par  une  collection 
de  poèmes,  dus  à  la  collaboration  des  amis  de  l'auteur,  inti- 
tulée Livre  de  ses  Amys  ^  et  à  laquelle  on  a  déjà  fait  quelques 
allusions. 

On  verra  qu'excepté  pour  les  chants  ro3'aux  et  les  chansons, 
Sainte-Marthe,  comme  son  maître  Marot,  a  employé  toutes  ces 
«  episseries  qui  corrumpent  le  goust  de  nostre  langue  et  ne  ser- 
vent si  non  à  porter  temoignaige  de  nostre  ignorance  ^  ». 
Pourtant,  s'il  n'est  pas  le  premier  poète  qui,  à  l'imitation  de 
Marot,  composa  des  sonnets  i°.  ni  le  premier  qui  n'attendit  pas 

1.  P.  F.,  pp.  25,  40,  48. 

2.  Le  Second  Livre  de  la  Poésie  Françoise  de  Charles  de  Saincte  Marthe,  conte- 
nant Rondeaux,  Balades  &  chant  Roy  aulx,  P.  F., pp.  81-112,  L'Au  Lecteur  p.  223, 
donne  l'indication  :  «  Oste  chants  royaulx  », 

3.  Balade  double,  contenant  la  promesse  de  Christ,  sa  Nativité,  Passion,  Résur- 
rection, <&  précieux  sacrement  de  son  Corps,  icy  à  nous  délaissé  pour  gaige  de  Salut, 

P.  F.,  p.  no. 

4.  Scavoir  se  complaint  qu'aujourd'huy  soit  ainsi  vilipendé,  P.  F.,  p.  106. 

5.  Le  Tiers  Livre  de  la  Poésie  Françoise  de  Charles  de  Saincte  Marthe,  contenant 
Epistres  et  Elégies,  P.  F.,  pp.  113-224. 

6.  A  Jean  Ferron,  Coq  à  Lasne,  P.  F.,  p.  141. 

7.  Ihid.,  p.   197. 

8.  Page-titre  spéciale,  P.  F.,  p.  225  :  Elle  est  comprise  entre  les  pages  226 
à  237. 

9.  Du  Bellay,  Deffence,  pp.  202-203. 

10.  Sainte-Marthe  a  pubhé  deux  sonnets  en  1549  et  1550.  Cf.  supra  pp.  109 
et  112.  D'après  M.  Vaganay  (Le  sonnet  en  Italie  et  en  France  au  XV I^  siècle),  le 
sonnet  fut  introduit  en  France  suivant  la  marche  suivante  (si  l'on  met  à  part  les 
simples  hypothèses  et  les  rééditions)  : 

1539  Marot    (1). 

1544  Saint-Gelais  (1)  (On  ne  sait  s'il  fut  pubUé  avant  1574). 

1545  Marot  (7)  (6  traduits  de  Pétrarque). 

1546  Saint-Gelais  (1). 

1547  Peletier  (14). 
Marguerite  de  Navarre  (1). 
M.  Scève  (2). 

1548  Vasquin  Philieul  (196). 
Jean  Charrier  (1). 
Ferrand  Debez  (1). 

1548  Sibilet  (1). 

Saint-Gelais  (1)  (On  ne  sait  s'il  fut  publié  a\-ant  1574.) 

9 


130  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

le  conseil  de  Du  Bellay  pour  suivre  l'exemple  de  son  maître  en  com- 
posant une  «  plaisante  ecclogue  rustique  »  ^,  il  s'essaya  au  moins, 
comme  Marot,  aux  Alexandrins  2,  encore  inusités,  et  le  lecteur 
devinera,  à  d'autres  timides  essais  de  nouveaux  mètres^,  l'in- 
fluence du  poète  plus  âgé.  Le  jeune  homme  avaii  en  effet  com- 


1549  Du  BeUay  (50). 
Des  Autelz  (1). 
Pontus  de  Tyard  (70). 
Thierry  de  la  Mothe  (1). 
L'historique  dvi  Sonnet  en  France  de  A.  Tilley  {Lit.  of  the  FrenchRen.,  vol.  I, 
pp.  152  et  153),  apporte  en  note  certaines  modifications  à  cette  liste  : 

1539  Le  sonnet  de  Marot  est  donné  comme  datant  de  1538  (et  écrit  en  1532 

au  plus  tard).  Un  second  lui  est  attribué. 

1540  Saint-Gelais  (avec  VAmadis  de  des  Essarts)  (1). 

1545  Les  traductions  de  Pétrarque  par  Marot  sont  données  comme  étant 

de  1544. 
1547  Saint-Gelais   (1). 

Le  nombre  des  sonnets  de  Jacques  Peletier  n'est  porté  qu'à  13. 
Pas  plus  tard  que  1548,  Jacques  Colin  parle  des  sonnets  qu'il  avait  composés 
comme  d'une  chose  passée  depuis  quelque  temps.  En  un  passage  intéressant,  il 
énumère  les  nouveaux  m.odèles  poétiques  italiens  et  les  anciens  types  de  versi- 
fication. 

«  Chansons,  balades,  triolets, 
Mottetz,  rondeaux,  servante  et  virelaiz, 
Sonnetz,  strambotz,  barzelotes,  chapitres. 
Lyriques  vers,  chantz  royaux  et  epistres. 
Ou  consoler  mes  maux  jadis  souloye 
Quand  serviteur  des  dames  m'appeloye.  » 
Epistre  à  une  Dame,  Le  livre  de  plusieurs  pièces,  fol.  103  r". 

1.  Deffence,  pp.  225  et  226.  L'églogue  en  question  est  naturellement  d'une  date 
plus  récente,  mais  ces  termes  s'appliquent  également  à  celles  de  Marot  qui  l'ont 
précédée. 

2.  Marot  employa  dix  fois  l'alexandrin,  Œuvres,  vol.  II,  pp.  224,  230,  231, 
234  ;  III,  pp.  9,  10,  15,  113  ;  IV,  p.  55.  Il  le  note  plusieurs  fois  ;  mais  toujours, 
comme  dit  Pasquier,  «  comme  si  c'eust  esté  chose  nouvelle  et  inaccoustumé  d'en 
user  pource  qu'à  toutes  les  autres  il  ne  baille  point  cette  touche  ».  Recherches  de 
la  France,  Œuvres,  p.  711.  Telle  fut  précisément  l'habitude  de  Sainte-Marthe, 
comme  s'il  eut  été  fier  de  l'innovation.  Il  les  einploya  six  fois  : 

(1)  A  P.  Tolet,  Médecin  du  grand  Hospital  de  Lyon,  Sur  V Amitié  de  luy  et  de 
Dolet.  Vers  Alexandrins,  P.  F.,  p.  11.  (2)  Le  Cueur  reprend  VŒU  de  regard  trop 
vollaige,  et  le  prie  de  s'en  retirer.  Vers  Alexandrins,  P.  F.,  p.  36.  (3)  A  Maurice 
Sceve  Lyonnois,  homme  treserudit.  Vers  Alexandrins,  P.  F.,  p.  50.  (4)  De  la 
transportation  d'Eloquence...,  Vers  Alexandrins,  P.  F.,  p.  61.  (5)  A  Maurice 
Chausson,  vers  Alexandrins,  P.  F.,  p.  66.  (6)  Elégie,  de  l'Ame  parlante  au  Corps, 
<Sc  monstrante  le  proffit  de  la  Mort.  Vers  Alexandrins,  P.  F.,  p.  214.  Trois  de  ceux-ei 
(1),  (2)  et  (3)  sont  des  dizains  (ABABBCCDCD)  ;  l'un  (3)  est  un  huitain 
(ABABBCBC)  ;  et  un  autre  (5)  est  un  dizain  de  cinq  couplets. 

3.  Par  exemple  dans  l'Elégie.  Du  vray  bien  ds  nourriture  de  l'Ame,  P.  i^.,  p.  210. 
Elle   consiste   en  triplets  rimes  de  dix  syllabes,  suivis  d'un  vers  de  quatre,  qui 


i:\rrTATTON  dk  imarot  ;  pétrarqutsme  131 

posé  une  grande  partie  de  son  œuvre  sous  le  charme  du  fameux 
poète  et  Sainte-Marthe,  le  premier,  reconnaissait  devoir  cette 
grosse  dette  à  son  <(  père  d' aliénée  »  : 

Que  dira  Ton,  do  me  veoir  si  hardy 
De  composor  après  toy  ô  Clément  ? 
Mon  cerveau  n'est  encor  tant  estourdy 
Que  ton  pareil  me  dye  aulcunement. 
Car  davant  tous  je  confesse  haultement 
Que  seulement  ton  apprentif  je  suis, 
J'escris,  j'invente,  &  fais  ce  que  je  puis. 
On  ne  me  sent  tovu'ner  à  impropere 
L'escrivant  totalement  t'ensuis. 
Qui  reprendra  l'enfant  qui  suit  son  Père  ? 

A  Clément  Marot  son  Père  df  Aliénée.  P.  F.,  p.  55. 

En  proclamant  si  hautement  sa  fidéhté  à  Marot,  Sainte-Marthe 
suivit  ses  pas  de  très  près,  d'aussi  près  que  le  permettait  son 
manque  presque  absolu  de  talent  poétique.  Comme  Marot,  il 
écrit  des  vers  pour  sa  «  sœur  d'alience  »  ^  ;  insiste,  comme  lui,  sur 
le  charme  du  rire  de  sa  maîtresse  ^  ;  oppose  avec  fierté  à  la  calom- 

donne  la  rime  du  triplet  suivant  :  (AAAB,  BBBC,  CCCD,  etc.).  C'est,  comme  on 
l'a  observé,  le  principe  de  la  terza  rima.  Faguet,  Seizième  siècle,  p.  70.  Marot  se 
servit  quatre  fois  de  ce  mètre,  vols.  II, pp.  100,  112,  121,  et  III,  p.  97.  On  a  aussi 
de  Sainte-]\larthe  un  quatrain  composé  de  vers  alternants  de  neuf  et  dix  syllabes 
(ABAB)  Du  mesme,  avec  allusion  à  son  A'om,  P.  F.,  p.  47.  Ce  dernier  mètre  ne 
fut  pas  employé  par  Marot.  La  combinaison  même  des  rimes  de  Sainte-Marthe 
offre  quelque  variété.  A  part  les  couplets  de  vei*s  de  dix  syllabes  employés  dans 
les  élégies  et  les  épîtres  (il  n'a  employé  que  trois  fois  les  couplets  de  vers  de  huit 
syllabes),  la  plus  fréquente  est  ABABBCCDCD  povu-  les  vers  de  huit  et  de  dix 
syllabes  (cinquante-hviit  fois  pour  ceux  de  dix,  six  fois  pour  ceux  de  huit). 
Après  viennent,  par  ordre  de  fréquence,  les  combinaisons  ABABBCBC  (dix-neuf 
fois  pour  des  vers  de  dix  syllabes,  —  une  fois  pour  deux  strophes,  —  deux  fois 
pour  des  vers  de  huit  syllabes),  ABABBCC  (sept  fois  pour  des  vers  de  dix 
syllabes,  —  une  fois  pour  cinq  strophes,  —  une  fois  pour  des  v-ers  de  huit 
syllabes)  ;  des  quatrains  rimes  en  ABAB  (cinq  fois  pour  des  vers  de  dix  syllabes, 
—  une  fois  jDour  quatorze,  une  autre  pour  sept  strophes,  —  deux  fois  pour  des 
vers  de  huit  syllabes).  M.  Laumonier  signale  l'une  des  combinaisons  en  septains 
de  dix  syllabes,  ABABBCC,  A  la  ville  d'Arles,  P.  P.,  p.  25  et  aussi  le  poème  de 
quatorze  quatrains.  Le  Philalèthe,  P.  P.,  p.  40,  comme  étant  de  précoces  poèmes 
lyriques  inspirés  par  l'exemple  de  Marot.  Ronsard,  p.  660.  Les  combinaisons  sui- 
vantes ne  se  présentent  qvi'une  fois,  en  des  vers  de  dix  sjdlabes  :  ABAABBCC  ; 
ABABBCCB  ;  ABABB  ;  AABAABBCC  ;  AABAABBCCDED  ;  ABABBCCDD  ; 
ABAAB  ;  ABBAAB  ;  et,  dans  des  quatrains  de  huit  syllabes  :  ABBA. 

1.  Marot,  D'alliance  de  sœur.  Œuvres,  vol.  II,  p.  56;  Sainte-Marthe,  ^4  Made- 
moiselle d'Estable  sa  Sœur  d'alience,  P.  P.,  p.  159  ;  A  Madame  Magdaleine  de  la 
Tour,  sa  sœur  d'alience,  P.  F.,  p.  70. 

2.  Marot,  Du  rys  de  Madame  d'Allebret,  Œuvres,  vol.  III,  p.  23.  Sainte-Marthe, 
A  Madanioiselle  GacineUe  Loytaulde,  Mère  de  Beringue  s'Amye,  P.  P.,  p.  88. 


132  CHARLES    DE    SAINTE  MARTHE 

nie  son  inébranlable  amour  ^,  fait  des  reproches  à  une  amante 
volage  2,  ou  offre,  avec  des  gants,  l'hommage  de  ses  vers.  ^  Et, 
dans  ce  dernier  cas,  quoiqu'il  ne  traite  pas  son  sujet  comme  le 
fit  Marot  et  quoiqu'il  en  emprunte  même  la  matière,  non  à 
Marot,  mais  à  la  poésie  A  un  gand  *,  de  Saint-Gelais,  il  se  rap- 
proche avec  succès  de  la  manière  de  son  maître  : 

Pour  un  Gentil  homme  qui  envoyoit  des  Gans  a  sa  Dame. 
Gans,  advantaige  à  ce  que  j'ay  perdu, 
Allez,  soyez  au  coiffes  recompence. 
Si  je  n'ay  bien  la  pareille  rendu 
Parlez  pour  moy,  excusez  l'impuissance. 
Guardez  de  froid,  et  de  toute  nuisance, 
Ces  blanches  Mains  tant  dedans  que  dehors. 
O  pleust  à  Dieu  que  j'eusse  la  jouissance 
De  vent  et  froid  guarder  tout  son  gent  Corps. 

P.  F.,  p.  17. 

Les  traductions  des  Psaumes  de  Marot  étaient  en  grande  vogue 
à  la  cour,  bien  qu'elles  ne  fussent  pas  encore  publiées  ^. 

Sainte-Marthe  devait  donc  nécessairement,  comme  leur  auteur, 
«  accompagner  sur  son  flageolet  la  harpe  du  Prophète  »  ^,  en  une 
paraphrase  en  vers  du  Psaume  cxxi  '',  que  son  aîné  n'avait  pas 
traduit.  L'Epître  de  Marot,    Au  Roy  ijour  avoir  esté  dérobé^, 

1.  Marot,  Chanson  :  «  Vous  perdez  temps  de  me  dire  mal  d'elle  »,  Œuvres, 
vol.  III,  p.  192  ;  Sainte-Marthe,  De  s' Amie  et  de  soy,  P.  F.,  p.  60  ;  D'aulcuns 
medisans  luy  faisans  reproche  de  la  'pauvreté  de  s\^mye,  P.  P.,  p.  33. 

2.  Marot,  Chanson  :  «  Ma  Dame  ne  m'a  pas  vendu  »,  Œuvres,  vol.  II,  p.  183  ; 
Sainte-Marthe,  A  une  dame  inconstante,  P.  P.,  p.  19. 

3.  Marot,  A  une  jeune  dame,  laquelle  un  vieillard  marié  votdoit  espouser  et 
décevoir.  Œuvres,  vol.  I,  p.  175,  à  la  fin  ;  Sainte-Marthe,  loc.  cit.  infra. 

4.  Œuvres,  vol.  I,  p.  56. 

5.  On  se  souvient  qu'en  1541  trente  des  psaumes  de  Marot  furent  publiés  à 
Paris.  Les  cinquante  ne  le  furent  qu'en  1543  ;  inais  ils  avaient  été  présentés  au 
Roi  et  le  manuscrit  avait  commencé  à  cù'culer  l'année  qui  précéda  la  publication 
de  la  Poésie  Françoise.  Douze  en  avaient  même  été  publiés  avec  cinq  autres  de 
Calvin  dans  le  Psautier  de  Strasbourg  de  1539  et  encore  à  Anvers  en  1541. 
Une  traduction  du  psaume  vi.  avait  été  publiée  avec  le  Miroir  de  l'Ame  péche- 
resse, dès  1533.  Cf.  O.  Douen,  Clément  Marot  et  le  Psautier  Huguenot,  vol.  II, 
pp.  54-507  et  645-647.  F.  Frank,  Marguerites  de  la  Marguerite,  vol.  I,  pp.  lxxxvii, 
Lxxxviii,  et  150,  et  Tilley,  op.  cit.,  vol.  I,  pp.  70  et  71.  Il  y  a  aussi  la  tradi- 
tion d'une  édition  antérieure  à  1538,  mais  elle  a  été  recherchée  en  vain. 

6.  Sainte-Beuve,  Tableau  de  la  Poésie  Française  au  XVI^  siècle,  p.  24. 

7.  Paraphrase  du  Pseaulme  CXX,  P.  F.,  p.  48.  Sainte-Martlie  emploie  le  qua- 
train de  vers  décasyllabiques  à  rimes  alternées  dont  se  sert  Marot  j^our  sa  tra- 
duction des  Psaumes  ii,  xi,  xii  et  cvi. 

8.  Œuvres,  vol.  II,  p.  195. 


IMITATION    DE   MAROT  ;    PÉTRARQUISME  133 

était  justement  fameuse  ;  Sainte-Martiie  y  répliqua  par  un  dizain 
adressé  à  son  maître,  A  Marot,  d'un  sien  valet  qui  Vavoit  desrobé  ; 
il  y  joue  assez  froidement  avec  son  sujet  : 

Ton  Serviteur  le  mien  avoit  apris, 
Ou  tous  deux  ont  esté  à  une  EschoUe. 
J'y  ay  esté,  comme  toy,  si  bien  pris. 
Qu'il  ne  m'est  pas  demeuré  une  obolle. 
Le  tien(t)  estoit,  de  faict  et  de  Parolle, 
Un  vray  Gascon  ;  si  le  mien  ne  l'estoit, 
A  tout  le  moins  bonne  mine  portoit 
D'estre  de  Mœurs  au  tien  fort  allié. 
Gascon  ne  fut  mais  son  Gascon  sentoit  ; 
Jouant  un  tour  d'un  Moyne  resnié. 

P.  F.,  p.   13. 

Et  il  n'est  pas  douteux  que  le  disciple  pensait  à  la  ballade,  De 
Frère  Luhin'^,  quand  il  écrivit  son  huitain,  D'u7i  frère  Dœmonique 
hlasmant  Vescriture  saincte  : 

Si  Daemonique  contredit 

Toiisjoiu-s  a  FEscriptiu-e  saincte, 

Si  Daemonique  troiD  mesdit 

Des  bons,  sans  avoir  de  Dieu  craincte. 

Si  Daemonique  a  langue  saincte 

Et  poursuit  tous  les  Gentz  de  bien, 

Ce  n'est  pas  merveilleuse  attaincte, 

Car  Daemonique  ne  vault  rien. 

P.  F.,  p.  27. 

C'est  le  dizain  de  Marot,  De  la  duché  d'Estampes  ^,  avec  son  jeu 
de  mots  recherché  sur  le  nom  du  duché  et  celui  de  Val  de  Tempe, 
qui  suggéra  indubitablement  à  Sainte-Marthe  son  poème  le 
plus  ambitieux,  une  élégie,  Du  Tempe  de  France,  en  VJionneur 
de  Madame  la  Duchesse  d'Estampes  ^,  en  laquelle  il  s'étend  avec 
insistance  sur  la  comparaison  faite  par  Marot,  dont  la  traduction 
des  Métamorphoses,  ce  qui  vaut  la  peine  d'être  remarqué,  renferme 
aussi  le  passage  relatif  à  la  vallée  de  Tempe  ^.  De  plus,  si  le  poète 
doit  quelque  chose,  pour  la  description  de  cette  heureuse  vallée, 
à  Elien  et  peut-être  aussi  à  Laurent  de  Médicis  ^,  il  paraît  avoir 

1.  Marot,  Œuvres,  vol.  II,  p.  63. 

2.  Œuvres,  vol.  III,  p.  45. 
.•î.  P.  F.,  p.  197. 

4.  Œuvres,  vol.  III,  p.  188. 

5.  Une  description  se  trouve  dans  sa  Silva  cfAmore,  Opère,  vol.  II,  p.  89 
et  scq. 


134  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

pris  quelque  chose,  au  moins  pour  l'allure  générale,  aux  descrip- 
tions du  Temple  de  Cupidon,  de  Marot.  Le  lecteur  se  rappellera 
la  «  J03^e  et  deduyt  »  des  «  oyselets  »  de  Marot,  ses  «  arbres  ver- 
doyans  »  et  ses  «  buyssons  de  verd  bocage  »,  en  lisant  la  descrip- 
tion du  Tempe  faite  par  Sainte-Marthe  : 

Là,  y  avoit  grand  diversité 

De  toutes  flœurs,  et  verdoyants  bocaiges 

Ou  Ton  oyoit  les  beaulx  et  doulx  ramaiges 

Des  oisillonts,  chantants  souefvement. 

Là  florissoyent  tovits  Arbres  noblement, 

Si  tresespests  qu'ilz  sembloyent  forets  fortes, 

Et  produysoyent  des  fruicts  de  toutes  sortes, 

Amœnité  leur  umbraige  rendoit 

Et  de  Phœbus  très  estuant  gardoit. 

P.  F.,  p.  198. 

A  l'épitre  de  Marot,  Le  Despourveu  à  madame  la  duchesse 
d'Alençon  et  de  Berry,  sœur  unique  du  Roy  ^,  Sainte-Marthe 
emprunte  l'idée  de  deux  morceaux  adressés  à  la  Duchesse  d'Etam- 
pes.  Dans  le  premier,  dédicace  en  prose  de  son  volume  ^,  il 
remet  en  œuvre  la  simple  image  de  Marot,  qui  se  représentait 
comme  sauvé  de  la  mer  d'infortune  par  Marguerite,  et  la  déve- 
loppe en  une  description  de  sa  : 

«  Vaine  et  jeune  fatigue,  laquelle  non  aultrement  que  après 
longue  et  grief ve  tempeste,  le  palle  et  travaillé  Nocher,  des- 
couvrant de  loin  la  Terre,  à  laquelle  avec  tout  estude  il  s'efforce 
de  se  saulver,  recueille  le  mieux  qu'il  peut  tous  les  fragments  de 
sa  navire  rompue,  j'ay  amascée  pour  à  ton  port  tresdesiré...  la 
diriger...  Tu  doncques  »,  poursuit-il,  «  une  entre  nostre  siècle 
des  belles  treserudite,  des  crudités  très  belle...,  recepvras  beni- 
gnement  les  tables  de  mon  naufrage  par  divers  cass  de  la  fortune 
conduitte,  finablement  en  petits  faiz  reduittes,  et  maintenant 
en  ce  tien  Havre,  ou  de  long  temps  les  Muses  commodément  se 
retirent,  assurément  arrivées,  ^  »  etc. 

Imitant  encore  Marot  dans  un  second  poëme.  Sainte-Marthe 
personnifie  comme  lui  à  la  mode  ancienne,  donne  à  Honte  et  à 
Hardiesse  les  rôles   que  Marot  avait  donnés  à  Crainte  et  à  Bon 

1.  Œuvres,  vol.  I,  p.  134. 

2.  Epistre.  A  Tresillustre  et  Tresnoble  Princesse,  Madame  la  Duchesse  d'Es- 
tampes et  Confesse  de  Poinctieure,  P.  F.,  pp.  3-5.  Cf.  infra  p.  319  et  seq. 

3.  P.  F.,  pp.  4-5. 


IMITATION    DE    MAROT  ;    TÉTRARQUISME  135 

Es'poir.  La  Honte  s'efforce  en  vingt-quatre  couplets  de  le  dissua- 
der de  s'adresser  à  la  Duchesse,  tandis  c^e\&>  Hardiesse  l'encou- 
rage avec  succès  en  dix-sept  autres  à  s'y  décider  ^.  Enfin,  dans 
deux  épigramnies,  De  Vinégale  &  injuste  recompense  du  service 
d'Amours  et  Que,  sans  Argent,  Amour  est  mal  asseuré^,  Sainte- 
Marthe  imite  de  Marot  jusqu'à  un  certain  cynisme  en  matière 
d'amour  qui  est  tout  à  fait  en  désaccord  avec  ses  propres 
vues.  Dans  un  autre  poème  de  ce  genre,  il  approche  effective- 
ment de  si  près  la  manière  de  Marot  qu'au  moins  trois  éditeurs 
s'y  trompèrent  : 

A  UNE  Dame,  qui  contentoit  ses  servants  de  parolle. 

Dame  vous  avez  beau  maintien 

Et  grand  grâce  en  vostre  langaige, 

Mais  tous  cela  est  peu  ou  rien, 

Si  vous  ne  faictes  davantaige. 

J'accorde  bien  que  c'est  un  gaige 

De  pouvoir  jouir  quelque  jour, 

Si  ce  n'est  pas  le  perfaict  tour 

Qu'il  faut  pour  achever  l'affaire  : 

Povir  avoir  le  déduit  d'Amour 

Vault  mieux  jjeu  dire  et  beaucoup  faire. 

P.  F.,  p.  68. 

Ce  n'est  pas  la  seule  production  de  Sainte-Marthe  qui  fut 
introduite  dans  l'œuvre  d'un  homme  à  qui  de  telles  intrusions 
causaient  un  vif  déplaisir  ^.  Marot  avait  composé  un  rondeau 
Sur  la  devise  de  Madame  de  Lorraine,  Amour  et  Foy  ^  ;  Sainte- 
Marthe  l'imita  par  un  autre,  A  Salel,  valet  de  chambre  du  Boy, 
Sur  sa  divise  ^,  et  cette  imitation  trouva  aussi  sa  place  dans  les 
collections  classiques  des  œuvres  de  Marot.  C'est  encore  le  cas 
pour    quatre    autres   poèmes  ^.    Et   cependant   ces  poèmes  ne 

1.  A  Madame  la  Duchesse  d'Estampes,  P.  F.,  pp.  125-129. 

2.  P.  F.,  pp.  18  et  65. 

3.  Cf.  la  préface  à  son  édition  de  1538  Clément  Marot  à  Etienne  Dolet,  Œuvres, 
vol.  IV,  pp.  194-196.  La  remarque  de  Pasquier  paraît  être  applicable  aux  édi- 
teurs de  Marot  du  xviii<=  et  du  xix^  siècle,  aussi  bien  qu'à  ceux  du  xvie.  «  S'il 
se  présente  quelque  épigramme,  ou  autre  trait  de  gentille  invention  dont  on  ne 
scache  le  nom  de  l'autheur,  on  ne  doute  de  le  luy  attribuer  et  l'insérer  dedans  ses 
œuvres  comme  sien.  »  Recherches  de  la  France,  Œuvres,  p.  714. 

4.  Œuvres,  vol.  II,  p.  162. 

5.  «  Honneur  te  guide  »,  P.  F.,  p.  90. 

6.  Ce  sont  :  (1°)  La  seconde  des  deux  strophes  de  huit  vers  qui  forment  le 
poème  intitulé  :  A  noble  Seigneur,  Monsieur  François  de  Muillion,  seigneur  de 
Ribbiers,  en  le  remerciant  des  biens  qu'il  luy  a  faictz,  P. F.,  p.  34;  (2°)  A  ma  Da- 


136  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

représentent  pas  ses  meilleures  imitations  de  Marot.  C'est 
dans  la  mordante  épigramme  qu'il  réussit  le  mieux  et  qu'il  res- 

moiselle  Beringue,  Quel  martyre  c'est,  brusler  d^affection  &  n'oser  parler  pour  la 
descouvrir.  Dizain,  P.  F.,  p.  75  ;  (3")  A  Monsieur  de  S.  Remy,  luy  estant  en  néces- 
site à  Vincence,  Rondeau,  P.  F.,  p.  92  ;  (4")  A  Thonion  Pitrel  que  c'est  grand 
richesse  d'estre  content.  Rondeau,  P.  F.,  p.  105.  Ils  furent,  comme  les  deux  cités 
dans  le  texte  et  en  compagnie  de  différents  poèmes  appartenant  à  d'autres 
auteurs,  introduits  par  Lenglet-Dufresnoy  dans  son  édition  de  Marot,  La 
Haye,  1731,  sous  le  titre  général  de  Poésies  Nouvelles  Pour  les  deux  premiers 
Tomes  des  Œuvres  de  Clément  Marot,  vol.  III,  pp.  493-522.  Dufresnoy,  vol.  III, 
p.  493,  dit  formellement  qu'il  ne  garantit  pas  la  paternité  d'un  des  poèmes. 
Douleur  et  Volupté,  d'Heroet,  identifié  par  Georges  Guiffrey,  Marot,  vol.  II, 
p.  503,  et  jette  par  là  un  doute  sur  les  autres,  si  l'on  considère  son  titre.  Excepté 
poiu-  le  rondeau  à  Salel,  il  indique  de  plus  (vol.  III,  p.  504,  506),  la  source  à 
laquelle  il  doit  les  poèmes  de  Sainte-Marthe,  ou  d'aiitres,  attribués  à  Marot,  et 
d'où  il  tira  aussi  l'épigramme  de  Sainte-Marthe  sur  la  nouvelle  de  la  mort  de 
Marot,  Epigramme  de  Saincte- Marthe  à  Clément  Marot  sur  le  bruit  de  sa  mort, 
et  aussi  Douleur  et  Volupté  et  différents  autres  poèmes,  dont  certains  sont 
réellement  de  Marot. 

Cette  source  est  une  collection  de  poèmes  publiés  par  Denis  Janot  en  1544, 
sous  le  titre,  suivant  Dufresnoy,  de  Recueil  de  vraye  Poésie  Françoise  prinse  de 
plusieurs  Poètes.  Malgré  le  désaveu  de  Dufresnoy,  les  six  poèmes  en  question 
réapparurent  dans  l'édition  des  œuvres  de  Marot  faite  jDar  Lacroix  et  publiée 
par  Rapilly,  à  Paris  en  1824,  sans  que  levu*  authenticité  y  soit  discutée,  et  Pierre 
Jannet,  Bib.  Elzevirienne,  Paris,  1883,  suivit  cette  voie,  classant  simplement 
les  poèmes  de  Sainte -Marthe  avec  les  autres,  suivant  leurs  différents  genres, 
sous  le  titre  de  Rondeaux  tirés  d'autres  éditions,  vol.  II,  p.  167  ;  Epigrammes 
tirées  de  diverses  autres  éditions,  vol.  III,  p.  101.  (D'autres,  c'est-à-dire  d'autres 
que  celles  qui  servirent  de  base  à  la  sienne,  savoir  celle  de  Dolet,  Lyon,  1538, 
celle  de  V Enseigne  du  Rocher,  Lyon,  1544,  et  de  Portau,  Niort,  1596).  De  ces 
six  poèmes,  certains  apparurent  aussi  dans  les  Œuvres  choisies  de  Clément  Marot, 
de  Desprès,  Paris,  1826,  en  tant  que  Pièces  attribuées  à  Marot  ;  dans  les  Œuvres 
de  Clément  Marot,  d'Héricault,  Paris,  1867,  et  dans  les  Œuvres  choisies  de  Clé- 
ment Marot,  de  Voizard,  Paris,  1888. 

Les  poèmes  de  Sainte-Marthe  portent,  dans  le  Recueil  et  les  éditions  mention- 
nées, des  titres  différents  de  ceux  donnés  par  la  Poésie  Françoise.  Le  dizain  cit. 
supra,  A  une  Dame  qui  coyitentoit  ses  servants  de  parolle,  apparaît  dans  le  Recueil, 
p.  56  et  dans  l'édition  de  Janet,  vol.  III,  p.  114,  sous  le  titre  :  D'une  qui  contentoit 
ses  servans  de  paroles  ;  dans  l'édition  de  Dufresnoy,  vol.  III,  p.  512  et  celle  de 
Rapilly,  vol.  II,  p.  473,  le  titre  devient  :  A  une  Dame  qui  fasoit  force  promesses 
à  ses  amans.  Le  rondeau  à  Salel  est  intitulé  dans  le  Recueil,  p.  45,  Rondeau  sur  la 
Devise  de  Salet  (sic)  varlet  de  chambre  du  Roy  ;  Desprès,  p.  45,  le  donne  sous  le 
titre  :  Sur  la  devise  de  Hugues  Salel  ;  Dufresnoy,  vol.  III,  p.  507  ;  éd.  Rapilly, 
vol.  II,  p.  139  ;  Jannet,  vol.  II,  p.  171,  et  Voizard,  p.  315,  ajoutent  valet  de 
chambre  du  Roy  François  I^^  ;  Dufresnoy  met  en  tète  du  titre  Autre  Rondeau. 
Le  poème  entier,  n"  (1)  supra,  apparaît  dans  le  Recueil,  p.  71,  divisé  en  deux 
poèmes,  Non  estre  ingrat  des  biensfaictz,  et  Huictain.  La  seconde  moitié  seule  se 
trouve  dans  les  éditions  de  Lenglet-Dufresnoy,  vol.  III,  p.  517  ;  Rapilly,  vol.  II, 
p.  370;  Jannet,  vol.  III,  p.  117,  et  Després,  p.  4^50, sonsle  titre  d' Autre  Épig7-amme, 
Epigramme  et  Huictain  respectivement.  Le  second  poème,  (2)  supra,  a  pour  titre, 
dans  le  Recueil,  p.  53,  et  dans  Jannet,  vol.  III,  p.  113,  Dizain  de  n'oser  descouvrir 


IMITATION    DE   MAEOT  ;    PÉTRARQUISME  137 

semble  le  plus  à  son  modèle.  Pour  l'épigramrae  de  ce  genre  il  doit 
beaucoup  à  Martial  —  sans  doute  grâce  à  Marot  —  et  l'on  pour- 

so)i  affection;  Dufresnoy,  vol.  UT,  p.  511  et  l'éd.  Rapilly,  vol.  II,  p.  473,  lui 
donnent  celui  d'Amours  qu'on  n'ose  découvrir,  Dufresnoy  le  faisant  précéder  de 
Autre  epigramme.  Le  suivant  (3)  supra,  apparaît  dans  le  Recueil,  p.  42,  sous  la 
simple  dénomination  de  Rondeau,  de  Aiitre  Rondeau  dans  l'éd.  do  Dufresnoy, 
vol.  III,  p.  505.  L'éd.  Rapillj%  vol.  II,  p.  132,  celle  de  Jannet,  vol.  II,  p.  168  et 
Voizard,  p.  314,  emploient  le  titre  :  A  un  pour  avoir  de  l'argent.  Lenglet-Dufres- 
noy  remarque  :  «  Ce  Rondeau  sent  bien  son  Marot  qui  manque  d'argent  à  tout 
moment,  et  qui  en  demande  à  un  grand  Seigneur.  »  Le  poème  n°  4  supra, 
devient  ,dans  le  Recueil,  p.  44,  Rondeau  sur  chascun  soit  content  de  ses  biens,  qui 
n'a  suffisance  il  n'a  rien  ;  Dufresnoy,  vol.  III,  p.  506,  l'édition  Rapilly,  vol.  II, 
p.  133,  Jannet,  vol.  II,  p.  167,  Després,  p.  450,  Héricault,  p.  206,  et  Voizard, 
p.  313,  l'intitulent  :  Sur  ces  -mots  : 

Chacun  soit  content  de  ses  biens, 
Qui  n'a  suffisance  n'a  riens. 

Paul  Lacroix  (Bibliophile  Jacob )  a  réimprimé  le  Recueil  en  question.  Il  décrit 
l'original  comme  un  petit  in- 8°  de  56  fols,  non  paginés,  en  italique,  lui  attribue 
quatre  éditions,  et  lui  donne  comme  page-titre  :  Recueil  de  vraye  Poésie  française 
prinse  de  plusieurs  Poètes,  les  plus  excellentz  de  ce  règne.  Avec  privilège  du  Roy 
pour  cinq  ans,  1544.  De  V iinprimerie  de  Denys  Janot,  imprimeur  du  Roy,  en 
langue  francoyse,  et  libraire  juré  de  l'Université  de  Paris.  On  les  vend,  au  Palais 
en  la  gallerie  par  où  l'on  va  à  la  chancellerie,  es  bouticques  de  Jan  Longis  et  Vin- 
cent Sertenas  libraires.  La  Bib.  de  l'Arsenal  possède  deiix  exemplaires  de  la 
seconde  édition  :  Le  Recueil  de  Poésie  Francoyse,  Prinse  de  plusieurs  Poètes,  les 
plus  excellentz  de  ce  règne.  A  Lyon,  par  Jean  Temporal,  1550.  Non  paginé,  marque 
typographique  no  186  (Silvestre),  sur  le  titre  et  la  dernière  page.  Un  seul  de 
ces  exemplaires  est  complet.  La  Bib.  de  l'Arsenal  possède  de  plus  un  exemplaire 
de  la  quatrième  édition  qui  porte  un  titre  différent  :  Poésie  Facecieuse,  extraitte  des 
œuvres  des  plus  fameux  Poèttesde  nostre  siècle.  Imprimé  nottvellement.  A  Lyon,  par 
Benoist  Rigaud,  1559.  Marque  typographique  n"  1302  (Sylvestre).  Les  réfé- 
rences données  supra  l'ont  été  poui-  cette  édition,  qui  offre  l'avantage  de  la 
pagination.  C'est  celle-là  que  Lacroix  prit  pom-  base  de  sa  réimpression.  Il  en 
donne  le  titre  complet,  en  supprimant  les  mots  :  des  œuvres.  Lacroix  confond 
évidemment  la  quatrième  édition  avec  le  second  exemplaii'e  de  la  seconde  édi- 
tion. Il  y  ajoute  un  appendice  contenant  les  onze  pièces  —  dont  aucune  n'est 
de  Sainte-Marthe  —  que  l'on  trouve  dans  la  première  et  la  seconde  édition  et 
qui  sont  omises  dans  la  quatrième,  et  il  donne  dans  son  introduction  une  liste  des 
six  pièces  de  vers,  dont  une  de  Saint-Gelais,  qui  furent  ajoutées  dans  la  qua- 
trième édition  ;  mais  aucune  n'est  de  Charles  de  Sainte-Marthe. 

Le  Recueil,  au  moins  dans  .ses  deux  premières  éditions,  contient  cent -vingt- 
cinq  poèmes,  tous  anonymes,  à  l'exception  de  cinq.  Un  de  ceux-ci  est  de  Sainte- 
Marthe,  A  Marot,  du  faulx  bruict  de  sa  mort,  P.  F.,  p.  59.  Quant  aux  anonymes, 
il  y  en  a  vingt -quatre  de  Sainte-Marthe,  au  moins  un,  Douleur  et  Volupté, 
d'Héroet  ;  un  autre.  Un  mary  se  voulant  coucher,  est  selon  toute  probabilité  de 
Mellin  de  Saint-Gelais,  et  un  assez  bon  nombre  sont  peut-être  vraiment  de 
Marot.  Ceci  justifie  assez  mal  la  remarque  de  Dufresnoy,  vol.  III,  p.  493  :  «  Ce 
recueil  ne  contient  gueres  autre  chose  que  des  poésies  de  Marot  et  de  son  amy 
Saint-Gelais  »,  et  non  mieux  ce  qu'en  dit  Lacroix,  op.  cit.,  p.  vi,  «  composé  pour 
la  plus  grande  partie  de  pièces  inédites  ou  nouvellement  nnprimécs  de  Clément 


138  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

rait  produire  beaucoup  de  preuves  de  son  adresse  en  ce  genre 

Marot  >'.  Lacroix  ajoute  encore  que  l'éditeur  — •  qu'il  incline  à  identifier  avec 
Des  Essarts  —  «  a  glissé  dans  son  Recueil  quelques  pièces  qui  n'étaient  pas  de 
Clément  Marot  ^.   » 

J'aiirais  pu  croire  que  Jannet  n'avait  pas  consulté  la  réimpression  de  Lacroix, 
étant  donné  qu'il  n'ajoute  rien  à  la  sélection  de  poèmes  faite  dans  le  Recueil 
par  Dufresnoy,  s'il  ne  s'était  par  devix  fois  (cf.  supra)  reporté  aux  titres  du 
Recueil,  quand  Dufresnoy  s'en  éloigne.  S'il  l'a  consulté,  c'est  un  fait  digne  de 
remarque  qu'il  n'ait  rien  ajouté  à  la  sélection  de  Dufresnoy,  ni  mis  en  doute  la 
paternité  des  poèmes  attribués  à  Marot.  Il  est  aussi  curieux  que  Dufresnoy  n'ait 
pas  été  frappé  de  l'omission  des  six  poèmes  de  Sainte-Marthe  dans  les  premières 
éditions  de  Marot,  spécialement  dans  celles  qui  suivirent  la  publication  du 
Recueil. 

Les  autres  poèmes  de  Sainte-Marthe  compris  dans  le  recueil  sont,  outre  les 
six  dont  nous  nous  sommes  déjà  occupé  (réinnpression  de  Lacroix,  pp.  50,  40, 
66,  48,  38,  40)  : 

1"  Le  Gueur  reprend  Vœil  de  regard  trop  vollaige,  <fc  le  prie  de  s'en  retirer.  Vers 
Alexandrins,  P.  F.,  p.  36.  Dans  le  Recueil,  p.  19.  —  Lacroix,  17.  —  les  huit 
derniers  mots  sont  omis. 

2°  A  Marot.  Du  faulx  bruict  de  sa  Mort,  P.  F.,  p.  59  (cf.  infra,  p.  293).  Dans  le 
Recueil,  p.  77  —  Lacroix,  p.  73  - —  cette  pièce  est  intitulée  :  Saincte-Marthe  à 
Marot.  Lenglet-Dufresnoy  la  donne  dans  les  œuvres  de  Marot  sous  le  titre  d' Epi- 
gramme  de  Saincte-Marthe  à  Clément  Marot  sur  le  bruit  de  sa  mort,  vol.  III,  p.  52 1, 
mais  l'attribue  à  «  Scevole,  ou  Gaucher  de  Sainte-Marthe,  premier  médecin 
du  Roi  François  premier  et  contemporain  de  Clément  Marot.  » 

3°  A  Monsieur  le  baron  de  Bressieux,  D'un  qui  mesdisoit  de  luy  en  son  absence, 
P.  F.,  p.  59.  Dans  le  Recueil,  p.  47  —  Lacroix,  p.  42  —  cette  pièce  est  intitulée  : 
Dizain  d'un  qui  tnesdisoit  d'un  aultre  en  son  absence. 

4°  De  s' Amie  et  de  soy,  P.  F.,  p.  60.  Intitulée  dans  le  Recueil,  p.  76. —  Lacroix 
p.  72,  —  Autre  (quatrain)  des  Mesdisantz. 

5°  A  un  grand  pro^netteur  sans  ejfect,  P.  F.,  p.  63.  Le  Recueil,  p.  73.  —  Lacroix. 
p.  68  —  laisse  le  mot  grand,  mais  ajoute  Triolet. 

6°  A  un  Maistre  d'hostel  d'un  Abbé  detractant  de  luy,  P.  F.,  p.  64.  Intitulée 
dans  le  Recueil,  p.  48.  —  Lacroix,  43.  —  Du  Maistre  d'hostel  de  Monsieur  de 
Boessieux  (pour  Bressieux)  qui  detractoit  d'autruy. 

7°  A  un  usurier.  Virlay,  P.  F.,  p.  64.  Le  titre  est  changé  dans  le  Recueil,  p.  78. 
—  Lacroix,  p.  74  —  en  D'un  usurier.  Virelay. 

8°  Que  sans  argent.  Amour  est  mal  asseuré,  P.  F.,  p.  65.  Intitulée  dans  le 
Recueil,  p.  56.  —  Lacroix,  p.  51.  —  Amour  est  mal  asseuré  sans  argent. 

9°  A  un  ord  Villain  qui,  en  compaignie  de  Dames,  jactoit  la  grosseur  de  son 
Membre,  P.  F.,  p.  35.  Dans  le  Recueil,  p.  70.  —  Lacroix,  p.  65.  —  on  a  omis  les 
mots  ord  villain. 

10°  A  un  brave  qui  ynenaceoit  chascun,  P.  F.,  p.  69.  Le  titre  est  le  même  dans 
le  Recueil,  p.  53.  —  Lacroix,  p.  50. 

11°  .4  noble  Edmond  Odde,  Seigneur  de  Triors.  Du  cloistre  de  la  Langue,  P.  F., 
p.  72.  Le  Recueil,  p.  19.  —  Lacroix,  p.  17.  —  donne  simplement  comme  titre 
Du  cloistre  de  la  Langue. 

12°  Qu'on  ne  doibt  désister  de  poursuivre  son  entreprise,  quoy  qu'on  ayt  des 
compétiteurs,  P.  F.,  p.  75.  Le  titre  du  Recueil,  p.  55.  —  Lacroix,  p.  49.  —  est 
De  ne  désister  de  poursuivre  son  entreprise. 

13°  D'un  qui  avoit  révélé  son  secret,  P.  F.,  p.  76.  Même  titre  dans  le  Recueil, 
p.  54.  —  Lacroix,  p.  49.  —  ;  léger  changement  au  vers  6. 


IMITATION    DE    MAROT  ;    PÉTRARQUISME  139 

d'imitation  ^  Deux  ou  trois  suffiront.  Sainte-Marthe,  comme 
d'autres  esprits  libéraux,  devait  nécessairement  lancer  quelques 
traits  aux  moines,  spécialement  aux  Franciscains.  Voici  la  meil- 
leure parmi  plusieurs  épigrammes  à  leur  adresse  : 

Du  MESME  (l.E.  «  UN  CORDELIER  »)  PARLANT  APRES  SA  MORT  A  SES  FrERES. 

Sus,  lisez  tous,  Frères,  diligemment 
Que  dit  l'Escot  du  mérite  condigne, 
Car  l'on  ma  dit  icy  apertement 
A  me  saulver  mon  Mérite  estre  indigne. 
Mais  j'ay  monstre  à  Jesu  Christ,  par  signe, 
Qvi'il  ne  debvoit  me  faire  tel  excès. 
Lisez,  lisez  en  ce  Doctevir  tresdigne, 
Car  j'ay  espoir  d'en  gagner  mon  procès, 

P.  F.,  p.  46. 

Dans  une  autre,   Sainte-Marthe   répète   une  plaisanterie  de 

Rabelais  : 

D'un  evesque  portatif  2. 

Monsieur  l'Evesque  portatif, 
Oster  un  R  vous  fauldra. 

14°  A  un  estant  jaloux  de  s'Amye,  P.  F.,  p.  77.  Dans  le  Recueil,  p.  53.  ^  La- 
croix, 48  —  cette  pièce  est  intitulée  :  Dizain  cVun  jaloux  de  s^Aniye,  et  le  troi- 
sième vers  est  changé. 

15°  A  André  Tardivon  Courrier  de  Roman»,  P.  F.,  p.  89,  intitulée  dans  le 
Recueil,  p.  44.  —  Lacroix,  p.  39  —  Rondeati,  Mal  sur  Mal  estre  santé  ;  la  ponctua- 
tion et,  conséquemment,  le  sens  du  neuvième  vers  sont  différents. 

16°  A  R.  Père  en  Dieu  Monseigneur  Anne  de  Grolée,  Abbé  de  Saint-Pierre  de 
Vienne,  P.  F.,  p.  166.  Porte  pour  titre  dans  le  Recueil,  p.  27.  —  Lacroix,  p.  24.  — 
A  Monsieur  de  Boessieux,  Abbé  de  Saint-Pierre  de  Vienne. 

17°  A  un  superbe  Détracteur,  P.  F.,  p.  176.  Porte  le  même  titre  dans  le 
Recueil,  p.  22.  —  Lacroix,  p.  20. 

18°  ^  une  Dame  ingrate.  Pour  un  Gentilhomitie,  prenant  congé  d'elle,  P.  F., 
p.  186.  Dans  le  Recueil,  p.  25.  —  Lacroix,  p.  23  —  porte  le  titre  d'Epistre  d'un 
Gentilliomme  à  une  darne  en  prenant  congé  d'elle.  Le  vers  28  diffère. 

1.  Il  y  a  trente-sept  épigrammes  de  cette  espèce  dans  le  volume  de  Sainte- 
Marthe.  Outre  celles  qui  ont  été  déjà  données,  les  plus  dignes  d'attention  sont 
les  suivantes  : 

A  René  le  Fevre,  Que  sur  toutes  bestes,  l'homme  est  à  craindre,  P.  F.,  p.  12. 
Cf.   infra  p.   294. 

Au  Painctre  qui  avait  portraict  un  Moyne  au  vif,  P.  F.,  p.  19. 

De  la  variable  de  diverse  signification  de  ce  nom  Escot,  P.  F.,  p.  45. 

D'un  Moyne  et  de  la  femme  d'un  Libraire,  P.  F.,  p.  67. 

D'une  Dame  qui  mal  parlait  de  luy,  après  avoir  esté  par  luy  extollée  jusqu'au 
ciel,  P.  F.,  p.  50. 

D'aulcuns  siens  parents  mais  maulvais  Amys,  P.  F.,  p.  52. 

A  un  superbe  Détracteur,  P.  F.,  p.  176. 

2.  C'est-à-dire  in  partibus.  Dans  le  catalogue  de  la  bibliothèque  de  Saint- 
Victor,  Rabelais  parle  «  des  potingues  des  evesques  2:)otatifs  ».  Œuvres,  vol.  I, 
p.  249. 


140  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

Puis,  si  le  nom  est  potatif, 

C'est  ce  que  mieulx  vous  conviendra. 


P.  F.,  p.  28. 


Rabelais  lui-même  pourrait  bien  avoir  été  le  modèle  d'un 
portrait  satirique  d'un  buveur  Franciscain  : 

A  UN  Docteur  seraphiqué  par  compotations  vespertines. 
Monsieur  le  Docteur,  par  ta  Foy, 
As  tu  tant  estudié  que  beu  ? 
Si  respondz  que  non  je  t'en  croy, 
Aussy  l'avois  je  tousjours  creu 
Long  temps  y  a  qvie  l'ay  cogneu 
A  la  couleur  de  ta  medalle  : 
Car  l'estudiant  advient  tout  palle. 
Et  par  estude  exterminé  ; 
Mais  celuy  qui  bon  vin  avalle 
Est  (comme  toy)  ilkmiiné, 

P.  F.,  p.  71. 

Un  huitain  en  ce  genre,  mais  qui  n'est  pas  des  meilleurs,  fut 
assez  méchamment  cité  par  Du  Verdier,  «  pour  montrer  seule- 
ment le  style  de  l'auteur  »  : 

A  un  quidem,  qui  se  disoit  homme  de  bien. 
Tu  te  fais  tant  homme  de  bien. 
Si  ainsi  est,  n'est  peu  de  chose  ; 
Ce  neantmoins  je  n'en  croy  rien 
Quoyque  ton  cerveau  te  propose  : 
Car  le  Sainct  Evangile  expose 
Que  nul  n'est  bon,  fors  sevillement 
Le  Seigneur  Dieu,  certainement 
Tu  n'est  pas  Dieu,  mais  pécheur.  Doncques 
Je  te  diray  tout  haultement 
Qu'homme  de  bien  tu  ne  fuz  oncques. 

P.  F.,  p.  16. 

Ce  qui  vient  d'être  dit  suffit  à  montrer  que,  de  parti-pris, 
Sainte-Marthe  s'attacha  exactement  aux  pas  du  «  poète  scavant  » 
comme  il  se  plut  à  appeler  Marot.  Le  disciple  ne  se  borna  pas  à 
l'imitation  de  sa  manière  et  au  choix  des  mêmes  sujets  ;  il  se 
laissa  spontanément  pénétrer  par  les  idées  de  son  modèle.  Par 
exemple,  Marot  prenait  intérêt  à  la  gloire  de  sa  langue  maternelle. 
Suivant  l'exemple  donné  par  son  éditeur,  Geoffroy  Tory  ^,  il 

1.  Dans  son  Champfleury,  cf.  Tilley,  Lit.  oj  thc  French  Renaissance,  vol.  I, 
pp.  32  et  33. 


IMITATION   DE   MAROT  ;    PÉTRARQUISME  141 

voulut  contribuer  pour  sa  part  à  son  enrichissement.  Sa  tra- 
duction des  3Iéta7)iorphoses,  notamment,  devait  être  une  «  dé- 
coration grande  en  nostre  langue  »  ^  ;  comme  lui,  Sainte-Marthe 
repoussa  l'idée  de  «  déprimer  l'exercise  de  la  mienne  Langues 
Vulgaire  »  et  exprima  dans  sa  dédicace  à  la  duchesse  d'Etampcs 
sa  conviction  qu'il  ne  pouvait  offrir  de  «  plus  louable  sacrifice 
à  ma  nation  que  d'illustrer  sa  Langue  selon  mon  rudde  Esprit  ^  «, 
Et  ceci  à  une  époque  —  Sainte-Marthe  lui-même  en  est  notre 
garant  —  où  les  vers  composés  en  langue  vulgaire  n'étaient  pas 
considérés  comme  dignes  de  l'attention  des  gens  instruits.  «  Que 
direz-vous  »,  demande-t-il  à  son  père  : 

Que  direz  vous  quand  vous  viendrez  à  lire 
L'œuvre  François  de  celuy,  qui  escrire 
Selon  raison  et  vostre  jugement, 
Poiu:  s'acquitter,  debvoit  tout  aultrement  ? 


Si  demandes,  pourquoy  doncques  ma  Muse 
(Veu  qui  puis  plus)  à  ces  Fatras  m'amuse, 
Et  que  soubdain  je  ne  mets  en  avant 
Œiivre  sentant  homme  qui  soit  scavant  : 

Avec  le  temps  (sans  de  rien  se  jacter) 

On  verra  bien  cela  qu'il  (mon  esprit)  scait  traiter. 

A  son  Seigneur  et  Père,  etc.,  P.  F.,  pp.  148  et  149. 

Si,  dans  le  poème  d'où  ces  vers  ont  été  tirés,  Sainte-Marthe  ne 
cherche  pas  à  donner  en  faveur  de  la  poésie  en  langue  française 
d'autre  raison  que  le  charme  qu'elle  offre  comme  récréation 
agréable,  nous  le  verrons  plus  loin  déployer  assez  de  vigueur 
pour  défendre  le  français. 

En  ceci,  Sainte-Marthe  ne  s'inspira  pas  que  de  Marot.  Dolet 
venait  de  publier  sa  Manière  de  bien  traduire  d'une  langue  en 
aultre  ^,  Uvre  destiné  à  servir  d'arrhes  pour  un  ouvrage  plus 
important   et   déjà   composé,    VOrateur   Francoys  ^,   et  Sainte- 

1 .  Marot  au  Roy,  touchant  la  Métamorphose,  Œuvres,  vol.  III,  ]).  154. 

2.  P.  F.,  p.  3. 

3.  La  dédicace  à  de  Langey  est  datée  de  ce  dernier  jour  de  7nay.  Tilley,  vol.  I, 
p.  33,  en  note,  op.  cit.,  en  fait  connaître  une  réimpression  moderne,  due  à 
Techener. 

4.  C'est  ce  livre  dont  l'existence  fournit  à  Du  Bellay  un  motif  do  ne  pas  s'oc- 
cuper de  l'orateur  comme  il  le  fit  du  poète,  Deffence,  p.  161.  Peut-être  ignorait-il 
que  l'ouvrage  contenait  un  chapitre  sur  l'Art  Poétique  aussi  bien  que  sur  l'Art 
Oratoire.  Relativement  à  l'approbation  de  Du  Bellay,  le  passage  suivant  a  un 


142  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

Marthe  lui  manifesta  aussitôt  son  admiration  dans  un  dizain  qui 
en  accompagna  la  publication  ^.  Dolet  nous  donne,  comme 
l'une  des  raisons  pour  lesquelles  il  composa  son  livre,  son  désir 
d'  «  illustrer  »  la  langue  française  ;  et  c'est  probablement  à  lui 
que  Sainte-Marthe  emprunta  la  phrase  que  Du  Bellay  devait 
rendre  fameuse.  «  L'une  (raison)  est  que  mon  affection  est  telle 
envers  l'honneur  de  mon  pais  que  je  veulx  trouver  tout  moyen 
de  l'illustrer  »,  écrit  Dolet,  «  et  ne  le  puis  mieulx  faire  que  de 
célébrer  sa  langue  comme  ont  faict  Grecs  et  Romains  la  leur  ^  ». 
Dans  le  dizain  que  Sainte-Marthe  publia  à  nouveau  dans  la 
Poésie  Fra7icoise,  son  propre  enthousiasme  pour  le  français  n'est 
pas  moins  clairement  apparent  que  son  admiration  pour  Dolet  : 

Poiirquoy  es  tu  d'aultruy  admirateur 
Vilipendant  le  tien  propre  langaige  ? 
Est  ce  (François)  que  tu  n'as  instructeur, 
Qui  d'iceluy  te  renionstre  l'usaige  ? 
Maintenant  as,  à  ce,  grand  advantaige, 
Si  vers  ta  Langvie  as  quelque  affection, 
Dolet  t'y  donne  une  introduction 
Si  bonne  en  tout,  qu'il  n'y  a  que  redire. 
Car  il  t'enseigne  (ô  noble  invention) 
D'escrire  bien,  bien  tourner  et  bien  dire. 

Une  longue  épître,  Aux  Francoys,  en  recommandation  du  Livre 
de  Dolet  ^,  jette  une  plus  grande  lumière  sur  l'attitude  de  Sainte- 
Marthe  que  ne  fait  le  dizain.  Par  ses  efforts,  Dolet,  dit  le  poète, 

certain  intérêt  :  «  Il  te  fault  garder  d'usui'per  mots  trop  approchants  du  latin  ; 
et  peu  usités  par  le  passé  ;  mais  contente  toy  du  commun,  sans  innover  aulcunes 
dictions  follement,  et  par  cui'iosité  réprehensible.  Ce  que,  si  aulcuns  font,  ne 
les  ensuy  en  cela  ;  car  leur  arrogance  ne  vault  rien  et  n'est  tolerable  entre  les 
gens  scavants.  Pour  cela  n'entends  pas  que  je  dy,  que  le  traducteur  s'abstienne 
totallement  de  mots  qui  sont  hors  de  l'usage  commun  ;  car  on  scait  bien  que  la 
langue  Grecque,  ou  Latine  est  trop  plus  riche  en  dictions  que  la  Francoyse  qui 
nous  contrainct  souvent  d'user  de  mots  peu  fréquentes.  Mais  cela  se  doibt  faire 
à  l'extrême  nécessité,  etc.  »  Manière  de  bien  traduire,  p.  14. 

1.  Dans  la  Manière  de  bien  traduire,  p.  33,  il  est  intitulé  Au  lecteur  Francoys, 
Dixain  de  Saincte-Marthe.  Réimprimé  dans  la  Poésie  Françoise,  p.  78,  ce  titre 
devint  Aux  François,  du  Livre  de  Dolet,  de  la  langue  Françoise.  Les  deux 
versions  ne  diffèrent  que  par  l'orthographe  de  trois  mots  :  Francoys,  langage 
et  usage.  M.  Chamard  le  cite,  et  voit  dans  son  auteur  un  des  précm-senrs  de  Du 
Bellay,  Joachim  Du  Bellay,  p.  10  ;  il  en  reparle  dans  son  compte-rendu  de 
l'œuvre  de  P.  de  Longuemare.  Rev.  d'Hist.  Litt.,  1903,  p.  349.  Il  a  été  réimprimé 
par  R.  C.  Christie,  Etienne  Dolet,  p.  357. 

2.  Op.  cit.,  pp.  3  et  4. 

3.  P.  F.,  p.  177.  Le  titre  complet  est  Aux  Francoys,  en  recommendation  du 
Livre  de  Dolet,  de  la  manière  de  tradxvire,  puncteur  tfc  accentuer  en  nostre  Langue. 


IMITATION    DE    MAROT  ;    PETRARQUTSME  143 


Ij'iiiiniortol  bruict  do  sa  Langue  procure 
Tour  au  Francoys,  François  habituer  ; 


r.  F.,  p.    177. 


Il  a  composé  son  livre 


ô  noble  esprit  Francoys, 
Afifin  que  tien  (non  plus  à  aultruy)  sois. 

Ibid. 


Et  en  lui-même,  le  livre 


te  sert  de  perfaict  exemplaire. 

Non  seulement  en  ta  Langue  vulgaire, 

Povir  bien  parler  ou  escrire  (combien 

Que  cela  seul  te  soit  nompareil  bien) 

Mais . . . 

...  à  plain  entendre  la  Latine. 


Ibid.,  p.  178. 


Plus  loin,  Sainte-Marthe  exhorte  en  ces  termes  ses  compa- 
triotes : 

Parquoy,  Francoys,  si  dans  ton  cueur  tu  aymes 
Ta  nation,  ton  honneur  et  toy  mesmes 
Demonstre  toy  du  Bien  recognoissant 
Qui  est  moyen  que  ton  bruit  va  croissant,  etc. 

Ibid.,  p.  179  et  180. 

Dolet,  dit-il,  a  montré  que  la  langue  abonde  en  «  graves 
mots,  termes  et  dictions  »  et  de  plus  qu'elle  est  «  très  antique  et 
noblement  famée  ».  Il  continue  avec  plus  d'éloquence  : 

Ce  labeur  est  à  nostre  Langue  lustre 
Pour  l'advancer,  et  rendre  tresillustre, 
Pour  l'advancer  et  poulser  en  avant 
En  luy  gardant  le  los  qu'avoit  davant. 
Ne  veulx  tu  donq',  ô  François,  y  entendre  ? 
Ne  veulx  tu  donc  virilement  contendre 
Contre  quelcuns  Barbares  estrangiers  i. 
Qui  les  Francoys  disent  estre  legiers  ?  etc. 

Ibid.,  pp.  180  et  181. 


Avecques  exhortation  à  tous  lettrés  Francoys,  s'aymer  et  soubtenir  l'un  VauUre. 
Il  est  à  remarquer  que  ce  poème  et  le  Dizain  reproduisent  mal  le  titre  du  livre 
de  Dolet.  M.  Chamard  a  attiré  l'attention  sur  ce  poème,  Rev.  d'Hist.  Litt., 
loc.  cit.,  p.  349.  Il  est  surprenant  que  Christie  n'y  ait  fait  aucune  allusion. 

I.  Sainte-Marthe  intervertit  ici  les  rôles.  Dolot  avait  écrit  en  parlant  de  son 
livre  :  «  pars  le  moins  pense  que  c'est  commencement,  que  pourra  parvenir  à 
fin  telle,  que  les  estrangiers  ne  nous  appellent  plus  Barbares,  p.  G. 


144  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

Comparant  la  France  avec  d'autres  nations,  il  est  encore  prêt 
à  rompre  mie  lance  en  sa  faveur  : 

Qu'à  l'Italie  ou  toute  l'Alleinaigno 

La  Grèce,  Escoce,  Angleterre  ou  Hespaigne 

Plus  que  la  France  ?  est  ce  point  de  tous  biens  ? 

Est  ce  qu'ilz  ont  aux  Arts  plus  de  moyens  ? 

Ou  leurs  Espritz  plus  aiguz  que  les  nostres  ? 

Ou  bien  qu'ilz  sont  plus  scavants  que  nous  aultres  ? 

Tant  s'en  fauldra  que  leur  vueillons  cedder, 

Que  nous  dirons  plus  tost  les  excedder. 

Ibid.,  p.   181. 

Ce  passage  n'est  pas  le  seul  du  poème  où  l'on  perçoive  la  note 
que,  neuf  ans  plus  tard.  Du  Bellay  fera  retentir  avec  plus  de 
puissance  ^.  «  Que  sert-il  »,  s'écrie  Sainte-Marthe. 


Langue  estrange  tourner 

Si  la  tournant  tu  ne  la  scays  orner  2  ? 


Ihid.,  p.    178. 


Et  plus  loin  : 


Il  t'a  monstre  tresfaciile  manière, 
Comment  pourras  getter  ton  fondement 
Sur  le  latin,  puis  bastir  bellement  : 
Donnant  à  ce,  la  matière  propice. 
Pour  eslever  en  l'Air  ton  édifice  3. 

Ihid.,  p.   180. 

Toutefois,  le  passage  le  plus  remarquable  en  ce  sens  est  le  sui- 
vant, avec  sa  réminiscence  d'Horace  ■*  : 

Quelcun  pourra  Paintre  de  noin  se  faindre, 
Mais  s'il  ne  peut  aulcune  image  paindre 
Ou,  la  paignant,  s'il  n'aecomode  point, 
Ainsy  qu'il  fault,  les  couleurs  à  leiu"  poinct, 
Le  debvons  nous  painctre  i:)enser  ou  dire  ? 
Rien  n'est  aussi,  en  quelque  Langue  escrire, 
Sans  y  avoir  des  mots  variété. 
Et  en  viser  en  leur  propriété. 

1.  Cf.  La  Deffencc  de  Du  Bellay,  liv.  I,  les  quatre  premiers  chapitres,  esp. 
pp.  50-52,  «3-64,  73-74,  76,  80-81.' 

2.  Cf.  Du  Bellay,  op.  cit.,  pp.  84-89. 

3.  Cf.  Du  Bellay,  op.  cit.,  pp.  99-102. 

4.  Cf.  Ars  Poetica,  86. 

«  Deseriptas  servare  vicas  operumque  colores 
Cur  ego  si  nequeo  ignoroque  poeta  salutor  ?  » 


IMITATION    DE    MAROT  ;    PÉTRARQUISME  145 

Il  faut  avoir  avecques  cest  usaige 
Bon  jugement  &  doulceur  de  langaige, 
Y  ajouxtant  (pour  la  perfection) 
Ordre  d'accents  et  punctuation. 

Ihid.,  p.    179. 

S'il  serait  téméraire  d'avancer  que  ce  passage  renferme  déjà 
la  théorie,  répandue  par  la  Pléiade,  que  le  poète  doit  avoir  reçu 
des  dons  naturels  et  aussi  s'être  longuement  exercé,  doit  être 
«  porté  de  fureur  et  d'art  »,  il  contient  au  moins  l'idée  de  l'art  — 
idée  dont  on  a  dit  qu'elle  était  le  présent  de  l'Italie  à  la  Renais- 
sance française  ^  —  et  il  prouve  que  les  idées  de  son  auteur  étaient 
bien  en  avance  sur  celles  de  son  temps.  Si  Sainte-Marthe  ne  peut 
justement  prétendre  à  des  honneurs  tels  que  ceux  que  lui  décerne 
Dolet,  qui  remerciait  son  ami  de  son  admiration  en  lui  recon- 
naissant un  style  tel 

...  touchant  nostre  parler, 
(Parler  Francoys,  plaisant  à  touts  humains) 
Que  jusqu'au  Ciel  on  veoit  ton  los  aller  2, 

on  doit  au  moins  lui  reconnaître  le  mérite  d'avoir,  de  si  bonne 
heure,  fait  quelques  tentatives  de  critique  théorique,  même 
faibles.  Il  avait  aussi,  semble-t-il,  des  théories  personnelles  sur 
la  rime  comme  sur  la  morphologie  :  «  Tu  pourras  aussi  redar- 
guer  »,  écrit-il,  dans  sa  lettre  au  lecteur  où  il  est  question  des 
errata,  «  que,  en  la  rhythmie,  je  semble  ne  faire  deue  observa- 
tion des  terminations  :  comme  rythmant  tant  &  tent;  ance  & 
ence  ;  ante,  ente  ;  aistre,  estre  ;  aire,  ère  ;  ange,  enge  ;  cer,  ser  ; 
ouse,  ose  ;  né,  n'ay  ;  &  semblables.  Mais  je  te  pry  ne  t'advancer 
a  m'en  reprendre  jusques  à  ce  qu'auras  sceu  ma  fantaisie.  Je 
n'observe  aussi  la  termination  des  premières  personnes  des 
verbes  :  comme  dys,  dy;  veois,  veoy;  &  semblables  :  m'accom- 
modant  au  commun  usaige,  jusqu'à  ce  que  plus  amplement  en 
ays  traicté  en  mon  Livre  de  la  conjunction  des  quatre  Langues, 
lequel  je  te  prépare  ^  ». 

L'enthousiasme  de  Sainte-Marthe  pour  sa  langue  maternelle, 
ses  idées  élémentaires  sur  la  composition,  la  rime  ou  les  terminai- 
sons, tout  cela  à  moins  d'importance,  pour  sa  place  dans  l'his- 

1.  Gustave  Lanson,  Hist.  de  la  Litt.  française,  pp.  218  et  219. 

2.  Etienne  Dolet,  A  S.  Marthe.  Livre  de  ses  Amys,  P.  F.,  p.  232,  cf.  infra  p.  303. 

3.  P.  F.,  p.  224. 

10 


146  CHARLES    Dïï    SAINTE-MARTHE 

toire  de  la  Renaissance  française,  que  ses  imitations  précoces  de 
modèles  italiens.  M.  Faguet  a  dit  que  le  Pétrarquisme  consistait 
en  une  collection  de  formules,  parfaitement  définies  et  consa- 
crées, dans  lesquelles  le  poète  peut  puiser  à  loisir.  Dans  le  même 
passage  ^,  cet  auteur  remarque  que  le  programme  du  parfait 
Pétrarquiste  serait  difficilement  mieux  tracé  qu'il  ne  l'est  par 
Du  Bellay  dans  sa  satire  Contre  les  petrarquistes  : 

Ce  n'est  que  feu  de  leurs  froides  chaleurs, 
Ce  n'est  qu'horreur  de  leiu's  feintes  douleurs, 
Ce  n'est  encor  de  leurs  soupirs  et  pleurs. 

Que  vent,  pluie,  et  orages  ; 
Et  bref,  ce  n'est  à  ouïr  leiu's  chansons 
De  leurs  amours,  que  flammes  et  glaçons, 
Flèches,  liens,  et  mille  autres  façons 

De  semblables  outrages. 


De  vos  beautés,  ce  n'est  que  tout  fin  or, 
Perles,  cristal,  marbre  et  ivoire  encor, 
Et  tout  l'honnem*  de  l'indique  trésor, 

Fleurs,  lis,  œilet,  et  roses  ; 
De  vos  douceurs  ce  n'est  que  sucre  et  miel 
De  vos  rigueurs,  n'est  qu'aloès  et  fiel. 
De  vos  esprits,  c'est  tout  ce  que  le  ciel 

Tient  de  grâces  encloses. 


Le  phénomène  ainsi  décrit  n'eut  lieu  en  France  qu'après  que 
les  plus  grandes  intelligences  eurent  subi  les  influences  italiennes, 
pendant  une  quarantaine  d'années,  et  l'on  pourrait  lui  donner 
comme  date  la  découverte  supposée  de  la  tombe  de  Laure, 
en  1533.  Cet  événement  intéressa  François  I^"",  qui  commanda  un 
somptueux  tombeau  pour  Avignon  et  composa  même  à  cette 
occasion  des  vers  ^  qui  excitèrent,  naturellement,  à  l'émulation  et 
aux  compliments  les  poètes  du  royaume,  Marot  saisit  cette 
occasion  pour  rendre  hommage  au  Roi  : 


1.  Desportes,  Rev.  des  Cours  et  Conférences,  vol.  I,  p.  418.  Cf.  aussi  Le  Seizième 
siècle,    p.    301. 

2.  Ils  sont  reproduits  par  Blanchemain,  étant  compris  dans  la  note  de  La 
Monnoye  sur  un  poème  de  Saint-Gelais,  cit.  infra.  Œuvres  de  Melin  de  Sainct- 
Gelays,  vol.  II,  p.  166.  C'est  La  Monnoye  qui  les  attribuait  à  François  I''''. 
Blanchemain  émet  l'hypothèse  qu'ils  pourraient  être  en  réalité  de  Saint-Gelais, 
ibid.,  vol.  I,  p.  44  en  note. 


t:n[ITatton  de  marot  ;  pétrarquisme  147 

O  Laiiro,  Laiire,  il  t'a  esté  besoing 
D'iiymer  riionnour  et  d'estre  vertueuse 
(,'ar  François  Roy  sans  cela  n'eust  prins  seing 
De  t'iionorer  de  tuinbe  sumptiieuse,  etc. 

Du  Boy  et  (le  Laure,  Œuvres,  vol.  III,  p.   39. 

Saint-Gelais  avait  tout  prêts  un  dizain  et  un  huitain  sur  le 
même  sujet  ;  dans  ce  dernier  il  se  demande  qui  devait  le  plus  au 
Roi  ^,  de  ses  sujets,  de  Laure  ou  de  Pétrarque.  Macrin  alla  plus 
loin  et  discuta  la  question  en  vers  latins  ^,  afin  de  savoir  qui,  du 
Roi  ou  de  Pétrarque,  avait  mieux  travaillé  à  la  gloire  de  Laure,  et 
ce  sujet  devint  populaire  parmi  les  poètes  de  moindre  importance 
tels  que  Tagliacarne,  évêque  de  La  Grasse,  qui  nous  dépeint, 
en  latin  aussi,  Phœbus  en  train  de  se  féliciter  de  ce  que  Fran- 
çois I^r  ait  voulu  faire  revivre  la  gloire  de  son  laurier  ^.  Il  est 
curieux  de  retrouver  les  effusions  de  ces  deux  derniers  dans  un 
volume,  contenant  aussi  mi  poème  qui  montre  les  sympathies 
italiennes  d'un  autre  poète,  Colin,  qui,  peu  de  temps  après,  tra- 
duisit le  Cortegiano  '*,  Jacohi  Colini  ad  Federicum  Fregosium 
Musa  loquitur  ^.  Le  fait  qu'une  imprimerie  française  publia  cette 
même  année  un  ouvrage  inspiré  et  pénétré  de  Pétrarque,  les 
Opère  Toscane  de  Luigi  Alemanni  *^,  dédié  au  Roi,  peut  avoir  donné 
plus  d'intensité  au  courant  intellectuel  déjà  orienté  vers  l'Italie. 
En  tout  cas,  à  partir  de  ce  moment,  on  ne  cessa  de  s'intéresser 
vivement  à  Pétrarque  et  de  l'imiter,  gauchement,  à  vrai  dire, 
jusqu'à  ce  que  les  poètes  de  la  Pléïade  aient  imprimé  au  mouve- 
ment le  sceau  de  leur  génie.  A  la  date  de  1535,  le  nom  de  Pétrar- 
que était  assez  cormu  pour  que  Saint-Gelais  put  parler  de  lui 
comme  de  quelqu'un  connu  de  tous  : 

Car  il  (amour)  est  trop  rusé 

Et  n'en  croyez  Pétrarque  ni  Ovide. 

Œuvres,  vol.   III,   p.   5. 

1.  Œuvres,  vol.  II,  p.  165  et  III,  p.  3. 

2.  Compris  dans  Benedicti  Theocreni...  Poemuta,  fol.  Eij  r". 

3.  Benedicti  Theocreni...  Poemata  ;  dans  le  dernier  de  ses  trois  poèmes  sur  ce 
même  sujet  :Z)e  rege  Francisco  et  Laura  Francisci  Petrarchœ  arnica  ;  De  eadem, 
fol.  Ej  v";  De  eadem,  fol.  Eij  r^. 

4.  En  1537,  l'année  qui  suivit  la  publication  du  volume  en  question. 

5.  Op.  cit.,  fol.  Giiij. 

0.  Sur  la  page-titre,  sous  la  salamandre  du  Roi  est  inscrite  la  légende  «  Sovr'- 
ogni  uso  mortal  m"è  date  albergo  ». 


148  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

En  1537,  Almaque  Papillon  parle  de  lui  dans  les  vers  suivants 
comme  du  poète  de  l'amour  par  excellence.  Argent  s'adressant 
à  Cupidon,  lui  dit  : 

Mays  en  premier  de  toy  trivimpheray 
Et  deshonneur  de  vaincu  te  feray, 
Et  si  auray  d'un  nouveau  dieu  la  marque 
Pour  en  ton  lieu  estre  mys  en  Pétrarque. 

Le  Victoire  et  Triumphe  d'Argent  contre  Cupido,  fol.  Aviij  v°. 

En  1540  Dolet  donne  Aretino,  Sannazar,  Pétrarque  et  Bembo 
comme  autorités  pour  la  composition  en  langue  vulgaire  ^  et,  vers 
1542  les  imitations  du  poète  italien  étaient  devenues  si  nom- 
breuses qu'Heroet  put  écrire  : 

Ne  recevez  Dames,  aulcune  craincte 
Quand  vous  oyez  des  doloiu'eux  la  plaincte. 
Tous  les  escripts  et  larmoyants  autheurs, 
Tous  le  Petrarcque  et  ses  imitateurs, 
Qui  de  souspirs  et  de  froydes  querelles 
Remplissent  l'air  en  parlant  aux  estoilles, 
Ne  facent  point  soupsonner  qu'à  aymer 
Entre  le  doulx  il  y  ayt  de  l'amer. 

La  parfaicte  mnye,  p.  70  et  seq. 

Avant  qu'Heroet  n'écrivit  ces  vers,  les  principaux  imitateurs  de 
Pétrarque  et  des  Pétrarquistes  italiens  étaient  Marot,  Saint-Gelais 
et  Salel.  Bien  que  les  Six  sonnetz  de  Pétrarque  de  Marot  fussent 
encore  à  venir,  il  avait  déjà  composé  les  deux  seuls  sonnets  publiés 
en  France  à  cette  date;  et  ses  Visions  de  Pétrarque,  traduction 
d'une  des  Canzoni  ^,  avaient  paru  dès  1534,  dans  les  Fleurs  de 
Poésie  Francoyse^.  D'autres  traces  de  l'influence  du  grand  poète 
italien  ne  manquent  pas  dans  les  premières  œuvres  de  Marot. 
En  1536,  il  avait  écrit  un  épigramme  à  Saint-Gelais,^  soy  mesmes, 
De  Madaîne  Laure,  et  même,  avant  1533,  lui  dont  la  veine 
naturelle  s'exprime  mieux  dans  la  cynique  CJmnson  «  Le  cueur 
de  vous  ma  présence  désire  ^  »,  essaya  d'exprimer  en  vers  cet 
amour   purifié   par   l'imagination   que   Pétrarque   dévoila   aux 


1.  Op.  cit.,  p.  4. 

2.  Sonetti  e  Canzoni,  n°  cccxxiii. 

3.  Hecatomphiîe...,  les  Fleurs  de  Poésie  Francoyse. 

4.  Œuvres,  vol.  II,  p.  186. 


IMITATION    DE    MAROT  ;    PETRAIIQUISME  14!) 

poètes  français  de  la  Renaissance.  Sa  délicate  Chanson  «  J'ayme 
le  cueur  de  m'amye  ^  »,  et  son  épigranime  «  De  V amour  chaste  ^  », 
avec  sa  conclusion  éthérée,  «  Je  l'ayme  tant  que  je  ne  l'ose 
aymer  »,  en  sont  la  preuve,  et  son  huitain  «  Sur  la  Devise  :  Non 
ce  que  je  pense  ^  »,  possède  le  véritable  ton  Pétrarquiste.  Les  carac- 
tères d'un  Pétrarquisme  plus  alambiqué  se  trouvent  dans  une  de 
ses  premières  élégies,  dans  laquelle  il  déclare  à  sa  maîtresse 
qu'il  pourrait  brûler  sa  lettre  par 

L'amoiireuse  flamme 
Que  mon  las  cueixr  pour  voz  vertus  enflamme. 

Œuvres,  vol.  II,  p.  37. 

Pour  ce  genre  de  métaphores,  Marot  devait  sans  doute  plus  aux 
Italiens  contemporains  qu'aux  poèmes  de  Pétrarque. 

M.  Vianey  a  remarqué  *  que  Marot  avait  probablement  pris 
son  goût  pour  le  huitain  et  pour  les  images  italiennes  de  con- 
vention aux  Strambottistes,  particulièrement  à  Tebaldeo  dont 
le  tempérament  ressemblait  beaucoup  plus  au  sien  que  celui 
de  Pétrarque.  Plusieurs  des  exemples  fournis  par  M.  Vianey 
étaient  écrits  avant  1537,  par  exemple,  A  Anne,  qu'il  regrette, 
un  véritable  Strambotte  sicihen,  Du  'partement  d'Anne,  De 
son  feu,  et  de  ceïluy  qui  se  print  au  Bosquet  de  Ferrare  ^.  Mais 
ses  premières  œuvres  laissent  paraître  beaucoup  d'autres  signes 
d'influence  italienne.  Il  dépeint  le  soleil  brillant  à  l'instant  où 
il  voit  sa  maîtresse,  tandis  qu'il  ne  voit  partout  que  nuit  noire 
s'il  cesse  de  la  regarder  ;  il  remercie  Vénus  de  lui  avoir  fait 
aimer  une  maîtresse  d'une  telle  beauté  que  Cupidon  se  mettrait 
à  l'aimer  s'il  n'avait  plus  son  bandeau  sur  les  yeux,  —  et  il 
déclare  encore  que  Cupidon  a  changé  son  arc  pour  celui  de  Diane  ^. 
Il  nous  représente  Cupidon  prenant  sa  maîtresse  pour  Vénus  "^  et 
fait  à  celle-ci  la  promesse  —  si  caractéristique  de  la  Renaissance  — 
que  ses  vers  l'immortaliseront  ^.  Il  serait  inutile  de  multiplier  ces 

1.  Œuvres,  vol.  II,  p.  190. 

2.  Ihid.,  vol.  III,  p.  38. 

3.  Ibid.,  vol.  III,  p.  16. 

4.  Le  Pétrarquisme  en  France  au  XV I^  siècle,  pp.  45  et  46. 

5.  Œuvres,  vol.  III,  pp.  16,  31  et  60. 

6.  Ibid.,  vol.  III,  pp.  28  et  84  et  II,  p.  180. 

7.  Ibid.,  vol.  III,  p.  44. 

8.  A  Anne  tencée  pour  Marot,  ibid.,  vol.  III,  p.  62. 


150  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

exemples.  Il  est  clair  que  Marot  sacrifia  à  la  nouvelle  mode  poé- 
tique dès  ses  débuts. 

Saint-Gelais  ne  fut  guère  moins  prompt  que  Marot  à  puiser 
aux  mêmes  sources  d'inspiration  et  M.  Vianey  a  déterminé 
dans  quelle  mesure  ^.  Tous  les  exemples  fournis  par  ce  critique 
datent  d'environ  1535  ^  ;  c'est  à  la  même  époque  que  Saint- 
Gelais  composa  son  poème  imité  d'Arioste  :  0  doulce  nuict, 
O  nuict  heureuse  et  belle  ^  ;  et  encore  son  imitation  du  vingt- 
deuxième  sonnet  de  Bembo  ^,  puis  sa  fameuse  traduction 
de  Sannazaro^,  Voyant  ces  monts  de  veue  ainsi  lointaine,  ne  fut 
pas  écrite  après  1540.  Dès  1534.  une  demi-douzaine  des  poèmes 
de  Saint-Gelais  furent,  comme  les  Visions  de  Marot,  imprimés 
dans  les  Fleurs  de  Poésie  Francoyse,  collection  publiée  pour  faire 
suite  à  une  traduction  de  l'i/ecatowjj^ï'ZedeLeonBattista  Alberti^. 
Cet  arrangement  prouve  par  lui-même  qu'on  s'intéressait  de 
plus  en  plus  à  la  poésie  italienne.  Le  Roi  ne  dédaigna  pas  de  colla- 
borer à  ce  volume  qui  contenait,  mêlés  à  des  vers  dans  le  genre 
«  Gaulois  )),  des  exemples  de  l'emploi  des  images  pétrarquistes 
conventionnelles  et  des  échos  de  Pétrarque  lui-même,  soit  d'une 
sorte  simplement  verbale  comme  dans  le  refrain  d'un  Chant 
Royal, 


1.  Op.  cit.,  pp.  104-107. 

2.  C'est-à-dire  qu'ils  sont  tirés  par  leur  éditeur,  Blanchemain,  du  Ms.  de  la 
Rochetulon,  qu'il  date  de  1535.  Œuvres,  vol.  III,  p.  1.  M.  Vianey,  op.  cit.,  p.  52 
remarque  seulement  que  ce  ms.  contient  probablement  les  plus  anciens  emprunts 
de  Saint-Gelais.  Le  fait  est  qvie  tous  les  exemples  qu'il  cite  (sauf  ceux  de  Sanna- 
zaro  et  de  Berni)  ont  été  trouvés  dans  ce  manuscrit. 

3.  Nuict  d'Amour,  Œuvres,  vol.  III,  p.  99.  Cf.  Vianey,  op.  cit.,  p.  52,  et  la 
note.  , 

4.  Œuvres,  vol.  III,  p.  84. 

5.  Œuvres,  vol.  I,  p.  78.  J.  M.  Berdan,  The  Migrations  of  a  Sonnet,  Mod.  Lang. 
Notes,  vol.  XXIII,  pp.  33-36,  émet  l'idée  que  cette  traduction  est  celle  d'une 
version  anglaise  de  Wyatt  non  encore  publiée,  et  il  se  base  sur  des  preuves 
fournies  par  la  critique  interne.  Elle  serait  d'après  sa  théorie  le  résultat  d'une 
rencontre  de  Wyatt  et  de  Saint-Gelais  en  1539  ou  1540.  Maisc/.  E.  L.  Kastner, 
Mod.  Lang.  Rev.,  vol.  II,  p.  274  note,  et  IV,  pp.  240-253. 

6.  Onze  poèmes  qui  y  sont  contenus  se  trouvent  dans  l'édition  de  Saint-Gelais 
par  Blanchemain,  savoir:  (1)  vol.  I,  p.  82;  (2)  Rondeau,  vol.  I,  p.  302;  (3)  et  (4) 
deux  dizains,  vol.  III,  pp.  48  et  49;  (5)  Dizain,  vol.  III,  p.  37;  (8)  et  (7)  deux 
huitains,  vol.  III,  p.  285  ;  (8)  et  (9)  Huitains  et  dizain,  vol.  III,  p.  280  et  281  ; 
(10)  Huitain,  vol.  III,  pp.  7  et  8  ;  (11)  Dizain,  vol.  III,  pp.  2  et  3.  Quatre  de 
ces  poèmes  (n^^  6,  7,  8  et  9)  déjà  attribués  par  Champollion-Figeac  à  François  I*^'', 
sont  introduits  à  titre  provisoire  dans  cette  collection.  Un  autre,  le  n»  (1),  est 
fermement  attribué  à  Saint-Gelais  comme  il  l'avait  été  à  François  I^"". 


IMITATION    DE    MAROT  ;    PÉTRARQUISME  151 

Desbender  l'arc  ne  guérit  pas  la  playe  i. 

soit  d'une  sorte  plus  substantielle,  comme  dans  les  poèmes  inti- 
tulés :  Le  'plus  perfaict  des  amans  confortant  sa  Dame  malade  ; 
Le  perfaict  des  amans  à  sa  Dame  définissant  quelle  est  le  vraye 
Amour  ^,  Corrohoiution  du  ferme  propos  de  la  dame^;  ou  le  poème 
qui  fit  naître  ce  «  propos  »  :  Je  n'ause  estre  content  de  mon  conten- 
tement*. Le  livre  est  en  somme  un  des  premiers  monuments  des 
progrès  du  Pétrarquisme.  Hugues  Salel,  le  troisième  Pétrarquiste 
du  trio,  peut  très  bien  être  défini  comme  un  imitateur  des  carac- 
tères superficiels  du  Pétrarquisme.  Evidemment  intéressé  par 
la  manière  et  le  sujet  de  la  poésie  de  Pétrarque,  il  ne  fut  nulle- 
ment frappé  par  son  esprit.  Ses  Œuvres,  pubfiées  au  début  de 
1540  et  qui  sont  le  véritable  type  des  aspects  les  plus  païens  de  la 
Renaissance,  contiennent,  outre  une  traduction  et  une  para- 
phrase de  Pétrarque^,  plus  d'une  réminiscence  de  ce  poète. 

C'est  par  exemple  le  thème  du  gant  si  souvent  traité^,  ou  la 
promesse,  —  faite  seulement,  il  est  vrai,  par  un  des  amis  du  poète 
et  non  par  lui-même  —  que  sa  maîtresse,  supérieure  en  vertus 
à  Laure,  jouira  d'une  aussi  grande  renommée  '.  Ce  trait  qui  devait 
devenir  le  lieu  commun  de  la  Renaissance  française  comme  de  la 
Renaissance  anglaise,  indique  clairement  que  le  cercle  auquel 
appartenait  Salel  recherchait  les  sujets  traités  par  Pétrarque. 
Salel  commence  même  un  huitain  sur  le  ton  d'un  vrai  disciple 
de  Pétrarque  : 

La  beatilté  du  corjos  n'est  que  monstre 
De  la  Vertu  qui  est  en  l'âine  ; 

Œuvres,   fol.    02   v". 

1.  Chant  Royal  (Vung  Amant,  H('ratonij)hile,  etc.,  ]).  73.  Lo  refrain  e.st  la  tra- 
duction du  dernier  vers  d'un  sonnet  de  Pétrarque,  le  n"  xc  des  Sonetti  e  Canzoni.  ; 

«  Piaga  per  allentar  d'arco  non  sana.  » 

Il  se  trouve  déjà  dans  V Adolescence  Clémentine  de  1532  de  Marot,  dans  le 
Chant  royal  dont  le  Roy  bailla  le  refrain. 

2.  Op.  cit.,  pp.  89  et  91.  Attribué  à  François  1'=''  par  Champollion-Figeac. 

3.  Op.  cit.,  p.  93. 

4.  Op.  cit.,  p.  92.  Attribué  à  François  1''"'  par  Champollion-Figeac. 

5.  Il  traduisit  un  sonnet,  le  n"  ccxxiv'  des  Sonnetti  e  Canzoni  (Tiré  de  Pétrarque), 
Œuvres,  fol.  47  r°  et  composa  une  paraphrase  d'un  autre,  le  n^  xc  des  Sonnetti 
e  Canzoni  (Dixain  tiré  de  Pétrarque),  ibid.,  fol.  48  v°,  cf.  supra,  n.  1. 

6.  Envoyé  avecques  une  paire  de  gantz.  Œuvres,  fol.  46  r".  Il  rappelle  le  sonnet 
de  Pétrarque,  le  n"  cxcix  dos  Sonnetti  e  Canzoni. 

!.. Claude  de  Play  s,  secrétaire  de  Madame  la  Daulphine,  à  la  Marguerite  de 
Salel,  Œuvres,  fol.   51   r". 


152  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

mais  la  fin  épigrammatique  est  dans  le  vrai  style  Gaulois.  Salel, 
qui  est  philosophe  païen  ^,  qui  parle  de  l'amour  avec  sensualité, 
était  en  somme  tout  à  fait  incapable  de  reproduire  l'idéalisme 
de  Pétrarque.  Sa  vraie  nature,  malgré  une  véritable  veine 
poétique,  apparaît  clairement  dans  une  traduction  de  Pontanus  ^, 
d'un  sentiment  très  naturaliste  ;  dans  ses  «  Blasons  »  de  V Anneau 
et  de  YEspingle  ;  même  dans  son  poème  grossier  et  c^Tiique, 
A  la  Veille  Amoureuse,  ou  ses  Souhaits  à  une  Dame  Rigoureuse  ^. 
Il  est  bien  plus  apte  à  singer  les  Strambottistes  italiens  que  leur 
prétendu  modèle  et  il  n'est  que  naturel  de  tomber  sur  des  des- 
criptions de  Cupidon  torturé  par  Vénus,  ou  de  l'amant  torturé 
par  Cupidon,  ou  du  cœur  trahissant  le  corps  en  y  laissant  pénétrer 
l'amour,  ou  de  Cupidon  installant  dans  le  sein  d'une  dame  la 
forge  où  il  aiguise  ses  flèches  *.  On  trouve  en  outre  des  plaintes 
sur  la  dureté  et  la  froideur  du  cœur  de  la  maîtresse  du  poète,  des 
vers  sur  un  bracelet,  d'autres  sur  un  soupir  et  la  déclaration  que 
le  poète  voudrait  mourir,  mais  craint  que  la  flamme  de  son 
amour  ne  le  consume  après  sa  mort  ^.  La  principale  composition 
du  livre,  VEclogue  Marine,  sur  la  mort  du  Dauphin,  avec  ses 
refrains  musicaux,  «  Chantez  mes  vers,  chantez  mélancolie  »  et 
«  Chantez  mes  vers,  chantez  dueil  et  tristesse  ^  »,  n'est  qu'une 
autre  preuve  des  sympathies  italiennes  de  Salel. 

Si  Marot,  Saint-Gelais  et  Salel  étaient  les  premiers  imitateurs 
de  Pétrarque,  c'est  eux  que  Sainte-Marthe  devait  aussi  chercher 
à  égaler.  Nous  avons  vu  quels  étaient  ses  sentiments  à  l'égard 


1.  Cf.  De  la  misère  et  inconstance  de  la  vie  humaine,  tbid.,  fol.  21  r°  e<  seq.,  dont 
voici  la  fin  : 

<i  II  sembleroit  en  suyvant  la  sentence 
De  plusieurs  Grecz  que  n'avoir  print  naissance 
Seroit  meilleur  pour  l'homme  misérable. 
Ou,  estant  né  en  ce  monde  muable, 
Soudain  par  mort  aller  au  lieu  prospère 
Que  tout  vivant  après  la  mort  espère.  » 

Fol.  25  ro. 

2.  Les  troys  degrez  de  la  misère  d'amour  tiré  de  pontan.  Œuvres,  fol.  49  v°. 

3.  Œuvres,  fol.  58  r",  59  r",  43  r",  49  vo. 

4.  Cf.  pour  chacun  de  ces  concetti  respectivement  Chant  poétique  auquel 
Cupidon  est  tourmenté  par  Venus,  ibid.,  fol.  34  r°.  Epistre,  fol.  39  V  ;  Du  cueur  qui 
a  trahy  le  corps  y  mettant  amour,  fol.  46  v"  ;  De  la  gorge  d'une  damoy selle,  fol.  45  v"' 

5.  Cf.  pour  ces  concetti,  Du  cueur,  ibid.,  fol.  44  v"  et  Huictain,  fol.  53  r"  ; 
Du  brasselet,  fol.  50  v"  ;  Huictain,  fol.  52  v°  ;  L'amant  passionné,  fol.  45  r". 

6.  Ibid.,  fol.  25  r"  et  seq. 


IMITATION   DE   MAROT  ;    PETRARQUISME  15.'} 

de  Marot  ;  son  admiration  pour  Saint-Gelais,  quoique  moins 
abondamment  exprimée,  était  pourtant  nettement  marquée. 
Il  la  manifesta  dans  les  vers  suivants  : 


Chascvm  n'a  pas  son  esprit  tant  fertile 
Que  Sainct  Gelays. 


P.  F.,  p.  52. 


et  il  dépeint  ailleurs  Saint-Gelais 


Chantant  des  sons  de  sa  sonante  Lyre 
Plaisants  à  tous  et  utiles  à  lire. 


P.  F.,  p.  202. 


Il  doit  à  l'épigramme  de  Saint-Gelais,  A  un  Gand,  la  substance 
d'une  de  ses  plus  heureuses  imitations  de  la  manière  de  Marot 
et  une  de  ses  épigrammes  ressemblait  assez  pour  la  manière  à 
celles  du  poète  de  Cour,  pour  avoir  été  insérée  par  un  critique  tel 
que  La  Monnoye  parmi  les  poèmes  de  Saint-Gelais  ^.  Si  Saîel 
et  Sainte-Marthe  partageaient  la  même  manière  de  voir  au  sujet 
de  la  Querelle  des  femmes  ^,  ils  sympathisaient  encore  sur  d'autres 
points.  Le  rondeau  adressé  par  Sainte-Marthe  à  son  aîné  au  sujet 
de  sa  «  devise  »  est  plein  d'admiration  pour  son  «  grand  sens  », 
sa  «  science  »  et  la  «  prudence  »  qu'il  avait  acquises  à  l'école 
d'Apollon  son  maître  ^.   Quoique  les  poèmes  de  Salel  fussent 

1.  Au  Seigneur  de  Parnans,  Qu'au  bien  d'Amour  rien  n'est  plus  nuisant  que 
jouyssance,  P.  F.,  p.  13.  Dans  les  Œuvres  de  Saint-Gelais,  elle  ne  porte  que  le 
simple  titre  Autre.  Blanchemain  ajoute  cette  note  sévère  :  «  Ceci  est  un  pur 
galimatias  ».  Le  vi'ai  titre  montre  bien  que  c'était  vin  essai  un  peu  gauche  d'ex- 
pression d'une  idée  platonique.  Et  aussi  le  dernier  mot  du  dernier  vers,  diminue, 
est  changé  pour  continue  dans  le  Saint-Gelais  de  Blanchemain,  ce  qui  en  gâte 
complètement  le  sens.  Cf.  infra  p.  181.  Blanchemain  a  pris  le  poème  dans  l'édi- 
tion de  Saint-Gelais,  publiée  en  1719  par  Coustellier,  et  se  porte  garant  du  fait 
que  La  Monnoye  fournit  les  éléments  nouveaux  dans  cette  édition.  Op.  cit., 
vol.  I,  p.    39. 

2.  Cf.  Salel  : 

«  O  noble  sexe  en  ce  monde  produict 
Pour  conserver  nature  humaine  en  estre 
Sexe  sans  qui  l'homme  seroit  mal  duyct, 
Bien  qu'il  se  die  aucunes  fois  le  maistre. 
Que  ne  m'a  Dieu  en  Nature  faict  riaistre 
Plein  de  scavoir  pour  dignement  escripre 
Les  grandz  Vertus  que  je  voy  apparoistro 
En  vos  espritz  comme  je  le  désh-e  ?  » 

Œuvres,  fol.  39  r". 

3.  A  Salel,  valet  de  chambre  du  Roy,  Sur  sa  devise,  P.  P.,  p.  90  ;  cf.  supra, 
p.  135,   n.  6. 


154  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

publiés  depuis  fort  peu  de  temps,  ses  épigrammes  et  de  plus  longs 
poèmes  devaient  avoir  circulé  pendant  quelque  temps,  et  Sainte- 
Marthe  les  connaissait  sans  doute  bien,  même  avant  que  le  Roi 
n'en  ait  ordonné  l'impression  ^.  C'est  sans  doute  à  Salel  que 
Sainte-Marthe  doit  l'idée  de  s'être  inspiré  d'^lien  pour  son 
Tempe  de  France,  ce  que  lui  avait  fait  pour  son  poème,  De  la 
misère  et  inconstance  de  la  vie  humaine  ^.  Cette  flatteuse  imitation 
fut  en  fait  assez  remarquée  pour  que  les  contemporains  se  soient 
trompés  sur  l'auteur  de  certains  poèmes  de  Salel,  qui  furent  attri- 
bués à  Sainte-Marthe^. 

Il  était  donc  naturel  que,  dans  ce  qui  devait  être  ses  premiers 
essais  de  Pétrarquisme,  Sainte-Marthe  dût  suivre  la  trace  des 
trois  poètes  ses  aînés  et  pratiquer  davantage  les  concetti  que 
l'idéahsme  de  Pétrarque. 

Quand  il  nous  parle  des  flèches  de  Cupidon  cachées  dans  les 
yeux  de  sa  maîtresse  ^  ;  de  la  prison  de  l'amour  ou  de  la  prison 
de   son  cœur  ^  ;   de  la  Fortune  personnifiée  envieuse    de    son 

1.  S'ensuyvent  les  epigraïuines  qu'on  a  peu  recueillir,  faictz  par  leJict  Salel. 
Œuvres,  fol.  45  r". 

2.  Op.  cit.,  fol.  21  ro  e<  seq. 

3.  Cf.  supra,  p.  112,  n.  1. 

4.  «  Je  ne  seay  point  lequel  plus  me  martyre 
Son  doux  parler,  ou  son  picquant  regard, 
De  son  parler  comme  enchesné  m'attire, 
Dedans  ses  yeulx  est  Cupido,  qui  tire 
Contre  mon  cueur,  d'Amoui-  le  mortel  dard.  » 

De  Madamoisele  Beringue,  P.  F.,  p.  54. 

Cf.  Pétrarque,  sonnets  \\°^  xLvi,  cxxxiii,  cxLiv,  CLi,  CLvii  des  Sonnettl  e  Canzoni, 
aussi  n"  Lxxxvii  ;  Bembo,  Sonnet  xiii,  et  Saint-Gelais,  vol.  III,  pp.  46  et  69, 
nos  Lxxxviii,  cxxix.  A  d'autres  égards,  l'épigramme  pourrait  être  une  réminis- 
cence de  Guisto  dei  Conti,  La  Bella  Mano,  Sonnet  eviii,  vers  5  et  seq.  : 

Il  bel  parlar  che  sorridendo  move, 
E  tra  il  vezzoso  sguardo  i  bei  sospiri. 
Il  cor  a  m'intîamman  si,  che  fra  i  martiri 
Di  abbandonarmi  ha  fatto  mille  prove.  » 

5.  «  Geste  prison,  c'est  vostre  noble  Cueur 
Lequel  du  mien  vaillaminent  fut  vainqueur.  » 

A  Madamoiselle  Beringue.  De  leur  honneste  éb  irrépréhensible  Amour,  P.  F., 
p.    147. 

«  Or  maintenant  m'est  force  que  je  vive 
(Quoy  vive  ?)  mais  languisse  sans  raison. 
Le  Corps  aux  champs  &  le  Cueur  en  prison.  » 

A  la  ville  d'Arles  en  Provence,  P.  F.,  p.  26. 
Cf.   Pétrarque,  sonnet  no  lxxxix  des  Sonnetti  e  Canzoni  ;  Bembo,   Sonnet 


IMITATION    DE    MAROT  ;    PÉTRARQTJISME  155 

amour  ^  ou  encore  quand  il  nous  dépeint  un  amant  adoptant  les 
volontés  de  sa  maîtresse  de  préférence  aux  siennes  ^,  ce  sont  des 
lieux  communs  du  Pétrarquisme  italien  déjà  assimilés  par  les 
poètes  français  qu'il  répète.  Quand  il  traite  le  thème  pétrarquien, 
de  l'impossibilité  pour  l'amant  de  s'exprimer  en  présence  de 
l'aimée  ^,  qui  tenta  Salel  ^  et  Saint-Gelais,  le  titre  même  qu'il 
choisit  rappelle  les  douzains  de  ce  dernier  sur  le  sujet.  L'épi- 
gramme  de  Saint-Gelais  commençait  comme  suit  : 

Le  cueur  qui  fut  si  longuement  troublé, 
Ne  vous  osant  descouvrir  mon  martyre. 
Après  avoir  commencé  à  le  dire 
A  de  mes  maux  le  nombre  redoublé  5. 

Œuvres,  vol.  II,  p.   151. 

Sainte-Marthe  écrivit  : 


n°  xcvi  ;  Seraphino,  sonnet  n"  x,  et  aussi  Saint-Gelais,  vol.  II,  pp.  95  et  99, 
nos  XIX  et  XXV.  Et  cf.  infra  p.  196. 

1.  Contre  Fortune,  fait  au  départir  de  luy  &  Madamoiselle  Beringue,  P.  F., 
p.  52.  Cf.  Pétrarque,  sonnets  no^  ccliii  et  cCLix  des  Sonnetti  e  Canzoni,  et  aussi 
Saint-Gelais,  Œuvres,  vol.  III,  p.  49. 

2.  «  Et  non  jDOurtant,  si  (les  autres  amants)  me  préférez. 
J'accorde  et  veulx  tout  ce  que  vous  ferez. 

De  vostre  Amour  mon  cueur  est  tant  ardent 
Qu'avecques  vous  est  en  toixt  accordant. 
Ne  vueillez  donq'aulcun  cas  qui  me  plaise, 
Ou  bien  vueillez  chose  qui  me  desplaise. 
Ce  que  ne  veulx  alors  bien  me  plaira, 
Ce  que  je  veulx  soubdain  me  desplaira. 
Car  en  tout  cas,  par  consent  uniforme 
Mon  vouloir  est  au  vostre  tout  conforme.  » 

Pour  un  OentilJiomme  à  une  Dame,  P.  F.,  p.  133. 

Cf.  Castiglione,  Cortegiano,  Livre  III  ;  Seraphino,  sonnet  n»  cvii,  et,  parmi 
les  Sonnetti  di  dubbia  attribuzione,  n°  xx  ;  Bembo,  sonnet  n''  vi  ;  Marol, 
Œuvres,  vol.  III,  p.  10,  et  Saint-Gelais,  Œuvres,  vol.  III,  73,  n"  cxxxvi. 

3.  Cf.  Pétrarque,  S.  e  C,  n°^  clxix,  clxx  et  Lxxiii  ;  la  fin  «  Solemente  quoi 
nodo  »,  etc.  Chariteo,  sonnet  n°  xcv. 

4.  «  Puis  que  l'esprit  ne  peult  &  langue  n'ose, 
Je  vous  supply  de  vous  mesmes  entendre 
L'ardent  désir  de  celuy  qui  propose 
Tant  qu'il  vi\Ta  vostre  esclave  se  rendre.  » 

A  Marguerite,  Œuvres,  fol.  47  V. 

5.  Et  cf.  le  poème  qui  suit  immédiatement  sur  le  même  sujet,  commençant 
par  ces  mots  : 

«  Mille  fois,  le  jour  je  pense 

A  vous  compter  mon  martyre.  » 

Cf.  aussi  ibid.,  vols.  II,  p.  6  et  III,  p.  71. 


156  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

A  MA  Damoiselle  Bebingue,  Quel  mabtyre  c'est,  brxjsleb  d'affec- 
tion ET  n'OSEB  PABLEB  POTJB  LA  DESCOXJVEIB. 

Force  d'Amour  me  veult  souvent  contraindre 
A  déclarer  mon  Cueur  apertement, 
Mais  im  reffus  (])our  honte)  tant  à  craindre. 
M'a  tousjours  fait  un  grand  empeschement. 
Mon  mal  ainsy  noixrrys  couvertement 
Dissimulant  l'ennuy  tant  que  je  puis. 
D'aultre  costé,  du  bien  que  je  poursuis 
Le  soub venir  renforce  mon  martyre. 
Veoyez  (helas)  le  tourment  ou  je  suis, 
Voulant  parler,  un  seul  mot  ne  puis  dire. 

P.   F.,  pp.    75-76. 

Le  poète  continue  par  un  second  dizain  : 

A  ELLE   MESME,   SUB   LE   MESME   PBOPOS. 

Voulant  parler,  un  seul  mot  ne  puis  dire. 
Si  tresfort  est  mon  Cueur  espris  d'angoisse. 
Le  jour  et  nuict  poiu"  mon  mal  je  souspire. 
Et  ne  puis  fin  trouver  à  ma  tristesse. 
Seule  pouvez  (o  Madame  et  Maistresse) 
Mon  mal  mortel  entièrement  guérir. 
Vous  plaise  donc,  (pour  Dieu)  me  secourir, 
Et  que  par  vous,  santé  me  soit  rendue  ; 
Vostre  servant  guarderez  de  périr. 
Et  luy  rendrez  la  paroUe  jDerdue. 

P.  F.,  p.   76. 

Ce  qu'il  y  a  de  sens  commun  dans  la  première  de  ces  produc- 
tions, la  fin  épigrammatique  de  la  deuxième,  montre  que  Sainte- 
Marthe  étudia  probablement  ses  modèles  italiens  dans  des  tra- 
ductions françaises.  Ailleurs,  brodant  sur  un  concetto  conven- 
tionnel italien,  c'est  clairement  le  style  de  Marot  qu'il  imite  : 

D'une  Dame  a  mebveilles  fboidde  a  son  Amant. 
Cupido  veit  une  Dame  fourrée 
Un  jour  d'hyver  &  luy  dist,  lielas,  belle. 
Je  suis  toute  nud,  donnez  moy  là  entrée 
Pour  m'eschauffer.  Je  le  veulx,  (respond  elle) 
Mais  mettez  bas  l'Arc,  qu'avez  soulz  l'ecelle. 
L'enfant  le  fait,  puis  se  fourre  dedans, 
Ha  qu'il  fait  bon  (dist  lors)  estre  céans. 
Mais  tôt  après  il  vuidda  bien  la  place. 
CoiTiment,  (fist-il)  qui  dureroit  léans  ? 
Le  lieu  y  est  plus  froid  que  n'est  la  Glace. 

P.  F.,  p.  3L 


IMITATION   DE   MAROT  ;    PÉTRARQUISME  157 

et,  quand   Sainte-Marthe    nous   fait   le    portrait  de  l'objet  de 
son  amour,  de  ses 

...  Beaulx  &  plaisantz  yeulx, 
Son  doulx  parler,  sa  soubriante  Face, 
Son  beau  maintien,  sa  tresperfaicte  grâce, 
Et  les  Vertuz,  qu'on  peut  on  elle  veoir, 


Ibid.,  p.  32. 


sa  description  rappelle  Pétrarque, 


E  co  l'andar  e  co'l  soave  sguardo 

S'accordan  le  dolcissinie  parole, 

Et  l'atto  niansueto,  umile  et  tardo  ; 

Sonnetti  e  Canzoni,  sonnet  n"  clxv. 

mais  avant  lui  Salel  avait  fait  un  portrait  semblable  : 

Ton  noble  esprit  de  si  beau  corps  couvert, 
Ton  œil  riant  à  tous  cler  &  ouvert. 
Ton  doux  accueil,  ta  faconde  élégante. 

Œuvres,   fol.    42   r". 

Sainte-Marthe  traita  deux  fois  ce  concetto  Pétrarquien,  que 
tous  les  disciples  de  Pétrarque,  suivant  M.  Sidney  Lee  ^,  s'étaient 
appropriés  et  qui  consiste  en  un  discours,  ou  un  dialogue,  dans 
lequel  sont  en  cause  le  cœur,  ou  les  yeux  d'un  poète  ^.  Il  est 
curieux  de  remarquer  que,  dans  les  deux  cas,  Sainte-Martlie 
devance  Ronsard  ^,  en  prenant  le  cœur  et  les  yeux  pour  interlo- 


1.  Elizabethan  Sonnets,  vol.  I,  p.  xli. 

2.  Cf.  Pétrarque,  S.  e  C,  nos  xiv,  lxxxiv,  cl,  cciv,  cclxxiu-cclxxv,  etc. 

3.  Odes,  livre  IV,  n°  xxii.  M.  Sidney  Lee,  dans  deux  notes  sur  ce  concetto 
(loc.  cit.,  note,  et  A  life  of  William  Shakespeare,  p.  133,  note),  ne  cite  que  Ron- 
sard comme  ayant  traité  le  sujet  de  la  sorte.  J'en  ai  trouvé  un  exemple  plus 
ancien  dans  un  des  poètes  de  la  Renaissance,  dans  Tebaldeo  : 

i<  Spesso  il  cor  mesto  e  gli  occhi  lite  fanno  : 
Il  euor  si  duole  e  dice  che  il  lor  lume 
E  causa  del  suo  mal  :  ma  per  costume 
Altrove  gli  occhi  volgersi  non  sanno. 
Il  cor  che  crescer  sente  il  gi-ave  atfanno, 
Di  lagi'ime  un  corrente  e  largo  fiume 
A  gli  occhi  drizza  acciocchè  si  consume 
La  visiva  virtù  che  gli  fa  danno. 
E  cosi  il  faretrato  e  cieco  Iddio 
Che  mosso  ha  fra  lor  lite  per  disfarme 
Lieto  ride  fra  se  del  danno  mio. 


158  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

cuteurs.  Dans  le  dizaiii  intitulé  Du  débat  de  Vœil  et  du  Cueur, 
voyant  la  perplexité  de  luy  qui  languit  en  attente,  le  cœur  et  les 
yeux  s'adressent  mutuellement  des  reproches  et  cela  finit  sur  ces 

mots  : 

Mais,  dit  le  Cueur,  toy  &  inoy  as  surpris, 
Maulvais  Garçon,  par  ton  regard  voilage, 
Si  n'en  doibs  je  (fait  l'œil)  estre  repris 
Ce  que  j'ay  fait,  l'ay  fait  comme  messaige. 

P.  F.,  p.  23. 

Le  second  poème,  Le  Cueur  reprend  Vœil  de  regard  trop  vollaige, 
&  le  prie  de  s'en  retirer,  rappelle  nettement  une  épigramme  de 
Saint-Gelais  sur  un  sujet  semblable,  commençant  ainsi  : 

Cesse  mon  œil  de  plus  la  regarder 
Puisque  ton  mal  procède  de  son  bien  i. 

Le  dizain  de  Sainte-Marthe  l'imite  de  près  : 

Ne  pourrois  tu,  mon  Œil,  lui  joetit  t'engarder 
Te  getter  si  souvent  svu"  son  luysant  visaige  ? 
Plus  la  regardes,  plus  tu  la  veulx  regarder, 
Et  par  ton  fol  regard  je  suis  en  une  raige. 
Je  te  pry  que  tu  sois  dorénavant  plus  saige 
Et  que  ta  legierté  n'augmente  ma  douleur. 


Ornai  io  non  so  più  di  chi  fidarme  : 

Come  sperar  salute  mai  poss'  io 

Se  i  niiei  contro  di  mo  prendono  l'arme  ?  » 

Parnaso  Italiano,  vol.  VI,  p.  307. 

Cette  forme  du  concetto  se  trouve  pourtant  bien,  dès  le  xiii'^  siècle,  dans  un 
sonnet  de  Guido  Guinzielli  : 

«  Dice  le  core  agli  oechi  :  per  voi  moro. 
Gli  occhi  dicono  al  cor  :  Tu  n'hai  disfatti. 
Apparve  luce  che  rende  splendore 
Che,  passato  per  gli  occhi,  il  cor  ferio  ; 
Ond'io  ne  sono  a  tal  condizione.  » 

—  D'Ancona  e  Bacci  :  Manuale,  vol.  I,  p.  109. 

M.  Laumonier  remarque,  à  propos  de  ce  concetto,  que  le  Débat  de  Vœil  et  du 
cœur  de  Sainte-Marthe  était  un  sujet  assez  fréquemment  traité  par  les  poètes 
français  qui  ont  précédé  Ronsard.  Il  en  cite  vm  exemple  pris  dans  une  collection 
du  xV^  siècle,  le  Jardin  de  Plaisance  (pub.  1500),  et  un  autre  tiré  de  Baude  de  la 
Carrière,  cit.  Claude  Fauchet  (Œuvres,  éd.  de  1610,  p.  573),  Ronsard,  -poète 
lyrique,  p.  487  et  notes  2  et  3. 

1.  Œuvres,  vol.  III,  p.  48.  Ne  porte  qu'un  numéro  sans  titre  (xc).  Elle  fut 
pourtant  imprimée  dans  les  Fleurs  de  Poésie  Francoyse,  p.  80,  avec  le  titre  Au 
mesme  propos  d^ung  Amoureux  ung  peu  marry.  Cf.  aussi  Œuvres,  vol.  III,  p.  37. 


IMITATION    DE   MAROT  ;    PETRARQUISME  159 

Elle  est  Lin  Parangon,  mais  quoy,  tu  n'es  pas  seur 
De  l'attirer  à  toy,  ce  dangier  est  à  craindre. 
Parquoy,  pour  ne  tiunber  en  un  plus  grand  malheur, 
N'allmnes  point  le  feu  que  ne  pourras  estaindro. 

■  P.  F.,  p.  80. 

Le  dizain  de  Saint-Gelais  fut  publié  dans  les  Fleurs  de  Poésie 
Franœyse,  dont  Sainte-Marthe  semble  avoir  pris  connaissance. 
Les  dédicaces  en  prose  de  ses  poèmes  à  la  Duchesse  d'Etampes^, 
contournées  et  prétentieuses,  pourraient  même  avoir  été  faites  sur 
le  modèle  du  Prologue  du  disciple  de  Varchipoète  Francoys  ^, 
d'un  style  exécrable.  La  collection  comprenait,  comme  nous 
l'avons  vu,  plusieurs  poèmes  sur  le  ton  Pétrarquien  le  plus  idéa- 
liste, celui  qui  justement  concordait  le  mieux  avec  les  tendances 
de  Sainte-Marthe  ;  et  «  le  vraye  amour  »,  tel  qu'il  est  décrit  par 
le  «  Perfaict  des  Amans  »,  trouva  plus  d'mi  écho  dans  son  livre  de 
poèmes.  Mais  quoiqu'il  doive  aux  interprètes  français,  il  est  évi- 
dent que,  de  bonne  heure,  Sainte-Marthe  composa  dans  la  note 
Pétrarquienne  sans  recourir  à  eux.  Les  allusions  de  Pétrarque  aux 
filets  ou  aux  pièges  de  l'amour  ^,  par  exemple,  avaient  été  repro- 
duites par  Saint-Gelais  ;  mais,  quand  il  reprend  cette  image, 
Sainte-Marthe  se  rapproche  plutôt  de  Bembo  qui  compare  ses 
efforts  à  ceux  que  fait  un  oiseau  pris  au  filet  *.  «  Le  désir  »  écrit-il, 

A  l'environ  de  nioy  ses  fiUets  tend, 
Ses  fîllets  tend  pour  na'y  poulser  &  prendre, 
M'advertissant,  si  je  veulx  y  entendre, 
Environné  par  ainsi   &  surpris, 
Evidemment  me  cognois  estre  pris. 
Par  ce  moyen,  plus  ses  fillets  je  lasche, 
Plus  il  me  tient,  &  plus  fort  il  m'attache. 
A  Madamoiselle  Beringue,  de  leur  honneste   &  irrépréhensible  Amour, 
P.  F.,  p.  146. 

Les  yeux  de  la  Laure  de  Pétrarque  pouvaient  illuminer  la  nuit 
de  leur  clarté,  mais  pouvaient  aussi  bien  obscurcir  le  ciel  de 
midi  ^. 

Marot  avait  aussi  emprunté  cette  image  et  lui  avait  donné 

1.  Cf.  infra  p.  319  et  seq. 

2.  Hecatomph'Ue...  Les  fleura  de  Poésie  Francoyse,  pp.  49-51. 

3.  <S'.  e  C,  sonnets  n°^  clxxxi,  ce,  cclxxi. 

4.  Sonnet  n»  xcvi  et  cf.  sonnet  n"  civ. 

5.  S.  6  C,  sonnet  n°  ccxv.  Cf.  Charitoo,  Sestina,  I,  1,  12,  vol.  II,  p.  18  «  Et 


160  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

un  véritable  tour  Gaulois.  Sainte-Marthe  en  fit  le  premier 
d'une  série  de  concetti  qui  ne  se  trouvent  pas  dans  les  œuvres 
de  ses  prédécesseurs  français.  Il  marche,  il  est  vrai,  plongé 
dans  les  ténèbres  en  plein  midi  par  un  regard  de  sa  maîtresse  ; 
mais  il  ajoute  que  ses  douces  paroles  sont  les  gages  de  sa  mort  et 
que  son  ombre  l'obsède  jusqu'à  lui  faire  perdre  le  sens,  la  vue  et 
la  parole  et  le  rendre  incapable  d'implorer  sa  merci.  Aussi  en 
conclut-il  qu'elle  doit  avoir  près  d'elle  «  quelque  divin  umbrage  ^  ». 
C'était  un  heu  commun  particuher  à  Pétrarque  et  encore  plus 
fréquemment  employé  par  les  Pétrarquistes,  que  le  poète  était 
obhgé  par  son  destin  d'aimer  sa  maîtresse  2.  Sainte-Marthe 
s'écrie  : 

La  liberté  qui  jadis  estoit  mienne 

Par  toy.  Belle,  est  mise  en  captivité. 

Doncques  il  fault  que  ton  serf  je  me  tienne 

Suyvant  le  Sort  de  ma  nativité. 

J'avois  longtemps  le  péril  évité, 

Mais  vaincu  suis  par  fatale  ordonnance, 

Qui  me  promet  que  j'auray  allégeance 

Par  grand  doulceur  joincte  à  rigœur  très  rudde. 

Et  par  ainsy  j'obtiendray  delibvrance 

Par  mon  contraire.  O  doulce  servitude. 
A   Madamoiselle  Beringue,  de  la  servitude  d'Amour,  P.  F.,  p.    17. 

Ceci  pourrait  bien  lui  avoir  été  inspiré  par  les  premiers  vers 
de  la  Silva  (VAmore  de  Lorenzo  de  Meidici  : 

O  dolce  servitù,  che  liberasti 

Il  cor  d'ogni  servizio  basso  e  vile, 


per  me  il  di  serino  e  negra  notte  »,  et  Maurice  Scève,  Blazon  du  Sourcil,  Fleurs 

de  Poésie  Francoyse,  cit  Baur,  op.  cit.,  p.  39  : 

«  Sourcil  qui  rend  l'aii"  clair,  obscur  soudain 
Quand  il  froncit  par  yre  ou  par  desdain.  » 

1.  A  Madamoiselle  Beringue,  P.  F.,  pp.  22  et  23.  Cf.  infra  p.  297.  Cf.  pour  la 
perte  de  conscience  du  poète,  Pétrarque,  n°  Lxxni,  S.  e  C. 

2.  Cf.  Pétrarque,  S.  e  C,  n°s  lxix,  cciii,  lxxiii  ;  Bembo,  sonnets  n"^  xxxi, 
xcvi,  xcix  ;  Seraj^liino,  sonnets  n"*^  vi,  xiii,  lxxv,  cxiii.  Le  texte  de  Sainte- 
Marthe  ressemble  plus  à  celui  de  ce  dernier  : 

«  Né  mi  biasiuo  de  voi,  ma  de  mia  sorte 
Quel  mi  guido  a  mirar  vostra  beltade, 
Che  allor  mi  toise  el  cor  de  libertate 
Onde  convien  che  in  pace  el  giogo  porte.  » 

Sonnet  xiii. 


IMITATION    DE    MAROT  ;    PÉTRAEQUISME  161 

Quant  è  dolce  e  beat  a  la  Fortuna 
Che  servo  a  si  gentil  signor  (Anior)  mie  diede  ! 
Et  servo  più  ch'alcun  libero  e  degno 
Servendo  a  tal,  il  cui  servir  è  regno. 

Opère,   vol.   II,   p.    7. 

On  trouve  dans  le  quatrain  Que  'par  Amour  estant  en  servitude, 
on  pervient  à  liberté,  des  vers  qui  paraissent  encore  plus  claire- 
ment être  l'écho  de  ces  derniers  : 

Servant  Amour,  serf  suis,  je  le  confesse  ; 
Mais  libre  m'est  telle  captivité. 
Car  le  servir  est  luie  seure  addresse 
Pour  parvenir  à  toute  liberté. 

P.  F.,  p.  74. 

Sainte-Marthe  exprime  ailleurs  encore  la  même  idée  : 

Au  Monde  suis  Libre  &  serf,  tout  ensemble. 
Serf  par  le  Sort  &  Libre  de  Nature 
Serf  suis  d'amour,  etc. 
A    Madamoiselle    Beringue,   De    Liberté    cÉ?    Servitude   provenante   par 
Amour.  P.  F.,  p.  78. 

Pétrarque  employait  beaucoup  d'antithèses  paradoxales  très 
tentantes  pous  ses  imitateurs  ^.  Bembo  en  rivalisa  avec  lui  avec 
enthousiasme  et  c'est  peut-être  lui  que  Sainte-Marthe  imita, 
au  moins  dans  un  cas.  Ses  vers  : 

Je  vy,  je  meurs,  je  ry,  je  pleure, 
En  espérant  je  vy  &  ry, 
Désespéré,  transy  demeure, 
Donq,  en  moiu-ant,  fais  pitieux  cry  2. 

font  penser,  plutôt  par  leur  disposition  que  par  les  mots  qui  les 
composent,  au  début  du  trente-sixième  sonnet  de  Bembo  : 

Lasso  me,  ch'ad  un  tempo  e  taccio  e  grido. 
Et  temo  e  spero,  e  mi  rallegro  e  doglio  3. 


L  Par  exemple,  S.  e  C,  sonnets  no**  cxxxiv,  txxxviii,  clxxxii,  cclii. 

2.  En  la  personne  d'un  Amant  désespéré,  P.  F.,  p.  74.  Le  concetto  revient  dans 
le  poème  A  Madamoiselle  de  haulteville.  Comment  Liberté  ds  Servitude  (deux 
contraires )  peuvent  durer  ensetnble,  P.  F.,  p.  99. 

3.  Les  vers  qui  s'en  rapprochent  le  plus  dans  Pétrarque  sont  les  suivants  : 

«  In  dubbio  di  mi  stato,  or  piango,  or  c-anto  ; 
E  temo  e  spero  ;  etl  in  sospiri  e'n  rima 
Sfogo  '1  mio  inearco.  » 

S.  e  C,  sonnet  n"  tcLii. 

11 


162  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

C'est  plutôt  de  Pétrarque  ^  qu'il  se  rapproche  par  ces  vers  : 

Langoreux  suis  pour  fennemient  ayiner, 
Mais  en  langœur  mon  Esprit  se  contente, 
Le  mal  m'est  doulx,  si  m'est  grief  &  amer, 
Grief  jDOur  l'ennuy,  &  doulx  poiu"  une  attente. 
Sur  la  devise  des  brasselets  envoyés  a  une  Dainoiselle,  P.  F.,  p.  77. 

Pétrarque  déclare  ^  que  les  émotions  réunies  des  autres  amants 
ne  peuvent  être  comparées  aux  siennes  ;  un  des  amants  de 
Sainte-Marthe  partage  ce  sentiment  : 

Duquel  (Amour)  je  suis  tenu  si  fermement 
Que  je  ne  saiche  avoir  leu  par  hystoire, 
Ou  sceu  par  faict  évident  &  notoire, 
Un  cueiu-  lequel  Amour  si  fort  attise. 
Comme  le  mien  est  de  vous,  sans  faintise. 

Pour  un  Gentilhomme  a  une  Demie.  P.  F.,  p.  134. 

Quelques  vers  plus  loin  il  ajoute  : 

Impossible  est  veoir  en  homme  mortel, 
De  vif  Amour  un  remors  qui  soit  tel. 

Pétrarque  trouve  un  motif  de  consolation  dans  le  fait  que  sa 
maîtresse  est  digne  des  tourments  qu'il  souffre^;  Sainte-Marthe 
aussi.  Les  vers  suivants  terminent  un  dizain,  Délie  mesme  et  de 
soy,  que  remplissent  les  plaintes  d'un  amant  : 

Et  n'ay  confort  sinon  que  je  poursuys 
Une,  sans  plus,  qui  vault  bien  la  poursuivre. 

P.  F.,  p.  29. 

Pétrarque  et,  d'après  lui,  Bembo  nous  représentent  le  cœur  de 
l'aimée  habité  par  la  Beauté  et  la  Chasteté  *.  Sainte-Marthe  s'ex- 
prime ainsi  au  sujet  de  la  Duchesse  d'Estampes  (!)  : 

Pour  sa  tresgrande  &  bien  rare  Beaulté, 
Elle  est  la  flœur  entre  toutes  nommée  : 
Et  tant  pleine  est  de  grand  Honesteté 
Qu'elle  est  de  tous  entièrement  aymée  s. 

P.  F.,  p.  20. 

1.  «...  dolce  mia  pena 

Aniaro  niio  diletto.  »         S.  e  C,  sonnet  n^  ccxi. 
Cj.  aussi  Seraphino,  sonnet  (xxi)  : 

«  Cosi  el  tormento  un  taie  abito  ha  fatto 
Dentro  al  mio  cor,  che  '1  stento  li  par  gioco.  u 

2.  S.  e  C.  Canzone  n",  lxxii,  vers  46  et  seq. 

3.  S.  e  C,  sonnet  no  clxxiv. 

4.  Pétrarque,  S.  e  C,  sonnet  n"  ccxcvii,  Bembo,  sonnet  n°  v. 

5.  Saint-Gelais  a  aussi  exprimé  cette  idée,  Œuvres,  vol.  II,  p.  22,  n°  xxxiv. 


IMITATION    DE    MAROT  ;    PETRARQUISME  I  ()3 

Pétrarque  déclare  que  ce  sont  les  vertus  de  Laurc  qui  doivent 
porter  le  blâme  de  son  amour  : 

Fj  piu  '1  fanno  i  celesti  e  rari  doni 
Clf  lia  iii  s(^  Madonna  ; 

S.  e.  C,  sonnet  n°  ccxxxvi. 

Sainte-Marthe  choisit  un  rondeau  pour  exprimer  le  même 
sentiment.  Il  le  termine  par  ces  vers  : 

Je  le  confesse,  que  vous  ajane, 
Mais,  si  vous  aymant  j'ay  niespi'is. 
Je  n'en  doibs  pour  ce  estre  repris, 
Mais  plus  tost  en  aura  le  blasme 
Vostre  vertu. 
A  une  Dame  an  nom  d'un  Oentilhonime,  P.  F.,  p.  85. 

Pétrarque  lança  parmi  les  poètes  de  la  Renaissance  une  nouvelle 
mode  en  parlant  d'Apollon  d'une  manière  plus  dévote  que  sont 
de  simples  allusions  au  patron  des  poètes  ^.  Bembo,  par  exemple, 
adresse  une  prière  à  Phœbus  pour  la  convalescence  de  sa  maî- 
tresse ^.  C'est  peut-être  bien  un  souvenir  de  ce  poëme  qui  inspira 
à  Sainte-Marthe  l'idée  de  la  prière  vraiment  sincère  :  A  Jesu 
Christ,  Supplication  pour  obtenir  guarison  à  Madamoiselle 
Seringue  estant  malade  des  Fiebvres^.  D'après  un  tel  titre,  il  faut 
être  habitué  aux  invocations  classiques  *  excessives  de  la  Renais- 
sance pour  ne  pas  s'étonner  à  la  lecture  des  premiers  vers  : 

O  Esculape,  O  Dieu  de  medicino 
Souverain  Dieu,  très  expert   &  Tinsigno 
Pour  tout  grand  mal  de  nos  Corps  deschasser. 
Et  la  santé  tout  vray  bien  pourchasser, 
O  d'Apollon  seul  &  eternal  Filx 
Aux  langoiu-oux  poiu-  refuge  préfixe, 

1.  «  E  che  '1  nobile  ingegno  che  dal  cielo 

Per  gi-azia  tien'  dell'  immortale  Apollo...  » 

—  »S'.  e  ('.,  cauzone  n"  xx\'iii,  vers  04.  Et  cf.  Eplstolœ  de  rébus  fainiliuribus, 
X,  4. 

2.  Sonnet  no  xt'viii,  et  cf.  Ronsard.  Of/f*-,    livre  1,  20;  Amotn-s  Diverses.  IX. 

3.  P.  F.,  p.   18:i. 

4.  Ailleurs  Sainte-Marthe  écrit  : 

«  Puisque  m'aymes,  &  aymc-r  j(>  vous  veulx 
Nos  deux  vouloirs  (au  plaisirs  de  haultes  Dieux ) 
Ensemble  joincts,  auront  toute  piussaneo.  » 

—  A  Mademoiselle  BeritKjue,  que  leur  Amour  ne  se  pourra  minuer  pour  les 
mesdisants,  P.  F.,  p.  80. 


164  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

Filx  d'Apollon,  largiteur  de  lumière, 
Et  compose ur  de  la  forme  première 
De  tout  le  monde,  en  qui  tous  nous  vivons. 
Et  de  qui  bien  (par  ton  moyen)  avons. 
Filx  d'une  Vierge  en  tout  immaculée 
Pour  nettoyer  Nature  maculée, 
O  bon  Jésus,  etc.. 

L'idée  de  Bembo  est  ici  fort  développée,  mais  il  ne  manque 
pas  d'autres  ressemblances.  Par  exemple,  Bembo  parle  de 

...  la  mia  vita, 
Che  si  consmna  in  lei,  ne  meco  vuole 
Sol  un  di  sovrastar,  s'ella  sen  fugge, 

et  Sainte-Marthe  y  répond  par  : 

Je  suis  celuy,  qui  avec  le  tourment 

Ne  puis  avoir  aultre  contentement 

Que,  par  sa  Mort,  une  Mort,  qui  m'est  seure. 

P.  F.,  pp.  184-185. 

On  verra  que  les  emprunts  directs  faits  par  Sainte-Marthe  à 
Pétrarque  et  à  Bembo  —  celui  qui  parmi  les  Italiens  du  xvi^  siècle 
conserva  le  mieux  l'esprit  de  son  maître  —  sont  peu  nombreux. 
Cela  est  probablement  vrai  aussi  de  ses  emprunts  aux  autres 
concettistes  italiens. 

Qu'il  se  soit  ou  non  directement  inspiré  dans  un  cas  de  Séra- 
phino  ^,  dans  un  autre  de  Giusto  de  Conti  ^,  qu'on  puisse  ou  non 


1.  Seraphino,  sonnet  n»  xlix  : 

«  Mando  el  rittrato  mio  quai  brami  ognora. 
Né  te  admirar  se  par  d'un  altro  el  volto  ; 
Non  m 'ha  el  pittor  del  natural  à  tolto 
Perché  el  mio  natnral  teco  dimora. 
Lassando  te,  da  me  fu  el  spirto  fora. 
E  interne  agli  occhi  toi  rimase  involto.  « 

Sainte-Marthe   : 

«  Vous  me  direz,  n'estre  qu'une  semblance. 
Et,  quoy  que  soit  aulcune  vive  trace, 
Que  pour  cela  n'a  pas  grand  efficace, 
D'aultant,  que  c'est  seulement  chose  mue, 
Il  est  bien  vraye,  poiu-  mais  la  paincte  Face 
Parle  mon  Cueur,  qui  dans  vous  se  remue.  » 

—  .-1  une  Dnmc,  Pour  un  (Icntilliomme,  qui  luy  envoyoit  sa  portraicture,  P.  F., 
3.3. 
2.  Cf.  supra,  p.   154,  n.  4. 


IMITATION    DE    MAROT  ;    TÉTRARQUISME  165 

attribuer  d'autres  sources  à  ses  concotti  ^,  l'influence  qu'eut 
la  mode  italienne  sur  la  manière  générale  de  Sainte-Marthe  n'est 
pas  douteuse.  Quand  il  rabâche  sans  cesse  sur  la  «  libre  capti- 
vité ))  et  la  «  captive  liberté  -  »,  peut-être  se  souvient-il  des  vers  de 
Lorenzo  de'  Medici,  mais  c'était  là  un  concetto  rebattu  des 
faiseurs  de  sonnets.  Quand  il  considère  l'amour  comme  un  moyen 
d'arriver  à  la  liberté  ^,  ou  déclare  qu'une  agréable  langueur  lui 
fait  trouver  la  vie  dans  la  mort  ;  que  plus  il  résiste,  plus  il  est 
faible  ;  qu'il  a  commis  une  offense,  sans  être  coupable,  et  qu'il 
est  prisonnier  tout  en  étant  libre  ;  que,  sans  bouger  ^,  il  a  couru  à  la 
recherche  de  son  poison  ;  que  son  cœur  s'est  échappé  de  son  corps 
et  déplore  avec  joie  sa  condition  ;  qu'il  fuit,  mais  ne  peut  échapper 
à  sa  détresse  et  quand,  à  la  fin,  il  apostrophe  la  souffrance 
bénie  qui  est  la  cause  de  cette  «  vie-en-mort  »  ^,  nous  reconnaissons- 
là  les  antithèses  alambiquées  d'un  Pétrarquisme  convaincu, 
quoique  la  forme  dans  laquelle  il  s'exprime  soit  un  rondeau.  La 
même  influence  est  évidente  dans  cet  avertissement  adressé 
par  le  poète  à  sa  maîtresse  pour  qu'elle  ne  l'accule  pas  à  la  mort, 
car  il  en  tirerait  tout  avantage,  tandis  qu'elle  perdrait  le  plaisir 
de  le  tourmenter  **  ;  dans  son  tableau  de  Junon,  de  Vénus  et 
Pallas,  revendiquant  la  possession  d'une  dame  '^  ;  ou  dans  l'em- 
ploi de  l'image  de  la  chasse  ^.  Il  demande  encore  pourquoi 
Cupidon  est  toujours  représenté  sous  la  forme  d'un  enfant  ;  il 
explique  que  c'est  parce  que  le  dieu  s'établit  chez  les  jeunes 
gens  et  vit  d'autant  plus  longtemps  et  plus  ardemment  qu'il 
eut  plus  de  force  à  sa  naissance  ;  il  représente  Cupidon  trempant  ses 


1.  Les  recherches  que  j'en  ai  pu  faii-e  ne  sont  pas  définitives. 

2.  Par  exemple,  P.  F.,  pp.  17  et  147. 

3.  P.  F.,  p.  78. 

4.  Cette  idée  se  montre  aussi  dans  lo  dix -huitième  sonnet  de  Chariteo  : 

«  Per  l'aere  vo  volando,  &  son  portato 
Da  tempestosi  venti  e  non  mi  movo.  » 

5.  A  Jean  Benac,  Dr  soy,  P.  F.,  p.  93.  Il  y  a  certaines  ressemblances  entre  ce 
rondeau  et  le  sonnet  n"  xv  de  Lorenzo  de'  Medici,  mais  elles  ne  suffiraient  pas 
à  prouver  que  ce  fut  sa  seule  source. 

6.  A  une  Dame  aspre  ci;  cruelle  à  son  servant,  P.  F.,  p.  74,  cf.  injra  p.  199. 

7.  P.  F.,  p.  37,  cf.  infra  p.  293.  Il  y  a  un  autre  exemple  de  cette  lutte 
des  déesses  pour  la  possession  d'un  enfant  :  Sur  la  naissance  de  la  fille  de  Mon- 
sieur le  baron  d'Entraigues,  P.  F.,  p.  30. 

8.  Délie  mesme  (i.  e.  Beringue)  et  de  soy,  P.  F.,  p.  29,  et  A  une  Dame  pour  un 
Gentilhomme,  P.  F.,  p.  190. 


U)()  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

flèches  dans  un  bain  de  chasteté  et  s'y  maintenant  immobile  ^  ; 
il  s'étonne  de  ce  que  toute  l'eau  du  Vaucluse  n'ait  pu  éteindre 
l'amour  de  Pétrarque  ^  et  en  conclut  que  la  flamme  en  était 
divine  et  la  beauté  de  Laure  surnaturelle,  ou  que  Laure  fut 
cruelle  de  ne  pas  verser  l'eau  du  Vaucluse  sur  la  flamme  de  son 
amant  ^  ;  enfin  il  rapporte  la  réponse  de  Laure,  que  l'eau  ne 
pouvait  l'éteindre  parce  qu'elle  était  invisible  et  immortelle  ^. 
Toutes  ces  choses  montrent  que  Sainte-Marthe  employait  les 
fictions  post-pétrarquiennes.  En  même  temps,  ces  pointes  con- 
tiennent un  élément  idéaliste  qui  procède  directement  de  Pétrar- 
que lui-même  et  qui  apparaît  dans  d'autres  «  concetti  ».  Le  poète 
demande  pourquoi  Vénus  et  Cupidon  sont  représentés  par  les 
peintres,  puisque  l'amour  «  n'est  chose  corporelle  »,et  finit  par  ces 

mots  : 

Donc  qvi'est  ce  Amoiir  ?  (me  direz  vous  la  belle) 
Un  feu  secret  qui  sans  touche  consomme. 
A  Madamoiselle  de  Nuilly.  Que  c'est  d'Amour.  P.  F.,  p.   9. 

Il  voit  un  feu  qui  n'enflamme  pas  le  bois  sec  et  en  demande  la 
raison  à  Vénus.  Est-ce  que  le  bois  n'est  pas  aussi  matériel  que 
l'homme  qui  s'enflamme  pour  un  seul  regard  ?  Non,  répond 
Vénus,  ce  n'est  pas  une  flamme  naturelle  et  la  vôtre  n'est  pas  ma- 
térielle : 

Ce  n'est  ton  Corps  qui  brusle,  mais  ton  Ame. 

De  Beringue  s'Amye  <Ss  de  soy,  P.  F.,  p.  12. 

Cet  élément  d'idéalisme  qui,  bien  plus  que  ses  concetti,  fut  le 
legs  laissé  par  Pétrarque  aux  poètes  de  la  Renaissance,  quoique 
beaucoup  de  ses  disciples  les  plus  «  concettistes  »  l'aient  négligé, 
on  le  trouve  constamment  dans  les  productions  de  Sainte-Marthe. 
L'amour  s'est  laissé  pénétrer  par  l'imagination  et  procède  plus 
du  cœur  que  des  sens.  C'est  en  interprétant  cet  aspect  de 
l'amour,  de  même  qu'en  dépeignant  les  souffrances  de  l'amant  ^, 
que  Sainte-Marthe  se  montre  un  véritable  disciple  de  Pétrarque  : 

1.  P.  F.,  pp.  71  et  201,  cf.  mfra  pp.  297  et  300. 

2.  Sur  la  fontaine  de  Vaucluse  près  laquelle  jadis  habita  Petrarche,  P.  F.,  p.  21, 
cf.  infra  p.  297. 

3.  Sur  la  mesme  sentence  db  de  Laure  Amye  de  Petrarche,  P.  F.,  p.  21. 

4.  Dame  Laure  se  défend  éc  monstre  que  le  feu  d^ Amour  ne  s'estaint  par  indtistric 
humaine,  P.  F.,  p.  22. 

5.  «  Si  longuement  en  tel  estât  demeure 
Je  veoy  ma  fin,  qui  à  moy  ne  se  celé.  » 

A  la  ville  d'Arles  en  Provence,  P.  F.,  p.  26. 


IMITATION    DE    MAROT  ;    TÉTRARQUISME  167 


Car  en  Amour,  un  Cueiu-  l'aultre  reveille, 
Et  entre  Aniants  délaisse  un  soubvenir 
Pour  ferniement  l'amour  entretenir. 


P.  F.,  p.  132. 


Ainsi  s'exprime  un  de  ses  aniants  ; 


A  mon  advis  aussi,  en  tel  affaire 
Le  bon  cuevu"  doibt  amplement  satisfaire. 
Car  le  seul  Cueiu-  est  principal  motif, 
En  esmouvant,  est  du  faiet  attraictif, 
En  attirant,  plus  souvent  il  advient 
Qu'heureusement  à  sa  fin  il  parvient. 
Ma  fin  est  bonne,   &  loyalle.   &  honneste. 
Et  tout  ainsi  que  l'hormeiu"  admonestre 
Le  poursuivant  son  enterprise  suixTC. 

P.  F.,  p.  191. 

Tels  sont  les  mots  qu'il  place  dans  la  bouche  d'iui  autre.  Le 
devoir  d'un  amant  est  d'aimer  toutes  les  dames,  de  n'en  servir 
qu'une  ^.  Le  poète  admire  autant  la  bonté  que  les  grâces  de  sa 
maîtresse.  Il  va  même  jusqu'à  dire  : 

Vostre  Beaulté  en  ce  n'y  a  rien  fait. 
Quoy  qu'Œuvre  soit  de  Natiu-e  perfaict. 
Oeuvre  divin   &  splendeur  Angélique, 
Encores  moins  Désir  qui  fust  lubrique  2. 

L'amant  devient  l'esclave  de  sa  maîtresse  : 

Non  seulement  sa  personne,  IMadame, 
Mais  la  moitié  de  son  immortel  Ame, 
Pour  déclarer  que  n'est  point  Amour  tel 
Que  de  vous  devix  car  il  est  immortel  3. 

et  nous  découvrons  là  les  traces  du  Platonisme,  de  ce  Plato- 
nisme dont  on  doit  tenir  compte,  a-t-on  remarqué,  si  l'on  veut 
parfaitement  comprendre  la  Renaissance  *. 

«  Car  maintenant  si  pris  d'Amoiir  je  suis 
Q'en  tel  estât  longuement  ne  puis  vivre.  " 

—  Délie  mesme  as  de  soy,  P.  F.,  p.  29. 

1.  P.  F.,  p.  147. 

2.  A  Madamoiselle  Beringue,  De  leur  honneste  et  irrépréhensible  Amour,  P.  F., 
p.  147. 

3.  C'est  de  Tolet  que  parle  Sainte-Marthe.  A  la  Dame  éà  bien  Aymée  de 
M.  P.  Tolet,  tnedicin  du  grand  Hospital  de  Lyon,  son  singulier  Amy,  P.  F.  ,  p.  174. 

4.  J.-B.  Fletcher,  Did  ^  Astrophel  «  love  «  Stella  »,  Modem  Philology,  vol.  V, 
p.  257. 


CHAPITRE  II 

LA      POESIE     FRANÇOISE 

Influences  'platoniciennes 

La  doctrine  de  l'amour  Platonique,  teUe  que  la  Renaissance  la 
comprit,  ne  fut  peut-être  jamais  mieux  définie  que  par  Giordano 
Brmio,  à  une  date  avancée  de  ce  siècle,  alors  que  la  pensée 
humaine  avait  eu  le  temps  de  prendre  forme  et  de  mûrir  sur  ce 
sujet  : 

«...  Quantuuque  un  rimagna  fisso  su  una  corporal  bellezza 
e  culto  esterno,  puô  onorevolmente  e  clegnamente  trattenersi  ; 
pur  che  de  la  beUezza  materiale,  la  quale  è  un  raggio  e  splendor 
de  la  forma  ed  atto  spirituale,  di  cui  è  vestigio  ed  ombra,  vegna 
ad  inalzarsi  a  la  considerazion  e  culto,  de  la  divina  beUezza,  luce 
e  maestade  ;  di  manière  che  da  queste  cose  visibili  vegna  a  magni- 
ficar  il  core  verso  quelle  che  son  tanto  piu  eccellenti  in  se,  e  grate 
a  l'animo  ripurgato,  quanto  son  piu  rimosse  de  la  materia  e 
senso.  Oimè,  dira,  se  una  bellezza  umbratile,  fosca,  corrente, 
dipinta  nella  superficie  de  la  materia  corporale,  tanto  mi  place, 
e  tanto  mi  commove  l'afîetto,  m'imprime  nel  spirito  non  so  che 
riverenza  di  maestade,  mi  si  cattiva,  e  tanto  dolcemente  mi  lega 
e  mi  s'attira,  ch'io  non  trovo  cosa,  che  mi  vegna  messa  avanti  da 
li  sensi,  che  tanto  m'appaghe  ;  che  sara  di  quello  che  sustanzial- 
mente,  originalmente,  primitivamente  è  beUo?  che  sarà  de  l'anima 
mia,  del'  inteletto  divino,  de  la  regola  de  la  natura  ?  Conviene 
dunque,  che  la  contemplazione  di  questo  vestigio  di  luce  mi 
ammene  mediante  la  ripurgazion  de  l'animo  mio  a  l'imitazione, 
conformità  e  participazione  di  queUa  più  degna  ed  alta,  in  cui  me 
transforme,  ed  a  cui  me  unisca  :  per  che  son  certo,  che  la  natura, 
che  mi  ha  messa  questa  beUezza  avanti  gh  occhi,  e  mi  ha  dotato  di 
senso  interiore,  per  cui  posso  argumentar  bellezza  piii  profonda 
ed  incomparabilmente  maggiore,  voglia,  ch'io  da  qua  basso 
vegna  promosso  a  l'altezza  ed  eminenza  di  specie  più  eccelenti. 


170  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

Ne  credo,  che  il  mio  vero  nume,  corne  mi  si  mostra  in  vestigio 
ed  imagine,  voglia  sdegnarsi,  che  in  imagine  e  vestigio  vegna  ad 
onorarlo,  e  sacrificargli  con  questo,  ch'il  mio  core  ed  afïetto 
sempre  sia  ordinato,  e  rimirare  piu  alto. 

«...  L'amor  di  bellezza  corporale  a  color,  che  son  ben  disposti, 
non  solamente  non  apporta  ritardamento  da  imprese  maggiori, 
ma  più  tosto  viene  ad  improntarli  l'aie  per  venire  a  quelle... 
E  cosi  sempre  verra  tentando  il  spirito  eroico,  sin  tanto  che  non 
si  veda  inalzato  a  desiderio  de  la  divina  bellezza,  in  se  stessa, 
senza  similitudine,  figura,  imagine  e  specie,  se  sia  possibile,  e  più 
si  sa  arrivare  a  tanto... 

«  Essendo  che,  come  queste  basse  cose  derivano  da  quelle,  ed 
hanno  dipendenza,  cosi  da  queste  si  puô  aver  accesso  a  quelle 
[più  alte],  come  per  propri  gradi.  Queste  [bellezze  corporali] 
se  non  son  dio,  son  cose  divine,  sono  imagini  sue  vive,  ne  le  quali 
non  si  sente  ofïeso,  se  si  vede  adorare  ^.  » 

On  peut  affirmer  qu'on  ne  se  forma  jamais  en  France  une  con- 
ception aussi  complète  de  la  philosophie  qui  joua  un  si  grand 
rôle  pendant  la  Renaissance. 

Bien  qu'à  partir  de  1549,  les  poètes  français  aient  de  plus  en 
plus  suivi  le  Platonisme  comme  une  mode,  son  règne  dura  moins 
d'une  vingtaine  d'années  et  cessa  brusquement,  abandonné  sur- 
tout par  la  Pléiade  :  Il  fut  peut-être  renversé  par  ce  ferme  posi- 
tivisme qui,  à  toutes  les  époques,  a  caractérisé  les  phases  les  plus 
heureuses  de  la  littérature  française.  Il  est  évident  que,  pendant 
sa  courte  vogue,  beaucoup  de  poètes  à  qui  il  avait  fourni  des 
matériaux  poétiques  ne  surent  en  concevoir  la  philosophie.  «  Mais 
ce  qu'il  emprunte  à  Pétrarque  )),  écrit  M.  Emile  Faguet  au  sujet 
de  Ronsard,  «  et  connaît  bien,  et  exprime  heureusement,  c'est 
plus  humainement,  les  délicatesses  de  l'amour  pur,  respectueux, 
élevé,  sans  être  sublime,  et  qui  est  une  admiration  et  une  tendresse 
sans  être  un  désir...  C'est  je  crois  le  degré  de  Platonisme  où  les 
Français,  qui  ne  mêlent  presque  jamais  aucun  mysticisme  à  leurs 
sentiments,  peuvent  atteindre  ^. ..  »  L'idéal  platonique  de 
l'amour,  qui  en  faisait  une  forme  de  la  recherche  de  la  perfection. 


1.  DegV  Eroici  Furori,  2e  partie,  dialogue  I.  Ed.  Sonzogno,  Milan,  p.  7  et  seq. 

2.  Seizième  siècle,  p.  241. 


INFLUENCES    PLATONICIENNES  1  7  I 

devint  plus  simpleinent  celui  d'  «  honnête  amour  »  lequel  -^  s'il 
est  permis  d'établir  cette  analogie  —  se  rapproche  du  sentimen- 
tahsme  de  certains  poètes  do  notre  temps  et  qui  fut  parfois 
exprimé  avec  un  charme  merveilleux,  par  Corrozet  par  exem- 
ple : 

L'arnovir  que  chacun  te  propose 

Dont  tant  d'escritz  sont  embellis 

Proprement  ressemble  à  la  Rose, 

Car  trop  poignans  sont  ses  delitz  : 

Mais  l'amoiu"  duquel  cy  tu  lis, 

Qui  en  cœvir  chaste  s'enracine, 

Ressemble  au  blanc  et  tresbeau  Lis 

Qui  croist  sans  chardon  ny  espine. 

Com'pte  du  Rossignol,  Au  lecteur,  fol.  Aj  v". 

A  l'époque  où  Sainte-Marthe  publia  sa  Poésie  Fraîicoise,  le 
Platonisme,  ou  néo-Platonisme  avait  fait  à  peine  impression  sur 
la  littérature  française,  mais  tout  était  prêt  pour  son  apparition. 
Aucun  disciple  de  Pétrarque  ne  pouvait  méconnaître  dans  la 
poésie  de  son  maître  un  principe  au  moins  apparenté  au  Plato- 
nisme, et  aussi,  même  les  Pétrarquistes  les  plus  artificiels, 
quoiqu'étant  incapables  d'un  sincère  sentiment  platonique, 
devaient-ils  nécessairement  rendre  au  Platonisme  l'hommage 
verbal  de  leurs  phrases  creuses  ;  tandis  que  les  poètes,  qui  vrai- 
ment pouvaient  le  comprendre,  le  mêlaient  harmonieusement 
au  Pétrarquisme  1.  Parmi  les  imitateurs  de- Pétrarque  au  xvi®  siè- 
cle, Bembo  exprime  des  idées  néo-Platoniciennes  guère  moins  dans 
ses  sonnets  que  dans  son  Asolani,  et  ce  dernier  ouvrage,  quoique 
non  encore  traduit  ",  doit  avoir  été  mis  en  circulation  au  moins 
à  Lyon,  comme  le  furent  probablement  les  Dialoghi  d'Atnore,  de 
Léon  Hebreo.  Mais  on  avait  fait  de  Bembo  le  porte-parole  de 
l'amour  platonique,  bien  plus  éloquent  qu'il  ne  se  montre  en 
aucun  de  ses  propres  ouvrages,  dans  le  Cortegiano  qu'avait 
traduit  trois  ans  plus  tôt  Jacques  Colin. 

L  «  Or  il  ne  faut  pa^  perdre  de  vue  que  l'idéal  petrarquiste  dérive,  pour  une 
large  part,  de  celui  du  Platonisme  et  que,  s'il  a  pu  former,  à  certains  moments, 
un  courant  en  quelque  sorte  parallèle  et  indépendant,  il  s'est,  à  d'autres,  mani- 
festement confondu  avec  le  premier.  »  Abel  Lefranc,  Le  Platonisme  et  la  Litt. 
en  France,  Rev.  d'Hist.  litt.,  pp.  21-22. 

2.  Il  le  fut  en  1545  (cit.  Brunet,  sans  détails  bibliographiques).  Loon  Hebreo 
ne  le  fut  pas  avant  1551  par  Pontus  de  Tyard;  et  par  Denys  Sauvage  dans  la 
même  année. 


172  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

Sans  doute,  si  l'on  considère  —  pour  ne  citer  que  deux  forces 
vitales  —  la  vogue  de  l'ouvrage  de  Castiglione  et  la  publication 
en  France,  quatre  ans  avant  l'apparition  de  cette  traduction,  des 
poèmes  d'Alemanni,  ouvrages  pleins  de  l'idéal  platonique,  il  y 
a-t-il  lieu  de  s'étonner  de  ce  que  cette  philosophie  n'ait  pas  plus 
tôt  exercé  son  influence  sur  la  littérature  française.  Cependant 
les  œuvres  de  Platon  et  ceux  de  ses  commentateurs  étaient 
devenues  depuis  plusieurs  années  de  plus  en  plus  accessibles  au 
public  instruit  de  France.  Avant  1540,  la  traduction  par  Ficino 
de  ses  œuvres  complètes  avait  été  déjà  trois  fois  éditée  en 
France,  la  dernière  fois  en  1533  ^,  quoique  son  commentaire 
du  Banquet  n'ait  été  traduit  qu'en  1546  par  Jean  de  la  Haye  et 
le  dialogue  lui-même,  à  part,  qu'en  1559,  par  Le  Roy.  Il  ne  semble 
pas  non  plus  qu'on  ait  édité  séparément  le  Phèdre  ou  le  Lysis 
au  cours  du  xvi^  siècle.  Pourtant,  dès  1511,  les  Disputationes 
Camaldulences  de  Landini  avaient  été  imprimées  par  Jean  Petit 
et  la  Doctrina  Platonis  d'Alcinous  parut  en  1531.  Enfin,  à  la 
diffusion  des  idées  néo-platoniciennes  au  moyen  des  sources 
italiennes,  et  d'une  connaissance  de  Platon  de  première  main 

1.    1518   (Jean  Petit). 

1522  (Josse  Bade). 

1522  (Bade  et  Petit  avec  la  collaboration  de  Gryi)lie). 

Cf.  Lefranc,  Le  Platonisme  et  la  Littérature  en  France,  loc.  cit.,  pp.  (5,  7  et  8  ; 
C£ui  contient  en  outre  un  compte  rendu  des  progi-ès  de  la  publication  en  France 
des  œuvres  de  Platon  et  des  ouvrages  re  Platon  avant  la  fin  de  1540.  La  liste 
suivante  indique  le  chemin  parcouru,  indépendamment  des  ouvrages  mentionnés 
supra  : 

Œuvres  de  Platon  : 

1520  Le  Timéc  ;  trad.  de  Chalcidus. 
cire.   1520  Axiochus  ;  en  latin. 
1527  Cratyle  ;  en  grec. 

1532  Le  Timée  ;  en  gi'ec. 

1533  Gharmide  ;  trad.  de  Politian. 
1536  Le  Timée  ;  en  grec. 

1536  Le  Phédon  ;  trad.  de  Ficino.  , 

1538  Des  lois  ;  en  latin. 

1539  Apologie  de  Socrate  ;  en  grec. 

1540  Timée  ;  morceaux  choisis. 

Autres  auteurs  : 

1489  Ficino,  De  triplica  vita. 

1494  Ficino,  trad.  du  Trismeyiste. 

1498  Ficino,  trad.  d'Athenagore  et  de  Xenocrate. 

1510  Ficino,  Liber  de  Christiana  religione. 

1530  Proclus,  Comment,  du  Timée. 

1540  Gemistus  Plethon,  Comparatio  Platonis  et  Aristotelis,  en  grec. 


INFLUENCES    PLATONICIENNES  173 

propre  à  les  corriger,  il  faut  ajouter,  coninie  un  des  éléments  qui 
composaient  la  conception  de  l'amour  platonique,  cet  essor  mys- 
tique marqué  qui  avait  survécu  au  moyen  âge. 

Malgré  cela,  avant  que  Sainte-Marthe  n'ait  publié  sa  Poésie 
Françoise,  les  idées  platoniques  ne  surgissaient,  comme  on  l'a 
indiqué,  qu'extrêmement  rarement,  sinon  jamais,  dans  les 
œuvres  poétiques  françaises.  Dans  son  Tempe  de  France,  Sainte- 
Marthe  rend  hommage  à  dix  des  principaux  poètes  de  son  temps, 
en  les  représentant  chacun  comme  inspiré  par  une  des  Muses. 
Marot,  sous  les  auspices  de  Calliope,  tient  la  tête  de  la  liste  avec 

sa 

Pkune,  de  mots  &  sentences  fertille, 
Plunie,  à  trouver,  &  à  coucher  subtile. 

P.  F.,  pp.  202  et  203  i. 

Viennent  ensuite  Colin,  dont  la  patronne  est  Clio  ;  Saint-Gelais 
avec  Erato  ;  Scève,  avec  Thalie  ;  Maisonneuve,  avec  Melpomène  ; 
Brocleau,  avec  Terpsichore  ;  Bouchet,  avec  Euterpe  ;  Heroet  et 
Fontaine,  «  en  leur  sons  une  personne  unie  »  avec  Polymnie  ; 
tandis  que  Salel,  pour  une  raison  qui  semble  mal  fondée,  est  voué 
à  Uranie  ^.  Quelque  soit  l'absurdité  de  ce  genre  de  critique,  cette 
liste  nous  aide  à  découvrir  les  admirations  de  Sainte-Marthe  et 
les  poètes  qui  avaient  de  l'importance  à  ses  yeux  ^. 

Or  aucun  de  ces  poètes  ne  fut  sérieusement  influencé  par  le 
Platonisme  avant  cette  date.  Marot,  il  est  vrai,  écrivit  de  bonne 
heure  une  ballade,  où  le  lecteur  pourrait  en  soupçonner  la  pré- 
sence, le  Clumt  de  May  et  de  vertu,  où  l'aimée  est  représentée  par 


\.  Cf.  infra  p.  301. 

2.  Cf.  infra  p.  302  et  seq. 

3.  Cette  liste  offre  des  points  de  comjjai'aison  intéressants  avec  celle  qu'avait 
donnée  Dolet  un  an  auparavant  ;  (Elle  contient  les  même  noms,  moins  ceux  de 
La  Maisonneuve  (Jean)  et  de  Bouchet,  et  en  plus  ceux  de  Brodeau  l'ancien  et 
du  «  Moyne  de  Vendosme  ».  L'Avant  naissance  de  Claude  Dolet,  cit.  Copley 
Christie,  op.  cit.,  p.  347)  ;  avec  celle  que  donna  Chappuis  trois  ans  plus  tard, 
comprenant  les  noms  de  Colin,  de  Brodeau,  de  Macault,  de  La  Borderie,  de 
Salel  et  d'Herberay  (Discours  de  la  Court,  fol.  fiij  v''  et  seq.)  ;  avec  une  autre 
encore,  donnée  par  Paul  Angier  en  1544  :  «  A  tresscientifiques  poètes 
Marot,  Sainct  Gelais,  Heroët,  Salel,  Borderie,  Rabelais,  Sève,  Chapuy  & 
autres  poètes,  Paul  Angier  leiu  humble  disciple,  salut.  »  (L'expérience  de  Maistre 
Paul  Angier,  etc.  Le  mespris  de  la  Cour,  etc..  éd.  1544,  fol  [Hv]  v»)  ;  et  enfin 
avec  les  continuels  rabâchages  de  Sibilet,  qui  fait  aussi  mention  de  Bonaventiu-e 
des  Periers,  de  Peletier,  de  Bèze  et  de  Des  Masures,  sur  les  noms  de  Marot.  do 
Saint-Gelais,  do  Salel,  d'Heroët  et  de  Scève.  (Art  Poétique,  p'assim.) 


174  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

«  la  vertu  «  ^,  mais  ce  n'est  là  qu'une  réminiscence  de  la  comparai- 
son entre  l'amour  divin  et  l'amour  humain,  fréquente  dans  la 
poésie  de  l'âge  précédent  et  que  l'on  trouve,  par  exemple,  dans 
la  description  faite  en  sa  propre  jeunesse  du  «  Ferme  Amour  » 
dans  le  Temple  de  Cwpido  ^.  Le  véritable  hommage  de  Marot  à 
l'idéal  platonique,  le  sonnet  qui  commence  par  les  mots  Retirez 
vous,  hestiaulx  eshontez,  est  d'une  date  beaucoup  plus  tardive  ^. 
Les  vues  de  Colin,  le  traducteur  du  Cortegiano,  semblent  avoir  été 
à  peine  influencées  par  l'esprit  platonicien,  si  l'on  en  juge  par 
son  Epistre  à  une  dame,  dans  laquelle  il  défend  avec  indignation 
les  droits  de  l'amour  a  naturel  «;  et  si  Saint-Gelais  —  dont  le 
plus  grand  effort  de  Platonisme  avant  1540  consiste  en  une 
allusion  aux  «  beautez  angéliques  »  et  a.ux  «  biens  de  l'immorta- 
lité »,  privilèges  de  sa  maîtresse  ^,  —  commence  une  ballade  par 
envisager  l'amour  comme  la  recherche  de  la  perfection,  c'est  afin 
de  donner  à  l'idée  ce  tour  plaisant  : 

Qui  dira  donc  variable  un  qui  fait 
De  divers  biens  prudent  élection  ? 
L'abeille  prend,  povir  venir  à  son  faict 
De  maintes  fleurs  dovice  réfection  ;  etc.  ^ 

Œuvres,  vol.  II,  p.  4. 

Ce  n'est  qu'après  1554,  alors  que  le  Platonisme  avait  envahi 
la  httérature  française,  que  Saint-Gelais  parle  du  «  feu  céleste  » 
et   du 

Bas  désire  qui  empesche  et  retarde 
Le  bien  suprême  où  la  vertu  regarde  7. 


1.  Œuvres,  vol.  II,  p.  102. 

2.  Ibid.,  vol.  I,  p.  23. 

3.  Ibid.,  vol.  I,  p.  116.  Il  est  dans  les  «  pièces  ajoutées  aux  œuvres  de  Marot  après 
sa  mort  ». 

4.  Publiée  sous  le  titre  di  Epistre  de  complainte  à  une  qui  a  laissé  son  Aray, 
dans  V Adolescence  Clémentine  de  Marot,  1535  ;  sous  celui  d'Epistre  amoureuse 
dans  les  Opuscules  d'Amour,  1542,  elle  réapparaît  sous  le  nom  d' Epistre  à  une 
Dame  par  ledist  J.  C...,  à  la  suite  de  son  Procès  d'Ajax  et  d'UUxes  dans  le  Livre 
de  phisieurs  pièces,  1548,  fol.  99  v".  Cf.  Boiu-rilly,  Jacques  Colin,  p.  56,  en 
note. 

5.  Œuvres,  vol.  III,  p.  96.  cire.  1535  (M  S.  La  Rochetulon). 

6.  Il  faut  remarquer  que  la  date  de  ce  poème  reste  incertaine.  Il  fut  publié 
dans  les  Œuvres  de  1547. 

7.  Pour  la  partie  qui  fut  faite  en  arènes  aux  nopces  du  Marquis  d\4.lbcuf  à  Blois, 
le  troisième  jour  de  février,  150^/,  etc.,  Œuvres,  vol.  I,  p.  173. 


INFLUENCES   PLATONICIENNES  175 

Scèvc,  uii  des  premiers  introducteurs  du  Pétrarquisme  mêlé 
de  Néo-Platonisme,  n'avait  encore  publié  en  fait  de  vers  que  ses 
Blasons  dans  les  Fleurs  de  Poésie  Francoyse,  et  son  églogue, 
V.Arion,  sur  la  mort  du  Dauphin.  La  Maisonneuve  est  un  poète 
presqu'incomiu  :  Tout  ce  qui  fut  publié,  avant  cette  date,  de  ce 
qu'on  a  conservé  de  lui  est  une  épigramme  de  dix-huit  vers 
en  latin,  qu'on  ne  peut  lui  attribuer  qu'avec  très  peu  de  certitude  ^, 
et  le  petit  volume  de  poésies  rehgieuses  de  Brodeau,  Les  Louanges 
de  Jésus  nostre  Saulveur,  ne  parut  qu'après  sa  mort,  qui  eut  lieu 
le  mois  même  de  la  publication  de  la  Poésie  Françoise  de  Sainte- 
Marthe.  Quelles  que  soient  les  élucubrations  poétiques  de  Victor 
Brodeau  qui  ont  pu  lui  donner  un  rang  «  entre  les  poètes  Francoys 
trèseloquents  ^  »,  rien  n'en  a  survécu  ^.  Quant  à  l'interminable 
Bouchet,  s'il  s'est  montré  un  vaiUant  défenseur  du  sexe  faible^, 
ce  n'était  pas  par  Platonisme  et  s'il  établit  une  distinction  entre 
un  «  foUe  amour  »  et  un  «  saincte  amour  »,  il  entend  simplement 
par  le  dernier  l'amour  conjugal  : 

Celle  honneste  amour 
Que  l'homme  &  femme  ont  en  leur  marriage, 


Geste  amour  est  la  figure  &  limage 
De  celle  amour  qua  Jésus  à  leglise,  etc. 

Les  angoysses  cfc  remèdes  damours,  p.   70. 


L  Jean  d'Aubusson  de  la  Maisonneuve,  qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec 
Heroët,  a  fourni  plusieurs  poèmes  pour  un  volume  de  Habert,  La  Harangue  de 
la  Déesse  A^tre  (1556).  A  la  suite  des  productions  de  Habert  vient  un  sonnet, 
De  Vescriture  et  de  l'art  d'Imprimerie  par  Jean  de  la  Maisonneuve  (fol.  9  viij  v°). 
et  toutes  les  Sentences  morales  <t  epigrammes  qui  suivent  sont  attribuées  au 
«  mesme  autheur  ».  Ses  autres  ouvTages  sont  un  Colloque  social  de  paix,  justice, 
miséricorde  &  vérité...  Paris,  1559  ;  un  Discours  sur  le...  Recueil  fait  par  les 
Vénitiens  au  Card.  de  Lorraine,  Paris,  1556,  des  Huictains  Poétiques,  Paris,  1561; 
L'Adieu  des  neuf  Muses,  Paris,  1558,  et  une  Deploration  sur  le  trespas  de... 
François  le  Picart,  dans  le  Parfait  ecclésiastique  d'Hilarion  de  Costes.  Cf.  La 
Croix  du  Maine  et  Du  Verdier,  Bib.  françoises. 

2.  Cf.  à  la  fin  de  son  livre  :  «  Maistre  Victor  brodeau  natif  de  Toui's,  entre  les 
Poètes  Francoys  treséloquent  &  autheur  de  ce  présent  œuvre  est  decedé  de  ceste 
vie  en  aultre  en  moys  de  Septembre  lan  luil  cin  cens  quarante.  » 

3.  Un  de  ses  rondeaux,  Response  par  Victor  Brodeau  au  précèdent  a  été  conservé 
dans  les  œuvres  de  Marot  (vol.  II,  p.  163)  ;  sa  traduction  d'un  couplet  de  Mé- 
leagre  et  d'une  Elégie  du  semi-dieu  Faunus  se  trouve  dans  les  œuvres  de  Saint- 
Gelais  (vol.  II,  p.  12)  et  dans  les  Rimes  de  Pernette  du  Guillet  1856,  p.  128). 
Cit.  Tilley,  Lit,  of  the  French  Renaissance,  vol.  I,  p.  86,  n.  2. 

4.  Dans  son  Jugement  poétique  de  l'honneur  féminin. 


176  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

En  somme,  Bouchet  représente  franchement  les  idées  du  moyen 
âge  par  sa  fréquente  comparaison  de  l'amour  humain  et  de 
l'amour  divin  —  thème  ordinaire  des  versificateurs  religieux 
avant  la  Renaissance.  Le  chef-d'œuvre  d'Heroet,  La  parfaite 
Amye,  qui  devait  présenter  avec  conviction  et  avec  charme 
les  idées  néo-platoniques,  «  petit-œuvre  mais  qui  en  sa  petitesse 
surmontait  les  gros  ouvrages  de  plusieurs  ^  »,  n'était  pas  encore 
publié-;  Fontaine,  bien  qu'il  se  soit  déjà  proclamé  le  champion 
de  Cwp*É^o  contre  ^rgrew^^,  n'avait  d'aucune  manière  montré  qu'il 
eut  subi  l'influence  du  Platonisme  '^  et  Salel,  réfractaire  même 
aux  traits  les  plus  idéahstes  du  Pétrarquisme,  ne  pouvait  natu- 
rellement éprouver  aucune  sympathie  pour  le  Platonisme. 

Sainte-Marthe  n'ajoute  pas  à  sa  liste  les  noms  d'un  ou  deux 
poètes  qui  eurent  assez  d'importance  en  leur  temps.  En  1537, 
Eustorg  de  Beaulieu  avait  publié  Divers  Rapports  où  n'apparaît 


1.  Pasquier,  Recherches  de  la  France,  Œuvres,  p.  701. 

2.  Il  y  en  eut  quatre  éditions  en  1542  et  le  poème  fut  souvent  réimprimé. 

3.  La  Victoire  et  Triumphe  d'Argent  contre  Cupido  dieu  d'Amour,  etc., 
fol.  Bij  vo. 

4.  L'histoire  de  la  tardive  conversion  de  Fontaine  à  ces  idées  n'est  pas  sans 
intérêt.  En  1541  ou  1542,  il  prit  part  à  ces  controverses  auxquelles  la  Par/oiie 
Amye  d'Heroet  fut  le  plus  remarc^uable  tribut.  Sa  Contramye  de  Court,  épousant 
la  cause  de  l'Amoiu*  idéal,  entreprend  de  réfuter  point  par  point  la  satire  de  La 
Borderie,  L'Auiye  de  Court.  Son  Platonisme  est  toutefois  loin  d'être  aussi  soutenvi 
que  celui  du  poème  d'Heroet.  La  Fontaine  d'Amour,  de  1545,  la  publication 
suivante  de  Fontaine,  qui  excita  la  colère  de  Du  Bellay,  annonce  son  renonce- 
ment soudain  au  Platonisme.  Il  est  j^lein  de  concetti  à  la  manière  de  Pétrarque 
de  la  plus  grande  variété  et  bizarrerie,  moissonnés  sans  doute  au  com-s  d'un 
récent  voyage  en  Italie  ;  ces  vers  imités  de  Sannazaro  en  donneront  un  bon 
exemple  : 

«  De  Amour  qui  fait  feu  et  eau, 

Je  suis  le  Nil  &  suis  le  mont  Etna.  » 

Fol.  Ij  vo. 
D'autre  part,  c'était  probablenient  pour  protester  contre  les  effusions  exta- 
tiques de  la  Délie  de    Scève,    tout    récemment    publiée     et    dont    Fontaine 
pouvait  justement  dire  : 

<i  Certes,  la  difficulté 

Le  gi-and  plaisir  en  a  osté. 

Brief  ilz  ne  quierent  un  lecteur. 

Mais  la  commune  autorité 

Dist  qu'ilz  requièrent  un  Docteur,  » 

Fol.  Miij  vo. 

qu'il  s'abstenait  si  résolument  de  toute  manifestation  platonique  et  qu'il 
traitait  l'amour  d'une  façon  «  naturelle  »,  cynique  même.  Ensuite,  sa  prochaine 
composition  qui  se  rapporte  à  la  question,  Les  Ruisseaux  de  Fontaine,  de  1555, 
le  montre  sous  le  joui"  d'un  converti  et  d'un  prosélyte  du  Platonisme. 


INFLUENCES   PLATONICIENNES  177 

aucune  trace  d'idéalisme  amoureux,  bien  que  le  sentiment  de  la 
nature  y  soit  assez  gracieusement  exprimé  ^  pour  racheter  son 
pessimisme,  sa  prolixité  et  quelque  grossièreté.  S'il  a  composé 
une  Ballade  à  la  louange  du  sexe  féminin,  il  la  fait  suivre  d'une 
autre  A  V opposite  de  la  precedetite  ^.  Ses  poèmes  consacrés  aux 
femmes  sont  de  parfaits  lieux  communs,  parfois  semés  de  traits 
plaisants.  La  pensée  la  plus  élevée  qu'il  eut  sur  ce  sujet  est  une 
déclaration  de  fidélité  et  d'attachement  et,  s'il  renie  l'amour 
sensuel,  c'est  pour  des  raisons  d'ordre  pratique  : 

Fy,  de  Venus  et  de  son  passetemps, 
Et  fy  de  ceulx  qu'elle  tient  en  sa  cage, 
Car  trop  souvent  leur  tombe  le  plumage, 
Dont  j'en  ay  vevi  plusieurs  de  mal  contens. 

François  Habert,  avant  cette  date,  n'avait  parlé  que  d'amour 
sensuel^,  et  même  en  1551,  date  à  laquelle  il  publia,  en  même 
temps  que  sa  traduction  de  V Histoire  de  Titus  et  Giseppus  de 
Beroald,  son  poème  Le  nouveau  Cupido  ou  Les  quatres  Amours, 
ses  expressions.  «  Amour  honorable  »  et  «  nouveau  Cupido  » 
signifient,  comme  chez  Bouchet,  amour  conjugal  et  Cupidon 
conjugal.  Jean  Rus,  dans  ses  poèmes  publiés  vers  la  même 
époque  *,  laisse  paraître  quelques  signes  de  Pétrarquisme,  mais 
il  manque  de  tout  idéalisme  ;  tandis  que  Jean  Leblond,  dont  les 
poèmes  furent  publiés  en  1536,  fait  preuve  de  curieuses  simili- 
tudes avec  le  Pétrarquisme.  Ses  poèmes  ont  même  une  trompeuse 
allure  Platonique,  bien  que  le  Platonisme  n'ait  eu  pour  lui 
aucune  influence  ^.  La  Borderie,  le  premier  adversaire  du  Plato- 
nisme, n'avait  pas  encore  publié  même  son  plat  Voyage  de  Coris- 
tantinople  ^  ;  le  Discours  de  la  Court,  de  Chappuis,  non  moins 
banal,  n'avait  pas  vu  le  jour  "^  et  son  Panygirique  recité  au...  roy 
Francoys  (1538),  sa  Complainte  de  Mars  (1539  ?)  et  l'églogue 
sur  la  bataille  de  Pavie,  s'il  en  est  l'auteur  ^,  n'éclairent  en  rien 
la  question.  Le  charmant  poète  Almaque  Papillon  ne  publia  pas 

L  Cf.  le  rondeau  En  Ja  forest  (op.  cit.,  éd.  1544,  fol.  Dj  r"  et  v"). 

2.  Ibid.,  fol.  Eiiij  v". 

3.  Epistres  C'iipidinesques,  etc. 

4.  Publié  à  nouveau  par  ïaniizey  de  Larroque,  1875. 

5.  Cf.  Le  printemps  de  V humble  espérant,  fol.  Evj  et  Fij. 

0.  Le  discours  du  voyage  de  Constantinople,  etc.,  Lyon,  1542. 

7.  Paris,  1543. 

8.  Cf.  Guiffrey,  éd.  Marot,  vol.  II,  p.  493  note. 

12 


178  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

son  Nouvel  Amour  avant  1543  ^,  alors  que  les  doctrines  plato- 
niciennes avaient  besoin  d'un  défenseur.  Bonaventure  des 
Périers,  poète  de  plus  grande  importance,  devait  bientôt  rendre 
de  grands  services  au  Platonisme  par  sa  traduction  du  Lysis, 
publiée  avec  ses  œuvres  complètes  en  1544.  Mais  on  n'avait  alors 
publié  de  lui  qu'une  traduction  de  VAndria  et  de  ce  Cymhalum 
Mundi  2  qui  fit  tant  de  scandale  ;  pourtant  beaucoup  de  ses  poèmes 
qui  après  sa  mort  furent  publiés  par  Antoine  de  Moulin  devaient 
déjà  circuler  et  être  connus.  Enfin  Jacques  Peletier,  que  Margue- 
rite de  Navarre  influença  profondément  et  qui  a  été,  plus  d'une 
fois,  proclamé  le  précurseur  véritable  de  la  Pléiade,  commençait 
seulement  à  songer  à  la  poésie  ^. 

Sainte-Marthe  fit  donc  entendre  des  sons  nouveaux  en  chan- 
tant  : 

Amour  n'est  rien,  que  bonne  volunté 

Signifiante  entière  affection, 

Amour  à  Bien  est  tousjours  apresté, 

Amour  aussi  a  ses  fins  arresté 

De  pervenir  à  la  perfection. 

Amour  prétend  une  conjunction 

Individue,  &  par  ainsi  honneste. 

Or  ne  peut  donq,  estre  Amour  deshonneste  4. 

Que  Amoiir  ne  pourroit  estre  deshonneste.  P.  F.,  p.  10. 

Ceci  va  plus  loin  que  1'  «  homiête  amour  »  :  c'est  un  effort  pour 
exprimer  le  désir  platonique  de  la  perfection.  Le  Platonisme  de 
Sainte-Marthe  —  vaguement  conçu,   gauchement  exprimé  — 


1.  Publié  pour  la  première  fois  avec  certains  dizains  de  Sainte-Marthe  et  le 
Pourquoy  d'Amour  de  Leonique,  en  1.543,  et  la  même  année  à  Rouen,  en  un 
volume  à  part. 

2.  Tous  deux  en  1537. 

3.  Cf.  P.  Launtonier, Œuvres  poétiques  de  Jacques  Peletier  du  Mans, pp. xietxu, 
et  p.  148.  M.  Laumonier  parle  de  Peletier  comme  poète  déjà  en  (cire.)  1537, 
mais  il  n'allègue  pas  qu'il  l'était  d'une  façon  sérieuse  à  cette  époque. 

4.  Cf.  Bembo  : 

«  Amore  graziosa  e  dolce  voglia, 
Che  i  pui  selvaggi  e  piu  feroci  affrena, 
Amor  d'ogni  vilta  l'anime  spoglia  »,  etc. 

Stanze  recitate...  la  sera  del  Carnassale,  MDVII,  Opère,  vol.  II,  p.  115.  Abel 
Lefranc  cite  les  vers  de  Sainte-Marthe  comme  exemple  de  la  ressemblance  de 
ton  de  son  expression  platonique  avec  celle  de  Marguerite  de  Navarre.  Margue- 
rite de  Navarre  et  le  Platonisme  de  la  Renaissance,  Bibl.  de  VEcole  des  Chartes, 
vol.  LIX,  p.  759,  note  3. 


INFLUENCES   PLATONICIENNES  I  T'.l 

se   inaiiifcstc   encore   dans   son   éloge   de   la   modération   dans 
l'amour  : 

Qui  dit  Amour  estre  plein  do  langonu-. 

Il  ne  cognoist  que  c'est  de  bien  aynier. 

Car,  quoy  que  joye  y  soit  avec  douleur, 

Et  par  cela  le  goust  on  trouve  amer. 

Nous  ne  pouvons  Amour  à  droict  blasmer, 

Aultre  cas  n'est  que  nostre  intempérance. 

Plus  nous  aymons,  &  plus  voulons  aymer, 

Aymer  debvons  avecques  TemiDerance. 
Uamertume  qui  est  en  Amour,  provenir  de  nostre  jaulte.  P.  F.,  p.  61. 

Toutefois,  ce  n'est  pas  la  doctrine  de  la  modération  dans 
l'amour,  mais  celle  de  sa  nature  spirituelle  et  immortelle,  que  les 
poètes  Platoniciens  de  la  Renaissance  adoptèrent  pour  la  plu- 
part. C'est  là  la  véritable  note  dominante  du  mouvement  pla- 
tonique et  les  vers  de  Sainte-Marthe  abondent  en  variations 
sur  ce  thème.  Par  exemple,  il  adressa  à  Claveyson  ces  vers  sur 
leur  affection  mutuelle  : 

Frère,  qui  dit  Amour  estre  immortel, 
A  mon  advis  à  bien  touché  au  poinct. 
La  raison  est,  car  s'il  estoit  mortel. 
Seroit  au  Corps,  &  non  à  l'Esprit  joinct. 
Or  le  Corps  meurt,  mais  lEsprit  ne  meiu't  point. 
L'Esprit  ne  meurt,  ne  donc  rAmoiu-  aussy. 
Et  oultre  plus,  je  dy  que  tout  ainsy 
Que  nostre  Esprit  en  toutes  parts  s'emjjare, 
Si  fait  l'Amour,  &  concludz  par  cecy 
Que  le  départ  des  Corps  ne  nous  sei^arf^ 
Au  Seigneur  de  Parnans.   Quoy  que  deux  Amys  se  séparent  l'un  de 
Vaultre,  que,  toutejoy  sont  tousi ours  présents.  P.  F.,  p.  35. 

On  ne  peut  méconnaître  qu'un  tel  sentiment,  qui  trouvait 
son  expression  dans  la  première  moitié  du  xvi^  siècle,  était 
d'origine  platonique.  Sainte-Marthe  lui  donne  encore  plus  de 
vigueur  dans  les  vers  adressés  à  la  femme  qu'il  aime,  par  exemple 
dans  le  poème  A  Madamoiselle  Beringiie,  Que  son  amour  est 
immortel  ;  il  semble  y  insister  consciemment  sur  la  brèche  qui 
sépare  l'ancienne  manière  de  la  sienne  propre  de  traiter  les 
thèmes  amoureux.  Son  répertoire  poétique  ne  comprend  ni 
lamentations  sur  la  nature  éphémère  de  Famour,  ni  catalogues 
d'amants  disparus.  Son  amour,  répète-t-il,  est  immortel  : 


180  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

On  veult  sçavoir  si  je  suis  amoivreux, 
De  dy  qu'ouy,  &  qu'aymer  je  veulx  bien. 
Puis  on  me  dit  que  je  suis  malheureux, 
Et  que  je  doibs  penser  en  moy  combien 
Pour  aymer  Corps,  lequel  ne  dure  rien, 
Et  les  Amours,  &  Amoureux  sont  morts. 
Par  ee  moyen,  ce  leur  responds  je  lors. 
Je  suis  heiireux.  Mon  Amour  n'est  point  tel, 
J'ayme  d'Esprit  &  l'Esprit,  non  le  Corps, 
Par  ainsi  est  mon  Amour  immortel. 

P.  F.,  p.  58. 

Le  sentiment  de  futilité  et  de  mélancolie,  qui  poursuit  ceux 
qui  cherchent  à  satisfaire  leur  désir  par  les  choses  périssables 
était  un  des  thèmes  favoris  —  et  facile  à  pousser  jusqu'au  para- 
doxe —  des  néo-Platoniciens.  Il  se  prêtait  surtout  aux  distinc- 
tions •'subtiles  entre  le  désir  et  l'amour.  «  Desiderio  è  affeto 
voluntario  dell'  essere  o  d'haVere  la  cosa  stimata  buona  che  manca  ; 
l'amore  è  effetto  voluntario  di  fruire  con  unione  la  cosa  stimata 
buona  »,  tels  sont  les  termes  de  la  définition  de  Léon  Hebreo^; 
et,  trois  ans  seulement  avant  que  n'aient  paru  l'œuvre  de 
Sainte-Marthe,  Colin  avait  traduit  en  français  les  pensées  de 
Castiglione  sur  ce  sujet  :  ((  Car  des  incontinent  quilz  sont  arrivez 
a  la  fin  désirée,  ou  que  non  seuUement  ilz  sentent  ennuy  & 
fascherie  mais  aussi  prennent  hayne  contre  la  chose  aymée  quasi 
comme  se  repentant  l'appétit  de  son  erreur  et  recognoissant 
le  mescompte  a  luy  faict  par  les  faulx  jugements  du  sentiment 
par  ou  il  a  creu  que  le  mal  soit  bien,  ou  qu'ilz  demeurent  au 
mesmcs  désir  et  cupidité  comme  ceulx  qui  ne  sont  point  vérita- 
blement arrivez  au  but  qui  (sic)  cherchoient  »,  etc...-.  L'idée 
paradoxale  fut  fort  bien  exprimée  par  Bembo  : 

...quant  è  il  peggio  assai  sovente 

De  quel  che  place,  aver  alevina  parte.  3 

Sonnet  n»  XL. 

et  c'est  probablement  de  Bembo  que  Sainte-Marthe  s'inspire 
dans  son  dizain  au  Seigneur  de  Parnans  : 


1.  Dialoghi  di  Amore,  p.  fi. 

2.  Le  Courtisan,  fol.  218  v". 

3.  La  seconde  édition  des  Rime  avait  été  publiée  à  Venise  en  1535. 


INFLUENCES   PLATONICIENNES  181 

Qu'au  bien  d'Aimouk,  bien  n'est  plus  nuysant  que  jouyssance. 

Rien  n'est  plus  cher  que  cela  qu'on  désire, 
Car  moins  on  l'a,  plus  on  y  est  ardent  : 
Lors  qu'on  ne  peut  à  son  soubhait  souffire, 
Le  désir  crois t  plus  fort  en  attendant. 
Quiconques  est  de  jouir  prétendant, 
Par  un  espoir  a  demy  se  contente  ; 
Mais  s'il  advient  que  Fortune  présente 
Contentement  de  la  joye  incogneue, 
En  jouissant  du  fruict  de  son  attente, 
Le  désir  cesse,  &  l'Amour  diminue  i. 

P.  F.,  p.  13. 

L'existence  d'une  opposition  entre  le  désir  et  l'amour  n'était 
pas  le  seul  dogme  platonique  que  les  fanatiques  pouvaient 
pousser  à  l'extrême  et  jusqu'au  paradoxe  ;  et  c'est  alors  que  le 
talent  de  Sainte-Marthe  s'élève  et  montre  en  lui  un  vrai  Néo- 
Platonicien.  C'est  ainsi  qu'il  vante  la  maîtresse  de  Tolet,  dont 
l'amour  était  si  pur  que  mille  amants  pouvaient  le  partager  : 

Ce  n'est  Amoiu"  qui  fol  plaisir  poursuive. 
Ce  n'est  Amour  d'où  reprise  s'ensuive. 
C'est  un  Amour  que  le  tien,  si  bien  mis 
Qu'entretenir  il  pourroit  mille  Amys. 
C'est  un  Amour  avecques  raison  ronde. 
C'est  un  Amour  lequel  svu'  Dieu  se  fonde. 

Puis  son  transcendentalisme  se  fait  de  plus  en  plus  ingénieux, 
et  il  mêle  aux  pensées  platoniques  de  malsonnants  concetti 
pétrarquistes  : 

Et  nonobstant,  contentes  ton  désir, 
Plaisir  prenant,  povu"  fuir  le  plaisir. 
Fuiant  plaisir,  lequel  nous  est  visible, 
Et  choisissant  un  plaisir  invisible. 
Un  plaisir  donq,  au  dedans  actuel. 
Et  n'estant  rien  sinon  spirituel. 
Et  par  ce  poinct,  il  nous  donne  à  cognoistre, 
Qu'en  décroissant,  incessamment  veult  croistre. 
Et  décroissant  de  cest  vanité, 
De  plus  en  plus  croist  à  éternité. 
A  la  Darne  tfc  bien  aymée  de  M.  P.  Tolet,  Medicin  du  grand  Hospital 
de  Lyon,  son  singulier  Amy.  P.  F.,  pp.  174  et  175. 

I.  Cf.  supra,  p.  153  ot  la  note. 


182  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

Toutefois,  Sainte-Marthe  ne  se  soutint  pas  toujours  à  ces  hau- 
teurs platoniques  ou,  on  peut  le  dire,  ne  s'engagea  pas  toujours 
dans  ces  profondeurs  pétrarquistes.  La  définition  qu'il  donne, 
dans  la  prière  pour  la  guérison  de  Béringue,  de  la  nature  de  leur 
amour  fait  plutôt  penser  au  lieu  commun  de  1'  «honnête  amour  ^))  : 

Tu  scays.  Seigneur  (car  ainsi  Tas  permis) 
L'amour  qui  s'est  dedans  nos  deux  cueurs  mis, 
Amovir  louable,  Amour  sainct  &  lionneste, 
Et  Amour  tel  que  ton  uueil  admonneste,  etc. 

P.  F.,  p.  185. 

Il  penche  vers  le  pur  Pétrarquisme  dans  son  dizain  Du  siège 
d'Amour  &  que  ne  peut  estre  séparé  du  Cueur'^;  mais,  même  dans 
de  tels  vers,  quelque  chose  indique  une  influence  plus  nettement 
idéaliste. 

Réserve  étant  faite  de  ses  errements  passagers,  les  poèmes  et 
les  vers  cités  suffisent  à  faire  connaître  l'ordre  habituel  des 
pensées  de  Sainte-Marthe,  surtout  si  l'on  tient  encore  compte 
de  son  insistance,  —  dans  les  poèmes  déjà  cités  dont  Laure  et 
Pétrarque  sont  les  héros  —  sur  l'idée  de  l'essence  surnaturelle 
de  la  beauté  et  du  caractère  immortel  de  l'amour  et  aussi 
d'autres  idées  d'inspiration  platonicienne,  telles  que  l'impor- 
tance qu'il  accorde  aux  significations  cachées  des  noms  ^,  la 
conception  de  la  beauté  comme  stimulant  du  désir  *  et  de 
l'amour  et  de  l'amitié  comme  source  de  tous  biens  : 

Ce  bien  (Monsieur)  n'est  sinon  Amytié 
Qui  entretient  le  Monde  de  moitié. 
Quoy  de  moitié  ?  mais  (ainsy  qu'ont  escrit 
Tous  bons  Authei_u*s  de  scavoir  &  d'esprit) 
Bien  sans  lequel  du  Monde  la  machine 
Seroit  bien  tost  renversée  en  ruine. 
Car  sans  Amour,  il  n'est  possible  veoir, 
Chose  qui  soit,  venir  à  son  debvoir. 
Sans  Amytié,  nobles  chasteaulx  &  villes, 
Tantost  seroyent  désertes  et  trop  viles, 


1.  Cf.  supra,  pp.  37,  163  et  seq. 

2.  Cf.  injra  p.  298  et  seq. 

3.  Cf.  infra,  p.  224  et  seq. 

4.  Cf.  Sur  la  contention  qu''avoycnt  troys  Gentilshommes  ascavoir,  son  doibt  plus 
aymer,  on  pour  Richesse,  ou  pour  Beaulté,  ou  pour  Prudence,  Pour  celuy  qui 
choisissoit  Venus,  signifiante  Beaulté,  P.  F.,  p.  38. 


INFLUENCES    PLATONICIENNES  183 

Sans  Ainytiô,  il  n'est  Duc,  Koy,  ou  Prince, 
Qui  deuemont  regentast  sa  Province. 
Sans  Amytié,  auroit  disjunction, 
Que  nous  veoyons  grande  eonjunction, 
Sans  Amytié.  (povu'  brcfveuient  finir) 
Verrions  tantost  le  Monde  définir. 
A  noble  dh  -puissant  Seigneur,    Monsieur  Antoine  de  Muillion,  Baron 
de  Bressieux,  frère  du  susdict  Seigneur  de  S.  Pierre,  P.  F.,  p.  171. 

Le  lecteur  doit  encore  tenir  compte  d'une  certaine  tendance, 
visible  même  dans  les  poèmes  religieux,  que  l'on  ne  peut  appeler 
que  platonique  et  qui  se  trouve  caractérisée  par  un  souci  cons- 
tant du  «  souverain  bien  »,  du  <(  bien  éternel  »,  du  «  bien  de 
Dieu  »  et,  s'il  est  clair  que,  même  dès  1540,  Sainte-Marthe  fut 
profondément  influencé  par  le  Platonisme,  il  n'est  pas  besoin  de 
chercher  très  loin  quelle  fut  la  force  qui  orienta  sa  pensée  dans 
cette  direction.  La  préoccupation  du  «  souverain  bien  »  par 
exemple,  considéré  en  rapport  avec  le  ton  de  ses  poèmes  reli- 
gieux en  général,  nous  met  sur  la  trace  de  la  source  même  de  son 
inspiration.  Elle  n'a  certainement  pas  pour  origine  qu'une  étude 
du  texte  de  Platon,  si  approfondie  qu'elle  puisse  paraître  avoir 
été.  Calvin  s'était  efforcé  d'expHquer,  de  développer  cette  expres- 
sion ^  et  il  n'est  pas  douteux  que  son  interprétation  n'ait  in- 
fluencé Sainte-Marthe  ;  mais  les  poèmes  religieux  de  Sainte- 
Marthe,  et  surtout  la  manière  dont  il  développe  cette  expres- 
sion qui  revient  constamment,  contiennent  un  élément  émo- 
tionel  qui  ne  vient  pas  de  Calvin,  mais  est  presque  certaine- 
ment un  souvenir  de  Marguerite  de  Navarre.  De  son  côté  elle 
devait  ses  vues  sur  le  «  souverain  bien  »,  d'abord  à  Calvin  sans 
doute  ;  mais  si,  pour  elle,  comme  pour  lui,  le  souverain  bien 
dont  avait  parlé  Platon  ne  pouvait  être  que  l'union  avec  Dieu 
se  traduisait  en  somme  à  Dieu,  sa  manière  de  traiter  le  sujet  est 
aussi  différente  que  possible  de  celle  de  Calvin.  Elle  écrit  à 
l'abbesse  de  Fonte vrault  : 

Car  il  faut  bien  scavoir  de  quel  lien 

Deux  cueurs  en  ung  sont  au  souverain  Bien 

Parfaictement  adjoinctz  sans  départir  ; 

Dernières  Po-'sies,  j).   29 


1.  Inst.  de  la  Rclig.  clirvt.,  liv.  1,  cli.  lu,  §  3  ;  liv.  III,  ch.  xxv,  §  2. 


184  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

et  elle  conçoit  l'homme  comme  étant 

Uny  au  Tout  et  au  souverain  Bien 
Pour  estre  fait  avecques  Jésus  rien. 

Les  Prisons,  D.  P.,  p.  296. 

Sainte-Marthe  fait  écho  à  cette  profession  de  foi  : 

Le  bien  mondain  n'a  de  duration 

Le  bien  de  Dieu  est  bien  incomparable. 

P.  F.,  p.  96. 

La  Mort  m'a  apporté  de  mes  maux  delibvrance, 
Et  du  bien  éternel  désiré  recouvrance. 

P.  F.,  p.  216. 

Ailleurs,  partant  du  précepte  de  Platon  disant  que  la  sagesse 
est  le  vrai  bien,  il  arrive  à  la  même  conclusion  que  la  Reine  de 
Navarre  : 

C'est  donc  tlxresor  infiny,  que  Saigesse, 

C'est  un  thresor  qui  tousjours  croist  sans  cesse, 

Et  vray  tliresor,  de  qui  vray  bien  s'ensuit, 

Car  en  tous  lieux  son  liossesseur  il  suit. 

Mais  en  cecy  convient  adviser,  comme 

Saige  quelcvui  par  Saigesse  Ion  nomme  ; 

Car  je  n'entends  celle  la  des  humains, 

Auxquelz  la  vray  eschappée  est  des  mains. 

Saigesse  dy  de  DIEU  la  cognoissance. 

Laquelle  fait  de  tout  bien  accroissance. 

Qui  tant  bonne  est,  qu'en  tout  temps  &  tout  lieu, 

Elle  maintient  pour  souverain  Bien,  DIEU. 

Souverain  Bien,  car  à  jamais  il  dure. 

Et  ne  permet  qu'aulcun  Mal  on  endiu-e  i. 

P.  P.,  p.  221. 

Mais  Sainte-Marthe  ne  doit  pas  qu'une  seule  idée  à  la  Reine 
de  Navarre.  C'est,  d'une  façon  frappante,  le  même  esprit  qui 
règne  dans  beaucoup  de  ses  poèmes  religieux  et  dans  beaucoup 


L  II  y  a  une  preuve  accessoire  du  fait  que  Sainte-Marthe  avait  lu  le  Philebits. 
Socrate  dit  dans  ce  dialogue  :  «  Car  le  jeu  est  parfois,  Protarchus,  un  repos 
après  une  sérieuse  étude  »  (xxxE).  C'est  probablement  de  cette  remarque  que 
les  lignes  suivantes  de  Sainte-Marthe  tirent  leiu"  origine  : 

«  A  l'imitation  de  l'archer  qui  son  arc  desbende  pour  à  meillieur  exercice  le 
reserver,  souloit  communément  Socrates  de  sa  roidde  &  severe  Philosophie  à 
jeux  puériles  se  descendre.  »  Epistre...  A  Madame  la  duchesse  d'Estampes,  P.  F., 
p.  3. 


INFLUENCES   PLATONICIENNES  185 

des  poèmes  de  Marguerite.  Or,  on  a  démontré  de  façon  convain- 
quante que  l'attention  de  la  Reine  de  Navarre  fut  attirée  vers  les 
doctrines  platoniciennes  de  l'amour  précisément  en  1540,  et 
qu'elle-même  doit  avoir  été  à  la  tête  d'un  mouvement  aussi 
prompt  que  bien  marqué  ^.  Si  la  publication  des  Marguerites  de 
la  Marguerite  ne  révéla  que  quelques  années  plus  tard  ^  et  en 
une  certaine  mesure,  à  un  public  plus  étendu,  l'attitude  de  la 
Reine  en  face  des  plus  profonds  problèmes  de  la  vie,  il  est  pro- 
bable que  les  manuscrits  des  ouvrages  qu'elle  avait  composés 
vers  cette  époque  auraient  déjà  fait  connaître  son  attitude,  en 
circulant  parmi  ses  fidèles  et  ses  intimes.  La  Coche  est  de  1540, 
ainsi  que  selon  toute  probabilité  d'autres  poèmes  caractéris- 
tiques, tels  que  Le  Triomphe  de  V Agneau,  les  Chansons  Spiri- 
tuelles et  les  pièces  comprises  entre  les  pages  342  et  382  des 
Dernières  Poésies^;  or  tous  ces  poèmes  sont  plus  ou  moins  les 
exposés  des  opinions  de  Marguerite  sur  le  Platonisme.  L'aspiration 
vers  le  divin  était  l'idée  directrice  de  ces  œuvres  comme  aussi 
des  suivantes.  L'amour  de  la  créature  n'était  pour  elle  qu'une 
étape  vers  l'union  avec  le  divin  et,  partant  de  ce  point  de  vue, 
elle  regardait  d'en-haut  l'amour  terrestre  comme  le  moyen  de 
cette  union,  tandis  que  les  poètes  que  l'on  peut  considérer  comme 
ses  disciples,  Des  Périers,  Heroet,  Scève,  Corrozet,  appuyaient 
plutôt  sur  l'idéalisation  de  l'amour  terrestre  comme  moyen  d'ins- 
piration de  l'amour  divin  *.  Ce  n'est  pas  seulement  la  lecture 
de  ses  poèmes  manuscrits  qui  convainquit  ces  premiers  prosé- 
lytes de  Marguerite,  et  les  autres,  aux  idées  platoniques.  Il  a  été 


L  Abel  Lefranc,  Le  Platonisme  et  la  Littérature,  etc.,  loc.  cit.,  pp.  8-12  ; 
Marguerite  de  Navarre  et  le  Platonisme  de  la  Renaissance,  loc.  cit.,  vol.  LVIII, 
pp.  259-260,  vol.  LIX,  pp.  713-715. 

2.  Les  Marguerites  de  la  Marguerite  furent  publiées  en  1547.  Beaucoup  des 
plus  caractéristiques  de  ses  œu\Tes  ne  fvu-ent  cependant  pas  publiées  avant 
nos  jours.  Les  Dernières  Poésies  de  Marguerite  de  Navarre  publiées...  par  Abel 
Lefranc,   Paris,    1896. 

3.  M.  Lefranc  émet  cette  opinion,  cf.  Marguerite  de  Navarre  et  le  Platonisme 
de  la  Ren.,  loc.  cit.,  vol.  LIX,  p.  716.  F.  Frank,  Marguerites  de  la  Marguerite, 
vol.  I,  p.  xci,  a  fixé  comme  date  du  Débat  d'Amour,  c'est-à-dire  La  Coche,  l'an- 
née 1532. 

4.  Pour  la  critique  de  la  philosophie  de  Marguerite  de  Navarre  et  sa  diffusion 
et  de  ses  relations  avec  ces  poètes,  cf.  les  deux  articles  Abel  Lefranc,  cit. 
supra,  siu'tout  Marguerite  de  Navarre  et  le  Platonisme  de  la  Ren.,  loc.  cit.,  vol. 
LVIII,  pp.  275  et  scq.,  et  LIX,  pp.  732  et  749  et  seq.,  et  Le  Platonisme  et  la  litté- 
rature, etc.,  loc.  cit.,  pp.  10-19  et  21-23. 


186  •  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

démontré  ^  que  son  instrument  préféré  pour  l'expansion  de  ses 
idées  parmi  les  hommes  les  plus  éclairés  de  son  entourage  était 
la  communication  personnelle,  et  que  c'est  formulées  par  sa 
conversation  que  les  nouvelles  doctrines  platoniques  étendirent 
leur  influence  à  un  cercle  de  plus  en  plus  large.  Après  ce  qui  vient 
d'être  dit,  on  pourrait  attendre  d'une  comparaison  des  poèmes 
de  Marguerite  et  de  ceux  de  Sainte-Marthe,  qui  furent  publiés 
vers  l'époque  de  la  conversion  de  celle-ci  au  Platonisme,  des 
preuves  qu'il  fut  placé  dans  ce  cercle  où  dominait  l'influence  de 
la  Reme  ;  ce  qui  est  bien  certainement  le  cas,  qu'il  ait  été  ou  non 
à  ce  moment  en  communication  directe  avec  celle  dont  il  avait 
été  et  devait  être  encore  le  serviteur. 

Sainte-Marthe  avait  évidemment  déjà  subi  l'influence  des  quel- 
ques poèmes  publiés  par  la  Reine  sept  ans  plus  tôt.  Ces  derniers, 
savoir  :  le  Miroir  de  VAme  Pécheresse  ;  le  Discord  estant  en  l'homme 
par  la  contrariété  de  V Esprit  et  de  la  Chair  et  paix  par  vie  spirituelle  ; 
et  VOraison  à  nostre  Seigneur  Jesus-Christ  ^,  contenaient  déjà 
les  traces  d'une  spiritualité  mystique  qui  présente  certaines 
affinités  avec  l'idéal  néo -platonicien  de  l'amour  et  qui,  en  fait, 
reste  toujours  partie  intégrale  de  son  expression  chez  la  Reine 
de  Navarre,  soit  qu'elle  désigne  le  Christ  comme  le  véritable 
amant  ou  qu'elle  fasse  allusion  à  la  béatitude  de  ceux  qui  Le  pos- 
sèdent et  l'ardent  désir  qu'éprouve  l'adorateur  d'être  absorbé  et 
aveuglé  par  la  lumière  de  la  Divinité  ^.  Sainte-Marthe  s'efforça 
d'exprimer  son  admiration  pour  ces  premières  œuvres  de  Mar- 
guerite comme  pour  les  autres  :  «  Si,  toute  contention  so- 
phistique mise  à  part,  et  dépouillées  les  malvaises  affections 
qui  pervertissent  le  jugement  de  l'esprit,  on  vient  à  lire  le 
Mirouer  de   Vame   pécheresse,   le    Triumphe   de   V Aigneau,    les 

1.  Cj.  ibid. 

2.  Ils  furent  publiés  ensemble  en  1533  j^ar  Simon  du  Bois  à  Alençon  et  la 
même  année  par  Augereau  à  Paris.  Ce  sont  la  seconde  et  la  troisième  éditions  du 
Miroir  de.  VAme  Pécheresse.  L'admirable  bibliographie  de  F.  Frank  (Marguerites 
de  la  Marguerite,  vol.  I,  pp.  lxxxvi-xc)  ne  dit  pas  si  les  deux  autres  poèmes 
étaient  compris  avec  le  Miroir  dans  la  première  édition  de  1531.  Le  Miroir  de 
Vame  pécheresse,  onquel  elle  recognoist  ses  faultes  et  péchez,  aussi  ses  grâces  et 
bénéfices  a  elle  faitez  p.  Jesuchrist,  son  époux.  La  Marguerite  très  noble  et  pré- 
cieuse sest  proposée  a  ceulx  qui  de  bon  cueur  la  cherchoient.  A  Alençon  chez 
•maistre  Simon  du  bois  MCXXXI.  Il  est  à  présumer  que  la  seconde  édition  est 
une  réimpression  de  la  premièi-e.  Cf.  Marg.  de  la  Marg.,  vol.  I,  pp.  147  et  148. 

3.  Cf.  Le  Miroir  de  Vame  pécheresse,  Marg.  de  la  Marg.,  vol.  I,  pp.  48,  64  et  68, 
et  Oraison  à  nostre  Seigneur  Jesus-Christ,  ibid.,  p.  144. 


INFLUENCES   PLATONICIENNES  187 

Comédies,  les  Odes,  les  Oraisons,  et  aultres  œuvres  par  elle 
escripts  en  langue  &  poësie  Françoise,  je  dy  lire  avec  un  juge- 
ment arresté.  nous  conviendrons  ensemble  qu'onc  n'y  en  eut  une 
des  anciennes,  tant  soit  elle  estimée  par  les  doctes  hommes,  qui 
mérite  d'estre  comparée  avec  elle  ^  )).  Les  traces  de  l'influence  de 
ces  premiers  poèmes  sur  la  Poésie  Françoise  sont,  comme  on 
pouvait  s'y  attendre,  faciles  à  retrouver.  La  longue  épître  reli- 
gieuse, ^4  Dieu,  Confession  de  son  infirmité  et  Invocation  de  sa 
Grâce,  ne  débute  pas  seulement  comme  YOraison  à  nostre 
Seigneur  par  l'acceptation  de  la  doctrine  de  la  Prédestination, 
pour  se  terminer  comme  celle-ci  par  une  déclaration  de  foi  ; 
mais  encore  professe  des  sentiments  analogues,  tels  que  celui  de 
l'indignité  du  suppliant,  qui  l'empêche  de  parler  de  la  grandeur 
de  Dieu,  du  remords  de  ses  péchés  trop  nombreux  pour  être 
énumérés,  de  la  confiance  dans  les  promesses  et  la  paternité  de 
Dieu  et  autres  du  même  genre  ^.  L'appel  du  Christ  comme  inter- 
cesseur, qui  exprime,  en  mêmes  vers  plats  de  dix  syllabes  ^,  la  même 
reconnaissance  débordante  n'est  pas  la  seule  preuve  de  l'influence 
qu'eut  le  Miroir  de  VAme  Pécheresse  sur  la  dite  épître.  De 
même,  la  prière  passionnée  de  Sainte-Marthe  pour  la  guérison 
de  Mademoiselle  Beringue  n'imite  pas  que  le  ton,  mais  encore 
les  procédés  mêmes  du  Miroir  et  ses  invocations  caractéris- 
tiques :  «  0  mon  vrai  Dieu  »,  «  O  vray  amant,  de  Charité  la 
source  »  et  «  0  doux  Jésus,  vous  ay  je  retrouvé  ?  »  *.  ((  0  doulx 
Seigneur  »,  «  0  vigilant  et  amourex  pasteur  »,  «  O  bon  Jésus 
par  qui  Grâce  est  infuse  »  ;  ces  emprunts  de  Sainte-Marthe  '" 
sont  d'autant  plus  évidents  qu'ils  sont  tous  placés,  comme  dans 
le  Miroir,  en  tête  d'un  vers  de  même  mesure. 

Ce  fut  toutefois  le  Discord  estant  en  l'homme  par  la  Contra- 
riété de  V Esprit  &  de  la  Chair  qui,  parmi  les  premiers  poèmes 
de  Marguerite,  influença  le  plus  fortement  Sainte-Marthe  ;  il 
réfléchissait  une  de  ces  idées  du  moyen-âge  dont  les  esprits  tels 
que  Marguerite  et  son  disciple  se  faisaient  les  défenseurs  pas- 
sionnés, au  milieu  même  de  la  Renaissance  dont  elles  devaient 


1.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  79  et  80. 

2.  Cf.  Marg.  de  la  Marg.,  vol.  I,  pp.  133,  145,   135,  138,  140,  et  P.  F.,  pp.  113, 
119,  115,  116  et  118. 

3.  Marg.  de  la  Marg.,  vol.  1,  p.  50  ;  P.  F.,  p.  118. 

4.  Marg.  de  la  Marg.,  vol.  I,  pp.  55,  64,  32. 

5.  P.  F.,  pp.  183  et  184. 


188  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

triompher.  Sainte-Marthe  écrivit  quatre  poèmes  sur  le  même 
sujet  :  une  prière  A  Dieu  Du  débat  de  la  Chair  &  de  V Esprit^  et 
une  suite  de  trois  dizains  ^,  dont  le  dernier  est  visiblement  imité 
d'un  passage  du  Discord  décrivant  la  longue  «  bataille  obstinée  » 
entre  le  corps  et  l'esprit  »  que  le  mort  seule  termine  ^  : 

Deux  ennemys  sont  en  une  closture, 
Se  guerroyants  en  cruelle  discorde. 
Voire  &  si  faulte  que  ceste  guerre  dure 
Jusques  à  ce,  qu'un  seul  les  deux  accorde. 
C'est  dans  le  Corps  l'Esprit,  &  la  Chair  orde, 
Qui  tousjours  ont  ensemble  différence  : 
Et  besoing  est  qvie  la  Mort  s'y  advance, 
Qui  les  sépare  &  termine  leiu-  guerre. 
Mettant  l'Esprit  la  hault  par  sa  puissance, 
La  Chair  cy  bas,  avec  son  Corps  en  terre. 

P.  F.,  p.  43. 

Le  premier  dizam  de  la  série  rappelle  aussi  très  nettement  la 
manière  de  la  Reine  de  Navarre  : 

La  Mort  n'est  rien  que  séparation 

De  deux  conjoinctz,  c'est  du  Corps  &  de  l'Ame, 

Par  laquelle  a  l'Esprit  fruition 

De  son  Espoux  qu'il  soubhaitte  &  tant  ayme. 

Le  Corps  s'en  va  pourrir  dossoubz  la  lame, 

Et  fait  l'Esprit  vivre  de  luy  disjoinct 

Lequel,  estant  paravant  à  luy  joinct, 

Nestoit  que  serf,  languissant  en  sa  vie. 

O  doulce  Mort,  qui  à  Dieu  nous  conjoinct. 

De  tous  plaisirs  rendant  l'Ame  assouvie. 

P.  F.,  p.  42. 

Même  dans  ses  premiers  poèmes,  Marguerite  se  plaisait  déjà 
à  se  représenter  l'âme  comme  épouse  du  Christ,  mais  maintenue 
sous  la  dépendance  du  corps  et  désirant  ardemment  sa  libéra- 
tion, afin  de  jouir  parfaitement  de  lui  *,  et  cette  figure,  par  son 
fréquent  retour,  indique  quelle  direction  suivra  plus  tard  son 
esprit.  Le  ton  d'onction  excessive  qui  domine  sur  les  derniers 
vers  du  poème  de  Sainte-Marthe  présente  presque  plus  d'affinité 


1.  P.  F.,  p.  49. 

2.  Du  fruit  de  la  Mort,  P.  P.,  p.  42. 

.3.  Cf.  Marg.  de  la  Marg.,  vol.  I,  p.  70  et  cf.  ibid.,  vol.  I,  p.  72,  et  P.  P.,  p.  50. 
4.  Cf.  par  exemple,  Miroir,  Marg.  de  la  Marg.,  vol.  I,  pp.  21,  50,  64,  93. 


INFLUENCES   PLATONICIENNES  189 

avec  celui  de  Marguerite  de  Navarre  qu'avec  le  sien  propre 
d'ordinaire.  L'idée  médiévale  du  combat  de  l'âme  et  du  corps 
exprimée  dans  ces  poèmes  apparaît  souvent  dans  les  vers  de 
Marguerite,  Dans  mie  de  ses  Cluinsons  spirituelles,  dont  beau- 
coup, à  ce  qu'il  semble,  furent  composées  et  mises  en  circulation 
dans  le  courant  de  1540  et  en  ce  cas  certainement  connues  de 
Sainte-Marthe,  Marguerite  en  fait  le  fond  d'un  dialogue  entre 
le  poète  et  son  âme  tentée.  Certaines  ressemblances  et  spéciale- 
ment son  début  inspiré  : 

Ame  tu  n'es  au  chemin 
Ny  en  la  voye 
De  vraye  félicité 
Dieu  t'y  convoyé  i, 

semblent  devoir  la  désigner  comme  la  source  d'inspiration 
de  la  longue  Elégie  de  VAme  parlaîite  au  Corps,  et  monstrante  le 
proffit  de  la  Mort  de  Sainte-Marthe,  dont  l'heureux  début  ne  fut 
pas  souvent  égalé  dans  les  œuvres  de  son  auteur  : 

Regarde  moy,  ton  Ame,  ô  mon  Corps  corruptible, 
Regarde,  que  je  suis  du  tout  incorruptible  ; 
Et  contemple  sur  moy,  d'intérieur  remort, 
L'effect,  l'esgard,  l'effort,  &  pouvoir  de  la  Mort. 

P.  F.,  p.  241. 

Sainte-Marthe  doit  sans  doute  l'idée  et  l'inspiration  de  son 
poème  à  la  Chanson  de  Marguerite  ;  mais  il  faut  en  chercher 
ailleurs  le  modèle  original,  car  la  Reine  de  Navarre  n'a  fait  qu'in- 
diquer la  voie  de  ce  fameux  Débat  du  corps  et  de  Vânie,  dont  la 
composition  remonte  au  moins  au  commencement  du  xii^  siècle 
et  dont  la  popularité  persistante  se  trouve  prouvée  par  sa  publi- 
cation au  début  du  xvi^. 

Il  ne  manque  pas  de  remarquables  ressemblances  entre  les 
autres  productions  de  Sainte-Marthe  et  les  poèmes  religieux  de 
Marguerite,  de  date  imprécise.  Les  deux  auteurs,  par  exemple, 
insistent  sur  l'importance  de  l'Ecriture,  «  la  pierre  de  touche  "^  », 
dit  l'un  d'eux,  le  «  pain  incorruptible  ^  »,  d'après  l'autre  ;  les 
deux  parlent  longuement  de  la  justification  par  la  Foi  "*  et,  s'il 

1.  Marg.  de  la  Marg.,  vol.  III,  p.  141. 

2.  Les  Prisons,  Dernières  Poésies,  p.  227. 

3.  Elégie  du  vray  bien  d;  nourriture  de  Vame,  P.  F.,  p.  213. 

4.  Cf.  par  exemple,  A  Dieu  confession  de  son  infirmité,  etc.,  P.  F.,  p.  113. 


190  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

n'est  pas  étonnant  que  leurs  pensées  se  soient  rencontrées  sur  de 
tels  sujets,  c'est  par  une  coïncidence  à  noter  qu'ils  ont  tous 
deux  développé  de  telles  vues  en  vers  et,  souvent,  en  termes 
semblables.  On  trouve  dans  les  poèmes  de  Sainte-Marthe  la 
contre-partie  de  certains  passages  de  V Oraison  de  V Ame  Fidèle^. 
U  Oraison  développe  la  doctrine  de  la  Grâce  dans  des  termes  qui 
sont  plus  d'une  fois  à  peu  près  les  mêmes  qu'employa  Sainte- 
Marthe  2  et  l'invocation,  par  laquelle  débute  son  volume  : 

O  Eternel,  qui  donnes  bon  esprit, 
Haultain  scavoir,  cognoissance  &  mémoire. 

A  Dieu,  Pour  invocation.  P.  F.,  p.  7. 

rappelle  celle  de  V  Oraison  : 

O  Eternel,  en  qui  mon  Tout  je  croy 


Toute  bonté,  sapience   &  puissance. 

Marg.  de  la  Marg.,  p.  98. 

Quand  même  il  n'emprunte  pas  les  véritables  paroles  de  la 
Reine  de  Navarre,  Sainte-Marthe  lui  prend  son  tour  de  phrase, 
ou  reproduit  le  ton  de  sa  pensée.  La  description  du  Tout-Puis- 
sant, dans  mie  «  Ballade  double  »,  qui  commence  par  : 

Le  Roy  des  roys  &  Trinité  celique. 

Essence  simple  &  d'un  assentement, 

P.  F.,  p.  110  3. 

a  exactement  la  teinte  mystique  que  donne  Marguerite  à  ses 
premiers  poèmes  et,  dans  une  Apostrophe  à  la  Vérité,  les  excla- 
mations et  les  figures  s'enchaînent  étroitement  à  la  manière  pri- 
mitive de  la  Reine  : 

O  l'heureux  don  à  qui  la  peut  avoir, 
O  l'heureux  bien,  à  qui  la  peut  scavoir, 
O  le  tliresor  grand  &  inestimable. 
Richesse  sevu-e  à  jamais  perdurable, 

1.  La  date  de  sa  composition  est  incertaine.  Elle  ne  fut  pas  publiée  avec  le 
Miroir  de  VAme  Pécheresse,  en  1531,  ou  1533.  Elle  parut  dans  les  Marguerites  de 
la  Marguerite  de  1547. 

2.  Cf.  Oraison  de  VAme  Fidèle,  Mary,  de  la  Marg.,  vol.  I,  pp.  113,  116;  et 
P.  F.,  p.  109. 

3.  Balade  double,  contenant  la  promesse  de  Christ,  sa  Nativité,  Passion,  Ressur- 
rection  <t  précieux  sacrement  de  son  Corps,  icy  à  nous  délaissé  pour  gaige  de  Salut, 
P.  F.,  p.   110. 


INFLUENCES   PLATONICIENNES  191 

C'est  la  conduite  aux  périlleux  destrois, 
C'est  le  pillier  à  supporter  ses  eroiz. 
C'est  l'esguillon  à  toute  tolérance, 
Et  Tenlnîtien  do  (idele  Kspci'iuicc*. 

1\  F..  ]).  1:51. 

Il  n'est  donc  pas  surprenant  qu'un  disciple,  qui  s'était  montré 
sensible  à  rinfluence  des  ouvrages  déjà  publiés  de  la  Reine  de 
Navarre  et  aux  j^eux  de  qui  elle  était  «  souverainement  perfecte 
en  Poésie,  docte  en  Philosophie,  consummée  en  l'Escripture 
Saincte,  voire  jusques  à  en  rendre  les  plus  sçavants  fort  émer- 
veillés ^  »,  ait  adopté  son  nouveau  tour  d'esprit,  son  Platonisme, 
qu'elle  professait  juste  au  moment  où  il  se  préparait  à  publier 
ses  poèmes,  et  qu'il  se  soit  appliqué  à  l'exprimer  aussi.  Il  ne  s'agit 
pas  seulement  de  similitudes  comme  celles  que  l'on  peut  constater 
entre  les  poèmes  postérieurs  de  Marguerite  et  la  Poésie  Fran- 
çoise, telles  que  leur  mutuel  mépris  de  l'atteinte  que  l'absence 
pourrait  porter  à  l'amour  '^,  leurs  descriptions  de  «  l'amour 
honnête  ^  »,  ou  de  l'amour  élevé,  idéalisé  *.  Il  ne  s'agit  pas  non 
plus  seulement  des  chutes  de  vers  de  Sainte-Marthe,  qui  rap- 
pellent parfois  curieusement  celles  de  Marguerite.  Le  lecteur 
familiarisé  avec  les  Chansons  spirituelles  par  exemple,  peut  se 
rappeler  les  vers  : 

Mais  quand  j'ay  JESUS  receu, 

Par  Foy  conceu, 
Me  suis  du  malheur  non  sceu 

Bien  apperceu, 

Marcj.  (le  la  Marg.,  vol.  UT,  p.  111. 

à  la  lecture  de  ceux  de  Sainte-Marthe  : 

...  par  la  Foy,  JESUS  nous  renouvelle, 

Par  la  Foy  fait, 
Que  nostre  Esprit,  se  noiurit  &  reffect, 


1.  Or.  jun...  de  M.  de  N.,  p.  78. 

2.  Marguerite,  La  distinction  du  vray  Amour,  D.  P.,  p.  300  ;  Sainte-Marthe, 
A  Madarnoiselle  Beringue  De  leur  honneste  et  irreprehenaible  Amour,  P.  F., 
p.    145. 

3.  Marguerite,  Pritions,  D.  P.,  ]).  15(1  ;  Sainte-Marthe,  loc.  cit. 

4.  Marguerite,  Le  Navire,  D.  1^.,  p.  390  e/  seq.,  Sainte-Marthe,  A  la  dame...  de 
M.  P.  Tolet,  etc.,  P.  F.,  p.  174. 


192  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

Que  le  lyen  de  péché  est  deffaict 
C'est  le  vray  bien,  &  le  seul  bien  perfaict, 
Qu'il  fault  avoir. 

Elégie,  cit.  supra.  P.  F.,  p.  214. 

et  il  est  naturel  de  supposer  que  quand  il  écrivait  ces  vers  : 

Chassé  de  l'homme,  avec  DIEU  suis  receu, 
Qui  m'a  esté  tousjours  au  lieu  de  Père, 
De  Mère,  Sœur,  &  charitable  Frère, 

P.  F.,  p.  210. 

une  autre  des  Chansons  spirituelles  lui  était  familière,  que  ses 
rimes  musicales  et  séduisantes  destinaient  à  voler  de  bouche  en 
bouche  aussitôt  après  sa  composition  : 

Je  n'ay  plus  ny  Père  ny  Mère 

Ny  Seur  ny  Frère 
Sinon  Dieu  seul,  auquel  j'espère. 

Marg.  de  la  Marg.,  vol.  III,  p.  120. 

Mais  ce  ne  sont  pas  de  telles  simihtudes  verbales,  ni  même 
l'emploi  des  thèmes  généraux,  qui  rendent  si  évidente  la  situa- 
tion de  disciple  dans  laquelle  était  Sainte-Marthe  vis-à-vis  de 
la  Reine  de  Navarre.  C'est  dans  un  sujet  particulier  surtout  qu'il 
marche  sur  ses  traces  :  La  conception  de  l'union  avec  Dieu  comme 
bien  suprême  menait  naturellement  à  celle  de  l'âme  comme 
épouse  de  Dieu,  et  de  Dieu,  ou  de  la  Vérité,  ou  du  Christ  comme 
amant  de  l'âme.  Cette  idée,  déjà  présente  dans  ses  premiers 
poèmes,  revient  sans  cesse  dans  les  œuvres  de  la  Reine  de 
Navarre  ^,  surtout  dans  les  Chansons  spirituelles  et  dans  les 
extases  mystiques  de  la  bergère  de  la  Comédie  jouée  au  Mont 
de  Marsan  ^.  Caractéristique  du  génie  de  la  Reine,  cette  idée  fut 
adoptée  avec  enthousiasme  par  son  disciple  et  forme  la  base  de 
ses  productions  poétiques  les  plus  élevées  et  les  plus  soutenues. 
Il  l'effleura  dans  son  dizain  Dii  fruict  de  la  Mort,  mais  c'est  dans 
son  Philalethe  qu'il  l'exploita  le  plus  complètement.  Le  titre  de 


1.  Cf.  Marg.  de  la  Marg.,  vol.  III,  pp.  94,  96,  118,  144,  152  ;  Comédie  jouée 
au  Mont  de  Marsan,  D.  P.,  p.  88;  Prisons,  ihid.,  p.  216;  La  distinction  du  vray 
Amour,  ihid.,  p.  305  ;  Chansons  Spirituelles,  ihid.,  p.  325. 

2.  Comédie  jouée  au  Mont  de  Marsan,  le  jour  de  Caresme  Prenant  mil  cinq  cens 
quarante  sept,  A  quattre  personnages,  c^est  assavoir  la  Mondainne,  la  Supersti- 
tieuse, la  Sage  et  la  Raine  de  V Amour  de  Dieu,  Bergère,  D.  P.,  pp.  66-118. 


INFLUENCES    PLATONICIENNES  lOîi 

ce  poème  est  explicite  :  Le  Philalethe,  c'est-à-dire,  Amy  de  vérité 
hlasonne  son  Amye  ^.  Une  telle  comparaison  entre  l'amour  de  la 
créature  et  l'amour  de  la  Vérité  répond  si  bien  aux  intentions 
de  la  Reine  de  Navarre,  qu'elle  semble  devancer  les  chants  de  la 
Bergère,  quoique  qu'elle  soit  composée  sans  le  même  feu  et  la 
même  imagination  ;  un  lecteur  non  prévenu  et  ignorant  des 
dates  de  composition  pourrait  prendre  le  poème  pour  une  imi- 
tation de  ces  chants.  Puisque  ce  ne  peut  être  le  cas,  il  est  probable 
que  les  idées  de  Marguerite  parvinrent  jusqu'à  Sainte-Marthe, 
à  la  faveur  du  bruit  que  firent  les  Chansons  spirituelles  et  par  la 
lecture  de  celles  qui  pouvaient  être  déjà  écrites  et  circuler  pen- 
dant l'année.  Peut-être  n'est-il  pas  trop  téméraire  de  supposer 
qu'il  les  interpréta  d'mie  façon  dont  la  Reine  elle-même  se 
souvint  en  créant  le  caractère  de  sa  Bergère.  Marguerite  pourrait 
avoir  écrit  elle-même  ces  premiers  vers  du  poème  de  Sainte- 
Marthe  : 

O  Amoureux,  bien  y  a  différence 
Si  comparez  vostre  Amye  à  la  mienne. 

Le  poème  entier  consiste  en  l'énumération  des  contrastes  exis- 
tant entre  l'objet  de  l'amour  ordinaire  et  l'aimée  que  célèbre  le 

poète  : 

La  vostre  est  belle  en  beaulté  non  durable, 
Et  tousjours  à  besoing  d'adjoustement. 
La  mienne  est  belle  en  beaulté  perdiu-able, 
Sans  aucun  Sy,  perfaicte  entièrement. 

La  Bergère  de  la  Reine  de  Navarre  oppose  aussi  la  satisfac- 
tion que  lui  procure  son  parfait  ami  aux  douleurs  qu'entraîne 
ordinairement  l'amour  à  sa  suite,  compare  sa  fidélité  à  l'infidé- 
lité qu'elle  a  trouvé  à  la  suite  de  l'amour  : 

Amour  m'a  faict  de  desplaisir  mainte  heiu-e. 
Mais  le  parfaict,  qui  dans  mon  cueur  demeure, 
M'a  satisfaict  &  gardé  que  ne  meure. 

1).  P.,  p.  94. 


Vous  qui  estes  ignorantes 

Que  c'est  que  [la]  ferme  foy  : 

O  combien  seriez  contantes 

Sy  vous  le  s[c])av[i]ez  comme  moy  ! 


1.  P.  F.,  p.  40. 


Ibiil  ,  1).    101. 


13 


194  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

A  son  tour  Sainte-Marthe  célèbre  en  ces  termes  la  fidéUté  de 
son  amour  : 

De  vostre  Amye  ayez  suspition, 

Qu'aymant  aultruy  quelque  jour  ne  vous  laisse. 

La  mienne  n'a  de  variation. 

Et  nay  point  pœur  que  son  amour  rabbaisse. 

P.  F.,  p.  41. 

Sainte-Marthe,  dans  ce  poème,  revient  à  une  idée  qu'il  avait 
déjà  exprimée  dans  ses  vers  pour  la  maîtresse  de  Tolet  et  qui, 
sans  se  trouver  réellement  dans  les  poèmes  de  la  Reine  de 
Navarre,  fait  penser  à  ce  genre  de  Platonisme  ou  plutôt  de  Néo- 
Platonisme,  qui  l'inspirait  : 

Ou  plus,  n'en  peut  vostre  Amye  aymer  qu'un, 
Ou  aultrement  elle  sera  blasmée, 
Mais  la  mienne  a  vers  tous  Amoiu-  commun. 
Et  plus  Vierge  est,  quand  plus  elle  est  ajanée. 

P.  F.,  pp.  41-42. 

La  différence  entre  Marguerite  et  Sainte-Marthe  est  ici  que  ce 
dernier  donne  dans  la  dernière  strophe  la  solution  de  son  pro- 
blème, tandis  que  la  Bergère,  création  d'un  plus  grand  poète, 
ne  fait  que  la  laisser  deviner  ;  l'explication  de  Fapologue  est 

claire  : 

Mamye  est  dicte  en  son  nom  Vérité, 

Celle  qu'aymer  de  bon  cueur  je  soubhaitte  : 

Celle  que  veulx  servir  en  purité, 

Et  pour  qui  prens  tiltre  de  Philalethe. 

Ibid.,   p.    42. 

On  ne  trouve  là  ni  le  mystère  ni  l'exaltation  dont  sont  remplis 
les  chants  de  la  Bergère  et,  moins  encore,  quelque  peu  de  ce 
charme  que  dégage  ce  secret  qui,  toujours  sur  le  point  d'être 
révélé,  ne  s'échappe  cependant  jamais  des  lèvres, 

Sainte-Marthe  n'atteint  pas  non  plus  davantage  la  maîtrise 
poétique  que  déploie  la  Reine  de  Navarre  dans  d'autres  chan- 
sons, comme  par  exemple  celles  qui  commencent  ainsi  : 

O  Bergère,  ma  mye 

Je  ne  vis  que  d'amours. 

D.  P.,  p.  323. 
Helas,  je  languis  d'Amours 
Pour  Jesuchrist  mon  espoux. 

Marg.  de  la  Marg.,  vol.  III,  p.  152. 


INFLUENCES^PLATOKICIENN  ES  1 95 

Sans  doute  faisait-il  écho  aux  phrases  de  sa  maîtresse;  mais  ses 
altières  conceptions  platoniques,  comme  la  passion  et  l'imagina- 
tion qui  faisaient  d'elle  mi  poète,  restèrent  au-delà  de  sa  partie. 
C'est  au  contraire  con  amore  qu'il  imite  la  pénible  prolixité 
de  Marguerite.  C'est  par  ce  trait,  presque  aussi  bien  que  par 
son  ton  général,  que  son  poème  A  Madamoiselle  Beringue,  De  leur 
ho7ineste  et  irrépréhensible  Amour  ^  ressemble  à  celui  du  «  Qua- 
trième gentilhomme  »  dans  Les  quatre  dames  et  les  quatre  gentilz- 
hommes  ^.  Sainte-Marthe  interprétait  les  idées  de  la  Reine  comme 
il  les  comprenait  et  se  les  assimilait  ;  mais  en  fait  ses  imitations 
sont  celles  d'un  esprit  inférieur. 

Sainte-Marthe  fit  de  multiples  emprunts  à  Marguerite  ;  mais 
dans  un  ou  deux  cas  il  semble  que  le  contraire  ait  eu  lieu.  Cela 
pourrait  même  être  le  cas  pour  le  poème  des  Quatre  dames  et  les 
quatre  gentilzJiommes.  A  l'époque  où  la  Reine  de  Xavarre  le 
publiait  dans  les  Marguerites  de  la  Marguerite,  la  Poésie  Fran- 
çoise avait  été  pubhée  depuis  sept  ans  et,  bien  que,  même  à 
cette  date,  Sainte-Marthe  n'ait  pas  été  avec  elle  en  relations  per- 
sonnelles aussi  étroites  qu'elles  le  devmrent  plus  tard,  on  peut 
supposer  qu'elle  s'intéressait  déjà  à  lui  et  à  son  œuvre,  surtout 
si  nous  nous  en  rapportons  à  ce  que  dit  Sainte-Marthe  des  senti- 
ments de 

Ce  Cueur  royale  qui  m'avoit  annoblé 
De  se  faveur  :  en  tenant  un  grand  compte 
De  mes  escripts  :  que  moimesmes  sans  honte 
Ne  pouvois  lire,   &  louant  mon  esprit, 
Autant  rustic,  qu'est  lourdaut  mon  escript. 

Dédicace  A  Treshaultes  et  tresillustres  Princesses...  Marguerite  de 
France...  dh  Jheanne.  Princesse  de  Navarre...  Or.  jun.  de...  M. 
de  N.,  éd.  1550,  fol.  Aij  r". 

Il  n'est  donc  pas  surprenant  de  constater  des  emprunts  d'un 
air  plus  positif  quoiqu'insignifiants  faits  par  l'auteur  royale 
à  son  disciple  et  admirateur.  Les  Prisons  présentent  au  moins 
la  trace  d'un  passage  de  l'épître  à  son  aîmée.  De  leur  hoimeste 
&  irrépréhensible  Amour,  dans  lequel  est  décrite  cette  vague 
prison,  peut-être  son  cœur  ou  peut-être  son  désir  : 


1.  P.  F.,  p.  145  et  aeq. 

2.  Marg.  de  la  Marg.,  vol.  IV,  p.  83  et  aeq. 


100  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

Mais  la  prison,  o  prison  tresheureuse, 

Prison  qui  n'est  dure,  ni  ténébreuse, 

Prison  qui  a  captive  Liberté, 

Prison  qui  a  Libre  captivité, 

Prison  (qui  est  une  grande  merveille) 

Ou  moins  je  veulx,  fault  que  plus  fort  je  vueille. 

P.  F.,  p.  146  et  seq. 

Marguerite  donna  cours  à  de  semblables  sentiments,  au  sujet 
d'une  prison  du  même  genre  : 

Je  vous  confesse,  Amye  tant  aymée. 
Que  j'ay  longtemps  quasi  desestimée, 
La  grand  doulceur  d'heureuse  liberté 
Poiu"  la  prison  où  par  vous  j'ay  esté,  etc. 


Et  si  taisoys  ce  que  je  vouloys  dire. 

En  désirant  alonger  mon  martyre. 

Martyre,  quoy  !  mais  mon  très  grand  plaisir  ; 

Brief,  qui  eust  veu  le  grand  contantement 
Que  je  prenoys  en  ce  cruel  toiu'ment 
Et  destre  ainsy  rudement  enchayné, 
Il  eut  jugé  mon  sens  aliéné,  etc. 

D.  P.,  p.  121  et  seq.  et  pp.  123  et  124  et  seq.  i 

De  même,  l'invocation,  déjà  citée  '^,  de  Sainte-Marthe  au  Christ 
comme  à  un  Esculape  pourrait  avoir  donné  à  Marguerite  l'idée 
de  la  prière  pour  son  frère,  qu'elle  composa  beaucoup  plus  tard  : 

O  Grand  Médecin  tout  puissant 
Redonnez  lui  santé  parfaite  3. 

Mais  ce  sont  là  des  emprunts  sans  importance  ;  tandis  que  nous 
pouvons  conclure  avec  certitude,  que  la  muse  de  Sainte-Marthe 
était  fort  redevable  aux  œuvres  de  sa  patronne. 

On  a  remarqué  qu'il  était  absolument  problématique  que 
Sainte-Marthe  ait  eu  des  rapports  personnels  avec  la  Reine  de 
Navarre  pendant  le  séjour  qu'il  fit  à  Lyon,  c'est-à-dire 
pendant  l'année  où  elle  dirigea  son  attention  sur  le  Platonisme. 


1.  Cf.  Arioste,  sonnet  n°  x  :  «  Aventuroso  carcere  soave.  » 

2.  Cf.  supra   p.   163  et  seq. 

3.  Pensées  de  la  Royne  de  Navarre  estant  dans  sa  litière,  durant  la  maladie 
du  Boy,  etc.,  Margs.  de  la  Marg.,  vol.  III,  p.  87. 


INFLUENCES  PLATONICIENNES  1U7 

Rien  n'indique  que  Marguerite  ait  résidé  dans  la  capitale  du 
Midi,  quoique  Ton  puisse  supposer  qu'elle  y  fit  une  de  ses  fré- 
quentes visites  pendant  que  son  protégé  s'y  trouvait.  Quoiqu'il 
en  soit,  il  aurait  été  facile  pour  Sainte-Marthe  d'être  informé 
de  la  nouvelle  orientation  des  idées  de  la  Reine.  Trois  des  plus 
capables  auxiliaires  de  sa  propagande  platonicienne  étaient  à 
Lyon  quand  il  y  arriva.  Des  Périers,  qui  avait  été  disgracié 
par  la  Reine,  était  de  nouveau  en  faveur,  cependant,  si  je  ne  me 
trompe,  la  façon  peu  amicale  dont  Sainte-Marthe  parle  de  lui 
après  sa  mort  ^  n'indique  pas  qu'ils  aient  été  en  bons  termes 
pendant  sa  vie.  Mais  Sainte-Marthe  était  dans  l'intimité  de  Dolet 
et  de  Scève  et  ne  pouvait  donc  manquer  d'entendre  discuter  les 
nouvelles  tendances  de  Marguerite  et  de  se  rendre  compte  de 
leurs  effets  sur  ces  hommes  de  lettres  ^.  Dolet  n'avait  pas  encore, 
au  milieu  du  danger,  «  déployé  ses  trésors  ^  »  et  conçu  l'idée  de 
traduire,  outre  VAxiochus  et  VHipparchits,  qui  devaient  être  sa 
condamnation  à  mort,  les  œuvres  entières  de  Platon  *  ;  mais 
Des  Périers,  s'il  n'avait  pas  commencé  sa  traduction  du 
Lysis^,  y  songeait  déjà  à  coup  sûr,  et  l'on  peut  conjecturer 
avec  certitude  que  quelques-uns  des  quatre-cent-cinquante-huit 
dizains  de  Scève,  où  le  Platonisme  est  si  pleinement  exprimé, 
devaient  avoir  commencé  à  circuler  parmi  ses  amis,  quatre  ans 
même  avant  leur  pubhcation  ^. 

C'est  Scève  et  Sainte-Marthe  qui,  parmi  les  quatre  Platoni- 

1.  Cf.  supra  p.   101. 

2.  Cf.  supra  p.  185  et  seq. 

3.  Cf.  Lettre  de  Dolet  à  François  I^'',  précédant  V Axiochus  et  VHipparchus 
dans  le  Secoiul  Enfer  d'Estienne  Dolet,  etc.  (1544),  cit.  R.  C.  Cliristie,  op.  cit., 
pp.  445,  456,  549,  550,  trad.  Stryienski  (1886). 

4.  «  ...  pour  vous  signifier  que  j 'ay  commencé  et  suys  ja  bien  avant  en  la  traduc- 
tion de  toutes  les  œuvres  de  Platon.  De  sorte,  que  soit  en  vostre  Royaulme  ou 
ailleurs  (puisque  sans  cause  on  me  dechasse  de  France)  je  vous  puis  promettre 
qu'avec  l'ayde  de  Dieu  je  vous  rendray  dedans  ung  an  révolu  tout  Platon  tra- 
duict  en  vostre  langue.  » 

5.  Publiée  après  sa  mort  dans  le  Recueil  des  Œuvres  de  feu  Bonaventure  des 
Périers,  Lyon,  1544.  M.  Abel  Lefranc  pense  qu'elle  ne  fut  pas  achevée  plus  tard 
qu'en  1541.  Le  Platonistne  et  la  Littérature  en  France,  loc.  cit.,  p.  11.  Poiu"  ce  qui 
concerne  la  présence  et  la  situation  de  Des  Périers  à  Lyon,CiVc.  1541,  c/.  La  Ferrière- 
Percy,  op.  cit.,  pp.  40-46.  La  Ferrière-Percy  représente  à  tort  Sainte-Marthe 
comme  présent  à  Lyon  en  septembre  1541.  Ibid.,  pp.  40  et  41. 

6.  Délie  Ohject  de  plus  haidte  Vertu,  Lyon,  1544.  Le  biographe  de  Scève, 
M.  Albert  Baur,  affii-me  qu'il  travaillait  à  leur  composition  depuis  qu'il  avait 
fait  ses  Blasons  (1534)  et  qu'à  partir  do  ce  moment  ils  circulaient  parmi  ses 
amis.  Maurice  Scève,  p.  73. 


198  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

ciens  réunis  à  Lyon,  se  sentaient  les  plus  en  sympathie.  L'incli- 
nation qu'éprouvait  Dolet  pour  la  nouvelle  doctrine  était  celle 
d'un  homme  de  lettres  érudit,  qui  s'intéressait  comme  tel  à  la 
philosophie.  Des  Périers,  poète,  conteur,  homme  de  génie,  ne 
contribua  au  mouvement  platonique   que  par  la  traduction  en 
prose  du  Lysis  et  son  épilogue  alambiqué,  la  Queste  d'Amytié  ^ 
adressée  à  la  Reine  de  Navarre,  avant  que  la  «  Mort  implacable, 
implacable  Mort  »  l'ait  «  surpris  au  cours  de  sa  bonne  intention  ^  », 
d'après  l'hypocrite  phrase  de  Du  Moulin.  Ses  autres  poèmes,  à 
part  peut-être  une  exception  ^,  ne  laissent  paraître  aucune  trace 
de  sentiments  platoniques.  Mais  Scève  et  Sainte-Marthe,  influ- 
encés comme  les  autres  par  la  Reine  de  Navarre,  furent  tous  deux 
aussi  férus  de  Pétrarquisme  que  de  Néo-Platonisme  et  il  est 
particulièrement  intéressant  de  comparer  leurs  ouvrages,  tant 
pour  se  rendre  compte  de  leurs  rapprochements  que  pour  observer 
de  quelle  façon  étonnante  ils  divergent  *.   Ils  se  plaignent  tous 
deux  de  la  perte  de  la  liberté,  que  leur   a  enlevée  l'amour,  et 
trouvent  douce  leur  servitude  ^.  La  «  Vie  en  Mort  »  de  Sainte- 
Marthe  trouve  son  parallèle  en  la  «  Vie  morte  »  ou  «  celle  en  qui 
mourant  je  vis  ^  »,  de  Scève,  et  la  maîtresse  de  Scève,   comme 
celle  de  Sainte-Marthe,  pouvait  lui  changer  la  lumière  en  nuit. 
C'est  presque  dans  les  termes  qu'avaient  employés  Sainte-Marthe 
qu'il  le  dit  :  «  Elle  m'abysme  en  profondes  ténèbres  '  »  et  il  ne 
revient  pas  moins  de  trois  fois  sur  cette  idée.  Scève  ne  trouve 
pas  moins  que  Sainte-Marthe  ses  maux  doux  et  amers  à  la  fois  ^ 
et  son  dizain,  outre  ce  sentitoent,  en  exprime  un  autre,  qu'avait 
éprouvé  Sainte-Marthe  avant  lui  :  Il  désire  et  cependant  n'ose 
point  : 

Je  le  voLiluz  et  ne  l'osay  vouloir. 

Ailleurs  il  répète 


1.  Le  Discours  de  la  Queste  d'Amytle  dict  Lysis  de  Platon  envoyé  à  la  Roy  ne  de 
Navarre,  Œuvres  Françoises,  vol.  I,  pp.  7-46  et  46-56. 

2.  Dédicace  de  l'éditeur  Du  Moulin  à  la  Reine  de  Navarre,  ihid.,  p.  3. 

3.  Il  y  en  a  une  trace  dans  la  Response  à  la  Chanson,  a  Claude  Bectone,  Daul- 
chinoise,  réunie  aux  poèmes  de  Des  Periers,  vol.  II,  p.  164. 

4.  P.  F.,  pp.  17,  54,  78,  93,  99.  Scève,  Délie,  Dizains  m,  vi,  ccxii. 

5.  Scève,  Dizains  ccxvii,  clxi,  ccl,  ccciv.  Cf.  aussi  le  Dizain  xxvi. 

6.  Cf.  supra  p.  165,  Scève,  Dizains  cxxvi  et  vu. 

7.  Cf.  supra  p.  160  ;  Scève,  Dizain  vu.  Et  cf.  Dizains  xxiv,  Li  et  CCCLXiv. 

8.  Cf.  supra  p.  162  ;  Scève,  Dizain  lxxvii. 


INFLUENCES   PLATONICIENNES  199 

Je  veulx  soubdain  &  puis,  soubdain  je  n'ose. 

Dizain  cxciii. 

Je  veulx,  voulant,  rien  faire  je  no  puis, 
Et  ne  pouvant,  tousjours  j'essaye, 

F.  F.,  p.  191. 

dit  Sainte-Marthe.  Toutefois,  si  Scève,  comme  son  ami,  languit 
dans  la  prison  de  l'amour, 

Ensepvely  en  solitaire  horreur, 

ce  n'est  pas  que  son  destin  l'y  ait  condamné  ;  mais, 
La  dureté  de  ton  ingrate  erreur  i. 

Comme  Sainte-Marthe,  Scève  est  profondément  affecté  par 
le  rire  de  sa  maîtresse  :  D'après  un  poème,  il  lui  donne  l'espoir 
de  vivre  ;  d'après  un  autre,  lui  et  d'autres  charmes  sont  cause 
de  sa  mort  2.  Les  lieux  communs  des  flèches  de  l'amour,  des  yeux 
qui  les  lancent  et  blessent,  du  gant,  de  la  maîtresse  qui  prend 
plaisir  aux  tourment  de  son  amant,  de  la  chasteté  et  de  la 
beauté  ^  et  celui,  plus  rare,  de  l'amour  vainqueur  de  la  vieillesse  ^, 
que  nous  avons  déjà  rencontrés  dans  la  Poésie  Françoise,  sont 
répétés  dans  la  Délie.  Chacun  des  deux  poètes  est  aussi  sûr  que  la 
médisance  ne  peut  produire  aucun  effet  sur  sa  maîtresse  et  c'est 
Scève  qui  a  certainement  le  mieux  exprimé  cette  confiance  : 

Retirez  vous  Envie  &  Impostiu-e, 

Soit  que  le  teinps  le  vous  souffre,  ou  le  nye. 

Et  ne  cherchez  en  elle  nourriture 

Car  sa  foy  est  venin  à  Calumnie. 

Dizain  ccxxi. 


1.  Cf.  supra  pp.  154  et  196  ;  Scève,  Dizain,  Lxxxxaii. 

2.  Cf.  supra,  pp.  36  et  ]31  ;  Scève,  Dizains  cv  etccxxxviii 

3.  Cf.  supra  pp.  132,  154,    162    et    165,   Scève    Dizains  v,   vr,  cxix  et  ccvii 
ccvn,  CLXxviii,  ccLxxxii  ;  cccviii. 

4.  Sainte -Marthe,  Pourquoy  Ion  painct  Cupido  en  Enfance,  P.  F.,  p.  71.  Cf. 
supra  pp.  165  et  infra  000.  Scève,  Dizain  cccxcviir.  Il  faut  remarquer, 
toutefois,  que  Sainte-Marthe  représente  l'amour  comme  grandissant  avec  l'âge  ; 
Scève  se  peint  seulement  comme  n'échappant  pas  à  l'amour  en  vieillissant  : 

«  Et  en  automne  Amour  ce  Dieu  volage 
Quand  me  voulois  de  la  raison  armer 
A  prévalu  contre  sons  et  contre  aage.  » 


200  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

La  banalité  de  la  profession  de  foi  de  Sainte-Marthe  est  indé- 
niable : 

Il  te  fauldra  premier  la  divertir 
D'vxne  Bonté  en  laquelle  elle  est  née. 
Et  si  tu  peux  (alors)  la  pervertir, 
Cry  hardiment  la  bataille  gaignée. 
A  un,  qui  taschoit  d'aliéner  s'Amye  de  luy,  cfc  la  tirer  à  soy.  P.  F.,  p.  29. 

Les  deux  poètes  se  ressemblent  surtout  par  une  conception 
similaire  de  l'amour.  Tous  deux  déclarent  que  leurs  âmes  sont 
captivées  par  les  vertus  de  l'aimée  ^,  et  sont  d'accord,  soit  pour 
se  représenter  que  l'amour  triomphe  de  l'absence,  soit  pour 
mépriser  le  simple  désir  2. 

Les  ressemblances  qui  existent  entre  ces  deux  poètes  ne  sont 
pourtant  pas  plus  frappantes  que  les  différences.  Scève,  peut-être 
parce  qu'il  eut  quatre  ans  d'avance  pour  polir  ses  dizains  et 
puiser  plus  profondément  aux  sources  italiennes,  est  de  beau- 
coup le  Pétrarquiste  le  plus  accompli,  comme  le  poète  le  mieux 
doué.  Non  seulement  l'influence  de  Marot,  qui  s'exerça  si 
évidemment  sur  la  Poésie  Françoise  de  Sainte-Marthe,  peu  sen- 
sible dans  ses  œuvres,  n'y  laissa  que  de  très  faibles  traces  ^  ; 
mais  encore  ils  prirent  des  modèles  italiens  différents.  Sainte- 
Marthe,  sous  l'influence  du  mouvement  pétrarquiste  rechercha 
l'esprit  de  Pétrarque  et  resta  fidèle  à  l'école  de  Bembo,  tandis 
que  Scève  le  fut,  presque  exclusivement,  aux  Strambottistes 
qui  poussaient  à  l'extrême  les  concetti.  S'il  composa  des  dizains 
et  non  des  sonnets,  c'est,  comme  l'a  montré  une  autorité  en  ces 
matières,  à  l'imitation  de  son  modèle  principal,  Seraphino, 
et  de  son  école  ^.  Il  réunit  ces  dizains  en  une  suite  de  style  italien, 
ce  qu'il  fut  le  premier  à  faire  de  tous  les  poètes  français.  Il  ne  se 

1.  Cf.  supra  pp.  36  et  163  ;  Scève  : 

«  Sa  vertu  veult  estre  aymée  &  servie, 
Et  sainctement  &  comme  elle  mérite, 
Se  captivant  l'Ame  toute  asservie.  » 

—  Dizain  ccclxiii. 

2.  Cf.  supra  jDp.  36  et  179  ;  Scève,  Dixains  ci  et  cm,  cl  et  cliii. 

3.  «  Ce  doulx  nenny,  qui  flamboyant  de  honte. 
Me  promit  plus  qu'onc  n'osay  espérer.  » 

—  Dizain  cxlii. 

4.  Vianey,  Uinfluence  italienne  chez  les  Précurseurs  de  la  Pléiade,  p.  108.  Pour 
les  modèles  italiens  de  Scèv  £  cf.  ibid,  pp.  107-147. 


INFLUENCES   PLATONICIENNES  201 

contente  pas  non  plus,  comme  Sainte-Marthe,  d'emprunter 
quelques  concetti  aux  Italiens  :  Sa  Délie  contient  presque  tous 
ceux  qui  circulaient  parmi  les  poètes  contemporains  italiens. 
Nous  retrouvons  dans  ses  poèmes  celui  du  miroir  \  de  l'aigle  que 
le  soleil  n'aveugb  pas  ^,  du  marbre  de  l'ingratitude  ^,  du  cerf 
blessé  *,  des  rivières  de  larmes  ^,  des  cœurs  glacés  ^,  des  yeux  im- 
pressionnants comme  des  étoiles  "^  ou  possédant  l'éblouissant 
pouvoir  du  soleil  ^,  de  l'Hydre  ^,  du  Phœnix  ^*',  de  la  rose  et  de 
l'épine  ^^,  de  la  mort  épargnant  le  corps  privé  de  son  cœur  i^,  des 
sourcils,  arcs  de  Cupidon  i^,  du  feu  et  du  froid  i*  —  et  cette  liste 
n'épuise  pas  la  série  des  concetti  dont  Scève  fait  un  emploi 
fréquent.  Il  n'est  pas  moins  singulier  de  ne  pas  les  trouver  dans 
les  poèmes  de  Sainte-Marthe,  que  de  le  voir  —  lui,  un  disciple  de 
Marot —  négliger  le  blason,  la  devise  ou  même  la  rime  équivoquée. 
Il  serait  agréable  de  supposer  que  ces  omissions  sont  dues  des 
deux  côtés  à  une  déhcatesse  de  goût. 

Il  reste  peu  de  choses  à  dire  de  la  Poésie  Françoise.  L'imitation 
de  Marot,  avec  un  excellent  résultat  dans  ses  épigrammes  ; 
l'imitation,  assez  hmitée,  des  Pétrarquistes  italiens  ;  des  essais 
de  Platonisme  assez  faibles,  dus  à  l'influence  de  la  Reine  de 
Navarre  —  tels  sont  les  traits  dignes  d'attention  qu'elle  présente. 
Son  auteur  n'a  ni  la  lucidité  ni  le  charme  engageant  de  Marot, 
ni  la  verve  de  Saint-Gelais,  ni  le  sentiment  de  la  nature  et  les 
larges  vues  de  Salel  ;  encore  moins  l'élévation  et  la  passion  de  la 
Reine  de  Navarre,  ou  la  tendresse  et  la  subtiMté  d'Heroet.  La 
dextérité  de  son  ami  Scève  lui  manque  même.  Ceci  est  encore 
vrai  pour  au  moins  deux  des  trois  dizains  de  Sainte-Marthe,  qui 


L  Dizain  ccxii. 

2.  Dizain  cii. 

3.  Dizain  cxxxiv. 

4.  Dizain  CCCLXII. 

5.  Dizains  on  et  cccxix. 

6.  Dizain  ccxvii. 

7.  Dizain  ccLiii. 

8.  Dizains  cxiv,  cxxiv  et  cxcvi. 

9.  Dizain  cxcvii. 

10.  Dizain  ccLXXX\T:n. 
IL  Dizain  ccLxi. 

12.  Dizains  CLXiii  efc  lxxxi.  On  lit  dans  ce  dernier  qu'un  coup  de  tonnerre 
même  ne  produit  aucun  effet. 

13.  Dizain  cxLix. 

14.  Dizain  cxvii  et  fciasim. 


202  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

furent  pubKés  trois  ans  après  la  Poésie  Françoise,  avec  le  Nouvel 
Amour,  de  Papillon,  dans  le  Pourquoy  d' Amours^  de  Léonique. 
L'un,  intitulé  De  folle  Amour,  avertissement  contre  les  dangers 
de  l'amour,  composé  sur  le  ton  banal  d'Eustorg  de  Beaulieu, 
se  termine  avec  une  grâce  inattendue  : 

Car  à  la  fin  soubz  jeu  de  repentance 
Voyez  amovu'  distiller  eau  de  larmes. 

L'autre  semble  avoir  été  composé  pour  rivaliser  avec  Scève, 
dans  le  style  même  de  ses  dizains  non  encore  publiés^.  Le  troisième, 
V Autre  dixain  de  Cupido,  a  toutefois  un  air  attirant  d'origina- 
lité. La  pointe  n'en  est  pas  ordinaire,  mais  il  serait  téméraire  de 
supposer  qu'une  recherche  n'en  révélerait  pas  le  modèle  italien  : 

Cupido  sçait  enter  jusqvies  au  bout. 

Et  se  délecte  en  faict  de  jardinage. 

Et,  qui  plus  est,  son  ente  prend  son  tout 

Donc,  &  produit  divers  fruictz  &  sauvage. 

Toujours  travaille  &  poursuyt  son  hon:image, 

Sur  tous  vergées  il  obtient  la  régence. 

Il  n'est  jamais  notté  de  négligence 

Ne  lascheté,  au  moins  qu'on  ne  cognoisse. 

Il  est  expert  &  plein  de  diligence, 

Mais  en  tout  arbre  ente  poirier  d'angoisse. 

La  caractéristique  générale  du  vers  de  Sainte-Marthe  est  un 
manque  complet  de  sentiment  poétique.  On  peut  soutenir  que 
le  critérium  de  ce  que  la  critique  moderne  nomme  «  sentiment 
poétique  »  est  trop  étroit  pour  être  appliqué  à  toute  forme  de 
vers  et  que  le  genre  qui  tient  le  milieu  entre  la  prose  et  la 
poésie  est  la  propriété  remarquable  et  particulière  de  la  littéra- 
ture française.  Mais  le  critique  est  en  droit  d'exiger,  dans  un  tel 
genre,  d'autres  qualités,  sinon  le  sentiment  poétique  ou  l'ima- 
gination. Du  moins  l'éclat,  l'esprit,  la  précision,  la  clarté  «  du 
bon  sens  et  de  l'art  »  devraient  y  briller  pour  charmer  le  lec- 
teur ;  or  la  poésie  de  Sainte-Marthe,  dans  l'ensemble,  est  dépour- 
vue de  ces  qualités.  On  pourrait  presque  dire  qu'on  ne  serait  en 
droit  de  les  exiger  puisqu'à  cette  époque,  c'est  surtout  le  vers 
latin  qui  semblait  digne  d'être  poli.  Pourtant  Marot  les  possé- 


1.  Cf.  supra  pp.  111  et  mfra  303. 

2.  Cf.  pour  les  deux  poèmes,  infra  p.  355  et  seq. 


INFLUENCES   PLATONICIENNES  203 

dait  et  avait  poussé  sa  veine  personnelle  à  la  perfection.  Dans  un 
champ  plus  étroit,  c'est-à-dire  quand  il  se  borne  à  imiter  Marot, 
Sainte-Marthe  semble  aussi  posséder  ces  dons  dans  ime  certaine 
mesure.  C'est  quand  il  s'engage  dans  des  voies  nouvelles  qu'il 
perd  pied  et  devient  comphqué  et  prolixe.  Il  est  de  fait  qu'il 
n'était  pas  capable  d'appliquer  une  technique  nouvelle  aux 
thèmes  nouveaux  qui  attiraient  son  attention  et  ses  épigrammes 
restent  ses  meilleures  productions.  L'art  conscient,  avec  lequel 
elles  furent  composées,  est  généralement  en  défaut  dans  le  reste 
de  la  Poésie  Françoise.  Naturellement  ceci  comporte  certaines 
exceptions.  Le  plus  ambitieux  poème  de  Sainte-Marthe,  V Elégie 
du  Tempe  de  France,  renferme  des  passages  dont  le  charme  n'est 
pas  douteux  et  possède  une  sûreté  de  touche  qui  la  désignent 
comme  sa  production  la  plus  soignée  i,  quoique  beaucoup  de  son 
charme  est  emprunté  à  .î]lien,  à  Marot,  peut-être  à  Salel.  Le 
Philalethe,  qui  est  peut-être  le  meilleur  poème  de  Sainte-Marthe, 
avec  ses  contrastes  bien  soutenus,  est  précis,  gracieux,  et  même 
musical  et  l'on  peut  encore  trouver  ailleurs  un  morceau  d'une 
simplicité  éloquente,  inspiré  par  un  sentiment  sincère  : 

Vous  n'estes  point  né  Ro;yTi.e  ni  Princesse, 
Et  ne  tenez  cent  mil'  escus  de  rente, 
Mais  vostre  tendre  &  première  jeunesse 
Et  grand  doulceur,  joincte  à  rare  simplesse, 
Plus  que  tous  biens  du  ]\Ionde  me  contente. 

P.  F.,  p.   56. 

Cà-et-là  se  trouvent  aus-îi  des  passages  d'mie  vivacité  et 
d'une  cadence  expressive.  Des  deux  meilleurs,  l'mi  est  inspiré 
par  le  patriotisme,  l'autre  par  l'amour  du  Roi.  Sainte-Marthe 
parle  des  rixes  et  diffamations  qui  ternissent  la  réputation  de  la 

France  : 

Velà,  Francoys,  Francoys,  velà  l'injure 
Que  Ion  nous  fait.  Fault  il  que  la  nature 
D'iuie  tant  belle  et  noble  Nation, 
Soit  corruinpue  en  altercation  ? 

P.  F.,  p.   182. 

Les  vers  qu'il  adresse  à  François  I^r  expriment  un  grand  dé- 
vouement à  la  Royauté  : 


l.  CoUetet  même  l'appelle  «  l'ouvrage  le  plus  riche  et  le  plus  florissant  de  son 
siècle  ».  Vies  des  poètes  français,  fol.  447  r». 


204  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

Au  Roy  treschbestien. 

Je  n'ay  qu'un  DIEU  &  un  Roy  en  ce  monde, 

Et  à  ces  deux  veulx  faire  obéissance. 

CHRIST,  le  premier  est  mon  DIEU,  sur  qui  fonde 

Par  ferme  Foy,  ma  totale  Espérance. 

Mon  Roy  tu  es,  tresclarestien  Roy  de  France, 

Franc  Roy  Francoys,  refuge  de  Minerve, 

Le  debvoir  veult  que  l'un  et  l'aultre  serve. 

De  quoy  au  Cueur  j'ay  très  fervente  envie, 

A  CHRIST  mon  DIEU,  mon  Ame  je  reserve 

A  toy  mon  Roy,  j'abandonne  ma  vie. 

P.   F.,   p.    8. 

Toutefois,  les  morceaux  aussi  heureusement  inspirés  sont  peu 
nombreux  et  il  faut  admettre  que  c'est,  non  pour  ses  propres 
mérites,  mais  parce  que  c'est,  clans  une  certaine  mesure,  grâce  à 
elle  que  purent  être  transmises  à  la  postérité  des  tendances  qui 
devinrent  plus  tard  fertiles,  qu'on  peut  réserver  à  la  poésie  de 
Sainte-Marthe  une  place  dans  la  littérature  française.  Mais  c'est 
un  soulagement  que  de  revenir  à  sa  prose,  qui  lui  donne  vrai- 
ment une  importance  particuUère. 


CHAPITRE  III 


LES    ORAISONS   FUNEBRES 


«  Les  Anciens  »,  ainsi  débute  l'Oraison  funèbre  que  composa 
Sainte-Marthe  pour  la  Reine  de  Navarre,  «  Les  Anciens  fort  bien 
et  sagement  feirent,  ô  Alençonnois,  quand  ils  instituèrent  que 
ceuls  qui  auroient  illustré  leur  nom  par  la  gloire  de  leurs  vail- 
lances &  prouesses,  &  délaissé  quelque  nobles  tesmoignage  & 
exemple  de  vertu,  fussent  grandement  loués  ^  ».  Plus  tard,  son 
oraison  pour  Françoise  d'Alençon,  Duchesse  de  Beaumont, 
commence  sur  le  même  ton  :  «  Si  nous  voulions,  en  suivant  les 
anciens,  observer,  par  inviolable  coustume,  de  marquer  de  pierres 
noires  les  jours,  les  moys,  &  les  ans  qui  nous  apportent  tristesses 
&  ennuis,  ou  publiques  ou  privés  &  domestiques,  &  mettre  au 
nombre  des  cas  malheureus  les  accidents  qui  journellement  nous 
surviennent  :  certes  nostre  France  auroit  aujourd'hui  très 
bonne  occasion  de  ce  faire  ^  ». 

Ce  goût  pour  les  Anciens  et,  spécialement,  ce  recours  constant 
à  Platon  ^,  tel  que  celui  du  premier  exemple,  constitue  la  note 
dominante  des  essais  oratoires  de  Sainte-Marthe.  Les  Anciens 
étaient  son  souci,  sa  passion  ;  Platon  son  oracle.  Il  suivit  avec 
enthousiasme  l'impulsion  donnée  par  la  Renaissance  en  faveur 
des  Classiques  et,  cependant,  bien  qu'il  fut,  à  cet  égard,  de  la 
nouvelle  époque,  il  faisait  appel  à  l'Autorité  avec  autant  de  con- 
viction qu'un  vrai  Scolastique  du  moyen  âge  —  quoi  que  ce  fût 
à  l'autorité  classique,  qui  pour  lui  avait  plus  de  poids  que  le 
raisonnement  et  l'analogie.  Le  fait  qu'il  préfère  l'autorité  à 
l'expérience  peut  surprendre  le  lecteur  qui  s'attendait  à  trouver 
dans  les  productions  d'un  auteur  type  de  la  Renaissance  cet 
appel  constant  à  ce  monde,  comme  le  peuvent  interpréter  la 


1.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  23. 

2.  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  3  r°. 

3.  Les  Lois,  VII,  801. 


206  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

nature  et  les  sens,  qui  en  fut  un  des  aspects  caractéristiques. 
Aussi  surprenante  est  la  piété  et  la  dévotion  d'un  homme  dont 
l'esprit  était  si  imprégné  d'idées  antiques.  En  dépit  de  son  admi- 
ration enthousiaste  des  Anciens,  Sainte-Marthe  ne  fut  jamais  — 
au  contraire  de  certains  de  ses  contemporains  et  de  membres  de 
son  cercle  —  paganisé  par  son  amour  de  l'antiquité  et  cepen- 
dant, au  moins  dans  les  Oraisons  funèbres,  les  vérités  du  Chris- 
tianisme, si  profondément  chéries  qu'elles  l'étaient,  ne  forment 
que  le  fond,  par-dessus  lequel  se  pressent  en  foule  toutes  les 
images  de  l'antiquité.  Lire  ses  deux  Oraisons  pour  la  Reine  de 
Navarre  et  pour  la  Duchesse  de  Beaumont,  c'est  découvrir  que, 
comme  beaucoup  de  contemporains,  Sainte-Marthe  vivait  chez 
les  Anciens  ;  au  monde  antique  il  désirait  ardemment  adapter 
les  réaUtés  de  la  vie. 

S'il  avait  hérité  du  moyen  âge  la  tradition  du  respect  de  l'Au- 
torité, sa  préférence  pour  les  citations  tirées  des  Classiques 
plutôt  que  pour  celles  de  l'Ecriture  et  des  Pères,  place  Sainte- 
Marthe  parmi  les  enfants  de  la  Renaissance.  C'est  Platon  qui 
lui  dicte  le  plan  même  de  son  Oraison  pour  la  bien-aimée  Reine 
de  Navarre  :  «  Suyvant  la  doctrine  de  Platon,  je  parleray  pre- 
mièrement des  Ancestres  de  Marguerite  ;  après,  de  sa  nourriture 
&  institution,  &,  finalement,  de  ses  mœurs  &  de  sa  vie  qu'elle 
a  si  heureusement  passée  en  la  compaignie  de  toutes  les  vertus 
que,  de  la  mémoire  des  hommes,  l'on  n'a  onc  veu  plus  parfaicte 
femme  ^  ».  Si  l'on  ne  retrouve  pas  le  même  ordre  dans  l'Orai- 
son pour  la  Duchesse  de  Beaumont,  l'auteur  en  fait  son  apologie 
en  règle  :  «  Il  est  vray  que  je  pourroie  commencer  à  louer  Fran- 
çoise de  la  noblesse  du  sang  &  de  la  maison  dont  elle  fut 
extraicte,  si  je  vouloie  religieusement  garder  les  préceptes  des 
Rhetoriciens...,  mais  il  me  semble  que  seroit  paroUe  superflue, 
de  vouloir  manifester  a  nostre  France  ce  qu'il  luy  est  si  clair  & 
si  notoire  ^  ».  Il  s'appuie,  pour  justifier  l'usage  même  des  Orai- 
sons funèbres,  sur  l'exemple  de  la  Grèce,  de  Rome,  de  l'Inde  et 
de  l'Egypte  et  retrace  l'origine  et  les  progrès  de  la  coutume  dans 
ces  diverses  contrées  ^. 

(c  Pleust-il  à  Dieu  »,  ajoute  Sainte-Marthe,  faisant  allusion  à  ces 


1.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  29. 

2.  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  8  vo. 

3.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  24-26. 


ORAISONS   FUNÈBRES  207 

coutumes  et  méconnaissant,  en  vrai  Humaniste,  tout  l'inter- 
valle qui  séparait  l'antiquité  classique  de  son  époque,  «  Pleust-il 
a  Dieu,  ô  Alençonnois,  que  ceste  coustume  fut  aujourd'huy  si 
bien  gardée  que  ceuls  qui  louent  les  trespassés  si  véritablement 
déclarassent  leur  vie  que...  il  ne  feissent  de  vices  vertus*  ». 
Ailleurs  Sainte-Marthe  nous  donne  encore  une  idée  du  peu  d'im- 
portance qu'avait  la  tradition  du  moyen  âge  aux  yeux  de  l'Hu- 
maniste enthousiaste  :  «  Quand  nous  desirons  aulcuns  précep- 
teurs pour  la  reformation  des  mœurs  de  la  jeunesse,  nous  prenons 
nostre  recours  aux  préceptes  des  Perses  )>,  écrit-il,  comparant 
l'éducation  de  la  Reine  à  celle  des  Perses  de  la  Cyropédie  ^.  On 
pourrait  supposer  que  les  efforts  de  Louise  de  Savoie  eurent  pour 
résultat  de  faire  de  sa  fille  une  jeune  Persanne,  élevée  dans  la 
sévérité  persanne,  plutôt  qu'une  Française.  D'après  Sainte- 
Marthe,  en  effet,  ce  sont  les  préceptes  de  Xénophon  qui  con- 
vainquirent son  père  Charles  d'Angoulême  de  se  préoccuper  plus 
de  l'éducation  de  ses  enfants  que  de  leur  situation  dans  le  monde. 
En  réponse  aux  critiques  qui  pourraient  se  plaindre  de  l'inutilité 
des  louanges  adressées  aux  morts  qui  ne  peuvent  les  entendre, 
ou  qui  mettent  en  doute  les  avantages  des  oraisons  en  général, 
—  et  peut-être  de  celle  de  Sainte-Marthe  en  particulier  — ,  l'ora- 
teur cite  Aspasie,  Cicéron,  et  la  Loi  des  Douze  Tables  pour  sa  dé- 
fense 2.  Il  n'en  manquait  pas  non  plus  qui  trouvaient  que  toute 
biographie  du  défunt  était  déplacée  dans  une  oraison  funèbre. 
Sainte-Marthe  objecte  à  ceux-là  l'utilité  de  «  l'œuvre  qu'a 
escript  Plutarche  des  vies  des  Grecs  &  Romains,  Empereurs, 
Princes,  &  beUiqueus  Capitaines  ^  »  et  des  histoires  de  Suétone 
et  de  Xénophon.  Il  rappelle  l'effet  qu'eut  sur  Alexandre  l'histoire 
d'Achille  racontée  par  Homère  ;  sur  César,  la  vue  d'une  statue 
à  Gadès.  Il  attribue  l'honneur  des  aventures  de  Thésée  à  la  légende 
d'Hercule,  les  hauts  faits  de  Thémistocle  à  la  contemplation  des 
trophées  de  Miltiade  *.  Obj cetera- t-on  que  le  sexe  de  la  Reine  de 
Navarre  s'opposait  à  ce  que  l'on  fit  d'eUe  un  panégyrique  public  ? 
Sainte-Marthe,  rappelant  encore  Plutarque,  tient  tout  prêts  les 
exemples  des  matrones  romaines  du  temps  de  Camille,  de  la  mère 

1.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  25. 

2.  Ibid.,  p.  38. 

3.  Ibid.,  pp.  25-26. 

4.  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  19  V. 

5.  Ibid.,  fol.  20  ro. 


208  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

de  Crassus,  de  la  femme  de  César  ^  et,  pour  se  justifier  d'avoir 
détourné  l'attention  des  fautes  de  Marguerite,  il  cite  les  exemples 
de  Démosthènes,  Hortensius,  Crassus,  Cicéron,  l'autorité  de 
Platon  et  de  Maxime  do  Tyr  et  celle  aussi  de  saint  Paul  «  nostre 
docteur  ^  », 

Sainte-Marthe  considérait  en  effet  les  Anciens  aussi  bien  comme 
des  guides  pour  toute  la  conduite  de  la  vie,  que  comme  les  maîtres 
responsables  de  ses  procédés.  Il  définit  le  rôle  du  Prince  d'après 
Démosthène  ^,  Musonius  Rufus  et  Platon  ;  cite,  ayant  à  parler 
de  l'ignorance,  les  exemples  de  Valentinien  et  de  Licinius  ;  de  la 
magnanimité,  ceux  d'Aristide,  de  Socrate,  de  Jules  César,  de 
Marc-Aurèle  Antonius  et  de  Vespasien  ;  de  l'envie,  ceux  de  Zoïle, 
de  Palémon,  de  Bavius,  de  PoUion,  d'Eudoce  ^.  Veut-il  établir 
un  contraste  entre  l'avarice  et  la  libéralité,  il  se  souvient  des 
opinions  de  Pytliagore,  Socrate  et  Sénèque,  des  exemples  de 
Caligula,  de  Néron,  de  Démétrius,  de  Cléopâtre,  de  Flavius, 
de  Vespasien,  de  Gallien,  de  Pomponius,  de  Lucullus, 
d'Alexandre,  d'Auguste  et  d' Agrippa,  de  Pygmalion,  de  Polym- 
nestor,  de  Julien,  de  Patrocle,  d'Orchus,  de  Tibère,  de  Galba, 
de  Domitien  et  d'Achœus,  se  contentant  des  deux  exemples 
modernes  d'Alphonse  de  Naples  et  d'Alexandre  V  *. 

Quand  Sainte-Marthe  effleure  en  passant  la  façon  dont  la 
Duchesse  de  Beaumont  traitait  ses  serviteurs,  il  croit  nécessaire 
de  citer  les  exemples  de  Caton  et  de  Lucullus  et  de  s'appuyer 
sur  l'autorité  de  Platon  ;  d'autre  part  sa  piété  et  sa  libéralité 
auraient  gagné  l'approbation  de  Cratès,  tandis  que  Xénophon, 
Virgile  et  Platon  sont  invoqués  pour  affirmer  la  valeur  de  ses 
autres  qualités  ^.  Le  patronage  littéraire  de  la  Reine  de  Navarre 
est  comparé  à  celui  de  Mécène  et  de  LucuUus,  son  dévouement 
de  sœur  est  exalté  au-dessus  de  celui  d'Antigone,  des  sœurs  de 


1.  Or.  fîin...  de  M.  de  N.,  p.  27. 

2.  Ibid.,  p.  95. 

3.  Ibid.,  pp.  85,  73,  50  ;  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,îol.  20  v'K 

4.  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  27  v",  28  r"  et  v",  29  v".  On  retrouve  certains  de 
ces  exemples  dans  l'Oraison  pour  la  Reine  de  Navarre,  où  ils  servent  à  illustrer 
les  mêmes  caractères  (pp.  86-90).  Ici  ce  sont  lamblichus,  Platon  et  Epictète 
qui  sont  cités.  Comme  modèles  de  libéralité,  on  y  trouve  Cimon  l'Athénien, 
Obadiah,  et  Lucina,  à  côté  de  VesiDasien,  Gallien,  et  de  Marc-Antoine  ;  pour 
l'avarice,  Uvidius  et  Saleranus  outre  Patrocle,  Polymnestor  et  Orchus.  Les 
autres  sont  omis. 

5.  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  17  v°,  13  r",  21  v". 


ORAISONS    FUNÈBRES  209 

Phaetoii  ou  des  H3ades.  Pour  avoir  risqué  sa  vie  et  sa  liberté  et 
servi  le  Roi  pour  le  bien  de  son  pays,  Sainte-Marthe  l'égale  à 
Régulus,  à  I*ersée  délivrant  Andromède,  à  Lucullus  secourant 
(  'otta,  à  Balsatia  sauvant  Calphurnius  Crassus  ^  ;  comme  pour 
elle  et  son  frère,  il  fait  comparaison  avec  Anchurus  le  Phrygien, 
Spertus  etBulis,  les  Déoius  et  lesCurtius  et  avec  Codrus^  l'Athé- 
nien. Le  chagrin  de  ceux  qui  lui  survécurent  rappelle  à  l'esprit 
de  Sainte-Marthe  celui  d'Alceste  et  de  Laodamie  et,  le  com- 
parant à  celui  d'Evadné,  de  Plaute,  de  Portia,  il  ajoute  une 
allusion  à  Antonin  le  Pieux  et  à  Antimaque  ^.  Il  rapproche 
les  Français  après  la  perte  de  leurs  princes,  des  Romains  à 
Cannes,  de  Cyrus  chassé  par  les  Scythes,  ou  de  Démétrius  par 
Ptolémée  ^.  Il  serait  inutile  de  multiplier  les  exemples  pour  mon- 
trer que  l'esprit  du  maître  des  requêtes  de  Marguerite  était 
saturé  d'idées  classiques. 

On  voit  que  Sainte-Marthe  fait  étalage  d'une  érudition  aussi 
étendue  et  variée  que  Rabelais,  mais  sans  posséder  l'heureux  don 
que  celui-ci  avait  de  fondre,  au  feu  de  son  génie,  tous  ses  em- 
prunts pour  son  usage  personnel.  Sans  doute,  désirait-il  qu'on 
reconnut  chez  lui  l'érudition  qu'il  attribuait  à  Mathieu  Pac. 
<(  qui  a  si  dextrement  versé  en  l'estude  des  boimes  Lettres  que  ne 
puis  dire  aultre  chose  de  luy  sinon  qu'il  est  parvenu  à  l'Enc}  clo- 
pédie  ^  »,  —  ses  auditeurs  pouvaient  en  effet  être  étonnés  de 
l'infinité  de  ses  allusions.  Toutefois  il  arrivait  à  ce  résultat  par 
une  voie  où  Rabelais  l'avait  devancé  ®  ;  c'est-à-dire  qu'il  cacha 
ses  sources  et  prit  même  soin  de  dérouter  ses  lecteurs,  par 
exemple,  en  confirmant  par  l'autorité  de  l'Ecriture  ou  de 
saint  Jean  Chrysostome  les  idées  sur  la  vie  et  la  mort  d'Euripide, 
d'Eschyle,  de  Cicéron,  de  Sophocle,  de  Themistius,  de 
Sotadès,  de  Gorgias  Léontius,  de  Maxime  de  Tyr  et,  par- 
dessus tous,  du  «  divin  Platon  »,  qu'il  cite  deux  fois  à  cette 
occasion  '^.  Il  semble  certain  qu'il  prit  huit  sur  dix  de  ces  cita- 
tions classiques  aux  deux  chapitres  de  Stobée  sur  l'Inévitabilité 

1.  Sainte-Marthe  traduit  par  «  Calphurne  le  gras  ». 

2.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  48,  49,  81. 

3.  Ibid.,  pp.  111  et  112. 

4.  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  3  v». 

5.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  82. 

6.  Cf.  sur  ce  sujet  Brunetière,  Hist.  de  la  litt.  française  classique,  vol.  I,  p.  128, 
n.  1. 

7.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  113-119. 

14 


210  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

et  l'Eloge  de  la  Mort,  où  on  peut  en  effet  les  trouver  ^.  Dans 
l'Oraison  pour  Françoise  d'Alençon,  il  blâme  les  flatteurs  en 
leur  appliquant  une  maxime  d'Isocrate,  une  autre  de  Diogène, 
et  deux  d'Antisthènes  ;  or  ces  quatre  maximes  se  retrouvent 
également  dans  le  chapitre  de  Stobée  sur  la  flatterie  2.  Il  est 
curieux  de  remarquer  qu'il  aurait  pu  trouver  dans  la  même 
anthologie,  quoiqu'elles  soient  plus  séparées  que  les  autres,  les 
citations  qu'il  donne  de  Musonius  et  de  Jamblique  sur  les  attri- 
butions et  les  devoirs  d'un  Prince.^  Encore  est-il  très  probable 
que,  quand  il  se  rapporte  d'une  manière  générale  aux  préceptes 
de  Platon,  d'Isocrate  et  d'Aristote  concernant  les  attributions 
d'un  Prince,  ou  quand  il  s'écrie  que  la  vie  de  Françoise  d'Alençon 
fut  telle  que  le  recommandent  ceux  qui  eurent  des  Princes  à 
instruire  :  «  ou  je  ne  sçay  que  Platon,  Aristote,  Xenophon,  & 
leurs  semblables  appellent  vivre  en  vray  Prince  »,  ce  sont  les 
chapitres  de  Stobée  qui  traitent  des  Princes,  des  avantages 
attachés  au  gouvernement,  ou  des  préceptes  sur  le  gouverne- 
ment, qu'il  avait  présents  à  l'esprit.  Platon,  Xenophon  et  Iso- 
crate  sont  abondamment  représentés  dans  ces  chapitres,  bien 
que  les  citations  d'Aristote  soient  peu  nombreuses  *.  On  peut 
remarquer  qu'un  même  chapitre  du  Flori  egium  renferme  une 
maxime  de  Socrate  sur  la  tempérance  et  une  comparaison 
d'Aristippe  entre  la  modération  et  la  perfection  dans  l'art  éques- 
tre —  qui  sont  reproduites  par  Sainte-Marthe  à  une  page  d'inter- 

1.  C'est-à-dii'e  toutes  excej^té  celles  de  Cicéron  et  de  Maximus  Tyriiis.  Florile- 
ç/hun,  Tit.  118  ;  23  ;  Tit.  1 19  ;  G,  Tit.  120  ;  7,  11,  12  et  28.  L'anecdote  sur  Gor- 
gias  Léontinus  attribuée  à  Aristote  par  Sainte-Marthe  indiciue  bien  quelle  fut 
sa  véritable  source  :  «  Cela  est  confirmé  dit-il,  par  ce  qu'Aristote  escript  de 
George,  Léontin.  »  Stobée  en  indique  correctement  l'auteur,  Elien  (Tit.  118; 
23),  et,  quelques  lignes  plus  loin  (Tit.  118,  29)  il  rapporte  une  autre  anecdote  sur 
Gorgias  attribuée  à  Aristote.  Il  est  évident  que  Sainte-Marthe  confondit  les 
deux.  Il  est  probable  que,  des  trois  éditions  qui  ont  pu  lui  servir,  la  grecque  de 
Trincavel,  Venise,  1536,  et  les  trois  premières  éditions  gréco-latines  de  Gesner, 
Zurich,  1543,  Tuiùn,  1544,  et  Bâle,  1549,  il  se  servit  d'une  des  dernières,  puis- 
qu'il fait  plusieurs  citations  qui,  se  trouvant  dans  celles-ci,  manquent  dans 
Trincavel  ;  c'est  à  savoir  celles  de  Socrate  sur  la  tempérance,  cit.  infra,  p.  210, 
et  sui"  la  libéralité,  cit.  supra,  p.  208,  une  autre  d'Euripide  sur  la  vraie 
noblesse  (Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  30  ;  Stobée,  Tit.  87  ;  2),  et  iine  autre  sxu'  la 
mort  (cf.  supra). 

2.  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  18  r",    Stob.,  Tit.  14  ;  14,  15,  19. 

3.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  85  et  89  ;  Stob.,  Tit.  48  ;  14  et  Tit.  46  ;  62. 

4.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  46  ;  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  19  r»  ;  Stob.,  Tit.  45  ; 
16  (X.),  18,  21  (A.),  24,  30,  31  (PL),  Tit.  47  ;  8  (PI.),  9-18  (Is.),  23,  25  (PL), 
Tit.  48  ;  18  (X.),  22  (PL),  28-41  (Is.),  48-58  (Is.)  ;  59  (PL),  60  (X.),  68-76  (X.). 


ORAISONS    FUNÈBRES  211 

valle  ^  —  et  reconnaître  l'importance  de  cette  coïncidence.  Cettic 
importance  est  confirmée  par  ce  fait  que  la  théorie  stoïcienne  du 
traitement  des  malfaiteurs,  citée  par  Sainte-Marthe,  est  toute 
entière    dans    Stobée  ^.   Ce  que    Sainte-Marthe  dit  du  charme 
que  possèdent  les  femmes  silencieuses  se  trouve  déjà  dans  les 
chapitres  de   Stobée   relatifs  au   mariage,  ou  à  ses    avantages 
et  désavantages  ^  ;  les  aphorismes  sur  la  libéralité  des  Princes, 
qui,  à  quelques  pages  d'intervalle,  sont  attribués  à  Epictète  et 
à  Jamblique,  se  trouvent  aussi  très   rapprochés  dans  l'antho- 
logie •*.  S'il  ajoute,  à  propos  de  la  hbéralité,  une  maxime  de 
Senèque,  qui  ne  se  trouve  pas  dans  le  Florilegium,  il  cite  dans  la 
même  page,  au  sujet  de  cette  vertu,  des  aphorismes  de  Pj^tha- 
gore  et  de  Socrate  qui  se  suivent  de  très  près  dans  Stobée  ^.  Il 
cite  rarement  Aristote  et  le  met  peu  en  cause  ;  pourtant,  sur  six 
de  ses  citations,  quatre  pourraient  avoir  été  tirées  de  Stobée  ^ 
et  'l'une  d'elles,   mal  reproduite,   provient  sûrement  de  cette 
source.  Sainte-Marthe  a  constamment  le  nom  de  Xenophon  sur 
les  lèvres  ;  mais,  bien  qu'il  parle  de  «  l'elegant  livre  de  Xenophon 
de  l'adolescence  de  Cyrus  »  et  en  dépit  de  ce  que  ces  mots  «  vous 
avez  lu  en  Xenophon  "^  »  pourraient  laisser  croire,  il  est  presque 
certain    qu'il    n'a    connu    Xenophon   que    par    l'intermédiaire 
de  Stobée,    car   les    citations    coïncident   d'une  manière  frap- 
pante ;  il   oublia  même  la  véritable  source  de  l'une  d'elles  et 
confondit    l'auteur    avec    un     autre  ^.    Euripide    est    un    des 
auteurs  favoris  de  Sainte-Marthe  et  pourtant  toutes  ses  cita- 
tions peuvent  avoir  été  tirées  de  Stobée  ^.  Ses  allusions  à  Alceste 

1.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  67  et  68  ;  Stob.,  Tit.  17  ;  18,  28. 

2.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  69.  Stob.,  Tit.  44  ;  50. 

3.  Or.  fun. . .  de  M.  de  N.,  p.  75  ;  Stob.,  Tit.  74  ;  29,  38,  65,  Tit.  69  ;  17. 

4.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  86  et  89  ;  Stob.,  Tit.  44  ;  75,  Tit.  46  ;  88. 

5.  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  27  v«  ;  Stob.,  Tit.  15  ;  7. 

6.  Ce  sont,  sxir  les  fonctions  du  "rince,  l'anecdote  de  Gorgias  Léontinus  (cf. 
supra,  p.  210,  n.  1)  et  deux  descriptions  de  la  colère  (Or.  fun...  de  Fr.  d'A., 
fol.  25  T°  et  v°). 

7.  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  19  vo  ;  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  38.  La  Cyropédie 
avait  été  imprimée  poiu-  la  première  fois  en  1516.  La  dernière  édition  était  celle, 
de  Halles,  1540  ;  il  en  parut  une  à  Florence  en  1527  (Brunot). 

8.  Une  remarque  sur  l'importance  de  la  gi-avité  pour  un  Prince  (Stob., Tit.  5  ; 
127),  n'est  pas  de  Xenophon,  comme  le  croit  Sainte-Marthe,  mais  de  Platon 
(Rep.,  III,  388)  et  c'est  bien  ce  qu'avait  dit  Stobée. 

9.  Ces  citations  portent  sur  :  le  silence  des  femmes,  la  mort,  la  noblesse  des 
ancêtres,  la  véritable  noblesse.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  23,  30  et  33  ;  Stob., 
Tit.  89  ;  2,  Tit.  86  j  1,  Tit.  87. 


212  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

et  à  Evadiié  ^,  ne  prouvent  pas,  bien  qu'il  ne  soit  pas  question 
d'eux  dans  le  Florilegium,  que  Sainte-Marthe  ait  directement 
connu  VAlceste  ou  Les  Suppliantes.  Il  peut  les  avoir  moissonnés 
dans  une  autre  anthologie,  de  la  même  manière  dont  il  en 
usa  avec  Stobée.  Un  tel  étalage  d'érudition  paraît  singulière- 
ment naïf,  quand  on  en  a  découvert  la  provenance. 

Il  ressort  de  tout  ceci  que  Sainte-Marthe  n'avait  pas  envie 
de  laisser  connaître  ses  sources.  En  somme,  il  prit  soin  d'évi- 
ter qu'on  les  découvrit.  Il  fait  deux  fois  mention  de  Stobée  : 
«  Comme  nous  Hsons  en  Stobée  le  Philosophe,  Musonius  avoir 
autrefois  dit  »,  écrit-il  quelque  part  -  et  il  parle  en  un  autre 
endroit  de  «  Sopatre  en  Stobée^  ».  Mais,  quelques  pages  plus 
loin,  il  cite  de  nouveau  Sopatre  sans  nous  renvoyer  à  Stobée, 
bien  que  la  citation  soit  tirée  du  même  chapitre  et  soit  un  des 
dix  extraits  tirés  de  Sopatre  et  rapportés  en  mi  seul  groupe 
par  Stobée  *.  Il  ne  donnera  pas  la  moindre  indication  sur  cette 
source,  ni  sur  d'autres  dont  il  se  servit  subsidiairement,  qui 
furent  probablement  Valère  Maxime  ^,  Elien  ^  et  le  De  mulie- 
ribus  Claris  '  de  Boccace. 


i.  Or.  fun...  de  M.  de  2\.,  p.  111. 

2.  Ibid.,  p.  42.  Stobée,  Tit.  48  ;  67. 

3.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  65  ;  Stobée,  Tit.  48. 

4.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  69  ;  Stobée,  Tit.  46  ;  55. 

5.  Sainte-Marthe  mentionne  une  fois  cet  auteur  «  Valère  le  grand  »  avec  Platon, 
Aristote  et  Cicéron,  au  sujet  de  la  divination  par  les  songes  (Or.  fun. ..de  M.  de  N., 
p.  105).  Il  semble  probable  que  c'est  à  lui  qu'il  doit  l'histoire  de  deux  Arcadiens. 
dont  l'un  avertit  l'autre  après  sa  mort  par  un  songe,  une  allusion  au  chagrin 
inconsolable  de  Marcus  Plautus  et,  même,  une  autre  à  l'affection  de  Codrus  et  de 
Régulus  ;  toutefois  il  y  a  un  plus  grand  nombre  de  soiu-ces  possibles  pour  ce 
dernier  cas  (ibid.,  pp.  106,  111,  48.  Cf.  Val.  Max.,  I,  8  ;  IV,  6  ;  V,  6  ;  I,  1  et  2). 
Il  y  avait  eu  beaucoup  d'éditions  de  son  ouvrage  et  une  traduction  publiée  de 
bonne  hetu'e,  cire.  1480,  fut  réimprimée  en  1485  et  plusieurs  fois  encore  par  la 
suite.  Elle  ne  parut  à  Paris  qu'en  1544. 

6.  On  a  déjà  vu  ce  que  Sainte -Marthe  devait  à  Elien  poiu"  la  description  de  la 
vallée  de  Tempe  qui  se  trouve  dans  son  Tempe  de  France  ;  mais  il  ne  pouvait  alors 
en  connaître  que  des  extraits.  Il  avait  paru  depuis  deux  éditions  des  Varice 
historiée,  celle  de  Rome  en  1545  et  celle  de  Francfort  en  1548  (?).  Il  semble 
plausible  que  Sainte-Marthe  pensait  à  l'histoire  de  Nauches  que  raconte  Elien, 
quand  il  écrivit  :  «  Elle  ayma  trop  mieuls...  se  rendre  digne  du  sanctuaire  des 
Prebstres  d'Aegypte...  que  de...  laisser  emmaigi'ii",  aux  Lois  des  Lacédémoniens, 
un  gros,  un  gras,  &  épicurien  ventre.  »  (Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  67.)  Au 
cas  où  il  connaissait  bien  Elien,  c'est  peut-être  de  son  ouvrage  qu'il  tira  diffé- 
rentes choses  concernant  Alexandre,  Zoïle,  Xantippe,  les  Pythagoriciens,  etc.. 

7.  Sainte-Marthe  consacre  deux  ou  trois  pages  (Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  78, 
80  et  90)  à  l'éloge  des    femmes  illustres.  Plusieurs  d'entre  elles  se  retrouvent 


ORAISONS   FUNÈBRES  213 

Toutefois,  abstraction  faite  de  toas  ceux-ci,  Sainte-Marthe 
fait  preuve  de  connaissances  assez  étendues  pour  qu'on  puisse 
le  considérer  comme  un  étudiant  de  l'antiquité  d'une  érudition 
assez  large,  sinon  aussi  encyclopédique  qu'il  voudrait  le  laisser 
croire  à  ses  auditeurs.  On  voit  qu'Horace  et  Martial  lui  étaient 
familiers  ^  ;  il  savait  par  cœur  Virgile,  Ovide,  Cicéron,  Plutar- 
que  et  il  avait  certainement  lu  Suétone  2.  ((  Quel  profit  avons- 
nous  de  l'histoire  que  Suétone  nous  a  laissée  de  la  vie  des  douze 
Césars  ?  »  s'écrie-t-il  avec  plus  de  franchise  apparente  que  lors- 
qu'il se  rapporte  à  la  Cyropédie  ^.  Une  de  ses  allusions  à  Héro- 
dote commence  par  ces  mots  :  «  Hérodote  a  mis  en  son  histoire  » 
et  il  semble  au  moins  avoir  parcouru  cet  auteur  ■*.  Il  semble 
avoir  surtout  connu  Homère  par  V Odyssée,  car  il  ne  fait  que 
deux  allusions  précises  à  V Iliade^.  Il  cite  plusieurs  fois  Maxime 
cle  Tyr,  «  le  grand  Tyrien^*^  )>  et  il  avait  peut-être  lu  du  Suidas  "^ . 
Il  cite  trois  fois  Démosthène  et,  puisqu'il  ne  doit  aucune  des 
trois  citations  à  Stobée,  nous  pouvons  supposer  que  Sainte- 
Marthe  avait  au  moins  parcouru  l'original  ^.  Il  semble  avoir  em- 


dans  le  De  niuUeribus  claris  de  Boccace,  qui  eut  plusieurs  éditions  avant  1550 
et  avait  été  traduit  deux  fois  en  français  ;  ce  sont,  particulièrement,  Sapho, 
Leontium,  Probe,  la  Papesse  Jeanne,  en  outre  Cléopatre  et  Porcie,  que  Sainte - 
Marthe  mentionne  à  une  autre  occasion  ;  mais,  quant  à  Probe,  on  se  sou- 
viendra qu'il  y  avait  déjà  eu  six  éditions  de  ses  centons  depuis  la  première 
de  1472.  La  plus  récente  était  de    1516. 

1.  Cf.  supra,  p.  208,  de  l'envie.  Il  cite  Ovide  à  propos  de  Mécène  et  aussi  deux 
vers  de  la  première  ode  d'Horace  :  «  &  a  ouy  Horace,  qui  l'appeloit  son  appuy 
et  refuge,  engendré  d'ayeuls  &  bisayeuls  Roys.  »  Or.  fiin...  de  M.  de  N.,  p.  30. 

2.  Sainte-Marthe  semble  avoir  puisé  surtout  dans  Suétone  pour  les  anecdotes 
sur  Titus  Vespasien  et  peut-être  pour  ses  allusions  à  Auguste,  Trajan, 
Gallien,  Domitien,  etc..  (Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  56,  60,  62,  67,  86  ;  Or.  fiin... 
de  Fr.  d'A.,  fol.  28  r°  et  v").  Il  existait  un  nombre  infini  d'éditions  des  auteurs 
mentionnés. 

3.  Cf.  supra,  p.  211. 

4.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  50.  C'est  probablement  à  lui  qu'il  emprunta  son 
anecdote  sm-Bulis  (ibid.,  p.  48)  et  celle  d'un  roi  d'Egypte  (Or.  fun...  de  Fr.  d'A., 
fol.  32  r°).  La  seule  édition  d'Hérodote  dont  il  ait  pu  se  servir  était  celle  d'Aide 
de    1502. 

5.  Une  à  Achille  (Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  20  r"),  et  une  avi  bouclier  d'Ajax 
(Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  89).  Ailleurs  (Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  5),  il  se  rap- 
porte à  Agamemnon,  Oreste,  Atrée  et  Tantale.  La  seule  édition  séparée  de 
l'Odyssée  qu'il  ait  pu  consulter  est  colle  de  1541  (Paris). 

6.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  60,  78,  118  et  119. 

7.  En  supposant  que  par  Agacle  (cf.  infra,  p.  214,  note  3)  il  voulut  dire 
Agalla. 

8.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  61  et  86. 


214  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

prunté  au  moins  une  histoire  ^  à  Dion  Cassius,  une  autre 
probablement  à  Capitolinus  ^,  et  il  connaissait  sûrement  l'Anto- 
logie  grecque  ^.  A  part  Simonide,  Aristophane,  Antimaque  ^,  la 
loi  des  Douze  Tables,  qu'il  mentionne  quelquefois,  et  sans  par- 
ler de  Platon,  nous  venons  de  passer  en  revue  toutes  les  con- 
naissances classiques  dont  Sainte-Marthe  fait  étalage  dans  ses 
Oraisons  funèbres. 

Malgré  ses  fréquents  appels  aux  autorités  païennes,  malgré  les 
phrases  comme  celle-ci  :  «  Ravy  devant  son  aige  par  l'envie  des 
f atalles  Déesses  ^  »  il  ne  faudrait  pas  conclure  trop  hâtivement 
que,  chez  Sainte-Marthe,  l'enthousiasme  pour  l'antiquité  l'em- 
portait sur  la  religion.  Son  âme  de  chrétien  était  pénétrée  de 
sentences  et  d'images  pieuses,  fruits  d'une  profonde  expérience 
religieuse,  quoiqu'elles  apparaissent  moins  facilement  que  les 
allusions  païennes,  du  moins  dans  les  oraisons.  En  plusieurs  pas- 
sages d'une  grande  beauté,  il  ne  s'appuie  que  sur  la  tradition  et 

1.  Or.  fun...  de  Fr.  cVA.,  fol.  29  v".  C'est  l'histoire  de  l'appauvrissement  de 
l'empereiir  Nerva.  Sa  source  poiu'rait  avoir  été  Dion  Cassius,  LXVII,  15-125  ; 
LA'^III,  21.  La  version  de  Sainte-Marthe  est  toutefois  erronée.  La  première 
édition  de  Dion  Cassius  n'avait  paru  que  deux  ans  avant  la  composition  des 
Oraisons  de  Sainte-Marthe.  (Paris,   1548.) 

2.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  67.  L'anecdote  d'Helvétius  Pertinax,  «  Aelie  siu*- 
nommé  Pertinace  ». 

3.  Une  édition  en  avait  parii  à  Paris  en  1531.  Sainte-Marthe  introduisit  le 
dizain  suivant  dans  son  apologie  des  femmes  célèbres  (cit.  supra,  p.  212,  note  7)  : 

«  Ne  Praxille,  jadis  femme  si  tressçavante 
Ne  Nosse,  qui  fut  tant  doctement  escrivante, 
Ne  Agacle  &  Anite,  &  le  gentil  esprit 
D'Erinne,  qui  coucha  trois  cents  vers  par  escript, 
Ne  Myrte,  &  Telesille  au  Virile  courage. 
Ne  Corinne,  poète  éloquente  &  très  sage, 
Qui  si  bien  le  boucler  de  Pallas  blasonna 
Qu'un  immortel  renom  sa  plume  luy  donna, 
Œuvre  ne  feirent  onc  tant  docte  qui  mérite 
Le  comparer  à  ceulz  de  nostre  Marguerite.  » 

Ceci  n'est  que  la  répétition    de    la  liste  d'Antipater  de  Thessalonique  des 

femmes  poètes  (Anthol.,  I  ;  lxvii  ;  8)  moins  les  noms  de  Sapho  et  de  Myro,  et 

plus  celui  d' Agacle  (Agalla  ?).  Outre  ces  noms  et  ceux  qu'il  put  tirer  de  Boccace, 
Sainte-Marthe  en  mentionne  dans  les  mêmes  pages  dont  l'origine  est  facile  à 
déterminer  :  ceux  de  Cassandre,  de  Diotima,  d'Aspasie  ;  d'autres  qui  dérivent 
de  ses  lectures  théologiques  :  Hildegarde,  Sainte -Catherine  de  Sienne,  Fabia, 
Marcella  et  Eiistochia  ;  d'autres  encore  dont  il  est  plus  difficile  de  trouver  l'ori- 
gine :  Damon,  Themistoclea,  Artémise  et  Sosipater,  qu'il  est  assez  surprenant 
de  voir  citer  parmi  les  femmes  poètes. 

4.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  31,  90,  112  26,  ;  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  8  v^. 

5.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  45. 


ORAISONS   FUNÈBRES  215 

l'autorité  chrétienne,  par  exemple  dans  tout  le  récit  de  l'incident 
de  Bourg-la-Reine,  dont  il  sera  question  dans  ce  chapitre  ^, 
ou  dans  un  éloge  des  vertus  anti-païennes  de  simplicité  et  de  cha- 
rité :  «  Ce  qu'ils  appellent  légiéreté  &  inconstance,  nous  dirons 
que  c'a  esté  une  candeur  &  pour  parler  comme  l'Escripture 
Saincte,  une  simplicité  ^  ».  Dans  un  autre  passage  du  même  genre, 
la  foi  que  montra  Marguerite  en  mourant  est  décrite  d'mie  façon 
touchante  ;  toutes  les  allusions  païennes  semblent  en  avoir  été 
à  dessein  écartées  et  seuls  saint  Jean  et  saint  Paul  y  sont  cités  ^. 
«  Mais  d'où  nous  vient  il  d'affermer  &  confesser  Jésus  estre  tel  ? 
Certes  nous  ne  l'apprenons  des  préceptes  des  Philosophes,  non 
des  contentions  sophistiques,  non  du  jugement  de  la  Chair,  non 
des  traditions  des  hommes,  non  de  la  sapience  &  prudence 
humaine  ^  ».  C'est  ainsi  qu'il  entre  en  matière.  Ailleurs,  il  em- 
prunte le  langage  des  Psaumes  :  «  Heureuse  d'avoir  esté  comme  la 
vigne  fructueuse  es  costés  de  sa  maison  ;  heureuse  d'avoir  veu 
ses  enfants  comme  plantes  d'olives  à  l'environ  de  sa  table  v 
etc.  ^. 

Certes  ces  passages  sont  rares,  plus  rares  que  ceux  où  rien  de 
chrétien  ne  se  mêle  au  Classicisme.  En  fait,  le  procédé  le  plus  fré- 
quemment employé  par  Sainte-Marthe  consiste  en  un  mélange 
des  allusions  païennes  et  des  allusions  chrétiennes.  Il  semble 
clair  que,   suivant  l'exemple  qu'avait  déjà  donné  Marguerite 


1.  Cf.  infra,  p.  241  et  seq. 

2.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  99.  Sainte-Marthe  ajoute  :  «  Au  Genèse,  Jacob  est 
fort  prisé  de  sa  simplicité,  et  Job  nous  est  proposé  comme  simple  et  droict 
homme.  Aussi  escrit  Salomon  le  juste  vivre  au  Monde  en  simplicité  &  qu'il 
nous  fault  cercher  Dieu  avec  une  simplicité  d'esprit.  Et  S.  Paul  après,  escrivant 
aux  Corinthiens,  se  glorifie  de  n'avoir  conversé  au  Monde  en  sagesse  charnelle, 
mais  en  simplicité.  Or  prend  il  ceste  simplicité  pour  une  candeur.  Quand  il  loue 
aux  mesmes  Corinthiens  la  charité  de  ceuls  de  Macedone,  qui,  quelque  pau\Teté 
qu'ils  heussent,  avoient  secom-u  les  pauvres  de  Jérusalem  de  toutes  choses  néces- 
saires par  un  simple  cœur,  c'est  de  cœiu-  candide,  non  fainct  ne  double.  Et  Job, 
louant  la  mesme  vertu,  dit  que  le  Seigneur  n'abandonne  &  ne  repoulse  jamais 
les  simples,  mais  qu'il  ne  preste  sa  main  aux  malings. 

«  Mais,  ô  Alençonnois,  à  quelle  fin  disons  nous  tout  cecy,  sinon  pour  vous 
monstrer  clairement  que  nous  appelions  justement  simplicité  ce  que  les  détrac- 
teurs de  Marguerite  appellent  inconstance  &  esprit  muable  ?  Je  dy  simplicité 
une  ingénuité  &  candeiu-  de  franc  cœur,  ne  pensant  à  aulcune  malice,  deloyaulté 
&  dol.  Mais  d'où  vient  cest  candeur  que  de  Charité  ?  Car  charité,  comme  dit 
S.  Paul  ne  pense  à  aulcun  mal  &  n'est  point  maligne.  » 

3.  Cf.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  103. 

4.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  102  et  seq. 

5.  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  42  \-°. 


216  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

de  Navarre  ^,  il  essaya  de  concilier  la  doctrine  chrétienne  et  la 
philosophie  antique,  de  donner  à  la  première,  encombrée  de 
traditions  humaines  fausses  ou  superflues  ^,  une  nouvelle  inter- 
prétation à  l'aide  de  la  seconde.  Déjà,  dans  une  de  ses  Para- 
phrases, de  sept  ans  antérieure,  il  rappela  l'expression  de  saint 
Jérôme,  «  philosophie  chrétienne  ^  )>,  par  la  phrase  «  secretoria 
Evangelicae  philosophiœ  ^  ».  Il  la  répète  maintenant  avec  une 
emphase  qui  montre  qu'elle  s'accordait  bien  avec  sa  pensée  : 
ce  II  ne  fault  toutefois  qu'on  pense,  quand  nous  faisons  mention 
de  Philosophie,  que  nous  ne  parlons  que  de  celle  qui  s'apprend 
es  escripts  de  Platon  &  des  aultres  Philosophes,  car  nous 
entendons  aussi  de  la  Philosophie  Evangélique,  qui  est  la 
Parolle  de  Dieu  ^  ».  Comme  Calvin  s'il  essaya  d'interpréter 
le  Christianisme  comme  une  philosophie,  son  désir  de  l'amal- 
gamer avec  celle  des  Anciens,  que  prouve  ses  rapprochements 
constants  des  autorités  chrétiennes  et  des  autorités  païennes, 
était  cependant  une  chose  à  laquelle  Calvin  était  bien  loin  de 
songer.  Comme  exemple  de  ce  procédé  on  peut  citer  sa  compa- 
raison du  courage  de  la  Reine,  qui  fit  chanter  le  Te  Deum  et 
placarder  dans  la  ville  à  la  mort  de  son  jeune  fils  :  <(  Le  Seigneur 
l'avait  donné,  le  Seigneur  l'a  ôté  »,  avec  celui  d'Anaxagore,  de 
Bibulus,  d'Antigone,  de  Rutilius,  tant  qu'avec  celui  de  S3an- 
phosie,  de  Félicité  et  de  Sophie  ;  ou  son  assertion  que  le  courage 
de  Marguerite  s'inspirait  autant  du  souvenir  d'Euripide  et 
d'Hérodote  que  de  sa  conviction  que  l'âme  de  son  enfant  était 
«  entre  les  mains  de  Celuy  qui  avoit  crié  sur  la  terre  :  Laissés 


1.  Cf.  sur  ce  sujet  Abel  Lefranc,  Les  Dernières  Poésies  de  Marguerite  de  Navarre, 
p.  LXiv.  M.  Lefranc  dit  ailleurs  :  «  Il  rêve  de  réconcilier  le  christianisme  avec 
la  philosophie  antique  et  conçoit  à  la  suite  de  celle  qu'il  pleiu-e,  une  sorte  de  vie 
nouvelle  où  les  deux  principes,  en  apparence  opposés,  s'uniraient  dans  une 
harmonie  supérieure.  Il  est  curieux  de  noter  que  le  beau  discours,  où  le  nom  et 
les  citations  de  Platon  se  retrouvent  à  chaque  page,  renferme,  pour  ainsi  dire, 
la  moelle  des  enseignement  académiques  sur  tous  les  grands  problèmes  qui  solli- 
citent la  réflexion.  »  Marguerite  de  Navarre  et  le  Platonisme  de  la  Renaissance, 
lac.  cit.,  vol.  LIX,  p.  754. 

2.  On  a  déjà  remarqué  ses  critiques  sur  les  traditions  humaines,  c/.  supra, 
p.  118,  n.  3. 

3.  Les  lettres  de  saint  Jérôme  avaient  été  souvent  imprimées  et  avaient  même 
été  traduites  en  français  en  1520.  Nisard  a  remarqué  l'usage  qu'Erasme  fait  de 
cette  expression.  Hist.  de  la  lit.  française,  vol.  I,  p.  328.  Et  au  sujet  de  la  philo- 
sophie de  Calvin,  cf.  ihid.,  pp.  322-336. 

4.  In  Ps...  XXXIII  Paraphrasis,  p.  146. 

5.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  43. 


ORAISONS   FUNÈBRES  217 

venir  k>s  onfants  à  11103'  "  ^-  ^^  même,  forcé  de  reconnaître  que 
Marguerite  avait  des  défauts,  il  prend  des  exemples  indifférem- 
ment chez  Alexandre,  Jules  César,  Soerate,  Platon,  Aristote, 
Caton  et  Cicéron,  Salomon  et  saint  Pierre.  Il  réunit  ailleurs 
Sopatre  et  «  iiostre  Saincte  Escripture  »,  Platon,  Caton  et  Salo- 
inon,  ou  Platon,  Moïse,  le  Christ  et  saint  Paul,  ou  encore  Cimon 
l'Athénien,  Obadiah  et  Lucine  -,  cependant  que  «  l'ethnique 
Soerate  »  et  «  le  fidèle  Job  »  se  coudoient  plus  d'une  fois  ^.  Le 
lecteur  trouvera  réunis  dans  la  même  liste,  assez  divertissante, 
les  noms  de  la  mère  de  Caton,  de  Fabien,  de  Camille,  des  Décius, 
des  Curtius,  d'Homère,  de  Platon,  d'Aristote,  de  Cicéron  et  de 
celle  de  Tertullien,  d'Origène,  de  saint  Augustin,  de  saint  Am- 
broise,  de  saint  Jérôme,  de  saint  Cyprien  et  de  saint  Jean  Chry- 
sostome  *  ;  tandis  qu'une  dissertation  sur  la  colère  emprunte  ses 
embellissements  à  Euripide,  à  Ménandre,  à  Aristote,  à  Platon, 
à  Homère,  à  Sénèque,  à  Alexandre,  à  saint  Paul  et  à  David  ^. 
Ailleurs  son  panégyriste  déclare  que  si  saint  Paul  n'avait  appris 
à  la  Reine  de  Navarre  ce  que  doit  être  une  conduite  conjugale, 
«  si  [l'Javoit  elle  lu  en  Pleutarque  ^  ».  Quant  à  ce  qu'Euripide, 
Democrite,  Epicharme,  Nicostrate  ou  la  significative  statue  de 
Vénus  par  Phidias  pouvaient  enseigner  sur  la  nécessité  de  la 
modération  dans  le  langage  :  «  Marguerite  scavoit  tout  cecy, 
car  elle  avoit  appris  non  seulement  des  auteurs  ethniques,  mais 
aussi  des  catholiques  &  chrestiens,  combien  doivent  les  femmes 
honorer,  révérer,  craindre  et  aymer  leurs  maris  '  ».  Ailleurs  il 
oppose  une  anecdote  sur  Alexandre  à  un  commandement  du 
Christ  ^  ;  il  accouple  des  préceptes  d'Aristote  et  de  saint  Paul  : 


1.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  49-51. 

2.  Ibid.,  pp.  97,  65,  88. 

3.  «  L'ethnique  Soerate  o\i  le  fidèle  Job  seroient  de  nous  gi-andement  loués 
si  nous  lisions  d'euls  un  acte  semblable.  Combien  plus  doibt  il  estre  prisé  en  une 
femme,  dont  le  sexe  pourroit  escuser  toute  pusillanimité,  tant  gi-ande  fust 
elle  ?  »  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  52.  «  Passast  il  en  patience  Soerate  &  lob  ». 
«  Si  Soerate  n'eust  trouvé  la  malicieuse  Xantippe,  comment  eust  il  exercé  sa 
constance?  Si  Hiob  n'eust  été  affligé,  qui  nous  eust  rendu  tesmoignage  de  sa 
patience  ?  ».  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  26  r»  et  32  v». 

4.  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  36  r°.  C'est  pour  prouver  Je  rôle  utile  rempli  pour 
la  Duchesse  dans  sa  lignée. 

5.  Ibid.,  fol.  25  r°-26  r». 

6.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  73.  Cf.  infra,  p.  235. 

7.  Ibid.,  p.  75. 

8.  Ibid.,  p.  59, 


218  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

«  Aristote  escrit  que  vertu  est  exercée  par  les  choses  difficiles, 
&  S.  Paul  dit  qu'elle  se  rend  &  monstre  perfaicte  en  l'infir- 
mité ^  ».  Ces  combinaisons  d'autorités  sont  clairement  l'ex- 
pression d'un  esprit  en  même  temps  humaniste  et  chrétien  ;  mais 
c'est  seulement  à  cause  de  Tinfluence  platonique,  qui  s'étendait 
à  tout,  qu'elles  semblent  devoir  indiquer  les  efforts  d'un  pieux 
théologien  et  d'un  Platonicien  zélé  pour  concilier  les  deux  philo- 
sophies. 

Le  nom  de  Platon  est  emphatiquement  introduit  à  la  fin  d'un 
passage  qui  exprime  clairement  les  vues  de  Sainte-Marthe  et 
dont  chaque  phrase  rappelle  les  enseignements  du  maître,  pres- 
que ses  propres  paroles  ^  :  «  De  qui  apprendrons-nous  que  c'est 
que  de  Justice  que  des  préceptes  des  Philosophes  ?  »  demande 
Sainte-Marthe,  «  Qui  sera  plus  apte  &  commode  au  gouvernement 
d'un  Royaume  que  celuy  qui  peut  se  gouverner  soi-mesmes  ?... 
Or  la  seule  Philosophie  pare  le  chemin  à  Tempérance  et  géné- 
ralement à  toutes  les  aultres  Vertus...  Devra  celuy  estre  nommé 
Roy,  ou  qui  efféminement  obéit  aux  délices...  ou  qui  est  magna- 
nime &  insuperable  contre  les  furieuses  concupiscences  ?  C'est 
Philosophie  qui  enseigne  Force  et  Constance,  &  monstre  que 
Vertu  ne  peut  demeurer  au  Royaume  de  Volupté.  Appeleras-tu 
celuy  Roy,  qui  ne  sçait  establir  des  Lois,  ne  vivre  selon  les  Lois  ? 
La  seule  Philosophie  en  est  la  maistresse,  et  appelle  un  Roy  Ame 
de  la  Loy...  Si  les  Princes  considéroient  ces  choses,  certes  ils  ne 
dépriseroient  ainsi  les  Philosophes  ains...  estudieroient  en  Philo- 
sophie, qui  n'est  aultre  chose  sinon  l'exercice  de  bien  &  d'hon- 
nesteté...  [qui  est]  proffitable  aux  Grands,  aux  petits  et  moiens, 
mais  [qui]  n'est  à  personne  tant  nécessaire  qu'aux  Princes... 
Il  ne  fault  toutefois  qu'on  pense  »,  —  et  Sainte-Marthe  découvre 
enfin  le  nom  et  le  dessin  qui  lui  sont  le  plus  chers  —  «  il  ne  fault 
toutefois  qu'on  pense  que  nous  ne  parlons  que  de  celle  qui 
s'aprend  es  escripts  de  Platon  et  des  aultres  Philosophes,  car 
nous  entendons  aussi  de  la  Philosophie  Evangélique,  qui  est  la 
Parolle  [même]  de  Dieu  ». 

Nous  avons  déjà  remarqué  dans  la  Poésie  Françoise  l'influence 
des  idées  platoniques  sur  Sainte-Marthe.  Son  inclination  vers 
cette  voie  avait  eu  le  temps  de  devenir  plus  accentuée  pendant 


1.  Or.  jun...  de  Fr.  cVA.,  fol.  32  v". 

2.  Or.  jun...  de  M.  de  N.,  pp.  42-44. 


ORAISONS   FUNÈBRES  210 

les  dix  années  qui  s'écoulèrent  entre  la  publication  de  ce  volume 
et  la  composition  des  deux  Oraisons  funèbres,  puisqu'il  avait 
passé  une  partie  de  ce  temps  auprès  de  cette  femme,  qui,  plus 
que  toute  autre  à  son  époque,  avait  répandu  la  doctrine  et  l'es- 
prit du  Platonisme.  En  outre,  il  avait  eu  aussi  le  temps  de  faire 
plus  profondément  connaissance  avec  les  Dialogues  et,  consé- 
quemment,  l'empreinte  directe  de  Platon  sur  sa  pensée  apparaît 
d'une  façon  frappante  dans  ses  deux  Oraisons  et  contraste  avec 
le  caractère  néo-platonique  de  la  philosophie  de  Marguerite,  non 
moins  qu'avec  ses  propres  idées  de  la  Poésie  Françoise. 

«  Le  poète  qui,  dans  l'entourage  littéraire  de  la  Reine,  a  célébré 
avec  la  foi  la  plus  ardente,  la  plus  communicative,  les  beautés  de 
la  religion  platonicienne,  ce  fut  sans  contredit  l'aimable  Charles 
de  Sainte-Marthe  ^  ».  C'est  en  ces  termes  qu'un  critique  moderne 
définit  sa  contribution  au  mouvement  platonique  dans  la  pre- 
mière des  deux  Oraisons  funèbres,  «  chef-d'œuvre  trop  ignoré  ». 
Là,  comme  dans  l'Oraison  pour  Françoise  d'Alençon,  abondent 
les  allusions  à  Platon  et  des  citations,  qui,  au  contraire  des 
autres  allusions  classiques  de  Sainte-Marthe,  sont  évidemment 
le  fruit  d'une  étude  de  l'original  '^.  Outre  celles  dont  on  a  déjà 


1.  A.  Lefranc,  Marguerite  de  Navarre  et  le  Platonisme  de  la  Renaissance,  loc. 
cit.,  p.  754. 

2.  Tandis  q\ie  certains  j^assages  do  Platon  auxquels  Sainte-ilarthe  fait  allu- 
sion pourraient  avoir  été  tirés  de  Stobée,  d'autres  ne  s'y  trouvent  pas  :  tels  sont 
par  exemple  les  passages  du  Cratyle,  cit.  infra,  p.  226  ;  celui  de  la  mort,  consi- 
dérée comme  jouissance  de  tous  biens  (Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  60  v°  et  43  r", 
Phœdon,  68);  celui  d'où  Sainte-Marthe  a  tiré  ce  qu'il  dit  de  Diotima  (Or.  fun... 
de  M.  de  N. ,  p.  78  ;  Le  Banquet,  201-8)  ;  celui  de  la  description  de  la  colère  avec 
la  citation  d'Homère  (Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  25  v°  ;  Philèbe,  47),  et  de  l'or- 
ganisation domestique  considérée  comme  l'épreuve  d'un  Prince,  cit.  infra, 
p.  221;  les  passages  sur  le  rêve  de  Socrate  (Or.  fun.  de  M.  de  N.,  p.  106  ;  Criton, 
44),  sur  les  rêves  en  général  (ibid.,  p.  107  ;  Rep.,  IX,  571)  et  sur  la  matière  com- 
mune de  l'humanité,  diversifiée  poui"  différentes  fins  (Or.  fun...  de  Fr.  d'A,. 
fol.  10  vo  et  ro  ;  Rep.,  III,  415)  ;  celui  où  le  Prince  est  considéré  comme  l'âme  de 
la  Loi  (Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  43  et  85,  peut-être  est-ce  une  mauvaise  lectm'o 
des  Lois,  IV,  715)  et  celui  de  la  crédulité  mère  de  l'inconstance,  cit.  infra,  p.  221. 

Enfin  deux  passages  sont  particulièrement  significatifs  :  L'un  se  rapporte 
au  cheval  fougueux  et  indocile  des  passions,  tiré  du  Phœdre  (cit.  infra)  et  omis 
par  Stobée,  bien  qu'il  ait  tiré  du  Phœdre  et  du  Banquet  d'autres  passages 
bien  connus  siu-  l'amour  savoir  :  la  dissertation  sur  l'amour  et  le  choix  d'un 
amant  (Phœdre,  237  et  238  ;  Stob.,  Tit.  64  ;  40,  41  et  42),  l'histoire  de  l'Andi-o- 
gyne  (Symp.,  189  ;  Stob.,  Tit.  63  ;  35),  et  la  description  do  l'amour  par  Agathon 
(Symp.,  195  ;  Stob.,  Tit.  63  ;  36)  ;  l'autre  passage  significatif  est  un  fragment 
de  l'oraison  funèbre  d'Aspasie  d'après  Socrate  (Ménex.,  236  et  237  ;  Or.  fun... 
de  M.  de  N.,  pp.  25  et  26),  omis  par  Stobée,  bien  qu'il  ait  rapporté  d'autres 


220  CHARLES   DE   SAINTE-MARTHE 

parlé,  il  s'y  trouve  des  citations  de  Platon  sur  la  tempérance  ^  ;  sur 
la  vertu  et  le  vice  pris  comme  sujets  de  conversation  ^  ;  sur  le 
deuil  ;  sur  le  désintéressement  chez  les  Princes  ;  sur  le  rôle  de 
l'éducation  dans  l'amélioration  de  la  race  ;  sur  les  distinctions 
de  naissance  ;  sur  les  avantages  des  funérailles  ^,  ou  des  bons 
instructeurs  de  la  jeunesse  ;  sur  l'institution  d'honneurs  mérités  *. 
Deux  fois  Sainte-Marthe  parle  de  la  mort  en  citant  le  philosophe 
et  il  le  cite  aussi  quant  aux  rapports  de  l'âme  et  du  corps  :  «  Car 
comme  dit  le  divin  Platon,  combien  que  nous  disons  l'Homme 
estre  composé  du  Corps  &  de  l'Ame,  si  est  ce  que  sa  meilleure  & 
plus  noble  partie  c'est  l'Ame,  participante  de  la  raison  &  de 
l'immortalité  divine  ^  »  ;  et  il  poursuit  sa  description  de  l'âme 
emprisonnée  dans  le  corps.  «  La  grande  beaulté  du  corps  », 
écrit-il  ailleurs,  paraphrasant  plutôt  que  citant  exactement  son 
auteur  «  tesmoigne  de  la  beaulté  de  l'esprit,  comme  dit  Pla- 
ton ^  ».  Il  se  sert  de  ce  que  Platon  cite  d'Homère  comme  descrip- 
tion de  la  colère  légitime  et  il  rapporte  à  une  autre  place  le 
fameux  conseil  du  maître  pour  le  bonheur  des  Républiques  : 


passages  précédant  ou  suiv^ant  celui-là,  savoir  :  Menex.,  234,  235,  238,  240,  242, 
246  ;  Stob.,  Tit.  50  ;  30,  Tit.  14  ;  26,  Tit.  43  ;  86,  Tit.  1  ;  91,  Tit.  38  ;  49,  Tit.  51  ; 
30,  Tit.  9  ;  30.  Les  passages  de  Platon  cités  par  Sainte-Marthe  et  compris  dans 
Stobée  sont  les  suivants  :  Siu*  la  vertu  facile  aux  âmes  bien  nées  fOr.  fun...  de 
M.  de  N.,  p.  20  ;  Alcib.,  120  ;  Stob.,  Tit.  86  ;  6),  sur  la  mort,  changement  d'un 
lieu  pour  un  autre  (Or.  fun...  de  M.  de  N.,  1 15  ;  Ap.  Soc,  40  ;  Stob.,  Tit.  120;  29), 
sur  le  départ  de  cette  vie  pour  une  autre  (Or.  fun.  de  M.  de  N.,  p.  118  ;  Phœdon, 
67  ;  Stob.,  Tit.  118  ;  18),  sur  l'amélioration  de  la  race,  résultat  de  l'éducation 
(Or.  fun...  de  M.  deN.,  p.  38  ;  Rep.,  IV,  420;  Stob., Tit.  43;  156),  siu-  les  avantages 
d'un  bon  éducateur  de  la  jeunesse  (Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  40  ;  Lois,  VI,  766  ; 
Stob.,  Tit.  44  ;  55),  sur  les  Rois  philosophes  (Or.  fun.  de  M.  de  N.,  p.  41  ;  Rep., 
Y,  473  ;  Stob.,  Tit.  43  ;  109),  sur  la  Législation  du  deuil  (Or.  fun...  de  Fr.  d'A., 
fol.  44  ro  ;  Lois,  XII,  959  ;  Stob.,  Tit.  123  ;  16),  sur  la  façon  de  traiter  les  servi- 
teurs (Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  17  V  ;  Lois,  VI,  777  ;  Stob.,  Tit.  62  ;  52),  sui- 
l'emprisonnement  de  l'âme  dans  le  corps  (Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  119  ;  Axio- 
chus,  365  ;  Stob.,  Tit.  121  ;  38)  et  sur  le  désintéressement  des  Princes  (Or.  fun... 
de  M.  de  N.,  p.  89  ;  Rep.,  V,  462-464  ;  Stob.,  Tit.  43  ;  102). 

Il  est  naturellement  possible  que  Sainte-jMarthe  ait  utilisé  quelque  anthologie 
inconnue  pour  le  reste  de  ses  citations  de  Platon  ;  mais  leur  abondance  semble 
indiquer  qu'il  a  eu  recours  à  l'original. 

1.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  67  ;  cf.  Rep.,  III,  389  et  390. 

2.  Ibid.,  p.  95.  Se  rapporte  probablement  à  Rep.,  III,  390. 

3.  D'après  l'oraison  funèbre  d'Aspasie. 

4.  Pour  les  références,  cf.  supra,  p.  219,  note  2. 

5.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  119. 

6.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  120  ;  Rep.,  IV,  402  ;  Stob.,  Tit.  65  ;  118  ;  cf.  aussi 
Cratyle,  416. 


ORAISONS   FUNEBRES  221 

savoir,  que  les  philosophes  régnent  et  les  Rois  deviennent  philo- 
sophes ;  il  rappelle  aussi  que  Platon  donne  au  Prince  le  caractère 
d'âme  de  la  Loi. 

Les  allusions  de  Sainte-Marthe  aux  écrits  de  son  maître  ne  sont 
pas  toujours  claires.  Par  exemple,  quand  il  écrit  sur  la  «  vie  & 
reigle  domestique  que  Platon  appelle  certification  &  asseurance 
en  un,  Prince  de  bien  régir  &  gouverner  la  repubhque  &  ses  sub- 
jects,  &  ou  aussi  la  prudence,  sagesse  et  vertu,  ou  (au  contraire) 
l'imprudence  &  la  corruption  de  la  vie  se  manifestent  »,  il  semble 
qu'il  paraphrase  un  passage  du  Politique  ^  ;  quand  il  attribue  à 
Platon  la  pensée  que  l'incrédulité  est  la  mère  de  l'inconstance, 
il  semble  n'avoir  présent  à  l'esprit  que  d'une  manière  vague 
un  chapitre  du  Demodocus  '^.  Cette  imprécision  même  pourrait 
servir  à  prouver  que  son  esprit  était  plein  des  trésors  des  Dia- 
logues, chose  que  rend  plus  évidente  le  fait  qu'il  se  souvient  de 
Platon,  même  lorsqu'il  ne  le  nomme  pas.  Par  exemple  il  est 
facile  de  reconnaître  la  source  d'mi  passage  de  l'Oraison  pour  la 
Duchesse  de  Beaumont,  relatif  au  profit  des  Oraisons  funèbres. 
On  demande  à  ceux  qui  arguent  contre  ces  oraisons  «  quel  pro- 
fîct  a  apporté  à  la  Republique  l'institution  d'ériger  &  consacrer 
des  statues  &  images  aux  morts».  Leur  réponse  est  pratiquement 
la  paraphrase  d'un  passage  du  Ménexène,  qui  avait  déjà  été 
utihsé  dans  l'oraison  précédente,  où  Platon  est  directement  cité  : 
«  Je  croy  qu'ils  me  diroient  (j'entends  s'ils  ont  une  seule  scintille 
de  ingénient)  que  les  morts  en  son  honnorés,  &  par  cest  honneur 
leurs  vertus  récompensées  :  &  tant  ceuls  qui  leur  touchent  de 
sang,  que  généralement  touts  les  autres,  excités  à  les  ensuivre^». 

Etant  donnés  l'immense  mfluence  qu'eut  Platon  sur  l'esprit 
de  Sainte-Marthe,  son  constant  recours  à  son  autorité,  et  surtout 
ses  efforts  pour  donner  au  Christianisme  une  teinte  philosophique 
pouvant  rivaliser  avec  celle  de  la  littérature  classique,  il  est 
curieux  de  rencontrer  un  passage  qui  parvient  à  diviser  expres- 
sément les  Chrétiens  et  les  Philosophes  en  deux  groupes  séparés 
sinon  antagonistes.  Cette  distinction  est  d'autant  plus  frappante 
qu'elle  se  trouve  dans  un  appel  à  Platon  et  à  l'Ecriture  comme 
dernières  autorités  au  sujet  de  la  valeur  des  rêves.  «  Ceuls  qui 


1.  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  13  v"  ;  cf.  Politique,  258  et  259. 

2.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  97  ;  Demcdocus,  0. 

3.  Or.  fun...  de  Fr.  d'A..  fol.  19  v".  Cf.  Ménex.,  276  et  237,  et  aupra,  p.  362. 


222  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

s'en  mocquent  »,  écrit  Sainte-Marthe,  «  ou  sont  avec  nous  Chres- 
tiens  ou  Philosophes,  ou  du  tout  Atheistes  &  sans  loy.  Que  s'ils 
sont  du  nombre  de  ceuls  qui  ne  tiennent  grand  compte  de  nostre 
Rehgion  &  la  veulent  postposer  aux  traditions  des  Philosophes, 
me  respondent  donc  qu'il  leur  semble  de  Platon,  d'Aristote,  de 
Cicéron,  de  Valère  le  Grand,  desquels  les  escripts  traictants  de 
telle  divination  ont  esté  reçeus  de  nos  prédécesseurs    &   mis 
entre   nos   mains   )>.    Après   avoir   raconté  plusieurs  anecdotes, 
confirmant  l'importance  des  indications  fournies  par  les  rêves 
et  terminé  par  l'histoire    de    celui  de  Socrate  dans  sa  prison, 
Sainte-Marthe  poursuit  :  «  Si  le  Platonique  s'efforce  .de  me  con- 
traindre à  croire  cecy,  il  luy  est  aussi  nécessaire  m'accorder 
celle,  qui  dist  à  Marguerite  en  songe  que  bien  tost  elle  seroit  cou- 
ronnée de  la  couronne  qu'elle  luy  monstreoit,  avoir  entendu  de  la 
couronne  de  vie  qu'elle  devoit  recevoir  après  la  mort  du  corps. 
((  Que  si  nous  avons  affaire  aux  Chresliens,  je  croy  qu'il  ne 
nieront  que  le  Seigneur  a  accoustumé,  quelquefois  par  songes, 
quelquefois  par  d'aultres  signes  extérieurs,  nous  faire  entendre 
sa  volonté  &  nous  révéler  ce  qui  nous  doibt  advenir  ...)>  «  Quant 
est  des  Epicuriens    &  Athées...,  puisqu'ils  ostent  du  tout  la 
divinité  à  nos  Esprits,  ils  nieront  aussi  la  divination  leur  estre 
dehors  manifestée,  &  au  dedans  divinement  enclose  ;  mais  les 
Philosophes  ne  les  préféreront  à  Platon  &  Socrate,  les  Chrestiens 
ne    les   préposeront   à  l'Escripture  Saincte  ^  ».  Dans  sa  Médi- 
tation   sur    le    Psaume    xc  (xci)  de    la    même    année,  Sainte- 
Marthe   ne   se  contente   pas   de  déclarer  que    les  philosophes, 
bien    que    connaissant    Dieu   à    ses  œuvres,  n'en    avaient  pas 
reçu  la  véritable  connaissance  puisqu'ils  ne  le  glorifiaient  pas, 
mais  encore  il  exprime  l'idée  que  la  philosophie  est  incompatible 
avec  le  Christianisme  et,  en  fait,  conduit  droit  à  l'Athéisme  :  «  in 
eum  lapidem  »  (la  pierre  que  rejetèrent  les  maçons)  «  impegere 
Gentes...    Judsei...    Philosophi...    prudentia    Garnis...    impegit 
sapientia  hujus  seculi  »,  etc.  ^.  «  Les  Athées  et  les  hypocrites  », 
écrit-il  ailleurs,  «  nous  tendent  tous  deux  leurs  filets  ;  les  premiers 
ceux  de  la  philosophie  et  de  la  sagesse  humaine,  les  seconds  ceux 
de  l'hypocrisie.  Suivez  ceux-ci,  et  vous  renierez  Dieu  ;  écoutez 
ceux-là  et  vous  changerez  la  vérité  en  mensonges  ^  ». 

1.  Or.  jun...  de  M.  de  N.,  pp.  105-108. 

2.  Fols.  45  po  et  41  r». 

3.  Ibid.,  fol.  18  v°. 


ORAISONS   FUNÈBRES  223 

Le  pliilosophe  est  encore  classé  parmi  les  Manichéens,  les  Péla- 
giens,  les  Ariens,  les  Juifs,  les  Idolâtres,  les  Athées  ;  ailleurs  avec 
les  Juifs,  les  Hypocrites,  les  Anabaptistes  et  les  Athées  i  et  ceux-ci 
sont  représentés  attaquant  la  Foi  chrétienne  «  philosophige 
rationibus  tanquam  machinis  ^  ».  De  telles  expressions  s'accor- 
dent si  peu  avec  le  goût  évident  de  Sainte-Marthe  pour  la  philo- 
sophie, surtout  pour  la  philosophie  platonicienne,  qu'elles 
doivent  lui  avoir  été  inspirées  par  la  crainte  et  employées  pour 
apaiser  les  soupçons.  Nous  pouvons  en  conclure  que  leur  auteur 
devait  avoir  pensé  que  ces  désaveux  étaient  devenus  encore 
plus  nécessaires  après  la  publication  de  l'Oraison  funèbre  et  que 
c'est  là  la  raison  de  l'emphase  qu'il  leur  donne  dans  la  Médi- 
tation. 

Toutefois  ces  compromis  ne  cachent  pas  le  moins  du  monde 
l'enthousiasme  de  Sainte-Marthe  pour  la  philosophie  platoni- 
cienne et,  surtout,  pour  les  traits  particuliers  à  cette  philosophie 
qui  pouvaient  le  mieux  intéresser  sa  génération  ou  le  groupe 
auquel  il  appartenait,  c'est-à-dire  ceux  qui  se  prêtaient  au  mys- 
ticisme. L'influence  des  doctrines  platoniciennes  de. l'amour  et 
des  aspirations  spirituelles  transformait  plutôt  que  remplaçait  le 
caractère  mystique  du  Christianisme  qu'avait  développé  le 
moyen-âge.  Le  mysticisme  jouait  un  grand  rôle  dans  la  vie  d'un 
homme  tel  que  Sainte-Marthe  et  la  philosophie  platonique  pou- 
vait lui  fournir  des  aliments,  tout  en  le  libérant  d'éléments  anti- 
pathiques à  un  esprit  éclairé  de  la  pensée  nouvelle  de  son  époque. 
Différentes  choses  indiquent  quelle  influence  ont  eu  sur  lui  les 
Dialogues  les  plus  favorables  à  ce  mysticisme.  Tel  est  par  exem- 
ple un  souvenir  du  Phœdon,  qui  apparaît  dans  une  comparaison 
caractéristique  de  Marguerite  avec  les  Amazones,  dans  laquelle 
percent  également  des  souvenirs  de  l'antiquité  classique  et  de 
l'Ecriture  3  : 

«  Les  Amazones...  vouloient  brusler  leur  droict  mammelle 
et  Marguerite  a  couppé  toutes  ses  maulvaises  affections  comme 
membres^...  Les  Amazones  estoient  sur  les  chevauls  toutes 
armées,  &  scavoient  très  bien  les  contourner,  dompter,  con- 
duire et  gouverner,  tant  féroces  &  maulvais  fussent-ils  ».  Mar- 

1.  In  Fsalm.  XC...  Meditatio.,  fols.  41  v"  et  45  r". 

2.  Ibid.,  fol.  43  r°. 

3.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  92-94. 

4.  Cf.  Coloa.,  chap.  m,  5. 


224  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

guérite,  «  par  raison  illuminée  &  fortifiée  de  la  Foy,  a  dompté, 
adoulcy,  rengé  au  frein  &  humilié  ceste  partie  de  l'âme  qui 
est  incessament  rebelle  à  l'esprit,  qui  rue,  qui  mord  son  frein, 
qui  reculle  à  l'espron,  qui  tousjours  répugne  ».  Après  avoir  ainsi 
paraphrasé  le  fameux  passage  de  Platon  ^,  Sainte-Marthe  a  de 
nouveau  recours  à  l'Ecriture  pour  sa  comparaison  entre  les  armes 
et  les  conquêtes  de  Marguerite  avec  celles  des  Amazones  ^. 
Toutefois  il  termine  sur  la  note  jolatonique  :  a  Car  quiconques 
obéit  aux  vices  &  aux  cupidités  encor  qu'il  prenne  des  villes, 
qu'il  amplifie  ses  Seigneuries  &  mette  soubs  sa  puissance  tant  de 
Royaumes  &  d'hommes  qu'il  vouldra,  certes  il  demeure  esclave 
d'une  misérable  &  villaine  servitude  ^  ».  De  plus,  pour  Sainte- 
Marthe  la  mort  est  une  «  parfaicte  fruition  de  tout  bien  ^  »  et  il 
fait  dire  à  Françoise  mourante  ces  paroles  inspirées  par  le 
souvenir  du  Phœdon  :  «  Auriés  vous  regret  que  je  laissasse  ce 
misérable  monde,  pour  avoir  fruition  de  ce  bien  ^  ?  » 

Nous  avons  vu  que  cet  aspect  de  la  philosophie  platonique 
se  trouvait  déjà  dans  la  Poésie  Françoise,  œuvre  de  dix  ans 
plus  ancienne  ;  sans  doute  le  mélange  des  idées  païennes  et  des 
idées  chrétiennes  était-il  déjà  un  trait  caractéristique  de  sa 
composition  ;  mais  l'expression  de  cette  combinaison  n'était 
pas  parfaite,  faute  de  maturité  et  de  décision.  Avec  le  temps, 
elle  s'était  améliorée  et  la  façon  dont  Sainte-Marthe  expose 
ses  pensées  dans  les  oraisons  est  incomparablement  supérieure 
à  celle  dont  il  le  fit  dans  ses  vers.  Non  seulement  il  avait  atteint 
un  âge  plus  mûr  et  avait  eu  dix  ans  de  plus  pour  étudier  les 
œuvres  de  son  maître,  mais  il  disposait  maintenant,  lui  qui  ne 
s'était  montré  qu'un  apprenti  en  l'art  poétique,  d'un  instrument 
dont  il  se  servit  avec  l'habileté  et  l'assurance  d'un  maître.  Un 
seul  exemple  mettra  ceci  en  lumière  :  Le  poète  avait  fait,  au 
moins  une  fois,  allusion  au  sens  caché  des  noms  propres,  dans 
son  rondeau  adressé  à  Anne  d'Arbigny  : 

A  Madame  Anne  d'Arbigny  Dame  de  la  Val  en  Daulphiné. 

Nom  convenant  au  cas  ou  Ion  l'applique, 
Sur  aultres  noms  est  le  plus  magnifique, 

1.  Gf.  Phœdre,  253  et  254. 

2.  Ce  passage  est  un  souvenir  assez  inexact  d'Eph.,  chap.  vi,  11-17. 

3.  Cf.  Rep.,  IX,  379. 

4.  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  6  v^. 

5.  Ibid.,  fol.  43  r^  ;  cf.  Phœdon,  67  et  68. 


ORAISONS   FUNÈBRES  225 

Causant  aussi  tiltre  tresvenerable  : 
C'est  ce  qui  fait,  o  Dame  tresnotable, 
Qu'estes  la  perle  entre  toutes  unique. 
Esprit  avez  prompt  &  scientifique, 
Bien  exerceant  les  Vertus  en  practique, 
De  quoy  vous  est  en  homieur  perdurablo. 

Nom  convenant. 
Ce  beau  nom  Anne  en  la  langue  Hebraique, 
Interprétons  don  de  Grâce  autentique, 
Chascun  le  veoy  estre  en  vous  admirable, 
Parqiioy  concluds  par  dict  irréfragable, 
Que  vous  avez,  sans  avilcune  réplique, 

Nom  convenant  i. 

P.  F.,  p.  89. 

Ces  vers  ne  sont  qu'une  froide  réminiscence  du  Cratyle  et  sont 
loin  de  respirer  l'enthousiasme  avec  lequel  Sainte-Marthe  traite 
certains  passages  de  ce  dialogue  lorsque,  dans  ses  pleins  pou- 
voirs, il  s'occupe  du  nom  de  Marguerite  2.  D'après  lui,  ce  nom 
lui  appartient  en  propre  par  sa  destination  quasi-providentielle  : 
«  Venu  le  jour  quand  elle  deut  estre  baptisée,  les  Princes  &  Sei- 
gneurs qui  là  estoient  assemblés,  assés  longuement  alterquerent 
&  débattirent  sur  le  Nom  que  ses  Parreins  &  Marreines  luy 
donnereoient.  Or  eussent  ils  peu,  suivant  la  coustume  de  France, 
la  nommer  Lo3^se  ou  Charlotte,  veu  que  la  plus  grand  part  de  ses 
prédécesseurs  avoient  heu  les  noms  de  Loys  &  Charles,  qui  sont 
en  France  des  noms  de  Princes  ;  mais  le  plaisir  de  Dieu  fut  luy 
faire  bailler  nom  qui  respon droit  aux  grâces  futures  en  elle  ». 
Sainte-Marthe  donne  alors  libre  carrière  à  son  mysticisme  pla- 
tonique. Une  telle  façon  de  concevoir  la  Providence  «  pourra 
sembler  à  aulcuns  ridicule  comme  un  songe  et  resverie  de  vieilles, 
parce  que,  de  prime  face,  il  n'est  pas  trop  croyable  que  les  Dieus 
Célestes  »  —  telle  est  la  phrase  significative  dont  il  se  sert  — 
«  se  soucient  de  quels  noms  les  hommes  mortels  soient  appelés. 
D'avantage  il  semblera  chose  absurde  de  nous  vouloir  persuader 
qu'il  y  ait  quelque  mystère  caiché  soubs  les  noms  propres,  veu  que 
plus  tost  ils  sont  donnés  au  plaisir  des  Parreins  &  Marreines 
que  pour  y  avoir  dessoubs  aulcune  religion  comprinse  &  caiché. 
Mais  si  nous  accordons  que  foy  doive  estre  adjoustée  au  divin 
Philosophe  Platon,  quoy  que  les  noms  propres  soient  souvent 

1.  Cf.  supra,  p.  32. 

2.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  33  et  scq. 

15 


226  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

imposés  des  surnoms  des  prédécesseurs  »  (ici  Sainte-Marthe  suit 
de  plus  près  son  autorité)  «  &  soient  aussi  souvent  donnés  selon 
le  vœu  des  impositeurs,  comme  si  quelcun  désire  que  son  fils  aime 
Dieu  &  soit  aimé  de  Dieu,  le  nomme  Théophile,  toutefois  plusieurs 
noms  sont  institués  plus  par  une  occulte  providence  et  disposi- 
tion divine  que  par  la  délibération  &  puissance  humaine.  Car 
puisque  le  Nom,  ainsi  que  le  mesme  Platon  dit,  est  comme  une 
paincture,  imitation  &  instrument  par  lequel  les  substances  des 
choses  sont  monstrées  au  doigt  &  séparées  d'ensemble,  certes, 
il  f  ault  celuy  qui  impose  les  Noms  appeller  les  choses  de  Noms 
qui  leur  soient  propres  &  convenables,  ce  que  bien  &  deuement 
faire  n'apartient  aux  imperits  &  n'est  commun  à  un  chascun, 
ainsi  est  plustost  l'œuvre  de  Divinité.  » 

((  Que  si  l'observation  des  noms  n'eust  été  comme  religieuse  & 
sacrosancte  aux  Anciens  ainsi  qu'une  chose  couverte  &  adum- 
brée  de  grands  et  profonds  mystères,  certes  Homère  n'eust  tant 
travaillé  à  faire  convenir  les  Noms  aux  choses  et  n'eut  appelé 
Agamenon  de  souffrance,  de  labeur  et  de  peine,  Oreste  de 
nature  sylvestre,  Atrée  d'inexorabilité,  Tantale  d'infélicité  i». 
Ayant  ainsi  montré  avec  insistance  combien  le  nom  de  la  Reme 
était  approprié  à  sa  personne,  Sainte-Marthe  passe  à  la  perle  qu'il 
désignait  et,  tandis  qu'en  traitant  ce  sujet  il  abandonne  Platon 
pour  Phne  et  nous  donne  un  nouvel  exemple  de  ses  doubles 
obligations  envers  les  Anciens  et  envers  l'Ecriture,  un  élément 
mystique  reste  remarquablement  apparent,  surtout  à  la  fin,  dans 
les  analogies  qu'il  étabht  entre  la  perle  et  le  caractère  de  la 

Reine. 

Débutant  par  une  citation  de  Pline  sur  les  perles  2,  il  l'appuie 
de  la  comparaison  du  Christ  entre  la  perle  et  le  royaume  de  Dieu 
et  ajoute  les  variations  de  saint  Augustin  sur  cette  comparaison  ^. 
Là-dessus  il  fait  allusion  à  la  coutume,  déjà  exphquée  par  lui 
dans  son  rondeau  à  Anne  d'Arbigny  :  «  Les  François  en  leur 
langue  nomment  la  Marguerite  «  Perle  »  &  la  chose  perfaicte  en 


1.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  35  ;  cf.  Cratyle,  surtout  388,  390,  391,  394,  395, 
397,  423,  424,  431. 

2.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  traduction  de  Pline,  IX,  56  :  «  que  Pline  dit  emporter 
l'honneur  &  le  pris  sur  toutes  choses  précieuses  &  havoir  perfection  en  blancheur, 
gi-andeur,  rotondité  et  pois  »,  etc.. 

3.  Ibid.,  p.  35  et  seq.  Citation  de  saint  Augustin,  Ex  quœsL,  Mathei,  Patr.  Lat, 
vol.  XXXV,  col.  1371  et  1372. 


ORAISONS   FUNÈBRES  227 

toute  perfection  &  estimée  n'avoir  sa  pareille,  ils  appellent 
une  Perle.  »  Suit  un  court  passage  sur  les  vertus  médicinales  des 
perles,  tiré  d'un  lapidaire  du  moyen  âge  ^  ;  puis  il  revient  à  Pline, 
sans  le  nommer,  en  le  traduisant  presque  mot  à  mot  2,  et  fait 
entre  les  qualités  de  Marguerite  et  celles  de  la  perle,  telle  qu'elle 
se  trouve  décrite  dans  ces  deux  derniers  auteurs,  ces  séries 
favorites  de  comparaisons  que  Rabelais  parodia  dans  l'explica- 


1.  Les  Marguerites  &  Perles  servent  de  souverain  remède  au  mal  de  cœur  &  à 
tout  évanouissement,  &  pource  l'on  dit  qu'elles  confortent  et  fortifient  les 
esprits.  Or,  à  quelles  personnes  les  esprits  défaillent  plus  qu'à  ceuls  qui 
sont  agités  d'adversité  &  ne  voient  aulcun  port  où  se  puissent  tirer  à  saul- 
veté  ?  Marguerite  devoit  estre  le  divin  instrument  et  organe  par  lequel  le 
Dieu  de  consolation  réconforteroit  les  affligés.  Les  Perles  sont  grandement 
utiles  contre  l'humeur  mélancolique  dont  surviennent  maintes  pernicieuses 
&  mortelles  maladies  ;  ^Marguerite  devoit  estre  illustrée  par  le  Seigneur 
de  Royalle  dignité,  de  grandeur  d'auctorité  &  d'abondance  de  biens  de  fortune 
pour  secourir  &  soullager  tous  pauvres  nécessiteus  &  indigents,  &  tous  ceuls 
qui  seroient  en  tribulation  d'esprit.  Les  Perles  proffitent  singulièrement  aux 
nerfs  des  œils,  deseichent  leurs  humeurs,  nettoient  leur  ordure  &  eclarcissent 
la  veue  ;  en  Marguerite  devoit  estre  la  main  de  Celuy  qui  tire  les  souffreteus 
hors  de  la  fange  »,  etc.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  36  et  seq.  Ces  vertus  delà 
perle  se  trouvent  énumérées  dans  la  première  traduction  en  français  du  lapi- 
daire latin  de  Marbodius,  qui  n'est  d'ailleurs  qu'une  version  altérée  de  Pline. 
Il  n'y  a  rien  de  tout  cela  dans  l'original  de  Marbodius,  ni  dans  les  trois  avitres 
traductions  publiées  par  M.  Pannier.- 

«  Cuntre  gute  corel  est  bone 

Et  cuntre  tac  ke  naist  en  ume. 

Cuntre  mal  d'oilz  est  sa  nature  »,  etc.        PP.  873-875. 

L.  Pannier,  Les  lapidaires  français  du  moyen  âge  des  XII^,  XIII^  et 
XI V^  siècles,  p.  65. 

2.  «  Encor  adjouteray  je  que  les  Perles  naissent  dans  la  maii"  &  se  trouvent  en 
la  mair  ;  toutefois  elles  hont  plus  grande  société  avec  le  ciel  c^u'avec  la  maii'.  » 

«  Ex  eo  quippe  constare  cœlique  eis  inajorem  societatem  esse  quam  maris  ". 
«  Il  fault  aussi  soigneusement  contre  garder  les  perles  affin  qu'elles  ne  perdent 
leui'  plaisante  blanchevir.  »  «  Usu  atteri  non  dubium  est  coloremque  indiligent  ia 
mutare.  »  (Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  37,  Pline,  IX,  54  et  56). 

«  L'on  doit  pareillement  prendre  bonne  garde  que  les  Perles  ne  trempent 
aulcunement  en  vinaigre,  car  bientost  se  résouldroient  en  liquem-.  »  Ceci  est 
évidemment  tiré  de  l'histoire  de  Cléopâtre  et  de  la  perle,  rapportée  par  Pline  : 
«  Ex  prascepto  ministri  unum  tantum  vasante  eam  posuere  aceti,  cujus  asperitas 
visque  in  Tabem  Margaritas  resolvit.  »  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  38  ;  Pline,  IV, 
58. 

Ce  n'est  pas  la  seule  fois  que  Sainte-Marthe  répète  Pline  sans  le  dire.  Ailleurs, 
(Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  109),  il  écrivit,  sur  la  mort  de  la  reine,  «  :  car  comme 
celuy  qui  porte  en  un  anneau  une  précieuse  emeraudc,  quoyqu'en  la  regardant 
elle  remplisse  ses  œils  &  ne  les  puisse  saouler,  si  est  ce  qu'il  ne  congnoit  quel 
proffit  luy  porte  sa  gi-atieuse  verdeur  jusques  à  ce  qu'elle  soit  saillie  hors  do  son 
œuvi-e,  car  lors,  ne  veoiant  plus  cest  object  qui  luy  recréoit  ses  œils,  il  regrette 


228  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

tion  par  Lasdaller  du  Psaume  xxiv  ^  :  Il  trouve  des  ana- 
logies entre  la  pureté,  la  grandeur  et  la  constance  de  la  Reine  et 
la  blancheur,  la  taille  et  la  rondeur  de  la  perle  ;  entre  sa  charité 
envers  les  abattus  et  les  affligés  et  les  vertus  stimulantes  qu'on 
lui  prête  ;  entre  sa  bonté  pour  les  pauvres  et  ceux  qui  sont  dans 
la  peme  et  la  vertu  de  la  perle  contre  les  humeurs  mélanco- 
liques ;  entre  son  don  divin  de  tirer  les  «  souffreteus  hors  de  la 
fange  »  et  l'effet  purifiant  de  la  perle  sur  la  vue.  Encore  établit-il 
un  rapport  entre  les  perles  qui  naissent  dans  la  mer,  ayant 
toutefois  «  plus  grande  société  avec  le  ciel  qu'avec  la  mair  »,  et 
la  femme  conversant  au  monde  et  élevant  pourtant  au  Ciel 
toutes  ses  affections  et  pensées  ;  entre  les  perles  immaculées  et 
la  Reine  sans  tâche  de  «  voluptés  &  délices  »  ;  entre  les  soins  que 
demande  la  blancheur  des  perles  et  l'éducation  de  Marguerite 
et  encore  entre  l'effet  du  vinaigre  sur  la  perle  et  ses  «  mœurs 
pudiques  &  humains,  sévères  toutesfois  &  vraiement  Royaulx  ^  ». 
Le  lecteur  est  tenté,  malgré  toute  l'éloquence  que  déploie  Sainte- 
Marthe,  de  sourire  de  ses  efforts  pour  justifier  par  ses  compa- 
raisons forcées,  la  théorie  platonicienne  qui  l'avait  lancé  sur  le 
sujet. 

Le  passage  de  la  perle  a  toutefois  un  autre  intérêt.  Il  montre 
en  l'auteur  une  bonne  fois  l'homme  de  son  temps,  plutôt  que  le 
pur  Humaniste  enthousiaste.  Les  connaissances  classiques,  la 
tradition  du  moj^en  âge,  la  science  chrétienne  et  le  sens  de  la  vie 
contemporaine  y  jouent  tous  leur  rôle.  Une  allusion  aux  habi- 
tudes de  son  temps,  comme  dans  le  passage  relatif  à  l'expression 
populaire,  a  son  intérêt  si  l'on  tient  compte  de  la  préoccupation 
de  Sainte-Marthe  pour  les  anciens,  l'Ecriture,  les  Pères  et  de  sa 
dépendance  d'esclave  vis-à-vis  de  l'Autorité  dans  son  argumenta- 
tion. Ces  allusions  aux  expériences  personnelles,  bien  que  rares 


la  pierre  perdue,  dont  il  ne  tenoit  grand  compte  quand  il  l'havoit  à  son  plaisir.  » 
Il  est  clair  que  Sainte-Marthe  pensait  au  passage  de  Pline  sur  l'émeraude  :  «  Nul- 
lius  coloris  aspectus  jucundior  est.  Nam  herbas  quoque  virentes  frondesque 
avide  spectamus  :  smaragdos  vero  tanto  libentius  comparatum  illis  viret. 
Prseterea  soli  gemmarum  contintu  oculos  implent,  née  satient.  Quin  et  ab 
intentione  alia  obscui'ata,  aspeetu  sniaragdi  recreatiu*  acies.  SceliDentibus 
gemmas  non  alia  gi-atior  oculorum  refectio  est  :  ita  viridi  lenitate  lassitudinem 
mulcent.  »  Pline,  Hist.  Nat.,  XXXVII,  16,  et  cf.  infm,  pp.  253,  323,  324, 
326. 

1.  Cf.  Œuvres,  vol.  I,  p.  143. 

2.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  38. 


ORAISONS   FUNÈBRES  229 

relativement  à  son  fréquent  recours  à  l'Autorité,  sont  assez  nom- 
breuses dans  les  Oraisons  de  Sainte-Marthe  pour  jeter  quelque 
lumière  sur  la  vie  de  son  temps  et  plusieurs  de  ses  passages  des- 
criptifs font  un  vivant  tableau  de  son  propre  entourage.  Par 
exemple,  en  fils  et  en  frère  de  médecins  distingués,  Sainte-Marthe 
manifeste  naturellement  l'intérêt  de  son  temps,  partagé  par  sa 
maîtresse,  pour  l'hygiène  et  la  pathologie  ^.  Il  rapporte  les 
recommandations  des  médecins,  relatives  aux  repas  ^,  prend  note 
du  traitement  des  malades  léthargiques  ^  et  parle  en  vrai  style 
rabelaisien  de  ceux  qui  «  assomés  de  léthargie  perdent  la  mé- 
moire, à  raison  de  la  pituite  froide  et  humide  qui  occupe  les 
postérieurs  ventricules  du  cerveau  ^  ».  Quelle  que  soit  la  valeur 
de  ce  diagnostic,  il  constitue  au  moins  un  pas  vers  le  réalisme, 
pour  un  homme  dont  la  principale  notion  d'un  tigre,  par  exemple, 
est  que  la  musique  le  rend  fou  ^,  ou  qui  fait  allusion  à  une  chose 
aussi  banale  que  la  vigueur  défensive  des  animaux  —  c'est  ce 
que  le  lecteur  doit  constater  puisque  le  «  porc-espic  »  et  «  narcé  » 
y  sont  compris  —  d'après  les  sources  classiques  ^. 

Lorsqu'il  jette  son  regard  sur  les  vices  du  temps,  le  jeu,  le  luxe 
effréné,  et  le  «  gouffre  des  bastiments  »,  il  nous  montre  pour  ainsi 
dire  à  la  lueur  rapide  d'un  éclair  le  revers  de  la  magnifique 
Renaissance  '  et,  lorsqu'il  fait  allusion  à  la  sueur  du  pauvre, 
aux  frais  de  qui  les  riches  chargeaient  leurs  tables,  il  rend  même 
une  note  qui  fut  rarement  entendue  au  xvi®  siècle  :  «  Qui  es  ce 
qui  doubte  qu'elle  n'eust  pu  remplir  son  ventre  de  viandes 
exquises,  délicates,  précieuses  &  cerchées  par  mair  &  par  terre, 
reluire  de  toutes  parts  d'or  &  de  pierrerie,  &,  ce  que  font  plu- 

1.  «  Elle  devisoit  donc,  à  son  disner  &  soupper,  tantost  de  médecine  comme 
des  viandes  malsaines  ou  salubres  au  corps  humain,  et  des  choses  naturelles, 
avec  les  sieurs  Schyron,  Cormier,  Esterpin,  ses  médecins  trèsexperts  &  très 
doctes,  qui  soigneusement  la  regardoient  boire  &  menger,  comme  l'on  observe 
en  cela  les  Princes.  »  Or.  fun.  de...  M.  de  N.,  p.  69. 

2.  «  Elle  n'ignoroit  les  médecins  ordonner  que,  quand  nous  délibérons  mettre 
à  table,  nostre  esprit  doibt  estre  libre  &  dépouillé  de  tout  ennuy  &  sollicitude, 
&  que  nos  viandes  ne  doivent  estre  moins  confites  de  propos  joyeus  &  récréatifs 
que  de  sel,  ou  d'aultres  saulse  provocante  l'appétit.  »  Ihid.,  p.  68. 

3.  c(  Comme  il  fault  bastre  &  pinser  le  léthargique  pour  l'éveiller  ;  ainsi  leur 
fault  comme  par  force  faire  entendi'e  leur  dommage.  »  Or.  fun.  de  Fr.  d'A., 
fol.  7  r». 

4.  Ibid. 

5.  Or.  fun.  de  M.  de  N.,  pp.  42  et  70. 

6.  Ibid.,  p.  67. 

7.  Or.  fun...  de  Fr.  d"A.,  fol.  30  r». 


230  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

sieurs,  réparer  son  corps  &  charger  sa  table  des  sueurs  d'aul- 
truy  ?  ^  »  Ailleurs,  il  nous  fait  un  tableau  satirique  des  occupa- 
tions des  dames,  ainsi  que  des  conversations  des  gentilshommes 
de  son  temps  et  nous  montre  les  premières  passant  leurs  jour- 
nées «  en  oisiveté  et  vaines  parolles  »,  les  seconds  absorbés  par  la 
guerre,  la  chasse,  la  vengeance  et  le  meurtre  ou  les  bagatelles  de 
l'amour.  «  Qu'appelleras  tu  choses  graves  ?  »  demande-t-il  à 
l'un  d'eux.  «  Je  croy  que  sera  de  confire  les  disners  &  les  souppers 
des  faicts  de  la  guerre,  des  armes,  des  bardes  de  chevauls,  de  la 
chase,  de  la  voUerie,  de  banquets,  de  boubans,  d'amours,  de 
blasphèmes,  de  vengeance,  d'effusions  de  sang,  de  mettre  les 
hommes  en  pièces,  et  de  semblables  nobles  et  vertueux  propos  ^  ». 
Ce  ton  de  censeur  est  habituel  à  Sainte-Marthe  quand  il  traite 
des  conditions  de  la  vie  de  ses  contemporains.  Au  cours  de  ses 
Oraisons,  la  vénalité  des  charges  3,  la  routine  des  Cours  ^  sont 
vouées  au  mépris,  les  conditions  de  dépendance  vis-à-vis  des 
grands  exposées  d'une  façon  mordante^.  Il  y  a  des  nobles,  écrit-il, 
«  qui  couchent  assez  facilement  en  leur  Estât  les  hommes  doctes 
et  de  bon  esprit  ;  mais  encor  que  du  tout  ils  dépendent  de  leur 
prudence  et  conseil,  toutefois  pour  autant  qu'ils  sont  possible 
venus  de  gents  de  basse  condition,  ils  n'hont  aulcun  égard  aux 
vertus  qui  les  ennoblissent...  &  par  ainsi  ne  font  plus  de  compte 
d'euls  que  muletiers  ou  souillards  de  cuisine  "  ».  Une  page  ou  deux 
plus  loin,  Sainte-Marthe  continue  sur  le  même  sujet,  avec  une 
passion  qui  rappelle  celle  d'Areusa  mettant  en  accusation  les 
maîtresses  dans  la  Celestine  '.  Parmi  les  maîtres,  dit-il,  il  en  est 
«  aulcuns  qui  ne  tiennent  leurs  serviteurs  pour  personnes  Ubres 
&  pour  hommes,  mais  pour  des  esclaves  et  pour  des  bestes,  & 
après  qu'ils  ont,  je  ne  d}'  usé  mais  abusé  de  leur  service,  leur  est 
advis  qu'ils  ont  trop  fait  pour  euls  s'ils  leur  donnent  seulement  à 
boire  et  à  manger,  encore  tellement  queUement,  comme  à  des 


1.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  67. 

2.  Ibid.,  p.  71. 

3.  Ibid.,  pp.  85-86. 

4.  Ibid.,  passim  ;  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  passim,  spéc.  les  fol.  14  r",  19  r°, 
et  31  vo. 

5.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  83  et  seq. 

6.  Ibid. 

7.  La  Celestine,  Nouvelle  Collection  Jannet,  p.  136.  Quatre  ou  cinq  éditions 
d'une  traduction  de  la  version  italienne  avaient  déjà  paru  avant  1550  :  en  1524 
et   1527  à  Paris,  en  1529  à  Lyon  ;  en  1529  à  Paris  ;  en  1542  à  Paris. 


ORAISONS   FUNÈBRES  231 

chiens.  Et  s'ils  ont  convenu  de  gaiges  avec  euls,  quand  les  pau- 
vres gens  demandent  le  fruit  de  leur  diligence,  labeur  &  service, 
qui  sont  leurs  gaiges,  ils  reçoivent  des  ingrats  du  mal  pour  du 
bien,  qui...  les  oultragent,  les  battent  &  leur  disent  mille  ville- 
nies  1  ». 

Sainte-Marthe  n'était  pas  le  seul  en  France  à  dénoncer  ces 
abus  :  Eustorg  de  Beaulieu  l'avait  devancé  en  se  plaignant  de  ce 
qui  semble  avoir  été  un  scandaleux  mal  du  temps  2.  Mais  Sainte- 
Marthe,  dans  la  Poésie  Françoise,  avait  déjà  précédé  son  aîné  en 
dénonçant  un  autre  abus  similaire  :  l'arrogance  du  noble  par- 
venu, 

Monsieitr  de  tiltre  &  un  villain  de  faiet, 
Tel  qu'aujoixrd'huy  par  argent  on  le  faict  3. 

Dans  les  deux  Oraisons  funèbres,  il  réitère  cette  attaque  avec 
un  feu  qui  fait  penser  à  un  ressentiment  personnel.  Puisqu'une 
grande  dame  comme  la  Duchesse  de  Beaumont  était  humble, 
«  que  doibvent  au  pris  penser  de  leurs  personnes  les  messieurs 
engentillastrés,  descendus  les  uns  de  notaires  &  de  chaus- 
setiers,  les  autres  de  pallefreniers  &  souillards  de  cuisine,  qui 
appellent  les  autres  villains,  les  dédaignent,  les  déboutent  ^  ?  » 
La  défense  de  l'habitude  qu'avait  Marguerite  de  s'entourer  de 
«  gens  de  longue  robbe  &  de  bonnet  rond  »  trahit  le  sentiment 
personnel  qui  animait  la  plume  de  Sainte-Marthe.  Avec  qui 
pouvait-elle  s'entretenir  ?  Est-ce  avec  les  semblables  de  celui 
qui  la  critiquait  ?  «  Je  n'entens  des  gentilshommes  &  gens  de 
robbe  courte  qui  sont  tresprudents  &  tresdoctes,  mais  d'un 
tas  d'espadassins  &  braves,  ausquels  demander  leur  advis  des 
lettres,  de  prudence,  de  conseil,  d'un  gouvernement  de  la  Repu- 
blique seroit  demander  aux  aveugles  à  veoir,  aux  sourds  à  ouïr, 
aux  muets  à  parler,  &  à  une  statue  de  marbre  conseil  et  sage 
délibération...  Et  que  te  semble  des  robes  longues  ?  Sont-ils,  à 
ton  dire,  villains  ?  Mais  s'ils  ont  toutefois  ces  deux  noblesses 
ensemble,  je  dy  qu'ils  soient  venus  de  race  &  maison  noble  & 
ancienne    &  avec  cela  soient  illustres   &  splendides  de  vertu. 


1.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  87. 

2.  Cf.  Divers  Rapportz.  Rondeaux. 

3.  Elégie  à  Monsieur  Veriust,  Doyen  de  Maçon,  De  la  vraye  Noblesse,  P.  F., 
p.  217. 

4.  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  p.  12. 


232  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

diras-tu  qu'ils  ne  sont  plus  nobles  pour  ce  qu'ils  portent  longues 
robbes  ?  Quel  jugement  feras-tu  donc  des  robbes  longues  qui 
jadis  fundèrent  la  republique  Romaine  ^  ?  »  etc.  Son  orgueil 
évident  est  d'autant  plus  pardonnable  que,  comme  nous  l'avons 
déjà  fait  remarquer,  le  ressentiment  en  l'inspirant  excitait  son 
éloquence. 

«  0  Seigneur  Dieu  »,  reprend-il  ailleurs,  «  si  un  tas  de 
glorieux  &  superbes  Nobles  du  jourd'huy  pouvoient  nombrer 
ainsi  par  ordre  les  rengs  &  lignes  de  leurs  Ancestres  par  quel 
moyen  pourroit  estre  leur  impudente  violence  arrestée  &  abba- 
tue  ?  Qui  dureroit  devant  euls  ?  Ils  sont  peut  estre  descendus 
de  Porchiers,  de  Cousturiers,  de  Cliaussetiers  ou  d'aultres  gents 
méchaniques,  &  encor  de  plus  vile  et  plus  abjecte  condition,  & 
sont  les  premiers  du  Nom,  je  dy  les  premiers  Nobles  de  leur  race. 
Nobles,  dy-je,  à  bon  et  loyal  tiltre.  Dieu  le  sçait  ;  ce  néantmoins 
ils  hont  le  cœur  si  orgueilleus  &  si  enflé,  &  sont  tant  coustumiers 
de  mespriser  toutes  personnes  qu'ils  cuident  qu'il  n'y  ait 
hommes  qu'euls.  Mais  ceuls  qui  sont  illustres  d'ancienne  noblesse, 
extérieurement,  je  cly  à  leurs  mœurs  &  façon  de  faire,  mons- 
trent  assés  leur  noblesse,  car  ils  hont  en  euls  je  ne  sçay  quoy 
d'une  bonté  naifve,  qui  les  sépare  manifestement  de  la  férocité 
des  fauls  nobles.  Et  comme,  si  tu  dores  un  vaisseau  de  cuivre, 
pour  un  certain  temps  il  haura  bien  la  couleur  de  l'or,  mais  à  la 
longue  la  dorure  se  consume  &  efface,  en  sorte  que  le  cuivre 
demeure  &  apparoit  nud  ;  ou,  si  ce  vaisseau  est  de  pur  or,  plus 
Faccomoderas  à  ton  usage  &  service,  plus  il  reluira,  &  plus  beau 
et  plus  fin  apparoistra  l'or.  Ainsi,  tous  ceuls  qui  faulsement  se 
ventent  du  tiltre  de  Noblesse,  quoy  qu'il  tarde,  découvrent  à  la 
fin  par  leurs  mœurs  &  conditions  leur  villenie  &  lâcheté  à  ceuls 
avec  lesquels  ils  conversent  ;  mais  les  vra\s  Nobles  monstrent  à 
la  fréquentation  extérieure,  l'intérieure  noblesse  &  expriment 
leur  générosité,  tant  en  faicts  qu'en  parolles  ^  ». 

On  a  déjà  vu  que  Sainte-Marthe  partageait  l'intérêt  des 
hommes  de  son  temps  pour  certaines  questions  passionnantes, 
ce  que  prouve  par  exemple  la  part  qu'il  prit  à  la  controverse  sur 
la  question  féministe.  Elle  portait  en  général  sur  la  valeur  ou 
l'indignité  de  la  femme,  plutôt  que  sur  sa  situation  et  ses  privi- 


1.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  71  et  seq. 

2.  Ibid.,  p.  32. 


ORAISONS   FUNÈBRES  233 

lèges.  Le  mot  qu'avait  dit  Erasme  sur  cette  partie  de  la  question 
n'avait  en  somme  pas  porté  de  fruits.  Nous  pouvons  donc  consi- 
dérer l'éloquent  plaidoyer  de  Sainte-Marthe  en  faveur  de  l'ins- 
truction et  de  l'éducation  des  femmes  comme  un  progrès  sur 
l'habituelle  défense  du  sexe  féminin.  Il  l'entreprit  en  réponse  à 
ceux  qui,  à  l'imitation  de  leurs  prédécesseurs,  considéraient  que 
la  science  n'était  pas  destinée  aux  femmes,  était  «  aliène  de  l'of- 
fice &  estât  de  la  femme  ^  ».  Sans  doute  Sainte-Marthe  difïère-t-il 
de  son  maître  Platon,  en  décidant  que  certaines  occupations 
«  comme  de  conduire  une  armée,  gouverner  une  République, 
orer  en  public  »,  sont  les  attributions  exclusives  de  l'homme, 
tandis  que  d'autres  «  comme  de  garder  la  maison,  traiter  bien 
et  soigneusement  leurs  maris  et  avoir  l'œil  sur  leur  mesnage  » 
appartiennent  à  la  femme.  «  Toutefois  »,  poursuit-il,  «  personne 
aussi  ne  me  niera,  s'il  n'a  du  tout  perdu  le  sens,  le  jugement  et 
la  raison,  qu'il  y  a  pareillement  d'aultres  choses  qui  sont  com- 
munes tant  à  la  femme  qu'à  l'homme,  comme  force  et  magnani- 
mité, justice,  tempérance,  continence,  religion,  et  generalle- 
ment  toutes  les  autres  vertus. 

«  S'il  est  ainsi,  pourquoy  ne  sera  il  donc  permis  aux  femmes  de 
puiser  en  la  commune  fontaine,  qui  sont  les  livres,  ce  qui  leur  est 
commun  avec  tous  les  hommes  ? . . .  Si  ceuls  qui  lisent  les  Philo- 
sophes &  regardent  les  Sainctes  Escriptures  pour  y  apprendre 
une  intégrité  de  mœurs  sont  de  nous  estimés  bons,  sages  &  pru- 
dents, pour  quelle  raison  défendrons  nous  aux  femmes  de  lire 
les  mesmes  livres  ?  » 

Pour  finir  par  un  argument  sans  réplique,  Sainte-Marthe  donne 
une  liste  des  femmes  savantes  de  l'antiquité  ^  et,  puisqu'il  faut 
d'autres  noms  que  les  leurs  pour  appu3'er  son  plaidoyer  relatif  au 
droit  qu'on  refuse  aux  femmes  de  lire  l'Ecriture  «  comme  s'il 
soit  toutefois  inique  &  intolérable  qu'elles  tiennent  aulcun  propos 
de  ce  que  les  hommes,  plus  par  auctorité  tirannique  que  de  droit 
et  de  raison,  se  donnent  et  attribuent  ^  »,  il  cite  les  exemples  de 
Catherine  de  Sienne  et  d'Hildegarde  d'Allemagne,  et  de  Fabia, 
de  Marcella  et  d'Eustochia,  correspondantes  de  saint  Jérôme. 
H  n'y  a  d'extraordinaire,  dans  les  vues  de  Sainte-Marthe  sur  les 


1.  Or.  jun...  de  M.  de  N.,  p.  76  et  aeg. 

2.  Cf.  supra,  p.  212,  n.  7. 

3.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  79. 


234  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

femmes,  que  la  chaleur  de  son  plaidoyer  en  faveur  de  leur  instruc- 
tion. Sans  doute  pouvait-il  parler  avec  admiration  des  femmes 
illustres  de  Fantiquité,  «  illustres  Amazones  »  par  exemple,  «  qui 
par  leur  virile  courage  &  et  leur  excellent,  prœus  &  magnanimes 
gestes,  se  sont  donné  une  éternelle  renommée  ^  »,  ou  faire  allu- 
sion aux  héroïnes  et  aux  vertus  qui  leur  ont  procuré  une  gloire 
et  une  renommée  immortelle  ;  il  pouvait  encore  mieux  admirer 
chez  une  femme  de  son  temps  1'  «  héroïque  et  virile  cœur  »  qui  la 
poussait  à  «  passer  le  temps  aux  arts  dignes  de  l'occupation  de 
l'homme  ^  »  ;  mais,  bien  qu'il  ait  pu  chérir  un  idéal  que  la  Reine  de 
Navarre  réalisait  en  quelque  sorte,  la  conception  qu'avait  Sainte- 
Marthe  de  la  femme  telle  qu'elle  était  en  réalité  différait  peu  de 
celle  qu'avaient  les  hommes  de  son  temps. 

Il  partageait  son  idéal  d'instruction  avec  un  esprit  bien  autre- 
ment grand,  qu'on  ne  pourrait  soupçonner  d'admiration  ou  de 
parti-pris  pour  le  sexe  féminin,  et  qui  povirtant  fut  captivé,  au 
moins  un  moment,  par  l'idée  de  donner  une  noble  éducation  à  la 
femme.  Le  rêve  de  Rabelais,  l'abbaye  de  Thelème,  où  «  il  n'estoit 
entre  eux  celuy,  ne  celle  qui  ne  sceust  lire,  escripre,  chanter, 
jouer  d'instruments  harmonieux,  parler  de  cinq  &  six  langaiges, 
&  en  iceulx  composer  tant  en  carme  que  en  oraison  solue  »  et  où 
«  jamais  ne  f eurent  veues  dames  tant  propres,  tant  mignonnes, 
moins  fascheuses,  plus  doctes  à  la  main,  à  l'agueille,  à  tout  acte 
muliebre,  honneste  &  libère,  que  là  estoient  ^  »,  semble  faire 
écho  au  plaidoyer  de  Sainte-Marthe  pour  l'éducation  féminine. 
Et  pourtant,  par  leur  conception  générale  de  la  femme,  ces  deux 
hommes,  homme  de  génie  et  homme  de  talent,  peut-être  ennemis 
personnels  et,  en  tout  cas,  sympathisant  peu,  acceptent  à  l'unisson 
les  vues  générales  de  leur  époque.  «  Mais  en  quoy  »,  demande 
Sainte-Marthe  à  propos  de  la  mort  de  Françoise  d'Alençon, 
<c  mais  en  quoy  auroit  pœu  une  femme  obliger  à  soj^  &  à  ses  mérites, 
toute  la  France  ?  De  même  qu'un  arbre  fertile,  une  jument 
féconde,  une  claire  fontaine  avantage  son  propriétaire  ;  et  que 
toute  mère  de  grand  homme  a  été  utile  à  sa  patrie  et  doit  être 
à  jamais  honorée  du  bien  qu'a  fait  son  enfant*  ».  S'il  blâme 
«  ceuls  qui  tiennent  leurs  femmes  en  telle  servitude  qu'elles  n'ose- 

1.  Or.  jun...  de  M.  de  N.,  p.  92. 

2.  IMd.,  p.  76. 

3.  Œuvres,  vol.  I,  p.  206. 

4.  Or.  fiin...  de  Fr.  d'A.,  fol.  35  vo-36  v°. 


ORAISONS   FUNEBRES  235 

roient  tousser  devant  euls  »,  il  juge  convenable  pour  une  femme 
de  garder  le  silence  en  présence  de  son  époux,  comme  le  recom- 
mande saint  Paul,  et  de  ne  parler,  d'après  le  précepte  de  Plu- 
tarque,  qu'avec  lui  et  par  lui  et  il  fait  grand  éloge  de  l'obéissance 
conjugale  et  de  la  soumission  de  Marguerite  :  «Mais  la  très-pru- 
dente Royne  sçavoit  bien  l'office  d'une  bonne  &  vertueuse 
femme,  qui  est  de  ne  contester  avec  son  mary  par  caquetterie, 
mais,  comme  dit  saint  Paul,  se  taire  en  sa  présence  &,  si  elle 
veult  aprendre  quelque  chose,  l'interroger.  Et,  ores  que  saint  Paul 
n'en  auroit  onc  parlé,  si  avoit  elle  leu  en  Pleutarche  que  la 
femme  doibt  parler  avec  son  mari  &  par  son  mari  &  non  se 
courroucer  si  elle  parle  par  la  bouche  d'aultruy,  ainsi  que  fait  le 
menestrier. 

«  Elle  eust  bien  peu  avec  d'aulcunes  caquetter  devant  son 
mari  ;  elle  eust  peu  lu}'  rompre  propos  quand  il  eust  parlé  ; 
elle  eust  peu  usurper  son  auctorité  ;  elle  eust  peu  contredire  à 
son  commandement  » ,  et  il  continue  de  là  cet  éloge  de  sa  maîtresse 
que  nous  avons  déjà  cité  ^.  Tout  ceci  concorde  avec  la  concep- 
tion de  Rabelais  de  la  femme  vertueuse,  commandée  d'((  adhserer 
uniquement  à  son  mary,  le  chérir,  le  servir,  totalement  l'aymer 
après  Dieu...  Car  comme  le  mirouoir  est  dict  bon  &  perfaict, 
non  celluy  qui  plus  est  orné  de  dorures  &  pierreries,  mais  celluy 
qui  véritablement  reprsesente  les  formes  obiectes  :  aussi  celle 
femme  n'est  la  plus  à  estimer,  laquelle  seroit  riche,  belle,  élégante, 
extraicte  de  noble  race  ;  mais  celle  qui  plus  s'efforce  avecques 
Dieu  soy  former  en  bonne  grâce  &  conformer  aux  meurs  de  son 
mary  ^  ».  Sainte-Marthe  n'a  pas  dit  un  mot  de  l'influence  éduca- 
tive de  la  mère  dans  son  passage  relatif  à  la  conception  et  à  la 
naissance  des  grands  hommes  et  cela  n'est  pas  étonnant  de  Va, 
part  d'un  auteur  qui,  faisant  l'éloge  des  œuvres  de  la  Reine  de 
Navarre,  douée  «  de  telle  vénusté  &  de  si  profonde  &  abundante 
doctrine  «,  ajoute  que  le  lecteur  «  qui  les  lira,  le  nom  de  l'auteur 
supprimé,  il  ne  dira  lire  la  composition  d'une  femme  mais  de 
quelque  trèsgrave  &  trèsingénieus  auteur  ^  »,  qui  parle  de 
Françoise  comme  «  ce  féminin  &  fragile  vaisseau  ^  »  et  qui  gardait 


1.  Supra,  p.  104. 

2.  Œuvres,  vol.  II,  p.  148  et  seq. 

3.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  80. 

4.  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  32  v". 


236  CHARLES    DE   SAINTE-MARTHE 

en  vue  le  «  varium  et  mutabile  ^  »  du  poète  autant  que  son  devan- 
cier Rabelais,  lequel  fît  allusion  au  sexe  féminin  «  tant  fra- 
gile, tant  variable,  tant  muable,  tant  inconstant  &  imperfaict 
que  nature  me  semble  (parlant  en  tout  honneur  &  révérence) 
s'estre  esguarée  de  ce  bon  sens,  par  lequel  elle  avoit  créé  & 
formé  toutes  choses  quand  elle  a  basty  la  femme  ^  ». 

Sainte-Marthe  s'intéressa  vivement  à  un  autre  mouvement 
relatif  à  l'éducation  et,  là  encore,  il  se  trouve  partager  les  vues 
de  Rabelais.  Il  déplore  les  défauts  que  présentait  le  système 
d'instruction  de  son  temps,  qu'il  sentait,  «  au  très-grand  regret 
&  dommage  tant  de  nous  que  de  la  République  «,  très  corrompu, 
pernicieux  et  détestable.  Si  les  parents  abolissaient  celui-là,  et 
voulaient  adopter  la  méthode  Persanne,  «  de  maulvais  &  dé- 
pravés esprits  ils  en  feroient  de  bons,  &  ceuls  qui  de  leur  naturelle 
inclination  sont  bons  ils  rendroient  meilleurs  ^  ».  Rabelais,  qui 
lui  aussi  avait  quelques  mots  d'admiration  pour  les  Perses  *, 
avait  exprimé  son  opinion  environ  seize  ans  plus  tôt  sur  les  livres 
et  professeurs  de  son  temps,  dont  le  «  sçavoir  n'estoit  que  bes- 
terie,  &  leur  sapience  n'estoit  que  moufles,  abastardisant  les 
bons  &  nobles  esperits,  &  corrompent  toute  fleur  de  ieunesse  ^  ». 
On  croirait,  en  lisant  le  rapport  enthousiaste  de  Sainte-Marthe 
sur  l'éducation  de  la  Reine  de  Navarre,  que  c'est  une  page  de 
Rabelais  décrivant  l'éducation  idéale  de  Pantagruel,  surtout  si 
l'on  se  souvient  de  la  description  faite  par  son  panégyriste  des 
conversations  que  Marguerite  tenait  plus  tard  à  table  et  de  sa 
conclusion  :  «  Somme  il  n'y  avoit  un  seul  moment  d'heure  qui  ne 
fust  par  elle  emploie  à  tous  propos  honnestes,  délectables  & 
utiles  ^  ».  «  Geste  noble  donc  et  sage  Dame  ne  laissa  celle  qui  luy 
estoit  bailée  en  charge  (Marguerite)  estre  dissolue  par  voluptés, 
abandonnée  à  superfluités  &  vains  boubans,  ne  corrompue  de 
parolles  oisifves  &  deshonnestes,  qui  est,  de  nostre  temps,  l'ins- 
titution presque  de  tous  les  grands  Seigneurs,  mais  prudemment 
l'occupa  à  tous  louables  &  vertueus  exercices,  dignes  du  nom  & 

1.  Or.  fim...  de  AI.  de  N.,  p.  97  :  «  Car  il  fault  havoir  égard  au  sexe,  quelePoëte 
appelle  variable  &  muable,  &  S.  Pierre  escrit  que  c'est  lui  vaisseau  fragil  & 
infirme.  » 

2.  Œuvres,  vol.  II,  p.  157. 

3.  Cf.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  38. 

4.  Œuvres,  vol.  II,  p.  35. 

5.  Œuvres,  vol.  I,  p.  59. 

6.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  69. 


ORAISONS   FUNÈBRES  237 

tiltre  de  Princesse  &  d'une  future  Rojnie.  Aussi  luy  furent  baillés 
des  domestiques  Précepteurs,  hommes  bien  expérimentés  en 
maintes  bonnes  choses,  prudents  et  excellents  en  toutes  manières 
de  Science  &,  pour  dire  en  somme,  tels  que  les  Philosophes 
requièrent  trouver  aux  courts  des  Princes  &  aux  Maisons  des 
Seigneurs  au  Hou  d'un  tas  de  flatteurs,  de  fols  et  de  gens  du  tout 
inutiles  ^  ». 

Sainte-Marthe  et  Rabelais  furent  d'accord  sur  d'autres  choses 
encore  :  Avant  Sainte-Marthe  Rabelais  avait  fait  allusion,  allu- 
sion plaisante  il  est  vrai,  à  la  signification  mystique  des  noms  ; 
tous  deux  s'accordaient  à  reconnaître  la  valeur  prophétique  des 
rêves  ^  ;  tous  deux  citent  à  ce  propos  l'interprétation  que  donna 
Socrate  des  vers  d'Homère,  sur  lesquels  il  voyait  un  présage  de 
sa  mort  prochaine  ;  mais  Rabelais  ne  l'appliqua  qu'au  sort  de 
Virgile,  tandis  que  Sainte-Marthe  en  use  comme  preuve  de  la 
véracité  des  songes^.  A  ce  sujet,  Rabelais  mêle  ensemble  l'Ecri- 
ture et  les  classiques,  tout  comme  Sainte-Marthe,  «  les  sacres 
lettres  le  tesmoignent  les  histoires  prophanes  l'asceurent  *.  »  Ils 
furent  tous  deux  frappés  par  le  précepte  de  Platon  sur  les  Rois- 
Philosophes  ou  les  Philosophes- Rois  ^  et  tous  deux  insistent  sur 
la  nécessité  du  contrôle  personnel  pour  ceux  qui  veulent  gouverner 
les  autres  ^.  Mais  ces  rapprochements  sont  presque  négligeables 
par  rapport  à  Fœuvre  entière  de  Rabelais.  Que  deux  auteurs, 
pénétrés  des  Classiques,  chacmi  puisant  probablement  aux  mêmes 
sources,  ne  se  soient  rencontrés  qu'en  si  peu  d'occasions  est 
encore  plus  surprenant  que  de  les  voir,  malgré  des  tempéraments 
si  différents,  partager  quelquefois  les  mêmes  vues. 

La  façon  dont  ils  observèrent  la  philosophie  de  Platon  rend 
surtout  apparente  les  différences  qui  les  séparent.  C'est  en  somme 
avec  un  sourire  que  Rabelais  fait  allusion  à  l'idole  de  Sainte- 

1.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  40-41.  Cf.  Rabelais,  Gargantua,  chap.  xxiii, 
Œuvres,  vol.  I. 

2.  Rabelais,  Quart  Livre,  chap.  xxxvii  ;  Tiers  Livre,  chap.  xiii  ;  Œuvres, 
vol.  I. 

3.  Rappelons  que  Rabelais  représente  Socrate  comme  «  oyant  en  prison  reciter 
ce  mètre  de  Homère  dict  de  Achilles  9,  lUiade.  "  Œuvres,  vol.  II,  p.  54.  Sainte- 
Marthe  raconte  la  véritable  histoire  de  la  vision.  «  Socrate  en  Platon,  estant 
prisonnier  veit  en  dormant  une  très  belle  femme  qui  l'ayant  appelle  jjar  son  nom 
lui  dist  ce  vers  d'Homère.  )i  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  106. 

4.  Œuvres,  vol.  II,  p.  67. 

5.  Cf.  supra,  p.  221  et  Rabelais,  Œuvres,  vol.  I,  p.  168. 
G.  Cf.  supra,  p.  218  et  Rabelais,  Œuvres,  vol.  I,  p.  189. 


238  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

Marthe  et  à  ses  doctrines  ^,  et  cette  divergence  en  fait  présager 
d'autres.  Malgré  les  points  déjà  mentionnés  sur  lesquels  ils 
s'étaient  rencontrés,  nous  pouvons  conclure  que  Sainte-Marthe 
ne  devait  que  peu,  ou  rien,  à  Rabelais  sous  le  rapport  des  sujets 
traités. 

Néanmoins,  il  semble  qu'il  l'ait  bien  lu  ;  car,  involontairement 
semble-t-il,  il  laisse  voir  dans  son  œuvre  l'impression  que  fit  sur 
lui  la  force  et  la  vitalité  du  style  de  Rabelais.  Par  exemple,  le 
procédé  de  l'énumération  que  celui-ci  emploie,  avec  tant  de  verve 
et  de  force,  peut  être  retrouvé  plusieurs  fois  dans  la  prose  de 
Sainte-Marthe,  notamment  lorsqu'il  parle  des  «  rémunérations 
constituées  aux  vertueux  &  héroïques  faicts,  comme  les  cou- 
ronnes, les  triumphes,  les  trophées,  les  images  &  statues,  les 
magistrats,  les  dignités  &  aultres  pareils  honneurs  »,  ou  encore 
lorsqu'il  demande  «  Où  est  celuy,  si  ce  n'est  un  homme  de  tout 
ahéné  d'humanité,  qui  ne  prise,  qui  n'aime,  qui  ne  révère  la 
candeur,  la  charité,  la  piété  de  ceste  tant  libérale,  tant  magni- 
fique &  tant  vertueuse  Rojoie  ^  ?  «  Les  meilleurs  exemples  de 
ceci,  parmi  tous  ceux  que  l'on  pourrait  produire,  sont  peut- 
être  ceux  qui  se  trouvent  dans  la  peinture  du  chagrin  de  la  Reine  à 
la  mort  de  son  fils.  Là,  son  art  consiste  à  donner  plus  de  relief  à 
chaque  membre  de  phrase  de  sa  description  :  «  Mais,  où  presque 
toutes  les  femmes  en  telle  fortune  accusent  le  Ciel,  mauldissent  la 
Mort,  remplissent  l'air  de  hurlements  &  vaines  plainctes,  &  du 
tout  faillies  de  courage  demeurent  ainsi  que  mortes,  estonnées  & 
stupides,  Marguerite  ouit  la  triste  nouvelle  de  la  mort  de  son  fils 
de  cœur  constant  et  asseuré...  Cela  certes  semble  chose  inaudite 
&  inacoustumée  à  ceuls  qui  jugent  grande  injure  estre  faicte  aux 
trespassés  si  les  vivants  ne  sont  vestus  de  noir,  ne  se  tourmentent 
de  deuil,  ne  frappent  leur  poictrine,  ne  s'arrachent  les  cheveuls, 
ne  se  defïont  eulx-mesmes  d'impatience  &  de  désespoir  ^  ».  Le 
lecteur  est  de  plus  tenté  de  prendre  pour  des  souvenirs  incons- 
cients de  Rabelais  des  expressions  comme  «  un  mespris  des 
choses  basses  et  terrestres  »,  «  les  vertueux  &  héroïques  faicts  de 
tous  ces  Roys  &  Princes  »,  ((  la  dehontée  loquacité  des  gents  de 
nulle  valeur  ^  ».  La  ressemblance  n'est  pas  moins  évidente  pour 

1.  Cf.  par  exemple  Œuvres,  vol.  II,  pp.  22,  27,  31,  150. 

2.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  24  et  89. 

3.  Ibid.,  p.  50. 

4.  Ibid.,  pp.  31,  57  et  77. 


ORAISONS   FUNÈBRES  239 

tics  choses  aussi  générales  que  le  rythme  de  la  phrase  ou  la  com- 
binaison des  mots  latins  avec  l'idiome  vulgaire,  comme  dans  la  des- 
cription de  ceux  «  qui  ont  esté  aveuglés  de  pareille  cécité  &  sont 
tumbés  en  mesme  fosse  d'erreur  &  témérité^)),  ou  parlant  de  lui- 
même,  «  qui  ne  suis  exubérant  en  résonantes  parolles  &  n'ay  abon- 
dance de  sentences  copieuses  ^  ».  C'est  pourtant  dans  les  passages 
les  plus  élevés  et  les  plus  soutenus  que  l'orateur  semble  devoir  le 
plus  à  l'auteur  de  Pantagruel.  Un  exemple  frappant  de  ceci  peut 
suffire  :  Sainte-Marthe  parle  de  la  bonté  de  Dieu,  «  lequel  nous  rend, 
toutes  les  heures  du  jour,  manifeste  tesmoignage  de  sa  miséri- 
corde &  libéralité,  ne  punissant  ceuls  qui  l'offensent  de  la  ri- 
gueur de  sa  justice,  mais  les  admonnestant  se  recoignoistre  & 
amender,  les  attendant  venir  à  pénitence,  &  les  recevant  amou- 
reusement, &  leur  pardonnant  très  benignement,  quand  ils 
implorent  la  pitié,  commandant  pour  nous,  au  ciel,  à  la  terre,  & 
aux  mers,  nous  produire  ce  qui  est  nécessaire  à  nostre  vie  ^  ». 
Un  semblable  passage  rappelle  au  lecteur  plus  d'un  éloquent 
transport  du  Pantagruel,  comme  entre  autres  celui-ci  :  «  N'est-ce 
honorer  le  seigneur,  créateur,  protecteur,  servateur  ?  N'est-ce 
le  recongnoistre  unicque  dateur  de  tout  bien  ?  N'est-ce  nous 
declairer  tous  dépendre  de  sa  bénignité  ?  Rien  sans  luy  n'estre, 
rien  ne  valoir,  rien  ne  povoir  :  si  sa  saincte  grâce  n'est  sus  nous 
infuse  ?  N'est-ce  mettre  exception  canonicque  à  toutes  nos 
entreprinses  ?  &  tout  ce  que  proposons  remettre  à  ce  que  sera 
disposé  par  sa  saincte  volunté,  tant  es  cieulx  comme  en  la  terre  ? 
N'est-ce  véritablement  sanctifier  son  benoist  nom  \  ^  » 

Puisque,  dans  les  Oraisons  funèbres,  paraissent  les  traces  de 
l'influence  d'un  homme  avec  qui  Sainte-Marthe  n'avait  que  peu 
ou  pas  d'affinités,  on  peut  s'attendre  à  y  trouver  des  preuves  plus 
nettes  de  l'influence  d'auteurs  pour  qui  il  professait  de  l'admi- 
ration. Pourtant  Calvin  n'a  pas  laissé  de  trace  et  celle  de  Mar- 
guerite de  Navarre  est  faible  sur  la  prose  de  Sainte-Marthe. 
Nous  avons  vu  avec  quelle  ardeur  Sainte-Marthe  se  livrait  à  la 
lecture  de  la  Christiana  Religioyiis  Institutio,  dont  la  forte  réper- 
cussion sur  sa  théologie  paraît  encore  mieux  dans  la  Poésie 
Françoise  et  les  Paraphrases  que  dans  les  Oraisons  funèbres. 

1.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  77. 

2.  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  42  v°  et  30  v». 

3.  Ibid.,  fol.  22  ro. 

4.  Œuvres,  vol.  II,  p.  148. 


240  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

Cependant  le  style  vigoureux,  compact,  logique  de  la  prose  de 
Calvin  n'a  pas  laissé  la  moindre  empreinte  sur  celui  de  Sainte- 
Marthe.  Outre  les  différences  de  tempérament  existant  entre  les 
deux  hommes,  différences  qu'aucune  admiration  commune  ne 
pouvaient  combler  et  qui,  malgré  le  petit  nombre  de  leurs  mo- 
dèles, devaient  avoir  fait  avorter  tout  essai  d'imitation  de  la 
part  de  Sainte-Marthe,  il  pouvait  y  avoir  eu  entre  eux  un  obs- 
tacle matériel.  A  en  juger  d'après  sa  lettre  à  Calvin  ^,  Sainte- 
Marthe  avait  sans  aucun  doute  lu  l'édition  latine  aussitôt  qu'il  le 
put  et  pouvait  donc  avoir  ignoré  la  version  française.  Au  contraire 
il  serait  naturel  de  supposer  que  VHepfameron,  quoique  non  encore 
publié,  était  familier  à  Sainte-Marthe.  Malgré  l'appréciation  favo- 
rable donnée  par  l'auteur  au  projet  littéraire  du  Dauphin,  duquel 
étaient  bannis  les  savants,  car  il  ((  ne  vouUoyt  que  leur  art  y  fut 
meslé,  &  aussi  de  paour  que  la  beaulté  de  la  rhétorique  feit  tort 
en  quelque  partye  à  la  vérité  de  l'histoire  ^  »,  il  est  probable 
que  Marguerite  consulterait  les  hommes  de  lettres  de  sa  cour  au 
sujet  de  l'ouvrage  qu'elle  était  en  train  de  composer.  Pourtant 
elle  peut  s'en  être  abstenue  pour  une  raison  péremptoire  :  La 
Reine  de  Navarre  peut  s'être  demandé  si  l'intérêt  philosophique 
des  discussions  de  V Heptameron  compenserait  la  légèreté  de 
beaucoup  de  ses  intrigues,  aux  yeux  d'hommes,  comme  Sainte- 
Marthe,  qui  la  considéraient  comme  le  chef  du  mouvement  spiri- 

tualiste  ;  comme 

une  déesse  femme. 
Femme,  laquelle  au  monde  converseoit, 
Mais  qui.  d'esprit,  femme  n'ajiparaissoit  3. 

Même  s'il  le  connut,  Sainte-Marthe  regardait  probablement 
VHeptamero7i  composé  par  la  Reine  «  en  ses  gayettez  »,  comme 
dit  Brantôme,  comme  un  ouvrage  indigne  d'être  pris  en 
sérieuse  considération  et,  pour  une  raison  ou  pour  une  autre, 
n'y  fait  pas  la  moindre  allusion  lorsqu'il  s'occupe  des  «  Œuvres 
&  Méditations  »  de  la  Reine  de  Navarre  4.  Ses  idées  philosophi- 
ques, qui  pouvaient  l'avoir  frappé  apparaissaient  déjà,  moins 
nettement  peut-être,  dans  les  premiers  poèmes  de  Marguerite 
et,  à  cet  égard,  il  avait  peu  à  apprendre  de  cet  ouvrage  ;  il  était 

1.  Cf.  supra,  p.  24. 

2.  Heptameron,  Prologue,  vol.  I,  p.  247. 

3.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  éd.  1550,  Dédicace,  fol.  Aiij  v". 

4.  Or.  furi...  de  M.  de  N.,  pp.  79  et  80. 


ORAISONS   FUNÈBRES  241 

probablement  incapable  de  comprendre  et  sûrement  d'acquérir 
son  esprit  de  malice  fine  et  spirituelle  ;  aussi,  en  admettant 
qu'il  eu  saisi  combien  était  complet  le  tableau  de  la  vie  contem- 
poraine que  cette  œuvre  présentait,  il  ne  pouvait  consciemment 
en  faire  autant  dans  des  oraisons  funèbres.  Si  Sainte-Marthe 
doit  quelque  chose  à  VHeptameron,  c'est  de  lui  avoir  servi  de 
modèle  de  récit  pittoresque  et  attachant  et,  là  on  peut  dire 
qu'il  égala,  sinon  surpassa  son  auteur. 

Un  bon  exemple  de  ce  qu'il  pouvait  faire  en  ce  sens,  montrant 
comment  il  choisit  les  détails  les  plus  frappants,  son  adresse  à 
introduire  les  citations  directes  et  à  donner  l'impression  du 
mouvement,  c'est  son  histoire  du  voyage  hâtif  dont  on  a  déjà 
parlé,  entrepris  par  Marguerite  quand  elle  apprit  la  maladie  de 
sa  fille.  Qu'en  faveur  de  sa  beauté,  il  soit  permis  de  le  rapporter 
ici,  bien  qu'il  soit  relativement  facile  de  prendre  connaissance  du 
texte  de  Mont  aiglon  ^  : 

«  Mais  je  vous  veuls  encores  dire  un  aultre  exemple  de  rare 
pieté,  force  &  constance,  qui  se  trouve  en  Marguerite  ;  car, 
comme  sa  fille  Jheanne  estoit  trèsgrièvement  malade  en  la 
royalle  Maison  de  Plessis  lès  Tours,  &  le  bruict  fust  à  la  Court, 
estant  lors  à  Paris,  que  ceste  bonne  Princesse  tendoit  à  la  mort, 
la  vertueuse  mère  Marguerite,  sur  les  quatres  heures  du  soir, 
commanda  luy  admener  sa  lectière,  disant  qu'elle  vouloit  aller 
vers  sa  fille  &  que  chascun  des  siens  délibérast  de  partir.  Il  n'y 
avoit  rien  prest;  les  Officiers  &  serviteurs  estoient  absents  & 
équartés,  tant  par  la  ville  de  Paris  que  par  les  villages  ;  il  estoit 
desjà  basse  heure,  car  ce  fut  au  plus  courts  jours  :  le  temps  estoit 
aussi  contraire  pour  la  plu^e,  &  ne  sa  lectière  ne  ses  mulets  de 
coffres  n'estoient  là  auprès.  Cela  veoiant,  la  courageuse  Royne 
emprunta  la  lectière  de  Madame  Marguerite,  sa  niepce,  se  met 
dedans,  &,  contente  de  petite  compaignie,  déloge  de  Paris  et 
s'en  va  jusques  au  Bourg  la  Ro^Tie. 

«  Quand  ils  furent  là  venus,  ne  s'en  alla  descendre  à  son  logis, 
ains  alla  tout  droit  à  l'Eglise,  où,  ainsi  qu'elle  vouloit  entrer, 
dict  aux  assistants  que  le  cœur  luy  signifieoit  je  ne  scay  quoy  de 
la  mort  de  sa  fille,  &  les  priea  tous  affectueusement  se  retirer, 
&,  pour  une  petite  heure,  la  laisser  seule  au  Temple.  Tous  lui 

1.  L'Heptameron  des  Nouvelles  de...  Marguerite...  deNavarre.  L'Or.  fun.  est 
compi-ise  dans  les  pages  23-130  du  vol.  I. 

16 


242  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

obéissent  &,  en  grand  ennuy,  attendent  leur  maistresse  à  la 
porte  de  l'Eglise.  La  Séneschalle  de  Poictou  i,  trèsfidèle  Dame 
&  trèssoigneuse  de  Marguerite,  entra  seule  avec  elle. 

<(  Estant  Marguerite  entrée  se  met  à  genoils  devant  l'image  de 
Jésus  crucifié,  fait  à  Dieu  prière  du  profond  du  cœur  ;  elle  sous- 
pire,  elle  pleure,  elle  luy  confesse  toutes  ses  offenses  &  tourne  sur 
elle  la  seule  cause  de  la  maladie  de  sa  fille,  demande  trèshumble- 
ment  pardon  &  supplie  que  la  santé  de  la  malade  lui  soit  octroiée, 
mais  c'estoit  avec  condition  si  l'entérinement  de  sa  requeste 
estoit  à  l'une  &  l'aultre  nécessaire,  sçaichant  bien  que  la  volunté 
de  Dieu  doibt  estre  sur  tout  demandée... 

«  Marguerite,  après  sa  prière  faicte,  se  liève,  sort  de  l'Eglise  et 
trouve  à  la  porte  plusieurs  grands  personnages  qui  commen- 
cèrent de  lui  donner  courage  par  maintes  bonnes  consolations, 
auxquels  elle  dist  :  «  0  mes  amis,  il  ne  me  fault  attendre  que  les 
hommes  adoulcissent  ma  douleur  par  leur  conseil  &  consolation, 
car  Celuy  seul  me  consolera  à  qui  plaist  par  cette  dure  adversité 
faire  essay  de  ma  patience  et  de  ma  constance.  Mais,  puisque, 
le  temps  passé,  ne  m'a  point  abandonée  en  tant  d'infortunes  où 
j'estois  enveloppée,  j'espère  que  je  ne  seray  trompée  de  mon 
attente,  car  desja  son  sainct  Esprit  prommet  au  mien  que  ma 
fille,  tant  périlleuse  &  desespérée  soit  la  maladie  qui  l'afflige,  sera 
délivrée  &  recouvrera  sa  première  santé.  » 

((  En  tenant  ces  propos,  arrive  à  son  logis,  entre  &,  après  qu'elle 
se  fut  un  petit  reposée,  son  Maistre  d'hostel  l'advertit  de  soupper. 
Elle  lave  &  s'assiet  à  table  ;  mais  je  vouldrois,  ô  Alençonnois,  ou 
que  trèsbien  vous  sçeussés,  ou  que  je  vous  peusse  suffisamment 
reciter  les  propos  qu'elle  tint,  en  souppant,  de  la  bonté,  de  la 
pieté,  de  la  miséricorde  de  Dieu,  de  quelle  haulteur  de  parolles 
elle  exprima  la  puissance  &  la  providence  divine,  de  quelle 
gravité  de  sentences  elle  recita  la  misère  &  la  calamité  humaine. 

«  Après  qu'elle  eust  souppé,  de  rechef  commanda  à  chascun 
de  sortir  de  sa  chambre  &,  quand  elle  eut  quelque  espace  de 
temps  vaqué  à  oraison,  se  feist  apporter  la  Bible.  L'ayant  ouverte, 
s'agenoille  &  s'appuye  sur  un  petit  banc,  &,  comme  elle  vint, 
le  S.  Esprit  ainsi  l'ordonnant,  à  s'arrêter  sur  le  passage  où  nous        \ 

1.  Loviise  de  Dallon.  femme  d'André  de  Vivonne,  sénéchal  du  Poitou,  grand- 
mère  de  Brantôme. 


ORAISONS    FUNÈBRES  243 

est  récitée  roraison  que  feist  à  Dieu  Ezécliie,  Roi  de  Juda,  quand 
il  demanda  prolongation  de  sa  vie  après  que  le  Prophète  luy  eut 
adnoncé  la  mort,  sans  que  personne  y  penseast,  de  loing  fut 
entendu  venir  un  Poste,  qui,  au  son  de  son  cor,  monstroit  assés 
qu'il  alloit  en  diligence.  Adonc  vous  les  eussiés  tous  veus  chés  la 
Rojoie  fort  étonnés  &,  ainsi  que  dit  le  Proverbe,  tenants  le  loup 
aux  aureilles,  car  ils  n'estoient  encores  bien  assurés  quelles  nou- 
velles le  Courier  apportoit. 

«  Au  signe  de  la  Poste  Marguerite  se  liève,  court  à  la  fenestre, 
l'ouvre,  demande  où  va  le  Courier  &  quelles  nouvelles  il  porte. 
Personne  ne  luy  respond,  car  qu'eussent  ils  peu  respondre  ?, 
Si,  pour  la  consoler,  luy  eussent  dit  qu'il  apportoit  bonnes  nou- 
velles et  il  eust  esté  aultrement,  la  vaine  espérance  de  si  courte 
joye  eust  possible  renouvelle  et  de  plus  fort  augmenté  sa  douleur 
&  tristesse.  Et,  si  ainsi  eust  esté  que  sa  fille  fust  décédée,  où  est 
celui  qui  eust  voulu  si  soubdainementluy  dire  &  se  faire  messager 
de  si  triste  fortune  ?  Veoiant  Marguerite  que  personne  ne  lui 
respondoit,  retourne  à  son  oraison  ;  mais  ô  Seigneur  Dieu,  de 
quelle  affection  d'esprit  &  de  quelle  ardente  foy  elle  parlait  à 
toy  !  Et,  comme  elle  estoit  ainsi  demeurée  entre  crainte  et 
espérance,  Nicolas  d'Angu^^e,  lors  Evesque  de  Saix,  maintenant 
de  Mande,  au  logis  duquel  le  Courier  étoit  descendu,  s'en  vint  à 
la  maison  de  la  RojTie,  frappe  à  la  porte  de  sa  chambre.  On  luy 
ouvre  ;  il  entre  &  trouve  ceste  bonne  Princesse  estant  à  genoils, 
la  face  enclinée  contre  terre,  &  mtentifve  à  oraison. 

«  Un  peu  après  elle  se  liève  &,  détournée  vers  le  vénérable 
Evesque  :  «  Monsieur  de  Saix  »,  luy  dist-elle,  «  venés  vous  icy 
pour  adnoncer  à  une  dolente  mère  la  mort  de  sa  fille  unique  ? 
J'entens  bien  qu'elle  est  maintenant  avec  Dieu  ?  »  Le  très- 
prudent  homme,  auquel  une  singuhère  piété  de  mœurs  est  con- 
joincte  avec  une  assurée  érudition  &  exact  jugement,  ne  voulut 
émouvoir  les  esprits  de  la  Royne  par  une  trop  soubdaine  joye, 
ains  trèsmodestement  luy  respondit  que  véritablement  sa  fille 
vivoit  avec  Dieu  ainsi  qu'avec  luy  vivent  tous  ceuls  l'esprit 
desquels  vit  par  Foy,  car  il  est  mort  où  il  n'y  a  point  de  foy,  mais 
qu'elle  estoit  encores  en  ce  monde,  que  la  fiebvre  l'avoit  laisée, 
que  son  flux  de  sang  estoit  arresté  &  que  les  Médecins  envoioient 
toute  bonne  et  joyeuse  nouvelle,  ce  qu'il  avoit  entendu  par  les 
lettres  que  le  Courier  avoit  apportées.  Quand  Marguerite  enten- 
dit ce  propos,  elle  ne  commencea,  comme  plusieurs  eussent  fait, 


244  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

de  monstrer  une  insolente  &  effrénée  joye  pour  si  bonne  nou- 
velle, mais,  les  mains  levées  au  Ciel,  trèshumblement  le  remer- 
cia ^  ». 

De  tels  passages  ne  sont  pas  du  tout  l'exception.  Les  deux 
oraisons  offrent  beaucoup  d'exemples  d'observation  préci.se  et 
d'expression  nette,  dons  du  véritable  narrateur.  Sainte-Marthe 
avait  évidemment  conscience  de  ses  talents  de  peintre  quand 
il  déclarait,  parlant  de  ceux  qui  pleuraient  la  Duchesse  de  Beau- 
mont  :  «  Quand  ils  liront  cest  louenge  funèbre,  l'image  de  la  tres- 
passee  se  représentera  à  euls,  qui  leur  causera  une  consolation 
&  contentement  par  la  mémoire  d'elle  -  ». 

Les  passages  descriptifs  et  narratifs,  et  l'évocation  des  images 
ne  sont  cependant  pas  les  traits  les  plus  remarquables  des  Orai- 
sons. C'est  par  ses  dons  d'orateur  que  Sainte-Marthe  brillait 
vraiment  et  c'est  quand  il  était  poussé  par  l'indignation  qu'il 
faisait  preuve  de  plus  d'éloquence  et  d'abondance  :  «  Que  si  l'on 
nous  vouloit  presser  de  trop  près  pour  nommer  ceuls  qui  sont 
tombés  jusques  en  ceste  rage  que  d'avoir  ausé  déhontément  mes- 
dire  d'elle  »,  écrit-il  par  exemple,  «  ceuls  là  apertement  et  en 
public,  ceuls  cy  secrètement  &  soubs  les  cheminées,  les  uns  aux 
tavernes,  les  aultres  en  leurs  maisons,  les  aultres  aussi  en  leurs 
Leçons  &  Sermons,  certes  sa  doulceur,  sa  bénignité,  sa  cons- 
tance, seroit  assés  manifestée  &  congnue  à  toute  sorte  de 
gents  ^  ».  On  a  remarqué  déjà  que  Sainte-Marthe  était  adroit  à 
manier  les  vers  comme  instrument  d'invective  ;  sa  prose  est 
aussi  remarquable  en  ce  genre.  Le  feu  et  l'énergie  de  ses  attaques 
ennoblissent  même  ses  exagérations  et  ses  personnalités.  Voici  en 
quels  termes  il  s'élève  contre  l'ingratitude  : 

(c  0  extrême  impudence,  O  ingratitude  Scythique  !  Mais 
ce  n'est  grand  merveille  d'entendre  ceuls  avoir  esté  impudents 
qui  ont  surpassé  toute  mémoire  d'ingratitude,  je  dy,  qui  sont 
monstre  les  plus  ingrats  dont  jamais  on  ouit  parler  ?  »  «  O  quelle 
honte  hauront  nos  babillardes,  qui  de  savetières  se  font  grandes 
Dames  &  encores,  qu'elles  soient  descendues  de  basse  maison 
et  mariées  à  des  nobles  &  illustres  personnes  ausquels  elles  doi- 
vent tout  ce  qu'elles  sont,  ce  neantmoins  ce  sont  de  glorieuses 
coquardes,  qui  ne  portent  honneur  à  leurs  maris,  &  n'en  tien- 

1.  Or.  Jun...  de  M.  de  N.,  pp.  52-55. 

2.  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  21  r". 
d.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  5&-57. 


ORAISONS   FUNÈBRES  245 

nent  compte  non  plus  que  de  simples  Cliarbomiiers,  &,  tant 
à  la  maison  que  dehors,  leur  langue  est  un  traquet  de  moulin  & 
un  vra}^  cymbale  en  sorte  que,  quand  elles  caquettent  leurs 
inepties,  on  diroit  à  les  ouïr,  que  c'est  un  tintamarre  de  chaulde- 
rons,  tabourins  &  clochettes  ^.  »  Pour  ses  discours,  Sainte-Marthe 
emprunta  peu  à  des  modèles  français.  Les  lieux  communs  de  la 
rhétorique  du  temps,  sont  souvent,  comme  l'a  remarqué  Mon- 
taiglon,  écartés  de  son  ouvrage  ;  mais,  lors  même  que  les  procédés 
oratoires  sont  bien  apparents,  ils  sont  rachetés  par  le  pittoresque 
des  phrases,  une  certaine  énergie  soutenue,  et  Sainte-Marthe 
réussit  généralement  à  échapper  à  la  tentation  de  la  pure  gran- 
diloquence. )) 

Il  faut  avouer  qu'en  certains  passages  Sainte-Marthe  manque 
complètement  de  goût,  par  exemple  lorsqu'il  compare  la  Duchesse 
de  Beaumont  au  cheval  de  Troie,  parce  que  d'elle  «  on  esté  procrées 
tant  de  trèsnobles  Princes,  frères,  à  l'honneur,  proesse  &  vertu 
desquels  toute  l'espérance  des  François...  pour  aujourd'huy  se 
repose  ^  »,  ou  lorsqu'il  assimile  à  la  Cour  de  François  I^^  «  la 
Court  de  ce  grand  Dieu,  Empereur  &  Seigneur  de  tout  le  Monde  h. 
Ou  encore,  avec  un  manque  de  délicatesse  exaspérant,  il  console 
ses  auditeurs  en  leur  disant  que  si  Marguerite  de  Navarre  est 
morte,  Marguerite  de  France  leur  reste  *. 

De  tels  défauts  apparaissent  pourtant  rarement  dans  la  prose 
de  Sainte-Marthe  et,  en  somme,  on  pourrait  dire  que,  pour  le 
sentiment,  le  goût  et  l'éloquence,  il  se  distingue  de  ses  contem- 
porains et  tient  parmi  eux  mie  place  particulière.  Le  lecteur  n'a 
qu'à  comparer  ses  Oraisons  avec  les  ouvrages  similaires  très 
admirés  à  son  époque,  par  exemple  les  deux  Oraisons  funèbres 
du  Roi,  par  Duchâtel,  dont  l'une  est  citée  par  Sainte-Marthe 
comme  «  une  tresornée  &  tresrenommée  Oraison  ^  ».  L'exposi- 
tion des  pensées  de  Sainte-Marthe,  claire  et  pittoresque,  bien 
qu'un  peu  recherchée  et  prolixe,  contraste  favorablement  avec 
les  idées  décousues,  les  phrases  longues  et  mal  construites,  les 
gauches  métaphores    des   Oraisons  de  Duchâtel  ^  ;  en  matière 


1.  Or.  fun...de  M.  de  N.,  p.  74  et  seq. 

2.  Ibid.,  pp.  44-45. 

3.  Ibid.,  p.  115. 

4.  Jbid.,  pp.  117-118. 

5.  Ibid.,  p.  40. 

6.  Cf.  Bibliog.  p.  364. 


246  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

de  sentiment  Sainte-Marthe  touche  juste,  tandis  que  son  pré- 
décesseur s'exprime  péniblement.  Celui-ci  ne  réussit  qu'à  peine 
une  fois  à  fixer  en  des  paroles  expressives  un  sentiment  profond  ; 
l'Oraison  de  Sainte-Marthe,  au  contraire,  déborde  d'expression 
émotive,  qui  convainc  sans  dépasser  les  mesures  du  bon  goût, 
comme  ici  par  exemple  :  «  0  quelle  douleur,  quelle  angoisse,  quel 
chagrin  &  soulcy  avoit  la  dolente  mère  de  voir  son  enfant  en  si 
pitoyable  estât  ?  ^  »  son  exclamation  sur  la  détresse  de  Françoise 
quand  son  enfant  tomba  malade.  C'est  naturellement  quand  il 
parle  de  la  mort  de  la  Reine  de  Navarre  que  Sainte-Marthe  est 
le  plus  ému  et  le  plus  touchant.  Qu'il  veuille  exprimer  sa  con- 
viction sur  l'inexorabilité  de  la  mort,  ou  le  chagrin  et  l'amour 
fidèle  des  survivants,  Sainte-Marthe  sait  comment  frapper  les 
cœurs  de  ses  auditeurs.  Il  trouve  des  mots  pour  exprimer  leur 
désespoir  et  leur  attachement  fidèle  :  «  Que  voulons  nous  donc 
puisque  nostre  volunté  n'ha  plus  de  puissance  ?   C'est  fait  », 
«  Mais  je  sents  bien,  ô  Alençonnois,  où  tendent  les  plainctes  que 
vous  faictes  contre  la  Mort,  c'est  que  plus  ne  veoyés  vostre 
Marguerite  en  ce  monde,  plus  ne  parlés  à  elle,  car  elle  est  entendue 
morte  en  son  sepulchre  ».  «  Laissons  donc  les  froids  &  faincts 
collaudateurs  des  morts  refraischir  leur  mémoire,  ou  en  lisant  les 
inscriptions  des  sépulchres  ou  en  regardant  les  statues  qui  leur 
sont  érigées,  car  nous  havons  tousjours  mémoire  de  la  Royne  de 
Navarre  ^  ».  Ce  sont  peut-être  ses  paroles  de  consolation  qui  sont 
les  plus  convainquantes.  Il  nous  représente  la  reine  se  reposant 
après  le  travail  de  la  journée  «  l'âme  de  laquelle,  qui  tout  le  jour 
a  esté  diffuse  par  le  corps  et  respandue  aux  sens,  deschargée  de 
son  fardeau,  se  reunit  par  un  douls  dormir  &  se  caiche  au  dedans, 
si  bien  que  jamais  elle  ne  fut  veue  dormir  plus  doulcement  ne 
plus  à  son  aise.  Où  est  celui  de  nous,  »  poursuit-il,  «  qui  seroit 
marri  de  son  repos  ?  Et  si  son  Valet  de  chambre  ouvroit  la  porte 
à  quelques-uns  qui  feissent  tel  bruit  qu'elle  s'en  eveillast,  ne  luy 
dirions  nous  toutes  les  injures  du  monde  &,  quand  elle  reposeroit, 
n'imposerions  nous  silence  à  un  chascun  ?  Ne  les  advertirions 
nous  de  marcher  tout  beau  ?  Que  n'en  faisons  nous  aujourd'huy 
autant  ?  »  conclut-il  avec  simplicité  ^. 


1.  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  33. 

2.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  pp.  116,  117,  118. 

3.  Ibid.,  pp.  114-115. 


ORAISONS   FUNÈBRES  247 

Les  heureuses  comparaisons,  les  heureux  tours  de  phrase  ne 
sont  pas  plus  rares  chez  Sainte-Marthe  que  la  juste  expression 
des  sentiments.  11  compare  la  Duchesse  de  Beaumont  à  une  source, 
«  une  claire  fontaine,  qui  de  ses  crystalins  bras  embrasse  &  circuit 
tout  le  pais,  arrose  les  prés,  &  libéralement  distribue  de  son  eau, 
pour  estcindre  la  soif  des  hommes,  des  bestes,  des  arbres,  des 
herbes  &  de  toutes  les  créatures  tle  la  terre  ^  »  et  les  vertus  de 
Marguerite  à  une  lumière  brillante,  dans  son  histoire  de  la  de- 
mande en  mariage  de  l'Empereur,  histoire  qui  pour  le  reste 
a  l'allure  d'un  conte  de  fées  :  «  Et  comme  ceuls  qu'elle  avoit 
attirés  à  son  admiration  semoient  par  tout  &  à  tous  les  rares 
vertus  d'elle,  tantost  fut  la  renommée  espandue  jusques  à  Charles, 
aujourd'huy  Empereur  &  lors  Roy  des  Espaignes,  qu'en  la  Court 
du  Ro}'  de  France  estoit  une  jeune  fille.  Princesse,  excellente 
en  beaulté  &  resplendissante  de  vertus  comme  d'une  clarté  estin- 
cellante  par  ses  raïons.  Charles,  esmeu  de  ce  bruit,  commencea 
se  sentir  frappé  de  l'amour  de  la  vierge,  qu'il  n'avoit  onc  veue, 
dont  il  envoia  en  France  ses  Ambassadeurs  la  demander  pour  luy 
en  marriage  ^  ».  La  simplicité  et  l'art  d'une  telle  peinture  serait 
difficilement  égalée  chez  n'importe  quel  auteur  contemporain, 
mais  n'est  pas  rare  du  tout  dans  les  Oraisons  de  Sainte-Marthe. 
Parlant  quelque  part  de  la  naissance  de  Marguerite,  Sainte- 
Marthe  à  force  de  grâce  et  de  naturel  convainc  presque  ses  audi- 
teurs de  l'impossible  :  «  Quand  donc  elle  fut  sortie  du  ventre  de 
sa  mère,  si  tost  ne  fut  entrée  en  ce  monde  que  si  grands  signes 
&  certains  indices  d'une  trèsexceUente  indole  apparurent  au 
visaige  de  cest  enfant  que  quiconques  la  regardoit,  comme  touché 
d'un  divin  augure,  soubdainement  se  promettoit  d'elle  je  ne  sçay 
quoy  de  bon  qui  excedderoit  la  naturelle  inclination  de  la  morta- 
lité &  condition  humaine.  Elle  monstroit  un  visaige  riant  à  tous 
ceuls  qui  la  regardoient,  &  estant  nue,  presentoit  à  un  chascun 
sa  main,  comme  si  elle  eust  voulu  donner  sa  foy  de  ne  se  laisser 
jamais  surpasser  à  personne  en  humanité,  doulceur  &  libéralité  ^  ». 
Des  phrases  aussi  gracieuses  que  celles  qui  ornent  ces  passages 
abondent  dans  les  deux  Oraisons.  «  Je  n'en  scaiche  aultres  », 
dit  Sainte-Marthe  aux  Alençonnois,  «  qui  deussent  plus  tost  se 


1.  Or.  fun...  de  Fr.  d'A.,  fol.  36  r». 

2.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  44. 

3.  Ibid.,  p.  33 


248  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

revestir  de  noir  &  estre  solitairement  triste  que  vous  ^  )>.  «  Mettons 
toute  tristesse,  dueil  &  mélancholie  hors  de  nostre  esprit  ^  »,  leur 
conseille-t-il,  faisant  écho  à  un  refrain  de  Salel,  et  il  s'adresse  en 
ces  termes  à  ceux  qui  pleuraient  Françoise  d'Alençon  :  «  Laissons 
ces  charnelles  louanges  aux  charnels  &  mondains  ;  qui  ne  prisent 
que  les  choses  externes,  caduques  &  transitoires  ^  »  —  phrase 
dont  la  chute  musicale  doit  avoir  ravi  ses  oreilles  puisqu'il  la 
répète  à  propos  de  la  renonciation  au  monde  à  et  toutes  «  délices 
mondaines,  caduques  &  transitoires  *  »  de  sa  fille  Catherine  de 
Bourbon. 

On  peut  donc  évidemment  dire  que  les  Oraisons  ne  manquent 
pas  plus  de  grâce  que  d'éloquence,  et  ces  qualités,  jointes  à  un 
goût  sinon  infaillible,  du  moins  généralement  correct  et  mises  au 
service  d'un  sentiment  profond,  permettent  de  les  considérer 
à  bon  droit  comme  des  œuvres  remarquables  pour  leur  époque. 
C'est  plus  probablement  leur  érudition  considérable  qui  leur 
valut,  à  cette  époque  passionnée  de  science,  ce  «  grand  applau- 
dissement de  toute  la  France  »  dont  parle  Scévole  de  Sainte- 
Marthe  ;  mais  ce  n'est  pas  moins  son  appel  aux  sentiments  les 
plus  naturels,  que  sa  réflexion  de  la  pensée  de  sa  génération, 
qui  justifie  le  droit  de  leur  auteur  à  une  place  honorable  dans 
l'histoire  de  la  prose  française  et  aussi  dans  celle  des  idées. 

1.  Or.  fun...  de  M.  de  N.,  p.  109  et  seq. 

2.  Ibid.,  p.  121. 

3.  Or.  fun...  de  Fr.  d\A..  fol.  9  v". 

4.  Ihid.,  fol.  40  ro. 


CHAPITRE  IV 


LES    ŒUVRES   LATINES 


Bien  que  les  Paraphrases  des  Psaumes  a^i  et  xxxiii  aient 
été  composées  par  Sainte-Marthe  à  peu  d'intervalle  et  aient 
été  pubUées  en  même  temps,  eUes  naquirent  dans  des  circons- 
tances très  différentes  et,  bien  que  sa  Méditation  latine  sur  le 
Psaume  xc  l'ait  été  apr:s  un  intervalle  de  dix  années  fertiles 
en  événements,  ses  Paraphrases  et  la  Méditation  n'en  portent  pas 
moins  au  même  degré  l'empreinte  de  l'individualité  de  leur 
auteur. 

Ceci  est  vrai  par  exemple  pour  la  Théologie  qui  forme  le  fonds 
de  sa  pensée,  une  Théologie  qui  est  évidemment  dans  une  certaine 
mesure  dérivée  de  Calvin.  Ces  trois  œuvres  font  une  place  impor- 
tante à  la  Prédestination,  l'Election,  à  la  Grâce,  à  la  Provi- 
dence, et  refusent  toute  valeur  aux  «  œuvres  »  et  aux  «  mérites  », 
bien  que  la  doctrine  de  la  méchanceté  de  la  nature  humaine  ne 
soit  nettement  exposée  que  dans  la  première  Paraphrase.  Cette 
dernière,  la  Paraphrase  du  Psaume  vii,  est  la  moins  prudente  en 
ce  qui  concerne  les  questions  de  doctrine  ;  la  Méditation  sur  le 
Psaume  xc  l'est  beaucoup  plus.  Le  tiers  de  la  première 
est  réservé  à  l'exposition  de  vues  théologiques  au  moins 
capables  d'attirer  les  soupçons  ;  la  Méditation,  sans  rien  changer 
à  ces  vues,  traite  des  choses  qui  pouvaient  les  écarter  et  tâche 
d'éviter  la  critique.  Par  exemple  son  auteur,  comme  nous  l'avons 
vu,  prend  bruyamment  parti  contre  les  schismes,  «  quum  extra 
Ecclesiam  non  sit  salus,  atque  solos  illos  pro  suis  Deus  agnoscat 
qui  manent  in  Ecclesia  »  ;  ou  bien  il  prend  soin,  dans  son  Argu- 
ment de  désarmer  ceux  qui  pourraient  trouver  qu'il  fait  trop  de 
place  dans  sa  Paraphrase  à  la  Foi,  au  mépris  des  «  œuvres  »  et 
des  «  mérites  »  :  «  De  fide  quum  loquimur,  de  sola  fide  dicimus, 
quœ  bona  opéra  per  Charitatem  profert  :  ne  quis  putat  nudam 
illam  fidem,  hoc  est,  pietate  vacuam,  eas  promissiones  expectare 


250  CHARLES    DE   SAINTE-MARTHE 

debere  quae  hic  vere  credentibus  fiunt  ^  ».  Le  tout  est  du  ton  d'un 
homme  prêt  à  soumettre  son  jugement  à  celui  de  l'Eglise,  prêt 
à  s'écrier  :  «  Adjutorium  altissimi  est  Ecclesia  sacrosancta,  Cujus 
Caput  est  Christus  2.  » 

Et  si  le  fonds  de  la  pensée  théologique  de  Sainte-Marthe  ne 
subit  aucun  changement  sensible  au  cours  de  dix  années,  cela 
est  aussi  vrai  des  fruits  qu'elle  porta  et  qui  le  maintinrent  dans 
une  conception  ascétique  de  la  vie,  à  un  moment  où  les  premiers 
élans  de  la  Renaissance  inclinaient  les  hommes  de  son  temps  et 
de  ses  relations  à  des  vues  toutes  différentes.  Dans  sa  Paraphrase 
du  Psaume  xxxiii,  écrite  dans  un  mouvement  de  joie  et  de 
gratitude  provoqué  par  sa  mise  en  liberté,  il  écrivait  :  «  Non 
habet  ille  grata  Pharisaeorum  opéra,  qui  sua  mérita  tactitant,  & 
suse  justifiée  sanctitatem  tribuunt  :  set  eorum  qui  se  abnegant 
ipsos,  ac  prorsus  distrahuntur  a  suis  adfectibus.  Qui,  spretis 
hujus  mundi  voluptatibus,  in  lachrymis,  in  vigiliis,.  &  in  jejuniis, 
vitam  transigunt  ^  ».  Dix  ans  plus  tard,  il  affirme  encore  plus 
nettement  ses  goûts  ascétiques.  La  déclaration  par  laquelle 
débute  sa  Méditation  sur  le  Psaume  xc  ne  pourrait  pas 
renier  plus  nettement  le  matérialisme  païen,  la  joie  de  vivre 
simplement  sensuelle  qui  tint  tant  de  place  dans  le  mouvement 
de  la  Renaissance. 

Les  sentiments  de  Pétrarque  contemplant  le  monde  du  sommet 
du  mont  Ventoux,  n'avaient  pas  un  caractère  plus  médiéval  : 
«  Quum  ego  mecum  statum  mundi  hujus  consydero,  ac  rerum 
propè  omnium,  cum  cotidiana  varietate,  fréquentes  mutationes 
ante  oculos  pono  meos,  mihi  videtur  perpulchre  sibi  consulere, 
qui,  quse-cumque  hic  videt  ac  intuetur  pro  vanitate  ducit  :  atque 
et  a  mundo,  et  ab  iis  rébus  quae  in  mundo  sunt  omnibus,  animum 
abducit  ac  in  solum  illum  cunctorum  opificem  Deum,  mentis  suas 
aciem  dirigit.  Nam,  ubi  humanse  felicitatis,  quam  homo  in  vani- 
tate coUocat,  principium,  progressionem,  incrementum,  statum 
ac  finem  tandem  ipsumque  exitum  diligenter  perspexerimus, 
nemo  certe  homo  erit  (nisi  prorsus  judicio  careat)  qui  felicissi- 
mum  esse  non  dicat  illum  qui  habitat  in  adjutorio  altissimi  *  ». 
Plus  loin  la  Méditation  indique  qu'il  pensait  bien  à  une  des  opi- 

1.  In  Psalmuni  XG...  Meditatio  paraphrastica,  fol.  14  r°  et  7  v°. 

2.  Ibid.,   14  ro. 

3.  In  Psalmum...  XXXIII  Paraphrasis,  p.  192. 

4.  In  Psalmum  XC...  Médit.,  fol.  1. 


ŒUVRES   LATINES  251 

nions  familières  aux  hommes  de  la  Renaissance.  Non  seulement 
il  désapprouve  la  conception  de  la  nature  telle  que  l'interpré- 
taient le  scepticisme  de  la  Renaissance  «  qui  denique  pro  altissimo 
Naturam  nescio  quam  introducit  cui  attribuit,   quidquid  terra 
alit,  procréât  ac  végétât  »,  mais  encore  il  attaque  précisément 
l'une  de  ses  théories  extrêmes,  1'  «  omnis   voluptas  bona  est  », 
exposée    si    audacieusement    par    Lorenzo    Valla  ^   :  «  Dicunt 
prœterea,   Naturse   adfectibus   prorsus   acquiescendum   esse,   ut 
quoquo  se  inclinent,  eo  proni  as  prsecipites    ferri    debeamus, 
ac  proinde  ridiculum  existimant,  cupiditates  cordis  sic  cohibere, 
ut,  quam  habeamus  a  Natura  libertatem,  nescii  cuidam  spiritati 
servituti    adligeraus.    Huic    opinioni    non    refragatur    sapientia 
Garnis  ;  namquomodo  reclamaret  sententiœ  ita  sibi  adridenti  ? 
Non  répugnât  Mundus  :  quandoquidem  nullos  habet,  qui  suos 
fines  latius  dilatent  :  neque  non  pot  est  iis  plausibilis  esse,  qui 
Mundo  adeo  addicti  sunt,  ut  nihil  aliud  quam  Carnem  spirent  2.  » 
Mais,  bien  que  Sainte-Marthe  ait  pu  n'exprimer  que  ses  intimes 
convictions  lorsqu'il  combattit  contre  le  caractère  païen  de  la 
Renaissance,  il  se  fit  sûrement  violence  quand  il  retrancha  de 
ces  ouvrages  latins  tout,  ou  presque  tout  ce  qui  pouvait  prouver 
ses  sympathies  pour  l'Humanisme.  Ses  nombreuses  citations  sont 
tirées  de  l'Ecriture,  ses  exemples  le  sont  aussi  presque  tous.  Les 
lecteurs  familiarisés  avec  les  Oraisons  funèbres  peuvent  supposer 
qu'il  fallut  à  Sainte-Marthe  exercer  un  contrôle  quasi-héroïque 
pour  éliminer  de  ses  Paraphrases  et  de  sa  Méditation  toutes  les 
allusions  aux  Classiques.  Sainte-Marthe  a  dû  se  retenir  à  chaque 
page,  presque  à  chaque  phrase.  En  fait,  bien  qu'il  cède  à  ses  pen- 
chants classiques  dans  ses  lettres  de  dédicace,  il  parvient  à  sup- 
primer dans  l'ouvrage  même  toutes   ses  allusions  directes  aux 
Classiques,  sauf  quatre  ou  cinq.  Nous  devrions  déchirer  nos  cœurs 
et  non  nos  vêtements  «  atque  eo  minus  bachantium  more  in 
proprios  artus  ssevire  »  ;  qui  ne  souhaiterait,  se  voyant  environné 
d'ennemis,   d'être  couvert  «   clypeo  illo   fortissimo,   quo   apud 
Homerum  Teucer,  Ajacis  frater,  a  morte  servatus  est?  »  Parler  de 
justification  par  nos  «  mérites  »  et  nos  «  œuvres  »,  qu'est-ce  sinon 
amonceler  les  montagnes  sur  les  montagnes,  et  essayer  d'atta- 


1.  Cit.  Brunetière,  Hist.  de  la  litt.  française  classique,  vol.  I,  p.    15.  Le  De 
voluptate  ac  summo  hono  n'avait  été  publié  qu'on  1512. 

2.  In  Psalmum  XC...  Médit.,  fol.  14  r»  et  18  r". 


252  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

quer  le  ciel  par  la  violence  «  gygantum  pœticorum  instar  ^  ?  » 
Sainte-Marthe  se  plaît  à  répéter  cette  comparaison  :  Dieu 
détruira  ceux  qui,  se  fiant  à  leurs  propres  forces,  sont  prêts  à 
tout  entreprendre  :  «  forte  montes  montibus  superingesturi 
ut  te  cœlo  propellant,  quemadmodum  Gygantes  fecisse  quondam 
finguntur,  ut  Jovem  e  solio  suo  deturbarent.  Set  quo  tendit 
Poetarum  figmentum...  nisi  quod  (ut  ait  scriptura)  non  salva- 
buntur  in  multitudine  virtutis  suae  ^.  »  Telles  sont  en  résumé  les 
ornements  clairement  classiques  qu'il  se  permit  d'employer  en 
deux  cent  cinquante-sept  pages  ;  y  compris  encore  une  allusion 
aux  richesses  de  Crésus,  la  symbolisation  de  la  foule  vulgaire  par 
Euripe  et  Polype  et  une  allusion  à  la  conscience  vengeresse  dans 
ces  termes  :  «  Ultricem  illam,  infestissimam  molestissi- 
mamque  furiam  Alastoram  in  conscienta  ^.  »  Mais  Sainte- 
Marthe  ne  pouvait  pas  si  facilement  se  débarrasser  de  la  subs- 
tance des  Classiques,  qui  faisait  partie  de  son  esprit  même. 
Sûrement  il  se  souvenait  du  s'oxo;  ooovTtov  quand,  paraphrasant 
le  vers  «  Prohibe  linguam  tuam  a  malo  &  labia  tua  ne 
loquantur  dolum  »,  il  y  introduit  les  métaphores  de  saint 
Jacques  —  du  feu  et  du  cheval  embouché  —  parle  passage  : 
«  Cogita  dihgenter  apud  te,  quam  ob  caussam  Natura  linguse 
dentés  &  labia,  tanquam  vallum  aliquod,  opposuerit  :  nempe  ut 
non  possit  quando  volet  prorumpere  ac  blaterare  ac  futilia 
pleraque  inaniter  èffutire  quse  longe  prœstaret  taciusse  ^  »  ;  et 
il  doit  avoir  pensé  au  moins  autant  à  Horace  qu'à  Job,  à  qui  il 
fait  allusion  en  une  note  marginale,  quand  il  écrivit  :  «  Proinde 
si  saeviat  fortuna  non  dejiciar  animo  :  si  quid  prosperitatis 
adfulserit,  non  insolescam  •'  »  ou  lorsqu'en  un  autre  passage  il 
développa  la  même  idée  avec  une  éloquence  en  grande  partie 
inspirée  par  le  souvenir  de  ses  propres  épreuves  ^.  C'est  aussi 
Lucrèce  qui  fut  pour  le  moins  la  source  originale  d'une  de  ses 
comparaisons  :  «  Ut  enim  quum  puero  volumus  absinthium  dare, 
oras  poculi  melle  circum  linimus,   quo  puer,  mellis  dulcedine 

1.  In  Psalmum  Septimum...  Paraphrasis,  p.  91  :  In  Psalmum  XC...  Médit., 
fols.  22  r"  et  20  r". 

2.  In  Psalmum  Septimum...  Paraph.,  p.  61. 

3.  In  Psalmum  XC...  Médit.,  fols  9  v»  et  37  v». 

4.  In  Psalmum...  XXXIII  Paraph.,  p.  179. 

5.  Ibid.,  p.  148. 

6.  In  Psalmum  XC...  Médit.,  fol.  16  v°.  Sainte-Mai'the  revient  à  cette  idée  un 
peu  plus  loin,  ibid.,  fol.  25  v». 


ŒUVRES   LATINES  253 

allectus,  quidquid  in  poculo  continentur  mellitum  esse  putet, 
ac  haustu  uno  in  ventreni  mittat  ^  ».  Si  Horace  et  Homère 
eurent  une  influence  sur  la  direction  de  son  esprit,  il  emprunta 
à  l'histoire  naturelle  de  Pline  pour  ses  œuvres  théologiques, 
comme  il  l'avait  fait  pour  ses  discours. 

Les  Paraphrases  et  la  Méditation  ne  prouvent  pas  plus  que  les 
Oraisons  qu'il  ait  jeté  des  regards  observateurs  sur  la  faune  et 
la  flore,  mais  celles-ci  lui  fournissent  plus  d'un  terme  de  com- 
paraison. Dans  ses  Paraphrases  on  rencontre  des  monstres  tels 
que  le  porc-épic  (hystrix),  composé  de  F  «  hystrix  »  et  de  F  «  hari- 
naceus  »  ^  de  Pline,  ou  le  «  bonasus  animal  (qui),  quoniam 
cornibus  inutiliter  implexis  lœdere  non  potest,  fugiens  fimum 
reddit  :  cujus  contactus,  insequentes  ut  ignis  aliquis  comburit^», 
ou  le  «  rhododendron  »,  qui  est  un  poison  pour  les  animaux,  mais 
guérit  l'homme  delà  morsure  des  serpents  ^.  Alors  même  qu'il  ne 
s'en  rapportait  pas  à  Pline,  Sainte-Marthe  avait  plutôt  recours  à 
son  imagination  qu'à  ses  propres  observations  dans  certains  cas, 
par  exemple  lorsqu'il  représente  des  poulets  se  défendant  contre 
un  épervier  «  suse  imbecilitatis  obliti  ^  !  » 

Si  peu  que  Sainte-Marthe  ait  observé  les  phénomènes  naturels, 
il  se  montre,  dans  ses  œuvres  latines,  plus  prolixe  d'exemples  tirés 
de  la  vie  humaine  que  dans  les  Oraisons  funèbres.  C'est  peut- 
être  parce  que,  s'abstenant  d'utiliser  les  exemples  ou  les  allusions 
classiques  il  était  obligé  de  se  rejeter,  quand  les  ressources  bibli- 
ques lui  manquaient,  sur  celles  que  pouvait  lui  fournir  son  expé- 
rience de  la  vie.  Il  se  peut  bien  que  ce  récit  si  animé  du  siège  d'une 
ville  soit  composé  plutôt  de  souvenirs  de  Rabelais  que  de  ses 
propres  observations  :  «  Si  quando  hostium  adventu  terretur 
civitas,  statim  omnem  curam  adhibent  cives,  ne  incauti  deprehen- 
dantur,  muros  reficiunt,  vallum  et  fossam  reparant,  arces  armis, 
hostilibus,  lanceis,  bombardis,  telis  missilibus  muniunt,  excubias 
collocant  :  in  summa,  sese  omnes  operi  accingunt,  quo  imparatos 
eos  hostis  non  adgrediatur  :  in  hanc  enim  soUcitudinem  si  non 


1.  In  Psalmum  XC...  Médit.,  fol.  17  V. 

2.  In  Psalmum  Septimum...  Paraph.,  p.  59.  Cf.  Pline,  VIII,  chapitres  lui 
et  LVi. 

3.  Ibid.,  p.  107.  Cf.  Pline,  VIII,  chap.  xvi. 

4.  Déd.  à  Galbert,  In  Psalmum.  Septimum...  Paraph.,  p.  9.  Cf.  Pline,  XVI, 
chap.  xxxiii. 

6.  In  Psalmum  XC...  Medit.,  fol.  22  r». 


254  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

incumberent,  nullo  negocio  expugnarentur  ^  «  ;  mais  il  semble 
évident  que  d'autres  peintures  sont  le  fruit  de  ses  observations 
personnelles.  Par  exemple,  il  insiste  très  vivement  sur  les  condi- 
tions qui  rendaient  la  vie  malheureuse  à  son  époque  :  (c  Hodie 
propemodum  examinamur  omnes  mœrore,  cum  fructus  terrse 
sementi  non  respondent,  cum  fervent  omnia  bellis,  cum  grassatur 
pestis,  cum  cruciamur  inaudito  quodam  génère  morborum,  cum 
vexant  nos  Bestise,  cum  urget  famés  &  homines  una  cum  brutis 
animantibus  jugulât  ^  ».  Il  dépeint  aussi  la  chute  des  courtisans  : 
c(  Eos  Principes  exosculabuntur,  amplectentur,  amabunt,  lubenter 
audient,  honoribus  ac  divitiis  cumulabunt  :  set  quid  inde  ?  Si 
enim  fortuna  reflarit  odiosior,  in  quas  illi  miserias  recident,  testes 
erunt  complures,  quos  nostra  memoria  vidimus,  a  summo  favore, 
aula  excludi  et  ignominiose  in  vincula  pertrahi  ;   atque  alios, 
bonis  publicatis,  cruci  suffigi  ;  alios  capite  truncari,  alios  carceri 
perpetuo  mancipari  ;  alios  relegari  ^  ».  Ailleurs,  en  quelques  mots, 
il  trace  un  émouvant  tableau  de  la  pauvreté  :  «  Quod  si  te  rerum 
omnium  penuria  sic  divexabit,  ut  quantam  quantam  operam 
impendas,  ut  tua  industria  tibi  ac  tuis  victum  pares,  non  possis 
tamen  :  ac  te  intérim  destituant  homines  auxilio  prorsus  omni, 
ac  despiciant  et  a  se  rejiciant,  clama  :  refugium  meum  es  tu 
Deus  meus  ^  ».  Ailleurs  encore,  il  s'attaque  aux  usuriers  et  à  ceux 
dont  la  cupidité  est  insatiable  et  un  agitateur  moderne  pourrait 
envier  cette  page  assez  tapageuse.  Il  est  peu  douteux  que  ses 
amers  souvenirs  personnels  l'inspirèrent  directement  :  «  Faciunt 
quidem  illi,  quod  plerosque  in  theatro  facere  videmus,  qui  sedilia 
occupant,  ac  super  venientes  excludunt   :   sibi  proprium  vendi- 
cantes,   quod  omnium  usui  patet.   In  hune   modum,   pecuniae 
studio  ducti,  quod  commune  est  priores  invadant,  ac  suum  ex 
prseoccupatione  faciunt.  Imo  vero  latronum  similes  sunt,   qui 
vias  obsident.  Ut  enim  illi  prsetereuntibus  insidiantur  &  compre- 
hensos  rébus  nudant  suis  &  quandoque  jugulant  ;  rapimit  quae  in 
agris  sunt,  domos  expilant,  et,  subterraneis  foveis,  qusecumque 
vi  furtove  sustulerunt,  ac  incursionibus  deprsedati  sunt,  aurum, 
argentum,  vestes,  armenta  &  similia  recludunt  :  Ita  ipsi,  per 

1.  In  Psalmum  XC...  Médit.,  fol.  12  v».  Cf.  Rabelais,  Œuvres,  vol.  II,  pp.  6 
et  7. 

2.  In  Psalmum  Septiinum...  Paraph.,  p.  100. 

3.  In  Psalmum  XC...  Médit.,  fol.  10  ro  et  v». 

4.  Ibid.,  fol.  18  v°. 


ŒUVRES   LATINES  Z05 

fas  &  nefas  proxiiiioruiu  facultates  rapiunt,  &  in  arcas  suas 
reponunt,  quas  ut  aliquando  expleant,  Lepores  agunt ,  qui  siniul 
pariunt  &  aliud  alunt  &  rursum  superfœtant  ^.  Nam  egentibus 
mutuo  pecuniam  numeraiit  ad  fœnus,  &  dantes  statim  petunt,  & 
ponentes  toUunt  et  fœnerant,  quod  pro  fœnore  accipiunt  : 
intérim,  niiseri  qui  in  illoiuni  œs  inciderunt,  explicantur  nun- 
quam  ;  fiunt  que  si  miles  equo,  qui,  accepto  semel  freno,  sessorem 
alium  post  alium  fert.  Set  tametsi  pecuniam  undecunque  & 
quocunque  modo  accumulent,  &  aurum  auro  superingerant,  ni- 
hilominus  tamen  satiari  semel  non  possunt,  etiam  si  thesauri 
omnes  ipsis  circumfluxerint  :  atque  quo  plus  habent,  plus  appe- 
tunt,  &  cum  infemo  cadaveribus  mortuorum  inexplebili,  nun- 
quam  dicunt  satis  est.  Sunt  intérim  féroces  &  violenti.ac  divi- 
tias  suas  ostentantes,  liber  hic  sese  regnare  putant  ;  quasi 
multos  pati  tyrannos,  nempé  discruciari,  avaritia,  ira,  livore, 
cupiditate  vindictae,  metu,  spe,  non  sit  ipsissimam  servitatem 
servire,  &  vix  vivere  :  Tantum  abest  ut  eos  regnare  credam  ^  ». 
La  comparaison  frappante  des  places  d'un  théâtre  n'est  pas 
meilleure  que  ses  autres  allusions  aux  conditions  de  l'existence  à 
son  époque.  Pour  en  illustrer  les  traits,  Sainte-Marthe  nous 
entretient,  par  exemple,  du  fermier,  renvoyé  pour  sa  négligence, 
«  qui...  semina  non  spargat,  rura  non  scindât,  vites  non  colat  »  ; 
du  faux-monna3-eur,  qu'il  compare  à  Satan  ;  des  rigueurs  ou  des 
avantages  faciles  entre  lesquels  le  service  militaire  est  partagé  ; 
de  la  presse,  qui  n'est  pas  plus  nécessaire  à  préparer  l'olive  et  le 
raisin  pour  l'usage  de  l'homme,  que  les  persécutions  à  préparer 
le  chrétien  pour  le  ciel  ;  des  hérauts,  qui  crient  les  décrets  des 
Princes  et  des  envoyés  et  proclamations  écrites  qui  font  connaître 
ces  décrets.  ^  Le  renseignement  le  plus  curieux  qu'il  nous  donne 
sur  les  coutumes  de  son  temps  est  peut-être  son  tableau  des 
fréquentes  rixes  et  querelles  :  ((  Itaque  si  te  quispiam  atroci 
aliquo  et  inhonesto  convitio  impetit,  unde  possis  infamiam  ali- 
quam  contrahere,  Deus  bone,  quam  hic  vêtus  ille  Adam  commo- 
vetur  !  Quam  succenset  !  Quam  indigne  fert  opprobrium  quan- 
tumvis  etiam  justa  ratione  inflictum  !  Imo  vero,  ita  hodie  Garnis 
pervicacia  et  superbia  apud  plerosque  ferme  omnes  invaluit, 

1.  Sainte-Marthe  se  sert  là  de  Pline,  VIII,  chap.  lxxxi. 

2.  In  Psalmurn...  XXXIII  Paraph.,  pp.  175  et  seq. 

3.  Ibid.,  p.   183  ;    In    Psalmurn  XC...    Médit.,    fol.    27  r"  ;     In    Psalmurn 
Seftimum...  Paraph.,  pp.  75,  83,  85. 


256  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

ut  si  quis,  vel  colaphum  in  os  tibi  impegerit,  vel  te  menti tum  esse 
dixerit,  statim  sit  tibi  educto  gladio  frustatim  discerpendus,  nisi 
mavis  perpétua  ignominia  conspergi  ^  ».  Toutefois,  si  l'on  consi- 
dère l'ensemble  des  œuvres  latines  de  Sainte-Marthe,  leurs  allu- 
sions aux  aspects  extérieurs  de  la  vie  de  son  temps  n'abondent 
pas  et,  même  quand  il  en  fait,  on  peut,  sans  toujours  la  connaître, 
soupçonner  l'existence  d'une  source  littéraire  sur  laquelle  il 
prend  modèle. 

Quant  aux  sentiments  humains,  bons  ou  mauvais,  ils  sont 
exprimés  par  Sainte-Marthe  d'une  manière  heureuse  et  frap- 
pante. Il  dépeint  assez  vivement  l'enfant  terrifié  qui  fuit  vers  sa 
mère  «  ac  in  ejus  amplexus  salutis  suœ  spem  ponit  omnem  ^  »  et 
si  un  passage  éloquent  sur  l'amitié  ^  est  en  partie  composé 
d'après  ses  souvenirs  de  Cicéron,  Sainte-Marthe  ne  parle  que 
d'après  son  propre  cœur  quaaid  il  décrit  les  anges  exerçant  leur 
ministère  comme  des  amis  ^.  Il  fait  une  satire  réussie  des  désirs 
qu'éprouve  l'humanité  pour  l'honneur,  les  richesses,  l'amour  ou 
la  renommée  posthume.  L'homme  juste,  écrit-il,  ne  dit  pas  au 
Seigneur  :  «  Cumula  me  honoribus,  dignitatibus,  opibus,  proven- 
tibus  ;  da  mihi  pacem  toto  vitœ  meae  tempore  ;  da  mihi  bene 
datatam  et  egregia  forma  uxorem,  da  quaecumque  mihi  colli- 
buerint  >>.  Il  dénonce  la  vanité  des  efforts  que  font  les  hommes 
pour  que  la  postérité  rende  leur  nom  immortel  «  operibus,  tradi- 
tionibus,  institutionibus,  eedifîciis  ac  similibus  quse  relinquunt  ^  ». 
On  ne  pourrait,  non  plus,  mieux  mettre  en  relief  les  agitations  de 
la  conscience  que  Sainte-Marthe  :  «  Timoré  undique  &  tremore 
perculsa,  dolore  quodam  perpetuo  torquetur.  Suspitiosa  est,  anxia 
est,  augulos  metuit,  umbras  formidat  :  et  in  lecto,  &  in  mensa, 
&  in  foro,  &  interdiu,  &  noctu,  &  in  ipsis  fréquenter  somniis, 
suse  iniquitatis  simulachra  videt  :  &  quem  extra  intuetur  nemo , 
sentit  continuum  ignem,  quo  viva  intus  et  sine  spe  ulla  refrigerii 
consumitur  &  flagrat  ^  ».  Mais  c'est  naturellement  quand  il 
s'agit  de  sentiments  religieux  que  Sainte-Marthe  triomphe  ; 
l'amour  de  Dieu,  la  reconnaissance  envers  Lui,  la  confiance  en 


1.  In  Psalmum  XC...  Médit.,  fol.  19  i-Q. 

2.  lUd.,  fol.  21  ro. 

3.  In  Psalmum...  XXXIII  Paraph.,  p.  153. 

4.  In  Psalmum  XC...  Médit.,  fol.  39  r». 

5.  In  Psalmum  XC...  Médit.,  fol.  15rO;/w  Psalmum  XXXIII Paraph.,^.  189. 

6.  In  Psalmum...  XXXIII  Paraph.,  p.  185. 


ŒUVRES    LATINES  257 

Lui,  la  pénitence,  l'adoration  et  les  aspirations  spirituelles  ;  tels 
sont  les  mouvements  de  l'âme  qui  éveillent  le  meilleur  de  ses 
talents.  «  Itaque  agnoscamus,  confîteamur  &  palam  ac  passim 
praîdicemus  magnitudinem,  gloriam,  majestatem,  honorem, 
gravitatem,  splendorem  ac  omnipotentiam  ejus  :  quod  cum 
faciemus,  illuni  quidem  magnificabimus  »  ;  c'est  en  ces  termes 
qu'il  exprime  ses  sentiments  d'adoration  2.  «  Laudabo  cum 
Davide  »,  écrit-il  ailleurs,  «  quod  multis  me  periculis  involutum 
explicaverit,  ac  liberaverit  a  malis  omnibus.  Laudabo,  inquam, 
eum,  bonitatem  ejus  narrabo,  misericordiam  ejus  prsedicabo, 
ac  paternum  plane  erga  nos  adfectum  ejus  recensebo  :  &  (quod 
fecisse  Apostolos  legimus)  in  patientia  expectabo  Spiritum  ejus 
sanctum  ^  ».  Les  Paraphrases  et  les  Méditations,  en  somme, 
débordent  de  piété  profonde. 

Les  quelques  passages  qu'il  est  possible  de  citer  suffisent  à 
eux  seuls  à  montrer  la  facilité  et  la  correction  du  latin  de  Sainte- 
Marthe.  Il  s'en  sert  aussi  aisément  que  de  sa  langue  maternelle 
et  probablement  plus,  puisqu'il  avait  en  l'employant  l'avan- 
tage de  pouvoir  choisir  d'innombrables  modèles,  tandis  que 
pour  la  prose  française  il  était  encore  en  quelque  sorte  un 
pionnier  *.  Il  est  impossible  de  lire  les  œuvres  latines  de  Sainte- 
Marthe  sans  s'étonner  de  ce  que  Montaiglon  ait  avancé  que 
l'original  de  l'Oraison  funèbre  de  la  Reine  de  Navarre  devait 
avoir  été  écrit  en  français,  bien  qu'elle  ait  été  d'abord  publiée  en 
latin  ^.  Ce  qui  dans  le  latin  de  Sainte-Marthe  frappe  par  dessus 
tout,  c'est  qu'il  traduit  exactement  la  pensée  de  son  auteur.  Il  ne 
fait  pas  de  tours  d'adresse,  ne  s'amuse  pas,  comme  son  ami  Breton 
par  exemple,  à  faire  des  fleurs  cicéroniennes  ;  on  n'a  pas  même 
en  le  hsant  l'impression  que  l'artiste  cherche  le  mot  juste  ;  ses 
périodes  s'écoulent  avec  aisance  et  simplicité  selon  sa  pensée. 
Les  phrases  expressives  qui  nous  frappent  de  temps  à  autre, 
comme  lorsqu'il  écrit  de  samt  Jean-Baptiste  «  acrioribus  verbis 
mordens  conscientias  Judseorum  »,  ou  parle  de  l'avertissement 


2.  In  Paalmum...  XXXIII  Paraph.,  p.  154. 

3.  IbicL,  p.   150. 

4.  La  critique  de  Colletet  n'est  pas  sans  intérêt  :  «  Comme  la  nôtre  (langue) 
n'avait  pas  encore  de  son  temps  de  hautes  élévations,  on  peut  dii-e  que  son 
élocution  latine  l'emporte  même  de  bien  loin  sur  sa  diction  française.  »  Vies 
des  poètes  françois,  fol.  445  r". 

5.  Ed.  Heptameron,  vol.  I,  p.  3. 

17 


258  CHARLES    DE    SAiNTE-MARTHE 

donné  à  Balaam  «  festinanti  ad  maledicendum  Israeli  »  semblent 
plutôt  d'heureux  accidents  que  le  fruit  d'efforts  délibérés  ^.  Il 
pourrait  sembler  tout  naturel  que  Sainte-Marthe  soit  peu  tenté, 
dans  les  Paraphrases  d'exercer  sa  virtuosité,  puisque  la  première 
est  l'appel  au  secours  d'un  cœur  angoissé,  la  seconde  une  action 
de  grâce  pour  sa  délivrance.  Mais  il  prend  soin  de  déclarer  de  lui- 
même  que  la  simplicité  de  son  style  est  voulue,  choisie  de  propos 
délibéré.  Il  a  une  notion  bien  définie  du  style  qui  convient  à  un 
théologien.  «  Desiderabit  in  ea  Momus  »,  écrit-il,  «  dictionem 
elegantiorem  ac  nitidiorem,  atque  nauseat  ad  omnia  quae  rhe- 
torum  condimentis  et  ornamentis  carent  ».  Mais  Sainte-Marthe  a 
sa  réponse  toute  prête  ;  il  écrit  pour  ceux  qui  recherchent  une 
saine  doctrine  sans  s'inquiéter  de  la  façon  dont  elle  est  exprimée, 
plutôt  que  de  mauvaises  opinions  présentées  par  le  plus  éloquent 
des  auteurs  et,  en  tout  cas,  bien  que  l'on  puisse  rechercher 
l'éloquence  dans  toutes  les  sciences,  le  théologien  devrait  mettre 
son  orgueil  dans  sa  simplicité  :  «  In  hoc  ipso  laudatur  Theologus, 
in  quo  aquse  laus  est,  nimirum  ut  probatur  si  nihil  sapiat  illa  : 
sic,  si  infans  sit  ipse,  &  a  Musis  alienus  ^  ».  Ailleurs,  dans  sa 
Préface  de  la  version  latine  de  son  Oraison  funèbre  pour  la  Reine 
de  Navarre,  Sainte-Marthe  s'élève  contre  les  sévérités  des 
Rhétoriciens  qui  ne  pouvaient  pas  supporter  une  seule  infraction 
à  leurs  règles  et  condamnaient  les  digressions  ou  les  citations. 
Mais  les  Cicéroniens,  «  qui  malunt  Cicer[on]ianos  se  quam 
Christianos  esse  »,  étaient  encore  plus  exigeants.  Ils  méprisaient 
le  style  calme  des  jurisconsultes,  condamnaient  tout  ce  qui  n'at- 
teignait pas  à  l'éloquence  de  Cicéron  et  ne  considéraient  point  la 
doctrine  plus  profonde  qui  prouvait  qu'un  écrivain  n'était  pas 
une  simple  cigale  qui  enchante  l'oreille  ^.  Il  est  peut-être  quelque 
peu  surprenant  de  voir  Sainte-Marthe  prendre  parti  contre  les 
Cicéroniens  dans  cette  controverse,  si  l'on  considère  qu'il  était 
en  relations  étroites  avec  Dolet  et  Breton  et  d'autant  plus  qu'il 
avait,  dans  la  Poésie  Françoise,  représenté  la  palme  de  l'élo- 
quence passant  de  Cicéron  à  Erasme,  d'Erasme  à  Bembo  et  à 
Sadolet  et  enfin  à  Dolet.  En  tout  cas  le  résultat  qu'eurent  ces 
vues   sur   sa   prose   fut   admirable.    Son   langage,   entièrement 

1.  In  Psalmum  SeptitHum  et  Psalmum  XXXIII,  Para/phrasis,  p.  34  et  167. 

2.  Déd.  à  Galbert,  In  Psalmum  Septimum...  Paraph.,  pp.  14  et  15. 

3.  C.    Sancto7narthanus    lectori    candido.    In   ohittmi...    Margaritœ...    Oratio 
funebris,  p.  2  et  seq.  Cf.  infra  p.  333  et  seq. 


ŒUVRES   LATINES  259 

dépouillé  de  complaisance,  s'adapte  parfaitcineiit  à  ses  senti- 
ments et,  à  cet  égard  au  moins,  la  Méditation,  composée  à  loisir 
à  une  période  de  plus  grande  maturité,  marque  peu  de  progrès 
sur  ses  deux  essais  plus  anciens,  les  deux  Paraphrases. 

Toutefois,  si  Sainte -Marthe  usa  aussi  habilement  du  latin  dans 
son  premier  essai  que  dans  les  suivants,  on  ne  peut  en  dire  autant 
du  plan  ou  du  sujet  de  la  Paraphrase    du   Psaume   vu.    Cet 
ouvrage  est  évidemment  inférieur  aux  deux  autres,  à  ces  deux 
points  de  vue.  Composé  en  prison,  en  un  moment  de  désespoir, 
c'est  en  somme  non  seulement  un  appel  au  secours  adressé  à 
Dieu,  mais  encore  un  cri  de  vengeance  contre  les  ennemis  de  son 
auteur  ;  et  son  amertume  est  si  intense  qu'aucune  profession  de 
résignation  chrétienne,  ni  aucune  dissertation  théologique,  ne  peut 
la  voiler.  Sainte-Marthe  s'étend  sur  les  torts  qu'il  a  subis,  sa 
destitution,  ses  chaînes,  ses  souffrances  physiques  dans  le  donjon 
infect,  sur  les  accusations  portées  contre  lui  et  les  machinations 
que  tramaient  contre  sa  vie  ^  des  ennemis  «  quos  nulla  plane 
ratione  mitigare  possum  ^  ».  Il  proteste  de  son  innocence,  de  sa 
conviction  qu'il  souffre  pour  la  Justice  «  propter  nomen  tuum  )>, 
ou  «  ob  pietatem  ^  »,  et  appelle  la  vengeance  sur  son  ennemi  : 
«  In  numéro  filiorum  irse,  hostes  nostri  sunt  :  &  quotquot  nos 
persequuntur.  Quare,  in  filios  irae,  exurge  Domine  in  ira  tua  :  & 
elevare  propter  indignationem  inimicorum  meorum  ^  ».  Il  blâme 
sans  ménagements  son  ennemi  et,  après  avoir  attaqué  et  les 
mobiles  qui  le  faisaient  agir  et  sa  vie  privée,  il  le  sermonne  en 
prenant  des  airs  de  piété,  singulièrement  déplaisants  :  «  Redi 
ergo  ad  te,  &  exuto  veteri  Adamo  cum   actibus  suis  omnibus, 
novum  indue  :  hoc  est,  non  secundum  carnis  desideria  vivito,  set 
secundum  spiritum,  et  voluntatem  CHRISTI...  Set  jam  me  vox 
clamantem  déficit,  neque  plus  certe  proficio  mea  cohortatione, 
quàm   qui   yEthiopem   conabitur   dealbare  ^   ».   Même   lorsqu'il 
n'exhorte  au  repentir  que  les  méchants  en  général  et  qu'il  le  fait  au 
nom  de  la  Charité,  il  est  plus  que  probable  qu'il  pensait  à  ses  enne- 
mis personnels  :  «  Cogor  hic  vos  pro  charitatis  ofïicio  adhortari.  ô 
cseci  &  miseri,  qui  nullis  cohortationibus,  nullis  praedicationibus, 

1.  In  Psalniuni  Septimuni...  Paraph.,  pp.  19,  21,  70,  112,  26,  41  et  passim. 

2.  Ibkl,  p.  58. 

3.  Ibid.,  pp.  25-27. 

4.  Ibid.,  p.  36. 

5.  Ibid.,  p.  113. 


260  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

nuUis  item  exemplis  adhuc  moveri  potuistis,  ut  relictis  tenebris 
ad  lucem  confugiatis.  Non  est  tam  execrandum  peccati  genus, 
quo  delectati  non  sitis,  ut  carnis  vestrae  titillationibus  satisfieret. 
Nulluni  est  ignominise,  infamise  probrique  genus,  quo  non  asper- 
seretis  nomen  piorum.  Nulla  est  tyrannis,  nulla  crudelitas,  quam 
non  exercueritis  in  corpora  servorum  Dei,  &  eorum  qui  salutem 
vestram  vobis  adnunciarunt  ^.  »  Pour  avoit  été  écrit  sous  l'in- 
fluence d'une  grave  provocation,  ceci  n'en  est  pas  moins  fort 
excessif.  Toutefois,  vers  la  fin  de  la  Paraphrase,  Sainte-Marthe 
montre  moins  de  préoccupation  pour  sa  situation  et  fait  de  son 
texte  une  application  plus  générale  et  plus  doctrinaire.  Commen- 
çant par  faire  la  distinction  entre  la  fausse  et  la  vraie  pénitence, 
il  en  vient  à  discuter  sur  la  «  dépravation  totale  »,  le  «  salut  par 
la  Foi  »,  la  (c  Grâce  »,  la  punition  de  ceux  qui  restent  insensibles 
au  repentir,  F  «  Election  »,  le  «  Libre-arbitre  »,  la  «  Providence  », 
le  devoir  de  la  reconnaissance  et  celui  de  confesser  le  Christ  en 
actes  et  en  paroles  ;  il  termine  sur  une  note  d'espoir  et  de  con- 
fiance en  Dieu. 

Il  n'est  pas  nécessaire  de  discuter  ici  sur  les  tendances  théolo- 
giques de  Sainte-Marthe  au  sujet  de  ces  questions  ;  elles  ont  été 
précédemment  examinées.  De  longues  discussions  sur  des  ques- 
tions de  doctrine  et  les  allusions  à  la  situation  personnelle  de 
l'auteur  sont  en  somme  les  seules  matières  extérieures  introduites 
dans  cette  Paraphrase  au  cours  de  son  développement.  En  général, 
le  procédé  de  Sainte-Marthe  est  assez  simple.  Il  prend  chaque  vers 
du  Psaume,  l'un  après  l'autre,  généralement  sans  le  citer  directe- 
ment autrement  que  dans  la  marge,  et  le  développe  à  l'aide 
d'abondantes  citations  tirées  d'autres  passages  de  l'Ecriture  dont 
le  sens  ou  les  paroles  s'en  rapprochent.  Ces  citations  ont  tant 
d'importance  que  çà  et  là  elles  forment  à  elles  seules  tout  le 
développement  du  texte  et,  il  faut  l'avouer,  elles  ne  sont  souvent 
qu' approximativement  correctes  et  les  références  marginales 
sont  souvent  fausses. 

Parfois  Sainte-Marthe  met  dans  les  interprétations,  d'un  carac- 
tère plus  original,  mie  singulière  énergie.  Par  exemple,  parlant  de 
Dieu  comme  d'un  juge  équitable,  devant  lequel  tous  sont  égaux,  il 
fait  pénétrer  cette  idée  dans  l'esprit  de  ses  lecteurs  à  l'aide 
d'images  concrètes,  familières  à  tous  :  «  Sit  Papa,  sit  Imperator, 

1.  In  Psalmum  Septwiu7n...  Paraph.,  pp.  94-95. 


ŒUVRES   LATINES  261 

sit  Rex,  sit  Dux,  sit  Cardinalis,  sit  Cornes,  sit  prsepotens  aliquis 
&  prœdives  vir,  nihil  apud  cuin  sua  autoritate  plus  valcbit  in 
judicio  quâm  vidua  et  edentula  anus,  quàm  faber,  quàm  agricola, 
quam  mcndicus  ^  ».  Outre  l'ingéniosité  et  une  vigueur  d'expres- 
sion se  rapprochant  de  l'éloquence,  la  Paraphrase  présente  encore 
deux  ou  trois  exemples  de  cette  clarté  et  de  cette  concision  que 
Sainte-Marthe  retrouve,  de  temps  à  autre,  au  milieu  même  de  la 
prolixité.  «  Nam  vos  non  metuit  »,  écrit-il,  «  qui  vester  est  factor  : 
vos  non  reformidat  qui  vester  est  Dominus  :  vestra  consiha, 
&  impias  molitiones  vestras  non  veretur,  qui  vos  in  nictu  oculi, 
redigere  ad  nihilum  potest  ^  ».  Mais,  bien  que  cette  Para- 
phrase prouve  une  profonde  connaissance  de  l'Ecriture,  bien 
qu'on  y  trouve  d'éloquentes  invectives  et  qu'elle  soit  parfois 
ornée  d'images  originales  ou  vives  et,  quoique  rarement,  brille 
par  la  clarté  ou  la  vigueur  de  son  éloquence,  ses  qualités  com- 
pensatrices sont  moins  nombreuses  que  ses  défauts.  Elle  est 
en  somme  amère,  d'une  invention  médiocre,  peu  soignée  dans 
son  arrangement  et  verbeuse  sans  nécessité. 

La  Paraphrase  du  Psaume  xxxiii  marque  sur  elle  quelque 
progrès.  Ecrite  par  Sainte-Marthe  quand  il  sortit  de  prison,  le 
Psaume  ayant  été  choisi  parce  qu'il  répondait  à  ses  sentiments  de 
gratitude,  elle  n'a  naturellement  pas  l'amertume  et  encore  moins 
le  ton  vindicatif  de  la  Paraphrase  précédente.  L'exclamation 
par  laquelle  elle  débute  donne  la  note  du  sentiment  qui  y  domine 
d'un  bout  à  l'autre  :  «  Si  quisquam  est  mortalium,cui  data  fuerit 
unquam  occasio  benedicendi  Dominum  Deum,  ac  ei  gratias 
agendi,  pro  acceptis  ab  eo  prseter  meritum  magnis  et  multis 
beneficiis  :  ipsum  esse  me,  fateri  certe  veritas  cogit  ^  ».  La  Para- 
phrase est  tout  entière  sur  ce  ton  ;  c'est  en  somme  un  joyeux 
chant  de  louanges  et  de  gratitude,  qui  se  termine  sur  les  joies  du 
Paradis  qui  nous  sont  promises. 

Si  l'esprit  de  cette  Paraphrase  est  plus  chrétien  que  celui 
de  la  précédente,  il  est  aussi  moins  doctrinal.  Les  questions  de 
doctrine  sont  sans  doute  abordées  en  passant;  mais,  si  l'on  peut 
voir  par  là  que  les  vues  de  Sainte-Marthe  n'avaient  pas  varié, 
elles  ne  sont  pas  épuisées  et  discutées  à  fond  comme  dans  la 


1.  hi  Psalmutn  Septùnum...  Paraph.,  p.  53. 

2.  Ibid.,  p.  79. 

3.  In  Psalmum...  XXXIII  Paraph.,  p.  145. 


262  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

Paraphrase  précédente  ^.  Sa  manière  et  ses  procédés  sont  plus 
naturels  et  moins  rudes.  Au  lieu  d'être  simplement  développé 
par  l'adjonction  d'autres  citations  de  l'Ecriture,  chaque  vers  du 
Psaume  est  présenté,  éclairci,  amplifié  par  des  images  et  des 
explications  plus  ou  moins  originales,  dans  lesquelles  les  ornements 
bibliques  entrent  toutefois  pour  une  grande  part.  Beaucoup  de 
choses  viennent  des  expériences  personnelles  de  Sainte-Marthe, 
plus  encore  de  son  propre  cœur.  Par  exemple,  lorsqu'il  paraphrase 
avec  exultation  les  mots  «  Laus  ejus  semper  in  ore  meo  «,  l'on 
voit  bien  qu'il  ne  fait  qu'exprimer  sa  propre  reconnaissance  : 
«  NuUum  erit  mihi  prsefixum  tempus,  nuUa  stata  hora,  nullus 
certusdies,  nullus  item  constitutus  modus  laudis  ejus.  Sit  mane, 
sit  vesper,  sit  dies,  sit  nox,  sit  festus  dies,  sit  profestus,  sit  sere- 
nitas,  sit  tempestas  :  ego  omni  tempore,  omni  die,  omni  hora, 
omni  momento,  omni  denique  in  loco  prsedicabo  bonitatem  Dei 
mei  &  laudabo  Nomen  ejus  in  perpetuum  ^.  »  Sa  description  des 
humbles,  dont  il  est  question  dans  le  vers  «  Audiant  mansueti  & 
laetantur  »,  soutenue  mais  non  écrasée  par  les  allusions  bibliques, 
est  de  nature  à  laisser  croire  au  lecteur  qu'il  a  devant  lui  l'idéal 
personnel  de  Sainte-Marthe  : 

«  Qui  vim  faciunt  nulli,  set  laesi  facile  condonant  inju-   Rom.  10 
riam  ;  qui  non  retaliant  malum  malo,  set  pro  malo  re- 
pendunt  bonum,  qui  rixosas  non  amant  divitias,  non 
opes,    non    latifundia,    non   dignitates,  non  honores, 
set  quietam  paupertatem,  atque  adeo  veram  animi 
tranquillitatem  ;  qui  noscunt  seipsos,  ac  proinde  nihil   Rom.  4 
justitise   ac   sanctitatis  meritis  et  operibus  tribuunt 
suis,  set  Fidei  in  JESUM  CHRISTUM  ;   qui  abnega- 
runt  sese,   &  opéra  sua  mala  habant  quam  maxime 
exosa,  seque  plane  cruci  subjecerunt,  ac  solius  Dei  ma-  Mat.   13 
nui  commiserunt  ;  qui  que  (ut  semel  finiam)  verè  Deum 
timent,  &  de  quibus'scriptum  est,  diriget  mansuetos 
in  judicio  ^.  » 

D'un  bout  à  l'autre  de  la  Paraphrase,  le  lecteur  se  sent  essen- 
tiellement en  contact  avec  l'auteur.   Au  lieu  de  n'avoir  qu'à 

1.  Cf.  In  Psalmum...  XXXIII  Paraph.,  pp.  145,  152,  170,  171,  173,  177,  178, 
179,  182,  186,  192,  194,  197,  198,  201. 

2.  Ibid.,  p.  149. 

3.  Ibid.,  p.  152. 


ŒUVRES    LATINî^S  263 

s'étonner  d'une  science  de  l'Ecriture  a  undique  decerptam  »,  il 
y  trouve  avec  plaisir  les  réalités  du  sentiment  ;  il  sent  que  l'au- 
teur lui  présente  les  fruits  d'une  profonde  expérience  en  matière 
de  religion,  lorsque  Sainte-Marthe  définit  la  différence  entre  la 
crainte  basse  et  la  crainte  filiale,  en  rappelant  l'exhortation  du 
Psalmiste  :  «  Timete  Doniinuni  onuies  sancti  ejus  »,  où  lorsqu'il 
décrit  les  violences  des  désirs  charnels  et  leur  satiété  —  «  expletos 
magis  cruciat  saturitas  quam  cruciaret  famés  »  — ,  ou  lorsqu'il 
compare  l'affection  et  l'amour  de  Dieu  à  celui  de  l'homme  : 
«  Longe  quidem  alius  est  benigni  illius  patris  cœlestis  favor,  longe 
di versa  illius  amicitia  ^  ».  Le  fanatique  apparaît  chez  Sainte- 
Marthe  lorsqu'il  prophétise  le  changement  d'opinion  qui  se 
produira  inévitablement  quand  la  lumière  du  monde  brillera 
«  pulsis  traditionum  humanarum  tenebris  ^  »  ;  le  philosophe, 
lorsqu'il  médite  sur  la  mort,  à  jamais  inévitable  :  «  Non  est  nobis 
obscurum  nos  communi  naturae  lege  mori  debere  :  proinde 
quid  refert,  utrum,  vel  morbus  vel  alius  casus  vitam  auferat, 
an  persecutor  ^  ».  Ce  sont  peut-être  là  des  lieux  communs  de  la 
Foi  ou  du  Stoïcisme,  mais  ils  n'en  portent  pas  moins  l'empreinte 
de  l'individualité  de  leur  auteur.  Si  rien  de  ce  que  Sainte-Marthe 
a  dit  dans  sa  Paraphrase  ne  peut  être  considéré  comme  profond 
ou  comme  une  révélation,  tout  y  est  au  moins  sincère  et  per- 
sonnel. 

Le  style  de  cette  œuvre  n'a  pas  une  grande  valeur.  Elle  possède 
une  certaine  éloquence  aisée,  souvent  redondante,  qui  prouve 
que  son  auteur  avait  quelque  don  de  la  phrase.  Elle  est  même 
parfois  ornée  d'images  frappantes,  qui  sont  évidemment  les 
fruits  de  la  science  et  de  l'imitation  du  langage  de  l'Ecriture  — 
inévitable  dans  une  Paraphrase.  Par  exemple,  il  écrit  au  sujet  de 
sa  relaxation  :  «  Post  tempestates  multas  mihi  Sol  ille  veritatis 
purissimus  illuxit,  &  è  tenebris  &  carcere,  in  lucem  &  libertatem 
revocavit  ■*  ».  C'est  dans  l'affliction,  écrit-il  encore,  que  paraissent 
le  mieux  la  Constance  et  la  Foi  «  ut  aut  unguentorum  suavis  & 
bonus  odor,  aut  aromatum  fragrantia  non  sentitur  nisi  movean- 
tur  illa,  haec  frangrantur  vel  ircendantur^  ».  Mais  ce  n'est  ni  la 

1.  In  Psalmum...  XXXIII  Paraph.,  pp.  171,  185,  190. 

2.  In  Psalmum  Septimutn...  Paraph.,  p.  195. 

3.  Ibid.,  p.   196. 

4.  In  Psalmum...  XXXIII  Paraph.,  p.  165. 
6.  Ibid.,  p.   196. 


264  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

facilité,  ni  la  phraséologie,  ni  l'imagination  qui  marquent  la 
supériorité  de  cette  Paraphrase  sur  le  précédent  essai  ;  c'est  la 
maîtrise  avec  laquelle  Sainte-Marthe  use  du  latin  pour  exprimer 
son  émotion  sincère  et  communicative.  Chaque  page  respire  la 
sincérité  et  c'est  bien  plutôt,  le  lecteur  peut  s'en  convaincre,  la 
vérité  de  ses  sentiments  que  l'art  ou  l'habileté  qui  lui  donna  le 
moyen  de  s'exprimer  de  façon  communicative. 

Si  la  seconde  Paraphrase  de  Sainte-Marthe  marque  un  progrès 
sur  la  première,  toutes  deux  sont  bien  inférieures  à  sa  Médita-, 
tion  sur  le  Psaume  xc.  Composée  beaucoup  plus  tard,  à 
la  maturité  de  ses  facultés  et  après  plusieurs  années  d'expé- 
riences profitables,  acquises  dans  un  monde  plus  vaste  que 
celui  qu'il  avait  connu  avant  son  emprisonnement,  la  Médita- 
tion prouve  de  toute  manière  que  le  caractère  de  son  auteur  avait 
mûri.  C'est  essentiellement  l'œuvre  d'un  homme  du  monde,  d'un 
écrivain  confiant  en  ses  forces.  Sa  Théologie,  sans  avoir  variée,  est 
plus  conciliante  ;  elle  révèle  peu  de  traces  d'amertume  person- 
nelle. Si  Sainte-Marthe  accuse  la  vanité  de  ce  monde,  il  ne  nie  pas 
la  puissance  de  ses  attraits.  L'ouvrage  montre  que  plus  d'atten- 
tion fut  donnée  à  la  composition  ;  son  style  est  plus  assuré.  Le 
soin  que  Sainte-Marthe  donne  à  son  style  le  rend  parfois  pré- 
cieux, car  le  raffinement  de  sa  pensée  lui  fait  commettre  des 
fautes  de  goût,  dont  il  eut  été  incapable  quand  il  composait  ses 
Paraphrases  beaucoup  plus  rudes. 

L'attention  accordée  à  la  composition  paraît  déjà  dans  l'ar- 
gument qui  sert  de  préface  à  la  Méditation.  11  suppose  trois  inter- 
locuteurs s'entretenant  dans  le  Psaume  —  le  Prophète,  l'Homme 
de  Foi,  l'Esprit  de  Dieu  ;  leur  colloque  contient  la  doctrine  — 
et  Sainte-Marthe  résume  alors  nettement  le  sujet  de  l'ouvrage  — 
«  ut  qui  Christianismum  profitetur  et  deo  fîdit,  undecumque 
munitissimus  et  tutissimus  sit  :  nec  Dsemonum  subdolas  tenta- 
tiones,  nec  mundi  malignitatem,  nec  hominum  insidias,  nec 
pestis  contagionem,  nea  bestiarum  etiam  noxiarum  impetum  et 
ssevitiam  formidare  amplius  possit  ^  ».  Le  Prophète  ouvre  le 
colloque  en  promettant  que  celui  qui  s'abrite  sous  la  protection 
du  Très-Haut  repose  à  l'ombre  du  Tout-Puissant.  Encouragé 
par  ces  paroles,  l'Homme  de  Foi  prend  la  résolution  de  ne  pas 
rougir  ni  craindre  de  confesser  le  Seigneur,  son  refuge  et  sa 

1.  In  Psalmum  XG...  MediL,  fol.  5  r". 


ŒUVRES   LATINES  265 

forteresse,  son  Dieu  en  qui  il  se  confie.  A  peine  a-t-il  pris  ce  parti, 
que  le  Prophète  l'interrompt,  en  poursuivant  sa  citation  du 
Psaume,  depuis  le  troisième  jusqu'au  huitième  vers.  En  ces  vers, 
explique  Mainte-Marthe,  le  Prophète  confirme  la  promesse  de 
début  du  Psaume,  «  tanta  sane  cum  energia  »  que  le  fidèle  s'ap- 
proche de  Dieu  lui-même,  en  lui  adressant  les  premiers  mots  du 
neuvième  vers  :  «  Car  tu  es  mon  refuge,  Jéhovah  ».  Le  prophète 
l'interrompt  et  continue  le  Psaume  jusqu'au  vers  quatorze,  mon- 
trant l'avènement  de  l'espoir  dans  les  promesses  de  Dieu  :  «  Nemo 
est  autem,  si  modo  Dei  amore  vel  minimum  tangatur,  qui, 
quum  hac  legit  et  secum  expendit,  gaudio  non  subsiliat  ;  atque 
sentiat  incredibilem  in  animo  consolationem,  ubi  clare  perspicit, 
nihil  sibi  a  rébus  quibuscumque  noxiis  periculi  imminere  ^  > ,. 
Le  Seigneur  prononce  les  trois  derniers  vers,  du  quatorzième 
au  seizième,  pour  confirmer  les  paroles  du  Prophète,  «  ne  is  putet 
hominis  tantum  verba  et  promissiones,  non  Dei  esse  ^  ».  Sainte- 
Marthe  analyse  les  paroles  que  Dieu  exprime  en  ces  vers,  il  les 
divise  et  subdivise,  ce  qui  montre  que,  tout  en  répondant  aux 
nouvelles  impulsions  mtellectuelles,  il  était  encore  gêné  par  son 
éducation  scolastique.  Il  en  tire  des  prémices  et  une  conclu- 
sion : 

Fidelis  nomen  Doniini  cognoscit  ergo, 

Fidelis  Devim  invocare  potest  ; 

il  montre  que  la  conclusion  se  confirme  par  l'autorité,  par  l'esprit 
de  Dieu  et  il  explique  encore  que  les  «  longs  jours  )>  du  dernier 
vers  signifient  la  vie  éternelle,  «  mon  salut  »  le  Christ  Jésus,  et 
que  saint  Jean  faisait  allusion  à  la  promesse  contenue  dans  ces 
vers  quand  il  écrivait  :  «  Je  vous  ai  écrit  ces  choses...,  afin  que 
vous  sachiez  que  vous  avez  la  vie  étemelle.  »  Sainte-Marthe 
termine  par  cette  définition  concihante  de  la  Foi  qui  a  déjà  été 
citée  ^. 

n  nous  a  semblé  utile  de  nous  étendre  quelque  peu  sur  l'Argu- 
ment, parce  que  son  arrangement  méthodique  donne  un  avant- 
goût  de  celui  qui  sera  appliqué  à  la  Méditation.  Sainte-Marthe 
ne  se  contente  pas,  comme  dans  les  Paraphrases,  de  mettre  en 
marge  chaque  vers  du  Psaume  au  fur  et  à  mesure  qu'il  avance 


1.  In  Paalmum  XC...  Médit.,  fol.  5  v". 

2.  Ibid.,  fol.  6  r". 

3.  Cf.  supra,  p.  249. 


266  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

en  son  exposition.  Le  Psaume  devient  partie  intégrale  de  la 
Méditation.  Ses  vers,  ou  une  partie  de  ses  vers,  y  prennent  place 
à  la  manière  d'un  refrain  répété  et  l'effet  produit  est  presque 
rythmique.  Les  premiers  mots  du  Psaume,  par  exemple,  ((  Qui 
habitat  in  adjutorio  altissimi  »,  y  sont  répétés  douze  fois  et  font 
chaque  fois  partie  intégrale  de  la  phrase.  La  première  fois,  il  y  est 
introduit  d'une  manière  presque  casuelle,  comme  climax  de 
l'exorde  de  Sainte-Marthe.  C'est  seulement  après  sa  répétition 
continue,  à  l'intervalle  d'une  page  ou  environ,  qu'il  s'impose  à 
l'attention  du  lecteur  comme  l'idée  centrale  de  l'Argument.  La 
manière  dont  ce  texte  est  traité  peut  être  entièrement  prise  pour 
le  type  de  celle  qu'il  adoptera  d'un  bout  à  l'autre  de  la  Méditation 
pour  chaque  vers  ou  chaque  fragment  de  vers.  La  Méditation 
débute  par  une  comparaison  entre  la  vanité  de  toutes  choses  et 
le  bonheur  de  celui  qui  «  habitat  in  adjutorio  altissimi  ».  La  chair 
peut  mettre  son  espoir  en  la  richesse,  «  tanquam  in  sacra  quadam 
anchora  ^  »,  mais  un  voleur,  le  feu,  les  dés  ou  un  seigneur  avide, 
peuvent  mettre  un  homme  dans  la  misère  la  plus  dure  et,  si  le 
hasard  ne  le  dépouille  pas,  la  mort  le  fera  à  coup  sûr.  Ce  n'est 
donc  pas  le  riche  qui  est  heureux,  mais  celui  qui  habite  dans  la 
retraite  du  Très-Haut,  «  qui  habitat  in  adjutorio  altissimi  ». 
L'ambition  des  honneurs  aiguillonne  aussi  beaucoup  d'hommes  ; 
car  ceux  qui  les  ont  acquis  sont  estimés  et  recherchés,  ils  ob- 
tiennent les  premières  places  et  tiennent  le  gouvernail  des 
affaires  publiques,  tandis  que  les  hommes  qui  ne  sont  point 
connus  restent  méprisés  et  sans  gloire  «  qualicunque  virtute 
illustrentur  ^  ».  Cependant  l'histoire  nous  enseigne  par  ses 
exemples  qu'il  n'est  pas  sûr  de  se  glorifier  des  dignités  et  des 
honneurs  de  ce  monde,  ou  de  tenir  compte  des  faveurs  incertaines 
de  la  foule,  qui  renverse  ses  propres  favoris,  «  et  quos  fuerat 
inaudito  favore  prosecutus,  ex  inopinato,  capitali  ac  intestino 
odio  perdidit  ^  ».  Le  fonctionnaire  corrompu,  quelque  grands  que 
soient  ses  honneurs,  sera  sûrement  puni  «  utcunque  procrastinet 
Deus  ac  ultionem  différât  »  ;  mais  d'autre  part  le  juste,  s'il  reste 
incorruptible,  ne  peut  pas  éviter  la  colère  d'un  plus  puissant 
et  court  le  risque  d'être  détruit  ou  accusé  d'un  crime  capital. 


1.  In  Psalmum  XC...  Médit.,  fol.  9  vo. 

2.  Ihid. 

3.  Ibid.,  fol.  10  r°. 


ŒUVRES   LATINES  267 

Comment  peut-il  donc  être  heureux,  celui  dont  l'éclat  est  dû  à 
des  honneurs  si  incertains  ?  Il  est  bien  plus  heureux,  celui  «  qui 
liabitat  in  adjutorio  altissimi  ».  Et  les  courtisans,  «  qui  sunt 
Pi-ineipihus  a  latere,  a  manibus.  ab  auribus,  a  secretis  »,  la  fortune 
semble  leur  sourire  ;  mais  combien  incertain  est  leur  avenir  ! 
«  Ne  mettez  pas  votre  confiance  dans  les  princes,  dans  les  fils  de 
l'homme,  qui  ne  peuvent  sauver  »,  bien  plus  prudent  celui  «  qui 
habitat  in  adjutorio  altissimi  ».  Pourtant,  les  victimes  de  la 
fortune  peuvent  se  tourner  vers  leurs  amis.  Personne  ne  peut 
mettre  en  doute  la  nécessité  de  l'amitié  pour  les  humains,  «  nisi 
simul  ambigat,  sint  ne  mundo  aqua  et  ignis  res  necessarise,  ^  » 
et  un  véritable  ami  est  un  trésor  incomparable  ;  mais  l'homme 
est  vain,  il  n'y  a  que  Dieu  qui  ne  change  pas.  Dans  la  prospérité, 
un  homme  compte  beaucoup  d'amis,  que  ses  faux  amis,  «  ore 
tenus  amici  isti  »  abandonnent  «  in  mediis  fluctibus  »,  comme  un 
alliage  d'or  disparaît  dans  la  fumée  du  four.  L'homme  sage  n'est 
donc  pas  celui  qui  place  toute  sa  confiance  dans  des  amis  avec 
qui  il  a  fait  bonne  chère  <(  cum  quibus  salis  modios  multos  con- 
sumpsit  »,  mais  celui  «  qui  habitat  in  adjutorio  altissimi  ».  Et  que 
dire  de  ceux  qui  considèrent  le  plaisir  comme  le  plus  grand  bien  ? 
Sainte-Marthe  fait  un  tableau  vigoureux  des  hommes  de  plaisir  : 
ce  potant,  ludunt,  rident,  stertunt,  scortantur  :  et  quidquid  con- 
cupiscit  in  eos  caro,  id  perficiunt  ».  Personne  ne  vit  plus  agréable- 
ment que  les  amis  du  plaisir,  personne  ne  les  trouble,  leur  souci 
constant  de  réaliser  les  désirs  des  grands  les  leur  recommande. 
En  somme,  ils  réussissent  de  toute  manière.  Quelle  vie  pourrait 
être  plus  heureuse,  si  elle  n'était  pas  aussi  odieuse  à  Dieu 
qu'agréable  au  monde  et  à  la  chair  ?  Mais,  à  part  les  maladies 
et  les  morts  subites  qui  peuvent  être  leurs  conséquences,  les 
plaisirs  seraient  déjà  des  malheurs  pour  cette  seule  raison  qu'ils 
nous  excluent  de  la  société  des  Bienheureux.  L'homme  de  plai- 
sir n'est  pas  heureux  comme  l'est  celui  qui  «  habitat  in  adjutorio 
altissimi  ^  ».  Ils  ne  sont  pas  davantage  heureux  ceux  qui  sont 
gonflés  de  la  sagesse  de  ce  monde  et  se  fient  à  leurs  «  œuvres  » 
et  à  leurs  mérites.  La  Sagesse  de  la  Chair  est  l'ennemie  de  Dieu; 
c'est  de  la  folie  à  ses  yeux.  Là  encore  Sainte-Marthe  s'engage 
en  une  discussion  sur  les  «  mérites  »  et  la  «  grâce  »,  qu'il  conclut 


1.  In  Paalmum  XC...  Médit.,  fol.  10  r»  et  v°. 

2.  Ibid.,  fol.  11  r°. 


268  CHARLES   DE   SAINTE-MARTHE 

en  disant  que  tout  va  bien  non  pour  celui  qui  compte  sur  ses 
seuls  «  mérites  »  pour  sa  justification,  mais  pour  celui  «  qui 
habitat  in  adjutorio  altissimi  ^  ». 

La  manière  dont  Sainte-Marthe  a  traité  ce  premier  texte  le 
montre  sous  son  meilleur  jour.  Son  application  de  l'Ecriture  aux 
expériences  spirituelles  ou  positives  de  ses  lecteurs  sonne  juste. 
Il  n'est  pas  douteux  qu'à  cette  lecture  ils  ne  se  souvenaient  de 
comparaisons  et  d'exemples  de  ruine,  de  déchéance,  d'amitié 
trahie,  de  maladie  ou  de  mort  consécutives  à  une  vie  déréglée  ; 
tout  cela  n'était  pas  rare  à  cette  époque  d'intrigues  et  d'excès. 
Mais  ce  qui  frappe  le  plus  dans  ce  passage,  c'est  son  plan  bien 
conçu  et  soigneusement  suivi  et,  à  cet  égard  encore,  il  peut  être 
considéré  comme  type  de  toute  la  Méditation.  L'idée  centrale 
n'est  jamais  obscurcie  ;  Sainte-Marthe  n'oublie  jamais  qu'il  traite 
de  la  protection  que  Dieu  assure  à  ses  Élus  et  des  bénéfices  nom- 
breux qu'elle  leur  procure,  et  il  hmite  à  ce  sujet  le  commentaire 
qu'il  compose  pour  chaque  vers.  Mais,  pour  parler  des  relations 
entre  Dieu  et  l'âme,  il  est  cependant  nécessaire  de  donner  quel- 
ques explications  sur  le  monde  tel  qu'il  est.  Pour  Sainte-Marthe, 
la  clef  du  problème  du  monde  présent  nous  est  fournie  par  la 
doctrine  de  la  Providence,  qu'il  présente  sous  un  aspect  qui 
rappelle  au  moins  le  sens  plus  fort  que  reçut  cette  doctrine  un 
siècle  plus  tard,  lorsque  Bossuet  la  codifia  pour  l'église  Galli- 
cane. Sainte-Marthe  avait  déjà  traité  ce  sujet  dans  la  Para- 
phrase du  Psaume  vu,  écrite- dans  un  sentiment  de  détresse 
et  de  ressentiment  ;  mais,  là,  il  insistait  plus  sur  le  problème  que 
sur  sa  solution.  La  Chair  voudrait  persuader  au  Fidèle  que  Dieu 
doit  aimer  ceux  qu'il  favorise  ici-bas  et  haïr  ceux  qu'il  afflige, 
et  même  les  Justes  doivent  avoir  eu  cette  idée  ;  Sainte-Marthe 
rappelle  les  exemples  de  Job,  de  David,  de  Jérémie,  d'Habacuc. 
Il  rappelle  à  Dieu  ses  promesses,  le  prie  de  secourir  ses  serviteurs  ; 
mais  son  ton  est  loin  de  celui  du  Chrétien  qui  espère,  et  il  semble 
implorer  plutôt  Vengeance  que  Justice.  Dans  la  Paraphrase, 
il  aborde  en  passant  la  solution  du  problème  de  l'injustice  dans  le 
monde  ;  mais  il  n'épuise  pas  la  question  de  la  Providence,  tandis 
qu'il  exprime  plus  amplement  ses  vues  dans  la  Méditation.  Là 
encore,  s'il  les  présente  dans  différents  passages,  ce  n'est  que 
lorsqu'il  arrive  à  traiter  les  derniers  mots  du  Psaume,  que  Sainte- 

1.  In  Psalmum  XC...  Médit.,  fol.  11  v°. 


ŒUVRES   LATINES  269 

Marthe  présente  complètement  sa  conception  du  rôle  de  Dieu 
dans  le  gouvernement  du  Monde  ^.  Là  encore,  les  difficultés  du 
problème  sont  clairement  exposées  ;  mais  la  plus  grande  impor- 
tance est  donnée  plutôt  à  la  solution  qu'aux  données  mêmes. 
Dieu  est  le  maître  du  Monde,  cette  vie  est  une  épreuve,  l'Éter- 
nité le  résultat  final  ;  telle  est  la  véritable  explication.  Ce 
monde  doit  donc  être  pris  tel  qu'il  est.  Ailleurs  Sainte-Marthe 
avait  remarqué  que,  pour  des  raisons  appartenant  à  Dieu,  la 
puissance  est  aux  mains  des  Princes  «  quibus  non  sine  caussa  à 
Deo  commissus  gladius  est  »  ;  que  le  persécuteur  peut  être  l'ins- 
trument de  la  volonté  de  Dieu,  le  riche,  son  intendant  ^.  Ici 
il  s'applique  à  élaborer  sa  théorie.  Ce  qui  semble  un  mal  aux  yeux 
des  hommes  l'est  si  peu  aux  yeux  de  Dieu  que,  si  les  hommes 
pieux  et  les  élus  n'en  étaient  victimes,  ses  promesses  ne  seraient 
pas  accomplies  ^.  Les  promesses  de  Dieu  rendent  les  tribulations 
inévitables  en  ce  monde,  sans  quoi  que  signifieraient-elles  ? 
La  Sagesse  du  Monde  peut  insinuer  que  les  serviteurs  du 
Christ  sont  maltraités  et  méprisés  ici-bas,  «  inglorii,  explosi, 
despicabiles,  ignominii,  lapidati,  pauperes,  et  modis  omnibus 
adflicti  »,  bien  que  Dieu  leur  ait  promis  la  Gloire  ^.  «  O  cœcum 
Garnis  judicium  »,  s'écrie  Sainte-Marthe,  exhortant  les  Chré- 
tiens à  secouer  la  trame  d'un  tel  raisonnement  :  «  absurdas 
hujusmodi  et  impias  ratiocinationes  (si  modo  animum  tuum 
semel  occupaverint)  quam  ocissime  excutias  ^  ».  Si  Dieu  en 
élève  quelques-uns  aux  honneurs  et  augmente  leurs  richesses, 
Il  laisse  pour  la  plus  grande  partie  du  temps  mépriser  et  mal- 
traiter les  héritiers  de  la  Gloire  éternelle.  Il  est  le  seul  maître 
des  honneurs  et  de  la  richesse  ;  Il  est  leur  seul  dispensateur. 
Sainte-Marthe  supplie  ceux  qui  sont  puissants  et  nobles  en  ce 
monde  de  prendre  garde  à  ne  pas  oublier  Dieu  qui  les  a  élevés. 
Qu'ils  n'oublient  jamais  qu'ils  ne  sont  que  les  régisseurs,  et  non 
les  propriétaires  de  ce  qu'il  possèdent.  Qu'ils  n'en  concluent  pas 
hâtivement  que  les  pauvres  et  les  malheureux  sont  haïs  de 
Dieu  ;  mais  plutôt  qu'ils  les  révèrent  et  les  embrassent  comme 


1.  In  Psalmuui  XC...  Médit.,  fol.  47  r«,  50  r". 

2.  In  Psalmum  Septimum...  Paraph.,  pp.  128,  127  ;  In  Psalmum  XC...  Médit., 
fol.   16  ro. 

3.  In  Psalmum  XC...  Médit.,  fol.  47  v». 

4.  Ibid.,  fol.  47  v»  et  48  r». 
6.  Ibid.,  fol.  48  v^. 


270  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

des  favoris  de  Dieu  ^.  Mais  il  ne  faudrait  cependant  pas  supposer 
que  le  Seigneur  aime  moins  ceux  qu'il  n'éprouve  pas  par  des 
croix  terrestres  :  «  Nam  licet  Reges,  Principes  et  summates, 
autoritate  valeant,  divitiis  abundent,  honorati  sint,  atque 
vivere  videantur  pacatissimi,  sentiunt  tamen  in  spiritu  crucem, 
alius  graviorem,  alius  leviorem  :  hic  uno,  ille  alio  modo  :  ac 
fréquenter  in  majoribus  augustiis  et  doloribus  versantur,  quam 
qui  in  hominum  oculis  pares  cum  Hiobo  adflictiones  sustinent  ». 
Ceux-là  seuls  vivent  mal  qui  n'ont  à  porter  aucune  croix  ici- 
bas.  Ce  n'est  pas  en  ce  monde  que  les  promesses  de  Dieu  seront 
définitivement  accomplies.  Quand  II  fait  cette  promesse  «  je 
le  rassasierai  de  longs  jours  »,  Il  entend  par  là  la  vie  éternelle. 
C'est  cette  vie  éternelle  qui  doit  justifier  et  expliquer  l'existence 
terrestre.  Le  temps  est  maître  de  ce  monde  ;  les  «  longs  jours  » 
ne  peuvent  s'écouler  ici-bas.  Sainte-Marthe  élabore  cette  idée 
en  un  passage  singulièrement  éloquent  et  ses  paroles  sur  la 
fuite  du  temps  ressemblent  assez  à  un  faible  prélude  du  fameux 
passage  de  Bossuet  sur  un  sujet  semblable  :  a  Régit  et  gubernat 
Mundum  Tempus  ;  constat  autem  illud  momentis,  horis,  diebus, 
mensibus  ac  annis.  Certis  horis  dies,  certis  diebus  mensis,  certis 
mensibus  annus  constituitur  ;  certis  item  annis  vitse  humanse 
spatium  et  curriculum  terminatur  :  ubi  tu  in  Mundo  longitu- 
dinem  reperies  ?  Cœlum  et  terra  transibunt  ;  id  ita  futurum 
esse  soli  inficiantur,  qui  verbo  Dei  veritatem  et  certitudinem 
tollunt  :  quid  est  aliud  transire,  quam  finem  accipere,  ubi  autem 
finis  inibi  certe  longitudo  dierum  esse  non  potest  2.  » 

Les  explications  fournies  par  Sainte-Marthe  au  sujet  des 
difficultés  intellectuelles  auxquelles  sont  soumises  les  Chrétiens 
ne  sont  pas  toujours  aussi  plausibles  que  ces  dernières.  Par 
exemple,  lorsqu'il  essaye  dé  repousser  les  objections  à  la  doc- 
trine de  la  Prédestination,  il  ne  peut  échapper  au  cercle  vicieux. 
Le  pouvoir  de  Volonté  ne  nous  appartient  pas  de  crier  vers  Dieu, 
ou  de  Lui  demander  ce  qui  nous  semble  bon  ;  ainsi  pensent 
ceux  ((  qui  te  vsimul  cum  eis  languidum,  torpentem,  ac  stupidum 
esse  volent  ^  ».  Ils  ne  crient  pas  vers  Dieu,  s'écrie  Sainte-Marthe, 
parce  qu'ils  ne  le  veulent  pas  ;  ils  le  feraient  s'ils  le  voulaient, 


1.  In  Psalmum  XC...  Médit. 

2.  Ibid.,  fol.  49  v». 

3.  Ibid.,  fol.  46  v». 


ŒUVRES    LATINES  271 

mais  ils  ne  peuvent  le  vouloir  puisqu'ils  se  sont  séparés  de  Celui 
qui  donne  à  tous  le  pouvoir  de  vouloir  et  d'exécuter  ce  qui  est 
juste  ^  Mais  un  raisonnement  aussi  vain  est  exceptionnel  chez 
Sainte-Marthe.  En  général  il  se  montre  à  la  fois  clair  et  logique 
dans  la  Méditation. 

La  clarté,  la  consistance,  la  sûreté  des  appels  ne  sont  pas 
les  seuls  mérites  littéraires  de  cet  ouvrage.  La  puissance  des 
descriptions  de  Sainte-Marthe,  dont  il  avait  fait  déjà  un  bon 
usage  dans  ses  Oraisons  funèbres,  ne  s'afïirme  pas  moins  dans  la 
Méditation.  On  pourrait  prendre  pour  exemple  de  ceci  la  compa- 
raison entre  l'hypocrite  et  le  loup  habillé  en  mouton.  C'était  un 
sujet  favori,  sur  lequel  Sainte-Marthe  s'était  déjà  étendu  dans 
sa  première  Paraphrase  ^.  En  une  demi-page  de  traits  réalistes, 
il  nous  présente  le  portrait  du  Tartufe  de  sa  génération,  dont 
le  nom,  pour  Sainte-Marthe,  était  sans  doute  Mulet.  «  Sic  hypo- 
crita,  jejunio  se  macerabit,  lachrymis  se  conficiet,  totas  noctes 
in  oratione  pernoctabit,  pannosus  ac  impexus  in  médium  pro- 
dibit,  sua  charitatis  nomine  profuse  largietur,  viduas.  vinctos, 
ac  pupillos  visitabit  et  solabitur,  mundum  detestabitur,  atque 
de  cœlesti  patria  semper  loquetur.  Hsec  omnio  verae  pietatis 
opéra  esse,  nemo  (nisi  impius)  negabit  :  set  si  tu  intérim  exa- 
mines, qualis  sit  homo  interior  simulatae  istius  sanctitatis, 
experiere  profecto,  sanctulum  tuum  avaritia  œ.-tuare,  caligare 
adfectibus,  in  vindictam  toto  studio  ferri,  ambitione  exardescere, 
superbia  infiari,  spurca  venere  dissolui,  ac  denique  nihil  minus 
esse,  quam  cui  assimilatur  :  et  ut  in  summa  dicam,  sub  hac 
persona,  omnis  generis  vitia  pro  virtutibus  sese  venditant  ^  ». 
Les  portraits  de  ce  genre  sont  nombreux.  Le  voyageur  «  qui 
média  nocte  in  obscuro  loco  ambulat,  quo  vadat  plane  ignorât  ; 
ac,  nisi  aut  lumen  habeat  aut  ducem,  periculum  est  ne  in  foveam 
aliquam  incidat,  vel  in  lapidem  aliquem  impingat,  vel  sese 
parietibus  illidat  *  »  ;  Satan,  travaillant  en  vain  «  frustra  tibi 
insidias  struit,  frustra  laqueos  tendit,  frustra  lapides  in  via  tua 
jacit  ^  »  —  ce  sont  autant  d'exemples  des  nombreuses  images 
que  Sainte-Marthe  présente  à  «  the  inward  eye  ». 

1.  In  Psalmum  XC...  Médit. 

2.  In  Psalmum  Septimum...  Paraph.,  pp.  59  ot  60. 

3.  In  Psalmum  XC...  Médit.,  fol.  28  r". 

4.  Ibid.,  fol.  24  v». 

5.  Ibid.,  fol.  24  yo  et  40  vo. 


272  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

Et,  bien  que  les  occasions  de  déployer  son  éloquence  y  soient 
moins  nombreuses,  la  Méditation  n'est  pas  dépassée  en  enthou- 
siasme oratoire  par  les  Oraisons  funèbres.  Si  le  style  de  la  Médi- 
tation est  descriptif,  elle  ne  fait  guère  moins  appel  à  l'oreille 
qu'aux  facultés  visuelles.  Le  feu  et  le  vigueur  de  l'orateur  y 
éclatent  maintes  fois.  Sainte-Marthe  fait  usage  de  l'exclamation, 
du  procédé  de  la  question,  des  répétitions  éloquentes  d'un  mot 
ou  d'une  phrase,  de  périodes  trop  visiblement  balancées.  Il  est 
souvent  difficile  au  lecteur  de  se  persuader  qu'il  lit  une  médita- 
tion pieuse  et  n'écoute  pas  un  discours  d'une  rhétorique  pas- 
sionnée, quoiqu'assez  savante.  Il  semble  au  moins  certain  que 
Sainte-Marthe  doit  s'être  plus  d'une  fois  imaginé  s'adresser  à 
un  auditoire  sympathique,  plutôt  qu'à  un  lecteur  impartial. 
On  dirait  qu'il  se  fouette  lui-même  avec  le  son  et,  si  cela  produit 
souvent  un  effet  de  surexcitation,  il  réussit  généralement  à  éviter 
le  vide  sonore,  écueil  des  écrivains  qui  prennent  plus  de  souci 
du  son  que  du  sens.  Arrivant  au  vers  qui  promet  au  fidèle  déli- 
vrance et  protection,  Sainte-Marthe  interrompt  son  exégèse 
pour  s'écrier  :  «  0  mellita  verba  !  O  felicem  promissionem  iis 
omnibus  qui  Deo  fidunt  !  Vides  o  Vir  pie,  quse  sit  merces  Fidei 
et  Spei  tuae  :  nempe  liberatio.  Habitare  in  adjutorio  altissimi, 
dicere  illi,  susceptor  meus  et  refugium  meum  es  tu  :  quid  aliud 
est,  quam  spem  in  eum  suam  defigere  ^  ».  Peut-être  le  meillenr 
exemple  du  style  des  exhortations  de  Sainte-Marthe,  c'est 
son  résumé  des  véritables  pensées  d'un  chrétien  devant  la 
mauvaise  fortune  :  «  Si  quidquam  tuae  fidei  servandum  com- 
misero,  dicesne  a  me  injuriam  te  accepisse  id  si  repetam  ? 
Sanus  eras,  in  morbum  incidisti  :  dives  eras,  in  penuriam  pro- 
lapsus es  :  in  precio  apud  homines  eras,  nunc  inglorius,  ab  om- 
nibus exploderis  ;  pacificam  ducebas  vitam,  nunc  te  impetunt 
omnes  :  heri  vivebas,  hodie  ad  mortem  pertraheris  :  quid  quod 
tuum  esset,  perdidisti  ?  Sanitatem  tibi,  divitias,  honores,  pacem 
et  vitam  etiam  ipsam,  Deus  ut  crechtor  commodarat,  quod  suum 
est  repetit  ac  tibi  aufert,  qua  tibi  expostulandi  relinquitur 
occasio  2  ?  »  Mais  la  rhétorique  expressive  et  vigoureuse  de 
Sainte-Marthe  ne  l'empêche  pas  toujours  de  tomber  dans  les 
puérilités  qui  menacent  l'orateur  trop  ardent.  Il  nous  donne  au 


1.  In  Psahnum  XC...  Médit.,  fol.  43  v». 

2.  Ibid.,  fol.  30  v°. 


ŒUVRES    LATINES  27.^ 

moins  un  exemple  de  ces  ennuyeuses  analyses  superfétatoires, 
legs  des  écoles  et  que  les  chaires  modernes  n'ont  pas  encore  com- 
plètement oubliées.  Dans  la  protection  de  qui,  demande  Sainte- 
Marthe,  s'abritera  le  Juste  ?  et  alors  qu'il  aurait  pu  se  souvenir 
des  questions  et  des  réponses  dithyrambiques  du  Psaume  xxiv, 
il  préfère  donner  une  inutile  et  puérile  explication  de  ce 
que  Dieu  est  et  n'est  pas  :  Or,  dit-il,  il  n'est  pas  question  de  la 
protection  de  Satan,  le  seigneur  de  ce  monde,  ni  de  celle  de  ce 
Dieu  inconnu  des  Athéniens  ;  l'homme  juste  n'habitera  pas  sous 
la  protection  de  dieux  et  d'images  sculptés  —  idoles  que  les 
Gentils  adoraient  au  lieu  de  Dieu  —  ni  de  celle  de  ce  dieu  des 
Epicuriens,  qui  font  leur  dieu  de  leur  ventre,  ni  de  celle  du  dieu 
des  avares  et  des  usuriers,  qui  font  de  l'argent  leur  dieu,  mais 
sous  la  protection  du  Dieu  du  Ciel,  etc..  ^. 

Il  est  juste  de  dire  que  ce  n'est  pas  souvent  que  Sainte-Marthe 
se  bat  de  cette  manière  contre  des  moulins  à  vent  ;  mais  on  ne 
peut  nier  que  la  Méditation  ne  soit  viciée  par  une  autre  espèce 
d'artificialité.  Les  années  écoulées  qui  lui  avaient  donné,  avec  la 
connaissance  de  la  vie,  la  maîtrise  de  son  instrument  et  l'instinct 
sûr  de  ce  qui  émeut,  avait  aussi  développé  son  adresse  d'auteur 
et  sa  subtilité  dans  l'art  —  ou  ce  qu'il  prenait  probablement 
pour  un  art  —  des  interprétations  recherchées,  dont  la  contre- 
partie était  le  Pétrarquisme  de  ses  thèmes  poétiques,  que  Sainte- 
Marthe,  ainsi  que  nous  l'avons  vu,  adopta  de  bonne  heure. 
A  l'époque  où  il  composa  sa  Méditation,  cette  mode  poétique 
était  à  peu  près  à  son  apogée  ;  aussi  n'est-il  pas  surprenant 
que,  dans  sa  prose  religieuse  et  même  dans  son  latin,  Sainte- 
Marthe  ait  laissé  paraître  sur  sa  manière  quelques  traces  de 
cette  mode.  Le  lecteur  le  surprend  presque  en  train  de  chercher 
une  citation  ou  une  image  qui  aille  avec  quelque  explication 
fantaisiste  du  texte.  On  ne  pourrait  peut-être  trouver  de  meilleur 
exemple  de  cette  faiblesse  que  la  manière  dont  il  traite  les  vers 
douze  et  treize  du  Psaume,  qui  promettent  au  Fidèle  que  les 
anges  «  le  porteront  sur  leurs  mains  de  peur  que  son  pied  ne  heurte 
contre  la  pierre  »  et  qu'il  marchera  sur  le  lion  et  sur  l'aspic  et 
foulera  le  lionceau  et  le  dragon.  Ces  images  offrent  à  Sainte- 
Marthe  un  vaste  champ  pour  des  exercices  plus  ingénieux 
qu'édifiants   et  il  raffine  sur  ce  thème    avec    un  visible    plai- 

1.  In  Psalnium  XC...  Médit.,  fol.  12  v°. 

18 


274  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

sir  1.  Commençant  par  s'étendre  longuement  sur  les  fonctions  des 
bons  et  des  mauvais  anges,  il  accumule  généreusement  les  exemples 
de  l'Ecriture.  Il  prend  très  au  sérieux  une  objection  imaginaire  et 
assez  bizarre  :  «  Quid  audio  ?  (dices)  Angelos  me  manibus  suis 
sublevaturos  ?  Atqui,  quum  Angeli  sint  spiritus  et  spiritus  car- 
nem  et  ossa  non  habeant,  quid  fieri  poterit,  ut  manus  habere 
queant  2  ?  ».  Là-dessus  il  entre  en  une  longue  dissertation  sur 
l'usage  du  mot  main,  comme  il  se  donnait  beaucoup  de  peine, 
dans  un  passage  précédent,  pour  expliquer  les  épaules  (les  ailes, 
selon  nos  versions)  et  les  plumes  au  quatrième  vers,  comme  si 
une  véritable  difficulté  l'avait  arrêté  ^.  La  pierre,  c'est,  naturelle- 
ment, la  pierre  d'achoppement,  contre  laquelle  tous  doivent  se 
heurter  dans  l'obscurité  de  ce  monde  ;  comme  aussi  c'est  celle 
«  qu'ont  re jetée  ceux  qui  bâtissaient  »  et  qui  était  destinée  à 
devenir  la  pierre  d'angle,  et  Sainte-Marthe  ne  peut  résister  à 
l'envie  d'insinuer  que  Satan  sème  les  tentations  comme  des 
pierres.  Toutefois,  c'est  lorsqu'il  en  vient  au  lion  et  à  l'aspic, 
au  lionceau  et  au  dragon,  ou  plutôt,  comme  dit  la  Vulgate  :  «  As- 
pidem  et  Basihscum...  Leonem  et  Draconem  »,  que  Sainte- 
Marthe  montre  le  plus  de  préciosité  et  de  recherche.  Pline, 
heureusement  ou  malheureusement,  avait  parlé  de  toutes  ces 
créatures  *  et,  comme  je  l'ai  déjà  exphqué  antérieurement, 
Sainte-Marthe  s'en  était  formé  une  idée  en  grande  partie  d'après 
l'auteur  latin.  Un  homme  mordu  par  un  aspic  doit  trancher 
toutes  les  parties  de  son  corps  qui  ont  été  atteintes  ;  de  même  il 
ne  reste  d'espoir  pour  une  âme  en  laquelle  Satan  a  versé  son 
poison  que  si  elle  abandonne  toutes  ses  affections  mauvaises. 
Le  souffle  aussi  bien  que  le  contact  du  basilic  détruit  les  plantes 
et  les  animaux;  ainsi  le  Diable  détruit-il  irrémédiablement  ceux 
qu'il  atteint  de  son  souffle,  que  Sainte-Marthe  prend  pour  sym- 
bole de  ses  subtiles  tentations.  Le  dragon  se  cache  dans  le  lit  des 
rivières  et  surprend  les  éléphants  et  d'autres  animaux  ;  Satan, 
que  l'Ecriture  désigne  par  «  Dragonem  serpentum  antiquum  ^  », 
s'embusque  pour  dévorer  ceux  qui  n'y  prennent  garde.  Le  Hon 
attaque  sa  proie  ouvertement,  mais  est  effrayé  par  le  feu  ;  de 


1.  In  Psalmum  XC...  Médit.,  fol.  37  V  —  43  v". 

2.  Ihid.,  fol.  39  r". 

3.  Ihid.,  fol.  21  po. 

4.  Cf.  Pline,  Hist.  Nat.,  VIII,  chapitres  xxxv,  xxxiii,  xii,  xix. 

5.  Apoc,  chap.  xx,  2. 


(ÉUVRES   LATINES  275 

même  Satan  assaille  de  guerre  franche  ceux  qu'il  ne  peut  vaincre 
par  ruse.  Sainte-Marthe  n'oublie  pas  non  plus  de  citer  la  com- 
paraison que  fait  saint  Pierre  entre  le  Diable  et  le  lion  rugis- 
sant, qui  rôde  autour  des  Fidèles  cherchant  qui  dévorer.  Et  quel 
feu  peut  le  terrifier,  sinon  celui  dont  David  a  dit  :  «  Ignitum 
eloquium  tuum  »,  et  Salomon,  «  Omnis  sermo  Dei  ignitus  »,  ce 
même  feu  à  l'aide  duquel  le  Christ  le  mit  en  fuite  ^  ?  Quand  le 
Diable  se  transforme  en  ange  de  lumière,  ou  tente  la  Chair,  c'est 
un  aspic,  un  basilic,  un  dragon  ;  lorsqu'il  accomplit  les  œuvres  de 
Satan,  c'est  un  hon.  Obéissez  au  Péché,  continue  Sainte-Marthe 
après  une  digression,  et  vous  serez  dévoré  par  le  lion,  dont  il 
est  écrit  :  «  tanquam  a  conspectus  serpentis  fuge  peccatum  : 
nam  si  acceseris  morde  bit  te.  Dentés  leonini  sunt  dentés  ipsis 
animis  hominum  exitiales  ».  Sainte-Marthe  n'entreprend  les  vers 
suivants  qu'après  avoir  fait  toutes  les  allusions  bibliques  aux 
lions,  vipères,  basilics  et  dragons  qui  lui  viennent  à  l'esprit, 
à  commencer  par  l'exclamation  de  David  :  «  Tu  as  écrasé  les 
têtes  des  monstres  dans  les  eaux  ^.  »  ce  qui  se  rapporte  aux 
Pharaons  et  aux  princes  d'Egj^pte  d'après  Sainte-Marthe. 

Ce  passage  a  beaucoup  de  contre-parties  dans  la  Méditation 
de  Sainte-Marthe  ;  la  flèche  qui  vole  pendant  le  jour,  c'est 
l'orgueil  ;  les  terreurs  de  la  nuit,  c'est  le  désespoir  que  nous 
inspire  la  conscience  de  nos  péchés  ;  le  «  Dsemonium  Meridia- 
num  »  de  la  Vulgate,  c'est  Satan  «  transformé  en  un  ange  de 
lumière  ».  Il  ne  peut  être  découvert  que  par  la  lumière  qui  brille 
sur  le  bouclier  de  vérité  du  Chrétien^.  Peut-être  Sainte-Marthe 
frôle-t-il  de  plus  près  le  véritable  concetto  lorsqu'il  parle  des 
flèches  que  Dieu  envoyé  par  le  ministère  de  Satan,  les  «  traits 
enflammés  »,  lorsque  ce  sont  des  tentations  de  concupiscence,  de 
colère,  d'impatience,  de  blasphème  ou  de  désespoir.  Rappelant 
que  saint  Paul  nous  exhorte  a  prendre  le  bouclier  de  la  Foi,  pour 
«  éteindre  tous  les  traits  enflammés  du  Malin  »,  Sainte-Marthe 
se  met  à  raffiner  sur  cette  idée.  Cette  espèce  de  trait  allume 
chez  ceux  qu'elle  blesse  des  feux  éternels  et  ne  laisse  que  désespoir 
derrière  elle,  à  moins  que  les  eaux  de  la  Sagesse  qui  sauve, 
c'est-à-dire  de  la  foi  dans  les  promesses  divines,  ne  les  éteigne  *. 

1.  C'est-à-dire  après  la  tentation,  par  des  citations  de  l'Ecriture. 

2.  Psaume  Lxxiv,  v.  14. 

3.  In  Psalmum  XC...  Médit.,  fol.  26  v«,  24  \°,  27  vo,  28  v». 

4.  Ihid.,  fol.  37  v°. 


276  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

Si  tout  ceci  ne  s'écarte  pas  du  style  biblique,  la  façon  dont 
Sainte-Marthe  élabore  ses  métaphores  rappelle  la  mode  littéraire 
du  jour.  Sans  doute  l'Ecriture  lui  fournit-elle  les  images  de  la 
flèche  qui  vole  pendant  le  jour,  des  flèches  du  Seigneur  et  de  leur 
poison,  des  traits  enflammés  du  Malin  et  du  conseil  de  les  éteindre, 
mais  ce  ne  serait  peut-être  pas  aller  trop  loin  que  de  dire  que  c'est 
le  Pétrarquiste  chez  Sainte-Marthe  qui  réunit  ces  images  ensem- 
ble, et  y  ajouta  celle  de  l'eau  de  sagesse.  Cette  tendance  à  faire 
des  métaphores  recherchées  l'amène  à  commettre  des  fautes 
de  goût  sérieuses  dans  sa  Méditation.  Cependant  il  est  juste  de 
dire  que  les  fautes  de  la  Méditation  sont  plus  que  compensées 
par  ses  mérites.  Si  de  temps  à  autre  elle  penche  vers  «  sound  and 
fury  signifying  nothing  »,  ou  vers  les  métaphores  recher- 
chées et  travaillées,  si  elle  n'est  pas  absolument  pure  de  toute 
faute  de  goût,  la  Méditation  est  cependant  digne  dans  son 
ensemble  de  l'auteur  des  Oraisons  funèbres. 

L'homogénéité  de  sa  composition,  son  enchaînement  soigneux, 
son  style  habile  et  poli,  l'application  émouvante  des  expériences 
du  monde  à  la  vie  spirituelle,  son  éloquence  persuasive,  non 
seulement  la  placent  bien  au-dessus  des  deux  autres  œuvres 
latines  de  Sainte-Marthe,  mais  encore  la  distinguent  des  autres 
œuvres  latines  de  la  même  époque.  Elle  brille  encore,  parmi  les 
ouvrages  dont  les  périodes  obscures  et  gauches  furent  le  trop 
fréquent  résultat  d'efforts  faits  pour  imiter  le  style  cicéronien, 
par  la  simple  grâce  et  la  facilité  de  sa  langue.  Pour  la  langue 
seule  ou  le  talent  descriptif,  ou  pour  la  piété  profonde  et  sincère, 
on  ne  pourrait  peut-être  pas  affirmer  que  la  Méditation  est 
supérieure  aux  deux  Paraphrases;  mais,  à  tous  autres  égards,  les 
œuvres  latines  de  Sainte-Marthe  montrent  un  progrès  constant 
de  l'une  à  l'autre  en  vigueur  et  en  habileté.  La  Paraphrase  du 
Psaume  vu,  si  puissante  que  soit  sa  langue  est  trop  violente, 
trop  rude  et  trop  confuse  pour  mériter  beaucoup  d'admiration 
de  la  part  de  ses  lecteurs,  et  celle  du  Psaume  xxxiii  captive 
l'attention  par  son  ardeur  et  parfois  son  éloquence  poétique. 
Cependant  un  futur  historien  de  la  littérature  latine  de  la 
Renaissance  pourrait  sans  injustice  négliger  ces  deux  productions, 
tandis  que  le  même  auteur  imaginaire  ne  pourrait  à  bon  droit 
refuser  de  faire  un  sérieux  éloge  du  dernier  et  meilleur  ouvrage 
de  Sainte-Marthe,  la  Méditation  sur  le  Psaume  XC. 


CHAPITRE  V 


CONCLUSION 


Avec  les  Œuvres  latines  finit  l'histoire  des  productions  de 
Sainte-Marthe  ^.  Il  faut  avouer  qu'il  se  montre  étonnamment 
versatile  et  qu'il  est  l'homme  des  contrastes  surprenants,  si 
on  lui  dénie  une  grande  originalité.  Influencé  de  nombreuses 
manières  par  les  nouvelles  impulsions  intellectuelles  et  les  cou- 
rants de  son  temps,  il  resta  cependant  attaché  par  affection  et 
par  admiration  aux  anciennes  modes.  Dans  la  Poésie  Françoise 
il  se  proclame  admirateur  dévoué  de  Marot  et  l'imite  largement, 
en  usant  des  anciennes  formes  de  prosodie  ;  cependant  il  est 
au  fond  un  Pétrarquiste  de  la  première  heure  et,  contraste 
encore  plus  étrange,  un  platonicien  de  la  première  heure  aussi, 
appliquant  ses  doctrines  platoniques  non  seulement  à  l'amour 


1.  Nous  savons  qu'il  eut,  au  moins  en  préparation,  à  des  époques  différentes, 
des  ouvrages  dont  voici  les  titres  et  dont  l'un  au  moins  fut  publié  :  Un  ouvrage 
de  théologie  (cf.  les  lettres  de  Breton  et  d'Arlier,  supra,  jip.  28  et  40)  ;  une  tra- 
duction fragmentaire  de  Théocrite  (cf.  la  Dédicace  de  la  P.  F.  à  la  Duchesse 
d'Etampes,  infra,  p.  320)  ;  une  livre  d'Elégies  (cf.  Au  lecteur,  P.  F.,  p.  187,  infra, 
p.  321)  ;  un  «  Livre  de  la  conjunction  des  quatres  Langues  »  (cf.  Au  lecteur 
(errata),  P.  F.,  p.  224)  ;  un  ouvrage  sur  les  Rites  funéraires  (cf.  Dédicace  à 
Galbert,  In  Psalmum  Septimum...  Pàraph.,  infra,  p.  326)  ;  vine  Anthologie 
juridique  (cf.  ibid.)  ;  un  commentaire  du  Psaume  CLXXX  (cf.  lettre  à 
Furnaeus,  infra,  p.  331)  ;  une  traduction  des  Psaumes  en  vers  métriques  (cf. 
lettre  à  Olivier,  infra,  p.  333).  Colletet  mentionne  «  une  belle  parajjhrase  latine 
des  sept  psaumes  de  pénitence  qui  a  été  fort  bien  reçue,  et  dont  quelques  auteurs 
latins  de  l'illustre  Société  de  Jésus  ont  fait  mention.  «  Vie  des  poètes  français, 
fol.  447  v°.  Cela  pourrait  être  la  précédente,  ou  une  version  mutilée  de  Vin 
Psalmum  Septimum  et  Psalmum  XXXIII  Paraphrasis. 

Brunet  mentionne  (art.  Dolet)  un  «  Discours  de  Charles  de  Sainte-Marthe  Au 
lecteur  français  »,  qui  aurait  été  compris  dans  une  édition  séparée  de  1560  de 
La  farme  et  manière  de  la  portctuation  et  accents  de  la  langue  française,  etc., 
traité  qui  originairement  formait  une  partie  de  La  manière  de  bien  traduire,  etc., 
de  Dolet.  Ce  traité  séparé  de  la  ponctuation  je  n'ai  pu  le  trouver  dans  les  biblio- 
thèques publiques  de  Paris,  et  je  n'ai  pu  le  consulter.  Je  présume  toutefois  que 
ce  Discaurs  de  Sainte-Marthe  n'est  que  le  Dixain  au  lecteur  Françays,  que 
nous  avons  déjà  examiné  ici.  Cf.  stipra,  p.  141  et  aeq. 


278  CHARLES    DE    SAINTE-MARTHE 

mais  encore  à  l'exercice  d'une  piété  sincère.  Les  Paraphrases 
rendent  évident  le  fait  qu'il  sympathise  avec  les  Réformateurs, 
et  cependant  il  doit  se  concilier  l'autorité  ecclésiastique  ;  en  effet 
au  moment  où  il  écrivit  ses  Paraphrases,  il  r.urait  pu  lui 
coûter  la  vie  de  ne  pas  le  faire.  Dans  ses  Oraisons  funèbres,  il 
apparaît  ardent  Humaniste,  admirateur  convaincu  de  la  vie  et 
de  la  sagesse  antiques,  ennemi  cependant  du  Paganisme  auquel 
en  arrivaient  si  facilement  les  Humanistes  du  xvi^  siècle  ;  par- 
dessus tout  fidèle  amant  de  Platon  et  cependant  séparant,  à 
regret  —  on  aimerait  à  le  croire  — ,  les  Chrétiens  et  les  Platoniciens 
en  deux  groupes  distincts.  Le  lecteur  curieux  peut,  dans  ses 
œuvres  latines  et  surtout  la  Méditation  sur  le  Psaume  xc, 
retrouver  la  trace  et  remonter  aux  sources  classiques,  et 
ainsi  découvrir  l'Humaniste,  tandis  que  la  méthode  de  l'au- 
teur reste  surtout  scolastique.  Enfin,  dernière  contradiction, 
bien  capable  de  surprendre  le  lecteur  de  la  Méditation  :  Sainte- 
Marthe  dédie  cet  ouvrage,  où  vibrent  les  sentiments  profonds 
de  la  piété  chrétienne,  à  l'auteur  d'une  basse  et  haineuse 
attaque  contre  son  grand  contemporain  Rabelais,  pour  servir 
les  intérêts  d'une  rivalité  de  famiUe. 

Sans  aucmi  doute,  c'est,  chez  l'auteur  de  la  Poésie  Françoise, 
la  réceptivité,  l'inclination  vers  les  idées  nouvelles  qui  lui  don- 
nent droit  à  notre  considération.  Le  lecteur,  même  prévenu  en 
sa  faveur,  doit  avouer  que  la  valeur  intrinsèque  de  cet  ouvrage 
est  négligeable.  Il  est  vrai  que  ses  épigrammes  sont  plaisantes, 
piquantes  et  même  élégantes  ;  mais  ses  épigrammes  ne  tiennent 
pas  une  place  considérable  dans  l'ensemble  du  volume.  Le  reste 
n'offre  que  de  rares  éclats  de  grâce  et  de  sentiment  poétique 
en  compensation  d'une  pénible  prolixité.  Si  l'on  admet  que  Sainte- 
Marthe  a  contribué  à  la  formation  de  la  littérature  française,  il 
faut  que  ce  soit  en  raison  des  mérites  de  ses  deux  Oraisons 
funèbres.  L'érudition,  ou  plutôt  ce  que  l'époque  considérait 
comme  de  l'érudition,  y  était  mise  en  valeur  pas  l'art  des  narra- 
tions, un  talent  descriptif  très  précis,  l'intuition,  le  sens  de  la 
langue  ;  l'ensemble  est  d'ime  touchante  éloquence.  Ce  sont  ces 
qualités  qui  font  des  Oraisons  l'expression  persuasive  d'une 
émotion  sincère.  Les  œuvres  latines  ne  peuvent  naturellement 
pas  être  considérées  comme  une  contribution  aux  lettres  fran- 
çaises, mais  on  ne  peut  pas  non  plus  les  négliger  dans  l'évalua- 
tion des  productions  littéraires  de  Sainte-Marthe.  L'influence 


CONCLUSION  279 

de  la  littérature  latine  contemporaine  sur  la  prose  française  à 
sa  période  de  formation  est  encore  à  étudier  ;  mais  on  peut 
assurer  qu'elle  se  fit  sentir,  et  les  Paraphrases  et  la  Méditation 
de  Sainte-Marthe  devraient  être  prises  en  considération  au  point 
de  vue  de  cette  influence,  car  les  idées  y  sont  revêtues 
d'images  souvent  recherchées.  Les  idées  et  les  images  se 
trouvent  exprimées  dans  une  prose  latine  qui  est  remarquable 
par  sa  simplicité,  à  une  époque  où  l'on  était  fier  d'une  latinité 
fleurie. 

A  côté  de  l'intérêt  que  doivent  présenter  ces  productions  pour 
un  étudiant  des  premières  années  de  la  Renaissance,  la  person- 
nalité même  de  Sainte-Marthe  arrête  l'attention,  grâce  aux 
scènes  variées  et  aux  influences  parmi  lesquelles  sa  vie  s'écoula. 
H  passa  son  enfance  dans  un  monastère  fameux,  qui  était  en 
étroites  relations  avec  la  Cour  et  qui  venait  justement  de  subir 
une  intéressante  réforme.  Il  étudiait  à  l'Université  de  Poitiers, 
quand  Calvin  venait  d'émouvoir  cette  ville  d'une  émotion  intellec- 
tuelle profonde  par  ses  premières  prédications.  Il  professait 
au  nouveau  Collège  de  Bordeaux,  puis  plus  tard  à  celui 
de  Lyon,  nouvellement  réorganisé,  juste  au  moment  où 
ces  deux  Collèges  s'éveillaient  à  la  nouvelle  science  dont 
l'éducation  s'enrichissait.  Il  connaissait  le  grec  et  l'hébreu, 
à  une  époque  où  la  science  de  ces  deux  langues  était  encore 
nouvelle. 

On  verra  que  Sainte-Marthe  eut  sa  part  —  peut-être  ne  fut- 
elle  que  passive,  en  général  —  des  émotions  élevées  de  cette 
époque  passionnée.  Et  encore  ce  ne  fut  pas  toujours  la  part 
passive.  Inchnant  sans  aucun  doute  vers  les  nouvelles  doctrines 
rehgieuses,  se  trouvant  en  contact,  au  moins  un  moment,  avec 
Calvin  et  la  Réforme  à  Genève,  il  endura,  comme  nous  l'avons 
vu,  sa  bonne  part  de  souffrances  et  d'emprisonnement  ;  mais  il 
est  probable  qu'il  ne  joua  pas  un  rôle  très  vaillant  dans  le 
drame  de  la  Réforme,  de  même  qu'il  n'en  joua  pas  un  très  reten- 
tissant dans  le  vigoureux  mouvement  httéraire  de  son  temps. 
Lié  de  bonne  heure  avec  les  hommes  qui  devaient  former  la 
fameuse  école  Lyonnaise,  il  est  peut-être  plus  remarquable 
par  ces  liaisons  que  pour  avoir  indéniablement  anticipé  ses 
thèses.  Ses  relations  suffisaient  à  elles  seules  à  faire  passer  son 
nom  à  la  postérité.  D'une  part  il  fait  un  retour  sur  Marot  et 
Saint-Gelais,  d'autre  part  il  prépare  le  chemin  à  Ronsard,  à 


280  CHARLES   DE    SAINTE-MARTHE 

Du  Bellay  et  à  la  nouvelle  école.  Possédant  lui-même  le  latin 
couramment  et  ayant  pour  amis  des  Cicéroniens  délicats,  il 
partageait  avec  Dolet  le  même  enthousiasme  pour  sa  langue 
maternelle  autant  que  le  même  intérêt  pour  le  latin.  Les  liens 
du  devoir,  de  l'intimité  ou  de  l'affection  l'attachèrent  à  des  gens 
aussi  divers  que  Calvin  et  Marguerite  de  Navarre,  Ducher  et 
Scève,  Puy-Herbault  et  Boissoné.  Ses  relations  avec  la  Reine 
de  Navarre  étaient  assez  intimes  pour  que  le  choix  d'un  orateur 
pour  le  service  funèbre  qui  devait  avoir  lieu  à  Alençon  tombât 
sur  lui  et  c'est  aussi  parce  qu'il  était  le  familier  d'une  maison 
qui  n'était  presque  pas  moins  liée  aux  destinées  de  la  France, 
qu'il  lui  incomba  de  composer  sa  seconde  Oraison  funèbre.  La 
Duchesse  de  Beaumont  comptait  en  effet  parmi  les  membres  de 
sa  famille  le  père  d'Henri  IV,  le  vainqueur  de  Cerisolles,  le 
Cardinal  de  Bourbon,  qui  devint  ensuite  le  roi  titulaire,  Charles  X 
et  le  fondateur  de  la  maison  de  Condé.  Les  traces  de  l'adminis- 
tration de  Sainte-Marthe  comme  Procureur  général  de  Beau- 
mont  ont  aussi  quelque  intérêt,  en  versant  leur  lumière  sur  la 
vie  de  l'époque. 

C'est  peut-être  en  partie  à  cause  de  cette  diversité  de  relations 
et  d'occupations  que  Sainte-Marthe  laisse  à  ses  lecteurs  une 
impression  de  confusion  ;  d'éloquence  dont  le  cours  est  quelque 
peu  mal  réglé  ;  d'une  plus  grande  aptitude  pour  le  style  émo- 
tionnel que  pour  la  langue  purement  intellectuelle  ;  d'une  ima- 
gination agitée  et  troublée.  Il  peut,  comme  dans  ses  Oraisons 
funèbres  par  exemple,  paraître  suivre  un  plan  de  composition 
déterminé  ;  mais  il  n'obtient  pas  pour  cela  plus  d'ordonnance  : 
ce  n'est  que  dans  la  Méditation  que  l'on  peut  reconnaître 
quelque  heureux  effort  de  structure.  Nous  ne  devons  donc  pas 
consacrer  Sainte-Marthe  grand  poète,  ni  même  élégant  prosa- 
teur ou  latiniste  accompli,  mais  plutôt  voir  en  lui  un  écrivain 
dont  les  œuvres  prouvent  qu'il  prit  de  bonne  heure  une  part 
active  à  l'éclosion  de  presque  toutes  les  idées  fécondes  qui  péné- 
trèrent en  France  pendant  un  quart  de  siècle,  époque  de  sa  matu- 
rité. Il  serait  certes  difficile  de  découvrir  un  meilleur  représen- 
tant, un  meilleur  type  de  l'homme  médiocre  de  la  Renaissance, 
que  Sainte-Marthe,  ou  un  auteur  qui  donnerait  de  meilleurs 
exemples  de  l'effet  que  purent  avoir  sur  un  homme  d'imagina- 
tion, ou  de  talent,  les  courants  opposés,  la  riche  confusion  de  la 
Renaissance. 


APPENDICE 


APPENDICE 


LES  VIES 

DE  CHARLES  ET  DE  JACQUES  DE  SAINTE-MARTHE 

PAR  SCÉVOLE  DE  SAINTE-MARTHE. 

Carolus  et  Jacobus  Samarthani. 

Ne  tamen  videar  (quod  ille  ait)  alienos  agros  colère,  proprium 
negligere,  liceat  hic  postreniô  celebrare  duo  Sammarthanse  gentis 
honestamenta  Carolum  &  Jacobum  patruos  meos  :  quorum  aller 
Jurisprudentiam,  aller  Medicinam  coluit,  vterque  Grsecam  liiiguam, 
philosophiam  &  ingenuas  omnes  artes  non  leviler  aut  perfunctoriè, 
sed  serio  diligenlerque  amplexus  est.  Di verso  tamen  more  nec  eodem 
studiorum  instilulo.  Carolus  enim,  aurse  popularis  avidior,  perutiles 
de  re  sepulchraH  commentarios  itemque  pias  in  Davidis  carmina 
commentationes  &  multa  varij  generis  poematia  tum  Latina  tum 
Gallica  publicavit,  Jacobus  autem  licet  Romani  sermonis  faeultale 
perfectissimus,  tamen  quod  homo  esset  inanis  glor'se  nusquam  appe- 
tens,  totum  istud  scribendi  studium  facile  neglexit,  uberrimas  illas 
multiplicis  eruditionis  opes  eodem  quo  seipsum  tumulo  conditurus, 
nisi  hseredes  earum  reliquisset  filios  elegantiora  studia  cum  exerci- 
tatione  forensi  doctissimè  adaequantes.  Hic  Scsevolse  patris  vestigia 
secutus  Lodoicse  &  Leonorae  Borboniis  cœnobij  Fontebraldsei  Prin- 
cipibus  illustrissimis  ad  extremam  usque  senectutem  non  modo  in 
arte  medica,  sed  etiam  in  consiliis  &  omnibus  magni  momenti  rébus 
fidelem  nauauit  operam.  Ille  Margaretse  Nauarrœ  auspiciis  causarum 
capitalium  apud  Alenconios  prgefecturam  adeptus  patronam  fato 
functam  luculentissiraa  laudatione  consecra\at.  Nec  ita  multo  post, 
integro  adhuc  sevo  nimia  vi  &  copia  sanguinis  oppressus,  emisit 
animam.  Cum  sanguis  ipse  rui)tis  vasis  magno  se  impetu  circum 
prœcordia  diffundens  nativum  repente  calorem  suffocasset. 

—  Gallorum  Doctrina  Illustrimn. . .  Elogia,  Liber  II,  p.  195  et  seq. 


284  APPENDICE 


LA  TRADUCTION  DE  COLLETET. 

Charles  et  Jacques  de  Sainte-Marthe. 

De  peur  qu'il  ne  semble,  comme  dit  un  Ancien,  qu'en  cultivant 
les  champs  d'autruy,  je  néglige  les  miens  propres,  je  pretens  icy 
faire  l'Eloge  de  ces  deux  ornemens  de  nostre  Famille,  Charles  & 
Jacques  de  Sainte-Marthe  mes  deux  oncles.  Quoy  qu'il  fussent  tous 
deux,  de  profession  différente,  &  que  l'un  se  fust  adonné  sérieuse- 
ment à  la  Jurisprudence,  &  l'autre  à  la  Médecine  ;  si  est-ce  que  tous 
deux  ils  furent  semblables  en  ce  poinct,  qu'ils  se  rendirent  excellens 
dans  l'intelligence  de  la  langue  Grecque,  &  que  tous  deux  ils  s'appli- 
quèrent profondement  à  la  Philosophie,  &  à  la  cognoissance  de  tous 
les  autres  arts  libéraux.  Ils  les  practiquerent  neantmoins  diversement, 
&  n'eurent  pas  un  mesme  but  dans  des  estudes  semblables.  Car  Charles 
qui  aimoit  passionnément  ceste  réputation  que  l'on  acquiert  à  la 
Cour,  &  parmy  le  Peuple,  après  avoir  composé  vn  tres-docte  &  très 
utile  discours  des  Sépultures  &  des  Pompes  funèbres,  &  composé  de 
doctes  &  de  pieux  Commentaires  sur  des  Pseaumes  de  David,  avec 
plusieurs  autres  Poëmes  Françoises  et  Latins  sur  de  différentes  ma- 
tières, eut  soin  de  mettre  tous  ces  ouvrages  au  Jour.  Quant  à  Jacques 
de  Sainte-Marthe,  quoy  qu'il  cognust  en  perfection  toutes  les  grâces 
de  la  langue  Latine,  si  est-ce  que  n'estant  pas  touché  du  désir  de  la 
gloire  qui  s'acquiert  à  composer  des  livres,  il  négligea  tellement  la 
peine  que  l'on  prend  à  les  escrire,  que  tous  les  thresors  des  diverses 
sciences  qu'il  possedoit,  eussent  esté  enfermés  avec  luy  dans  vn 
mesme  tombeau,  si,  par  les  doctes  et  fréquentes  conférences,  il  ne 
les  eust  communiquez  à  Louis,  &  à  François  de  Sainte-Marthe  ses 
enfans,  qui  scavent  encore  aujourd'huy  marier  dignement  la  function 
du  barreau  auec  l'exercise  des  belles  lettres.  Jacques,  marchant  donc 
ainsi  sur  les  traces  de  son  Père  vScevole,  servit  jusques  a  vne  extresme 
vieillesse  ces  deux  Princesses  illustres,  Louise,  &  Leonor  de  Bourbon, 
Abbesses  de  Fonte vrault,  non  seulement  en  qualité  de  leur  Médecin 
ordinaire  mais  encore  comme  vn  fidèle  Conseiller,  qu'elles  consul- 
toient  utilement  pour  elles,  &  glorieusement  pour  luy  dans  toutes 
leurs  affaires  importantes.  Quant  à  Charles  de  Sainte-Marthe,  il 
s'insinua  dans  les  bonnes  grâces  de  Marguerite  Royne  de  Navarre, 
&  comme  ce  fut  par  sa  faueur  qu'il  obtint  l'Office  de  Lieutenant 
Criminel  de  la  ville  d'Alençon,  après  la  mort  de  ceste  excellente  Prin- 
cesse, il  creût  que  pour  recognoistre  en  quelque  sorte  les  bienfaicts 


APPENDICE  285 

([uil  avoit  receus  d'elle  pendant  sa  vie,  il  estoit  de  son  debvoir  de 
faire  son  Oraison  funèbre  a})res  sa  mort.  Ce  qu'il  fit  certes  avec  vn 
grand  applaudissement  de  toute  la  France.  Mais  peu  de  temps  après 
il  se  sentit  pressé  luy  mesme  de  suivre  sa  bonne  Maîtresse.  Car  comme 
il  estoit  d'une  humeur  extrêmement  sanguine,  une  abondance  de 
sang  sortie  de  ses  veines  avec  violence  &  impétuosité,  maigre  les 
vaisseaux  qui  le  contenoient,  ayant  esteint  sa  chaleur  naturelle,  il 
en  fut  suffoqué  tout  a  coup,  &  en  mourut  en  la  fleur  de  son  aage, 
l'an  1555. 

—  Eloges  des  Hommes  Illustres,  Liv.  III,  pp.  372-374. 


NOMS    DES    PERSONNES   AUXQUELLES  SAINTE-MARTHE 
ADRESSA  DES  VERS  DANS  LA  POESIE  FRANÇOISE 

Alein  : 

A  Monsieur  d' Alein  d'Arles.     Que  l'homme  mesdisant  de  la 
Femme  mesdict  de  soy  mesme.     p,  14. 
Arbigny  : 

A  Madame  Anne  d' Arbigny,  Dame  de  la  Val  en  Daulphiné. 
p.  89. 
Balzac  ;  cf.  Entraigues. 
Beconne  : 

A  Madamoiselle  de  Beconne.     p.  193. 
Benac  : 

A  Jean  Benac.     De  soy.     p.  93. 
Beringue  : 

De  Beringue  s'Amye  et  de  soy.     p.  14. 

A  Madamoiselle  Beringue,  de  la  servitude  d'Amour,     p.  17. 

A  Madamoiselle  Beringue.     p.  22. 

De  Madamoiselle  Beringue.     p.  54. 

D'elle  mesme  &  de  soy.     p.  54. 

A  Madamoiselle  Beringue.     p.  56. 

A  Madamoiselle  Beringue,   Que   son   Amour  est   immortelle. 

p.  58. 
A  Madamoiselle  Beringue,  Que  nostre  Espérance  doibt  estre 

en  Dieu.     p.  66. 
A  ma  Damoiselle  Beringue,  Quel  martyre  c'est,  brusler  d'affec- 
tion, &  n'oser  parler  pour  la  descouvrir,     p.  75. 
A  Madamoiselle  Beringue,  De  Liberté  &  Servitude  provenante 

Par  amour,     p.  78. 
A  Madamoiselle  Beringue,  Que  leur  Amour  ne  se  i)ourra  minuer 
pour  les  mesdisants.     p.  86. 


286  APPENDICE 

A  Madamoiselle  Beringue,  Que  rien  ne  vault  commencer  un 

bien,  sans  l'aschever.     p.  91. 
A  Madamoiselle  Beringue,  De  leur  Honneste  &  irrépréhensible 
Amour,     p.  145. 
Bigot  : 

A   Guillaulme  Bigot  homme   tresconsommé   en   Philosophie, 
p.  93. 
BOUREL   : 

A  Edmond  Bourel  Chanoine  de  Romans  en  Daulphiné.     Que 
(suivant  l'ordonnance  de  Dieu)  mieulx  vault  se  marier,  que 
d'entretenir  Paillardes,     p.  87. 
BOYSONNÉ  : 

A  Monsieur  Boissoné,  Conseiller  à  Chambery.     Qu'on  se  doibt 
fier,  au  seul  Seigneur,  non  aux  Hommes,     p.  57. 
Bressieux.     Cf.  Grolée-Mevouillon  et  Vernaison. 
Chausson  : 

A  Maurice  Chausson,  vers  Alexandrins,     p.  66. 
Chereau  : 

A  Geoffroy  Chereau  estant  malade,  Qu'on  se  doibt  esgalement 
porter  en  prospérité   &  adversité,     p.    67. 
Claveyson  (Exupêre  de)  ; 

Au  Seigneur  de    Parnans.   Qu'au   bien    d'Amour,   rien    ne-st 

plus  nuysant.  que  jouyssance.     p.  13. 
A  noble  Exupere  de  Claveyson,  Seigneur  de  Parnans,  responce 

à  son  dixain.     p.  24. 
Au  Seigneur  de  Parnans.     De  quelcun  qui  disoit  qu'il  aymoit 

trop  s'Amye.     p.  31. 
Au  Seigneur  de  Parnans.     Quoy  que  deux  Amys  se  séparent 
l'un   de   l'aùltre,    que   toutefoy,    sont   tousjours   présents, 
p.  35. 
Au  Seigneur  de  Parnans,  Qu'aujourdhuy  on  est  plus  obéissant 
à  vice  qu'à  Vertu,     p.  87. 
Claveyson  (Louis  de)  : 

A  Frère  L.  de  Claveyson,  prieur  de  Parnans.     Que  l'habit  ne 
fait  pas  le  Mojme.     p.  60. 
Colin.     Cf.  Saint- Ambeoise. 
Dalechamps  : 

A  Jacques  Dalechamp.     p.  106. 
Delisle  ;  cf.  ;  Lisle. 
DOLET  : 

A  monsieur  Dolet,  D'un  Détracteur  mesdisant  de  luy.     p.  33. 
Aux  François,  du  Livre  de  Dolet,  de  la  langue  Françoise. 
p.  78. 


APPENDICE  287 

Aux  Francoys,  en  recomiuendatioii  du  Livre  de  Dolet,  de  la 
manière    de    traduire,    punctuer    &    accentuer,    en    nostre 
Langue.     Avecques  exhortation  à  tous  Lettrés   t'rancoys, 
s'aymer  &  soubstenir  l'un  l'aultrc.     p.  177. 
Drusac  (Gratian  Dupont,  sieur  de)  : 

A  Drusac,  détracteur  du  sexe  Féminin,     p.  94. 
Du  MouciiET  : 

Au  Seigneur  du  Mouchet,  Que  le  bien  Céleste  doibt  estre  pré- 
féré au  bien  Mondain,     p.  98. 
Du  Perault  (Peron  ?)  : 

A  Madame  du  Perault.     p.  155. 
Du  Peron.     Cf.  Pierre  vive. 
Du  Pont.     Cf.  Drusac. 
Entraigues  (Guillaume  de  Balzac,  Baron  d')  : 

Sur  la  naissance  de  la  fille  de  Monsieur  le  Baron  d'Entraigues. 
EsTABLE.     Cf.  Fay. 
Estampes  : 

A    Madame    la    Duchesse    d'Estampes,    luy    présentant    ses 

Oeuvres,     p.  9. 
De  Madame  la  Duchesse  d'Estampes,     p.  20. 
A  Madame  la  Duchesse  d'Estampes,     p.  37. 
A  Madame  la  Duchesse  d'Estampes,     p.  62. 
A  Madame  la  Duchesse  d'Estampes,  luy  recommandant  son 

Oeuvre,     p.  82. 
A  Madame   la    Duchesse   d'Estampes,  p.    125.  Et   cf.    infra, 

p.  293. 
Elégie.     Du  Tempe  de  France,  en  l'honneur  de  Madame  la 
Duchesse    d'Estampes,  p.  197.  Et    cf.  infra,  p.  298  et  seq. 
Fay  (Paul  de)  : 

A  noble  Paule  de  Fay  Seigneur  d'Estables.     p.  79. 
Fay  (Mlle  de)  : 

A  Madamoiselle  d'Estable  sa  seur  d'alience.     p.  159. 
Febron  : 

A   Jean   Fen'on,  pourquoy   n'a   respondu   à  ses  adversaires. 

p.  15. 
A  Jean  Ferron,  Coq  à  Lasne.     p.  141. 
François  I  : 

Au  Roy  treschrestien.     p.  8. 
Grenet  : 

A  Monsieur  le  Chevaher  Grenet  au  départir,     p.  53. 
Grolée-Mevouillon  (Antoine  de)  : 

A  noble  &  puissant  Seigneur  Monsieur  Anthoine  de  Muillion, 
Baron  de  Bressieux.     De  la  misère  de  procès,     p.  29. 


288  APPENDICE 

A  Monsieur  le  Baron  de  Bressieux,  D'un  qui  mesdisoit  de  luy 

en  son  absence,     p.  59. 
A  Monsieur  le  Baron  de  Bressieux,  dequo}'  nous  sommes  au 

monde  débiteurs,     p.  72. 
A  noble  &  puissant  Seigneur,  Monsieur  Antoine  de  Muillion, 
Baron  de  Bressieux,  frère  du  susdict  Seigneur  de  S.  Pierre, 
p.   170. 
Grolée-Mevouillon  (François  de)  : 

A  noble  Seigneur,  Monsieur  François  de  Muillion,  seigneur  de 
Ribbiers,   en   le   remerciant   des   biens   qu'il   luy   a   faictz. 
p.  34. 
A  Monsieur  de  Ribbiers,  Qu'il  fault  esprouver  l'amy.     p.  73. 
A  Monsieur  de  Ribbiers.     p.  188. 
Grolée-Mevoud^on  (Anne  de)  : 

A  R.  Père  en  DIEU,  Monseigneur  Anne  de  Grolée,  Abbé  de 
S.  Pierre  de  Vienne,     p.  166. 
Haulteville  : 

A  Madamoiselle  de  Haulteville  ^,  Comment  Liberté  &  Servitude 
(deux  contraires)  peuvent  durer  ensemble,     p.  99. 
Hondremarc  (ou  Ondremar)  : 

A  Antoine  Hondremarc  Maistre  d'Escholle  à  Romans,     p.  69. 
La  Rivière  : 

Au  Seigneur  de  la  Rivière  Maistre  d'hostel  de  Madame  de  la 
Val.     Comment  on  doibt  estre  cault  à  faire  un  Amy.     p.  96. 
La  Ruelle  : 

A  Charles  de  la  Ruelle,  Que  toute  Aniytié  doibt  estre  Fondée 
sur  Vertu,     p.  12. 
La  Tour  : 

A  Madame  Magdaleine  de  La  Tour  sa  Sœur  d'allience.     p.  70. 
La  Val  (Abbesse  de)  : 

A  Madame  l'Abbesse  de  la  Val  en  Daulphiné,  estant  Malade, 
p.  28.  Et  cf.  Arbigny. 
Le  Fbvre  : 

A  René  le  Fevre.  Que  sur  toutes  bestes  l'Homme  est  à  craindre, 
p.  12. 
Lestrange  : 

A  Madame  de  L'estrange.     p.  129. 

L  M.  E  Picot  identifie  ce  personnage  avec  Isabelle  de  Haulteville,  laquelle, 
en  1564,  le  Cardinal  Odet  de  Chastillon  épousa  (tout  en  portant  ses  robes  de 
Cardinal  !).  après  l'avoir  ouvertement  entretenue,  pendant  plusieurs  années. 
Les  Français  Italianisants  au  XF/«  siècle,  vol.  II,  p.  H,  note  3.  La  date  du 
volume  de  Sainte-Marthe,  1540,  mettrait  peut-être  cette  identification  en 
doute. 


APPElSTDICE  28Ô 

LiSLE  (DE)    : 

A  Hector  de  Lisle.     p.  90. 

LOYTAI^LDE   : 

A    Madamoiselle    Gacinettc    Loytaulde,    Mère    de    Beringue 
s'Amye.     p.  88. 
Marouerite  de  France  : 

A  Madame  Marguerite,  fille  unique  du  Roy.     p.  122. 
Marguerite  de  Navarre  : 

A  la  Royne  de  Navarre,     p.  8. 
A  la  Rojaie  de  Navarre,     p.  119. 
Marillac  : 

A  P.  de  Marillac,  Comment  on  doybt  prendre  ce  terme  Fortune. 

p.  10. 
Elégie  A  P.  de  Marillac,  Que  le  Cueur  fort  magnanime  est  le 
seul  riche  du  Monde,  par  son  contentement,     p.  219. 
Marot  : 

A  Marot  d'un  sien  Valet,  qui  l'avoit  desrobé.  p.  13. 

De  la  prudence  de  Clément  Marot.     p.  19. 

A  Clément  Marot  son  père  d'alience.     p.  55. 

A  Luy  mesme,  Luy  recommendant  ses  Oeuvres,  vers  Madame 

la  Duchesse  d'Estampes,     p.  55. 
A  Marot.     Du  faulx  bruict  de  sa  Mort.     p.  59. 
Marquet  (Marie)  : 

A  Madamoiselle  Marie  Marquet,  sa  Mère,  Qu'Innocence,  quoy 
qu'elle  soit  molestée,  ne  peut  estre  opprimée,     p.  56, 
Marquet  (Pierre)  : 

A  noble  Seigneur  Pierre  Marquet,  Seigneur  de  la  Bedouere, 
son  oncle,     p.  79. 
Marron  : 

A  F.  I.  Marron,  pourquoy  le  vray  bien  est  interdit,     p.  56. 
Merlin  : 

A  Jehan  Merlin,  Que  nous  sommes  aveugles  en  nos  faicts.  p.  68. 

MOLANS  : 

A  Madame  de  Molaiis,  pour  Estrennes.    p.  20. 

MONGAILLARD    : 

A  Monsieur  le  Capitaine  Mongaillard.     p.  103. 

MONTAUSIER  (LÉON  DE  SaINT  MaUR,  DUC  DE)  : 

A  Monsieur  le  chevalier  de  Monthozier.     p.  102. 
Elégie  en  forme  d'epistre,  a  Monsieur  le  Chevalier  de  Mon- 
thozier, Que  à  qui  Jésus  ayde,  rien  ne  peut  nuyre.     p.  205. 
Mosnier  : 

Epitaphe  de  feu  Monsieur  Maistre  Foulcaud  Mosnier,  procu- 
reur de  Fontevrault,  &  son  Parrain,  parlant  en  sa  personne. 

19 


290  ÀPPENDiCE 

MuiLLioN.     Cf.  Grolée-Mevouillon. 
Navarre.  Cf.     Marguerite. 

NUILLY  : 

A  Madamoiselle  de  Nuilly.     Que  c'est  d'Amour,     p.   9. 
Odde  : 

A  noble  Edmond  Odde,  Seigneur  de  Triors.     Du  cloistre  de 
la  Langue,     p.  72. 
Parnans.     Cf.  Claveyson. 
Pierrevive  : 

A  Madamoiselle  Marie  de  pierre  vive,  dame  du  Peron.     p.  137. 

PiTREL  : 

A  Thomon  Pitrel,  que  c'est  grand  richesse  d'estre  content, 
p.  105. 

PONTHOISE   : 

A  Gabriel  de  Ponthoise.     p.  15. 
RocouLES  : 

A  Mademoiselle  Jeanne  de  Raucoulles.  Que  la  cognoissanee 
de  Dieu  oultrepasse  tous  aultres  dons.     p.  36. 

A  Madamoiselle  Jeanne  de  Raoucoulles.     p.  153. 
RiBBiERS.     Cf.  Grolée-Mevouillon. 

ROBOAM  : 

A  Jean  Roboam.  Qu'un  nouvel  ouvrier  fait  nouvel  ouvrage 
p.  102. 
Saint  Ambroise  (Jacques  Colin,  Abbé  de)  : 

A  Monsieur  l'Abbe  de  sainct  Ambroise,  il  luy  recommande  ses 
Œuvres,     p.  70. 
Saint-Jean  : 

A  Michel  de   Sainct  Jhean  d'Arles,   jeune  homme  de  grand 
jugement  sans  lettres,  i^.  27. 
Saint-Martin  : 

A  noble  Loys  de  Sainct  Martin,  d'Arles,  luy  estant  malade, 
p.  138. 

SaINT-MaUR.      Cf.    MONTAUSIER. 

Saint-Remy  : 

A  Monsieur  de  S.  Remy,  luy  estant  en  nécessite  à  Vincence. 
p.  92. 
Saint  Romans  ; 

A   Monsieur    de    Sainct    Romans    Conseiller    de    Grenoble, 
p.  30. 
Sainte-Marthe  (Gaucher)  : 

A  son  Seigneur  &  Père,  Médecin  &  conseiller  ordinaire  du 
Roy.  Il  luy  rend  raison  de  sa  Poésie  Françoise,  le  consolant 
de  ses  adversités,     p.  148. 


APPENDICE  2i)l 

Sainte-Marthe  (Jean)  : 

A  Jean  de  sainctc  Marthe  son  cousin,  Que  nous  debvons  louer 
Dieii  de  tout.     p.  85. 
8ainte-Marthr  (Louis)  : 

A  Loys  de  Saincte  Marthe  son  frère,  Que  Vertu  n'est  conta- 
minée pour  detraction  des  meschants.     p.  11. 
Salel  : 

A  Salel,  valet  de  chambre  du  Roy,  Sur  sa  divise,     p.  90. 
Scève  (Claudine)  : 

A  Madame  Claude  Sceve,  femme  de  Monsieur  l'advocat  du 
Roy,  à  Lyon.     p.  157. 
Scève  (Maurice)  : 

A  Maurice  Sceve  Lyonnois,  homme  treserudit,  Vers  Alexan- 
drins,    p.  50. 
A  Maurice  Sceve,   Qu'il   vault   mieulx  donner  que   prendre. 
p.  80. 
Tabdivon  : 

A  André  Tardivon,  Courrier  de  Romans,     p.  98. 
Tolet  : 

A  P.  Tolet,  Medicin  du  grand  Hospital  de  Lyon.     Sur  l'amitié 

de  luy  &  de  Dolet  Vers  Alexandrins,     p.  11. 
A  la  Dame  &  bien  aymée  de  M.  P.  Tolet,  Medicin  du  grand 
Hospital  de  Lyon,  son  singulier  Amy.     p.  172. 
Triors.     Cf.  Odde. 
Vallon  : 

A  Jacques  Vallon,  délivré  de  sa  maladie,     p.  100. 
Veriust  : 

Elégie,  A  Monsieur  Veriust,  Doyen  de  Maçon.     De  la  vraye 
Noblesse,     p.  216. 
Vebnaison  (Antoinette  de  Bressieux,  Abbesse  de)  : 

A  Madame  l' Abbesse  de  Vernaison.     p.  100. 
ViLLIERS  : 

A  Villiers,  Musicien  tresperfect.     p.  97. 

CONTENU  DU 
LIVRE   DE    SES  AMYS,  POESIE  FRANÇOISE,  pp.   225-237. 

AvANSON  (Dédicace  en  Prose).     Cf.  infra.  p.  320  et  seq. 

A  Monsieur  le  Secretain  D'avenson,  Charles  de  Sainet  Marthe 
Salut,     p.  22G. 
Bigot  : 

Epistre  de  Bigot ius  à  Saincte  Marthe,     p.  229. 


292  APPENDICE 

Benac  : 

Jean  Benac,  A  S.  Marthe,     p.  236. 
Chausson  : 

Maurice  Chausson  A  S.  Marthe,     p.  234. 
Claveyson  : 

Exupere   de   Claveyson,   Seigneur   de   Parnans,    à   son   frère 
S.  Marthe,     p.  233. 
DOLET  : 

Etienne  Dolet,  A  S.  Marthe,     p.  232.     Cf.  injra  p.  303. 
Du  PuY  : 

Charles  du  Puy,  a  Madamoiselle  Beringue,  l'Amye  de  Monsieur 
de  S.  Marthe,     p.  236. 
Grenet  : 

Le  Chevalier  Grenet,  sur  la  Poésie  de  S.  Marthe,     p.  237. 
Cf.  supra  p.  127. 
Montausier  (Léon  de  vSaint  Maur,  duc  de)  : 

Léon  de  Saincte  More,  dit  de  Monthozier,  Chevalier  de  l'ordre 
de  Sainct  Jean  de  Hierusaleni,  A  Cliarles  de  Saincte  Marthe, 
Salut,     p.  227.  (Prose.)     Cf.  infra  p.  312  et  seq. 
Marillac   : 

P.  D.  Marillac,  Aux  Dames,  de  la  Beringue  de  S.  Marthe, 
p.  233. 
Parnans.     Cf.  Claveyson. 
Saint-Maur.     Cf.  Montausier. 

ROBOAM  : 

Jean  Roboani,  au  Lecteur.     Du  Livre  de  S.  Marthe,     p.  235. 
ScÈVE  : 

Maurice  Sceve,  A  S.  Marthe,     p.  232. 
TOLET  : 

P.  Tolet,  Medicin,  aux  Poètes  Francoys,  du  Livre  de  S.  Marthe, 
p.  234. 
Villeneuve  : 

A.  de  Villeneufve,  à  la  Ville  de  Poictiers,  sur  le  département 
de  S.  Marthe,     p.  236.     Cf.  supra  p.  30  et  seq. 


MORCEAUX  CHOISIS  DE  LA  POESIE  FRANÇOISE 
A  Monsieur  Dolet. 

d'un    DETRACTEUR,    MESDISANT    DE    LUT. 

Si  ce  Baudet,  ton  scauoir  tant  peu  prise. 
Que  cà  &  là,  ton  nom  aille  mordent. 


APPENDICE  293 

Considéré  sa  trcsfollc  entreprise, 
Ce  n'est  pas  trop  merueilleux  accident. 
Son  meschant  Cueur  est  assés  euident, 
là  les  enfantz  en  uont  à  la  moustarde. 
Il  cognoistrà  plus  à  plain,  quoy  qu'il  tarde. 
Qu'il  a  gaigne  prcndi'e  le  frein  aux  dentz. 
Mais  à  ce  Sot,  ne  te  fault  prendre  garde, 
D'un  Sac  ne  sort,  que  ce  qui  est  dedans. 

—  F.  F.,  p.  33 
A  Marot. 

DU  FAULX  BRUICT  DE  SA  MORT. 

Il  fut  un  bruit,  o  Marot,  qu'estois  mort. 
Et  ce  faulx  bruit  un  menteur  asseurà. 
L'un  d'un  costé,  se  plaignoit  de  la  Mort, 
Faisant  regret  qui  longuement  dura. 
L'aultre,  par  uers  piteux  la  déplora, 
Gettant  souspirs  de  dur  gémissement. 
Moy,  de  grand  dueil  plorant  amèrement. 
Duquel  estoit  ma  triste  Ame  saisie. 
Las,  d^^s  ie,  mort  est  nostre  Amy  Clément  ? 
Morte  donq'  est  Françoise  Poësie. 

—  F.  F.,  p.  59. 

A  Jacques  Dalechamp. 

DIEU  ne  fault  point  à  ses  Amis, 
Car  en  sa  promesse  il  est  stable. 
L'homme,  inconstant  &  uariable, 
Est  de  sa  Foy  soubdain  demis. 
Quoy  qu'on  se  soit  contre  nous  mis, 
On  n'a  rien  fait  qui  soit  uallable, 

Dieu  ne  fault  point. 
Avons  nous  plusieurs  Ennemys 
Usants  d'un  art  cault  &  damnable  ? 
L'amy  se  monstr'il  trop  muable  ? 
Pource  n'ayons  le  Cueur  remis. 

Dieu  ne  fault  point. 

—  F.  F.,  p.  106. 

A  Madame  la  Duchesse  d'Estampes. 

Juno,  Venus,  &  Pallas,  trois  ensemble, 
Ont  heu  débat  merueilleux  à  nous  ueoir. 
S'a  dit  Juno,  mienne  est  comme  me  semble. 


294  APPENDICE 

Pour  son  grand  los,  sa  noblesse,  &  auoir, 
Mais,  fist  Venus,  pour  moy  la  ueulx  avoir, 
Car  en  beaulté  au  Monde  n'a  seconde. 
Quoy,  dist  Pallas,  sa  tresnoble  facunde, 
Son  bel  Esprit,  ses  Grâces,  la  font  mienne. 
Laquelle  aura  des  trois  la  Pomme  ronde, 
Pour  uous  tenir  justement  comme  sienne 


—  P.  F.,  p.  37. 

A  René  le  Feure. 
Que  sur  toutes  restes,  l'homme  est  a  craindre. 

On  craint  le  Loup,  par  Faim  sortant  du  bois. 
On  craint  un  Ours,  &  un  Lyon  bruyant, 
On  craint  Sangler  escliauffé  des  abbois. 
Près  poursuiuy  des  Veneurs  se  ueoyant, 
On  craint  à  ueoir  un  Tigre  fouldroyant, 
Vn  chascun  craint  toutes  Feras,  en  somme. 
Mais  moy,  ie  crains  sur  toutes  bestes  l'Homme. 

—  P.  F.,  p.  12. 

A  Gabriel  de  Ponthoise. 

Demorgogon  monte  sur  sa  charrue. 
Qui  fait  aller  le  Monde  de  trauers. 
Iris  après,  se  présente  en  la  rue. 
Laquelle  fait  des  jugements  diuers  : 
Et  puis,  suriuent  cest  Ange  tant  pereurs, 
Qui  crie  hommage  à  la  teste  cresteé  ; 
Les  J3igarrés,  regardants  de  trauers, 
Ont  Astrea  au  chemin  arresteé. 

—  P.  F.,  p.  15. 

A  Jean  de  saincte  Marthe  son  cousin,  Que  nous  debuons  louer 
Dieu  de  tout. 

Dieu  soit  loué  de  tout  ce  qu'il  envoyé. 
Soit  bien  ou  mal,  maladie  ou  santé. 
Si  nous  prenons  en  gré  prospérité, 
L'aduersité  fault  aussi  prendre  en  ioye. 

Estant  en  heur  i'ay  d'Aniys  grand  montioye. 
Mais  en  malheur  chascun  s'est  absenté. 
Loué  soit  Dieu. 

Besoing  nous  est,  qu'aulcune  foy  Ion  ueoye 
Si  les  Amys  ayment  par  fermeté, 


APPENDICE  295 

Cela  nous  monstre  asscs  nécessité, 
Qu'on  uoise  droict,  ou  bien  la  torte  uoye, 
Dieu  soit  loué. 

—  P.  F.,  p.  85  et  seq. 

A  DrUSAC,  DETRACTEUR  DU  SEXE  FEMININ. 

C'est  à  bon  droit  (ainsi  comme  tu  dis) 
Que  sans  propos  de  la  Femme  mesdis, 
Est  ce  a  bon  droit  ?  uillain  tu  as  menty, 
Le  droit  s'est  il  à  cela  consenty 
Que  soit  raison  d'user  de  tel  mesdicts  ? 

On  peut  iuger  de  tes  faicts  par  tes  dicts, 
En  t'appellant  (par  tes  escripts  mauldicts) 
Un  détracteur  de  raison  diuerty, 
C'est  à  bon  droit. 

Estimes  tu  tes  furieux  edicts 
Estre  a  ton  uueil  observés  ?   &  tandis 
Que  gents  de  bien  maintiennent  ton  party  ? 
Mais  n'est  tu  pas  de  long  temps  aduerty, 
Q'ont  mis  au  feu  tes  escripts  estourdys  ? 
C'est  à  bon  droit. 

—  P.  F.,  p.  94. 

Aux  Détracteurs  du  sexe  féminin. 

Est  ce  bien  fait,  malignes  Gents 
D'ainsy  mesdire  de  la  Femme  ? 
Dieu  deffend  de  mal  parler  d'anie. 
Vous  luy  estes  contredisants. 

Vous  faites  actes  non  duisants, 
Et  mettez  sur  elle  le  blasme. 

Est  ce  bien  fait  ? 
Vous  taschez  par  motets  plaisants. 
D'attirer  à  nous  quelque  Dame, 
Et  puis  par  vostre  lourde  game 
En  derrière  estes   médisants, 

Est  ce  bien  fait  ? 

—  P.  F.,  p.  82. 


296  APPENDICE 


Aux  MaISTRES   &  COMPAIGNONS  DE  l'ImPRIMERIE  DE  LyON,  ESTANTS 
ENSEMBLE  DIFFERENTS. 

En  bon  accord  il  se  fault  maintenir, 
Pour  un  Chrestien  justement  se  tenir, 

Maistres,  &  nous  compaignons  Imprimeurs. 
Vous  ne  uoyez  les  latentes  malheurs. 
Qui  uous  pourront  de  tels  débats  uenir. 

Vous  ne  pouuez  l'un  l'aultre  entretenir, 
Ains  aymez  mieulx  querelles  soubstenir. 
Que  uiure,  pour  vos  proffits  &  honneurs, 
En  bon  accord. 

Maistres,  saichez  Compaignons  retenir, 
Vous  Compaignons,  leur  debuez  subuenir. 
Et  cy  après  cessent  tous  ces  clameurs. 
Chassez  de  uous  des  noises  les  fauteurs, 
A  celle  fin  que  puissez  reuenir 
En  bon  accord. 

Vous  ferez  tant,  que  DIEU,  pour  uous  punir. 
Ce  tant  noble  Art  permettra  deuenir 
Plus  uil,  que  n'est  celuy  des  Chiquaneurs, 
Esueillez  donc  tous  ensemble  uos  Cueurs, 
Et  qu'on  vous  veoye  unis  à  l'aduenir. 
En  bon  accord. 

—  P.  F.,  p.  104. 


A  UN,  QUI  LE  DEHORTOIT  DE  METTRE  SES  OeUURES  EN    LUMIERE. 

Chascun  Marot,  escripuant,  ne  peut  estre, 
Pour  attirer  le  Lecteur  par  doulx  Stile. 
Un  chascun  n'est  comme  Sceue  bien  dextre. 
Pour  fulminer  d'inuention  subtile, 
Chascun  n'a  pas  son  esprit  tant  fertile 
Que  Sainct  Gelays,  il  ne  sensuit  pourtant, 
Que  celuy  là  qui  n'en  peur  faire  aultant. 
En  ses  escriptz  soit  du  tout  inutile. 

—  P.  F.,  p.  52. 


appendice  297 

Sur  la   Fontaine   de   Vaucluse  près   laquelle    iadls   habita 

PeTR  ARCHE. 

Quiconques  ueoit  de  la  Sorgue  profonde 
L'étrange  lien  &  plus  estrange  source, 
La  dit  soubdain  grand  merveille  du  Monde, 
Tant  pour  ses  eaulx,  que  pour  sa  roidde  eource. 
le  tiens  le  lien  fort  admirable,  pource 
Qu'on  ueoit  tant  eaulx  d'un  seul  pertuis  sortii-, 
Et  en  longz  braz  diuers  se  départir. 
Mais  encor  plus,  du  gouffre,  qui  bruit  là, 
Qu'onques  ne  peut  estaindre   &  amortir 
Le  feu  d'Amours,  qui  Petrarche  brusla. 

—  P.  F.,  p.  2L 

POURQUOY   LON    PAINCT   CUPIDO    EN    EnFANCE. 

Pourquoy  painct  Ion  Cupido  Dieu  d'Amour 
Estant  tousiours  en  tresplaisante  enfance  i 
Est  ce  qu'il  fait  en  ieunes  Corpz  séjour 
Ou  bien  que  lors  il  est  en  sa  puissance  ? 
Il  s'ensuyeroit  qu'Amour  a  deffaillance 
Cessant  le  temps  de  déduit  &  liesse. 
C'est  donc  qu'il  prend  sa  racine  en  ieunesse, 
Et  que  plus  est  auec  uigœur  yssant, 
Tant  plus  il  dure,  &  moins  tumbe  en  uieillesse. 
Par  Eage  &  temps  iamais  ne  finissant. 

—  P.  F.,  p.  7L 

COMPLAINCTE    EN    LA   PERSONNE   d'uN    AjVIANT   ABUSÉ. 

En  trop  ay niant  i'ay  trop  esté  deceu. 

Et  ce  trop  est,  pour  trop  grande  siniplesse. 

Jamais  je  n'eusse  en  mon  Esprit  conceu, 

Qu'elle  eust  esté  tant  pleine  de  finesse. 

Je  cuiddois  bien  m'y  conduire  en  sagesse, 

Mais  usé  m'a  d'une  latente  ruse. 

Si  Saige  n'est  que  la  Femme  n'abuse. 

—  P.  F.,  p.  51. 

A  Mademoiselle  Beringue. 
Au  clair  Midy,  je  chemine  en  ténèbres, 
C'est  ton  regard  qui  m'obscurcist  ainsy. 
Tes  doulx  Sermons  me  sont  Arrestz  funèbres. 
Je  suis  auprès  de  ton  umbre  transsy. 


298  APPENDICE 

Je  n'ay  pouuoir  de  te  crier  mercy, 
Perdant  le  sens,  la  ueue  &  le  langaige. 
Contrainct  ie  suis  de  iuger  par  cecy 
Qu'as  près  de  toy  quelque  diuin  umbrage. 

—  P.  F.,  p.  22  et  seq. 

Du  Siège  d'Amour  &  que  ne  peut  estre  séparé  du  Cueur. 

L'Amour  entier  gist  dedans  non  dehors, 

Il  gist  dedans,  doncques  est  inuisible. 

Au  Cueur  il  est,  enclos  dedans  le  Corps, 

De  l'en  oster  est  un  cas  impossible. 

Le  Corps  qui  est  d'une  douleur  passible, 

A  dueil  estant  de  l'Amy  séparé  ; 

Mais  le  Cueur  ou  l'Amour  est  emparé, 

Quoy  que  du  Corps  souuent  se  face  absence, 

Nen  donne  rien  ;  car  il  est  préparé 

D'aymer  derrière,  aultant  comme  en  présence. 

—  P.  F.,  p.  51. 

Elégie. 

DU  Tempe  de  France,  en  l'honneur  de  Madame  la  Duchesse 

d'Estampes. 

ladis  il  fut  un  lieu  en  Thessalie, 
Place  estimée  a  merueilles  iolye, 
Cinq  mille  pas  ayant  en  sa  longueur, 
Six  mille  aussi  en  patente  largeur. 
Champ  délectant  par  plaisante  verdure, 
Champ  produisant  toute  bonne  pasture, 
Champ,  le  uray  lieu  de  toute  aménité. 

Là,   y  auoit  grande  diuersité 
De  toutes  flœurs  &  uerdoyants  bocaiges, 
Ou  Ion  ouoit  les  beaulx  &  doulx  ramaiges 
Des  oisillonts,  chantants  souefuement. 

Là,  florissoyent  touts  Arbres  noblement, 
Si  tresespests,  qu'ilz  sembloyent  forests  fortes. 
Et  produysoyent  des  fruicts  de  toutes  sortes, 
Amoenité  leur  umbraige  rendoit. 
Et  de  Phœbus  tresestuant  gardoit, 
Gardoit  de  Vent,  de  Pluye  et  de  Tempeste. 

Là,  n'y  hantoit  aulcune  fere  Beste, 
Qui  iour  ou  nuict,  peust    celuy  dommaiger 
Lequel  y  fust  allé  se  souUaiger. 

Il  y   avoit   deuers  la   main  senestie 


APPENDICE  299 

Des  petits  Monts  :   &  aullant  à  la  dextro, 
Qui  au  beau  lieu  de  defïense  seruoyent 
Par  leur  circuit,  duquel  l'eniruonnoj'eut. 
Fortifié  ainsi  fut,  par  la  cure, 
Et  le  grand  soing  qu'y  auoir  mis  Nature. 

Par  le  millieu,  pour  la  perfection 
De  tout  soubhait  &  délectation, 
Qui  si  trcsbicn  y  estoit  ordonnée  : 
Alloit  dormant  le  Cristallin  Penée, 
De  tous  costés  de  beaulx  Arbres  uestu, 
Lesquels  estoyeut  tousiours  en  leur  Vertu. 
Et  ce  lieu  là,  garny  de  toute  aisance, 
Et  lieu  remply  d'incredible  plaisance. 
Lieu  soubs  un  Air  si  tresbien  attrempé, 
Les  Anciens  ont  appelle  Tempe. 

Plusieurs  Auteurs,  gents  dignes  de  mémoire, 
La  descriuant,  ont  uoulu  faire  croire 
Qu'oncques  ne  fut  dessoubs  le  firmament. 
Lieu  a  celuy  semblable  aulcunement  : 
Et  ont  dit  plus,  tant  que  seroit  durable 
Ce  monde  cy,  qu'il  n'auroit  son  semblable. 

Mais  ilz  n'auoj^ent  assés  bien  calculé. 
Leur  Tempe  est  maintenant  recuUé, 
Leur  uieil  Tempe  au  nouueau  Tempe  cedde, 
Tempe,  qui  cil  de  Thessalie  excedde, 
Tempe,  qui  est  remply  de  tout  plaisir, 
Que  soubhaitter  pourroit  l'humain  désir. 

Ce  beau  Tempe,  c'est  le  Tempe  de  France, 
Avec  plaisir,  lieu  de  toute  asseurance. 
Auquel  habitte  un  Cueur  si  tresloyal, 
Qu'il  est  trouué  digne  du  Lys  Roj^al. 

Du  uieil  Tempe,  toute  la  grand'  tenue. 
En  certains  pas  fut  iadis  contenue  : 
Et  le  plaisir  que  là  on  pretendoit, 
Tant  seulement  par  termes  s'estandoit. 

Nostre  Tempe,  (chose  miraculeuse) 
Quoy  que  ne  soit  place  tant  spacieuse, 
Il  comprend  plus  toutefoy  que  celuy, 
Que  Ion  disoit  n'auoir  pareil  a  luy, 

Le  uieil  Tempe  estoit  plain  de  flourettes, 
Que  produisoyent  uerdoyantes  herbettes 
En  grand  odeur,  plain  d'Arbres  florissants, 
Et  d'iceulx,  fruicts  de  toute  sorte  vssants. 


300  APPENDICE 

Ce  nonobstant,  quoy  que  soit  chose  heurée, 
Elle  n'est  point  d'immortelle  durée, 
L'herbe  flatrit,  &  deseiche  la  floeur, 
Et  par  le  temps  se  perd  souefue  odeur. 
Les  Arbres  uerds  perdent  leurs  uerdes  fouilles, 
Perdent  leurs  fruicts,  avecques  leurs  despouilles, 
Et  n'ont  plaisir,  que  pour  un  certain  temps. 
Mais  le  Tempe,  duquel  parler  i'entends, 
N'a  point  ainsi  plaisance  définie, 
Immortelle  est  la  sienne,   &  infinie. 

En  ce  Tempe  Rhamnasie  est  entrée. 
Que  de  l'habit  de  Faueur  acoustrée 
S'assied  auprès  d'une  noble  Déesse. 
Qui  d'yceluy  est  la  possesseresse, 
La  fauorit,  &  la  met  en  honneur, 
Cognoissant  bien,  que  mérite  tel  heur. 

Venus  y  est,  laquelle  y  fait  merueille, 
Car  luy  donnant  la  beaulté  nonpareille, 
Nous  esblouist  à  la  ueoir,  comme  l'œil 
Est  esblouy  regardant  le  Soleil. 
Son  Cupidon  n'est  la  dedans  uolage, 
Ains  en  changeant  de  sa  première  imaige, 
Il  tient  un  traict,  lequel  tousiours  il  trempe 
Dedans  un  Baing,  que  Chasteté  attrempe, 
En  le  trempant,  immobile  il  le  tient. 
Par  un  arrest  de  Foy,  qui  le  soubstient. 
Et  là  se  fait,  par  telle  soubstenue, 
Affection  d'immortelle  tenue. 
D'où  un  Amour  croist  immortel  aussi, 
0  pléust  a  DIEU  qu'il  fust  tousjours  ainsi. 

Juno  y  est,  avecques  sa  Noblesse. 
Laquelle  espand  de  tous  costés  richesse, 
En  un  estât  de  si  bel  appareil. 
Qu'en  tout  le  Monde  en  Règne  n'a  pareil. 

D'aultre  part  est  la  prudente  Minerue, 
Qui  s'y  soullage  auecques  sa  caterue. 
Noble  Pallas,  datrice  de  tout  bien, 
Et  pour  uenir  aux  honneurs,  le  moj^en. 

Là  sont  aussi  les  troys  belles  Charités, 
La  recompense  à  tous  loyaulx  mérites, 
Faisant  plaisir  (pourueu  qu'il  soit  cogneu) 
Estre  des  Bons,  tost  ou  tard,  recogneu. 

Là  est  Diane,  auecques  les  Driades, 


APPENDICE  30 1 

Là  est  Terpé,  &  les  Nymphes  Naïades. 

Là  Apollon,  le  puissant  Dieu  &  Roy, 

Est  président,  en  triumphant  arroy  : 

Accompaigné  des  plaisantes  neuf  sœurs. 

Qui  chantent  chants,  pleins  de  toutes  doulceurs. 

C'est  un  grand  heur,  ueoir  telle  compaignie, 

Se  consoner  en  si  doulce  armonie. 

Le  temps  passé,  plusieurs  gentils  esprits 
Ont  pris  plaisir,  par  leurs  doctes  escripts. 
Commémorer  le   los  tresmagnifique. 
Et  le  grand  bruict,  du  Tempe  Thessalicque  : 
Tout  ainsi  font  les  Muses,  en  ce  heu, 
Assises  près  d'Apollon,  leur  grand  Dieu. 

CaUiopé,  la  tant  bien  résonante, 
A,  à  sa  uoix  une  uoix  consonante  : 
C'est  son  MAROT,  le  Poète  scauant. 
Lequel  premier,  met  la  plume  en  avant, 
Plume,  de  mots  &  sentences  fertille, 
Plume,  à  trouuer,  &  à  coucher  subtile. 

Clio  après,  a  son  docte  Colin, 
Colin  sonnant  Grec,  Francoys  &  Latin, 
Et  pénétrant  de  l'erudite  sonde, 
La  crœuse  Mair  de  science  profonde. 

Puis,  Erato  un  SAINT  GELAYS  mahitient, 
Qui  la  patrie  auec  les  aultres  tient. 
Chantant  des  sons  de  sa  sonante  L^Te. 
Plaisants  à  tous,  &  utiles  à  hre. 

Auprès  duquel,  un  SCEVE  s'est  assis, 
Petit  de  corps,  d'un  grand  esprit  rassis. 
Qui  l'escoutant,  mal  gré  qu'il  en  ayt,  lie 
Aux  grau  es  sons  de  sa  doulce  Thalie. 

Avecques   eulx,    y  a   Melpoméné 
La  MAISON  NEVFVE  (esprit  gentil)  mené, 
Qui  tellement  de  sa  harpe  resonne, 
Que  n'est  aulcun  lequel  ne  s'en  estonne. 

Terpsicoré,  à  près  de  soy  BRODExW, 
Lequel  tousiours  inuente  chant  nouueau. 
Et  de  son  chant,  il  fait  si  grand  merueille 
Qu'il  n'j^  a  Cueur  que  soubdain  ne  reueille. 
Là,  Euterpé  ne  s'est  mise  en  oubty, 
Ains  le  troupeau  a  tresbien  ennobly. 
Par  un  BOUCHET,  qui  tant  de  beaulx  dicts  couche. 
Tous  proceddants  de  sa  dorée  bouche. 


302  APPENDICE 

Et  là  au  près,  HEROET  le  subtil, 
Auecques  luy,  FONTAINES  le  gentil, 
Deux,  en  leur  sons  une  personne  unie. 
Chantants  auprès  de  l'haulte  Polymnie. 

Là,  Vranie  a  son  SALEL  conduit, 
Qui  tous  les  iours  ses  factures  produit. 
Par  iuste  droict  accomodé  a  elle. 
Vranie,  est  entre  les  Muses,  celle 
Qu'on  dit  Céleste  &  de  diuinité  ; 
SALEL,  escrit  de  telle  dignité, 
Et  ses  escripts  si  saigement  compassé, 
Qu'il  nest  aulcun  qui  en  ce,  l 'oui trépasse. 
Oultre  ceulx  cy,  d'aultres  y  sont  uenus, 
Desquels  les  Noms  encor  ne  sont  cognus  : 
Qui  quelque  iour  se  feront  apparoistre 
Si  haultement,  qu'on  les  pourra  cognoistre. 

Droit  au  millieu,  a  un  Parc  de  plaisir. 
Lequel,  Honneur,  pour  soy  uoulut  saisir. 
Tout  a  l'entour,  les  Vertus  y  consistent. 
Qui  uaillam'ment  a  tous  uices  résistent. 
Force  y  est  ioincte  à  Magnanimité, 
Tenant  soubs  soy  Pusillanimité. 
Prudence  y  est,  qui  au  hault  degré  monte, 
Et  par  Conseil,  Témérité  surmonte  : 
Auecques  soy  ayant,  pour  son  pouuoir, 
Doulceur  modeste,  &  attrempe  scauoir. 

Là  tient  ses  rencs,  celle  qu'on  dit  Justice, 
Qui  des  bienfaicts  donne  claire  notice  : 
Qui  donne  aux  bons  rémunération. 
Et  aux  mauluais  deue  punition  : 
Qui  ne  permet  a  aultruy  faire  iniure. 
Bref,  qui  fait  tout  par  égale  mesure. 

Là,  au  dedans  de  ce  parc,  près  d'Honneur, 
Qui  est  du  bien  aux  mérites  donneur. 
Est  noblement  une  grand'  Dame  assise. 
Belle,  Prudente,  honorable,  &  rassise  : 
Ayant  regard  à  merueilles  humain. 
Couronnée  est,  &  tient  sceptre  en  sa  main. 
Et  ce  Tempe  régente  sans  nul  blasme, 
Duquel  elle  est  la  souueraine  Dame. 

0  beau  Tempe,  lieu  de  félicité, 
Comment  sera  ton  plaisir  recité  ? 
Qui  pourra  dire,  ou  paindre  en  une  table. 


APPENDICE  303 

Tout  haulLain  Bien,  au  mortel  inscrutable  ? 
Or  uenez  tous  maintenant,  nous  Auteurs, 
Du  uieil  ïempé  iadis  collodatcin-s, 
Des  deux  Tempes  si  faictes  eouference, 
Lequel  sera  qui  aura  préférence  ? 
Or  sus,  iugez,  iugez  en  uostre  endroit, 
8i  uous  fondez  le  ingénient  en  droict, 
Nostre  Tempe  n'est  il  plus  autentique, 
Cent  mille  foibs,  que  le  Tempe  antique  ? 

En  ay  ie  escript  ?  pourtant  ce  n'est  rien  fait, 
Car  fusses  ie,  moy  seul,  aultant  perfaict. 
Ou  qu'ont  esté  tant  d'aultres,  si  tressaiges, 
Si  éloquents,  si  facunds,  en  leurs  Aiges  : 
Ou  bien  que  sont  ceulx  la  de  maintenant. 
Qui  ont  scauoir  &  Esprit,  conuenant 
Pour  bien  trouuer,  bien  parler,  &  bien  dire, 
le  ne  pourrois  dignement  le  descrire. 
En  y  penseant,  ne  scay  lequel  des  deux 
le  doibs  iuger  estre  le  plus  heureux. 
Ou  le  Tempe,  d'une  telle  Régente, 
Ou  celle  la,  qui  ce  Tempe  régente. 

—  P.  F.,  pp.  197  et  seq. 
Etienne  Dolet, 

A  S.  Marthe. 
le  scay  tresbien  que  Nature  la  sage, 
Quant  aux  Auteurs  Grecs,  Hebrieux,  &  Romains, 
A  faict  plusieurs  excellents  chefs  d'ouuraige  : 
Comme  est  Vergile,  Homère,  &  aultres  niaincts  : 
Mais  celle  mesme  a  mis  entre  tes  mains 
Ung  style  tel,  touchant  nostre  parler, 
(Parler  Francoys,  plaisant  à  touts  humains) 
Que  iusqu'au  Ciel  on  ueoit  ton  loz  aller. 

—  Livre  de  ses  Amys.     P.  F.,  p.  232. 

POÈMES  SÉPARÉS  EN  FRANÇAIS  ET  EN  LATIN. 

PLUSIEURS  DIZAINS  A  CE  PROPOS  DE  SAINTE-MARTHE  i 

De  Folle  Amour. 
Pour  folle  amour,  les  suppostz  de  Venus 
Ont  des  dangiers,  à  milliers  &  à  cents, 

1.  Cf.  pp.  112,  note  2,  ot  355. 


304  APPENDICE 

Les  vns  en  sont  malheureux  deuenuz, 
Autres  en  ont  du  tout  perdu  les  sens. 
Plusieurs  autheurs  en  termes  concedens 
De  ce  ont  d'escript  exemples  d'importance. 
Gardons  nous  donc  de  sa  folle  accointance, 
Si  ne  voulons  endurer  grands  alarmes. 
Car  à  la  fin  soubz  jeu  de  repentance, 
Voyez  amour  distiller  eau  de  larmes. 
—  Le  nouvel  amour,  inventé  'par  le  seigneur  Papillon,  fol.  179  r" 

Autre. 

Le  fruict  demeure,  est  dur,  mol,  sec  &  vert, 
Legier,  pesant,  doux,  amer,  froid  &  cliault, 
Secret,  commun,  affable,  descouuert. 
Triste,  ioyeux,  cler,  obscur,  bas,  &  hault. 
L'un  iour  présent,  lendemain  en  deffault, 
Plein  de  rigueur,  abreué  de  mercy 
Rude,  amyable,  en  estât  &  soucy, 
Sourse  d'aduerse  &  de  bonne  fortune. 
Maigre,  &  refaict,  gresle,  gros,  gay,  transi, 
Droict,  &  tortu,  constant  comme  la  Lune. 

—  Ibid.,  fol.  179  ro. 

Autre  Dizain  de  Cupido. 

Cupido  scait  entrer  (sic)  iusques  au  bout, 

Et  se  délecte  en  faict  de  iardinage 

Et  qui  plus  est,  son  ente  prend  son  tout 

Donc   &  produit  diuers  fruictz   &  sauuage. 

Tousiours  trauaille  &  poursuyt  son  hommage 

Sur  tous  vergées,  il  obtient  la  régence. 

Il  n'est  iamais  notté  de  neghgence, 

Ne  lascheté  au  moins  qu'on  le  cognoisse. 

Il  est  expert  &  plein  de  diligence, 

Mais  en  tout  arbre  ente  poirier  d'angoisse. 

—  Ibid.,  fol.  179  vo. 

Carolis  Martani  Phaleucium  ad  Ducherium. 

Virtus  me  tua,  Ducheri  diserte, 
Eruditio   summa,   uita   casta, 
Félix  ingenium,  tuumque  pectus 
Syncerum  impulit  ipse  ne  uererer 
Nunc  te  audenter  adiré,  colloquiq' 
.  Et  totum  tibi  me  dare.     Hoc  lie  factum 


APPENDICE  305 

Impudensq',  iiouunuj"  qiiis  piitabit  ? 

At  me,  si  bene  uertat  ista  contra 
Mihi  audacia,  plus  nimis  beatum  : 
Et  sim,  si  mihi  denegare  nolis 
In  tuis  numeris  locum,  beatus 
Quod  de  te  bene  spero,  postuloq', 
Pro  tui  ingenij  benignitate  : 
8i  non  sit  tibi,  Ducheri,  molestum. 
—  Gilberti  Ducherii...  Epigrammaton  libri  duo,  p.  160  et  seq. 

De  la  paix  faite  par  le  Roi  avec  les  Anglois. 

Le  Roi  Henri,  prince  vaillant  et  sage, 
Aiant  les  forts  de  Bouloigne  conquis, 
A  pour  jamais,  entre  les  preus,  acquis 
Titre  et  renom  d'heroique  courage. 

Depuis,  combien  qu'il  eust  son  équipage 
Prest  à  marcher  comme  en  guerre  est  requis, 
A  par  accord  le  surplus  reconquis, 
Aiant  du  droit  manifeste  avantage. 

Le  premier  acte  est  noble  et  glorieus  : 
Mais  le  second  n'est  moins  victorieux  : 
Car  moins  n'aura  la  victoire  gaignée, 
Qui  les  siens  sauve,  et  bonne  paix  acquiert  : 
Que  qui  par  force  ou  défend  ou  conquiert. 
Quand  en  son  sang  sa  victoire  est  baignée. 
Imprimé  avec  VOde  de  la  Paix,  par  Pierre  de  Ronsard,  cit.  P.  Lau- 

monier.   Chronologie  et  variantes  des  poésies  de  Pierre  de 

Ronsard,  loc.  cit.,  p.  436  et  seq. 


POÈMES    TIRÉS    DE    LA    VERSION     LATINE 
DE   L'ORAISON    FUNÈBRE    DE    LA   REINE  DE  NAVARRE 

Car.  Sanctomarthani,  I.  V.  Doct. 

DiALOGUS, 

Mânes  Regin.î;,  Viator. 

M.  Cur  fies  ?      F.  Margariden  mors  sustulit  atra.     M .  quid  iude  ? 
V.       Gallia  materiam  nonne  doloris  habet  ? 
Pupilli,  adflicti,  viduae,  senioque  grauati, 
Doctrina  exculti,  quique  fuere  viri, 

20 


306  APPENDICE 

Nobilis  &  inops,  illani  sensere  patronam  : 
Perfugio  orbata  est  nunc  ea  turba  suo. 
M.  lUam  regali  set  quis  de  stirpe  crearat  ? 

Illi  quis  dederat  regia  sceptra  'l      V .  Deus. 
M.  Viua  coruscauit  magnis  virtutibus  :  unde  id  ? 
V.       Immensi  credo  doua  fiiisse  Dei. 

M.  Quale  habuit  corpus  ■?      F.  mortale.     M.  &  quale  futurum  ? 
F.       Res  nihili  :  extremum  puluis  ad  usque  diem. 
M.  Spiritus  &  qualis  ?     F.  morti  haud  obnoxius  ille  est  : 

Nempe,  immortalis  quvim  sit  imago  Dei. 
M.  Ergo,   quee  est  hominis  potior  pars  ?  F.   spiritus.  M.  Et  qu» 
Virtutum  est  sedes  ?      F.  Spiritus  ille.     M.  Sat  est. 
Hsec  ita  quum  constent,  simul  ipse  fatebere,  corpus 
Instrumentum  hominis  :  non  tamen  esse  hominem. 
F.    Id    fateor.     M.   Eaber  instrumentum  perdidit,   artem 

Perditit  ?  atque  faber  desiit  esse  ?      V .  minus. 
M.  Vnde  igitur  posthac  extincto  corpore,  dices 

Extinctum  esse  hominem  ?    F.  sic  Epicurus  ait. 
M.  Insanit.      F.  verum  est.     M.  quare,  tu  comprime  fletum  : 
Quando  vides,  quod  non  mortua  Margaris  est. 
Nonne  creaturam  potuit  reuocare  Creator  ? 
Id,  cur,  qui  contra  non  potes  ire,  doles  ? 
Quod  mortale  fuit,  Mors  tollere  debuit  ipsa  : 
Aut  erat  seterno  Mors  caritura  bono. 
F.  Corpus  abest,  Cœlum  conscendit  spiritus.     M.  id  tu 
Margariden  vobis  eripuisse  putas  ? 
Scripta  volant,  benefacta  manent,   &  gloria  vivit  : 
Talia  qui  hinc  abiens  dona  relinquit,  abest  'l 
F.  Atqui  Margaridi  quaero  persolvere  iusta. 
M.       Margaridis  mores  ergo  imitere  pios. 

Nam,   non  defunctos,   qui  flet,   qui  luget,   honorât, 

Set  qui  virtutes  quas  coluere  colit. 
—  In  obitum...  Margaritœ...  Oratio  funebris,  etc.,  p.  142  et  seq. 

Aliud. 

Abstulit  hora  unam,  quam  non  perfecerat  hora. 
Maius  opus  fuerit,  si  dabit  hora  parem. 

—  Ibid.,  p.  144. 

Aliud. 

Quid  tu  Margaridem  défies,  quasi  mortua  nunc  sit  ? 
Ast  ne  tu  id  dicas  :  non  obiit,  abiit. 

—  Ibicl,  p.   144. 


APPENDICE  307 

AUUD. 

A  curis  quibus  hic  granamur  omnes, 
Margaris  modo  libéra  ta,  dormit, 
lam  non  somnia,  dormiens,  set  ipsum 
Spiritu  intiiitiir  beata  verum. 
Vera  gaudia,  gloriamque  veiam, 
Et  quœ  vera  Epicurus  abnegat,  nunc 
Vinclis  corporels  soluta,  cemlt. 

Hœc  te  scire  volo,  Viator,  ut  tu 
Slnas  Margariden  qulescere,  ac  iam 
Quo  négocia  te  vocant,  abito. 
—  In  obitum...  Margaritœ. . .  Oratio  junebris,  etc.,  p.  144  et  seq. 

Aliud  1. 

Margaridi  vocem  morbus  pra^cluserat  :  ullmn 

Xec  verbum  emisit,  très  morubunda  dies. 
Proxima  sed  morti,  ter  conclamauit  lesus  : 

Deinde  Animam  summo  reddidit  ipsa  loui 
Très  Charités  flerunt  :  ter  très  fleuêre  Sorores  : 

Ingemuit  mundi  pars,  doluitque  triplex, 
Xempe  ostendebat  (quo  non  perfectior  ullus 

Est  numerus)  perfectam  occubuisse  Trias. 

—  Ibid.,  p.  145. 


POÈMES    TIRÉS  DE  LA  VERSION  FRANÇAISE 
DE   LORAISON   FUNÈBRE    DE   LA    REINE   DE   NAVARRE 

A  Treshaultes,  et  Treslllustres  Princesses  Mesdames  Mar- 
guerite DE  France,  Sœur  Unique  Du  Roy  :  Et  Jehanne 
Princesse  De  Navarre,  Duchesse  de  Vendosmois. 

S'il  est  ainsi,  qu'à  celui,  qui  apporte 
Triste  nouuelle,  on  doibt  fermer  la  porte, 
Et  que  celui,  qui  un  ennui  passé 
Veult  rafraîchir,  mérite  estre  chassé 
Autant  et  plus  que  qui  premier  l'adnunce  : 
Contre  mon  faict  sentence  je  pronunce, 
Et  me  confesse  indigne,  ou  d'estre  veu, 


1.  Réimprimé,  Tombeau  de  Marguerite,  p.  170.  F.  Génin  a  traduit  ce  poème 
le  citant  des  Elogia  de  Scévole  de  Sainte-Marthe.  Lettres  de  Marguerite...  de 
Navarre,  p.   14(i. 


308  APPENDICE 

Ou  que  de  vous  mon  triste  escript  soit  leu, 
0  rare  pair  de  perfaictes  princesses. 

Car  celui  suis,  qui  l'une  des  tristesses, 
Qui  oncques  plus  ennuierent  vos  coeurs, 
Par  mes  escripts,  messagiers  de  douleurs. 
Par  mes  escripts,  paincts  de  couleurs  funèbres, 
Par  mes  escripts,  composés  aux  ténèbres. 
D'ennui  mortel,  vous  vien  renouueller. 
Mais  vous  supply,  que  vous  oies  parler 
Au  lieu  de  moy,  Debuoir,  qui  m'a  fait  faire 
Ce  que  mon  cœur  n'a  né  peu,  né  deu,  taire. 
Car  j'estois  tant  à  la  Dame  tenu. 
Par  qui  nous  est  ce  grand  deuil  aduenu  : 
Que  des  ingrats  serois  l'ingratissime. 
Si  je  faisoys  un  si  petit  estime 
De  ses  bienfaicts  :  que  de  mettre  en  oubli 
Ce  cœur  royal  qui  m'auoit  ennobli 
De  sa  faueur  :  en  tenant  un  grand  compte 
De  mes  escripts,  que  moimesmes,  sans  honte, 
Ne  pouuois  lire,  et  louant  mon  esprit. 
Autant  rustic,  qu'est  lourdant  mon  escript. 

O  moy  heureus  (si  heureus  en  ce  monde 
L'homme  peut  estre)  aiant,  de  la  facunde. 
De  l'elegante  &  docte,  entre  tous  ceuls, 
Qui  ont  laissé  quelque  mémoire  d'euls. 
Heu  jugement  à  mon  grant  auantaige, 
Qui  m'a  rendu  maintefois  le  courage. 

Et  maintenant  n'ay  je  bonne  raison 
De  tesmoigner  par  funèbre  oraison, 
Que  la  seruir  morte,  n'ay  moindre  enuie 
Que  quand  estoit  auecques  nous  en  vie  ? 

L'on  me  dira  que  j'ay  trop  entrepris  : 
Mais  j'aime  mieux  estre  en  cela  repris, 
Qu'auoir  failli  faire  à  tous  apparoistre 
Qu'ingratitude  en  mon  cœur  ne  peut  croistre, 
Car  plus  louable  est  qui  trop  entreprend. 
En  noble  faict,  que  vertu  ne  reprend, 
Que  celuy  là,  qui  de  paour  de  mesprendre. 
Acte  d'honneur  n'ausa  onc  entreprendre. 

Mais  ainsi  soit,  que  me  puisse  excuser, 
D'auoir  ausé,  ce  qu'on  peut  accuser  ; 
Encore  faut  il  que  face  mon  excuse, 
Enuers  vous  deus  :  car  mon  Acte  m'accuse. 


APPENDICE  :iOi) 

Je  vous  présente,  et  quoy  ?  oeuure  immortel  i 
Ouy  vraiment  :  car  le  subject  est  tel. 
Et  si  la  plume  est  autant  immortelle 
Que  son  subject,  onques  n'en  fut  de  telle. 

Est-ce  une  histoire  ?  o  que  point  on  ne  veist 
Chose  moins  \Taye  !       Et  que  l'on  poursuiuist 
P^n  suiuant  la  vérité  d'histoire, 
Connne  la  mienne  à  la  France  est  notoire. 

Je  vous  fay  donc,  mes  dames,  un  présent 
Qui  vous  sera  joieus  &  desplaisant, 
Joieus,  pour  estre  issues  de  la  hgne 
De  celle  la,  qui  se  trouue  tant  digne 
De  tout  honneur,  que  pour  bien  la  chanter 
Il  nous  fauldroit  son  esprit  emprunter. 
Mais  quand  ce  vient,  que  ses  vertus  narrés. 
D'un  triste  deuil  se  trouuent  réparées. 
Je  dy,  que  tous  ceste  mort  despittons 
Qui  a  raui  celle  que  nous  regrettons  : 
Lors  mon  présent  tant  de  tristesse  amasse 
Que  le  grand  dueil  tout  mon  plaisir  surpasse. 

Car  vous,  Madame,  à  qui  un  remords  vient. 
Quand  du  grand  tort  de  la  Mort  vous  souuient, 
Ne  pouués  estre  en  vostre  cœur  contente, 
De  n'hauoir  plus  en  ce  monde  de  tante. 
Et  cest  amour  que  d'elle  vous  senties. 
Qu'à  elle  aussi  réciproque  portiés, 
Xe  peut  souffrir  que,  cent  fois  la  journée. 
Vous  ne  soyés  à  y  penser  donnée. 
Et  quand  oyés  Marguerite  appeller. 
Vous  oyés  bien  vostre  nom  parler  : 
Mais  ce  nom  la  transit  vostre  triste  ame, 
Du  souuenir  de  la  tant  bonne  dame 
Et  lorsque  ainsi  en  esprit  la  veoiés, 
Difficile  est  que  vous  ne  larmoies. 

Et  vous,  Madame,  à  qui  la  mort  cruelle, 
Feist  adnuncer  la  funèbre  nouuelle, 
Que  vostre  mère  ainsi  perdue  auiés. 
En  qui  support  de  Mère  vous  trouuiés  : 
Si  nous  disons  qu'elle  soit  départie 
D'auecques  vous,  sans  mortelle  angustie. 
Nous  dirons  donc,  que  c'est  soulagement, 
D'auoir  perdu  tout  son  contentement. 
Or  fault  il  bien,  que  ce  soit  dur  et  tetrique 


310  APPENDICE 

Voire  et  nourri  de  la  Lionne  lybique 
Qui  en  perdant  celle  qui  l'a  porté, 
Ne  soit  au  cœur  triste  et  desconforté, 
Et  niesmement,  si  (comme  vous  Madame) 
Venoit  a  perdre  une  déesse  femme. 
Femme,   laquelle  au  monde  conuerseoit, 
Mais  qui,  d'esprit,  femme  n'apparaissoit, 

O  doncques  vous,  mes  dames  :  vous,  niepce, 
Et  vous,  sa  fille,  ou  prendrés  vous  liesse 
En  l'oraison,  dont  les  tristes  propos 
Font  souuenir  du  grand  tort  qu'Atropos 
A  fait  à  vous  &  à  toute  la  France  ? 

Cela  pouoiut  m'oster  toute  espérance 
De  receuoir  quelque  gré  de  vous  deus  : 
Sans  que  Vertu  (qui  du  thrésor  des  cieuls 
Est  dans  vos  cœurs  abondamment  infuse) 
M'eust  enhardi  vouz  enuoyer  ma  muse, 
Me  promettant,  que  ne  seray  deceu 
De  mon  attente,  &  que  sera  receu 
Le  mirouer  des  Roynes  sans  reprouche 
De  celles  deus,  a  qui  plus  près  il  touche. 

A  qui,  le  los  à  la  Tante  donné. 
Qu'à  la  Niepce,  est  de  droit  ordonné  ? 
A  qui  l'honneur,  qui  en  la  Mère  abonde. 
Plus  justement  qu'à  la  fille  redonde  ? 
Ce  mirouer  à  la  Tante  est  donc, 
Qui  suit  sa  Tante,  et  n'en  foruoya  onc. 
Et  à  la  fille  à  bon  droict  se  dédie, 
Qui  aux  vertuz  de  sa  mère  estudie. 
Prenant  exemple  à  l'exemple  perf  aict 
Que  Dieu  auoit  pour  exemplaire  fait. 

Mirés  vous  donc  (Niepce  vertueuse) 
Au  mirouer  de  vostre  Tante  heureuse. 
Et  vous  (sa  fille)  en  qui  nous  attendons 
Le  fruict  sortir  des  floeurs  qu'y  regardons, 
Mirés  vous  y  :  et  donnés  à  entendre, 
Que  n'aués  fait  la  France  en  vain  attendre. 

Quand  toutes  deus  icy  vouz  mirerez, 
Vostre  pourtraict  au  vif  trouvères  : 
Car  y  verres  Vertu  estre  louée. 
Dont  de  vous  deus  chascune  est  bien  douée. 
Et  y  lires  (vous  niepce)  qu'ainsi 
Que  de  maison,  de  nom,  d'armes,  icy  . 


APPENDICE  311 

Pour  vosiio  Tante  aués  esté  laisee, 
Du  tout  aussi  deués  la  trespassée 
Représenter.     Vous  (fille)  qui  deués 
Du  tout  respoiuli-e  au  nom  que  vous  haues, 
Pour  t'aiic  en  vous  vostre  Mère  renaistre. 

Chascun  dit  l)ien  qu'aultrement  ne  peut  estre, 
Aussi  vray  est,  ce  que  le  commun  bruit, 
Que  l'arbre  bon  nous  apporte  bon  fruit. 
De  Paris,  le  XVII  d'Apuril  1550 
Par 
Vostre   très   humble    &    très    obéissant    seruiteur 
Charles  de  Saincte-Marthe. 

—  Or.  fun...  de  Marguerite...  de  Navarre,  etc.,  éd.  1550,  fol.  Aij  v» 

et  seq. 

C.  D.  S.  M. 

Pour  nous  donner  visible  cognoissance 
Combien  fait  Dieu  aux  Eleus  d'aduantage. 
Et  tesmoigner  sa  grande  prouidence, 
Laissa  icy  Marguerite  pour  gaige. 

Mais  en  veoiant  nostre  orgueilleus  couraige, 
Mettre  en  oubly  sa  tant  grande  bonté. 
Au  monde  ingrat,  son  don  il  a  osté. 

Or  maintenant  sent  nostre  démérite, 
Et  que  valloit  ce  qu'il  auoit  preste, 
Et  quel  profïit  portoit  la  Marguerite. 

—  Or.  fun...  de  Marguerite...  de  Navarre,  etc.,  éd.  1550,  p.  137. 

AULTRE. 

La  Mort  voulut  la  Royne  de  Nauarre, 
Estant  malade  au  monde,  espouenter. 
Mais  cognoissant  l'heur  qu'elle  nous  prépare, 
Ne  cessoit  point  la  main  luy  présenter. 

Un  jour,  la  Mort,  en  voulant  la  tenter, 
S'aduentura  la  toucher  en  passant. 
La  Royne  adonc  l'arresta,  rauissant 
Celle,  de  qui  deuoit  estre  rauie. 
Allons  allons  (dist  elle  en  l'embrassant) 
Allons  à  Dieu  :  o  Mort  source  de  Vie. 

—  Ibid. 

AULTRE. 

La  mort  veoiant  l'Esprit  de  Marguerite, 
Illuminé  d'une  diuinite, 


312  APPENDICE 

Au  monde  avoir  mainte  bonne  œuure  escripte, 

Qui  lu}^  a  voit  acquis  éternité. 

Pour  effacer  son  immortalité, 

A  prins  le  corps,  qui  estoit  instrument 

De  cest  Esprit  :  mais  l'Esprit,  proniptement 

S'est  emparé  de  l'immortelle  gloire. 

0  noble  enuie,  o  lieureus  changement. 
Ou  le  vaincu  du  vainqueur  ha  victoire. 
—  Or.  fun...  de  Marguerite...  de  Navarre,  etc.,  éd.  1550,  p.  132 [138]. 

Prosopopee  de  la  Terre. 

Que  me  veuls  tu  par  tes  pleurs  faire  rendre  ? 
De  ce  qui  fut  Marguerite  n'hay  rien, 
Ce  qui  couuroit  Marguerite,  hay  je  bien  : 
Je  dy  son  corps  que  je  redui  en  cendre. 

Quant  à  l'Esprit,  qu'il  fault  choisir  &  prendre 
Pour  Marguerite  :  à  moy  ne  retoumeoit, 
Ains  est  monté  au  ciel,  d'où  il  venoit. 
Auecques  Dieu  il  te  convient  le  querre. 
Car  tout  mortel,  à  la  Mort  rendre  doibt, 
L'Esprit  au  Ciel,  &  le  corps  à  la  terre. 


Ibid. 


Aultre,  tourné  du  latin. 
Une  heure  noi;s  a  osté  celle, 
Qu'une  heure  perfaicte  n'auoit. 
0  l'oiuure  grand,  si  une  telle 
Une  heure  rendre  nous  pouuoit. 


—  Ihid. 


Fin  des  Epitaphes. 

A  Damoiselle  Renée  Lavdier,  d'Alencon,  Sonnet. 

Dieu  ne  vous  feist  né  Royne,  né  Duchesse, 
Pour  vous  mirer  au  mirouer  luisant 
De  Marguerite  :  ausi  n'est  il  duisant 
Qu'au  Roy,  au  Duc,  au  Prince,  à  la  Princesse. 

Mais  si  fault  il,  que  le  petit  se  dresse 
Comme  les  grands,  de  vertu  soit  usant. 
Et  que  luy  soit  le  vice  desplaisant, 
Comme  il  doibt  estre  à  la  haultre  noblesse. 

Icy  dedans,  o  ma  compaigne  &  Sœur, 
Mirés  vous  donc,  &  ne  mettes  le  cœur, 
Qu'aux  faicts,  ou  plus  vostre  estât  s'accommode. 

A  ce,  qui  est  de  Prince,  n'entendrés, 


APPENDICE  313 

Fors  à  vertu  :   &  lors  ne  mcsprendrés, 
Car  Vertu  est  à  toutes  gents  commode. 

—  Ihid.,  p.  [139]. 


POEMES    TIRÉS  DE   L'HECATODISTICHON 
DES  TROIS  SŒURS  SEYMOUR 

Caroli  Sanctomarthani  Iuk.  Vtr.  Doct.  Ad  Gallos 

Virtutem  Tyrius  manere  nunquam 
Illaudatam  ait  :  atque  veritatem 
NuUo  posse  silentio  tegi,  nec 
Quauis  inuidia  obrui  opprimique 
rhristus   adseruit.     Quod   esse   utrunque 
Verum,  très  hodie  Anglicse  sorores, 
Quae  sunt  sanguine  Regio  creatse, 
Elegantibus  ac  pereruditis 
Distichis,  tibi,  Galle,  comprobarunt. 

Set,  quod  virginibus  datur  peritis 
Laudi,  iudicio  omnium  bonorum, 
Vertitur  vitio  id  tibi,  perennes 
Ingratique  animi  notas  inurit. 

Nam,  quod  iure  suo  petabat  abs  te 
Nomen  Margaridis,  quod  &  beatis 
Te  eius  soluere  Manibus  decebat, 
Ingratus  rétines,  taces,  premisque. 

Jam  sextus  propè  mensis  est,  tibi  ex  quo 
Sseua  Margaridem  abstulere  fata  : 
Decus,  GaUe,  tuum,  tuumque  lumen. 
lUam  Margaridem,  cui  profecto 
Parem  sœcula  prisca  non  tulere, 
Parem  tempora  nostra  non  habent,  nec 
Parem  longa  hominum  videbit  aetas. 
At,  cum  corpore  nomen  est  sepultum  : 
Gallus  nec  fuit  unus,  inter  omnes 
Tota  Gallia  quos  fouet  Poetas, 
Diuae  Margaridi  suos  honores 
Qui  extinctae  sua  solueritque  iusta. 

lUam  laudibus  ad  Deos  vehebant, 
Mirabantur,    &   omnibus  colebant 
Modis,  quandiu  erat  superstes  :  at  nunc 
XuUa  est  mentio  mortuse.     Macrinus, 


314  APPENDICE 

Atque  Borbonius,   duo   célèbres 
Nostrœ  lumina  Gallige  Poetse  ; 
Dormiuntque,  silentque  ;  nec  minus  sunt 
Sangelasius,  Heroetiusque, 
Et  Saleelius  ipse,  Bugiusque, 
In  quibus  nihil  eruditionis 
Ingenique  nihil  potest  requiri, 
Omnes  muti  hodie  :  recensque  scriptor, 
E-onsardus,  célébrât  suos  amores, 
Heroasque  vehit  suos  ad  astra, 
Ausus  Pindarico  sonare  versu  : 
Ronsardus  meus  ille,  quem  Minerua 
Sacrauit  sibi  :  cui  suada  Pitho, 
Dextro  Mercurio  irrigauit  ora, 
Qui  (nolit  velit  inuidus),  poetas 
Inter,  conspicuus  locum  tenebit  : 
Musas  qui  usqueadeo  sacras  amauit, 
Musse  quem  usqueadeo  sacratse  amarunt, 
Illi  ut  carmina  Gallicè  canent  ; 
Non  Gallse  modo,  set  simul  Latinae, 
Atticaeque  simul  lyram  ministrent.   • 
Ipse  at  Margaridem  tacet,  nec  ullos 
Defunctae  tribuit  poeta  honores. 

Bellaius  quoque,  qui  Italo  Petrarchse 
Artem  sustulit  atque  dignitatem  : 
Pellitarius  eloquensque,  Graecum 
Gallicè  faciens  tonare  Homerum  : 
Et  Chappusius  omnibus  probatus  : 
Habertusque  suauiter  canens  :  ij 
Satis  certè  equidem,  satisque  multa 
Scribunt  :  Margaridem  intérim  silent,  nec 
Mortuam  adficiunt  honore.     Virtus 
Ast  id  ferre  nequit  :  nequitque  ferre 
Veritas  sacra.     Fit  proinde,  vt  illam, 
Cuius  Galha  gloriam  tacebat, 
Exterse  célèbrent  canantque  Gentes  : 
Gentes  toto  equidem  orbe  sépara tse. 
Nec  Sophi  modo,  nec  modo  eruditi 
Vates,  Historicique  :  set  sorores, 
8et  puellae  etiam,  set  &  puellae 
(Talia  in  quibus  est  nonum  videre) 
Principes.     Quid  ais?  pudore  magno 
Non  perfunderis,  o  Poeta  Galle  i 


APPENDICE  315 

C'uius  officiuin  facit  puella, 
Quando  tu  officium  facis  puellse  ? 
Annœ,   Marfjaritœ,  lanae,  Sororum,...   In  mortem  Margarilœ... 
Hecatodistichon,  p.  135  et  seq. 

Margarit^  Reg.  Nav. 
tumulus  fer  c.  s. 
Quando  sœuit  hyems,  \arore  grato, 
Et  fructu,  foliisque,  floribusque 
Nudatur,  quasi  mortua,  arbor  :  at  se, 
Respirante  Fauonio  suaui, 
Monstrat  viuere  ;  tune  que  gratioreni 
Et  vestem  &  faciem  induit.     Cruenta 
Sic  quem  tempore  Mors  ferit  statuto, 
In  fœdo  exanimis  iacet  sepulchro 
Tanquam  mortuus.     Ast  ubi  illa  sunima 
Xos  ad  iudiciuni  dies  vocabit, 
Viuet,  nam  melius  profecto  viua 
Surgent  corpora,  quse  intérim  quiescunt. 
Ergo  Margaridem  quid  ipse  luges 
Taiiquam  mortua  sit  ?  caueto,  fallax 
Ne  te  errore  Epicurus  implicet,  nam 
Qui  surget,  moritur  peritque  nunquam. 

—  Ibid.,  p.  142. 
Spiritus  Régine. 

AD    VlATOREM   C.    S. 

Clausus  carcere  corporis,  dolores 
Multos  sustinui  gravesque  languens. 
Solutus  modo  morte,  viuo  liber  : 
Nempe,  id  viuere,  quo  carere  mors  est. 

—  Ihkl.,  p.  U4. 

EiVSDEM.      C.    S. 

Ad  Gallos. 
Ctir  tam  pauci  poetae  Galli,  Reginam  Nauarr.^  laudent. 

Mors  ubi  Margaridem  mundo  fera  sustulit  isto, 

Sic  affata  sacrum  diua  Minerua  chorum  : 
Mortua  Margaris  est,  o  vos  Heliconis  alumnse, 

Carminibus  natse  reddite  justa  mese. 
Te  tamen  ô  Erato  excipio,  C}' thereia  vates  : 

Esse  tuse  iubeo  mutaque  plectra  lyrae. 
Nam  mihi,  non  Veneri,  fuerat  Regina  sacrata  : 

Non  est  lasciuis  ergo  canenda  modis. 


316  APPENDICE 

Vix  eo  finierat,  subito  quum  clausa  poetis 

Ora  fuere,  suos  qiios  Erycina  tenet. 
lam  quicl,  Margaridem  taceat  si  Gallia,  luiruui  ? 

Octo  nempe  aliô  nunc  abiere  Dese. 

—  Annœ,    Margaritœ,   lanae   Sororum,...    In  murtem   Margaritœ. 

Hecatodistichon . 

Pro  Gallis  Poetis. 

ReSPONSIO   PER   EtnSTDEM. 

Qvis  qiiaeso,  Vraniam  negat,  supremum 
Inter  Thespiades  locum  tenere  ? 
Quis,  cœlestia,  quum  canit,  negabit 
Quotquot  sunt,  reliquas  tacere  Musas  ? 

Dices,  sydere  quamlibet  corusco, 
Phœbo  te  dare  posse  claritatem  ? 
Plumbuni  ignobile,  nobili  Smaragdo 
Adferet  decvis,  atque  dignitatem  ? 

Atqui,  Margaridem,  cui  poëta 
Nostro  tempore  nemo  conferendus  : 
lUam  Margaridem,  perennitati 
Quse  sese  calamo  suo  sacravit  : 
Illam  Margaridem,  beata  cuius 
Virtus  longé  hominum  est  honore  maior  : 
Nos  vis  carminé  prsedicare  nostro. 

Is  certè,  Uraniae  obstrepet  canenti, 
Solem  accendere  stellulis  minutis 
Nitetur,  decus  &  volet  Smaragdo 
Plumbea  dare  vilitate,  quisquis 
Sese  Margaridem  suo  pvitabit 
Versu,  reddere  posse  clariorem. 

—  Annœ,  Margaritœ,  lanae,  Sororum,...  In  ynortern,  Maragaritœ. 

Hecatodistichon,  p.  145. 


PIÈCES   JUSTIFICATIVES 


PIECES    JUSTIFICATIVES 


DÉDICACE    DE    LA    POESIE    FRANÇOISE 

Epistre  a  Tresillustre  et  Tresnoble  Princesse  Madame 
LA  Duchesse  d'Estampes,  &  Contesse  de  Poinctievre, 
Charles  de  SAEsrcTE  Marthe,  son  tresobeissant,  rend 
HUMBLE  Salut. 

A  l'imitation  de  l'Archer,  qui  son  Arc  desbende  pour  à  meilleur 
exercice  le  reseruer,  souloit  cômunenient  Socrates  de  sa  roidde 
&  seuere  Philosophie  à  ieux  puériles  se  descendre.  Cecy  ne  dy  je, 
Princesse  tresillustre,  pour  me  voulant  ascrire  plus  hault  estude 
déprimer  l'exercise  de  la  miemie  Lâgue  vulgaire,  veu  que  plusieurs 
de  trop  plus  célèbre  Nom  que  le  mien  s'y  sont  esbattu  :  &  mesmement 
que,  selon  ma  vacation,  ne  puis  pour  le  présent,  plus  louable  sacrifice 
à  ma  Nation,  que  d'illustrer  sa  Lâgue  selon  mon  rudde  Esprit. 
Mais  tends  à  ceste  fin,  que  la  haultesse  de  ton  humilité,  se  daigne 
quelque  foy  de  plus  grande  occupation  lassée  à  si  bas  passetemps  se 
démettre.  Lequel  facilement  ie  dirois  auoir  témérairement  soubâ 
l'excuse  de  ton  sacre  Nom  mis  en  lumière,  si  ie  ne  scauoys  Taffection 
tienne  enuers  les  Lettres  &  les  Lettrés,  excuser  plus  grande  faulte, 
que  ne  pourroit  pécher  l'ignorance  de  la  miemie  enuers  toy  bonne 
intention.  Et  plus  pour  cette  seule  occasion,  que  pour  vouloir  par 
mon  vain  escrire  adiouster  clarté  à  la  lumière  de  tes  vertus,  ay  bien 
osé  abuser  de  la  debonnaireté  de  ta  noble  nature,  qui  entre  toutes 
les  Prmcesses  que  ie  cognois,  ne  m'es  veue  la  dernière  à  se  délecter  à 
toutes  vertueuses  exercitations  tant  humbles  et  indignes  de  grauité 
soient  elles.  Et  mesmement  qu'aulcune  foy  :  après  longue  fréquen- 
tation des  fructueux  &  bien  cultiués  Vergiers,  l'aspérité  &  solitude 
des  boj^s  nous  agrée,  tant  nous  est  la  Nature  par  sa  diuerse  variété 
non  moins  belle  qu'amyable.  Parquoy  après  estre  ià  asses  acous- 
tumée  en  l'armonieuse  mélodie  des  haultes  L^tcs,  desquelles  celle 
Court  treschrestienne  tresheureusement  auiourdhuy,  plus  que  nulle 
aultre,  abonde,  te  pourras  délecter  en  cet  mienne  vaine  et  iemic 
fatigue,  laquelle,  non  aultrement,  que  après  longue  &  griefue  tem- 


320  PIÈCES    JUSTIFICATIVES 

peste,  le  palle  &  trauaillé  Nocher  descouurant  de  loing  la  Terre,  a 
laquelle  auec  tout  estude  il  s'efforce  de  se  sauluer,  recueille  le  mieulx 
qu'il  peut  tous  les  fragments  de  sa  nauire  rompue,  i'ay  amascée  pour 
à  ton  Port  tresdesiré  la  diriger.  Auquel  si  aggreablement  elle  se  veoit 
quelque  foy  peruenue,  te  pourra  mettre  [hors  ?]  plus  haulte,  non 
toute  foy  sienne,  inuention,  qui  est  partie  de  la  traduction  de  ce 
Buccohquain  Theocrite,  élégante  imitation  de  nostre  grand  Poète. 
En  laquelle  plus  spatieusement  te  pourras  esbattre  pour  la  diuerse 
copiosité  des  matières  aultant  elegâment  deduittes,  que  ingénieu- 
sement bien  trouuées.  Et  là  (vueille  Dieu)  puisse  valoir  le  mien 
enuers  to}^  affectionné  vouloir,  puisque  la  mienne  sotte  translation 
ne  t'y  pourra  (i'en  suis  seur)  si  plaisamment  plaire,  que  l'Oeuure  de 
soy  le  mérite.  Tu  doncques  une  entre  nostre  siècle  des  belles  tres- 
erudite,  des  crudités  très  belle,  &  (ce  que  i'ay  en  toy  plus  reueré)  de 
ancienne  prudence,  de  meur  iugement,  de  treshumaines  &  tresornées 
coustumes  diuinement  bien  douée,  recepuras  benignement  les  tables 
de  mon  naufrage  par  diuers  cass  de  la  Fortune  conduitte[s],  Fina- 
blement  en  petits  faiz  reduittes,  &  maintenant  en  ce  tien  Haure,  ou 
de  long  temps  les  Muses  commodément  se  retirent,  asseurément 
arriuées,  imploreront  perpétuelle  prospérité,  &  a  nioy  humble  pardon 
de  ta  trop  plus  qu'humaine  ingénuité,  de  ma  trop  grande  témérité, 
peult  estre,  offencée.  Faisant  fin,  je  supply  le  Seigneur  auteur,  &  créa- 
teur de  toutes  choses,  &  d'icelles  par  sa  grande  Providence  gubema- 
teur  &  conducteur,  te  donner,  tresillustre  Princesse,  auec  sa  Grâce, 
vie,  en  prospérité  &  santé,  tréslongue. 

De  Lyon,  ce  premier  iour  de  Septembre.     Mil  cinq  cens,  xl. 

—  P.  F.,  pp.  3-6. 

DEDICACE  DU  LIVRE  DE  SES  AMYS, 

A   Monsieur   le    Secretain    D'auenson,    Charles    de    Saincte 

Marthe,  Salut. 

J'ay,  à  l'instigation  de  quelques  uns  mes  bienuoulants,  mis  en 
lumière  ma  Poésie  Franco3'se  (Seigneur  tresaymé)  plus  pour  esbatte- 
mêt,  &  relaxation  de  mon  Esprit,  que  profession  d'icelle  Art.  Par- 
quoy  si  ie  n'y  suis  tant  perfaict  que  ceulx,  qui  y  sont  consommés  : 
comme  Marot,  S.  Gelays,  Seue,  la  Maison  neufue,  Chappuy,  Fontaines, 
&  aultres  Poètes  Frâcoys,  diuins  &  treserudits,  plusieurs  raisons 
ay  ie,  lesquelles  m'excusent,  &  toy  mesme  en  scays  vne  partie.  Or 
il  a  pieu  a  daulcuns  de  mes  Amys  me  faire  l'honneur  &  le  bien,  de 
me  rêdre,  par  leur  escripts  tresdoctes,  testification  de  notre  Amytié  : 
cela  i'estime,  ainsi  qu'on  doibt  estimer  toute  chose  venante  du  sien 
Avay,   &  daultant  que  ie  n'a}'  rien  plus  cher  que  leurs  Epigrâmes 


PIÈCES    JUSTIFICÎATIVES  321 

&  Epistres,  par  nioy  colligées  en  ce  Lime  :  (raultât  ma  il  semble 
bô  te  le  donner  :  comme  a  celuy,  lequel  au  besoing  (ou  l'Amytie 
.s'explique)  s'est  monstre  par  effect  mon  Amy.  Il  te  plaira  don{[', 
attendant  aultre  Oeuure  de  moy,  le  prendre  en  gré  :  me  tenant  tous- 
iours  pour  l'un  de  ceulx,  qui  sont  tes  obéissants.  lesus  soit  avec  toy. 
De  Lyon  ce  xv.  d'Aoust.  m.d.x.l. 

—  P.  F.,  p.  226. 
ELEGIES. 

Au  Lecteur  Salut. 

Nous  te  guardôs  (Lecteur  candide)  un  Liure  d'Elégies,  lequel 
voulons  mettre  en  auant,  a  part,  tant  pour  la  diuersité,  que  pour  la 
granité  des  matières  lesquelles  y  sont  comprises.  Ce  pendant  te 
plaira  lire,  &  prendre  en  gré,  celles  que  t'auons  volu  aduancer,  comme 
Aires  de  plus  grand'  somme  :  laquelle  te  payerons,  quand  nous  auras 
donné  à  cognoistre,  le  passetemps  de  nostre  labeur  t'avoir  pieu. 
Dieu  soyt  avec  toy. 

—  P.  F.,  p.  197. 

DÉDICACE  DE  LA  PARAPHRASE  DU  PSAUME  SEPT. 

Carolus  Smarthanus  Ioanni  Galberto,  Gratianopoli  Allobro- 

GUM,  REGIO  SeNATORI,  MODIS  OMNIBUS  ABSOLUTO.  S.  D. 

„  Multum  atque  diu  dubitatum  est,   Galberte  doctissime, 

vtri  niagis  sapiant,  ij  ne,  qui  seculi  huius  negocijs  sese 
implicant  &  inuoluunt,  ac  vitam  agunt,  quam  vocamus  actiuam  : 
an  ij,  qui  mundo  se  subduxerunt,  &,  postpositis  curis  ac  negocijs 
omnibus,  in  solitudinem  secesserunt,  sequunturque  vitam,  quam 
contemplatiuam  adpellamus.  Quibus  prior  magis  adridet,  dicunt 
certè  quod  verum  est,  nempè,  non  nobis  solum  ipsis  natos  esse  nos, 
set  patrise,  set  parentibus,  set  amicis,  set  communi  quoque  Reipu- 
blicse  :  ac  proinde,  cum  sibi  solis  tantum  videantur  seruire,  qui  se 
ab  hominum,  societate  disiungunt  laudabiliorem  esse  vitam,  quse 
.  vulgo  actiua  dicitur.  C'Ontrà,  qui  turbas,  tumultum,  rixas, 
atque  adeo  curas  omnes  fastidiunt,  féliciter  cum  eis  agi 
putant,  qui  sese  submouerunt  ab  onnii  turba,  et  ab  omni  prorsus 
hominum  contubernio  excluserunt  :  ac  tranquillam  soli  &  quietam 
vitam  ducunt.  Illorum  ego  opinioni  repugnare,  Galberte,  non  pos- 
sum  :  nimirum  propterea  quod  recte  mihi  &  verè  sentire  videntur. 
Horum  vero  iudicium  ac  sententiam  damnare  non  clebeo  :  cum  lite- 
rarum  monumentis  proditum  sit,  Philosophos,  Poëtas,  &  qui  animum 
ad  scribèduni  suum  adiunxerunt,  imo  Theologos  etiam  ipsos, 
&  summos  &  ciaros,  forenses  strepitus  fugisse,  et  se  in  solitudinem 
récépissé.     His  accedit,  quod  quemadmodum  stolonibus  amputatis, 

21 


322  PIÈCES   JUSTIFICATIVES 

onmia  celerius  adolescunt  in  arbore,  nimirum  alinientis  in  vnam 
colla tis  stirpem  :  ita  superuacaneis  negocijs  leiiatus  animus,  ac  curis 
plané  omnibus  liber,  plus  efficit  in  studijs  honestis  :  tota  vi  mentis  in 
idem  intenta.  Quare  si  quid  sua  contemplatione  publiée  bono 
adferant  vtilitatis,  non  segniter  ac  ociosè  prorsus  viuant,  probabile 

^  puto  esse  illorum  institutum,  dicam  etiam  hoc  nostro  seculo 
beatissimum.  Nam  si  alias  unquàm  laboriosum  &  difficile 
fuit  in  mundo  &  inter  homines  conuersari,  est  hodie  Cjuidem  et  labo- 
riosissimuni  &  periculosissimum.  Vbique  siquidem  &  vndique  odia, 
lites,  inuidiee,  a-mulationes,  detractiones,  calumnise,  delationes, 
&  infinitae  pestes  :  quas,  quo  quis  magis  euitare  tentabit,  hoc  magis 
sentiet.  Si  quis  sat  agat  in  suis  negocijs,  &  studeat  rem  farailiarem 
parsimonia  constabilire,  audiet  sibi  sordidissimi  auari  nomê  imponi. 
Si  vero  liberalitate  ac  munificentia  vtatur  erga  omnes,  &  beneficijs 
gratuitis  illos  inuitet  &  alliciat,  prodigalitatis  statini  reus  erit.  Qui 
se  sentiet  camis  rebellionem  non  posse  comprimere,  &  continentiae 
donum  à  Deo  non  habens,  vxorem  ducet,  luxuriosus  clamabitur. 
Sit,  qui  ferocientem  carnem  possit  continentiae  freno  reprimere  ac 
retinere,  &  caste  viuat,  ac  ad  castitatem  alios  inuitet  :  spurci  scorta- 
tores   &  adulteri,  qui  ahena  ingénia  ex  suo  metiuntur,  mox  Psedi- 

P  conem  esse  illum  impudentur  dicent.  Deum  qui  religiosè 
timebit,  colet,  venerabitur,  ridebitur  is  vt  superstitiosus. 
Qui  motus  animi  reprimet,  ac  fructificabit  pijs  et  bonis  operibus, 
quse  Fidê  sua  viuam  esse  restentur,  hypocrita  carnalium  iudicio 
erit.  Si  quis  excellé ti  vir  ingenio,  &  varia  doctrina  excultus,  nihil 
lucubrationum  suarû  in  apertum  mittat,  audiet  sibi  objici,  Scire 
tuum  nihil  est,  nisi  te  scire  hoc  sciât  alter.  Quod  si  quid  proférât  in 
lucem  nisi  sateUitio  muniat,  garrulum  &  audaculû  aliquem  habebit 
Momum,  qui  in  copiosa  oratiôe,  quse  multis  exuberet  \artutibus,  de 
paucuHs  voculis  temeré  elapsis  cauillabiter.  Nisi  quis  dicendo 
scribédo'ue,  de  Deo  disputet,  ac  fréquenté  faciat  eius  mentionê, 
impietatis  suspitionem  non  effugiet.  Loquatur  itaque  de  Deo,  de 
Christo  lesu,  de  gratia  Spiritus  sancti,  &  loquantur  vt  loqui  par  est, 
Haereseos  accersetur.  Damnet  abusus  ahquis,  quos  multos  (proh 
dolor)  &  nimis  multos  quorundam  auaritiam  inexplebilem  in  Eccle- 

_  siam  inuexisse,  sunino  Christianse  reipublicae  damno,  fateri 
cogimur,  Lutheranus  erit.  Contra,  si  Romani  Pontificis, 
&  reliquorum  Ecclesiœ  ministrorum  autoritatem  sartam  tectam  esse 
debere  adfirmet  :  ac  intérim  adprobet  probabiles  aliquot  ceremonias, 
quibus  cupiditas  humana  tanquàm  cancellis  septa  est,  Papista  igno- 
miniosè  vocabitur.  Euangelicam  vitâ  profiteri,  est  sanè  felicis- 
simam  &  sanctissimam  vitam  profiteri  :  set  Clmstianè  intérim  non 
viuere,  quid  aliud  quaeso  est  quàm  Christum  mentiri.  —  Multi  sunt 


PIÈCES    JUSTIFICATIVES  32,1 

liotliè  huius  gcneris  euangelici  viri,  qui  nihil  aliud  liabent  in  ore  quam 
I*]iiangeliou  :  set  in  quorum  pectore,  viuidus  ille  &  perfectus  Euan- 
gelica'    charitatis    viguor     nô    perseuerat.     Doctrinam    quid    iuuat 
habere  syiicerè  piam,  si  caligat  nialis  adfectibus  —  si  vita  mundanis 
cupiditatibus  sit  prorsus  ofPuscata  ?     Set  sunt  amore  laudis,  cupi- 
ditate  pecuniarum,  studio  voluptatum  omnium,  libidine  vindictse, 
infamise,  damnoruiii   ad  mortis  metu,  vsqueadeo  infatuati,  vt  non 
solum  insulsam  multitudinem  condire  non  possint,  verumetiam,  vt, 
„      et  ipsi,  et  Euangelica  pietas,  iii  extremum  homiiium  con- 
temptum  veniat,  quia  id  non  prsestant  quod  docent.     Hos 
si  christianè  cohorteris,  vt  libertatem  Euangelicam  (veram  Spiritus 
libertatem)  non  commutent  in  libertatem  camis,  set  vt  doctrinaj 
pietatem,  cm    morû    pietate    coniungât  :    ac  forte    acrius   cohorta- 
tionibus  non  acquiescentes  obiurgaris,  mox  tibi  Atheismi  notam  inu- 
rent.     Quid  pluribus  ?     Nulla  sollicitudine  sic  nos  ad  circumspec- 
tionem  ac  diligentiam  acuere  possumus,  vt  &  nobis  ipsis,   &  alijs, 
faciamus    satis.     Infestant    certè    hsec    mala    cuiusuis    conditionis 
homines  :  set  maxime  bonos  omnes   &  doctos.     Bonû  enim   virum 
&  res  egregias  adgredientem,  premit  inuidia  :  doctum,  eloquentem 
ac  disertum,  ignorantia.     Nam  vt  Panthera  bene  olet,  set  non  nisi 
bestijs  quas  ad  se  trahit,  hominibus  non  ita  ^  :  sic  spurcse  literse,  quse 
benè  natis  ingenijs  graues  sunt,  stupidis  istis  &  bardis  gratiores  sunt 
quouis  aromate  :  ac  proinde  disertos  quibus  nauseam  mouent,  modis 
omnibus  insectantur.     Quod  vt  liberius  ac  securius  facere  possint, 
ç       nimirum  eos  perdere  in  quorum  exitium  toti  ardent,  impise 
crudelitati  pietatis  speciem  praetexunt  :  dicuntque,  persequi 
se  illos,  non  odio,  non  inuidia  (si  dis  placet)  set  zelo  Fidei,  nimirum 
quod  Lutherani  sunt.     Bonos  à  malis  diuexari,  doctos  ab  indoctis, 
pios  ab  impijs,  non  est  certè  nec  mirum  nec  nouum.     Vt  enim  Fraxi- 
num  campestrem  in  tantum  horrent  serpentes,  vt  nec  matutinas  nec 
vespertinas  illius  umbras  vnquam  attinguât,    set    si    g}TO    frôdibus 
huius  arboris  claudatur  ignis  &  serpens,  citius  in  ignem  fugiet  quam 
in  Fraxinum  ^  :  Ita     vitijs   &  virtutibus,  bonis   &  mahs,  doctis  & 
indoctis,  pijs  &  impijs  nihil  conuenit.     Euangelion  habent  carnales 
inuisum,     vt    doctrinam   studijs    ipsorû    aduersantem   :   proinde  si 
conantur  id  eliminare  nihil  quidem  mirum  est.     Nam  est  illud  ipsis 
quod  Rhododendri  frondes  iumentis,  capris  et  ouibus  :  nempè  vene- 
num,  quse  tamen  homini  remedio  sunt  contra  serpentium  venena^. 
Sic  quod  pij  vertunt  in   suû   boiium  (hoc  est  Euangelion)  stultis  et 


1.  L'histoii-e  natm-elle  en  est  tirée  de  Pline.  (Jj.  Hist.  Nat.,  vin  ;  23. 

2.  C'est  Pline  qui  est  responsable  pour  ceci.  Ibid.,  xvi  ;  24. 

3.  Cité  de  Pline.  Cf.  supra,  p.  253. 


324  PIECES    JUSTIFICATIVES 

,„      reprobis  ipsis,  perniciem  adfert.     Set  quauquam  vel  hoc 

nomiiie  excusabiles  sunt  quod  cïeci  sunt  :  tamen  quemad- 

modum  viniim    dilucius    magis    prouocat  vomitû,  quam  vel  aqua 

simplex,  vel  vinum  inerum  :  Sic  est  intolerabilior  nequitia,  pietatis 

siniulatione  conditai  quam  simplex  et  aperta  malicia.     Non  est  hic 

Galberte,    dicendi   locus   quam   ego   duriter   Gratianopoli   tractatus 

fuerim  menses  propè  triginta,  cum  vinctus  essem  in  carcere  :  set 

inhumanitatem   quam   sensi,  non  tam    Senatui    amplissimo,   quàm 

maliciae  aduersarij  mei  imputare  debeo  :   qui   vt  vindictâ   suâ  meo 

sanguine  expleret,  &  suo  iure  me  persequi  videretur,  Lutheranse  me 

factionis  reum  fecit  :  hoc  magis  impius,  quod  pietatem  mentiretur. 

Set  quid  effecit  tandem  nisi  quod  diu  me  detinuit  in  carcere?    at  qui 

fuit  mihi  cum  nô   paucis  &  principibus  &  summis  viris  carcer  com- 

munis,  imo  cum  Christo  etiam  ipso.     Nudauit  me  rébus  meis  omnibus, 

quidquid   tamen   abstulit  non  mihi   set  fortunée    (cuius   erat  quod 

habebam)    abstulit.     Dominus   dederat,    Dominus   passus 
p.  il 

est  tolli  :  potest  idem,  et  meliora  et  multo  plura  reddere. 

Fœdauit  forte  me  infamia  :  tentauit  id  quidem,  set  perficere  non 
potuit.  Vt  enim  Adianton  herbam,  etiam  si  perfundas  aqua,  aut 
immergas,  tamê  siccse  semper  est  similis  ^  :  Ita  in  virû  bonum 
non  hseret  contumelia,  non  infamia,  quantumuis  infamare  quis 
conetur  ipsum.  Set  curauit  proscribendum.  Quid  tum  ?  forte  me 
putauit  similê  Formicae  aut  Api  quse  si  semel  antro  &  alueario 
eijciantur,  peregrinantur  ^ .  Atqui  non  minus  in  quouis  loco  tran- 
quille viuit  vir  fortis  &  bonus,  quàm  potest  nauis,  cui  firma  est  ancora, 
in  quouis  portu  conquiescere.  Porro  vituperari  ob  Euangelion,  est 
laudari  :  cruciari  ob  Euangelion,  est  coronari  :  aspergi  infamia  ob 
Euangelion,  est  honorari  :  pelli  patria,  et  solum  cogi  vertere  ob  Euan- 
geliû  est  caelo  municipê  adscribi  :  interimi  ob  Euangelion,  est 
seruari  :  miserum  denique  ssee  ob  Euangelion,  est  esse  felicissimum. 
,-,  Id  dixit  Christus,  cum  ait.  Beati  qui  persecutionem 
patiuntur  propter  iustitiâ,  quoniam  ipsorum  est  regnum 
cœlorum.  Beati  eritis,  cùm  maledixerint  vobis  homines,  &  persecuti 
vos  fuerint,  &  dixerint  omne  maluni  aduersum  vos,  mentientes 
propter  me.  Gaudete  et  exultate,  quoniam  merces  vestra  copiosa 
est  in  cœlis.  Id  confirmât  Paulus,  glorians  in  passionibus,  contu- 
melijs,  necessitatibus  &  adflictionibus,  quas  propter  Chris  tum  susti- 
nebat.  Confirmât  Petrus,  cum  ait,  gratiam  inuenire  apud  Deum 
illos,  qui  crucem  innoxij  ferunt  :   ac   tribulationes    patiûtur,  non  vt 


1.  Sainte-Marthe  l'a  encore  jjris  de  Pline.  Hist.  Nat.,  xxii  ;  30. 

2.  Pline  parlant  des  abeilles  dit  :  «  Semper,  duce  prelienso,  totum  tenetur 
agmen.  Amisso,  dilabitur  migi-atque  ad  alios.  »  Ihid.,  xxxvii  ;  18. 


PIÈCES   JUSTIFICATIVES  325 

honnciclci>,  non  ut  fures,  non  ut  nialc(leei,non  utalicnorum  raptores,  set 
utchristiani.  Confirmant  Apostoli,  qui  virgiscaîsi,  &  ciuitatcpulsi,  gau- 
debantdignos  se  habitosesse,  pro  nomine  lesu  contumeliampati.  Quid 
igitur  persequendo  seruum  Dei,  consecutus  est,  miser  &  cecus  ille  ? 
quid  effecit  (  nisi  quod  me  cruciare  volens,  se  cruciauit  ipsum  ? 
Instituerai  certe  se  non  cessaturum  prius,  quàm  videret  me  flammis 
absumtum  :  set  imaginatione  id  instituerai,  non  certo  iudicio.  Nam 
,.,      non  ita  visum  est   vestro   Senatui,    hominem    innoxiû  sic 

è  medio  tollere  :  set  conatus  omnes  aduersarij  mei,  et 
omnes  eius  nefarias  deliberationes,  vna  hora  et  verbo  vno  euanidas 
fecit.  Fœmina  in  meo  negocio  salijt  fœminam,  &  indè  nata  sunt 
oua  Hyponemia,  &  Zephyria.  Neque  vero  fieri  aliter  poterat. 
Domino  sic  seruis  suis  vigilante,  ut  niliil  sine  permissu  eius  contingere 
illis  possit.  Quamobrem,  qui  fidem  euangelicam,  aut  in  adultis 
côfirmatam,  aut  teneram  adhuc,  &  in  piorum  animum  gliscêtem, 
sua  crudelitate  conantur  extinguere  :  possunt  quidê  ex  mea  caussa 
discere,  frustra  niti  astutiam  mortalium  aduersus  consilia  diuina. 
Erat  profecto  vita  mea  magno  in  discrimine  posita,  cùm  uinctus 
essem  :  maxime,  accusationê  exaggeraiite  criminis  grauitate, 
quodque  in  extera  terra  peregrinus  eram,  pauper  ac  omni  prorsus 
auxilio  destitutus  :  set  erigebat  me  in  spê  liberationis,  quod  patrum 
iiostrorum  exemplis,  Dei  bonitatem  dediceram.     Cum  itaque  Dauidis 

psalmos  solus  in  obscuro  &  fœtido  carcere  in  manu  habe- 

rem,  &  eos  consolationis  gratia  legerem,  incidi  forte  in 
septimum,  in  quo  gratias  agit  Deo,  propter  ignorâtiam  suam  : 
nempè,  quod  non  agnosceret  crime,  sibi  a  Semei,  filio  Jemini, 
obiectum  de  homicidio  Saulis,  et  regni  eius  inuasione.  Ex  cuius 
lectione  didici,  fidèles  omnes,  de  falso  intentata  ipsis  calumnia 
obmurmurare  non  debere  :  set  gratias  agere  Deo,  ac  opê  ab  eo  cer- 
tissima  &  inconcussa  Fide  expectare.  Quo  in  numéro  cum  me 
perspieerem  esse,  &  mihi  conuenire  illum  agnoscerê,  meditatus  sum 
paraphrasticam  eius  interpretationem  :  &  mihi  nô  inutilem,  &  infir- 
mioribus  calumniam  patiêtibus  necessariâ.  Desiderabit  in  ea 
Mo  mus  dictionem  elegantiorem  ac  nitidiorem,  utqui  nauseat  ad 
omnia  quae  rhetorû  condimentis  et  ornamentis  carent  :  cui  hoc 
solum  responsum  esse  volo,  scriptam  ijs  esse  illam,  qui  malint  salubria 
prsecepta  viuendi.  qualicûque  sermone  proposita,  quam  pestiferas 
opiniones,  a  quouis  eloquentissimo  scriptore  haurire.  Praetereà, 
,  _      cum  ab  omnibus  prope  disciplinis  eloquentiâ  requiramus, 

in  hoc  ipso  laudatur  Theologus,  in  quo  aquse  laus  est,  nimi- 
rû  ut  probatur  si  nihil  sapiat  illa  :  sic,  si  infans  sit  ipse,  &  à  Musis 
alienus.  Atqui  (dicet  ille)  quid  Jurisconsulto  cum  Theologia  ?  set 
respondeo,  non  minus  esse  me  velle  Theologum,  quam  Jurisconsul- 


326  PIECES    JUSTIFICATIVES 

tum  :  tum,  quôcl  liuic  disciplinée  totû  me  aliquando  deuoui  :  tum 
quod  est  ipsa  vt  Opalus  gemma  in  qua  multarû  gemmarû  dotes 
eminent  ^  :  nempè  ignis  carbunculi  tenuior,  amethysti  purpura, 
smaragdi  viror,  idque  incredibili  quadâ  mixtura.  Sic,  quidquid 
apud  vllos  Ethnicos  scriptores  placere  potest,  in  illa  simul  inuenitur. 
Porrô,  tametsi  lurisprudentia  summopere  probâda  est,  tamen  si 
nos  totos  illi  studio  addixerimus,  sanitatem  mentis  atifert,  &  nos 
inanis  glorise  furore  quodâ,  et  habendi  cupiditate  immodica  csecos, 
prsecipites  agit.  Insurget  alius,  qui  dicat  me  paraphraseos  legem 
fuisse  transgressum,  nempe  latins  diuagatam,  quam  paraphrastica 
libertas  ferat.  Quisquis  ille  erit,  vt  volet,  vel  paraphrasim,  vel 
,„  meditationem,  vel  commentarios,  laborem  nostrum,  nomi- 
net,  nihil  equidem  moueor  numsmodi  homnium  superba 
malicia,  quibus  aliorum  orationem  reprehendere  in  procliui  est,  set 
eodê  modo  vel  melius  dicere  nô  est  perindè  facile.  Qualis  qualis 
est  hsec  nostra  consolatio,  tibi,  Galberte  humanissime,  deuouetur  : 
cui  enim  iustius  dicari  posset  ?  Aluisti  me  in  carcere  famé  prope 
confectum,  et  innoxij  Rei  ius  perverti  non  es  passus  :  quinimo  caussae 
meae,  pro  tua  virili  (ut  sequitas  postulabat)  tam  acer  fuisti  defensor, 
ut  proba  perpeti  non  recusaueris  odio  nominis  mei.  De  te  hinc 
iudicent  docti  viri,  ego  quantum  tibi  debeam,  &  satis  m'ihi  conscius 
sum,  &  orbi  uni  verso  (si  viuam)  testatissimum  relinquam.  Quare 
interea  dû  duos  de  re  sepulchrali  libros,  &  lectionum  legalium 
quatuor  expectabis,  accipe,  Galberte  doctissime,  gratitudinis  meae 
arrabonem,  et  (quod  hactenus  fecisti)  Smarthanum  tuum  ama. 
Lugdini.  17  Cal.  lui.  1543. 

—  In  Psalmum  Septimum  et  Psalmum  xxxiii,  Paraphrasis,  pp.  3-16. 

DÉDICACE  DE  LA  PARAPHRASE 
DU  PSAUME  TRENTE-TROIS  (TRENTE-QUATRE) 

G.    (sic)   Smartanus   Joanni  Auansonio,   apud   Gratianopolim, 
REGio  Senatorio  amplissimo  ac  doctissimo  s.   D. 

,„.  Tanta  fuit  Maiorum  nostrorum  in  euitanda  ingratitu- 

dine   relligio,    Senator   amplissime,    ut   non    Dijs   solum 

imniortalibus,  ac  hominibus,  verumetiam  Brutis  ispis,  testimonium 

1.  Cette  description  vient  de  Pline  : 

«  Atque  in  pretiosissimarum  gemmarum  gloria  compositi,  maxime  inenarra- 
bilem  difficultatem  dederunt.  Est  enim  in  iis  carbuncli  tenuioi'  ignis,  est  amy- 
thesti  fulgens  piirpura,  est  smaragdi  virens  mare,  et  cuncta  pariter  incredibili 
mixtui'a  lucentia.  Alii  summo  fulgoris  augmente  colores  pigmentorum  sequa- 
vere  :  alii  sulphuris  ardentem  flammam,  aut  etiam  ignis  oleo  accensi.  »  Hisf. 
Nat.,  xxx^^I,  21. 


PIÈCES   JUSTIFICATIVES  327 

redclerint  accepti  ofHeij.  Eraiit  urbcs  onines  peculari'  suo  \)eo 
dicatse  consecratseque  :  à  quo,  si,  vel  ab  igné,  vel  à  ruina,  vel  ab 
hostili  inuasione,  saluée  ac  liberata^  foret,  in  gratiarum  actioncm 
Vituluni  ei  candiduni  niactabant.  In  bello,  cuius  incertus  senipcr 
est  exitus,  inuocabatur  Mars  :  cui,  qui  Victoria  potiti,  de  hostibus 
triumphum  agebant,  manubias  consectabant  :  ac  solemni  sacrificio 
gratias  agebant.  Nautae  suo  Neptuno  remos  ac  rudentes  vouebant 
in  medijs  procellis  commoti  Maris  :  ac  subinde  se  data  tempestate 
in  portum  vbi  appulerant,  acceptum  ofïicium  sacrificio  agnoscebant. 

,„_  Eandem  animi  gratitudinem  homnibus  exhibebant,  quo- 
'  rum  virtute  ac  fortitudine  Res  publica  liberata  aut  con- 
seruata  fuerat.  Nam  vel  eos  pro  publica  concione  laudabant,  vel 
statuas  illis  in  perpetuuni  rei  monumentum  erigebant,  vel  corona 
insignitos,  quam  quaeque  res  postulabat,  aut  ouantes,  aut  trium- 
phantes  in  urbem  redeuntes  excipiebant.  Fuerunt  qui  Brutis  etiam 
gratitudinem  animi  significarût,  ob  mérita  illorum.  Alij  venera- 
bantur  Elephantes,  quôd  cuni  Draconibus  perpetuô  pugnent.  Alij 
Mustellas  quôd  Basilisco  exitiale  sint  virus.  Alij  Ichneumonem,  alij 
Lacertas,  quôd  seternû  habeant  cum  Aspide  bellum.  Sunt  qui 
Stellones  sint  venerati,  propter  capitalem  illorum  cum  Scorpionibus 
inimicitiam.  Atque  hodie  quoque,  felix  ac  prosper  augurium  arbi- 
tratur  vulgus,  Ciconiam  habere  hospitem  :  quôd  serpentibus  infesta 
sit.  Porrô  non  aliam  ob  caussam  id  faciebant,  quàm  quod  eorum 
ope  atque  auxilio,  liberentur  ab  animalibus,  homini  suapte  natura 
inimicis  :  qualia  sunt  Dracones,  Basilisci,  Scorpiones,  Aspides,  &  Ser- 
pentes.    Proponuntur  autem  nobis  lisec  exempla,  ut  ijs  doceamur, 

,op  ofïicium  esse  ofïicio  rapendendum  :  ac  dandam  nobis 
operam,  ne  patiamur  notam  ingratitudinis  iustam  nobis 
ob  caussam  inuri.  Quod  si  sequum  est  tam  gratos  esse  nos  erga 
omnes  homines,  a  quibus  beneficium  accepimus,  quâto  iustius  erit, 
beneficiorum  Dei  erga  nos,  &  memores  &  gratos  esse  nos  ?  Si  est 
ingratus,  qui  officij  ab  Amico  accepti  est  immemor,  an  non  erit 
ingratissimus,  qui  non  agnoscit  vltrô  benefacientem  eum,  quem  multis 
ssepe  modis  ofïendit,  &  à  quo,  pro  malo  bonum  accepit  ''t  Commissis 
nostris  Deum  irritamus,  non  dicam  cottidiè,  set  omnibus  horis,  ac 
omnibus  momentis  :  qui  tamen  est  tam  liberalis  erga  nos  tamque 
beneficus,  vt  postulantibus  nihil  neget.  Imo  verô  tam  singularis 
eius  est  bonitas,  ut  quâdoque  ea  nobis  affatim  subministret,  quaî 
prgeuidet  è  re  nostra  esse  :  etiam  antequàm  ipsi  de  petitione  cogitaue- 
rimus.  Non  repetit  ille  à  nobis  dona  sua,  non  quserit  talionem,  non 
compensationem,  (quis  enim  soluendo  esset  ?)  tantum  postulat 
memorem  &  gratû  animum  :  quem  vt  illi  exhibeamus 
indies  singulos  beneficium  beneficio  accunuilat  :  tantum 


328  PIÈCES    JUSTIFICATIVES 

abest,  ut  débita  à  nobis,  ipse  liberalissimus  Créditer,  velit  repetere. 
Caeterum,  non  potest  melius  se  gratus  animus  explicare,  quàm  com- 
memoratione  ac  confessione  accepti  officij  :  atque  gratiarum  actione. 
Quamobrem,  qui  Dei  clementiam,bo[nitatein],  liberalitatem,  ac  pie- 
tatem  expertus  erit,  Nomen  eius  celebret,  extollat,  prœdicet  :  com- 
memor  et  bénéficia  ipsius,  et  summa  &  multa  :  atque  gratiâ  illi 
habeat.  Fide,  opère,  ore,  scripto,  de  quibuscumque  poterit  modis  : 
ille  profectô  gratus  tum  in  eum  erit.  Ad  id  nos  incitât  suo  exeraplo 
Dauid  qui  in  pace  ac  ocio,  gloriam  dabat  Deo,  &  potêtiam  eius  ac 
celsitudinein  prsedicabat  :  in  tribulationibus  &  augustijs,  viua  Fide 
instructus,  illius  opem  implorabat  :  ac  dsemum  ab  ijs  liberatus,  gratias 
ei  agebat,  &  fidèles  omnes  conuocabat  ad  commemorandani  eius 
bonitatem.  Illius  ego  vestigia  insecutus,  cùm  essem  apud  vos 
vinctus,  et  nihil  prorsus  haberem  in  Parentum,  Amicorum  ac  homi- 
num  auxilio  spei  reliqui,  confugi  ad  eum,  qui  consolationis  est  Deus, 
loc       &  <iui,  sperantibus  in  se  presto  est  semper.     Neque  vero 

p.        lOO  .  .  .  .  .  .A 

mea  niilii  spes  imposuit,  Auansoni  optnne,  vtqui  qua 
ab  eo  precibus  &  lachrymis  postularâ,  sim  tandem  consecutus 
libertatem.  iEquum  erat  itàque,  vt  solutus  carcere,  liberatorem 
agnoscerem  meum  :  utque  gratiam  ei  haberem  &  nomen  eius  sanc- 
tissimum  ubique  prsedicarem  :  vt,  qui  erunt  aliqua  in  angustia  cons- 
tituti,  aut  quacunque  animi  maestitudine  comprementur,  meo  com- 
modo  sapiant  :  atque  postposita  in  creaturis  vanissima  spe,  ad  crea- 
torem  sese  recipiant  :  ab  eo  quidquid  iustum  ac  vtile  illis  fuerit  impe- 
traturi.  Quâobrem,  psalmum  hune  Dauidis,  paraphrastica  inter- 
pretatione  sumpsi  explicandum,  tum,  quôd  dignus  sit  qui  syllabatim 
ediscatur,  proptereà  quod  Fidem  nostrâ  non  parum  conifirmat  : 
tum,  quod  materiae  ac  proposito  nostro,  quasi  de  industria  seruiat. 
Nam  cùm  fugeret  ille  furorem  Saulis,  neque  haberet  tutum  aliquem 
locum,  in  queni  se  reciperet,  &  mortem  declinaret,  diuertit  ad  Achis 
Regem  Geth  :  atque  inibi  cùm  aliquandiu  mansisset,  à  seruis  & 
domestics  Régis  agnitus,  vbi  perspexit  vitam  suam  magno 
esse  in  discrimine,  simulauit  insaniâ  :  ac  prorsus  habitum 
&  morem  Epilentici  cuiuspiam  mentitus  est  :  &  eam  ab  caussam 
imperio  Régis  expulsus,  recta  in  speluncam  Odollam  diuertit  :  &  ea 
simulatione  à  tanto  periculo  liberatus,  hune  psalmum  scripsit,  in 
quo  gratias  agit  liberatori  Deo.  Sic  ego,  eum  tam  durit er  tract ari 
viderem  me  à  vobis,  ut  mitius  eum  siccarijs,  latronibus,  homicidis, 
furibus,  raptoribus  ac  deploratse  vitae  hominibus  ageretur,  simulavi 
certè  insaniara  :  &  sum  ea  consecutus,  vt  qui  in  arcta  prius  &  fœtida 
turre  solus  languebam,  eum  Pedunculis,  Semicibus,  vSoricibus,  & 
Seorpionibus  colluctans,  libertatem  obtinuerim  per  quantulascunque 
angustias  carceris  obambulandi.     Id  vbi  adsecutus  fui,  libertatula 


PIÈCES    JUSTIFICATIVES  329 

illa  in  x\)vu\  nie  ccvtissniiun  Vdcauit,  fuluruni,  \i  <|ui  ian\  me  pede- 
tentiiu  cœperat  liberare,  tandem  in  plenam  libertatcm  aliquâdo 
adsereret.  Quod  aduersarij  (piidem  mei  ncquc  volebant  neque 
l)utabant  :  imo  verô  desperabant  etiam,  ({ui  mcae  saluti,  non  minus 
quàni   siue,   eonsultum  esse   voluissent.     Mouebat  omnem   lapideni 

eaput  istud  obstipum  (dignior  certe  homo,  qui  sit,  aut 
'  Porcarius  aut  Bubulcus,  quàm  is  cuius  ofidcio  fungitur), 

vt  per  fas  aut  nefas  viuus  concremarer  :  quo  vt  tandê  perueniret, 
viros  bonos  &  graues,  quorum  consuetudine  familiariter  sum  vsus, 
ad  falsum  contra  me  testimonium  proferendum  sollieitabat  :  &  quod 
blanditijs  ac  corruptelis  non  poterat,  tentabat  dolo  ac  minis  efficere.' 
Habebat  quôque  suû  patella  operculû,  nempè  Sisanmê  istû, 
silicernium  &  delirantem  senem,  stiuae  certe  commodiorem  quàm 
dicendo  luri,  qui  ludicis  simul  &  Actoris  partes  tractabat.  Hos 
duos  satis  nouit  Gratianopolis,  nouit  inquàm  toto  animi  impetu  fuisse 
impulsos  in  perniciem  meam  :  ac  niliil  reliquisse  intentatû,  ut  meo 
sanguine  inexhaustam  sitim  suœ  vindidictae  expièrent.  Set  quomodo 
fauissent  innocenti  Reo,  qui  sunt  innocentise  persecutores  ?  quomodo 
œquioris  caussse  defensores  fuissent,  qui,  quid  sit  lus  plané  ignorât, 
suntque  ad  id  tractandum  tanquàm  Asini  ad  l3^ram  ?  quomodo  deni- 
que  fauore  bonarum  artium,  doctrina  excultum  (licet  mediocri)  cle- 

menter  &  pro  ofïicio  suo  tractassent,  qui  sunt  à  Musi" 
'  prorsus  alieni,  &  omnium  bonarum  disciplinarum  exper- 

tes ?  lurarant  ilK  in  mortem  meam,  non  modo  cum  fortunarum 
suarum,  set  salutis  etiam  su»  dispendio  :  tum,  quod  voluissent,  & 
adhuc  vellent,  doctos  omnes  extinctos  esse  :  tum,  quod  timerent  quod 
euitare  minime  possunt  :  nimirum,  ne  mea  amicorumque  meorum 
industria,  vt  digni  sunt  tractentur  ac  suis  pingantur  coloribus.  His 
accessit,  quod  eram  in  barbara  ac  prorsus  Scythica  terra,  &  solus 
&  alienigena  Gallus,  longé  à  Patria,  longé  à  Parentibus,  longé  ab 
Amicis  :  imo  ijs  plané  destitutus,  ac  totus  inermis.  Ccoeterum  quod 
inermê  me  voco,  intelligo  equidem  inopiâ  paupertemque  meâ  : 
quandoquidem  diuitiae  ac  opes  multae,  nostro  seculo  arma  sunt  Reis 
validissima,  contra  accusationes  &  criminationes  omnes,  atque  adeo 
aduersus  quoslibet  iudiciorum  exitus.  In  tôt  ac  tantis  periculis, 
quis  de  sua  salute  non  dubitasset  ?  atqui  dubitare  certé  non  potui, 
Dei  bonitate  ac  auxilio  fretus,  quem,  et  legeram  &  multorum  exemplo 
,  .(j      didiceram,   suis   semper   plusquàm   paterna   sollicitudine 

prouidere  :  ac  non  sinere  vt  in  tentationibus  succumbant. 
Quid  tandem  ?  accidit  certé  mihi  quod  sperabam  :  nempè,  pracsen- 
rissima  morte  liberatus,  persequentium  manus  efïugi.  Quare,  vt 
meo  exemplo  fidant  Deo  onnies  qui  adfliguntur,  vt  gustent  suaui- 
tatem  misericordiai  eius,  vtque  illum  solum  timeant,  hac  paraphrasi 


330  PIECES    JUSTIFICATIVES 

gratias  illi  ago,  &  libertatem  meam  illi  soli  acceptaui  fero.  Tibi 
autem,  qualis  qualis  est,  Auansoni  doctissirae,  à  me  dicatur,  nimiruni 
Amico  singulari  :  cui  tam  gratû  fuit,  mortis  periculû  me  décli- 
nasse, quam  fuit  graue  et  molestum,  cum  nouercate  Fortuna  in  vin- 
culis  tamdiu  colluctasse,  &  tôt  incommoda  pertulisse.  Quod  vt 
mihi  persuadeam,  facit,  &  tua  in  meliores  literas  i^ropensissima 
voluntas,  ac  eruditio  certe  cum  iudicij  maturitate  non  vulgaris,  & 
summa  illa  tua  erga  me  mérita:  quae  de  tua  in  me  voluntate  fidem 
mihi  locupletissime  fecerunt.  Valebis  itaque  Auansoni  disertissime 
&  Smarthani  tui  innocentiâ  probe  tibi  perspectâ,  pro  charitatis 
Christianse  ofïicio,  proque  tua  summa  humanitate,  esse  apud  vos  sar- 
tam  tectam  curabis.  Xam  scio  aduersarios  meos,  cùm 
non  potuerint  suam  crudelitatem  meo  sanguine  satiare, 
nomen  meum  omnibus  probris  aspersuros.  Set  sciant  velim,  me 
vituperationem  illorum  laudi  maximae  ducere  :  dum  modo  dignitas 
mea  apud  Senatum  vestrum  amplissimum  illabefactata  &  intégra 
maneat  :  de  cuius  in  me  voluntate  dubitare  non  possum  :  quâdo- 
quidem  ta  multi  estis  in  vestro  ordine,  &  boni,  &  docti  Senatores, 
ut  quos  Bestise,  insectâtur  doctrinse  nos  aspernandœ  viros,  ipsi  vestra 
sponte  diligatis  &  ab  omni  prorsus  iniuria  vindicetis.  lesus  Christus, 
redemptor  noster,  te  sua  gratia  impleat,  Senator  eruditissime  & 
humanissime.  Lugduni.  Calendis  Iuliis,  1543. 
—  In  Psalmurn  Septiinum  et  Psalmum  xxxiii,  Paraphrasis,  pp.  143-144. 


LETTRE   ADRESSÉE   AU  DOMINICAIN  LOUIS   DUFOUR. 

C.  Smarthanus  F.  LuDOVico  Fourn^eo  Iacobit.ï:  Theologo  S.  D. 

Paraphrasim  nostram,  fratibus  ordinis  tui,  doctis  et 
^'  catholicis  uiris  perplacuisse,  summopere  gaucleo,  Lu- 

douice  suauissime  :  tum  quôd  à  probatis  uiris  probari,  laudi  summse 
ducendum  est  :  tum,  quôd  hoc  tam  turbulento  seculo,  non  uulgare 
quidem  Dei  donum  est,  Theologis  placere  :  &  ijs,  quibus  inquisitionis 
prouincia  demandata  est.  Nam  sunt  qui  doctorum  &  Theologorum 
titulo  gloriantes,  insania  propè  rumpuntur,  cum  uident  alios,  quan- 
quàm  cloctrina  sine  nomine  insignes,  aliquid  Theologicse  meditationis 
in  apertum  proferre.  Porrô,  scribis  nihil  inter  legêdum  iUis  occur- 
risse,  quod  admittendum  non  sit  :  nisi  quod  dubitant,  ne,  quae  scribo 
de  malis  Principibus,  de  corruptis  iudicibus,  ac  de  impijs  hominibus 
ueritatis  hostibus,  aliter  accipiantur,  quàm  forte  intelligam  :  nempè 
aduersus  eos  dictum,  qui,  hodiè  sectarum  seditiosos  amatores  & 
pessimè   de   nostra   religione   sentientes   persequuntur   ac   puniunt. 


PIÈCES   JUSTIFICATIVES  331 

rii..i      T^'s*)   uero,    Furnaee,    Hsereticos   oinnes,   Atheos,    Ana- 

p.   12  loi  o  '  '  '  ' 

baptistas,  carnales  istos  Euangelicos,  &  turbuleiilos 
huius  generis  ac  pestifcros  homines  sic  odi,  ut  cupiam  è  medio  iam 
sublatos  esse  illos  :  taiitû  abest  ut  inuehi  velim  in  magistratus,  qui. 
seuerissinie  in  ipsos  animaduertunt.  Quod  scribo  de  Principibus, 
qui  nialo  consilio  acquiescentes,  saeviunt  in  bonos  et  pios,  intelligo 
de  ijs,  quorum  mores  facta  satis  ostendunt,  quales  experta  est  Italia 
saepè  multos,  &  non  ita  pridem  Anglia.  Set  nominatim  illos  expri- 
mere  nô  placuit,  cùm  periculosum  sit  de  Principibus  huiusniodi 
etiam  uera  scribere.  De  iudicibus  malis  &  impijs  hominibus  quod 
scribo,  non  ignoras  quo  tendit  :  nempè  tanguntur  ij  qui  sub  Luthera- 
nismi  prsetextu,  crudelitatem  uindictae  suae  in  me  innoxium  exer- 
cuerût  :  quos  etiam  dico  suis  censuris  innoxios  ab  hominum  com- 
mercio  et  ab  ipsa  quoque  Ecclesia  excludere  :  de  me  ipso  loquens, 
quem  solum  obscuro  loco  concludi  curauerunt  :  nec  id  tantum, 
uerumetiam  à  sacratissimge  Eucharistiae  connuunione,  tanquam 
ludaeum  aut  Turcam  repulerunt,  quamquàm  nuUius  plané  criminis 
côuictum.  Quod,  nunquid  est  ab  Ecclesia  arcere  ?  Nunquid 
[914.1  ueritatem  oppugnare  ?  Oppugnat  siquidem  illam,  qui, 
'  "  ^  &  quod  non  est  uerum  obijcit  :  &  quod  uerum  est  non 
admittit.  Quod  superest,  non  ignoro  fuisse  semper,  et  adliuc  esse, 
qui  calumniantur  quse  recta  sunt,  sinistré  interpretantur  quae  sunt 
dubia,  exaggerant  quae  sunt  leuia,  et  in  omnibus  tam  inclementes 
sunt  indices,  ut  magis  hoc  agant,  ut  perdant  eum  qui  forte  prolapsus 
erit,  quam  ut  sanent,  Set  non  dubito  ne  qui  ueré  Theologi,  hoc  est 
sequi,  boni,  ac  docti  sunt,  ab  omni  me  iniuria  uindicent  :  prsesertim, 
Ecclesise  iudicio,  mea  qualiacunque  omnia  sint  opéra  submittentê. 
Commentarios  nostros  in  Psal  118  ;  ociosus  relegam  &  recognitos 
(ut  à  me  postulas)  emittam.  Vale.  Furnsee  doctissime,  &  ordinis 
uestri  fauorem  quem  mihi  conciliasti,  sic  faueto  :  ut  in  dies  magis 
atque  magis  coalescat.  Gratianopoli,  24.  Calendas.  Aprilis.  1543. 
—  In  Psalmum  Septimum  et  Psalmum  xxxiii,  Paraphrasis,  pp.  [212]- 
[214J. 


DEDICACE    DE    LA    MÉDITATION    SUR    LE    PSAUME 
QUATRE-VINGT-DIX   (QUATRE-VINGT-ONZE) 

Carolus  Sanctomarthanus  Gastono  Oliuario    Manci    Domino. 

S.  D. 

fol  2  ro  Quemadmodum  grassante  peste,  non  solum  qui  sunt 

infecti,  set  sani  etiam  ac  intégra  valitudine,  ad  medicos 

recurrût,  atque  ab  eis  utrique  auxilium    &    opem    postulât  :  illi,  ut 


332  PIECES    JUSTIFICATIVES 

curentur  :  hi,  ut  pharmacis  &  salutari  aliquo  moly,  praeseruentur  : 

Ita,  rescissa  hodie  per  tôt  tamque  varias  opiniones  Christanonim 

côcordia,  frigescente    charitate,    vacillante  Fide,  ac  spe  ex  omnium 

ferme  animis  excussa,  crescente  in   dies    hominû    malitia,  finesque 

suos  dilatante  Atheismo,  necesse  quidam  est,   &  ijs  quos  sectarum 

diuersitas,   adeo  certè  anxios  ac  dubios  reddidit  ut  quid  credant, 

cuive  parti  adheereant,  prorsus  incertum  habeant  :  &  ijs  quoque  qui 

nullis  adhuc  opinionem  lab^nrinthis  inuoluti  implicatique  sunt,  ad 

doctorem  aliquem  pium  sese  recipere,  qui  mutantes  sustinere,  lapsos 

erigere,  errantes  in  viam  revuocare,  eosque,  qui  a  fide  ac  Spe  non 

j.  T   n    r.       exciderunt,   magis   ac   magis   confirmare,    &   in   cliris- 
fol.  2  vo  '         &  &  ' 

tianismo  continere  queat.     Doctores  quidem  habemus 

ac  Theologos  &  Ecclesiastias,  &  numéro  multos,  &  doctrina  excel- 
lentes, quorum  alij  publicis  lectionibus,  alij  concionibus,  alij  scriptis 
&  in  lucem  emissis  commentarijs,  quam  nacti  sunt  Spartam  probe 
ornant  :  &  nihil  intêtatum  relinquût,  ut  christiana  religio  sarta 
tecta  maneat.  Verum  nobis  semper  in  manu  non  sunt,  neque  illis 
licit  per  ociû  votis  nostris,  quoties  volumus  respondere  :  vt  intérim 
taceam,  quodsi  peregre  profîciscaris,  si  ruri  habites,  si  non  detur  in 
frequentia  hominum  vivere,  cohortatoribus  illis  ac  consultatoribus 
vti  non  valeas.  Dâda  itaque  nobis  est  opéra,  ut  si  ex  tam  magno 
numéro  aliquis  sese  offerat,  qui  praesens  nobis  ac  prsesto  semper  esse 
velit,  ipsum  ut  retineamus.  Prsestare  autem  id  vivi  vix  possunt  : 
mortui  quidem  per  eom  quae  extât  scripta  possût  :  paremque 
nobis  operâ  comodare  valet,  qui  superstites  agût.  Set  vereor, 
ne   morbis   omnibus   qui   animum   nostrum   occupabant,   remedium 

f  1  «i  .0  ^cque  nobis  prsescribere,  atque  ipsi  desiderabimus  non 
possint  :  vt  sileam  in  scriptis  hominum,  nescio  quid 
semper  humani  existere.  Quse  quum  ita  sint,  eadem  nobis  est. 
adhibenda  in  salute  spiritus  cura,  quam  solemus  in  corporis  valetu- 
dine  mala  adhibere  :  nimirum,  vt  quemadmodum  qui  decumbit, 
optimum  quemque  ac  fidissimû  Medicuû  aduocat,  ita  qui  animo 
laboret,  illû  ipsum  consolatorem  eligat,  qui  pietate  magis  valeat. 
Quum  autem  Spiritus  sanctus,  animarum  sit  nostrarum  Medicus 
&  consolator,  neminem  esse  adeo  vesanum  puto,  ut  vel  neget,  vel 
ambigat,  ad  eum  nobis  concurrendum  esse. 

Verum,  vbi  melius  ac  promptius  reperitur,  quam  in  scriptis  illorum, 
quibus  ipse  tanquam  organo  vsus  est  ?  Nêpe  Mosis,  Prophetarum, 
&  Apostolorum  ?  Praesentes  illi  nobis  esse  semper,  nobiscum  per- 
noctare,  nobiscû  perigrinari,  nobiscû  loqui  possunt  :  neque  vlluni 
morbis  animse  nostrae  remedium  desiderabimus,  quod  illi  statim 
&  affatim  non  suppeditent.  Cseterum,  inter  omnia  quae  in  manu 
sunt  Bibliorum  volumina,   vnus  David  sic  tristes  recréât,  mœstos 


PIÈCES    JUSTIFICATIVES  333 

f  1  Q  o  solatur,  tristes  mitigat,  languentes  reficit,  animo 
deiectos  erigit,  [se  ?]  malè  habêtes  sanat,  in  prosperis 
côfirniat,  in  aduersis  sustinet,  vt  nô  immerito  Hebraei  pueros  suos 
eius  doctrina  tanquain  lacté  primo  inil)ibàt,  cêseantque  Hilarius, 
Orig.  Aug.  Hieron.  &  Chrysost.  de  manibus  illû  deponi  nunquam 
debere.  Quod  ad  me  adtinet,  fateor  me  Davidis  psalmis  sic  capi, 
vt  quod  de  Cicérone  dicebat  Plinius,  eu  doctû  sese  existimare, 
cui  ille  placuisset,  idê  de  Davide  dicam,  posse  Christianum  de  gratia 
Spiritus  Dei  certum  esse,  qui  psalmorum  lectione  oblectabitur.  Qua 
in  sententia  quum  te  quoque  vir  doctissime,  esse  cognoscerem,  ac 
te  voluptatem  omnem  in  eo  libro  reponere,  ex  sermone  tuo  perspi- 
cerem  :  simulque  tua  in  me  multa  &  magna  officia  expenderem,  pla- 
cuit  meditatiunculam,  quani  in  nonagesimum  psalmum  conscripsi 
tuo  nomini  dicatam  in  apertum  dare.  Tibi  quin  grata  &  accepta  sit, 
nihil  plane  dubito  :  idemque  ab  ijs  expecto,  qui  pietatem  toto  pec- 
tore  tecû    amplexantur  :  de  quibusdam  autem,  qui  scripta  trahunt 

f  ]   4    Q      iii  calumniam  omnia,    quid    câdidi  dextrique    indidij 

expectem  ?     Tu  itaque  quibus  occupationibus .  ocium 

teraporis  fallam,  vide  :  ac  nostra  meditatione  fruere,  donec  integrum 

Psalmorum  opus,  in  liendecasyllabos  à  me  redactum,  tibi  legendum 

mittâ.    Vale  amicorum  optime. 

Lutetise  Parisiorum  quarto  Mus  lulij.  1550. 
—  In  Psalmum  Nonagesimum  Pia  Admodum  db  Christiana  Medi- 
tatio,    per    Carolum    Sanctomarthanum    Fontebraldensem  I.    V.   D.. 
fols.  2  ro  —  4  ro. 


PRÉFACE    A    LA    VEPvSION    LATINE 
DE  L'ORAISON  FUNÈBRE   DE    LA  REINE  DE   NAVARRE. 

C.    Sanctomarthanus   lectori   candido   s. 

P.^-,  Tam  corrupti  sunt  nostri  temporis  mores,  Lector  optime, 
vit  eruditi  omnes,  ac  boni  viri,  suas  vigilias  in  apertum 
emittere  non  audeant.  Sunt  enim  non  pauci,  quorum  alii  ingenio 
certe  ac  doctrina  prsestant  :  sed  ceeca  qusedam  philautia  laborantes, 
nihil  judicant  posteritate  dignum,  quod  non  ipsi  s(!i'ipserint  ;  alii, 
tametsi  nec  judicio  valeant,  nec  sint  melioribus  disciplinis  exculti. 
temere  tamen  adversus  omnium  liominum  scripta  pronuntiant.  Qui 
nialunt  Ciceronianos  se  quam  Christianos  esse,  quidquid  non  accedit 
ad  Ciceronis  eloquentiam  respuunt  :  neque  intérim  uUam  habent 
rationem  reconditioris  doctrinai,  quse  satis  confirmât  Scriptorem  non 
esse  ex  numéro  cicadarum,  aures  tantum  oblectantium.  Philosophi, 
qui  sibi  arcem  verae  eruditionis  occupasse  videntur,  jejunas  omnes 


334  PIECES   JUSTIFICATIVES 

et  aridas  scriptiones  appellant,  quae  de  philosophia  non  tractant. 
Athei  rident  onniia,  quum  sint  ipsi  omnium  maxime  ridi- 
'  '  culi.  8j^cophant»,  omnia  rapiunt  in  calumniam.  Poetae 
proscindunt  omnia.  In  summa,  sumus  prope  omnes  in  tôt  sententias 
&  opiniones  distracti,  ut  nondum  satis  mihi  constet,  debeamus  ne, 
cum  Democrito  insaniam  ridere  nostram,  an  cum  Heraclito  nostram 
ipsorum  miseriam  flere,  qui  vix  possumus  umbram  nostram  ferre. 
Ego  sane,  lector  candide,  non  expecto  aliud  de  hac  funebri  laudatione 
judicium,  quam  quod  in  dies  singulos  de  scriptis  eruditissimis  fieri 
video.  Ciceroniani,  dictionem  Juris  consulti  hominis  fastidient. 
Rhetores,  e  sua  schola  orationem  ejicient,  quse  orationis  partes  non 
habeat  &  a  rhetoricis  prseceptionibus  recédât.  Tôt  digressiones 
damnabunt  :  tôt  autorum  (sic)  nomina  orationi  inserta  esse  impro- 
babunt  :  tôt  denique  ex  historiis  siunpta  exempla,  tanquam  superva- 
canea  rejicient.  Intérim  vero  non  expendent,  de  industria  id  me 
fecisse  :  qui  potius  historiam  scribere  vellem  quam  Orationem. 
Atqui  non  erat  orationis  titulo  eraittenda,  nisi  dignitas  orationis 
servaretur.  Sit  ita.  Tu,  igitur,  cum  Cicérone,  ac  Quintiliano  voca 
Laudationem.  Set  non  ego  certe  in  hoc  scripseram,  ut 
"  ederetur    :    verum   ut   a   me   Alenconii   pronunciaretur,    si 

reginœ  nostrse  funebris  pompa  celebrata  fuisset.  Quod  quum  tam 
diu  differri  vidèrent  amici  omnes  mei,  quibus  mecum  jactura  quam 
l'eci,  communis  est  :  suo  jure  a  me  impetrarunt  ut  in  apertum  illa 
prodiret.  Audio  Petrum  Paschalium  virum  eruditissimum  &  mihi 
ahquando  Avenione  cognitum,  statuisse,  Reginœ  vitam  hteris  man- 
dare.  Quod  si  semel  tentarit,  quam  id  ille  fehciter  perficiet,  vel  ex 
sola  oratione  quam  in  obitum  Mauhi  scripsit,  judicare  poteris.  Nimis 
ergo  difficiles  esse  Cicer[on]ianos  dicam,  si  Paschahi  tam  pura  tamque 
tersa  dictio  palato  illorum  grata  non  sit.  Vale.  Datum  Alenconii, 
Idibus  Martiis,  1550. 

—  In  obihim  incoîn/parabilis  Margaritœ,...   Nauarrorum  Reginœ 
Oratio  funebris,  etc.,  pp.  [2]-4. 


PRÉFACE 
A  L'ORAISON  FUNÈBRE  DE  LA  DUCHESSE  DE  BEAUMONT. 

Ch.\rles  de  Saincte  Marthe,  Docteur  es  Droicts, 
Au  Lecteur,  Salut. 

Tu  sçais.  Lecteur,  que  le  commû  proverbe  dit  :  Qui  aime,  aime 
après  la  mort.  Et  un  autre  dit  :  Loue  après  la  mort.  Si  nous 
deuons  donc  louer  les  trespassés,  non  pas  en  detracter,  comme  font 
ceuls  qui  tiennent  de  la  nourriture  Arcadique  :   &  qu'il  nous  soit 


PTKCES    JUSTIFICATIVES  335 

aussi  cômandé  rendre  tesmoignage  do  nostre  amitié,  plus  après  la 
mort,  que  durant  la  vie  :  i'ay  bône  &  receuable  excuse  d'auoir  loué, 
par  louenge  funèbre,  celle  qui  meritoit  toute  sorte  de  louenge,  &  qui 
par  ses  bienfaicts  m'auoit  obligé  à  la  louer  :  i  'entends  de  la  defuncte 
Ro\Tie  de  Navarre.  Mais  ie  ne  sçay  ou  nous  pourriôs  trouver 
cuisinier,  qui  feist  saulse  agréable  a  touts  appétits,  veu  les  diuerses 
qualités  des  ventricules.  Je  dy,  que  les  iugements  des  homes  sont 
si  diuers  (que  je  ne  die  peruers),  qu'il  est  impossible  que,  si  Homère, 
Ciceron,  &  leurs  semblables  uiuoient,  leurs  escripts  ne  leur  fussent 
insipides.  C'est  pitié  d'ouir  faire  récit,  de  combien  de  parts  ma  pauure 
oraison  a  esté  assaillie,  blessée,  degettee,  voire  &  de  plusieurs  qui  sont 
plus  insipides  que  la  Bete.  Or  maintenant  que  je  t'en  enuoye  vne 
autre,  sur  le  trespas  de  Françoise  d'x41ençon,  Duchesse  de  Beaumôt, 
douairière  de  Vendosmois,  que  m'en  aduiendra  il  ?  Si  les  paroUes 
des  jugemêts  des  personnes  estoiêt  ainsi  trenchantes  qu'est  vne 
espee  nouvellement  affilée,  ie  perdroie  auiourd'huy  un  membre,  & 
demain  l'autre,  &  biê  tost  ie  seroie  tout  destrenché  &  mis  en  pièces. 
Mais  Dieu  y  a  pourueu,  qui  a  faict  les  langues  de  nos  détracteurs 
estre  comme  une  espee  de  plomb,  dens  vn  fourreau  sanglant.  Je  ne 
desisteray  donc  de  poursuiure  mon  entreprinse  :  ie  dy  de  mettre  en 
lumière,  &  la  seconde  oraison,  &  les  autres  oeuures,  ou  tous  les  iours 
je  travaille,  dôt  auras  bonne  partie  dens  peu  de  têps  :  Aydât  le 
créateur,  que  ie  supply.  Lecteur  candide,  te  dôner  sa  saincte  grâce. 

Escript  a  Alêçon  ie  xii.  d'Octobre.  1550. 

—  Oraison  funèbre  sur  le  trépas  de....  Françoise  cVAlençon, 
Duchesse  de  Beaumont,  Douairière  de  Vendosmois  &  de  Longueville, 
fol.  2  ro  et  vo. 


PACTE    DE    SAINTE-MARTHE    AVEC    JEAN    DE    TARTAS. 

A  esté  présent  et  personnellement  estably  maistre  Charles  de 
Saine te-Marthe,  maistre  es  arts,  natif  de  ronte\Tault,  diocèse  de 
Poictiers,  et  à  présent  demeurant  à  Bourdeaulx,  au  collège  de  Guyenne, 
lequel  de  son  bon  gré  et  volunté  bien  instruict  de  son  faict,  ainsi  qu'il 
a  dict,  a  promis  et  promect  par  ces  présentes  a  monsieur  Maistre 
Jehan  de  Tartas,  principal  dudict  colliège  de  Guyenne,  illec  présent, 
pour  luy,  ses  hoirs  et  successeurs  stippullant  et  acceptant,  demeurer 
dedans  ledict  colliège  ou  ailheurs  où  ledict  colliège  sera  séant  tant  en 
la  présente  ville  que  dehors  d'icelle  pour  l'espace  d'un  an  comply, 
lîny  et  révolu,  commenssant  le  jourd'huy  et  finissant  a  mesme  jour 
et  terme  pour  en  icelluy  colliège  régenter  et  faire  classe  et  règle  à 
composer  et  prononcer  oraisons,  dialogues,  comédies  et  lire  publique- 


336  PIÈCES    JUSTIFICATIVES 

nient,  toute  ainsi  que  le  plaisir  sera  duclict  principal  luy  dire  et  com- 
mander, et  auquel  principal  ledict  de  Saincte-Marthe  a  jiromis  et 
sera  tenu  obèyr  et  à  son  jîouvoir  servir  en  toutes  chouses,  le  honnorer 
et  garder  son  proffict  et  honneur  envert  et  contre  tous,  et  lui  éviter, 
réveller  et  advertir  son  dommaige,  et  en  icelluy  colliège  vivre  quie- 
tement  et  soy  maintenir  en  humilité  scolastique  et  collégiale,  en 
vertus  et  bonnes  meurs,  en  l'honneur  de  Dieu  premièrement,  dudict 
principal  et  dudict  colliège,  sans  commettre  en  dict,  ny  en  faict, 
bandes,  mutinemens,  monopoles,  ne  aucune  chouse  scandaleuse,  ne 
vitieuse,  et  aussy  sans  dire,  dèclairer  ne  réveller  à  aucun  dedans 
ledict  colliège,  ne  hors  icelluy,  la  manière  de  vivre,  faict  et  secret 
dudict  colliège,  et  pour  les  gaiges,  sallaires  et  stipendies  dudict  de 
S**"  Marthe,  pour  ledict  an,  ledict  nions,  de  Tartas  lui  a  donné  la 
somme  de  trente  cinq  livres  tournois,  laquelle  somme  ledict  de 
S^e  Marthe  a  confessé  avoir  eue  et  receu  entièrement  avant  ces  prée- 
sentes  dud.  de  Tartas,  tant  en  robbes  et  habilhemens  que  en  or. 

Du  4me  de  décembre  1533. 
Archives  Départeînentales  de  la  Gironde.     Garde-Note  Contât.     1533. 


LETTRES  PATENTES,  NOMMANT  SAINTE-MARTHE  DE 
NOUVEAU  PROCUREUR  GÉNÉRAL  DU  DUCHÉ  DE 
BEAUMONT. 

Antoine,  Duc  de  Vendosine,  et  de  Beaumont,  Pair  de  France, 
comte  d'Armagnac,  de  Roddez,  Couversan,  Marie  et  Soissons,  Baron 
d'Epernoy,  Mondoubleau,  Brou,  Brion  et  Apurilly  Surdan  et  Broyé, 
—  Seigneur  d'Anguien,  d'oysy,  de  Ham,  Bohain  —  Beaureuoir, 
Vendeuil,  d'Ailly-sur-Noye,  de  Dunkerke,  Bourbourg,  Grauelines  et 
Roddez  en  flandres,  chastelain  de  l'Isle,  Gouverneur  et  Lieutenant 
gênerai  pour  Monseigneur  le  Roy  ez  pays  de  Picardie  Boulenois  et 
Arthois.  A  Tous  ceux  qui  ces  présentes  lettres  verront.  Salut. 
Comme  par  l'érection  que  faist  feu  Monseigneur  le  Roy  du  Vicomte 
de  Beaumont  en  Duché,  nostre  deffuncte  treshonorée  Dame  et  Mère, 
que  Dieu  absolue,  eust  crée  plusieurs  offices  pour  radministration  de 
la  police  et  justice  dudict  Duché,  et  entre  autres  un  procureur  gênerai 
lequel  eust  superintendance  sur  tous  et  chacuns  les  autres  procureurs, 
et  lesquels  procureurs  demeuroient  comme  substituds  dudit  procureur 
gênerai,  nostre  dicte  deffuncte  Dame  de  Mère  eut  pourueu  nostre 
Allié  et  féal  Messire  Charles  de  Sainte  Marthe,  Docteur  es  droites  et 
retenu  de  son  conseil.  Par  la  mort  de  laquelle  ledict  Duché  de 
Beaumont  nous  seroit  escheu  et  tous  les  offices  d'iceluy  demeurez  en 
nostre  disposition  ;   Scauoir  faisons   que  pour  la  bonne  et  entière 


PIÈCES   JUSTIFICATIVES  337 

confiance  que  nous  avons  de  la  personne  duclict  de  Saincte-Marthe,  — 
et  pour  ces  sens,  suffisance,  littérature,  fidellité,  et  qu'il  s'est  bien  et 
sans  reprehension  gouv^erné  audict  estât,  en  considération  aussy  des 
services  qu'il  a  faicts  à  nostre  dicte  feu  dame  et  Mère  et  espérons 
qu'il  nous  fera  cy  après.  Iceluy  de  Sainte  Marthe  auons  retenu  et 
retenons  en  Testât  de  nostre  Conseiller,  et  luy  auons  donné  et  conféré, 
donnons  et  conférons  par  ces  présentes,  ledict  office  de  procureur 
gênerai  en  nostre  dict  Duché  de  Beaumont  aux  gages  de  six  vingts 
liures  par  an.  Sur  Saonnj-e  trente  Liures,  sur  chasteau  Gontier 
vingt  Liures,  sur  la  flesche  vingt  liures,  sur  Fresnay  dix  liures,  et 
sur  Beaumont  dix  liures,  qui  est  en  tout  six  vingts  Uures  payables 
à  deux  termes.  Scauoir  est  la  Sainct  Jean  et  Xoel  le  premier  paye- 
ment commençant  a  la  feste  de  sainct  Jean  prochain,  venant.  Pour 
d'Iceluy  en  iouir  doresnavant  aux  droicts,  esmolumens,  franchises, 
prééminences  et  libertez  qui  y  appartient  tant  qu'il  nous  plaira. 
Lequel  procureur  General  voulons,  intendons  et  nous  plaist  auoir  la 
superintendance  sur  tous  nos  autres  procureurs  de  nostre  dict  Duché, 
qui  demeureront  ses  substituds  seulement  en  sorte  qu'en  sa  présence 
ne  feront  estât  ou  exercise  de  procureur  gênerai  des  affaires  qui  sur- 
viendront en  nostredit  Duché,  chacun  en  son  endroit  pour  y  estre 
par  luy  donné  ordre,  ou  si  besoin  est  nous  en  advertir  la  part  ou 
serons.  Duquel  estât  de  procureur  gênerai  ledit  de  Samcte  Marthe 
a  ce  Jourdhuy  preste  entre  nos  mains  le  serment  en  tel  cas  requis  et 
acconstumé.  Si  mandons  a  chacun  de  nos  Receveurs  et  fermiers  de 
nostredit  Duché  de  Beaumont  presens  et  à  venir,  qu'ils  ayent  a  payer 
audit  de  Sainte  Marthe  la  dicte  somme  de  six  vingts  Livres  selon 
l'apreciation  et  cottite  de  chacun  d'eux  aux  termes  susdicts,  et  rap- 
portant par  eux  les  présentes  Lettres,  ou  le  vidimus  d'icelles  deuement 
collationé  avec  quittance  dudict  de  Sainte  Marthe,  quand  besoin 
sera.  Les  sommes  ainsy  par  eux  payez  audit  de  Saincte  Marthe  leur 
seront  allouez  par  les  auditeurs  de  leurs  comptes.  Ausquels  mandons 
ainsy  le  faire  sans  difficulté.  Car  tel  est  notre  plaisir.  Mandons 
en  outre  à  nostre  Amé  et  féal  conseiller,  et  seneschal  de  nostre  dit 
Duché  et  a  ses  Lieutenans  avec  lequels  voulons  et  nous  plaist  ledit 
de  Saincte  Marthe,  nostre  con*^'"  et  procureur  gênerai,  assister  et  par- 
ticiper a  la  vuidange  des  procez  civils  et  en  leur  absence  tenir  le  siège 
et  jurisdiction.  Et  a  nos  autres  Justiciers  et  officiers  qu'il  appar- 
tiendra, qu'ils  fassent,  laissent,  et  souffrent,  facent  laisser  et  souffrir 
ledict  de  Sainte  Marthe  iouii"  et  user  pleinement  et  paisiblement  de 
l'efïect  de  nosdictes  présentes  comme  nostre  conseiller  et  procureur 
gênerai.  Nonobstant  toutes  autres  lettres  a  ce  contraires  si  aucunes 
ont  esté  cydevant  de  nostre  feu  Dame  et  Mère  ou  de  nous  obtenues  : 
Lesquelles  auons  reuocquez  et  revocquons  par  ces  présentes,  et  Scellés 

22 


338  PIÈCES   JUSTIFICATIVES 

déclarons  de  nulle  valleur  et  effect.  En  tesmoing  de  ce  nous  auons 
signé  ces  présentes  de  nostre  main,  et  a  scelles  fait  mettre  nostre  scel . 
Doné  a  la  feire  le  septiesme  jour  de  Januier  l'an  1550,  signé  Anthoine. 
et  sur  le  reply  par  Monseigneur  le  Duc  et  pair  de  Valentiennes  et 
scelé  en  queue  double  de  cire  rouge. 

—  Généalogie  de  la  Maison  de  Sainte  Marthe,  fols.  27  v*^-29  v". 

EXTRAITS  DES  PROCÈS-VERBAUX  DES  VENTES  FAITES 
AU  NOM  DU  ROI,  DES  LANDES  DU  MAINE,  PAR 
SES  COMMISSAIRES  FRANÇOIS  BOY  LÈVE,  CONSEIL- 
LER AU  PARLEMENT  DE  PARIS,  ET  JEAN  TESTE,  DIT 
DE  BRETAGNE,  AVOCAT  DU  ROI,  DANS  LA  VICOMTE 
D'AUGE,5 SEPT.-SNOV. ir>.->0,  Y  COMPRIS  UN  PLAIDOYER 
DE  SAINTE-MARTHE  K 

Du  samedy,  huitième  jour  de  Novembre  mil  cinq  cent  cinquante 
à   fresnay. 

Plaidoier    fovirni  ^t  led.  Jour  nous  étant  aud.  lieu  de  frenay  en  l'hôtel- 

^arthe  p^^  du  ll^rie  OU  nous  Etions  logé  accompagné  de  plusieurs 
Seigr  de  Ven-  personnes  seroit  venu  par  devers  nous  à  l'issue  de  notre 
dosme  sur  son  (^jj^^^  jgç|  ^^^  Sainte  Marthe  accompagné  d'aucuns  qu'il 
d°"  des  Landes  disoit  être  officiers  dud.  seig'"  de  Vendosme  et  nous  a 
du  g''''  et  Petits  présenté  deux  feiiilles  de  papier,  signées  de  lui  et  de 
Bercon  .  quelques  autres  et  nous  a  dit  que  cétoit  le  plaidoier  qu'il 

avoit  fait  ce  jour  précédent.  Comme  nous  voulions  procéder  à  l'adju- 
dication desd.  landes  nous  requérant  d'ycelles  faire  lecture  et  ordonner 
icelui  être  inceré  et  transcrit  en  notre  procès  verbal,  ce  fait  avons 
dicelui  fait  lecture  et  en  ce  faisant,  lui  avons  remontré  que  tout 
ce  qui  était  transcrit  n'avoit  été  par  lui  plaidé.  Lequel  nous  auroit 
dit  que  ne  lui  aurions  donné  le  Loisir  de  le  dire,  joint  la  Clameur  du  g' 
peuple,  Ce  fait  et  nous  étant  vers  la  fin  nous  aurions  trouvé  qu'il 
étoit  écrit  esd.  deux  feuilles  de  papier  ces  mots  (et  si  nonobstant 
son  opposition  voulions  passer  outre  sans  avoir  égard  au  Contenu 
qu'il  en  appelloit)  lui  avons  dit  que  ces  mots  a  y  apposer  étoient 
mal  mis  et  que  led.  de  S*^  Marthe  ne  soutiendroit  en  avoir  appelle, 
lequel  après  l'avoir  interrogé  a  dit  n'en  avoir  à  la  vérité  appelle 
ainsy  seulemt  protesté  d'en  appeller  et  pour  ce  en  la  présence  des 
assistans  avono  ordonné  qu'il  rayeroit  ces  mots,  dont  il  [n']  a  appelle 


1.  Il  se  ti'ouve  deux  manuscrits  de  ce  document  à  la  Bibliothèque  munici- 
pale du  Mans,  dont  A  date  de  1564,  B  de  1770.  J'ai  suivi  B  en  le  contrôlant 
par  A. 

2.  Ce  plaidoyer  a  été  officiellemsnt  inséré  à  la  fin  du  registre. 


PIÈCES   JUSTIFICATIVES  339 

aiiisy  seulement  protesto  d'appeler  ce  qu'il  a  fait  présent  lesd.  offi- 
ciers dud.  seig'"  de  Vondosme  qui  n'ont  aucunement  voulu  soutenir 
le  contraire  pour  ce  que  telétoit  La  Vérité.  Ce  fait  avons  ordonné 
que  led.  Plaidoier  par  eux  baillé  seroit  transcrit  en  notre  d.  procès 
verbal  pour  leur  servir  ce  que  de  raison,  signé  Boylève,  de  Bre- 
teigne. 

Du  dit  huiti(''me  Jour  de  Novembre  mil  cinq  cent  cinq*^  Parde- 
vant  Nous  fiançois  Boyleve  Commiss^e  dessusd.  étant  aud.  Lieu  de 
frenay  pais  et  compté  du  Maine  en  notre  hôtellerie. 

Et  ledit  jour  peu  de  temps  après  que  led.  teste  dit  de  Breteigne 
étant  ja  party  dud.  frenay  pour  soi  retirer  au  pont  levèque  ou  il  fait 
sa  continuelle  résidence  se  seroit  led.  de  S*®  Marthe  retiré  pardevers 
nous  Boyleve  Commissaire  dessusd.  et  nous  auroit  dit  et  remontré 
que  la  rature  mise  et  apposée  en  La  teste  et  marge  de  son  dit  plai- 
doier en  laquelle  y  avoit  ces  mots  approbo  en  Rature  dont  il  avoit 
appelle  nettoit  bien,  disant  que  led.  plaidoier  seroit  mieux  être  fait 
de  nouvel  sans  appostille  ou  rature  et  que  led.  appel  n'auroit  été 
mis  par  lui  ains  par  les  officiers  du  Seig^  de  Vendosme  par  ce  que 
veritablem*  il  n'avoit  appelle  ains  protesté  et  que  en  icelui  fut  sup- 
plem*  mis  dont  il  auroit  protesté  dappeller,  ce  que  lui  aurions 
accordé  et  a  lui  baillé  pour  ce  faire  en  notre  présence  et  ce  fait  le 
nous  auroit  Rendu  signé  de  sa  main,  nous  requérant  de  rechef  ice- 
lui lui  bailler  acte  signé  de  notre  main,  comme  il  nous  auroit  baillé 
Led.  plaidoier,  ce  fait  lui  aurions  octroie  et  a  Lui  baillé  acte  signé 
de  notre  main. 

Ensuite  la  teneur  dud.  Plaidoier  signé  dud.  de  S''*^  Marthe. 
Ce  sont  les  remontrances  que  fait  a  vous  messieurs  m^^  françois 
Boyleve,  Conseiller  du  Roi  notre  sire  et  Jean  teste  dit  de  Bre- 
teigne, av*  du  Roi  en  pays  d'auge,  commissaires  députés  par  le  d. 
seig""  pour  vendre  les  landes  communes  et  terres  vaques  des  Pays 
d'anjou  et  du  Maine  ^  m^^  Charles  [de  Sainte  Marthe]  ^,  docteur  es 
droit,  conseiller  de  monseig^  le  duc  de  Vendôme  et  de  Beaumont, 
pair  de  france  et  procu^"  général  dud.  seig^"  Duc  en  son  duché  de 
Beaumont  pour  empêcher  pour  et  au  nom  dud.  seig""  Duc  D'alençon 
de  votre  d.  commission,  quant  à  la  vente  et  aliénation  desd.  terres 
vaques,  landes,  et  communes,  sises  et  situées  en  et  audcdans  dud. 
Duché  de  Beaumont. 

Et  premièrement.  Dit  led.  procu'"  que  les  Ducs  d'Alençon  quatre 
ou  cinq  cent  ans  y  a  et  davantage  ont  toujours  été  paisibles  et  pacif- 
fiques  possesseurs  du  viconté  de  Beaumont  en  propi'ieté  non  con- 

1.  /.  e.  Lettres-patentes  données  aux  susdits  de  la  part  de  Henri  II,  Saint- 
Germain-en-Laye,  le  28  et  le  29  août  1550,  et  Vendôme,  mai's  1550. 

2.  Les  mots  manquent  en  B. 


340  PIECES   JUSTIFICATIVES 

tredit  ni  limité(s)  ^  par  les  deffunts  rois  et  sans  y  avoir  prétendu(s)  * 
autre  droit  que  de  souveraineté. 

Et  lequel  vicomte  par  partage  de  succession  est  échu  a  defï*^  dame 
et  princesse  madame  françoise  D'allençon,  qui  en  a  joui  et  usé 
piaillement  et  paisiblement  comme  dit  est  jusquà  sa  mort,  de  laquelle 
dame  led.  seig^  dit  (est)  ^,  est  fils  aîné  et  principal  héritier. 

Or  fut  le  bon  j)laisir  du  Roi  deffunt  que  dieu  absolve  en  faveur  de 
la  maison  de  Vendôme,  qui  deprest  touche  La  Couronne  et  qui  a 
toujours  été  affectée  au  service  d'icelle,  ériger  Led.  vicomte  en 
duché  par  la  quelle  érection  toutes  fois  ne  se  réserva  led.  seig''  autre 
droit  sur  La  prop*^  et  possession  dud.  Duché  fors  la  souveraineté. 

Item  a  fait  led.  Duché  par  lad.  Erection  exempt  des  juridictions 
et  ressort  des  pays  d'Anjou  et  du  Maine  et  renvoie  immédiatement 
a  la  cour  de  parlement  à  Paris,  en  sorte  que  led.  Duché  n'est  plus 
membre  de  l'un  ny  de  l'autre  desd.  Pays  D'anjou  et  du  maine. 

Il  est  aussy,  mesd.  seig^'s  que  le  Roi  voulant  toujours  user  d'office 
de  bon  et  équitable  prince  sans  faire  tort  ne  grief  a  aucun  de  ses 
sujets  n'a  entendu  et  n'entend  par  la  teneur  de  votre  commission 
faire  bailUe,  vente  ne  ahenation  desd.  landes  et  communes  terres 
vaques  et  semblables  si  non  de  celles  qui  sont  en  son  domaine  et 
qui  lui  appartiennent,  toutes  fois  ainsy  messieurs  que  le  d.  procu^ 
a  été  averti  que  vous  avez  fait  pubUer  les  ventes  des  landes  et 
terres-  vaques  communes  de  S*  Pater,  du  g**  et  petit  bercon 
D'oisseau,  arçomiay,  Berus,  assé,  marêché  et  autres  plusieurs  landes 
et  communes,  lesquelles  sont  de  l'Enclos  et  appartenances  dud. 
Duché  et  des  baronnies  de  sonnois  et  de  frenay,  membre[sj  ^  dud. 
Duché  desquelles  sous  correction  ne  pourroit  être  fait  ahenation 
sans  l'évident  dommage  et  appart''^''  du  Roi,  que  si  on  voulloit  dire 
que  Duchés,  Comtés  et  Baronnies  et  généraUement  toutes  les  sei- 
gneuries sont  et  appartiennent  aud.  seig^  per  L.,  bene  a  Renoue,  c.  ^  de 
quador.  i^restant.  ^  il  est  vray,  et  personne  ne  le  peut  nier,  mais  il  sen- 
tend  quant  à  la  protection,  pour  ce  que  tout  est  en  sa  protection 
et  sauvegarde  ut  not.  glossa,  in  L.  Barbai  us,  ff.  de  ff.  préside. 
Item  tout  est  aussi  a  luy  en  tant  que  droit  commun,  Son  intention 
est  bien  fondée  sur  tout  ce  qui  est  dans  son  roiaume  et  aux  fins 
d'icelui,  quant  a  la  jurisdiction  et  souveraineté  ;  car  il  n'y  a  Duc, 
Comte,  Baron  ne  seig""  de  qui  led.  seig^.  ne  soit  souverain.  Personne 
n'a  jurisdiction  que  de  lui,  mais  attribuer  telle  seig^i^   a  la  prop*® 


1.  h's  manque  en  A. 

2.  Erreur  de  B. 

3.  L's  manque  en  B. 

4.  Sic.  (Bene  a  re  nova  ?) 

5.  Peu  lisible. 


PIÈCES   JUSTIFICATIVES  341 

et  que  led.  seig''  voulut  dire  que  le  tout  est  a  lui,  a  ce  tiltre,  ce  seroit 
déroger  au  nom  de  Roi  et  seroit  faire  tort  aud.  seig^.  qui,  comme  vray 
et  bon  Roi  ne  v^eut  [enl  ^  rien  fouler  ses  sujets,  ains  veut  et  entend  jus- 
tice leur  être  faite  tant  contre  lui  que  pour  lui  ;  mais  au  Contraire  que 
lesd.  landes,  terres  vaques  et  communes  dud.  Duché  ne  soient  en 
prop*^^,  aud.  Duc,  (qui  le  doute),  led.  seig'".  est  souverain,  mais  le  d.  Duc 
en  demeure  seig"".  prop'"''.  ut  scribit,  Panor.  ^  inC.  diligenti,  et  ibidem 
Hostien[sis]  ^  de  Prescripte*.  Il  y  '^  Davantaige  que  si  même  lesd. 
terres,  landes,  et  communes  etoient  infra  fines  entre  les  confins  dud. 
Duché  ainsy  que  les  landes  et  terres  vaques  des  Limites  des  forêts  sont 
aux  seigneurs  des  forêts,  aussy  seroient-elles  aud.  seig"".  Duc  et  lui 
appartiennent  toutes  qui  y  sont,  Ita  scribit  Paul  de  Castro^  in  L. 
[III]®  ff.  de  acq.  Fossess.  eo.  chasseneus  '  in  cons.  burg.  ^  tit.  des 
mainmortes  §  IIII. 

Puisqu'ainsy  est  par  plus  forte  raison  lesd.  Landes  et  connuunes 
qui  sont  en  et  audedans  dud.  Duché  appartiennent  aud.  seig^ 
Duc.  Car  Cum  ead.  sit  ratio  totius  ad  totum,  quam^  est  partis  ad  par- 
tem,  L.  qu[a]e  de  tota  (de)  rei  vendi[tione]  i",  si  tout  led.  Duché  est  au 
duc  et  que  icelui  Roi  ne  prétende  rien,  qui  dira  que  les  membres  et  les 
parties  dud.  Duché  ne  s'est  aussy  au  seig^.  Duc,  et  par  conséquent  quel 
droit  y  peut  prétendre  le  Roi,  aussy  a  très  bien  dit,  Valde,  in  rubo 
c.  de  cont.  empt.  per.  1.  res  sacra,  ff.  eo.  tit.,  que  toutes  terr  s  et  autres 
choses  vaques  n'ayant  particullier  seigneur  de  droit  commun  sont 
a  celui  a  qui  le  territoire  appartient,  puis  donc  que  led.  Duché  est 
au  seig"^.  Duc  qui  voudra  dire  que  les  terres  vaques  du  dedans  dud. 
Duché  n'appartiennent  aud.  seig^".  Et  ne  pourroit  préjudicier  aud. 
seig'"  Duc  de  dire  que  lesd.  terres,  landes  vaques  et  connnunes  sont 
usurpées  par  Le  populaire  car  au  reste  quainsy  fut  et  a  qui  feroit 
led.  populaire  tort  ou  au  Roi  qui  n'a  droit  en  la  prop*®.  dud.  Duché 
et  a  qui  lesd.  terres  n'appartiennent  ou  aud.  seig^".  Duc  a  qui  led. 
Duché  et  tout  ce  qui  est  en  et  au  dedans  dicelui  appartient,  mais  les 
Ducs  D'alençon,  vicomte[s]  ^^  de  Beaumont,  ont  été  princes  si  bénins 

1.  Corrigé  par  A. 

2.  Panormitanus.  Antonio  Bologna  Beccadelli  Palermitano,  le  jm-iste  et 
humaniste  distingué  (1393-1471). 

3.  Henricus  Bartholomseis,  cardinal  et  évêque  d'Ostie,  aviteur  de  Summa 
utriusque  juris  (aurea  summa  ostiensis).  "j"  1271. 

4.  De  prescriptione. 

5.  Auteur  de  Commentaires  de  droit,  "j"  1420  ou  1437. 

6.  Manque  en  B. 

7.  Barthélémy  Chasseneux,  1480-1542. 

8.  In  consuetudines  ducatus  Burgundie.  Lyons,  MCCCCCXVI. 
9-  Peu  lisible. 

10.  Emendation  de  l'auteur. 
11"  L's  manque  en  B. 


342  PIECES    JUSTIFICATIVES 

envers  leurs  pauvres  sujets  que  pour  les  soulager  et  suporter  de 
toutes  leurs  puissances  les  souffroient  et  ont  tous  jours  souffert  et 
permis  user  clesd.  Communes,  Landes  et  terres  vaques  et  nourir  des 
bestes  pour  leur  ayder  a  Vivre,  que  si  l'on  veut  priver  le  peuple  de 
ce  bénéfice,  mettre  lesd.  terres  en  labeur  et  leur  donner  seig^". 
prop^^.  il  ne  faut  aller  chercher  autre  seig''.  d'elles  que  led.  seig''. 
Duc,  a  qui  elles  doivent  retourner  comme  a  Leur  seigneur. 

Il  y  a  plus  que  d'aucunes  desd.  terres  vaques  furent  jadis  en 
forêt  appartinrent  aux  vicomtes  de  Beaumont,  depuis  est  demeuré 
le  fond  pour  pâturages  et  y  a  plusieurs  vassaux  et  sujets  dud.  seig^. 
Duc  qui  lui  font  certains  devoirs  pour  L'usage  desd.  terres  vaques 
landes  et  Communes  et  le  rendans  par  déclaration  et  aveu,  ainsy 
qu'il  sera  montré  quant  besoin  sera. 

Si  Le  Roi  fait  en  son  nom  aliénation  desd.  terres  et  que  comme 
porte  votre  commission,  les  ecus  retournez  a  ses  recettes  d'anjou 
et  du  Maine  il  donne  manifestement  le  domaine  dud.  seig^.  Duc 
et  intéresse  grandement  la  juridiction  dud.  Duché  Contre  l'in- 
tention du  feu  Roi  son  père,  qui  par  lad.  érection  et  par  tous  autres 
moïens  desiroit  élever  et  avancer  lad.  maison  de  Vendosme  comme 
la  plus  proche  de  son  sang  et  davantage  feroit  aussi  led.  seig^. 
contre  son  intention  et  désir  qui  est  de  favoriser  et  aider  aud.  seig^. 
duc  et  a  toute  sa  noble  maison  et  même  Mons''.  gêner  aucun  de  ses 
sujets  tant  petit  soit-il.  Et  ou  toutes  fois  vous  procéderiez  à  l'alié- 
nation desd.  landes,  Terres  et  Communes  qui  sont  de  l'enclos  et 
du  dedans  dud.  Duché,  led.  seig^.  comme  dit  est,  diminuroit  led. 
Domaine  et  juridiction  dud.  seig^.  Duc  et  feroit  inestimable  dom- 
mage à  ses  sujets  qui  est  tout  Le  Contraire  de  l'intention  dud.  seig^ 
contenue  en  votre  Commission. 

Pour  ces  Causes  et  autres  Raisons  que  déduira  led.  procu''.  en  temps 
et  lieu  si  mestier  est,  vous  requert  led.  procu^.  pour  led,  seig'".  Duc 
que  votre  plaisir  soit  superceder  l'intention  de  laditte  Commission 
quant  à  la  vente  et  aliénation  desd.  Landes,  terres  vaques  et 
Communes  étant  en  et  audedans  dud.  Duché  tant  es  Baronnies  de 
S*^.  Suzanne,  chateau-goutier,  la  flèche,  que  de  sonnois,  frenay 
et  Beaumont  jusquà  ce  que  led.  procu^".  ait  entendu  les  droits  dud. 
Seig'".  Duc. 

Et  ou  vous  Messieurs  ne  voudrez  entendre  aux  remontrances 
dud.  procui".  s'oppose  led.  procu^.  pour  le  seig^".  Duc  a  lad.  exécution 
et  ventes  desd.  terres  et  si  nonobstant  son  opposition,  vouliez  passer 
outre  sans  avoir  egardasesd.  remontrances  proteste  d'En  appeler  et 
avoir  son  recours  ou  il  appartiendra. 

Présenté  a  mesd.  seig^s.  Commissaires  au  lieu  de  frenay,  Le  Sep- 
tième Novembre  mil  Cinq  cent  Cinquante,  ainsi  signé  de  S*^   Marthe, 


PIÈCES   JUSTIFICATIVES  343 

signé  Boy  levé.  led.  procès  verbal  annexé  avec  lesd.  lettres  patentes 
sous  un   cordon   de   soie  rouge  et  verd. 

Signé  :  Maupeou  et  Angirart. 

—  Bibl.  Mun.  du  Mans,  79  B.  (ms.  de  1564),  fols.  199  rO-203  v»  ; 
et  79  B.  bis,  (ms.  de  1770),  fols.  277-283. 

LETTRES   ADRESSÉES    A   SAINTE-MARTHE. 
Léon  de  Saincte  More,  dit  de  Monthozier,  Cheualier  de  l'ordre 

DE  SAINCT  IeAN  DE  HiERUSALEM,  A  ChARLES  DE  SaINCTE   MaRTHE, 

Salut. 

Mon  Voisin,  ce  qui  m'induict  a  t'escrire  est  ta  bien  réputée  renom- 
mée :  &  t'ayant  entendu,  en  maints  lieux,  ou  as  esté  depuis  ton 
département  de  Poictiers,  de  maints  regretté.  Et  nonobstant  qu'as 
soubstenu  plusieurs  adverses  fortunes,  es  pays  loingtains,  a  toy 
toutefo}'  prospères  :  as  esté  dernièrement  bien  uenu,  &  mieulx  receu, 
en  ce  tant  honorable  Collège  de  Lyon  :  estant  des  scauâts  trouué 
capable,  a  la  profession  publique,  des  quattre  tant  estimées  &  utiles 
Langues,  Hebraicque,  Grecque,  Latine,  &  Gallicque  :  qui  faict  foy 
certaine,  que  l'Eternel  maintient  côtinuellement  en  vertu  ceulx  qui 
bien  l'ayment,  &  bien  traictent  ses  tant  recômendées  paroUes  : 
contre  l'opinion  &  sinistre  jugement  d'aulcuns.  Si  ton  Père,  que  ie 
cognoy,  bien  estimé  par  ses  Vertus,  &  lettres,  peut  au  long  estre 
adverty  ta  pergrination  auoir  esté  exercé  en  scauoir  &  louable  uie  : 
aura  merueilleusement  aggreable  ton  heureux  &  désiré  retour,  faisant 
le  debuoir  paternel.  De  tes  Frères,  ilz  ne  fauldront  au  naturel,  &  deu 
commandé,  &  te  peux  persuadder,  que  tu  en  as  aulcuns,  desquels 
useras  comme  de  toy  :  &  qui  ont  le  désir  (sans  fiction)  te  secourir 
de  tout  leur  pouuoir.  le  vouldroys  entêdre  de  toy,  si  as  cette 
bonne  volunté,  d'addresser  partie  de  tes  Oeuures,  &  quelz,  à  ceste 
tant  honorable  Dame,  Madame  la  Duchesse  d'Estampes  :  car  suis 
certain,  qu'il  ne  t'aduiendra  plus  grand  advâcement  d'honneur,  né 
plus  de  plaisir  a  tes  Amys,  que  de  faire  présent  de  chose  louable, 
&  aggreable,  a  celle  tant  vertueuse  &  tresliberalle  Princesse  ;  en 
laquelle  est  le  pouuoir  de  donner  moyen  a  ton  scauoir  &  affecté  désir  : 
faire  chose  proffitable,  &  de  grand'  efficace  a  l'utilité  publique  : 
qui  seroit  perpétuelle  obligation  enuers  tous.  Fay  moy  scauoir  du 
tout.  le  supply  l'Eternel,  nostre  iustificateur,  &  dateur  de  toutes 
grâces,  nous  conduire  en  spirituelle  vie.  D'hyeres  en  Prouence, 
Le  XX  de  Juing,  M.D.X.L. 

—  Livre  de  ses  Amys.     P.   F.,  p.  227  et  seq. 


344  PIÈCES   JUSTIFICATIVES 

R.  Brit.  Carolo  Samartano.     S.  D. 

Recepisti  te  ad  tuos  :  factum  laudo  :  idem  magnopere  optamus  : 
OLmiijia  t[ame]n  prius  experiri  certum  est,  atque  id  tentem,  si  csetera 
pro  dignitate  institutum  persequamur  :  Scribes  ad  nos,  &  valetudini 
servies.     Tolosae,  Septein.  Id.  Decem. 

—  Roberti  Britanni. . .  Orationes  quatuor...  Ëpistolarum  libri  très 
etc.  (1536),  fol.  96  v". 

R.  B.  Carolo  Sammarthano.     S.  D. 

Te  mihi  ex  memoria  excidere  non  potuisse  minime  est  mirandum  : 
cuni  prsesertim  tecum  jucundissimè,  atque  optatissime  Burdigala? 
semper  vixerim.  Illiid  est,  quod  satis  mirari  non  possum,  te  adduci 
potuisse,  ut  ne  id  aliquando  accideret,  metueres  :  sed  liujus  totius 
dubitationis  facilis  est,  ac  peraperta,  defensio,  cum  tu  a  multis 
annis,  neque  ubi  essem,  teneres  ;  neque  ego  ipse  ubi  ageres,  satis 
exploratum  haberem.  Quod  vero  scribis  mea  reprehendi  a  multis, 
facile  patior,  ac  fero  jam  non  moleste.  Difficile  enim  est  t(Ô  u(oij.(o 
apio-Xciv.  Et  nos  quoque  aures  defessas  jam  obtrectatorum  petu- 
lantia  habemus  :  qui  nobis  indies  non  solum  nocendi  voluntate, 
verumetiam  multitudine  &  numéro  atque  ipso  apparatu  copiarum 
metum  iniicere  conantur.  Certum  tamen  est  omnia  perferre  quse 
ferri  poterunt  :  sin  me  contumeliosius  invadi  ab  istis  atque  opprimi 
sensero,  colligam  me  &  quantum  meus  patietur  pudor,  istis  modice 
tantum,  quantum  satis  est,  respondebo.  Te  co-optatum  in  collegium 
tlieologorum  summè  est  gratum,  ut  esse  débet  :  jucundius  etiam 
quoque  tuus  ille  in  explicanda  divina  &  prsestantissima  arte  labor, 
non  solum  cseterarum  rerum,  quae  sunt  laudabiles,  &  magnopere 
expetendae,  verumetiam  honoris  &  glorise  fructus  uberrimos  capiat. 
De  me  autem  quid  dicam  ?  Tu  quidem  me  lion  mediocriter  inflam- 
masti  studio  imitandi  tui,  cum  patriam  adiisti.  Nescio  quo  pacto 
id  unum  cogito,  omissis  cœteris  quse  sunt  amplissima.  Et  gestio 
quodammodo  ('K  ouoèv  ykùxioy  x/j;  Tra-oiooç  oùok  Toxrjfoy)  ylyvîTa'- 1.  Ac 
brevi,  ut  spero,  te  videbimus.  Roulleto,  si  modo  est  Pictavi,  salu- 
tem  a  me  dicito  :  ad  quem  scripsissem,  si  esse  istic  certo  scissem. 
Vale. 

—  Rob.  Britanni...  ëpistolarum,  libri  duo  (1540),  fols.  6  vo  et  seq. 

R.  B.  Carolo  Sammarthano.     S.  D. 

Etsi  magis  tuam  de  his,  quae  superioribus  litteris  petii,  sententiam 
expectabam,  quam  ut  te  lacessere  no  vis  deberem,  tamen  cum  ad  te 

L  L'Odyssée,  IX,  35. 


PlèCE;S  JUSTIFICATIVES  345 

proficiscerctur  hoino  utriiisquc  nostrum  studiosissimus,  tui  vero 
etiam  amore  prœcipue  inflammatus,  non  potui  ad  te  nihil  literarum 
dare.  De  meis  rébus  statues,  ut  proxime  ad  te  scripsi.  Quiquid 
âges,  tam  erit  gratum  quani  quod  gratissiraum.  Dictaturam  tibi 
gratulor.  Luculentus  iste  tuus  honor  nie  indies  magis  ac  magis 
reficit.     Vale.  Burdig.  IIII.  id.  Oct. 

—  Ibid.  fol.  8  r". 

RoB.  B.  Carolo  Sammarthano.     S.  D. 

Scribis  ad  me  te  summo,  incredibilique  honore  ac  studio  a  Rege 
&  illius  sorore  probatissima  et  lectiss.  muliere  Margareta  exceptum 
fuisse.  Quod  niihi  quidam  per  quam  jucundum  fuit.  Non  solum 
quia  te  propter  ingenii  amplitudinem  honore  semper  dignissimum 
duxi,  verumetiam  quod  consuetudinem  et  vitam  et  pohtiss.  sermones 
considerans  tuos,  reficior  quodammodo,  et  recreor,  cum  ea  tibi 
contigisse  audio  quîb  optimo  cuique  &  modestissimo  propter  virtutem 
&  constantiam  omnium  consensu  tribui  soient.  Me  quidem  istud 
multum  délecta  vit,  ut  etiam  erat  necesse,  sed  illud  multo  magis, 
quod  te  idem  Rex  honorifice  nec  mmus  humaniter  ad  sacrarum 
professioneni  hterarum  invita  vit,  additis  ad  compensandos  glo- 
riosos  labores  uberrimis  &  honestiss.  stipendiis.  Illa  est  professio 
plena  existimationis,  dignitatis,  gratise,  eaque  non  solum  homi- 
nibus,  quod  ipsum  tamen  est  magnum,  verumetiam,  quod  multo 
est  maius,  divinse  providentise  conciliamur.  Quod  me  hortatis  ut 
huic  studio  me  dedam,  facio  equidem  sedulo,  facturas  tamen  accu- 
ratius  &  studiosius,  posteaquam  videbor  satis  magnos  progressus 
in  grseca  hteratura  fecisse.  At  stulte,  inquies,  quod  hanc  levissimam, 
illius  gravissimae  &  fructuosissimae  causa,  negligas.  Minime  sane,  neque 
enim  id  facio,  ut  illam  hujus  causa  relinquam  :  neque  id  ferendum 
uUo  modo  puto.  Sed  quoniam  videor  illi  commodius  satisfacturus 
hac  cognita,  aliquanto  plus  temporis  in  hoc  quem  in  illo  studio 
ponere  decrevi,  quod  cum  fecero  tum  me  ad  Theologiam  quasi  ad 
tutiss.  atque  optatissimum  portum  curarum  &  sollicitudiimm 
omnium  revocabo.  De  negocio  meo  quod  scribis  laudo.  Nam  id 
ita  fîeri  maxime  optabam,  idque  in  rem  etiam  meam  in  primis  fore 
videbatur.  Quod  tamen  ut  ne  negligas  te  etiam  atque  etiam  rogo  : 
fortasse  si  ita  erit  commodum  ad  vos  contendemus  propediem  recta 
Lutetiam  petituri.  Ac  tum  libère  inter  nos  TràvTa  -rcsp'l  Tràvxtov. 
Libellum  sacrum  de  quo  simul  mentionem  fecisti,  vehementissime 
exopto,  dabis  illum  ad  nos  simul  atque  erit  editum.  De  nobis  nihil 
aliud  possum  scribere  nisi  illud,  quod  paulo  ante  posui  me  indies 
Lutetiam  cogitare,  sed  varii  de  bello  rumores  metum  afferunt,  vix 
posse  quod  mihi  proposui  efïici  :  nos  tamen  pro  tempore  omnia. 


346  PIECES   JUSTIFICATIVES 

Extremum  est,  quod  cupis  scire,  sit  ne  verum  illud,  quod  nos  de 
Durasii  morte  dissipatur,  scito  illum  esse  Biirdigalae  :  et  florere  vale- 
tudine  ita,  ut  nunquam  magis  :  sed  arbitrer  honiines  non  infacetos 
neque  omnino  illiteratos  id  continuo  disséminasse,  quod  is  nuper 
caussa  cecederit.  De  uxore  erat  controversia,  nune  quia  ab  illa  spe, 
quam  sibi  proposuerat,  quamque  tantopore  amplectebatur,  est 
dejectus,  id  circo  eum  mortuum  fingunt.  Scitum  est  n.  illud  Catonis, 
&  tibi  opinor  minime  inauditum,  animum  amantis  in  alterius  corpore 
vivere.  Commendarem  tibi  tabellarium,  nisi  hune  eruditio  &  inge- 
nium,  &  mehercule  etiam  humanitas,  quse  in  eo  est  maxima,  satis 
commendaret.  Is  nostri  Gouveani  est  f rater.  Tuas  literas  Corderio 
&  Zebedeo  reddidi.  Cupido  ad  nos  scribas  quam  sœpissime  :  nos 
quidem  si  manebimus  neque  enim,  ut  dixi,  quicquam  adhue  certi 
habeo,  te  crebitate  (sic)  etiam  et  verbositate  literarum  obruemus.  Vale. 

—  Ibid.,îo\.  12  to  et  seq. 

DioNYSius  [Faucherius]  Carolo  Sammarthano.  8.  P  D. 
Etsi  ego  minus  idoneus  sum,  quàm  ut  meis  literis  leuamen  aliquod 
tibi  affere  possim,  propterea  quod  &  literse  meae  non  sunt  eiusmodi, 
qu3e  id  possint  efficere,  &  ipse  tuis  incommodis  ita  sum  effectus  ut 
magis  consolationem  egere  quàm  tibi  eam  adhibere  posse  videar, 
attamen  quia  vi  temporum  &  calamitatum  concursu  labefactatus 
animus  minus  sua  quàm  aliéna  videt  judicatque,  volui  pauca  hsec 
ad  te  scribere,  quibus  &  meus  in  te  amor  qualis  esset,  agnoseeres, 
&  meum  fidelissimum  amantissimumque  consilum  tibi  homini  mei 
amantissimo  non  deesset.  Dolui,  Sammarthane  carissime,  ubi  te 
in  tam  graue  discrimen  adductum  accepi,  quo  vita  tua  periclitaretur, 
sed  dolore  pœnse  contabui,  quod  de  religione  maie  sentire  te  aiebant, 
&  hgereticorum  opiniones  erroneas  obfirmato  animo  sustinere. 
Verùm  cum  literas  tuas  nepos  meus  mihi  reddidisset,  gauisus  sum 
cumexiis,  tum  ipsius  verbis  intellixissem  te  melius  quàm  dudum  ac 
liberius  agere  futurumque  ut  breui,  sopitis  calumniis  liber  omnino 
diraittare.  Nam  cum  te  sanctorum  patrum  vestigiis  inhaerentem 
senatus  deprehenderet,  esse  etiam  ex  eô  ordine,  qui  tibi  adhuc  morbi 
reliquiis  laboranti  sumptus  ad  victum  necessarios  subministrarent, 
dum  videlicet  manifestius  innocentia  tua  (quod  breui  futurum  est) 
comprobetur.  Unde,  mi  Sammarthane,  te  hortor,  &  pro  mutua 
nostra  beneuolentia  rogo,  ut  talem  te  prœstes,  quem  nulla  opinio 
mala  unquam  à  firmitate  sinceritatéque  fidei  Catholicse,  nec  uUa 
tribulatio  à  mentis  statu  et  viri  sapientis  dignitate  possit  dimouere. 
Id  autem  scribo  non  tam  de  tua  constantia  diffidens,  quam  confidens 
te  quicquid  perscripserim  boni  sequique  pro  ea  quae  mihi  tecum  inter- 
cedit  beneuolentia  charitateque  consulturum.     Faciat  Deus  qui  est 


PIÈCES   JUSTIFICATIVES  347 

moerentiuin  eoiisolator,  ut  liber  ad  nos  quàiii  citissiniè  rcuerlatis. 
Ititerea  vcrô  (la  opcrani  ut  conualoscas,  tui  Dionysii  menior. 

Tharasconc.  Vudecinio  Calend.  Julias,  1540. 

—  Chronologia  Sanctorum  et  alioruni  virorum  lllustrium  ac  Abbatum 
Sacrœ  Insulœ  Lerinensis,  etc.,  p.  327. 

Anto.  Arlerius  Carolo  iSamarthano. 

Quibus  agiteris  fortunœ  ventis,  tuis  literis  novinius  :  quamquam 
in  verbi  charitate  et  rerum  tuaruni  familiaruin  exercearis.  Quorum 
et  si  hsec  propria  et  peculiaris  philosophantibus  est,  illam  vero  te  in 
portum  directuram  puta.  Ego  autem,  mi  Samarthane,  me  tibi 
adjutorem  darem,  ni  cogérer  Aulam  de  proximo  proficisci,  Régi 
Christianissimo  gratias  acturus,  quod  me,  si  nesciias,  munere  Sena- 
toris  apud  Taurinenses  donaverit.  Volueritque  )îie  etiam  num  Pro- 
senescallum  Arelatensem  perpetuo  esse.  Ad  quod  viaticum,  equos, 
vestes,  et  famulatus,  quia  non  suppetunt,  aère  alieno  obstringar 
oportet.  Ecce  quomodo  infaelici  egestate  constitutus,  cogar,  dissi- 
mulata  paupertate,  prodire  in  Regiam,  amicos  interpellare,  et  tibi 
omnium  optimo  negare,  quae  alias  essem  ultro  prsestiturus.  Vale, 
et  a  me  literas  propediem  e  Valensia  expecta.  Ex  urbe  Arelati, 
Calendis  Januariis. 

Quod  ornamentum  nomini  nostro  doctissimis  tuis  scriptis  addideris, 
placet  id  quidem  mihi,  aliquando  curaturo,  nec  te  vigilias  praistitisse 
pœniteat. 

—  Inédit.     Cf.  supra,  p.  39,  n.  3. 


VERS   ADRESSÉS    A   SAINTE-MARTHE. 
DE  DENYS  FAUCHER. 

Ad  Carolum  Samarthanum. 

Quas  in  me  innumeras,  amice,  laudes 
Et  praeconia  congeris  tuo  tam 
Suaui  carminé  docto   &  eleganti 
Dum  mecum  tacita  reuoluo  mente, 
Ni  nossem  quis  ego  siem,  repente 
Tanto  auctore  mihi  suasus  ipse 
lam  pulchellus  homo  viderer,  ad  me 
Sed  sensi  rediens  tuis  camœnis 
Me  affcctum  varié,  timoré  partim 
Partim  Isetitia,  timoré  nempè 


348  PIÈCES  JUSTIFICATIVES 

Exin  afficior,  quod  immerentem 
Dum  laudas  studiosius,  tuisque 
Plumis   conspicuum   exhibere   amicum 
Con tendis,  videare  me  periculo 
Non  paruo  obiicere,  ut  si  opinionem 
De  me,  non  queo  sustinere  tantani, 
Perfusus  nimio  pudore  sannas 
Et  risum  incipiam  mouere,  ut  olim 
Comix,  quando  aliarum  inepta  plumis 
Exornata  auium  cupit  venusta 
Et  décora  nimis  cupit  videri. 
Id  sed  mi  placuit  pii  sodalis 
Quod  propensa  mihi  patet  voluntas 
Et  dulcis  patet  hinc  fidèle  amici 
Erga  me  studium,  patet  fidelis 
Et  optatus  amor,  tuos  qui  ocellos 
Ne  possis  liquide  videre  verum 
Praestringens  facit  ut  pusilla  falso 
Ausis  iudicio  sestimare  summa, 
Tanquam  si  ex  ocularibus  specillis 
Pigmeum  aspicias  repente  factum 
Gigantem,  facile  tibi  sed  istam 
Condono  facile  pioque  amico 
Culpam,  in  quam  nimio  te  amore  ductum 
Incidisse  liquet  ;  tamen  caueto 
Cum  sis  iudicio  acri  et  expolito 
Ad  unguem,  numeris  tuis  venustis 
Indignum  me  oneres  magis  quam  honores 
Dum  te  laudibus  extulisse  credis 
Ridendumque  aliis  magis  propines, 
—  Dionysii  Faucherii  mo^iachi  varium  Poëma, dans  la,  Chronologia 
Sanctorum,  etc.  p.  373  (fol.  DDDDd2  et  seq.),  p.  429. 

DE  GILBERT  DUCHER. 

Ad  C.  Smartanum. 

Exhauriamus  csecuba  cantharis, 
Smartane,  uastis,  prolue  Massico 
Jam  labra  lœtus  :  nec  récuses 
Nunc  Tliasio  indere  Coa  uino. 

Mauors  Cruoris  nostri  auidus  iacet 
Tandem  reuinctus  compede  ferrea. 
Bellona  fraternae  quieti 


PlèCES  JUSTIFICATIVES  349 

Acldita  deposuit  furorem. 

Pax  nunc  triumphat  curribus  aureis 
Euecta,  diues  Galliam  sordidam,  & 
Multo  situ  contaminât am 
Exilio  misero  euocauit. 

Hispanijs  nunc  Gallia  iungitur 
Faustis  Leonor»  auspicijs  modo 
Cum  proie  utrisque  expetitam 
Vitam  agitare  sua  licebit. 

Ergo  procellas  solicitudinum 
Tristesque  mentis  pellere  turbines 
Tempus  uidetur,  candide  atros 
Lœtitœ  excipiant  dolores. 
Gilberti  Ducherii    VuUonis  Aquapersani,   Epigrammaton  libri 
duo,  p.  116. 

Ad  C.  Smartanum. 

Mnemosynes  natis,  ipso  uel  Appolline  dignos 

Accepi  uersus,  docte  poëta,  tuos. 
Qui  licet  hoc  habeant,  quod  rari  forte  poëtœ 

Prsestiterint,  mundos  cum  gravitate  sales  : 
Attamen  hoc  unum  nulla  ratione  probarim, 

Conferri  me  adeo  uatibus  egregijs. 
Nasoni  quod  Ducherium  prseponis,  ut  illa 

VergiHo  sequalem  conditione  putes  : 
Quam  sit  ridiculum,  Smartane,  &,  mehefcule  falsum  : 

Hic  criticus  poteras,  Censor  &  esse  tibi. 
Nam  te  apud  ut  mihi  sim,  non  prseco,  at  uems  Apelles, 

Peniculoque  meo  me  aptius  effigiem  : 
At  niyi'thum  insuauis  ieiunum  eructo  poëma, 

Mopsopio  passim  dulcius  amne  fluis. 
Phœbus  es,  &  Phœbo  tibi  si  me  confero,  fiam 

Protinus  extracta  Marsya  pelle  tuus. 
Gilberti  Ducherii    VuUonis  Aquapersani,   Epigrammaton  libri 
dw),  p.  116. 

DE  VULTEIUS. 

Ad  Car.  Marthanum. 

Vis  tibi  dem  nummos,  longe  es  me  ditior  ipso. 

Esset  id  in  longum  mittere  ligna  nemus. 
Vis  gemmas  ?     digiti  gemmarum  pondère  sudant, 

Lucet  in  articulis  gemma  nec  uUa  mois. 


350  PIECES    JUSTIFICATIVES 

Vis  libres  ?     Nulles  habeo  quin  te  putem  habere  : 
Nam  niea  perpaucos  bibliotheca  capit. 

Vis  vestes  ?     nequeo  nam  tantum  possideo  uiiam 
Quse  brevis  est,  humeris  née  satis  apta  tuis. 

Vis  pectus  ?     tibi  pectus  habes  prius  ipsi  dicatum. 
Quid  dem  igitur,  nisi  dem,  me  dare  posse  nihil  ? 
—  Joan.   Vulteii  Rhemi  Inscriptionum  libri  duo,  etc.,  fols.  45  r° 

et  yo. 


BIBLIOGRAPHIE 


BIBLIOGRAPHIE 


Œuvres  de  Charles  de  Sainte-Marthe. 

1538.  Une  épigramme  latine  ;  Caroli  Smartani  Phaleucium  adDuche- 
rium.  Se  trouve  parmi  les  Ejpigrammata  amicorum  dans  Gilberti 
Ducherii  Vultonis  Aquapersani  epigrammaton  libri  duo.  Apud 
Seh.  GrypUum,  Lugduni,  1538.  Bib.  Nat.  Yc.8222. 
1540.  La  Poésie  Fran\coise  de  Charles  de  1  Saincte  Marthe  na\tij 
de  Fonte\vrault  en  Poictou.  Diuisée  en  |  trois  \  Livres,  f  Le 
tout  addressé  |  à  tresnoble  <&;  tresill\ustre,  Princesse  \  Madame 
la  Du\chesse  d' Estampes  <fc  Confesse  de  I  Poinctievre.  \  Plus,  1 
1  Un  Livre  de  ses  Amys.  \  Imprimé  à  Lyon  ]  chés  le  Prince 
I  MDXL.  80,  237  pp.  Bib.  Nat.  Rés.  Py.l93.  Sans  marques 
typographiques,  privilège,  ou  achevé  d'imprimer  ^. 
Les  divisions  principales  de  ce  volume  sont  : 

pp.  3-6  :  Epistre  a  tresillustre  et  tresnoble  Princesse  Madame  la 

Duchesse   d' Estampes   <&    Confesse   de   Poinctievre.     Charles 

de  saincte  Marthe  son  tresobeissant  rend  humble  Salut. 
pp.  7-80  :  Le  Premier  Livre  de  la  Poésie  Françoise  de  Charles 

de  Saincte  Marthe,  contenant  les  Epigrammes. 
pp.  81-112  :  Le  second  Livre  de  la  Poésie  Françoise  de  Charles 

de  Saincte  Marthe,  contenant  Rondeaux,   Balades  tfc   chant 

Royauls  ^. 
pp.  113-124  (sic  ;  vraiment  224)  :  Le  Tiers  Livre  de  la  Poésie 

Françoise  de  Charles  de  Saincte  Marthe,  contenant  Episfres 

dk  Elégies  (inclus  les  Errata,  pp.  222-224). 
pp.  [225J-237  :  Le  Livre  de  ses  Amys.  Le  contenu  suit  : 

1.  Ré.  les  réimpressions  de  divers  poèmes  qui  se  trouvent  dans  le  volume,  cf. 
pp.  58  note  3,  66  note  2,  136  note  6,  140,  141  note  4  ;  plusieurs  furent  aussi 
réimprimés  par  Viollet-le-Duc,  Catalogue  de...  la  Bibl.  poétique  de,  vol.  II, 
pp.  207-209. 

2.  «  Ostez  chant  Royaulx  »  dit  V Errata. 

23 


354  BIBLIOGRAPHIE 

p.  227  (sic  ;  vraiment  226)  :  A  Monsieur  le  Secretain  D'avenson, 

Charles  de  Saincte  Marthe. 
pp.  226  (sic  ;  vraiment  227)-228  :  Léon  de  Saincte  More,  dit 

de  Mo7ithozier,  Chevalier  de  l'ordre  de  saincl  lean  de  Hieru- 

salem,  A  Charles  de  Saincte  Marthe. 
pp.  229-237  :  Des  Poèmes  par  Bigot,  par  Dolet,  par  Scève, 

par  P.  de  Marillac,  par  Exupère  de  Claveyson,  par  Tolet, 

par  Maurice  Chausson,  par  Jean  Roboam,  par  Jean  Benac, 

par  A.  de  Villeneuve,  par  Charles  Dupuy  &  par  «  Le  Che- 
valier Grenet  ». 
1543.  In  I  Psalmum  \  Septimum  et  Psal\mum  xxxiii  Para\phrasis 
per  Caro\lum  Sinarthanum  \  Fontebralden\sem,  I.  V.  Doc. 
Lugduni,  \  apud  Principeyn  1543.  Entre  le  titre  et  le  nom 
de  l'éditeur  se  trouve  l'inscription  suivante  :  «  Disces  hinc 
Lector,  in  periculis  &  angustiis  omnibus  Deo  fidere  :  &  iis 
liberatus,  graltias  ei  agere  :  disces  inquam  paraphrastae 
exemplo  |  qui  hsec,  in  carcere  uinctus,  Jesu  Christi  meditatus 
est.  »  pet.  8^,  215  pp.  Sans  privilège.  Sans  marque  typo- 
graphique sous  le  titre.  A  la  dernière  page,  une  marque 
typographique  n^  616,  Silvestre  (3Iarques  typographiques... 
des  libraires  et  imprimeurs,  etc.).  Bib.  Ste.  Geneviève  no.  B. 
1515  ^.  Le  contenu  suit  : 
p.  2  :  Errata  adressé  Candido  lector i. 
pp.   3-16    :   Lettre  dédicace   :   Joanni    Galberto    Gratianopoli 

Allobrogum  regio  Senatori  modis  omnibus  absoluto. 
pp.  17-133  :  Caroli  Smartani  Fontebraldensis  I.   V.  Doct.,  in 

Psalmum  Septimum  Paraphrasis. 
pp.  134-143  :  Lettre  dédicace  :  C.  Smartanus  Joanni  Auan- 

sonio  apud  Gratianopolim  regio  Senatori  amplissimo  db  doc- 

tissimo. 
p.  144  :  Epigramme  :  Ad  Faysanum  apud  Gratianopolim  Sena- 

torem  et  Theod.  Muletum  in  eod.  Senatu  Advocatum  regium, 

Smartanus. 
pp.  145-204  :  Caroli  Smartaîii  Fontebraldensis  I.  V.  Doc,  in 

Psalmum  xxxiii  Paraphrasis. 


1.  La  Oénéalogie  de  la  Maison  de  Sainte- Marthe  remarque,  fol.  22  v"  :  «  Tant 
y  a  que  ceste  paraphrase  (Ps.  xxxiij)  et  la  septiesme  sont  raportées  et  citées  par 
Andréas  Schotus,  Jésuite  d'Amiens  au  traité  qu'il  a  fait  des  Interprètes  de  la 
S.  Escriture  ou  des  livres  de  la  Bible,  et  au  dénombrement  et  particiilier  des 
Autheurs  qui  ont  traité  des  paraphrases  particulières  sur  des  Psaulmes  comme 
sont  les  Doctes  Cardinaux  Sadolet,  Contaren  &  autres.  Cet  ouvrage  fut  imprimé 
à  Cologne,  1618.  »  Je  n'ai  pas  pu  trouver  pour  la  consulter  l'œuATe  de  Schott 
dont  il  s'agit  ici. 


BIBLIOGRAPHIE  355 

pp.  [205]-[211]  :  Index  insigniorum  materiarum  in  hisce  Para- 

plirasibus  contentarum . 
pp.  [212]-[214]  :  Epistola  Apologetica.     C.  Hniarthanus  F.  Ludo 
vico  Furnaeo  Jacobitae,  theologo. 
1543.        II  est  à  supposer  que  l'on  peut  réclamer  pour  8ainte-Marthe 
les  trois  derniers  des  cinq  dizains  que  lui  attribue  Les  questions 
problématiques   du   j)ourquoy   d'amours,   nouvellement   traduict 
d'itcdien  en  langue  françoyse    par  Nicolas  Leonique  [TJwmé], 
poète  jrançoys  ;  avecq  ung  petit  livre  contenant  le  nouvel  amour, 
inventé  par  le  seigneur  Papillon  ;  et  une  epistre  abhorrant  jolie 
amour  ;  par  Clément  Marot,...  aussi  plusieurs  dixains  a  ce  propos 
de  Saincte   Marthe.   M.D.XLIII.    On  les  vend    à    Paris...  a 
l'enseigne  de  lescu  de  France  par  Alain  Lotrian.  pet.  in  8°  ; 
40  fols,  sans  pagination,  avec    figures   sur   bois.    (Cette   des- 
cription est  de  Brunet.  Je  n'ai  pas  vu  ce  volume.)  Les  dizains 
furent  réimprimés  cette  même  année,  et  encore  en  1546,  avec 
Le  Nouvel  Amour  de  Papillon  :    Le  Nouvel  Amour  inventé  par 
le   Seigneur   Papillon.     Item    une    epistre   en   abhorrant   folle 
amour,  par  Clément  Marot,  varlet  de  chambre  du  Roy.     Item 
plusieurs  dixains  à  ce  propos  de  S.  Marthe.     Les  titres  des 
dizains  suivent  : 

Dizain  de  Vautheur  es  d'amour. 
De  luy  et  de  Venus. 
De  folle  amour. 
Autre. 

Autre  Dizain  de  Cupido. 
Le  premier  et  le  second  de  ces  poèmes,  dont  le  premier  est 
traduit  de  Pétrarque,  sont,  nous  l'avons  vu,  de  Salel.     Cf. 
supra  p.  112,  note  1. 
1550,        Mars.    In  obitum  incompa\rabilis  Margaritœ,  Illustrissimae 
1  Nauarrorû  Reginae,  Oratio  funebris,  per  ]   Carolum  Sancto- 
mar\thanum    eiusdê  lieginœ    (dum  illa  viveret)  \  apud   Aleco- 
nienses     Consiliarû,     &  |  Supplicum    libellorum    magistrum. 
I  Accessere  |  Eruditorum    aliquot     virorurn    eiusdem    Re\ginœ 
Epitaphia.  \  Parisiis,  |  Ex  officina  Reginaldi  Calderij  \  dh  Clau- 
dij  eius  filij.  \  M.D.L.     4°,   147  pp.     Marque  typographique 
n^.    432,     Silvestre.     Relié    avec    la    version    française.     Bib. 
Nat.  L%.  1149.     Le  contenu  suit  : 
pp.  [2J-4  :  C.  Sanctomarthanus  lectori  candido  S.,  daté  Idibus 

Martiis  1550. 
pp.  5-136  :  In  Obitum  Reginae  Nauarrae,  funebris  Oratio. 
pp.  137-[146]  :  Eruditorum  aliquot,  in  eandem  reginam  Epita- 
phia, i.e. 


356  BIBLIOGRAPHIE 

p.  137  :  Matthœi  Paci,  JurisconsuUi. 

p.  138  :  Aliud  ejusdem. 

p.  139  :  îi;  r/iv  to'j  opavxîo-xoj  [ia'jùdM;    aosA'iO'j  MapyaoÎTa; 

TcGvTjxfiav,   laxcô^o^  TmtzùXo^    tà^pô;. 

sic   Ty,v   aûrr,v. 
p.  140  :  Pétri  Mirarii  Dialogus.    Regina  Nauarrae  d;  Poeta 

interlocutores. 
p.  141  :  Antonii  Armandi  Massiliensis. 

Renati  Sanctomarthani. 
p.  142  :  Pétri  Martelli  Alencon.  ejusdem  Reginœ  Secretarij. 
Car.  Sanctomarthani  I.  V.  Doct.,  Dialogus. 

^'         *     ,.    ,i  II  est   à   présumer   que   Sainte-Marthe  en  est 
Aliud  /       1,     . 

. , .    A       1  auteur. 
Aliud  j 

p.  145  :  Aliud.    Margaridi  vocem,   etc.  ^     Cf.   sujyra,   p.   307. 

Huberti  Sussanaei. 

p.  [146]  :  Epitaphe.     Inscrihehat  Cornes  Alcinous. 

p.  [147]  :  Privilège,  daté  xviij  Calend.   Maij...    M.D.L.   Sig.   de 

Launay. 

1550.  Mars.  Sonnet  :  De  la  Paix  faicte  par  le  Roi  avec  les  Anglois. 
Uni  à  VOde  de  la  Paix  par  Pierre  de  Ronsard.  Vendomois, 
Au  Roi.  Guillaume  Cavellat,  1550,  cit.  P.  Laumonier,  Chro- 
nologie et  variantes  des  poésies  de  Pierre  de  Ronsart,  Rev.  d'Hist. 
Litt.,  1904,  p.  436  et  seq.,  qui  donne  une  bonne  description  du 
volume.  Il  y  a  un  exemplaire  dans  la  bibliothèque  du 
Baron  J.  de  Rothschild  (cf.  Picot,  Catalogue)  et  encore  un 
dans  celle  de  M.  Laumonier. 

1550.  Avril.  Oraison  funèbre  \  de  V incomparable  \  Marguerite,  Royne 
de  I  Navarre,  Duchesse  cV Alencon.  |  Composée  en  latin,  par 
Charles  de  |  Saincie  Marthe  :  éb  traduicte  par  \  luy,  en  langue 
Françoise.  \  Plvs  \  Epitaphes  de  ladicte  Dame  :  par  aulcuns 
Poètes  I  François.  \  Icy  est  le  mirouer  des  Princesses.  \  Imprimé 
à  Paris  par  Regnault  Chauldiere  ds  Claude  son  fils,  le  ving- 
tiesme  d'Ap\uril,  1550.  |  Auec  Priuilege  du  Roy,  pour  six  ans. 
4°,  148  pp.  Sous  le  titre,  la  marque  typographique  n^  1142. 
Silvestre.  Bib.  Xat.,  L  k  1149  et  L  k  1150. 
Le  contenu  suit  : 
fol.  Aj  y°  :  Privilège.     Daté  le  xiiij  d'Apvril  1550.     Sig.  de 

Launay. 
fols.  Aij  r°-Aiiij  v».     A  Treshcmltes  et  Tresillustres  Princesses 

1.  Réimprimé  dans  le  Tombeau  de  Marguerite  de  Valois,  Royne  de  Navarre, 
p.  170. 


BIBLIOGRAPHIE  357 

Mes  Dames  Marguerite  de  France  Sœur  unique  du  Roy  : 
cEr  Jheanne,  Princesse  de  Nauarre,  Duchesse  de  Vendosmois. 
(Cf.  supra,  p.  307  et  seq.) 
pp.  1-125  :  Oraison  funèbre  de  la  Mort  De  l'incomparable  Mar- 
guerite Hoyne  de  Navarre  &  Duchesse  d'Alencon.  Réim- 
primé par  Anatole  de  Montaiglon  dans  son  éd.  de  YHepta- 
méron,  Paris,  Eudes,  1880,  Vol.  I,  pp.  21-130  ^ 
p.  126  (vraiment  127,  126  étant  en  blanc)  :  Epitaphes  de  plu- 
sieurs doctes  personnes,  sur  le  trespas  de  ladicte  Royne  de 
Navarre,     (i.e.) 

M.  du  Val  Evesque  de  Saix. 
M.  Heroet. 
p.  128  :  J/.  1.  Frotté  Secrétaire  du  Roy  <fc  iadis  des  Finances 
de  ladicte  Royne,  à  VEsprit  d'icelle. 

Chant  funèbre  de  Loys  de  Saincte  Marthe,  Procureur 
du  Roy  au  pais  de  Lodunois. 
p.  130  :  Par  un  secrétaire  de  ladicte  Royne. 

Du  mesme. 
p.  131  :  Du  mesme. 
Du  mesme. 
p.  141  (sic,  vraiment  132)  :  Sonnet  de  I.  M. 
p.  142  (sic,  vraiment  133)  :  Aultre  du  Mesme. 

Par  A.  D.  Damoyselle  Parisienne,  Soîinet^. 
p.  132  (sic,  vraiment  134)  :  D'elle  mesme. 

De  ladicte  Dame,  par  Auteur  incertain. 
p.  135  :  Pierre  des  Mireurs. 
p.  145  (sic,  vraiment  136)  :  Du  Mesme. 

Epitaphe  du  cueur  de  ladicte  Dame  par  le  dessusdict. 
p.  137  (correcte)  :  C.  D.  S.  M.  (Sainte-Marthe). 
p.  132  (sic,  vraiment  138)  :  Aultre. 
Prosopee  de  la  Terre. 
Aultre,  tourné  du  latin. 
p.  139  (illégible)    :    A    Damoiselle    Renée    Laudier    d'Alencon, 
Sonnet. 
1550,   Mai.     Cinque  poèmes  latins   inclus  dans  le  volume  intitulé  : 
Annœ,  Margaritœ,  lanœ,  Sororum  Virginum  Heroidum  Angla- 
rum  ;  In  mortem  Diuœ  Margaritœ  Valesiœ,  Navarrorum  Regi- 
nœ,   Hecatodistichon.     Accessit  Pétri  Mirarij  ad  easdem  vir- 
gines  Epistola  ;  unà  cum  doctorum  aliquot  virorum  Carminibus. 


1.  Je  donne  les  références  à  cette  réimpression,  sauf  dans  les  citations  de  la 
Dédicace  que  ne  reproduit  pas  Montaiglon. 

2.  Ce  «  sonnet  »  a  1 2  vers  arrangés  ainsi  :ababbcbccdcd. 


358  BIBLIOGRAPHIE 

Parisiis  ex  ofpcma   Reginaldi   Calderij  <fc   Clandij  eius  filij, 
anno  salutis  1550  cwm  Privilegio.     Bib.  Nat.  Rés.  Pyc.  1215. 
Les  titres  en  sont  : 

1.  Caroli  Sanctomarthani  lur.   Vtr.  Doct.  ad  Gallos.  Cur  tam 

pauci  poetœ   Galli  Reginavi  Nauarrœ  laudant.     p.   135 
et  seq. 

2.  Margaritœ  Reg.  Nav.  Tumulus  per  G.  8  ^.  p.  142. 

3.  Spiritus  Reginœ  ad  Viatorem.     G.  S.     p.  144. 

4.  Eiusdem    G.    S.     Gur    tam    pauci    poetœ     Galli   Reginam 

Navarrœ  laudant,  p.  144. 

5.  Pro  Gallis  Poetis,  responsio  per  eundem.     p.  145. 

Les  autres  collaborateurs,  arrangés  selon  leur  ordre,  sont 
les  suivants  :  Denisot,  Pierre  des  Mireurs  ;  Matth.  Pac  ; 
Daurat  ;  Valentina  Alsinoia  (la  femme  ou  la  fille  de  Deni- 
sot ?)  ;  Baïf,  une  épigramme  grecque  ;  Goupil,  deux  poèmes 
grecs  ;  Ren.  Sanc.  (René  de  Sainte-Marthe)  ;  Louis  de  Sainte- 
Marthe  ;  Mart.  Brionsei  Parisensis  (Martial  de  Brionne)  ; 
Gérard  Denisot  ;  Mathur.  Dod  ;  Daurat  ;  Pierre  des  Mirreurs. 
1550,  Juin.  In  Psalmum  \  nonagesimum  pia  ad\modum  ds  Ghris- 
tiana  \  Meditatio,  \  Per  Garolum.  Sancto\marthanum  Fonte- 
braldensem.  I.V.D.  S.  1.  n.  d.  La  vraie  page-titre  manque, 
à  ce  qu'il  paraît,  pet.  8°,  55  fols.  Sans  marques  tj^ogra- 
j^hiques  ou  privilège.     Bib.  Mazarine,  n^  23433. 

Le  contenu  suit  : 
Fols.   2  rO-4  ro   :  Lettre-dédicace.     Garolus  Sanctomarthanus 

Gastono  Olivario  MancU  domino.     S.  D. 
Fol.  4  vo.  En  blanc. 

Fols.  5  r°-7  ro  :  Ejusdem,  Psahni  Argumentum  per  eundem. 
Fols.  7  vo  et  8  r»  et  v».  En  blanc. 
Fols.  9  r'^-50  v°  :  In  Psalmum,  XG  pia  admodum   et    conso- 

latoria  meditatio  paraphrastica,   per  Gar.  Sanctomarthanu?n 

I.  V.D. 
Fols.  51  r°-51  vo  :  P.  Mirarii  ad  Lectorem  exhortatio. 

Ce  qui  suit  n'a  pas  de  pagination. 
Fols,  giiij   rO-[gvj]  r°   :  Index  Rerum,  Memorabilium  in  hac 

Meditatione  contentarum.     Litterœ  A.  B.  pag.  indicant. 
Fols,  [gvj]  vO-[gvij]  vo  :  Ga.  Sanctomarthanus  F.  Gab.  Puther- 

beo,    Sodali    Fontebraldensi.     Daté    Lutetise,     13    Calend. 

Julias,  1550. 
Fol.  [gvij]  :  Pétri  Musonii  ad  Pium  Lectorem  Epigramma. 

1.  Réimprimé  avec  deux  vers  d'extra  dans  le  Tombeau  de  Marguerite  de  Valois, 
Royne  de  Navarre,  p.   160, 


BIBLIOGRAPHIE  359 

1550,  Oct.     Oraison  funlebre  sur  le  tres\'pas  de  Ireshaulle  <&;  tresillustre 

Darne  \  dh  Princesse,  Françoise  d'A  |  lencon  Duchesse  de  Beau 
mont,  I  Douairière   de     Vendosmois    <fc    de  Lon  |  geuille.  Par 
Charles  de  Saincte  \  Marthe  Docteur  |  es  Droicts.  |  Imprimé  à 
Paris   par   Regnaiid  Chau  |  diere,  <£•  Claude  son  fils.  \   1550  | 
Auec  Piivilege  du  Roy.   8^,  48  fols.     Marque  typographique 
no  1142,  Silvestre.     Bib.  Maz.  n"  42207. 

Le  contenu  suit  : 
Fol.  2  r°  and  v°  :  Charles  de  Saincte  Marthe,  Docteur  es  Droicts, 

au  lecteur.  Salut. 
Fols.  3  r"-44  r^  :  Oraisoîi  funèbre  sur  le  trespas  de  treshaulte 
cfc  tresillustre  Dame  <fc  Princesse  Françoise  d'Alencon  Du- 
chesse de  Beaumot,  Douairière    de    Vendosmois   dk  de  Lon- 
gueuille. 
Fol.  44  yo   :  Epitaphe  de  Tresillustre  Princesse  Madame  la 
Duchesse  de    Vendosmois  db  de  Beaumont,   Par  Pierre  des 
Mirreurs. 
Fols.  45  r"-48  r^  :  Discours  du  nouveau  changement  des  choses, 
faict  sur  les  armes  de  la  maison  de  France,  jxir  Pierre  des 
Mirreurs. 

1551.  Deux  poèmes  furent  réimprimés,  l'un  de  V Hecatodistichon, 
l'autre  de  Vin  obitum. . .  Margaritœ. . .  Oratio  funebris,  dans  le 
Tombeau  de  Marguerite  de  Valois,  Royne  de  Navarre.  Paris, 
1551,  Bib.  Nat.  Rés.  Ye  1633.  Ces  poèmes  sont  :  le  TwmwZws 
per  C.  S.,  p.  160,  et  encore  un  qui  porte  pour  titre  Aliud  et  qui 
commence  :  «  Margaridi  vocem  morbus.  »     p.  170. 

Les  autres  contributions  à  cette  collection  sont  :  (1)  Matière 
préfatoire  :  Robert  de  la  Haye  ;  Denisot  ;  P.  G.  T.  ;  des  Essars 
(une  lettre  datée  22"  Februrier  1550)  ;  Ronsard.  (2)  Traduc- 
tion de  V Hecatodistichon,  distique  par  distique  ;  Daurat 
(Grecque)  ;  Jean  Pien-e  de  Mesmes  (I.  P.  D.  M.)  (Italien)  ; 
Denisot  and  Du  Bellay  (I.  B.  D.  A.)  (Français).  Plusieurs  des 
distiques  furent  traduites  en  outre  par  Antoinette  de  Lo3aies 
(Dam.  A.  D.  L.)  et  Antoine  de  Baïf.  (3)  Contributions  ori- 
ginales :  Daurat  ;  de  Mesmes  ;  Ronsard  ;  Du  Bellay  ;  Baïf  ; 
J.  du  Tillet  ;  Goupil  ;  Denisot  ;  Matth.  Pac  ;  Macrin  ;  Bourbon  ; 
Claude  d'Espence  ;  Antoine  Armande  de  Marseilles  ;  Jean 
Tagaut  ;  P.  des  Mirreurs  ;  N.  Peron  ;  Jacques.  B.A  (?)  ;  Robert 
de  la  Haye  ;  'Apxro)  ■zov.t-z'j  (?)  ;  «  Damoiselle  A.  D.  T.  «  (L.  ?)  ; 
J.  Morel,  Embrunois  ;  C.  Bouguier,  Angevin.  La  collection 
se  complète  par  deux  contributions  anonymes,  la  dernière 
étant  un  sonnet. 


3  GO  BIBLIOGRAPHIE 

II 

Œuvres  générales. 


Abarbanel.     Dialoghi  di  amore  composili  per  Leone  Medico  (Ahar- 

banel),  di  natione  Hebreo,  et  di  poi  fatto  Christiano.     Venise, 

Aide,  1545.     (pe  éd.  Rome,  1535.) 
Aigueperse,  p.  g.     Biographie  ou  Dictionnaire  hist.  des  personnages 

d'Auvergne,  illustres  ou  fameux  par  leurs  écrits,  leurs  exploits, 

leurs  vertus...     Clermont-Ferrand,  1834. 
Alamanni,  Luigi.     Opère  Toscane  di  Luigi  Alamanni  ad  Christia- 

nissimo  re  Francesco  primo.     Lyon,  Gryphe,  1533. 
Alberti,  Léon  Battista.     Hecatomphilc.     De  vulgaire  Italien  tourné 

en  langaige  Francoys.     Les  fleurs  de  Poésie  Francoyse.     Paris, 

Galliot  du  Pré,  1534. 
Allard,  Guy.     La  bibliothèque  du  Dauphiné,  contenant  les  noms  de 

ceux  qui  se  sont  distinguez  par  leur  sçavoir  dans  cette  province, 

dressée  par  M.  G.  Allard.     Grenoble,  1680. 

Nobiliaire    du    Dauphiné,  ou   discours  historique  des  familles 

nobles  qui  sont  en  cette  province,...     Grenoble,  1671. 
Allut,  m.  p.     Etude  biograph.  et  bibliograph.  sur  Symphorien  Cham- 

pier.     Lyon,  1859. 
Angier,  p.     L'expérience  de  l'Amye  de  court  contre   la  contreamye. 

Cf.  Guevara. 
Anselm,  Le  Père.     Histoire  généal.  et  chron.  de  la  maison  royale  de 

France,  etc.     Paris,  1726-1733. 
Arlerius,   Anton.     Carolo  Sammarthano.     Une  lettre  inédite  que 

possède  M.  John  L.  Gerig  prof esseur  à  l'Université  de  Columbia. 
AuBER,  L'abbé.     Jacques  de  Hillerin.     Bull,  de  la  Soc.  des  Anti- 
quaires de  l'Ouest.     1850. 
AuBiGNÉ,  Merle   d'.     Histoire  de  la  réforme  au  temps  de  Calvin. 

Paris,  1860. 
Baur,  Albert.     Maurice  Scève  et  la  Benaissance  Lyonnaise.     Paris, 

1906. 
Bayle,  Pierre.     Dict.  hist.  et  crit.     5^  éd.     Amsterdam,  1784. 
Beaulieu,  Eustorg  de.     Les  Divers  rapportz.     Contenant  plusieurs 

Bondeaulx,  Huictains,  Dixains,  Ballades,  Chansons,  Epistres, 

Blasons,    Epitaphes,    cfc    aultres   joyeusetez.     Le   tout   composé 

par  M.  E.  de  Beaulieu.     Paris,  Latrian,  1544.     {V^  éd.,  Lyon, 

1537.) 


BIBLIOGRAPHIE  3G1 

BÈZE,  Théodore  de.  Histoire  ecclésiastique  des  églises  réformées 
au  royaume  de  France  en  laquelle  est  descrite  au  vray  la  renais- 
sance <fc  accroissement  d'icelles  depuis  Van  indxxi  jusques  en 
Vannée  mdlxiii...     Anvers,  Jean  Remy,  1580. 

Becq  de  Fouquibres,  L.  Œuires  choisies  des  Poètes  Français  du 
XF/c  siècle.     Paris,  1879. 

Bembo,  p.  Opère.  Classici  Italiani.  Milan,  1807.  Vol.  II,  Rime  di 
31.  Pietro  Bembo. 

Les  Azolains  de  Monseigneur  Bembo  de  la  Nature  d'Amour. 
Traduictz  d'Italien  en  Françoys  par  lehan  Martin,  Secrétaire 
de  monseigneur  Reverendissime  Cardinal  de  Lenoncourt,  par 
le  commandement  de  Monseigneur,  Monseigneur  le  duc  d'Or- 
léans.    Paris,  Vascosan,  1547. 

BiRCH-HiRSCHFELD,  A.  Geschicïite  der  franzôsischen  Littérature  seit 
Anjang  des  XVI  Jahrhunderts.     Vol.  I.     Stuttgart,   1889. 

BoucHET,  Jean.  Les  Annales  d'Aquitaine,  Faicts  et  gestes  en  som- 
maire des  roys  de  France  et  d'Angleterre,  Pays  de  Naples  db  de 
Milan...     Poitiers,  A.  Mounin,  1634. 

Les  angoyesses  &  remèdes  damours  Du  Traverseur  en  son  ado- 
lescence.    Poitiers,  au  Pélican,  1536. 

Jugement  jMetique  de  Vhonneur  féminin  (h  se.iour  des  illustres, 
claires  éh  honîiestes  Dames  par  le  traverseur.  Poitiers,  s.  cl. 
[1536]. 

Cy  après  suyvent  xiii  Rondeaulx  differens.     Avec  xxv  Balades 
différentes  composées  par  Maistre  Jehan  Bouchet,  aidtrement 
dict  le  traverseur  des  voyes  périlleuses...     Paris,  Janot,  1536. 
Epistres    morales    et    familières    du    Traverseur...     Poitiers, 
Mamef,  1545. 

Bouchet,  Jean,  et  Conrad  de  Lommeau.  Epistres,  Elégies,  Epi- 
grammes  et  Epitaphes.  Composez  sur  et  pour  raison  du  deces 
de  feu  tresillustre  et  tresreligieuse  Dame  Madame  Renée  de 
Bourbon,  etc.,  par  le  procureur  gênerai  dudict  Ordre  é;  par  le 
Traverseur.     Poitiers,  1535. 

Bourbon,  N.  Nicolai  Borbonii  Vandoperani  nugœ.  Paris,  Vas- 
cosan, 1533. 

BouRCiEZ,  Edouard.  Les  mœurs  polies  et  la  littérature  de  cour  sous 
Henri  II.     Paris,  1886. 

BouRRiLLY,  V.  L.  Jacques  Colin,  Abbé  de  Sainte- Ambroise.  Paris, 
1905. 

Brantôme.  Œuvres  complètes  de  Pierre  de  Bourdeille,  Seigneur  de 
Brantôme.     Ed.  Lud.  Lallane.     Paris,  1864-1882. 

Breghot  du  Lut  &  Pericaud  aîné.  Biographie  Lyonnaise,  Cat. 
des  Lyonnais  dignes  de  mémoire...  (pp.  267-268).     Lyon,  1839. 


362  BIBLIOGRAPHIE 

Mélanges  biographiques  et  littéraires  pour  servir  à  Vhistoire  de 
Lyon,  par  31***.     Lyon,  1828. 

Breton,  Robert.  Roherti  Britanni  Atrebatensis  Orationes  quatuor. 
De  parsimonia  liber.  Epistolarum  libri  très,  De  virtute  et 
volvptate  colloquium.  Eiusdem  Carminum,  liber  unus.  Tou- 
louse, Vieillard,  1536. 

Boberti  Britanni  Atrebatensis  epistolarum  libri  duo.  Paris, 
Borsozelius,  1540. 

Brunet,  J.-Ch.     Manuel  du  libraire,  5^  éd.     Paris,  1860-1865. 
Supplément  au  Manuel.     Paris,  1878-1880. 

Brunetiêre,    Ferdinand.     Manuel   de   l'Histoire   de   la   littérature 
française.     Paris,  1898. 
Hist.  de  la  littérature  française  classique.     Paris,  1907. 

Brunot,  Ferdinand.  Histoire  de  la  langue  française.  Vol.  II,  Le 
seizième  siècle.     Paris,  1906. 

Brodeaf,  Victor.  Les  louanges  de  Jésus  nostre  Saulueur,  Œuure 
tresexcellent  Divin  <&;  élégant.  Composé  par  Maistre  Victor 
Brodeau  secrétaire  dh  varlet  de  chambre  du  Treschrestien  Roy  de 
France,  Francoys  premier  de  ce  nom  :  et  de  noble  et  haulte  Prin- 
cesse la  Royne  de  Navarre  sœur  unique  dud.  seigneur.  Avecques 
les  louanges  de  la  glorieuse  Vierge  Marie.  Plus.  Psal.  cxlvii, 
Lauda  Hierusalem,  Dofnimim.     s.  1.  1540. 

Buisson,  Ferdinand.  Sébastien  Castellion,  sa  vie  et  son  œuvre. 
Paris,  1892. 

BuLAEUS,  Cf.  Du  Boulay. 

BussEROLLES,  Carré  DE.  Dict.  Geog.,  Hist.  et  Biog.  d'Indre-et-Loire 
et  de  l'ancienne  province  de  Touraine.     Tours,  1878-1884. 

Calvin,  Jean.  Christianœ  Religionis  Institutio.  Joannis  Calvini 
opéra,  Vol.  I,  Corpus  Reformatoruni,  Vol.  XXIX.  Bruns- 
wick, 1863. 

Institution  de  la  Religion  Chrétienne.  Joannis  Calvini,  opéra. 
Vol.  III,     Corp.  Réf.  Vol.  XXXI,  1865. 

Excuse  de  Jehan  Calvin  à  Messieurs  les  Nicodemites,  sur  la 
complaincte  qu'ilz  font  de  sa  trop  grand  rigeur.  Joannis  Calvini 
opéra.  Vol.  VI,     Corp.  Réf.  Vol.  XXXIV,  1867. 

The  Cambridge  Modem  History.  Londres,  1905.  Vols.  I-III,  1902- 
1905. 

Cart.  Monasterii  Fontis  Ebraldi.  Bib.  Nat.  MS.  5080  (Fonds  Lat,), 
Vols.  I  and  IL  Rédigé  en  partie  par  Armand  Parrot  sous  le 
titre  Memoriale  des  Abbesse  des  Fontevrault,  issues  de  la  Maison 
Royale  de  France.     Angers,  1881. 

Cary,  H.  F.     The  Early  French  Poets.     Londres,  1846. 

Castiglione,  B.   (trad.  Jacques  Colin).     Le  Courtesan  nouvellement 


BIBLIOGRAPHIE  363 

traduict  de  langue  ytalique  en  francoys,  Avec  Privilège.  Paris' 
Longis  et  Sertenas,  s.  d.  [1537]. 

Catalogue  des  Actes  de  François  1.  Collection  des  Ordonnances  des 
Rois  de  France.     Paris,  1887-1908. 

Chamard,  Henri.     Joachim  du  Bellay,  irr>2-l')G0.     Lille,  1900. 

Compte  rendu  du  liv^e  de  P.  de  Longuemare.  Une  famille 
d'auteurs  :  Les  Sainte- Marthe.  Rev.  d'Hist.  litt.,  1903, 
pp.  344-350,     Cf.  Du  Bellay. 

Chappuys,  Claude.  Discours  de  la  court,  présenté  au  Roy  par 
M.  Claude  Chappuys  son  librarie  <fc  varlet  de  cJiambre  ordinaire, 
avec  privilège  pour  deux  ans.     Paris,  Rosset,  1543. 

Chariteo.  Le  rime  di  Benedetto  Gareth,  detto  il  Chariteo.  Ed. 
E.  Pércopo.       Naples,  1892. 

Charvet,  Léon.  Etienne  Martellange.  Menis.  de  la  Soc.  Litt. 
Hist.  et  Arch.  de  Lyon.     1872-1873. 

Chastel,  Etienne.  Histoire  du  Christianisme,  Vol.  IV.  Paris, 
1882. 

Clenard,  Nicholas.  Nie.  Clenardi  Epistolarum  libri  duo  quorum 
posterior  jam  primum  in  lucem  prodit.  Anvers,  Plantin, 
1567. 

Christie,  Richard  Copley.  Etienne  Dolet.  The  Martyr  of  the 
Renaissance  (1508-1546).     2^  éd.     Londres,  1897. 

Chronologia  Sanctorum  et  aliorum  Virorum  lllustrium  ac  Abbatum 
Sacrœ  Insulœ  Lerinensis  a  Domo  Vincentio  Barrait  Saler  no 
Monacho  Lerinense  in  unum  compilata  cum  annotationibus 
eiusdem.     Lyon,  1613. 

CoLLETBT,  Guillaume.  Eloges  des  Hommes  illustres  qiii  depuis  un 
siècle  ont  fleury  en  france  dans  la  profession  des  Lettres.  Com- 
posez en  Latin  par  Scevole  de  Saincte- Marthe.  Et  mis  en  fran- 
cois  par  G.  Colletet.  Eloge  de  Charles  et  Jacques  de  Sainte- 
Marthe,  pp.  372-274. 

Vies  des  poètes  françois.  Ms.  anonyme  de  ces  Vies,  dont  le  Ms. 
original  fut  brûlé.  Bib.  nat.  (nouv.  acq.  fr.)  3073.  Il  con- 
tient une  notice  sur  Charles  de  Sainte-Marthe,  fols.  440  r"- 
447  vo. 

CoLONiA,  Le  Père.  Histoire  littéraire  de  la  ville  de  Lyon.  Lyon, 
1738. 

CoNTi,  GuiSTO  DEi.  La  bella  mano.  Parnaso  Italiano,  Vol.  VI, 
pp.  1-192. 

CoRROZET,  Gilles.  Le  compte  du  Rossignol.  Lyons,  Jean  de 
Tournes,  1547.  Réimprimé,  A.  de  Montaiglon,  Rec.  de  Poésies 
françaises  des  xv^  d;  xvi^  siècles.     Vol.  VIII,  p.  49  et  seq. 

Crépet,  E.     Les  Poètes  Français.     Paris,  1887. 


364  BIBLIOGRAPHIE 

Crespin,  Jean.     Histoire  des  Martyrs  persécutez  et  mis  à  mort  pour 

la  vérité  de  V Evangile  depuis  le  temps  des  Apostres  jusques  à 

présent...     Genève,  Aubert,  1G19. 
Darmsteter,  a.,  et  Hatzfeld,  A.     Le  seizième   siècle   en    France. 

4e  éd.     Paris,  1889. 
Décrue  de  Stoutz,  Francis.     La  Cour  de  France  et  la  Société  au 

xvi^  siècle.     Paris,  1888. 
Delaruelle,    L.     Guillaume    Budé.     Les   origines,    les   débuts,    les 

idées  maîtresses.     Paris,   1907. 
Des   Masures,   Louis.     Œuvres   poétiques   de  Louis  des   Masures, 

Tournisien.     Lyon,  J.  de  Tournes  et  Gazeau,  1557. 
Desnos,   Odolant.     Mémoires  historiques  sur  la  ville  d'Alençon  et 

sur  ses  seigneurs,  par  M.  0.  D.     Alençon,  1787. 
Des     Periers,     Bon  aventure.     Œuvres    Françoises.     Ed.     Louis 

Lacour.     Paris,  1856. 
Dolet,    Etienne.     Stephani  Doleti    Galli   Aurelii   Carminum.   libri 

quatuor.     Lyon,  1538. 

La  manière  de  bien  traduire  d'une  langue  en  autre.  Davantage 

De  la  ponctuation  françoyse.     Plus,  des  accents  d'ycelle.     Le 

tout  faict  par  Estienne  Dolet  natif  d'Orléans.     Lyon,  [1540]. 
DouEN,  0.  Clément  Marot  et  le  Psautier  Huguenot.  Paris,  1878-1879. 
Dreux   du   Radier.     Bibliothèque  hist.   et  crit.   de  Poitou.     Niort, 

1842-1849. 
Du  Bellay,  Joachim.     La  deffence  et  illustration  de  la  langue  fran- 
çoyse.    Ed.  Henri  Chamard.     Paris,  1904. 

Œuvres  françoises.     Ed.  Ch.  Marty-Laveaux,  La  Pléiade  fran- 

çoise.     Paris,  1866-1867. 

Œuvres  Poétiques.     Ed.  H.  Chamard.     Paris,   1908.     Société 

des  Textes  Français  Modernes. 
Du  BouLAY,  C.  E.  (BuL^us).     Historia  Universitatis  Parisiensis... 

a  Carolo  Magno  ad  nostra  tempora...     Paris,  1663-1673. 
DuCHASTEL,  Pierre.     Les  deux  Sermons  funèbres  prononcez  es  dictes 

obsèques,  Vung  a  Nostre  Dame  de  Paris  Vautre  a  Sainct-Denys 

en  France.     Par  Pierre  du  chastel  Evesque  de  Maçon.     Ils  se 

trouvent  dans  Pétri  Castellani...  vita,  auctore  Petro  Gaïlandio. 

Accedunt  orationes  duœ  habitœ  in  funere  Francisci  primi  Régis 

Francorum    Christianissimi,    literarum    ds    artiurn    parentis. 

Paris,  1674. 
DucHER,    Gilbert.     Gilberti  Ducherii   Aquapersani   Epigrammato'n 

libri  duo.     Lyon,  1537. 
Du  Verdier,   Antoine.     Bibliothèque  françoise.     Cf.  La  Croix  du 

Maine. 
Egger,  E.     L'Hellénisme  en  France.     Paris,  1869. 


BIBLIOGRAPHIE  365 

1<]lien  1.  Ex  Mliani  historia  per  P.  Gyllium  latine  facti  itemque  ex 
Porphyrio,  Heliodoro,  Oppiano,  tum  eodem  Gyllio  accessionibus 
(lucti  libri  xvi.  De  vi  et  natura  animalium.  Ejusdem  Gyllii 
liber  unus  de  Gallicis  et  Latinis  nominibus  piscium.  Lyon, 
Gryphe,  1533. 

Varice  hisloriœ,  Libri  XIV...  Rome,  1545. 
Varice    historiœ...    cum    interpretatione    lat.    Justi    Vulteii. 
Ed.  Gronovius.  Amst.,  1731. 

Fabrice,  Arnold.  Arnoldi  Fabricii  Vasatenis  Pelluhetani,  viri 
Latinitatis  purioris  m  primis  studiosi  dodique,  Epistolœ  ali- 
quot.     Rochelle,  1571. 

Fagtjet,  E.     Desportes.     Rev.  des  Cours  et  Conférences.     Vol.  I. 
Le  seizième  siècle.     Etudes  Littéraires.     Paris,  1894. 
Histoire  de  la  littérature  française.     Paris,  1900. 

Flamini,   Francesco.     Le  Leitere  italiane   alla  corte   di   Francesco 
Primo.     Studi  di  Letteratura  italiana  et  straniera.     1895. 
Di  alcune  innosservate  imitazioni  italiane  in  poeti  francesi  del 
cinquecento.     Atti  dell  Congresso  Internazionale.     Rome,  1903. 
Vol.  IV,  pp.  161-171. 

Fletcher,  J.  B.  Did  «  Astrophel  n  love  «  Stella  ?  «  Modem  Philo- 
logy.     Vol.  V,  pp.  253-264. 

Fleurs  de  Poésie  Francoyse.     Paris,  1534.     Cf.  Alberti. 

Fontaine,  Charles.  Response  F  aide  à  V  encontre  d'une  petit  Livre 
intitulé  le  Triumphe  S  la  Victoire  d'argent  contre  Cupido 
7iagueres  vaincu  dedans  Paris.  Par  maistre  Charles  Fontaines. 
Uni  à  La  Victoire  éâ  Triumphe  d'Argent  contre  Cupido  dieu 
d'Amour  n'aguieres  vaincu  dedans  Paris,  de  Papillon.  L^'on, 
Juste,  1537.  Bib.  Nat.  Inv.  Rés.  Ye  1600.  Fol.  Bij  v". 
La  contreamye  de  court.  Paris,  Sauliiier,  1541.  Cf.  Guevara. 
La  Fontaine  d'Amour,  contenant  Elégies,  Epistres  <fc  Epi- 
grammes.     Paris,  Marnef,   1546. 

Sensuyvent  Les  Ruisseaux  de  Fontaine.  Œuvre  contenant 
Epistres,  Elégies,  Citants  divers,  Epigrammes,  Odes  cf-  Etrenes 
pour  cette  présente  année  1555.  Par  Charles  Fontaine  Parisien. 
Plus  y  a  une  traité  du  passetemps  des  amies  avec  un  translation 
d'un  livre  d'Ovide  <£■  de  28  énigmes  de  Symposius  traduids  par 
ledict  Fontaine.     Lyon,  Payan,  1555. 

Odes,  Enigmes  et  Epigrammes,  addressez  pour  etrennes  au  Roy 
à  la  Royne,  à  Madame  Marguerite  (k  autres  Princes  d-  Prin- 
cesses de  France.  Par  Charles  Fontaines  Parisien.  Lyon,  1557. 

L  I.  €.,  les  deux  éditions  que  Sainte-Marthe  aurait   pu  so  prociu-er,  et  celle 
que  j'ai   consulté   moi-même. 


366  BIBLIOGRAPHIE 

FoRCADEL,  Etienne.     Stephani  Forcatuli  juris  consuUi  Epigrammata 
ad  Carolum  LotJmringum  Cardinalem.     Lyon,  1554. 

Frank,  Félix.     Cf.  Marguerite  de  Navarre. 

Gallia  (^hristiana  in  Provincias  ecclesiaslicas  distributa  ;  ...  Opéra 
&  studio  Domni  Dionysii  Samartlmni  et  aliorum  monacJium  ex 
ordine  Sancti  Benedicti,  Vols.  I-III.  1715-1725. 
Id.,  Opéra  <fc  studio  Monachorum  Congregationis  S.  Maiiri 
Ordinis  8.  Benedicti,  Vols.  IV-XIII.  1728-1785. 
Id.,  Condidit  Bartholomaeus  Hauréau,  Vols.  XIV-XVI.  1586- 
1865. 

Gallia  Christiana  novissima.  Histoire  des  archevêchés,  Evêchés  <&; 
Abbayes  de  France,  etc.     Valence,  1900. 

Garasse,  Le  père.  Les  Recherches  des  Recherches,  et  autres  œuvres 
de  M^  Etienne  Pasquier.     Paris,  1622. 

Gaufres,  M.  J.  Claude  Baduel  et  la  réforme  des  études  au  xvi^  siècle. 
Paris,  1880. 

Gaulliexjr,  Ernest.  Histoire  du  Collège  de  Guyenne.  Paris, 
1874. 

Généalogie  de  la  Maison  de  Sainte-Marthe  Justifiée  par  Tiltres  domes- 
tiques, Arrests  du  Parlement,  histoires  manuscrites  et  Impri- 
mées, Epitaphes  et  autres  bonnes  preuves.  Contenant  les  Sei- 
gneurs de  Villedan,  du  Cha2:)peaiL,  d'Estrepied,  de  Beauce,  de 
Corbeville,  de  Mère,  des  Humeaux,  de  Boisvre,  de  Chandoiseau, 
de  Chasteauneuf  et  autres.  Avec  la  descente  tant  ynascidine  que 
féminine  des  familles  lesquelles  y  ont  esté  alliées.  Bibl.  de  l'Ins- 
titute,  ms.  n^  535.     (Date  probable,  pas  beaucoup  après  1662). 

Génin,  F.  Lettres  de  Marguerite  d'Angoidême,  sœur  de  François  I^^, 
Reine  de  Navarre,  publiées  d'après  les  mss.  de  la  Bibliothèque 
du  Roi.     Paris,  1841. 

Nouvelles  Lettres  de  la  Reine  de  Navarre,    adressées   au   Roi 
François  I^^  son  frère.     Paris,  1842. 

Gerig,  John  L.  Le  Collège  de  la  Trinité  à  Lyon  avant  1540.  Paris, 
1910. 

GoHiN,  Ferdinand.     Cf.  Heroët. 

GoTJJET,    Cl. -Pierre.     Bibliothèque   françoise.     Paris,    1741-1756. 

GxTEVARA,  Ant.  DE  (trad.  Ant.  d'Alaigre).  Le  mépris  de  la  Court 
avec  la  vie  rusticque,  nouvellement  traduict  Despagnol  en 
Francoys.  L'amye  de  court  ;  La  parfaite  arnye  ;  La  contre 
amye  ;  VAndrozyne  de  Platon  ;  Lexperience  de  VAmye  de  court 
contre  la  contre  amye.  Paris,  Le  Bret,  1544. 
GuiBAL,  G.  De  Joannis  Boysonnei  vita,  seu  de  litterarum  in  Gallia 
meridioni  restitutione.  Revue  de  Toulouse,  1864.  Vol.  IL 
GuiFFREY,  Georges.     Cf.  Marot. 


BIBLIOGRAPHIE  367 

Guy,  h.     De  fontibus  démentis  Maroti  poetae.     Foix,  1898. 

Haag,  Eug.  et  Emile.     La  France  Protestante,  ou  Vies  de  protestants 

français,  etc.  Paris,  1849-1860. 
Habert,  François.  Les  Epistres  Cupidinesques  du  Banny  de.  Liesse 
présentées  au  dames  de  la  court  de  Venus  tenant  sa  cour  planiere. 
Dedication  de  Vœuire  A.  Vénérable  tfc  scientifique  personne 
Benoist  Soucheret  prieur  de  Fontaines,  Amateur  de  Poésie  db 
Rhétorique.  S.  1.  n.  d.  (après  1536  et  avant  1541). 
Le  temple  de  Chasteté,  avec  plusieurs  Epigrammes,  tant  de  l'in- 
vention de  Vautheur  que  de  la  traduction  <£,-  imitation  de  Martial 
<fc  autres  Poètes  latins.  Ensemble  plusieurs  petits  œuvres  poé- 
tiques, contenues  en  la  table  de  ce  présent  livre.  Le  tout  par 
Françoys  Habert  d'Yssouldun  en  Berry.  Paris,  Fezendat, 
1549. 

L'Histoire  de  Titus  cfc  Gisippus  et  autres  petitz  œuvres  de 
Beroalde,  latin.  Interprétés  en  Rim  francoyse  par  Françoys 
Habert  d'Yssuldun  en  Berry  Auec  V exaltation  de  vraye  et 
perfaicte  noblesse.  Les  quatre  Amours,  le  nouveau  Cupido,  et 
le  Trésor  de  Vie.  De  l'invention  dudict  Habert.  Le  tout 
présenté  à  Monseigneur  de  Nevers.  Paris,  Fezendat  et  Gra- 
nion,  1555. 

La  Harangue  de  la  Déesse  Astree  sur  la  réception  de  noble  et 
illustre  personne  M.  Jean  Mosnier  au  degré  de  Lieutenant 
Civil,  auec  dix  sonnets  Héroïques  de  la  perfection  des  Luges. 
Ensemble  la  description  Poétique  de  l'utilité  <fc  conservation  des 
Lettres  de  l' Imprimerie,  Librairies  et  des  premiers  inventeurs 
des  dicts  arts  par  François  Habert  de  Berry.  Avec  Sentences 
morales  en  Poésie  Latine  et  Françoise,  ensemble  les  epigrammes 
addressez  à  plusieurs  nobles  db  vertueux  personnages,  portans 
faveur  d-  dilection  aux  Lettres.  Paris,  Thibout  et  Denise, 
1556. 

Hallam,  Henry.     Introduction  to  the  literature  of  Europe. 

Hanotaux,  Gabriel.  Etudes  Historiques  sur  le  xvi^  et  le  xvii^  siècle 
en  France.     Paris,  1886. 

Hauser,  Henri.  De  l'Humanisme  et  de  la  Réforme  en  France,  1512- 
1552.     Etudes  sur  la  Réforme  française.     Paris,  1909. 

Hauvette,  Henri.  Luigi  Alamanni,  l'i[)')-l')C)6.  Sa  vie  et  son 
œuvre.     Paris,   1903. 

Herminjard,  a.  L.  Correspondance  des  Réformateurs  dans  les  pays 
de  langue  française.  Paris,  1860-1864.  2e  éd.  1878.  Vols.  VI 
et  VII. 

Hebreo.     Cf.  Abarbanel. 

Heroet,  Antoine.     La  parfaicte  amye  par  Antoine  Heroet  dict  la 


368  BIBLIOGRAPHIE 

Maison   neufve.     Avec   plusieurs   aultres   compositions   dudicl 

autheur.     Lyon,  Dolet,  1542.     Et  cf.  Guevara. 

Œuvres  Poétiques.     Ed.  F.  Gohin.     Paris,  1909. 
Hervet,    Gentian,     Gentiani  Herveti  Aurelii   Orationes.     ...    Plu- 
tarchi    cpusculum. . .     ah     eodem     Latinum     jactum..      Orléans, 

Gueiard,  1522. 
Heulhard,   Arthur.     Rabelais,  ses  voyages  en   Italie,   son  exil  à 

Metz.     Paris,  1891. 
Imbart  de  la  Tour,  P.     Les  Origiyies  de  la  Réjœ-me.     Paris,  1905. 
Jervis,  W.  Henley.     a  History  of  the  Chtirch  oj  France  from  the 

Concordat  of  Bologna  A.D.  LllG  to  the  Révolution.     Londres, 

1872. 
Kerr,   W.   a.   R.     The  Pléiade  dk  Platonism.     Modem  Philology, 

Vol.  V,  pp.  407-421. 

Antoine  Heroët's  Parfaite   Amye.     Publications   Mod.   Lang. 

Ass.,  Vol.  XX,  pp.  567-583. 
La  Borderie,  Jean  Boiceau  de.     L'Amie  de  Court  nouvellement 

inventée  par  le  seigneur  de  la  Borderie.     Paris,  Corrozet,  1542. 

Cf.  Guevara. 

Discours  du  Voyage  de  Constantiiiople,  envoyé  audit  lieu  à  une 

damoy selle  française.     Lyon,  P.  de  Tour,  1542. 
La  Croix  du  Maene  et  du  Verdier.     Les  Bibliothèques  françaises 

de,  1584.     Ed.  Rigoley  de  Juvigny.     Paris,  1772-1773. 
Lacroix,  P.     Cf.  Recueil. 
La    Ferrière-Percy,    H.    de.     Marguerite   d'Angoulême,    sœur   de 

François  1^^     Son  livre  de  dépenses  (1540-1549).     Etudes  sur 

ses  dernières  années.     Paris,  1862. 
La  Harpe,  J.  F.     Lycée,  ou  Cours  de  Littérature  ancienne  et  moderne, 

Vol.  V.     Paris,  1829. 
Lanson,     Gustave.     Histoire    de    la   littérature   française.     5^    éd. 

Paris,  1898. 

Manuel    bibliographique   de   la.   littérature   française   moderne. 

Vol.  I,  Seizième  siècle.     Paris,  1909. 
Laumonier,   p.     Chronologie  et   Variantes  des  poésies  de  Pierre  de 

Ronsart.     Rev.  d'Hist.  litt.  de  la  France,  Janv.,  1902  ;  Janv., 

1903  ;  Avril,  1903  ;  Juillet,  1904  ;  Avi'il,  1905. 

Ronsard,  Poète  lyrique.     Paris,  1909. 
Leblond,   Jean.     Le  Printemps  de   l'Humble  Espérant  aultrement 

Dict  Jehan  Leblond  Seigneur  de  Branville,  ou  sont  comprins 

plusieurs  petitz  œuvres  semés  de  fleurs,  fruict  d;  verdure  quil  a 

composer  en  son  jeune  auge  fort  récréatifs  comine  on  pourra  veoir 

a  la  table.     Paris,  Langelier,  1536. 
Lee,  Sidney.     Elizabethan  Sonnets.     Londres,  1904. 


HIBLIOGRAIMIIK  369 

Lbfranc,  Abel.     Marguerite  de  Navarre  et  le  Platonisme  de  la  Renais- 
sance.    Bib.  de  l'Ecole  des  Chartes,  Vols.  LVIII,  pp-  259-292, 

et  LIX,  pp.  712-757. 

Le  Platonisme  et  la  Littérature  en  France  à  V époque  de  (a  Renais- 
sance.    (1500-1550.)    Rev.   d'Hist.   litt.     Jaiiv.  189G. 

La  Jeunesse  de  Calvin.     Paris,   1888. 

Histoire  du  Collège  de  France.     Paris,  1893. 

Le  Tiers  Livre  de  Pantagruel  el  la  querelle  des  femmes.     Kev. 

des  Etudes  Rabelaisiennes.     1904,  pp.   1-10  et  78-100. 

Picrochole  et  Gaucher  de  Sainte- Marthe.  Ibid  ,  1905,  pp.  241-252. 

Babelais,  Les  Sainte-Marthe  et  /'  »  enraîgé  »  Putherbe.    Ibid., 

1906,  pp.  335-348. 

Cf.  Marguerite  de  Navarre. 
LBFRA^'c  ET  BouLENGER.     Complcs  de  Louisc  de  Savoie  (151:')-lô''2'2) 

et  de  Marguerite  d' Angoulê^ne  (  1 .')  1 '2 ,  I.~iJ7,  i52'/,  7.529,  l.'>39). 

Paris,  1905. 
Le  Livre  de  plusieurs  pièces,  c'est  a  dire  faict  dh  receuilly  de  divers 

Autheurs  comme  de  Clément  Marot  &  autres     Lj'on,  N.  Bac- 

quenois,  1548. 
Le  Roville,  Guillaume.     Le  recueil  de  Vantique  preexcellence  de 

Gaule  <t  des  Gaidoys.     Composée  par  M.  Guillaume  Le  Roville 

d'Alenço7i,  Licencié  en  Lois,  Conseiller  ordinaire  des  Roy  & 

Royne  de  Navarre,  Duc  <fc  Duchesse  d'Alençon,  etc.     Poitiers, 

Mamef,  1546. 
Lommeau,  Cf.  Bouchet. 
Longuemare,  p.  de.     Une  famille  d'auteurs  aux  seizième,  dix-'^ep- 

ticme  et  dix-huitième  siècles.     Les  Sainte- 31  arthe.     Etude  hist. 

et  litt.  d'après  de  nombreux  documents  inédits.     Paris,  1902. 
Lutteroth,  Henri.     La  Reformation  en  France  pendant  sa  première 

période.     Paris,  1859. 
Marguerite  de  Navarre.     UHeptaméron.     Ed.  Leroux  de  Lincy. 

Paris,  1853. 

L'Heptaméron.     Ed.    Le    Roux     de     Lincy    et    Montaiglon. 

Eudes,  Paris,  1880. 

Les  Marguerites  de  la  Marguerite  des  Princesse.  (1547)     Ed. 

Félix  Frank.     Paris,  1872. 

Les  Dernières  Poésies  de  Marguerite  de  Navarre.     Ed.   Abel 

Lefranc.     Paris,  1896. 
Marot,  Clément.     Œuvres.     Ed.  Jaimet.     Bibl.  Elzévirienne.     Pa- 
ris, 1873. 

Les  Œuvres  de  Clément  Marot  de  Cahors  en  Quercy.     Ed.  Guif- 

frey.     Paris,  1876-1881.     Vols.  II  et  III.     (Vol.   I.    vient  de 

paraître). 

24 


370  BIBLIOGRAPHIE 

O^Juvres  de  Clément  Marot  avec  Les  Ombrages  de  Jean  Marot 

son  Père,  ceux  de  Michel  Marot  son  Fils.  etc.     Ed.  Lenglet 

Dufresnoy.     La  Haye,   1731. 
Meuic],    Lorenzo   dei.     Opère.     Ed.   Molini.     Florence,    1825. 
Menasci,  Guido.     Nuovi  saggi  di  letteratura  francese...     La  Scuola 

di  Lione.     Ijivourne,  1908. 
Michel  de  la  Rochemaillet,  Gabriel.     Briefs  éloges  des  hommes 

illustres  desquels  les  pourtraits  sont  icy  représentez,  par  Gabriel 

Michel  Angevin  ;  adv.  en  Parlement.  (Illustrations  de  Léonard 

Gautier).  Se  trouve  dans  un   album  intitulé  Diverses  pièces. 

Recueil  gênerai  des  pièces  détachées  et  figures  qui  regardent  La 

Ligue.  Bibl.  Nat.  Rés.  La25  q 
Michel  de  la  Rochemaillet,  René.     Renati  Michaelis  Rupemallei 

Parisini  Poemata.     Paris,  1658. 
Montaiglon,  Anatole  de.     Recueil  de  poésies  francoises  des  xv^  et 

xvi^  siècles,  etc.    Paris,  1855-1878.    Cf.  Marguerite  de  Navarre. 
MoBERi,  Louis.     Le  grand  Dict.  hist.     (20®)  éd.  de  Drouet,     Paris, 

1759.     Ed.  orig.   1674. 
MoRF,  Heinrich.     Geschichfe  der    Neuern  Franzôsischen  Littérature 

(xvi-xix  Jahrhundert).     Strasbourg,  1898. 
MuGNiER,  F.     La  vie  et  les  poésies  de  Jean  de  Boysonné.     Méms.  et 

docs.  de  la  Soc.  Savoisienne  d'iiist.  et  d'archeol.,  Vol.  XXXVI. 

Chambéry,  1897. 
NicERON,  Jean   P.     Mém.oires  pour  servir  à  Vhistoire  des  hommes 

illustres  dans  la  république  des  lettres,  avec  un  catalogue  raisonné 

de  leurs  Ouvrages.     Paris,  1727-1745. 
NiCQUET,  Honorât  de.     Histoire  de  l'ordre  de  Fonteiraud.     Paris, 

1642. 
Nisard,  J.  m.  N.  D.     Histoire  de  la  littérature  française.     10®  éd. 

Paris,  1883. 

Renaissance  et  Réforme.     3®  éd.     Paris,  1877. 
Xolhac,   Pierre    de.     Le  rôle   de   Pétrarque  dans  la   Renaissance. 

Chartres,  1892. 

Documents  nouveaux  sur  la  Pléiade.     Rev.  d'Hist.  litt.     1899. 

Pétrarque   et   VHumanisme.     2®   éd.     Paris,    1907. 
Nouveau  Dictionnaire  Historique.     Caen,  1783. 
Opuscules  d'amour  par  Heroet,   la  Borderie  et  cadres  divins  poètes. 

Lyon,  Jean  de  Tournes,  1547. 
Oulmont,    Charles.     Gratian   du   Pont   et   les   femmes.     Rev.    des 

Etudes  Rabelaisiennes,   1906.     pp.   1-28  et  135-151. 
Page,  C.  H.     Cf.  Ronsard. 
Papillon.     Le  nouvel  Amour,   1546.     Cf.    Fontaine,    et    cf.  supra 

p.   355  et  seq. 


BIHLKXJRAF'IIIE  371 

Parnaso,  Italiano.  Vol.  \'l.  Lirici  antichi...  finn  al  .secolo  xvi. 
Venise,  1786. 

PAsyuiER,  EsTiENNE.  Scs  (Euircs.  Contenant  ses  Recherches  de  la 
France,  etc.     Amsterdam,  1723. 

Patee,  Wai.ter.  The  Renaissance.  (Joachim  Du  Bellay. )  6^  éd. 
Londres,  1893. 

Pattison,   Mark.     Essays.     The  Stephenses_,     Oxford,    1889. 

Peletier  du  Mans,  Jacques.  Œuvres  'poétiques.  Ed.  Léon  Séché. 
Paris,  1904. 

Pernetti.  L'abbé.  Recherches  pour  .servir  à  Vhistoire  de  Lyon,  ou, 
Les  Lyonnais  dignes  de  mémoire.     Lyon,  1757. 

Petit  de  Julleville,  L.  Histoire  de  la  Langue  et  la  Littérature 
françaises  des  origines  à  1900,  publiée  sous  la  direction  de 
L.  Petit  de  Julleville.     Paris,  1869-1899. 

Petrarch.  Le  Rime.  Ed.  Giosue  Carducci  et  Séverine  Ferrari. 
Biblioteca  scolastica  di  classici  italiani.     Florence.    1905  ^. 

Picot.  Emile.  Les  Français  Italianisants  au  xvi^  siècle.  Paris, 
1906-1907. 

Catalogue  des  livres  composant  la  bibliothèque  de  jeu  M.  le  baron 
J.  de  Rothschild.     Paris,  1887-1893. 

Rabelais  à  l'entrevue  d'Aiguesmortes.    Rev.  des  Etudes  Rabe- 
laisiennes. 1905.     pp.  331-338. 

PiÉRi,  Marius.  Le  Pétrarquisme  au  xvi^  siècle,  Pétrarque  et  Ron.sard 
ou  de  l'influence  de  Pétrarque  sur  la  Pléiade  française.  Mar- 
seille, 1896. 

Plattard,  J.     L'œuvre  de  Rabelais,  Paris,  1910. 

Pline  ^.     Historiae  naturalis  libri.     Ed.  Alex.  Benoît.     Lyon,  1510. 
Naturalis  Historia.     Ed.  Danès.     Paris,   1532. 
Naturalis  Historiae  libri  xxxvi.     Ed.    J.  Sillig,  Hambourg  et 
Gotha,  1851-1857. 

Rabel.ais.  Les  Œuvres  de  Maistre  François  Rabelais.  Ed.  C'h.  ]\Iarty- 
Laveaux.     Paris,  1869-1903. 

R.î:mond,  Florimond  de.  L'Histoire  de  la  naissance,  progrez,  et 
décadence  de  Vheresie  de  ce  siècle  divisée  en  huict  litres...  Par 
Florimond  de  Raenwnd,  Conseiller  du  Roy  en  sa  Cour  de  Par- 
lement de  Bordeaux.     Rouen,  de  la  Motte,  1629. 

Recueil  de  vraie  Poésie  Françoise  imprimé  pour  la  p'emière  fois  à  Paris 
en  1544,  avec  privilège  du  Roy,  et  réim}mmé  à  Lyon  par  Benoit 
Rigaud,  en  1559,  sous  le  titre  :  Poésie  Facecieuse.     Réimpres- 


1.  Mes  renvois  sont  à  cette  édition  commode  et  utile. 

2.  Ce  sont  les  deux  éditions  dont  ait  pu  .se  sei'\ir  Sainte-Marthe,  et  celle  que 
j'ai  moi-même  consultée. 


372  BIBLIOGRAPHIE 

sion  textuelle,  augmentée  d'une  notice  bibliographique  par 
M.  Paul  Lacroix.  Paris,  1869.  Réinipiession  de  la  Poésie 
Facecieuse,  extraitte  des  œuvres  des  plus  fameux  Poëttes  de 
nostre  siècle.     Imprimé  nouvellement.     Lyon,  Rigaud,  1559. 

Rochas,  Adolphe.     Biographie  du  Dauphiné...     Paris,   1856-1860. 

Ronsard,  Pierre  de,  Œuvres  complètes  de     Ed.  Prosper   Blanche- 
main,  Bibl.  Elzévirienne.     Paris,  1857-1867. 
Œuvres  complètes  de.     Ed.  Marty-Laveaux,  La  Pléiade  fran- 
çaise.    Paris,  1887-1893. 

Sangs  <&  Sonnets  of  Pierre  de  Ronsard. . .  selected  and  translated 
into  English  verse.  Curtis  Hidden  Page...  Boston  et  New- York, 
1903. 

RuBLE,    Ai^PHONSE    DE.     Antoine   de   Bourbon    et   Jeanne   d'Albret. 
Paris,  1881. 
Le  mariage  de  Jeanne  d'Albret.     Paris,  1877. 

Rus,  Jean.  Œuvres  de  Jean  Bus,  poète  Bordelais  de  la  première 
moitié  du  xvi^  siècle.  Philip  Tamizey  de  Larroque.  Paris  et 
Bordeaux,  1857. 

Sainte-Beuve.  Tableau  historique  et  critique  de  la  poésie  française 
et  du  théâtre  français  au  xvi^  siècle.  Paris,  1828,  (grande  éd. 
1843.)  ^ 

Saint- Gelais,  Melin  de.  Œuvres  complètes.  Ed.  Blanchemain. 
Bibl.  Elzévirienne.     Paris,  1873. 

Sainte-Marthe,  Scév^ole  de.  Gallorum  doctrina  illustrium,  qui 
nostra  patrumque  memoria  fioruerunt,  Elogia.  Recens  aucta 
<h  in  duos  divisa  libros,  quorum  alter  nunc  prinium  editur. 
Auctore  Scœvole  Sammarthano.     Poitiers,  1598,  1602,  1606  ^. 

Sainte-Marthe,  Denis  de.     Cf.   Gallia  Christiana. 

Salel,  Hugues.  Les  œuvres  de  Hugues  Salel  valet  de  chambre  ordi- 
naire du  Roy,  imprimées  par  commandemeiU  dudict  Seigneur. 
Avec  privilège  pour  six  ans.  Paris,  Rosset,  s.  d.  PriA'.  date 
23e  Fevr,  1539  (v.  s.). 

Sandys,  J.  E.  a  History  of  Classical  Scholarship.  Cambridge. 
Vol.  II,  1908. 

Scève,  Maurice.  Délie,  abject  de  Plus  Haulte  Vertu.  Lj^on,  1544. 
Priv.  daté  le  30^  Octobre  1543.  Réimprimé,  Scheuring, 
Lyon,  1862. 

Saulsaye.  Ëclogue  de  la  vie  solitaire.  Lyon,  Jean  de  Tournes, 
1547.     Réimprimé,  Aix,  1829. 


L  J'ai  fait  les  références  à  l'édition  courante,  sans  date,    de    Charpentier 
(499  pp.). 

2.  J'ai  fait  les  références  à  l'édition  de  1602. 


BIBLIOGRAPHIE  373 

Seraphino.     Le  Rime  di  Serafino  de'  Ciminelli  dalV  Aquila.     Ed. 

M.  Menghini.     Collezione  di  opère  inédite  o  rare  dei  primi  tre 

secoli  délia  liugua.     Bologne,  1894. 
SiBiLET,    Thomas.     Art   Poétique   François.     Four  l'instruction  des 

jeunues  studieus,  tfc  encor  peu  avancez  en  la  Poésie  françoise. 

Paris,  1548. 
SiLVESTRE,    L.    C.     Marques    typographiques,    ou   recueil   de    mono- 
grammes, chiffres,  enseignes,  emblèmes,  devises,  rébus  et  fleurons 

des  libraires  et  imprimeurs. . .  depuis...  1470,  jusqu'à  la  fin  du 

seizième  siècle....     Paris,  1867. 
Simon,  L'abbé.     Hist.  de    Vendôme  et  de  ses  environs.     Vendôme, 

1835. 
Spingarn,  J.   E.     a  History  of  Literary  Crificism  in  the  Renaissance. 

New -York,  1899. 
Stobjeus,    (J.)     Collectiones    senfentiarum.     Ed.    Trincavellus.     Ve- 
nise, 1536. 

Collectiones  Senfentiarum.     Ed.  Gesner.     Zurich,  1543  ;  Turin, 
,  1544  ;  Bâle,  1549. 

V  Florilegium  gr.  ad  manuscriptorum  fidem  emendavii    Thomas 

Gaisford.     Oxford  i,  1822. 
Tagliacarne,    B.     Benedicti   Theocreni   Episcopi    grassensis,    Régis 

Francisci  Liberorum  prœceptoris,  Poemata  quœ  jurenis  admo- 

dum  lusit.     Poitiers,  1536. 
Tamizey  de  Larroque,  Ph.     Cf.  Rus. 

Tebaldeo.     Parnaso    Italiano  Vol.  VI.  Liri  Antichi.    pp.  297-318. 
Thof,  j.  a.  de.     Historiarum  sui  femporis,  lihri  cxxxviii.     Londres, 

1733. 
Tilley,  Arthur.     François  Rabelais.     Londres,  1907. 

The  Literature  of  the  French  Renaissance.     Cambridge,  1904. 
Tory,  Geoffroy.     Champ feury ,  auquel  est  contenu  l'art  et  science  de 

la  deue  et  vraye  proposition  des  Lettres  attiques.     Paris,  Tory, 

1529. 
Vaganay,  Hugues.     Le  Sonnet  en  Italie  et  en  France  au  xvi^  siècle. 

Lyon,  1902-1903. 
Vianey,  j.     L'influence  Italienne  chez  les  précurseurs  de  la  Pléiade. 

Bulletin  italien  des  Annales  des  Universités  du  Midi.     Avril- 
Juin  1903,  Juillet-Sept.  1904. 

Les    sources    Italiennes    de    l'Olive.     Annales    Internationales 

d'Histoire.     Fasc.  VI,   1901. 

Une  rencontre  des  Muses  de  France  et  d'Italie.     Rev.  d'Hist. 

Litt.  1906.     pp.  92-100. 

1.  L'édition  de  Gaisford's  donne  des  variantea  de  Trincavellus  et  de  Gesner. 


374  BIBLIOGRAPHIE 

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Ville  Y,  Pierre.  Les  sources  italiennes  de  la  «  Deffensc  et  illustration 
de  la  langue  française  »  de  J .  du  Bellay.     Paris,  1908. 

VioLLET-LE-Duc,  E.  L.  N.  Catologue  de...  la.  Bibliothèque  poétique 
de.     Paris,  1843. 

VuLTEius.     Joannis    Vidteii    Remensis    Epigramniaton    libri    IIH. 
ejusdem  Xenia.     Lyon,  Parmentier,  1537. 
Joan.    Vulteii  Rhemi  inscriptionum    libri   duo.     Ad  Mgidium 
Boherum    Arcliid.    Rhem    dh    Anen.     Ad    Barpt    Castellanum 
Nicœum  Xenioruni  Libellus.     Paris,  Colin,  1538. 

Weil.  Georges.  Les  théories  sur  le  pouvoir  royal  en  France  pendant 
les  guerres  de  religion.     Paris,  1891. 

Weiss,  X.  Le  Collège  de  Nevers  et  Maturin  Cordier.  Revue  Péda- 
gogique, Mai  1891. 

W'vNDHAM,  George.  Ronsard  and  la  Pléiade,  with  sélections  jrom 
their  poetry  and.  some  translations  in  the  original  mètres.  Lon- 
dres, 1906. 


IXDKX    DKS    NOMS    IMiOlMIKS 


Abarlianel     (Ju(Uili).     Cj.     Hehroo 

(Léon). 
Ai-eha^us.  p.  208. 
Achille,  p.  207.  213  n.  T). 
Achis,  roi  de  Getli.  p.  328. 
Actuher   (Pons),  p.  42  n.  2.  43  n.  1. 
A.  D.,  p.  109. 
Adam,  p.  44  n.  2,  255. 
Agalla.  p.  213  n.  7.  214  n.  3. 
Agameninon,  p.  213  n.  5,  226. 
Agathon.  p.   219  n.   2. 
Agrippa,  p.  208. 
Aigueperse.  p.  32  n.  7. 
Ajax.  p.  101,  174  n.  4.  213  n.  5. 
Albert i  (Léon  Battista).  p.  150. 
Albret  (Henri  tl").  Roi  de  Navarre, 

p.  104. 
Albret  (Jeanne  d"),  p.  7*2,  98.  104. 

307. 
Alceste,  p.  209,  212. 
Alcinous,  p.  172. 
Aleandro.  p.  54. 
Alein  (Jacques  de  Raynaud.  sieur 

d'),  p.  34  etseq.,  285. 
Alemanni  (Luigi),  p.  147.  172.  303. 
Alençon   (Charles  d').  ]i.    93  n.    1. 

98. 
Alençon   (Françoise   d).   Duchesse 

de  Vendôme,  Longueville  et  Beau- 
mont,  p.   4  n.  2,  73.  92-98.  106. 

119  et  seq.,   205,   206.   208.   210. 

217  n.  4,  219,  221,  224.  231,  234. 

235.  244,  245,  246.  247.  248.  280, 

334,  336.  340. 
Alençon  (René  d).  p.  93  n.  1,  312. 
Alexandre,   p.   207,   208,   212  n.   (i. 

217. 
AUard  (Guy),  p.  30  n.  3,  31  n.  6, 

32  n.  2,  33  n.  1,  49  n.  2. 
Alphonse  de  Naples,  p.  208. 
Ambroise  (Saint),  p.  217. 


Anaxagore.  p.  216. 

Anchurus.  p.  209. 

Ane  on  a  (Alesandro  d").  p.  L")"  n.  3. 

Andromède,  p.  209. 

Aneau  (Barthélémy),  p.  64-66. 

Angier  (Paul),  p.  123.  173  n.  3. 

Angirart  (Jehan),  p.  342. 

Angou    (Nicolas    d").    Evêciue    de 

Seez.  p.  73.  243. 
Angovilème.    Cf.   Marguerite. 
Angoulème    (Charles    d").    p.     101, 

207. 
Anite.  p.  214  n.  3. 
Anselme  (Le  Père),  p.  98  n.  3. 
Antipater.  p.  214  n.  3. 
Antoine  (Marc),  p.  208  et  n.  4. 
Antigone,  p.  208.  216. 
Antimaque.  p.  209.  214. 
Antisthènes,  p.   210. 
Antonin  (Antoninus  Pius).  p.  209. 
Apollo.  p.   163.  301. 
Aquila  (Seraphino  d").  p.  154  n.  5. 

155  n.  2.  160  n.  2.  162  n.  1.  164, 

200. 
Ai-bigny  (Anne  d).  p.  32.  224.  226, 

285,  288. 
Aretin  (Pierre),  p.   148. 
Ai-ioste  (Louis),  p.  150.  196  n.  1. 
Aristide,  p.  208. 
Aristippe,  p.   210. 
Aristophane,  p.  214. 
Aristote,  p.  210  et  n.   1.  211.  212 

n.  5.  217,  218,  222. 
Arlier  (Antoine),  p.  xiii.  34.  39.  62. 

277  n.  1.  346. 
Ai'mande  (Antoine),  p.  lOS. 
Ai'témise,  p.  214  n.  3. 
Aspasie,  p.  207.  214  n.  3.  219  n.  2, 

220  n.  3. 
Atrée,p.  213n.  5,  226. 
Auber  (L'abbé),  p.  7  n.  4  et  5,  8  n.4. 


1.    Les   noms   qui   ne  se   trou\ent   que    dans    la   Bibliograiiliio    no    sont   pas 
CQHipris  dans  cet  Index. 


376 


INDEX    DES    NOMS    PROPRES 


Aubigné  (Merle  d'),  p.  24  n.  1. 
Audeyard  (Pierre),  p.  42  n.  2. 
Augustin  (Saint),  p.   87,   103.  217, 

226  et  n.  3. 
Auguste,  p.  208.  213  n.  2. 
Aurèle  (Antonin).  Cf.  Marc-Aurèle. 
Aurèle.  Cf.  Marc-Aurèle, 
Avanson  (François  d'),  p.  53  n.  5. 
Avanson  (Guillaume  d'),  p.  53  n.  5. 
Avanson    (Jean.    Saint-Marcel  d'). 

p.  38,  53,  68,  80  n.  2,  81,  83,  291, 

320,  326  et  seq. 

Bade  (Josse).  p.  172  n.  1. 

Baïf  (Jean-Antoine  de).  ]).  112.  123 

n.  3.  126  n.  1. 
Balsatie.  p.  209. 
Balzac.   Cf.  d'Entraigues. 
Bartlioloniieis  (Henricus),  p.  341. 
Baur  (Albert),  p.  159  n.  5.  197  n.  6. 
Baville.    Cf.   Rouxal. 
Bavius,  p.  208. 
Bayle  (Pierre),  p.  33  n.  6. 
Beaulieu  (Eustorg  de),    p.    55,    74. 

176.  202.  231. 
Beauniont    (La    duchesse    de).    Cf. 

Françoise  d'Alençon. 
Beccadelli.  Cf.  Panormita. 
Beconne  (Mademoiselle  de),  p.  33. 

285. 
Bectone  (Claude  de),  p.  198  n.  3. 
Bellay.   Cf.  Du  Bellay. 
Belleau  (Remy).  p.  12*4.  120  n.  1. 
Bembo  (Pierre),  p.  10,  148.  150,154 

n.  4et5.  155n.2.  159.  161.  162  et 

n.  4,  163.  164.  171.  17S  n.  4.  180, 

200,  258. 
Benac  (Jean),  p.  68.  73.  285,  292. 
Berdan  (J.  M.),  p.  150  n.  5. 
Beringue    (Mademoiselle    Loytaul- 

de  ?),  p.  35-37,  74,  109,  128,  179, 

182.  187.  285.  286,  292,  297. 
Bernard  (François),  p.  42  n.  2. 
Bernard  (Jacques),  p.  75  et  n.  2. 
Bernard  (Frère  Simon),  p.  94. 
Berni  (François),  yi.  150  n.  2. 
Beroald,  p.  177. 
Bèze  (Théodore  de),  p.  xxr.  7  n.  5, 

17.  29.  35  n.  1.  173  n.  3. 
Bibulus,  p.  216. 
Bigot  (GJuillaume).  p.  33.  35  n.  4. 

68,  286.  291. 
Billon  (Charles  de),  p.  96. 


Blanchemain  (Prosper).  p.  146  n.  2, 

150  n.  2  et  6.  153  n.  1. 
Boccace   (Jean),   p.    212,   213,   214 

n.  3. 
Boiceau.  Cf.  La  Borderie. 
Boilleau  (François),      p.    107. 
Bois.  Cf.  Du  Bois. 
Bolonne,   p.  11. 
Bonin  (François  ?),  p.  107. 
Bonnet,  p.  24  n.  1. 
Borderie.  p.  123. 
Borsale  (De),  p.  11. 
Bossebœuf  (L.  A.),  p.  4  n,  1. 
Bossuet  (J.-B.),  p.  288,  270. 
Bouchereau  (Sieiu*),  p.  3. 
Boucliet  (Jean),  p.  8  n.  2  et  3,  15 

n.  5,  17  et  n.  6.  173  et  n.  3.  175, 

176,  177,  301. 
Bouju  (Jacques),  p.  314. 
Boulanger  (Jacques),  p.  73  n.  1. 
Boulay.     Cf.     Du    Boulay    et     cf. 

Bulseus. 
Bourbon  (Antoine  de).  Duc  de  Ven- 
dôme, p.  95.  98.   120,  336,  338- 

342. 
Bourbon  (Catherine  de).  248. 
Bourbon    (Charles.    Cardinal    de), 

p.  280. 
Bourbon  (Charles  de),  premier  duc 

de  Vendôme,  p.  4  n.  2,  93  n.  1. 
Bourbon  (Charles,  Connétable  de), 

p.  2  n.  6. 
Bourbon  (Eléonore  de),  p.  283. 
Bourbon  (François  de),  p.  4  n.  2. 
Boiu'bou    (Louise  de),   abbesse  de 

Fontevrault.  p.  2.  15.  183.  283, 

284. 
Bourbon  (Magdeleine     de),    p.     91 

n.  2, 
Bourbon  (Nicolas),  p.  68  n.  2.  104, 

307. 
Bourbon    (Renée   de),    abbesse   de 

Fontevrault,  p.  2,  3,  4-5,  15. 
Bourel  (Edouard),  p.  41,  286. 
Bourges  (Clémence  de),  p.  58. 
Bourilly  (V.-L.),  174  n.  4. 
Boylève    (François),    p.    121,    338, 

339.  342. 
Boysomié  (Jean),  p.  38  et  n.  3.  39, 

87,   286. 
Bozon  (Laurent),  p.  42  n.  2,  43  n.  1. 
Braga   (Théophile),  p.    12  n.  3,  13 

n.  2. 


INDEX   DES   NOMS   PROPRES 


377 


Brantôme  (Pierre  de),  p.  57  n.  7. 

79,  105  n.  1,  242  n.  1. 
Breghot  du  Lut,  p.  xii,  xx,  59  n.  4. 
Bressieux  (Antoinette  de),  abbesse 

de  Vernaison,  p.  31.  286,  291. 
Bressieux  (Phillipino  de),  p.  31  n.  6. 
Breton  (Robert),   p.  xx,  9  n.  8,  10, 

lletn.  3.  12.  13  et  n.  6.  14etn.  1, 

18  n.  3,  19  et  n.  1,  22  n.  1,  26.  27. 

258,  277  n.  1. 
Briansson  (Gaioet  de),  p.  43  n.  1. 
Briuon  (Jean  de),  p.  107. 
Brodeau  (Victor),  p.    173  et  n.   3, 

175etn.  2et3,  301. 
Brunet,  (J.-C),  p.  60  n.  2,  112  n.  1, 

171  n.  2,  211  n.  7,  277  n.  1. 
Brunetière     (Ferdinand),     p.      125 

n.  1,  209  n.  6. 
Bruno  ((4iordano).  p.  169. 
Budœus.    Cf.   Budé. 
Bvidé  (Guillaume),  p.  6.  7  et  n.  2. 

122.  123,  n.  2. 
Bviissier  (Agnet),  p.  75  et  n.  2. 
Buisson    (Ferdinand),    p.    xx.     11 

n.  2,  12  n.  4,  13  n.  7,  18  n.  3.  25 

n.  4,  55  n.  4,  56  n.  4,  74  n.  1  et  2, 

75  n.    1. 
Bulai^us.  Cf.  Du  Boulay. 
Bulis.p.-209,  213n.  4.  ' 
Busserolle  (Carré  de),  114  n.  6. 

Caligula.  p.  208. 

Calvin   (Jean),    p.    15-17.    18,   22, 

25,  26,  44,  51,  74,  75,  79.  80  n.  2. 

132  n.  5.  183.  216  et  n.  3.  239. 

240,  249,  279.  280. 
Camille,  p.  207.  217. 
Canapé,  (Jean)  p.  59  n.  5. 
Capitolinus,    p.    214. 
Caries  (Lancelot),  p.  123  n.  6. 
Cassandre,  p.  214  n.  3. 
Castiglione  (Balthasar),  p.  155  n.  2, 

172.  180. 
Catherine  de  Sieime.  p.  2 14  n.  3.  233. 
Castro  (Paul  de),  p.  341. 
Caton,  p.  29,  208,  217.  345. 
César  (Jules),  p.  207,  208.  217. 
Chamard  (Henri),  p.  113  n.  3.  142 

n.  1  et  3. 
Champeraulx,  p.  75  et  n.  2. 
ChampoUion-Figeac  (J.-J.).  p.  150 

n.  6,  151  n.  2  et  4. 
Chappelani  (Pierre),  p.  42  n.  2. 


Chappuis  (Claude),  p.  123  n.  4,  124, 

173  n.  3,  177,  314,  320. 
Chariteo    (Gareth,   Benedetto   dit), 

p.  155  n.  3,  p.  159. 
Charles  V  (L'Empereur),  p.  247. 
Charrier  (Jean),  p.  129  n.  10. 
Charvet,  p.  65  n.  3. 
Chassanée.  Cf.  Chasseneux  . 
Chasseneux  (Barthélémy  de),  p.  7 

n.  6,  35n.  1. 
Chastel  (Etienne),  p.  26  n.  3. 
CTiastillon  (Odet  de),  p.  288  n.  1. 
Chausson  (Jean),  p.  38  n.  5.  43  n.  1. 
Chausson  (Louis),  p.  38  n.  5. 
Chausson  (Maurice),  p.  38,  68,  286. 

292. 
Chereau  (Geoffroy),  p.  286. 
Chevalier  (Jules),  p.  42  n.  1. 
Christy  (Richard  Copley),  p.  10  n.  1, 
14  n.  1,  38  n.  3,  56  n.  2,  58  n.  2, 
3  et  5,  59  n.  2  et  4,  62  n.  1 .  64  n.  1. 
65  n.  4,  84  n.  6,  142  n.  1  et  3.  173 
n.  3,  197  n.  3. 
Chrvsostome  (Saint),  p.    103,  209. 

217. 
Cicéron,  p.  118,  207,  208,  209,  210 
n.  1,  212  n.  5,  213,  217,  222,  256. 
258,  333,  334,  335. 
Chnon  l'Athénien,  p.  208  n.  4,  217. 
Claquier  (RajTnond),  p.  43  n.  1. 
Claude,  Reine  de  France,  p.  21. 
Claveyson   (Exupère  de),  seigneur 
de  Parnans,  p.  31.  68.  179.  180, 
286,  292. 
Claveyson    (Loixis    de),    prieur    de 

Parnans,  p.  31,  286. 
Clenard  (Nicolas),  p.  9  n.  4. 
Cleopatre,   p.    208,    212   n.    7.    227 

n.  2. 
Cluzot  (Henri),  p.  3  n.  5. 
Cocaud  (Pierre),  p.  11. 
Coct.  (Guigs),  p.  43  n.  2. 
Codrus.  p.  209,  212  n.  5. 
Colin    (Jacques),    abbé    de    Saint - 
Ambroise,  p.  66  n.  2.  p.   123  et 
n.  6.  p.  129  n.  10,  147,  171,  173 
et  n.  3,  174  et  n.  4,  180.  286.  290. 
301. 
Colletet  (Guillaume),  p.  xx,   6,  99 
n.  3,  122,  203,  257  n.  4.  277  n.  1. 
Colonia  (Le  Père  de),  p.  57  n.  7. 
Constantin  (Antoine),  p.   42  n.   2, 
43  u.  1. 


378 


INDEX    DES    NOMS    PROPRES 


Oonti  (Gliusto  dei).  p.  154  n.  4.  164. 
Cordier  (Matvirin).  p.  12,  29.  74  et 

n.   1,  75,  345. 
Corinne,  p.  214  n.  3. 
Cormier  (Guy),  p.  103.  229. 
Corrozet  (Gilles),  p.  171.  185. 
Coste  (Hilarion  de),  p.  175  n.  1. 
Cotta,  p.  209. 

Crassus  (Calpliurnius).  p.  208.  209. 
Cratès.  p.  208. 
Crespin  (Jean),  p.  35  n.  1. 
Cublize  (Claude  de),  p.  64.  65.  66.71. 
Curtius  (Les),  p.  209,  217. 
Cyprien.  p.  217. 
Cyrus.  p.  209.  211. 

Dagvies,  p.  107. 

Dalechanips  (Jacques),  p.  30  n.  2. 

60,  286.  293. 
Dallon  (Louise  de),  p.  242  et  n.  1. 
Damon.  p.  214  n.  3. 
Dampierre  (Jean),  p.  35  n.  4. 
Daniel,  p.  85  n.  3. 
Darius,  p.  85  n.  3. 
Dartige,  p.  7  n.  5. 
Daurat  (Jean),  p.  113.  123  n.  3. 
David,  p.  81.  84.  217.  268.  275.  283. 

325,  328,  332.  333. 
Daviolet  (Edmond),  p.  31  n.  4. 
Debez  (Ferrand).  p.   129  n.   10. 
Decuis  (Les),  p.  209.  217. 
Delaruelle  (Louis),  p.  6  n.  6  et  8. 
Démétrius,  p.  208,  209. 
Démocrite,  p.  217,  334. 
Démosthène,  p.    100.   208.   213. 
Denisot   (Nicolas),   p.    108,   112   et 

n.  Set  7.  123  n.  3. 
Des    Autels    ((xuillaume).    p.     129 

n.    10. 
Des  Essarts.  Cf.  Herberay. 
Des  Masures  (Louis),  p"    123.    173 

n.  3. 
Des  Mireurs  (Pierre),  ja.  108.  112. 
Desnos  (Odolant),  p.  xx,  93  n.  5. 

99  n.  3,  109,  122  n.  4. 
Des  Periers  (Bonaventure),  p.  101, 

173  n.  3.   178.    185.  197  et  n.  5. 

198. 
Després  (J.-B.).  p.  135  n.  6,  136. 
Desuellis  (Desmellis.    Jean),  p.  42 

n.  2,  43n.  1. 
Diodore,  p.  7  n.  1. 
Diogène,  p.  210. 


Dion  (Cassius),  p.  214  et  n.  1. 

Diotima,  p.  214  n.  3. 

Dolet  (Etiemie),  p.  10,  27  n.  2,  30 

n.  2,  56,  58-59,  61.  62  n.   1.  64. 

68  et  n.  2,  122, 141-143.  145.  148. 

173  n.  3.  197  et  n.  3.   198.  258. 

277  n.  1,  280,  286,  287,  292,  303. 
Domitien.  p.  208.  213  n.  2. 
Dreux  du  Radier  (J.-F.).  p.  xx.  2 

n.  4,  6,  17  n.  5  et  6.  1!)  n.  2,  109 

n.  3.  122  n.  2. 
Douen  (O.).  j).  132  n.  5. 
Droin  («  Maistre  »).  p.  47  n.   1.  47- 

48. 
Drussac  (Gratien  du  Pont,  sieur  de) 

p.  58.  287.  295. 
Du  Bellay  (Le  cardinal  Jean),  p.  35 

n.  2  et  4. 
Du   Bellay    (Guillaïune).    sieur    de 

Langey,  p.  10,  141  n.  3. 
Du  Bellay  (Joachim),  p.   53  n.   3, 

113,  123  et  n.  3  et  6.  124,  126  et 

n.  1,  129  n.  9  et  10,  141  n.  4,  144, 

146,  176  n.  4,  280,  314. 
Du  Bois  (Simon),  p.  186  n.  2. 
Du  Boulay  (C.-E.),  p.   123  et  n.  2 

et  3. 
Duchâtel  (Pierre),  p.  245. 
Duchêne.  Cf.  Duchesne. 
Duchesne  (Léger),  p.   11,  68. 
Ducher  (Gilbert),  p.  xx.  56.  58.  62. 

68,  n.  2,  280,  304,  305,  348,  349. 
Dvifour    (Louis),   p.    80  n.     2.    84, 

85,  91.  277  n.  1,  330. 
Dufresnoy  (Lenglet),  p.  135  n.  6. 
Du  Guillet  (Pernette).  p.   58.    175 

n.  3. 
Du   Lyon   (Antoine),  p.    107. 
Du  Mouchet  (Le  Seigneur),  p.  287. 
Du  Moulin  (A.),  p.  178.  198  et  n.  2. 
Duns   (Jean).   Cf.   Scotus. 
Du  Pac  (Matthieu),  p.  10.  108.  209. 
Du  Perault  (Madame),  p.  287. 
Du  Perron.  Cf.  Pi  erre  vive. 
Du  Pont.  Cf.  Drusac. 
Du  Port  (Jean),  p.  42  n.  2. 
Du   Prat   (Le  chancelier  Antoine), 

p.  89  n.  2. 
Du  Puy  (Charles),  p.  61,  68,  292. 
Du  Puy  (Guillaume),  p.  61  n.  2. 
Durasius,  p.  29,  345. 
Du  Val  (Pierre),  Evêciue  de  Seez. 

p.  108. 


TXOKX    l)I<:s    NOMS    l'KOl'KKS 


:{71» 


I^u    X'vidirr    (Antoine),     p.    \'.\,   ôil 
II.  :>.   140.   17.")  11.   1. 

Eléonoro    de    Portuual.     Kcino    do 

France,  p.  56  n.  4. 
Elion.  p.    128.    i:53.    l.VK   203.    l'io 

n.  1,  212. 
l*]ntraigiie.s(CJuillauiiiO(lf  Balzacd'  ). 

p.  73.  16;")  n.  7.  2.S7. 
Epiclianne,  p.  217. 
Epictète,  p.   211. 
Epicure,  p.  307.  315. 
Erasme,  p.    216  n.  3.  233.  25S. 
Erinne.  p.  214  n.  3. 
Eschyle,  p.   209-. 
Escuiape,  p.  163,  196. 
Estable   (Mademoiselle   d").   j).   33. 

287. 
Estable  (Paul    de    Fay  d").  ]).  32. 

287. 
Esterpin  (Jean),  p.   103.  229. 
Etienne  (Robert),  p.  18.  24  et  n.  2. 
Etampes  (Anne  d'Heilly    de    Pisse- 
lieu.  Duchesse  d").  p.  66.  67.  71. 

126.  134.  159.  162.  277  n.  1.  287. 

293.  298.  319.  343. 
Eudocius,  p.  208. 
Em-ipide.  p.  209.  211.  216.  217. 
Eustoehia.  p.  214  n.  3.  233. 
Evadne.  p.  209.  212. 
Ezéchie.   p.   243. 

Faber,  p.  122. 

Fabia,  p.  214  n.  3.  233. 

Fabien,  p.  217. 

Fabrice  (Arnold),  p.  10.  13.  17. 

Fabro  (Jean  de),  p.  42  n.  2.  43  n.  1 . 

Faciot.   Cf.   Vulteius. 

Fao;uet   (Emile),   p.    130  n.   3.    146. 

170. 
Farcy   (Guillaume),   p.    108. 
Faucher  (Denis),  p.  xx.  35.   51    et 

seq.  80  n.  2.  122.  346.  347. 
Fauchet  (Claude),  p.  157  n.  3. 
Fay  (Paul  de).  Cf.  Estable. 
Paysan  (François),  p.  49.  77,  81,  82. 

92. 
Félicité,  p.  216. 

Ferron  (Jean),  p.  18.  129  n.  6,  287. 
Fetis.  p.  61  n.  1. 
Ficino  (Marsilio),  p.   172. 
Figuet  (George),  p.  42  n.  2. 
Flavius,  p.  208. 


KIctcl.cc  (.1.-15.).  |).  167  n.  4. 
Kk'ui'v  Vindiy.  p.  53  n.  2. 
Florès  (Jean  de),  p.  57. 
Fontaine  (Charles),  p.  59  n.  5.  60, 

124  et  n.  2.  173.  176  et  n.  4.  3(t2, 

320. 
Korcadel  (Etienne),  j).  49  n.  6. 
François  I"-.  p.  21.  22.  25.  26  n.  2, 

27.  28.  5()  n.  4.  7!).  99.   123.  146. 

150  et  n.  6.  151  n.  2  et  4.  15  1.  197 

n.  3.  203.  245.  287.  340. 
Fnmk  (F.).  98  n.  2.  104  n.  3.  132. 

n.  5.  185  n.  3.  186  n.  2. 
Frégose  (Frédéric),  p.  147. 
Frotté  (.Jean),  j).  xxi.  73  n.  5.  98, 

108. 
Furnacus.    Cf.    Dufour. 

(iaillarde  (Jeanne),  p.  58.. 

Galba,  p.  208. 

Galbert  (.Jean).  ]i.  38.  51.  80  n.  2. 

83.  89,  253  n.   4.  258,  277  n.    1. 

321   ef  seq. 
(  iallienus.  p.  208  et  n.  4.  213  n.  2. 
Gaufrés    (M.    J.).    p.    33    n.    6.    35 

n.  1. 
(îaullieiu-  (E.).  p.  xx.  9  n.  3.  4.  5.  7. 

Set  9.  10  n.  1.    3  et  5.  11  n.  4.  12 

n.  2.  13  n.  6.  14  n.  1.  16  n.  4.  17 

n.  3. 
Gaultier  (Léonard),   p.    124. 
Gémiste  (Plethon).  p.  172  note  1. 
Génin  (F.),  p.  22  n.  1.  72.  98  n.  3. 

307  n.  1. 
Gérard,  Evêque  d'Oléron.  p.    103. 
Gerig,  (J.  L.).  p.  xvi.    39  n.  3.  56 

n.  4.  64  n.  3  et  5. 
(ierot  (Antoine),  p.   13  n.  7. 
(lesner.  jj.  210  n.  1. 
(ailles  (P.).  p.   128  n.   1. 
Giustiniani  (Agostino).  p.  54. 
Gondi    (Antoine    de).     Cf.     Pierre- 
vive. 
Gorgias    de    Léonte.     p.    209.    210 

n.  1.   221  n.  6.  212  n.  7. 
(Joujet  (L'abbé),   p.  xx,  109  n.  3. 
Goupil  (Jacques),  p.  108.  112. 
Gouvéa  (André),  p.  12.  13.  16  n.  4. 

345. 
(Jouvéa  (Antoine),  p.  13.  29.  346.  (  V) 
Gouvéa  (Martial),  p.  13  n.  6. 
Grenet   (Chevalier   de),    p.    32.    68, 

127.  128.  287.  292. 


380 


INDEX    DES    NOMS    PROPRES 


Grolée-Mevouillon  (Aiinar  Antoine) 

Baron  de  Br essieux,  p.  30. 
Grolée-Mevouillon     (Antoine     de), 

p.  30,  183.  287,  288. 
Grolée-Mevouillon     (François    de). 

Seigneur  de   Ribbiers,  p.   30,  31 

n.  1,  39.  288. 
(Jrolée-Mevouillon  (Anne  de),  abbé 

de  Saint-Pierre  de  Vienne,  p.  31. 

288. 
Grolée-Mevouillon     (Laurent     de), 

p.  31  n.  3. 
Groslot  (Jacques),  p.  107. 
Grouchy  (Nicolas  de),  p.  13. 
Guesle    (Jacques    de    la),     p.    124 

n.  3. 
Guibal  (Georges),  p.  38  n.  3. 
(Tuidacerius  (Agathias).  p.  54. 
Guiffrey  .(Antoine),  p.  42.  n.   2. 
Guiffrey  (Georges),  p.  61  n.  5.  66 

n.  2,' 135  n.  6,  177  n.  8. 
Guillet.  Cf.  Du  Guillet. 
(ruinizelli  (Guido),  p.  157  n.  3. 
(iuistiniani  (Agostino),  p.  54. 

Haag,  (Eug.  et  Emile)    p.  xx,   18 

n.'3,  32  n^  7,  35  n.  1.  80  n.  2. 
Habacuc,  p.   268. 
Habbot,  p.  107. 
Habert  (François),  p.  xx.   111.  175 

n.  1,  177.  314. 
Hallam,  p.  13  n.  3. 
Hamon  (Auguste),  p.  6  n.  3. 
Haulteville    (Mademoiselle    de). 

p.  288  et  n.  1. 
Helvius.  Cf.  Pertinax. 
Henri  II,  p.  121,  305,  339  n.  1,  340 

et  seq. 
Heraclite,  p.  334. 
Herberay  (Nicolas  d"),  seigneur  des 

Essarts,  p.  123  et  n.  6.  135  n.  6 

(p.  138),  173  n.  3. 
Hercule,  p.  207. 
Héricault    (Gharles).    p.    135    n.    6 

(p.   136). 
Herminjard    (A.    L.).    p.    xxi,    11 

n.  2.  12  n.  4.  22  n.  2.  24  n.  1  et  2, 

26  n.  5,  49  n.  3,  74  n.  1,  75  n.  2. 

3   et  4,  76  n.   1  et  2.  78  n.  4,  80 

n.  1. 
Hermonyme,  p.  6. 
Hérode,  p.  85,  n.  3. 
Hérodote,  p.  213  et  n.  4.  216. 


Heroet  (Antoine,  de  la  Maison- 
neuve),  p.  108,  123,  135  n.  6, 
148,  173  et  n.  3,  175  n.  1,  176  et 
n.  4,  185,  201,  302,  314,  320. 

Hervé  (Jacques),  p.   108. 

Hervet  (Gentian).  p.  9  et  n.  6  et  9. 
11. 

Heulhard  (Arthur),  p.  06  n.  2, 
114  n.  6,  115  n.  2. 

Hibou  (Jacques),  p.   119. 

Hildegarde  d'Allemagne,  p.  214 
n.  3.  233. 

Hilaire  (Saint),  p.   103.  333. 

Hillerin  (Jacqvies).  p.  7,  8. 

Homère,  p.  100.  128.  207,  213.  217, 
219  n.  2,  220,  226,  237  et  n.  3, 

251,  253,  303,  314,  335. 
Hondremar   (Antoine),   p.    41.    42. 

44,   288. 
Horace,  p.    128.    144.   213  et   n.    1. 

252.  253. 
Hortensius,  p.  208. 

Imbart  de  La  Tour  (P.).  p.  89  n.  2. 
Isocrate,  p.  210. 
Itterius  (Mattliias),  p.   9. 

Jacob,  p.  215  n.  2. 

«  Jacob  ))  («  Bibliophile  «)•  Cf.  La 

Croix. 
Jamblique,  p.  208  n.  4.  210,  211. 
Jacques  (Saint),  p.  252. 
Jannet  (Pierre),  p.  135  n.  6  (p.  136), 

230  n.  7. 
Janot  (Denis),  p.  135  n.  6. 
Jeanne  (Pope),  p.  212  n.  7. 
Jérémie,  p.  85  n.  3,  p.  258. 
Jérôme  (Saint),  p.  103.  216  et  n.  3, 

217,  233. 
Jervis.  (W.  H.)  p.  70  n.  1,  89  n.  2. 
Job.  p.  215  n.  2,  217  et  n.  3.  252, 

258. 
Jodelle  (Etienne),  p.  124,  126  n.  1. 
Josias,  p.  41  n.  3,  42  n.  1. 
Jouvencel  (Jean),  ji.  42  u.  2. 
Julien,   p.    208. 
Jullien  (Le  Capitaipe),  j).  122. 

Kastner  (E.  L.),  p.  150  n.  5. 
Kerr  (W.  A.  R.),  p.  126  n.  1. 

Labbé  (Arthm-),  p.  xvii.  91  n.  3. 
Labbé  (Louise),  p.   58. 


INDEX    DES   NOMS    PROPRES 


381 


La    Borderie    (Jean    Boiceau    de), 

p.  123.  173  n.  3,  176  n.  4,  177. 
La  Carrière  (Baude),  p.  157  n.  3. 
La  Cour  (L.),  p.  101  n.  3. 
La  Croix  (A.),  p.  31  n.  6. 
La  CVoix  (Paul),  p.  135  n.  6. 
La    Croix    du    Maine     (François), 

p.  XX,  13  n.  3,  31  n.  6,   58  n.  3, 

59  n.  5,  112  n.  1,  175  n.  1. 
La  Ferrière-Percy  (H.  de),  p.  xxi, 

22  n.   1,  98  n.5  et  7.   101  n.  3. 

111  n.  2,  197  n.  5. 
La  Guesie  (Jacques  de),  p.  124  n.  3. 
La  Haye  (J.  de),  p.  172. 
La  Maisonneuve.  Cf.  Heroet. 
La  Maisonneuve  (Jean  de),  p.   173 

n.  3,  175  et  note  1,  301. 
La  Mare,  p.  18  n.  3. 
La  Monnoye  (B.  de),  p.  31  n.  6.  146 

n.  2,  153. 
La  Mothe  (Thierry  de),  p.  129  n.  10. 
Landini  ( Christ oforo),  p.  172. 
Lanson  (Gustave),  p.  56  n.  3,   145 

n.  1. 
Laodamie,  p.  209. 
La  Rivière    (Seignevu-   de),    p.     32, 

288. 
Larroque  (Taniizey  de),  p.  177  n.  3. 
La  Ruelle  (Charles  de),  p.  17,  288. 
La  Ruelle  (Louis  de),  17. 
Lascaris  (Constantin),  p.  6. 
La  Toiu-  (Magdalene  de),  p.  34.  288. 
Laudier      (Mademoiselle      Renée), 

p.  109. 
Laumonier  (P.),  p.  108  n.  4,  112  et 

n.  3,  5,  113  et  n.  3,  4,  114  n.  1. 

130  n.  3,  157  n.  3,  178  n.  3,  305. 
Lavire,  p.   146.  147,   151.  159,   166. 

182. 
Lavirent   de    Normandie.    Cf.    Nor- 

mandius. 
Laval  (L'abbesse  de).  Cf.  Ai'bigny, 

p.  32,  288. 
Leblond  (Jean).  Seigneur  do  Bran- 
ville,  p.    177. 
Leclerc  (L.),  p.  124  n.  3. 
Le  CoTitelier  (Thomas),  p.  107. 
Lee  (Sidney),  p.  157  et  n.  3. 
Le  Ferron  (Arnold),  p.  10. 
Lefèvre  (Denys).  p.  123  n.  5. 
Lefè^Te  (Isabelle),  p.  17  n.  6. 
Lefèvre  (Louis),  p.  122  n.  5. 
Lefèvre  (Nicole),  p.  15. 


Lefèvre  (René),  p.  17  et  n.  6,  288, 
294. 

Lefranc  (Abel),  p.  xvi,  3  n.  4,  6n.  6, 
7n.  3,  12  n.  4,  15  n.  6,  54n.  1  et  3 
58  n.  3.  63  n.  1.  73  n.  1,  90  n.  2, 
98  n.  2,  104  n.  4,  114  et  n.  6.  9, 
115  n.  1,2,  116  et  n.  1.  120  n.  5, 
125  n.  2.  126  n.  2,  171  n.  1,  172 
n.  1,  178  n.  4,  185  n.  1,  2,  3.  4. 
197  n.  5,  216  n.  1.  219  n.  1. 

Lelong  (Le  Père),  p.  xx,  124  n.  3. 

Léon  Hebreo.    p.  171  et  n.  2,  180. 

Léonique.    Cf.    Thomé. 

Leontin.  Cf.  Gorgias. 

l..erminier,  p.  25  n.  3. 

Le  Roy  (Louis),  p.  172. 

Le  Roux  de  Liney,  p.  xvr. 

Le  Roux  (Jean),  p.  103. 

LEstrange  (Madame  de).  ]).  74, 
288. 

Licinius,  p.  208. 

Liney.  Cf.  Le  Roux. 

Lisle  (Hector  de),  p.  286.  289. 

Longuemare  (P.  de).  Y'-  3cx.  5  n.  3, 
7  n.  2,  15  n.  2,  37.  80  n.  2.  105 
n.  6,  121  n.  4,  123  n.  2,  142  n.  1. 

Longueville.  Cf.  Alençon. 

Lopin  (Perrette),  p.  114  n.  5. 

Lorraine  (Le  Cardinal  Charles  de), 
p.  35  n.  4. 

Louise  de  Savoie,  p.  21,  207. 

Lowndes  (M.  E.).  p.  xvi.  9  n.  5 
12  n.  4.  13  n.  3  et  4. 

Loynes  (Antoinette  de),  p.  108 
n.  4.  113. 

Loytaulde.   Cf.  Beringue. 

Loytaulde  (Gaeinette).  p.   289. 

Lucina,  p.  208  n.  4,  217. 

Lucrèce,   p.    252. 

LucuUus.  p.  208.  209. 

Luther  (Martin),  p.  70.  322.  323, 
324. 

Lutteroth  (H.),  p.  55  n.  3.  89  n.  2, 
94  n.  5. 

Lyon  (Du).  Cf.  Du  Lyon. 

Macault  (L'Eslu),  p.  123.  173  n.  3. 
Macrin  (Sahnon).  p.   35  n.   4.   108 

n.  8.  123  n.  6.  147,  313. 
Magny  (Oliv-ier  de),  p.  124. 
Maimii.  Cf.  Matéreni. 
Manein  (Maneni  ?),  p.  43  n.   1. 
Marbode,  p.  227  n.  1. 


382 


INDEX    DES   NOMS   PROPRES 


Marbodius.   Cj.  Marbode. 

Marc-Aurèle.  p.   208. 

Marcella,  p.  214  n.  3,  p.  233. 

Marcoussis  (Célestin  de),  p.  122 
n.  5. 

Mardis  Plautus,  p.  209.  212  n.  5. 

Marguerite  d'Angoulêiiie,  Reine  de 
Navarre,  p.  xxi,  21,  22,  28,  51, 
53,  66,  71.  72-74.  73  n.  1  et  9.  91. 
92,  96,  97.  98.  99-105.  111.  113 
et  n.  2,  114  n.  2,  119,  120.  129 
n.  10.  134,  178  et  n.  4,  183,  184. 
185  et  n.  1,  2,  3,  4,  186,  187,  188. 
189-197,  198  et  n.  1,  2.  201,  205- 
208,  214  n.  3,  215  et  n.  2,  216  et 
n.  1,  217.  219.  222.  223.  224-228. 
231-235.  238-243.  245.  246.  257. 
280.  283.  289.  305.  306  et  seq., 
312.  313.  314.  315,  333.  335,  344. 

Marguerite  de  France,  p.  21,  22, 
53,  245.  289. 

Marillac  (Charles  de),  p.  32,  41  n.  1. 

Marillac  (Gabriel  de),  p.   54. 

Marillac  (Pierre  de),  p.  32.  68.  289. 
292. 

Marot  (Clément),  p.  26.  30.  61.  62. 
74,  78,  111  et  n.  1.  114.  122.  123 
et  n.  2  et  6.  129-141.  146,  148, 
149,  150.  151  n.  1,  155  n.  2.  156. 
159.  173  et  n.  3,  174  et  n.  3  et  4. 
177  n.  8.  200,  201,  202,  203,  277, 
279,  289.  293.  296.  301.  320. 

Marquet  (Marie),  p.   3.  289. 

Marquet  (Michel),  p.  3. 

Marquet  (Pierre),  p.   289. 

Marron  (Frère  I.).  p.  33.  2S9. 

Martel  (Pierre),  p.   108. 

Martial,  p.  213. 

Martin  (Jean),  p.  123  n.  6. 

Massebieau,  p.   12  n.  4. 

Materini  (Mainni)  (Jean),  p.  42 
n.  2,  43n.  1. 

Matheron  (Henri),  p.  43  n.  1. 

Maupeovi  (Vincent),  p.  342. 

Maximi  (Jehan),  p.  42.  n.  2. 

Maxime,  de  Tyr.  p.  208.  209.  210 
n.  1.  213. 

Maxime  Valère.  p.  212  et  n.  5.  222. 

Mécène,  p.  208,  213  n.  1. 

Médicis   (Catherine  de),  p.    58. 

Médicis  (Laurent  de),  p.  133.  160. 
165  et  n.  5. 

INIelancthon  (Philippe),  p.  26. 


Méléagre,  p.  175  n.  3. 

Ménandi'e.  p.  217. 

Merlin     (Jean-Raymond),     p.     40, 

54,   289. 
Mermet.  p.  30  n.  3. 
Mesmes  (Jean -Pierre  de),  ji.  113. 
Meugnier  (F.),  p.  38  n.  3. 
Michel    de    la    Roche-Maillet    (Ga- 
briel), p.  2,  124  et  n.  3. 
Michel  de  la  Roche-Mailk't  (René), 

p.  2,  124  n.  3. 
Miltiade.  p.  207. 
Mireurs  (Pierre  des),  p.  112. 
Moïse,  p.  217.  332. 
Molans   (Madame  de),  p.   33.   289. 
Mongaillard  (Le  Capitaine),  p.  289. 
Mônier  (Foucaud).  Cf.  Mosnier. 
Montaiglon    (Anatole   de),    p.    xvi. 

106.  241,  257. 
Montausier  (Le  duc  de).  Cf.  Saint- 

Maur. 
More  (Sir  Thomas),  p.  86  n.  1. 
Morel  (Jean  de),  p.  109. 
Moréri  (Louis),  p.  xx.  60  n.  2,  73 

n.  8.  122  n.  3. 
Mosnier  (Foucaud).  p.  3,  128.  289. 
Mouchet.   Cf.  Du  Mouchet. 
Moulin.  Cf.  Du  Moulin. 
Moynet  (Geoffroi  et  Jean),  p.   107. 
Mulet  (Edmond),  p.  49. 
Mulet  (Théodore),  p.  49.  77,  81.  82, 

92.    271. 
Musonius.  p.  208.  210.  212. 
Myro.  p.  214  n.  3. 
Myrtis.  p.  214  n.  3. 

Navarre.  Cf.  Marguerite  et  All>ret. 

Néron,  p.  208. 

Nerva.  p.  214  n.  1. 

Niceron  (J.-P.),  ]).  xx. 

Nicostrate.  p.  217. 

Nicquet  (Honorât),   p.   4  n.    1.    114 

n.  6,  p.  115  n.  2. 
Nisard  (J.-M.  N.  D.).  p.  216  n.  3. 
Nolhac  (Pierre  de),  p.  108  n.  8. 
Normanduis  (Laïu-entius).  p.  18. 
Nosse.  Cf.  Nossis. 
Nossis.  p.  214  n.  3. 
Nuilly  (Mndemoiselle  de).  290  p. 

Obadie.  p.  208  n.  4,  217. 
Odde  (Edmond),  de  Triors,  p.  40, 
290. 


INDEX    DES    NOMS    T'RorRIOS 


383 


Olluigartiy,  jj.  1(14  ii.  .'!. 

Olivier    ((Jastoii).    |).     111.     117    et 

n.  4.  11!»  vt  11.  2.  -.',.  277  n.   1.  :VM 

et  seq. 
Olivier  (Krauçois).  p.  107,  1  N  n.  '>. 
Oraison     (( 'at  hcriii»'      ti"),      p.      .'51 

n.    1. 
Orelius.  p.   2U8  et  u.  4. 
Oreste,  ]).  213  n.  5. 
Origen,  p.   217. 

Orléans  (François  tl).  p.  '.t.'!  ii.   I. 
Orléans  (Magdeleinc  d).  p.  21. 
Oulinont  (Charles).   |).   ."jS  n.   ."5. 
Ovide,  p.   128.  213  et  u.   1. 

Pac.  Cf.  Du  Pae. 
Pagnini  (Sanctes).  j).   ô4. 
Pannier  (L.).  p.  227.  n.   1. 
Panorniita     (Antonio     Beeeodelli). 

p.  341. 
Papillon    (Alniaque).   p.    148.    177. 

202,  304. 
Paschal  (Pierre),  p.  .33.  123.  334. 
Pasquier    (Etienne),    p.     123.     130 

n.  2,  135  n.  3,  176  n.  1. 
Patrocle,  p.  208  et  n.  4. 
Paul  (Saint),  p.    101,   208,   215  et 

n.  2,  217,  218,  235,  275,  324. 
Pausanias,  p.  128. 
Pélamon,  p.   208. 
Pelletier    (Jacques),    p.    123    n.    G. 

129  n.  10,  173  n.  3,  178,  314. 
Pelletier  (Jean),  p.  107. 
Perault.   Cf.  Du  Perault. 
Pernetti   (L'abbé),  p.   57   n.    7.   60 

n.  2. 
Perron.   Cf.  Pierrevive. 
Persius,  p.  209. 

Pertinax  (Helvius).  p.  214  n.  2. 
Petit  (Jean),  p.  172  et  n.  1. 
Pétrarque,  p.    112  n.  1,  129  n.    10. 

147,  148,  149,  151,  152,  153,  154, 

157,  159-164,  166,  176  n.  4,  182, 

200.  250,  297,  314. 
Peyrat  (Jean  de),  p.   '^5.  56. 
Pharaon  (Les),  p.   275. 
Phidias,  p.  217. 

Philieul  (Vasquin),  p.  129  n.   10. 
Philon.  p.  16. 

Picart  (François  le),  p.  175  n.  1. 
Picot  (Emile),  p.  39  n.  3.  61  n.  2. 

288  n.   1. 
Picrocholc,  p.  3. 


Pierre  (Saint),  p.  117.  lis  n.  3,  217, 

275,  324. 
I'it"n'evi\(^     (Marie-( 'at  liniiic     de), 

p.  57-58.  290. 
l'illosii  (.lacqiies),  p.  42  n.  2. 
l'ilotelle  (K.).  p.  8  n.    1  (*t  6. 
Pindar,   p.   314. 

Pisselieu  (Anne  de),  i'f.  Etaïupes. 
Pitrel   (Thoinon),   |).    290. 
Platon,  p.  128,  172.  183,  197etn.  4, 

205-206,  208  et  n.  4.209.  210,  21 1, 

11.  8.  212  n.  5,  214,  216  et  n.   1, 

217,  218.  219  et  n.   2,  220,  221, 

222, 225, 226,  233, 237  et  n.  3.  278. 
Plattard  (Jean),  p.  7  n.  6. 
Plays  (Claude  de),  p.  151  n.  7. 
Plettion.  Cf.  Géinist(>. 
J^ine,   p.    118,   226  et   n.   2.   227  et 

n.  1  et  2.  253.  et  n.  2,  3,  4,  274  et 

n.  4,  323  11.  1.  2  et  3,  327  n.  1  et  2. 

326  n.   1. 
Plutarque.  p. 128. 207. 213. 217,  235. 
Pollion,  ]).   208. 
Polyinnestor,  p.  208  et  n.  4. 
Pomponius,  p.   208. 
Pdntanus,  p.  152. 
Pontoise  (Gabriel  de),  p.    17.  290, 

294. 
Port.  Cf.  Du  Port. 
Porte-Freyne    (Lo    Capitaine    de), 

p.  42  n.  2. 
Portie,  p.  209,  212  n.  7. 
Postal  (Guillauiiie).  p.  10. 
Praxilla,  p.  214  n.  3. 
Prévost  (Jean),  p.   107. 
Primet  (Adam),  p.  42  n.  2,  43-44  et 

n.  2.  47.  48. 
Probe,  p.  212  n.  7. 
Proclus,  p.  172  n.  1. 
Ptolémée,  ]j.   209. 
Puteo  (Guillaume),  ]>.  42  n.   2.  43 

n.  1. 
Putherbeus  (Gabriel).  Cf.  Puy-Her- 

bault. 
Puy.  Cf.  Du  Puy. 
Piiy-Herbault     (Gabriel),     ]).     109, 

114  et  n.  6,  116  n.  3,  280. 
Pygmalion,  ]>.  208. 
Pythagore,  p.  208.  211. 


Qiiielierat.  p.   12  n. 
(i)tiiutilieii.  [j.  334. 


384 


FNDBX    DES   NOMS   PROPRES 


Rabelais  (François),  p.  3,  7,  59  n.  5, 
61  n.  1,  100,  114  et  n.  9.  116.  120, 
123  et  n.  6,  139,  140,  173  n.  3, 
209,  227,  234,  235,  236,  237  et 
n.  1,  2,  3,  5,  6,  238,  239,  253,  256 
n.  1,  278. 

Raemond  (Floriniond  de),  p.  1 7  n.  1, 
24  n.  1,  44  n.  3,  66  n.  3. 

Raynaud  (Jacques  do).  Cj.  Aleiii. 

Regin,  p.  103. 

Regius.  Cf.  Le  Roy. 

Régnier,  Lieutenant -Général,  à  Poi- 
tiers, p.  16. 

Kégulus  (Marc),  p.  209.  212  n.  5. 

Kepellin  (Aynio).  p.  42  n.  2. 

lieynaud  (Claude),  p.  42  n.  2,  43 
n.  1. 

lioboam  (Jean),  p.  68,  290.  292. 

Rochas,  p.  31  n.  6,  53  n.  2. 

Roche-Maillet.  Cj.  Michel. 

Rocoules  (Jeanne  de),  p.  40  u.  2. 
290. 

Rocoviles  (Françoise  (ialbert  tie), 
p.  40  n.  1,  51  n.  3. 

Roillet  (Nicolas),  p.  10,  17,  20, 
344. 

Ronsard,  p.  53,  108,  112  et  n.  3, 4,  5, 
113,  114  et  n.  1,  120,  123  n.  6. 
124,  126  et  n.  1,  157.  170.  279, 
305,  314. 

Rouillé,  p.  107. 

Roulletus.  Cf.  Roillet. 

Rouxal  (JulUen),  (»  Le  Capitaine 
Jullien  ))),  p.   122. 

Rouxal  (René),  sieur  de  Baville, 
p.  122. 

Rvible  (Alphonse  de).  ]>.  98  n.  2  et  7, 
p.  104  n.  3. 

Ruffi  (Antoine),  p.  42  n.  2. 

Rus  (Jean),  p.   177. 

Rvitilius,  p.  216. 

Sadolet(LecardinalJacc|ues),  p.  10, 
35n.  4,  258. 

Saint-Anibroise.  Cf.  Colin. 

Kainte-Beuvè  (C.-A.).  p.  132  n.  6. 

Saint-Gelais  (Melin  de),  p.  114,  123 
et  n.  6.  124,  129  n.  10,  135  n.  6. 
(p.  137).  147,  148,  150-151,  152, 
153-159,  162  n.  5,  173  et  n.,  174, 
175  n.  3.  201,  279.  296,  301,  314, 
320. 

Saint -Jean  (Michel  de),  p.  34,.  290. 


Saint  Jean,  p.  85  ii.  3,  215,  257, 
265,  337. 

Sainte -Marthe  (Charles  de).  Sa 
manière  d'épeler  et  de  ponctuer, 
p.  XV  ;  origines,  1  ;  armes,  2  ; 
naissance,  2  ;  enfance,  3-5  ;  édu- 
cation, 5-9  ;  professorat  à  Bor- 
deaux. 9-13  ;  voyages  en  Guyen- 
ne. 13-14  ;  retour  en  Poitou,  14- 
15  ;  second  séjour  à  Poitiers,  15- 
29  ;  doctorat,  19  ;  correspon- 
danc(?  avec  Breton,  19-20  ;  pro- 
fessorat à  Poitiers,  21-22  ;  en- 
trevue avec  François  I^'""  et  sa 
sœur.  21  ;  lettre  adressée  à  Cal- 
vin. 23-24  ;  renouvellement  de 
correspondance  avec  Breton,  27- 
29  ;  départ  de  Poitiers,  29-30  ; 
voyages  et  relations  dans  le 
Midi.  30-40  ;  séjoiu'  à  Romans, 
40-42  ;  appel  à  Grenoble,  42-45  ; 
tribulations  dans  cette  ville.  47- 
52  ;  lettre  de  la  part  de  Denis 
Faucher.  52  ;  professorat  au 
collège  de  la  Trinité  à  Lyon.  53- 
55  et  64-66  ;  ainitiés  et  inimitiés  à 
Lyon,  56-66  ;  pvxblication  de  la 
Poésie  francoise.  66  ;  analyse  de 
ce  livre,  68-71  ;  départ  de  Lyon, 
71-72  ;  au  service  de  Marguerite 
de  Navarre.  72-74  ;  arrivée  à 
Genève.  74  ;  situation  à  Ge- 
nève, 75  ;  retour  à  Grenoble. 
75  ;  deuxième  emprisonnement 
dans  cette  ville,  76-85  ;  lettre 
à  Louis  Dufour,  85-86  ;  opinions 
théologiques,  86-90  ;  libération, 
90  ;  retoiU"  à  Lyon  et  publication 
des  paraplirases,  91  ;  procureur 
général  de  la  duchesse  de  Beau- 
mont,  93-97  ;  conseiller  et  maître 
des  requêtes  de  la  reine  de  Na- 
varre et  lieutenant  criminel  à 
Alençon,  97-100  ;  description  de 
Marguerite,  100-105  ;  composi- 
tion et  publication  de  son  oraison 
funèbre,  105-107  ;  relations  à  la 
coiœ  de  la  reine,  107-109  ;  ma- 
riage, 109  ;  com.pliment  de  la 
part  de  François  Habert,  111  ; 
collaboration  avec  Ronsard,  112- 
113  ;  avec  Baïf  et  Daurat,  113  ; 
réconciliation    avec    sa    famille. 


INDEX    DES    NOMS    PROPRES 


385 


1I:M14  ;  séjour  à  I^nris.  114  ; 
])iil)lieatioii  de  la  Mt^ditiitioiv  sur 
U>  l'sauiue  xc,  avec;  leUre  à  Puy- 
Herbault.  114-117;  attitude  in- 
tellectuelle eu  1550,  117-11!); 
assistance  à  la  mort  de  la  du- 
chesse de  Beaumont,  119  ;  orai- 
son funèbre  de  la  duchesse,  119- 
120  ;  retour  à  Alen(,*on,  120  ;  rela- 
tions avec  Antoine  de  Boiu'bon. 
120-121  ;  actes  omciels.  121-122  ; 
mort,  122  ;  réjnitation.  122-124  ; 
portrait,  1 24  ;  précurseur  de  la 
Pléiade,  125-126;  traducteur  de 
Théocrite,  1 20  ;  imitateur  de 
Marot,  129-140  ;  de  Martial,  187- 
139;  de  Kabelais.  139-140;  ad- 
mirateur de  Dolet.  141-144  ; 
précurseur  de  Du  Bellay.  144  ; 
pétrarquisme  à  travers  Marot, 
Waint-Gelais  et  Salel,  146,  152- 
159  ;  imitation  directe  des  Ita- 
liens, 159-167  ;  catalogue  des 
poètes  contemporains,  173  ;  pla- 
tonisme, 178-198  ;  influence  de 
Marguerite  de  Navarre,  183-197  ; 
comparaison  avec  Scère,  197-201; 
caractères  de  la  Poésie  Françoise, 
201-204  ;  oraisons  funèbres,  205 
et  seq.  ;  tendances  classiques. 
205-209  ;  emisrmits  de  Stobée, 
209-212  ;  connaissances  classi- 
cjues  de  première  main.  213-214  ; 
piété  chrétienne,  214-215  ;  essai 
de  réconcilier  la  philosophie  cliré- 
tienne  et  paierme,  215-218  ;  in- 
fluence Platoniciemie,  218-226  ; 
emprunts  de  Pline,  226-228  ;  ta- 
bleavix  de  la  vie  contemporaine, 
228-232  ;  point  de  vue  sur  la 
femnie,  232-236  ;  sur  l'éducation, 
236-237  ;  rapport  avec  Kabelais, 
234-239  ;  manque  d'influence  de 
Calvin  et  de  Marguerite  de  Na- 
varre sur  son  style,  239-241  ; 
force  descriptive  et  oratoire,  241 
et  244-248  ;  œuvres  latines.  249 
et  seq.  ;  leur  théologie,  249-251  ; 
leur  ascétisme,  250-251  ;  lem* 
classicisme,  251-253  ;  leur  lati- 
nité, 257-260  ;  paraplii'ase  du 
psaume  vu,  259-261  ;  du  psaume 
XXXIII,  261-264  ;  méditation  sur 


le  psaume  xc.  264-276  ;  projets 
de  travaih  277  n.  1  ;  aperçu  géné- 
ral, 277-280  ;  Vie  par  Scevole  de 
Sainte-Marthe,  283  ;  traduc- 
tion de  Colletet,  284-285  ;  choix 
des  poèmes,  292-316  ;  dédicaces 
et  préfaces,  319-335  ;  pacte  avec 
Fartas,  335-336  ;  lettres  patentes 
nommant  Sainte-Martlie  ])rocu- 
rem'-général,  336-338  ;  son  plai- 
doyer, 338-342  ;  lettres  à  son 
adresse,  342-347  ;  vers  à  son 
addresse,    347-349. 

Sainte-Marthe  ((Jaiu^her  de),  p.  2, 
5,  15,  67.  68.  120,  290. 

Sainte-Marthe  (Jactpies  de),  p.  6, 
7n.  2,  283,  284. 

Sainte-Marthe  (Jeaii  de),  )>.  17, 
291,  294. 

Sainte-Marthe   (Louise  de).   \).    M. 

Sainte-Marthe  (Louis  (I)  de),    p.  1. 

Sainte-Marthe  (Louis  (II)  de), 
frère  de  Charles,  p.  5,  15  et  n.  3. 
108,  113,  291. 

Sainte -Marthe  (René  de),  p.  15. 
108,  113. 

Saint-e- Marthe  (Scévole  de),  p.  xx. 
p.  6,  13  n.  3,  26.  99  n.  3.  106,  122, 
248,  283.  307  n.  1. 

Saint-Martin  (Louis  de),  p.  34.  290. 

Saint-Maiu"  (Léon  de),  duc  de 
Montaussier,  p.  33,  53,  62,  66, 
67,  68.  71.  69  n.  3.  289.  290,  292. 
342. 

Saint-Remy  (Louis  de),  p.  39,  290. 

Saint-Romans,  p.  51.  290. 

Salel  (Hugues),  p.  68  n.  1.  112  n.  1. 
123  et  n.  6,  148,  151-152.  153. 
154,  155,  157.  173  et  n.  3.  176. 
203,  248,  291,  302.  314. 

Saleranus,  p.  208  n.  4. 

Salomon,  p.  85  n.  3.  215  n.  2.  217, 
275. 

San  Martine,  p.  13  n.  2. 

Sannazar    (Jacques),    p.    148,    150. 

Sapho,  p.  212  n.  7,  214  n.  3. 

Saiil,  p.  325. 

Saunier  (Antoine),  p.   75. 

Sauvage  (Denys),  p.  171  n.  2. 

Savonarole,  p.  86  n.  1. 

Savoie  (Louise  de),  p.  21.  101,  207. 

Scahgor  (J.  C),  p.  9.n.  8,  10. 

Scève  (Claudine),  p.  57,  58,  62,  291. 


386 


INDEX    DES    NOMS    PROPRES 


«cève  (Maurice),  p.  30  n.  2.  56-57, 

68.  122,  124,  129  n.  10,  159  n.  5, 

173  et  n.  3.  176  u.  4,  185,  197,  et 

n.  6,  198  et  n.  4.  5,  6,  7,  8,  199  et 

n.  1,  2,  3,  4,  200  et  n.  1.  2,  3,  4. 

201,  202,  280.  291,  292,  301,  320. 
Scève   (Sy bille),   p.    58. 
ïSchyron  (Jean)  (Scuronis),  p.  103. 

229  n.   1. 
Scotus  (Jean  Dun»)  (Escot),  p.  139 

et  n.  l. 
Scuronis.    Cf.    vSchyron. 
Sédécias,  p.  85  n.  3. 
8einei,  p.  325. 
Sénèque,  ]).  208,  211.  217. 
vSera]:)hino.    Cf.   Aquila. 
Sernandi  (Jean),  p.  42  n.  2.  43  n.  1. 
Seyniour     (Anne.     Marguerite     et 

Jeamie).  p.  313.  310. 
Sibilet  (Thomas),  p.  123.  129  n.  10. 

173  n.  3. 
Silly  (René  de),  j).  107. 
Silvestre  (L.  C).  p.  135  n.  6. 
Simon  (L'abbé),  p.  120  n.  4. 
Simonide,  p.   214. 
Socrate.  p.  184  n.   1.  208.  210.  211. 

217  et  n.  3,  219  n.  2,  222,  237  et 

n.  3. 
.Sopater,  p.  212.  214  n.  3,  217. 
Sophie,   p.   216. 
vSojaliocle,  p.   209. 
Sosipater.  p.  214  n.  1. 
Sotade.  p.  209. 
Spertus.  p.  209. 
Sterpin.  Cf.  Ester[)in. 
Stobée.  p.  128  et  n.  2.  209-212,  213, 

219  n.  2. 
Strabon,  128. 

Sturm  (Jean),  p.  26  n.  3,  78. 
Suétone,  p.  207,  213  et  n.  2. 
Snidas.  ]).   213. 
Sussaneau  (Hubert),  j).  31  u.  4.48. 

62-63.   108. 
Symplirosie.   216. 

Tagliacarne  (Benoît),  |).   147. 
Tahureau   (Jacques),   p.    124. 
Tantale,  p.  213  n.  5.  226. 
Tardivon  (André),  p.40.  51  n.  3.  291. 
Tardivon  (Exupère).  p.  40  n.  1. 
Tardivon  ((iuillaume).  p.   40  n.    1. 
Tartas  (Jean  de),  p.  6  n.  2.  9,  11. 
12,  62  n.  1,  335. 


Télésille,  j).  214  n.  3. 

Tertullien.  j).  217. 

Teste  (Jean),  p.  338.  339. 

Teste   (Julien),   p.    121. 

Teyve  (Jacques  de),  p.  13. 

Thebaldéo   (Antoine),   p.    149,    157 

n.  3. 
Thémistius.  p.  209. 
Thémistocle.  p.  207,  214  n.  3. 
Théocrite.   p.    126.    128,    277   n.    1, 

320. 
Théopliylacte.  p.  103. 
Thésée,' p.   207. 
Thomé  (Nicolas-Léonique),  ]>.    112 

et  n.  1.  178  n.  1.  202. 
Thorel   (Abraham),   p.    107. 
Thon  (De),  p.  13  n.  3  et  4,  105  n.  6, 

123  et  n.  2  et  3. 
Thyard  (Pontus  de),    p.    124,    126 

n.  1,  139  n.  10.  171  n.  2. 
Tibère,  p.   208. 
Tilley  (A.),  p.   7  n.    1   et3,  lUn.  1, 

129  n.  10.  132  n.  5.  175  n.  3. 
Tolet  (Pierre),  p.  30  n.   2,  59,  68, 

167  n.  3,  181.  194,  291,  292. 
Tory  (Geoffrey).  p.  140. 
Tournon  (Cardinal  de),  p.  55. 
Trajan.  p.  213  n.  2. 
TrincavelH.  p.  128  n.  2.  210  n.  1. 
Trivulce  (Théodore  et  Pompone  de), 

p.  55,  56. 
Tronchet  (Bonaventure  du),  p.  124. 
Truchon,  p.  108. 
Tiissaint  (Jacques),  p.    122. 

Ulysse,  p.  96. 

Utenhove  (Charles),  p.  53  n.  3. 

Uvidius.  p.  208  n.  4. 

^"ace,  p.  59  n.  5. 

\'aganay   (Hugues),   p.    129   n.    10. 
^'al.  Cf.  Du  Val. 
\'alentinien.  p.   208. 
\'alère.   Cf.  Maxime  Valère. 
Valla  (Laïu-entius).  p.  251. 
Vallon  (Jacques),  p.   291. 
Vares  (André  de),  p.  43  n.  1. 
Vatable  (François),  p.  54,   122. 
Vauzelles  (Matthieu  de),  p.  57. 
\"endôme.  Cf.  Alençon  et  cf.  Bour- 

l)on. 
«   ^'endôme   (Moyne   de    »),   p.    173 

n.   3. 


INDEX    DES   NOMS   PROPRES 


387 


Vordior.  Gf.  Du  Verdier. 
Verdoimay  (Jean),  p.  42  u.  2. 
W-riiist  (François),  p.  60,  231  n.  2. 
V'cTJust  (Thomas  Comte),  p.  291. 
V'ernou,  p.  17  n.  3. 
Vespasien,  p.  208  et  n.  4,  213  n.  2. 
Vianey  (Joseph),  p.   149,  150,  200 

n.  4. 
Vicquet  (Honorât),  p.  114  n.  6. 
Villedieu  (Alexandre  de),  p.  63. 
Villeneuve  (A.  de),  p.  29,  68,  292. 
Vilhers.  p.  61.  291. 
Vindry  (  Fleury).   Cj.  Fleury. 
V^iollet-le-Duc,   p.  XX. 
Vin-t  (Pierre),  p.  74,  75,  76,  80  n.2. 
Virgile,  p.  208,  213,  237,  303. 
Visagier  (Jean),   de  V'endi,  p.  xx. 


10,  11,  12,  14,  27  et  n.  2,  35,  n.  4, 

61,   349. 
Voltaire,  p.  2. 
Vossier  (J.),  p.  31  n.  0. 
Vulteius  (Johannus).  Cj.  Visagier. 

Weiss  (N.),  p.  XVJI,  12  n.  4,  13  n.  1. 
Wolmar  (Melchior),  p.  65. 
Wyatt  (Thomas),  p.  150  n.  2. 

Xanthippe.  p.  212  n.  6,  217  n.  3. 
Xénophon,   p.   207.   208,   210,   211 

et  n.  8. 

Zebedée  (André),  p.  11,  12,  29,  74, 

345. 
Zoïle,  p.  208,  212  n.  6. 


ABBEVILLB.    IMPRIMERIE    F.    PAILLART. 


La  Bibliothèque 

Université  d'Ottawo 

Échéance 


The  Library 

University  of  Ottawa 

Dote  due 


tt 


^19 £0^    0  0^  5  3^20  3b 


ce    PQ        1703 
•S4R85     1919 
COO        RUUTZ-REES, 
ACC#     1387890 


CHARLES     DE